Les derniers avis (32216 avis)

Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sherlock Holmes contre Arsène Lupin
Sherlock Holmes contre Arsène Lupin

Je ne m'attendais pas forcément à grand-chose en ouvrant ce qui m'apparaissait comme une bande dessinée que je qualifierais de "facile". Et pourtant, quelle jolie surprise ! On est bien dans les standards du genre, et la facilité reste bien présente : on prend deux noms ultra-connus, on imagine un récit tirant vers le buddy movie tournant autour d'un artefact mystérieux et un peu mystique, et emballe tout ça dans un univers réaliste aux tonalités presque steampunk (sans y entrer totalement). Il n'y a là que du très connu, et avouons que Denis-Pierre Filippi ne s'éloigne jamais trop loin des sentiers battus. Mais je dois reconnaître qu'il sait nous offrir une variation qui, sans rien réinventer, nous balade plus qu'agréablement dans un univers plaisant. Le récit tient debout, et surtout, Filippi a fourni un très bel effort pour nous offrir un pastiche digne de ce nom. Ainsi, le pouvoir de déduction de Holmes est tout entier, et il nous offre avec Lupin quelques échanges particulièrement jouissifs. Le scénario fait la part belle aux particularités de ces deux héros (ainsi que de l'envahissant Mycroft Holmes), et on prend largement plaisir à alterner entre la rigueur déductive de Holmes et la chance insolente de Lupin (même si ce dernier n'a pas l'air mauvais non plus pour la déduction !). Les dialogues sont travaillés pour être vraiment élégants, mais ils le sont parfois presque trop. Certaines tournures un peu ampoulées ou le plaisir de faire durer une joute oratoire un peu trop longtemps ont tendance à alourdir la narration. Cela dit, le dessin de Roger Vidal est vraiment somptueux et d'une très grande clarté. Il rend certaines scènes d'action muettes avec une limpidité exemplaire, notamment une séquence sous-marine assez impressionnante. Il a l'élégance qui convient au récit et aux personnages, avec une touche de modernité pas déplaisante. A l'image d'une bande dessinée fort agréable à lire, qui n'invente pas l'eau chaude, mais ne prétend pas le faire, et se contente de mener son récit avec beaucoup de rigueur et de finesse. Croisons les doigts pour que le premier tome se vende bien pour avoir le droit à des suites qu'on espère au même niveau !

01/08/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Maison Blanche - En coulisses avec Obama, Trump et Biden
Maison Blanche - En coulisses avec Obama, Trump et Biden

La marque présidentielle se décline sur une multitude de produits. - Ce tome contient un récit entre reportage et vulgarisation. Son édition originale date de 2024. Il a été réalisé par Jérôme Cartillier (correspondant à l’AFP à la Maison Blanche pendant sept ans) & Karim Lebhour (journaliste à Washington) pour le scénario, et par Aude Massot pour les dessins et la mise en couleurs. Il comprend cent-seize pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier de huit pages présentant trente-deux photographies des trois présidents Obama, Trump et Biden. 1600 Pennsylvania Avenue, Washington, District of Columbia. Les touristes déambulent devant les grilles et admirent le bâtiment. Parmi eux, se trouvent Jérôme Cartillier, correspondant de l’AFP à la Maison Blanche, et Karim Lebhour, ancien journaliste installé à Washington, qui discutent ensemble, le premier commentant pour le second. Il explique que l’idée de génie de Theodor Roosevelt a été de la baptiser officiellement White House, ça sonne mieux que Executive Mansion. Il ajoute que son ami a bien choisi son jour : POTUS part en week-end dans le Delaware. Il explicite l’acronyme : President Of The United States. Et pour la First Lady : F.L.O.T.U.S., quand on travaille ici il faut s’y faire. Puis il lui propose d’aller voir le décollage de Marine One depuis le South Lawn. Il continue : Pendant les derniers mois de la présidence de Trump, il y avait des manifs tout le temps et des barrières partout, on ne pouvait plus approcher. Avec Biden c’est plus calme. Tout le monde prend des photos de la Résidence, mais la partie la plus intéressante c’est la West Wing, là-bas à droite, dit Jérôme en la désignant du doigt. C’est là que se trouvent le Bureau ovale et les proches collaborateurs du président. Et aussi la salle de presse et les bureaux des journalistes. La Maison Blanche - Bureau Ovale, Situation Room au sous-sol, points presse des visiteurs, Rose Garden, Dalle de Presse, bowling au sous-sol, salons diplomatiques, résidence privée du président, Sniper, lapin devenu célèbre parmi les journalistes, bunker au sous-sol, bureau de la Première Dame, agents du Secret Service, fontaine dont l’eau devient verte tous les ans le jour de la Saint-Patrick, vers Lafayette Square… Les deux amis sont accrédités et ils franchissent facilement le contrôle d’accès. Jérôme reprend : À l’Élysée personne ne rentre. On ne peut même pas s’arrêter sur le trottoir d’en face. La Maison Blanche est un lieu très protégé mais aussi très visité. Les Américains attachent une grande importance à la transparence du pouvoir. D’ailleurs, si on va au Capitole, l’accès est libre et ouvert à tous. Les rangées de caméras, là, on appelle ça Pebble Beach. Toutes les télés se mettent ici pour la vue imprenable sur le bâtiment de la Résidence. Là, c’est l’entrée de la West Wing. Le Marine en faction ? Ça veut dire que le président est dans le Bureau ovale. La présence permanente des journalistes à la Maison Blanche, au cœur du pouvoir est une exception américaine. Le sous-titre annonce explicitement la nature de l’ouvrage : un reportage embarqué dans la vie des journalistes à la Maison Blanche, avec des exemples pris dans l’exercice de trois présidents successifs : le quarante-quatrième, le quarante-cinquième et le quarante-sixième présidents des États-Unis, soit Barack Obama, Donald Trump et Joe Biden. Le récit passe en revue plusieurs facettes de la Maison Blanche : le bâtiment lui-même, l’histoire de sa construction, certains lieux spécifiques comme la salle James Bready (Briefing room, ou salle de presse), la pelouse sur laquelle se pose Marine One (l’hélicoptère présidentiel), la piscine que Franklin Delano Roosevelt a fait construire dans les années 1930 sous la salle de presse, le Bureau ovale et sa décoration, l’Aile Ouest (West Wing), l’avion présidentiel Air Force One (avec un schéma de son aménagement intérieur), l’organisation du convoi présidentiel (Presidential Motorcade), la balance des pouvoirs avec le Congrès et la Cour Suprême, et même un moment touristique à Stonehenge. Le lecteur apprécie vite les dessins. Comme souvent dans ce genre de documentaire ou de reportage, l’artiste adopte un registre descriptif un peu simplifié dans sa représentation, avec une gestion des détails allant vers l’essentiel, des personnages à la silhouette également simplifiée, et des expressions un peu exagérées. Cela aboutit à des pages immédiatement lisibles, apportant une forme d’équilibre avec la quantité d’informations. Sous des dehors simplifiés, les formes détourées rendent bien compte du sujet, dans ses différentes composantes. Sous certains aspects, la dessinatrice joue avec le fait que le lecteur sait ce qu’il va voir. Par exemple, elle peut compter sur le fait qu’il identifiera au premier coup d’œil Donald Trump avec une longue mèche blonde (même pas orange) et une cravate rouge. En effet, s’il s’y arrête, il peut constater que le dessin du visage de ce président est assez éloigné d’une photographie. Dans le même temps, sa gestuelle évoque le comportement massif et régulièrement agressif de ce monsieur. Elle sait également restituer l’élégance et la retenue de Barack Obama, sa gravité dans les moments difficiles, et sa gentillesse dans les moments de détente. Par comparaison, Joe Biden peut sembler un peu plus fade, portant le poids de l’âge de manière plus apparente. Sur le plan des détails et de la précision, par comparaison, la dessinatrice s’applique plus pour montrer l’architecture de la Maison Banche, les lieux rendus célèbres par les journaux télévisés, l’avion Air Force One, etc. Elle s’investit également pour les scènes historiques comme les cases consacrées à la construction de la Maison Blanche dans la double page cinquante et cinquante-et-un, ou le moment historique lorsque Trump franchit la frontière séparant la Corée du Sud de la Corée du Nord. Dans ce genre d’ouvrage didactique, il est fréquent que le scénariste (ou ici, les scénaristes) livre un texte clé en main, charge au dessinateur de l’illustrer comme il peut pour en faire une bande dessinée dans laquelle les cases présentent un intérêt visuel, sans redondance avec les informations contenues dans les cellules de texte. Ici, le lecteur peut constater que l’ouvrage constitue une véritable bande dessinée, avec des séquences pensées visuellement, et une diversité dans la mise en page. C’est une évidence dès le dessin en double page (six & sept) : une vue aérienne de la Maison Blanche en perspective isométrique pour faire comprendre l’agencement des bâtiments et leur positionnement relatif les uns par rapport aux autres. Les auteurs font à nouveau usage de ce mode de représentation pour l’aménagement du Bureau ovale, ainsi que pour Air Force One, avec une vue en coupe. Le lecteur commence par accompagner les deux journalistes qui sont mis en scène par le biais de leur avatar. Bien vite, il regarde autour de lui par leur regard, assistant ainsi au décollage de l’hélicoptère Marine One : il assiste ainsi au départ de Joe Biden, puis à celui de Barack & Michelle Obama traversant la pelouse, puis à Trump apostrophant la presse à sa manière inimitable. En page dix-neuf, il découvre des fac-similés de personnes s’étant photographiées au pupitre de la salle de presse. Un dessin en pleine page le prend par surprise page vingt-trois : Sean Spicer (après ses excès de faits alternatifs) lors de sa prestation dans Dancing with the stars ! En passant, il remarque que la représentation de Kellyanne Conway manque un peu de ressemblance. Les cases de la double page consacrée à la construction de la Maison Blanche sont disposées en cercle autour de l’image centrale. Une même image est répétée dix-huit fois en page quatre-vingt pour souligner que Trump fait durer le plaisir de savourer un moment historique quand il a franchi la frontière entre les deux Corée. Etc. Il s’agit d’une vraie bande dessinée conçue comme telle, en tirant partie des possibilités de mise en scène qui lui sont spécifiques. De séquence en séquence, le lecteur apprécie le jeu des différences entre le comportement des trois présidents pour des situations similaires. Le regard des auteurs s’avère analytique, faisant ressortir ce qu’il y a de spécifique chez chacun d’eux, la manière dont la communication présidentielle est adaptée à leur personnalité propre, une évidence chez Donald Trump, ce qui fait apparaître les spécificités pour les deux autres. La trame de l’exposé comporte dès le début des éléments culturels allant plus loin que le reportage touristique. Pour commencer, le fait que la Maison Banche soit ouverte aux visiteurs, principe très différent de l’Élysée. Ensuite la proximité des journalistes qui disposent donc de bureaux dans le siège du pouvoir. Le rôle de la White House Correspondents Association (WHCA) : Aux États-Unis comme ailleurs, le combat pour l’accès à l’information n’est jamais gagné d’avance, et c’est une bataille que mène quotidiennement la White House Correspondents Association (WHCA). Cette association centenaire travaille sans relâche pour maintenir une véritable proximité avec le président américain, que ce soit à Washington ou lors de ses déplacements. À la moindre entorse, la WHCA réagit avec vigueur, et grâce à son influence obtient souvent gaine de cause. La mise en scène du pouvoir : dans la salle de presse ou dans le Bureau ovale, en fonction des annonces. Progressivement, d’autres mécanismes sont mis en lumière. La comparaison entre le comportement des trois présidents fait apparaître le professionnalisme des communicants, et la maîtrise des présidents en la matière. Le lecteur ressent vite le respect que les auteurs portent à Obama, et le regard plus critique vis-à-vis de Trump, ne serait-ce que parce que celui-ci a clamé haut et fort et à plusieurs reprises dès son premier mandat, sa défiance à l’encontre des journalistes. Le lecteur comprend également que les différentes formes de communication sont encadrées par des professionnels aguerris, aussi bien du côté présidentiel, que du côté des journalistes : ainsi les informations et les reportages dépendent aussi bien de l’orientation choisie par un côté, que de l’autre. En passant, il note bien que les journalistes des grandes agences internationales présents à la Maison Blanche relaient les informations à leurs clients, c’est-à-dire les médias du monde entier qui n’ont pas de correspondant sur place, et qui compte sur eux pour une couverture exhaustive de la présidence américaine, quelle que soit l’heure. Les auteurs reprennent également une phrase d’Obama : Le danger de la Maison Blanche est de se laisser enfermer dans une bulle, c’est difficile de ne pas se sentir déconnecté. Les auteurs mettent en pleine lumière l’exception américaine dans le mode relationnel de la présidence avec la presse, le haut degré de conventions professionnelles dans cette relation, et dans le même temps la nature profondément démocratique de ce fonctionnement. La quatrième de couverture décrit bien la nature de l’ouvrage : la Maison Blanche et les relations du président des États-Unis avec les journalistes au travers de la salle de presse installée dans West Wing. Les auteurs ont travaillé ensemble ce qui donne une vraie bande dessinée, avec une complémentarité et une interaction organique entre les dessins, le texte, les dialogues. Le lecteur retrouve les éléments qui lui sont familiers au travers des informations télévisées et des séries. La succession de scène forme une description de ces relations, ainsi qu’une analyse comparative du mode de communication des trois présidents, et il finit aussi par apparaître comment ce dispositif de communication forge une représentation de la réalité diffusée à travers le monde. Édifiant.

31/07/2025 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Racines (Lou Lubie)
Racines (Lou Lubie)

Lou Lubie montre encore une fois qu'elle est une autrice à suivre avec ce one-shot qui parle d'une métisse qui n'aime pas ses cheveux. Cela a l'air d'un scénario bateau et on peut se demander comment on peut faire un album avec ce pitch, mais Lubie sait comment raconter une histoire et surtout il y a un coté documentaire très passionnant. Parce que oui, ce n'est pas qu'une énième histoire sur une jeune mal dans sa peau, on voit que derrière les coupes de cheveux, il y a des éléments plus glauques comme du racisme et les préjugés sur les différentes coupes de cheveux... Il y a des informations très intéressantes et il faut dire que je n'avais pas réalisé plusieurs choses décrites dans l'album. Il faut dire que je suis un homme qui a la même coupe de cheveux depuis qu'il est tout de petit et qui va se faire une coupe rasée terminée en 5 minutes chez le coiffeur..... On peut donc dire que les cheveux ne font pas parti des sujets qui me passionnent, je suis même indifférent à cette partie de mon corps (tellement que je pense que j'en aurais rien à foutre si je devenais chauve !), mais Lubie a réussit à rendre ce sujet captivant pour moi ! Il faut dire qu'elle traite aussi de sujets qui m’intéressent comme la discrimination ordinaire de notre société... Comme quoi même un truc qui semble quelconque comme les coupes de cheveux peut cacher des choses si on creuse un peu ! Ajoutons que le dessin est très bon. Je vais continuer à suivre Lubie, surtout que chacune de ses œuvres est différente de l'autre.

30/07/2025 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Walking Dead - Clementine
Walking Dead - Clementine

Je ne connais pas le jeux vidéo dont est tiré cette série et c'est la première série de Tillie Walden que je lis. J'avoue ne pas avoir été emballé plus que ça par ce premier tome qui nous propose de suivre la jeune Clémentine dans ce monde post apocalypse où les zombies pullulent (walkind dead quoi !). Déjà, l'introduction qui nous montre la fuite de Clémentine abandonnant le jeune AJ (si j'ai bien suivi c'est pour faire la transition entre la fin du jeu et le récit qui va suivre), franchement, ça paraît déjà peu vraisemblable ; allez hop ! Je me tire en abandonnant mon jeune meilleur pote pour aller "vivre ma vie" ! Quand on réalise en plus que notre Clémentine est amputée d'un pied et qu'elle caracole en béquille en milieu hostile (et je vous parle même pas de la neige qu'elle va affronter après !), on lui donne quand même des chances de survies toutes relatives... Mais bon, passé ce gros bémol, on la suit ensuite pour un périple audacieux. Elle croise le chemin d'un jeune Hamish très naïf et décide de faire un bout de chemin avec lui. C'est comme ça qu'il vont rencontrer un groupe d'ados qui a décidé de construire en haut d'une station de ski un camp pour se mettre à l'abri des zombies. Rien de très original, de nouveau ; l'intérêt va venir de la psychologie de ce groupe d'ados, heureusement. Côté dessin, si je ne suis pas particulièrement fan du coup de crayon de Tillie Walden, j'avoue apprécier les ambiances qu'elle arrive à poser. C'est sombre et angoissant à souhait pour un tel sujet. Je suivrai la suite plus par curiosité que par addiction. (note réelle : 2.5/5) *** Tome 2 *** Et bien comme quoi des fois il faut persévérer ! J'ai fini ce second volet en passant largement par dessus les réserves que j'avais émis après ma lecture du tome 1. Car c'est vrai qu’elle est attachante cette Clémentine. Faut dire qu'elle en bave ! Après leur fuite des montagnes, c'est cette fois sur une île que notre petite troupe va se poser pour nous proposer un quasi "huis-clos" sur ce nouvel Eden espéré. Et on a envie d'y croire pour eux... Mais forcément, rien ne se passe jamais comme espéré et nos ados vont encore en baver ! C'est l'occasion de découvrir de nouveaux personnages auxquels on s'attache, mais qui, comme souvent dans walking dead, ne feront pas tous de vieux os... Le tragique est toujours au rendez-vous ! Pour le coup, j'ai aussi du m'habituer au coup de crayon de Tillie Walden car j'ai d'autant plus apprécié son travail et surtout les ambiances qu'elle pose au fil des planches. C'est toujours aussi sombre, vaporeux et angoissant : parfait pour ce récit ! Il me reste maintenant à attendre la suite avec une certaine impatience ! (Je monte ma note à 4/5) *** Tome 3 *** Et bam, c'est fini ! Je l'avais pas vu venir ! Car oui, ce 3e tome clos cette trilogie, mais perso, je n'avais pas fait attention que cet opus clôturait la série (je ne lis jamais les 4e de couverture, j'ai toujours peur du spoil). Du coup, oui, pourquoi pas, mais j'avoue que je commençait tout juste à apprécier de retrouver nos grands ados régulièrement et que ce troisième tome n'amène pas de fin "catégorique" ; le récit pourrait très bien se poursuivre et leurs aventures prendre de nouveaux chemins de traverses. En attendant, Clémentine a encore fort à faire dans ce dernier opus. Après avoir du fuir l'île où ils s'étaient réfugiés, nos ados se retrouvent du côté du Groenland dans une petite ville qui a su réinstaurer un minimum de civilisation et d'ordre social. Une école existe, chacun doit s'impliquer et aider la communauté et une faction armée gère la défense du village. C'est de ce côté que les choses vont vriller : l'égo et le pouvoir menant comme toujours notre espèce vers le pire... Tillie Walden clos sa série de façon un peu abrupte, mais peut-être cela vaut-il mieux que de laisser trainer une série qui perdrait de sa superbe au fil des tomes. Une série qui aura su me conquérir au fil des tomes et que je recommande donc.

08/12/2023 (MAJ le 30/07/2025) (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Dans ses yeux
Dans ses yeux

Si cela n’est pas clairement mentionné, « Dans ses yeux » est bien un récit autobiographique de Marc Cuadrado, qui prouve d’une certaine manière que celui-ci a choisi de se mettre en retrait par rapport à son épouse Tanie, au cœur de ce témoignage. S’il paraît évident que lui-même représente un soutien essentiel pour sa compagne, on ne peut s’empêcher de rester admiratif devant le courage et la volonté de cette dernière. Et de la volonté, elle en a à revendre, grâce à un caractère bien trempé qui ne lui fait jamais renoncer à ses projets malgré les obstacles. Dans ce recueil de tranches de vie, chaque anecdote révèle comment ce handicap visuel peut compliquer le quotidien, dans les détails les plus insignifiants : régler le four à la bonne température, choisir un vêtement à sa taille, jouer d’un instrument, lire des histoires à ses petits-enfants… mais il en faudrait plus pour décourager Tanie, qui avait décidé, depuis la perte de son œil droit à l’adolescence, de prendre son destin en main grâce aux paroles de son chirurgien. D’ailleurs, on vient de lui proposer de donner des conférences sur l’art moderne, ce qui la remplit de joie, au grand dam de Marc qui tend parfois à s’inquiéter plus que nécessaire. Ce qu’on apprécie particulièrement, c’est que non seulement Marc Cuadrado évite tout pathos dans sa narration (et Tanie aurait forcément désapprouvé l’inverse !), mais en plus il réussit à injecter une bonne dose d’humour en relatant les petites chamailleries émaillant le quotidien de ce couple de sexagénaires. Et ce que l’on retient au final, c’est une immense tendresse pour sa compagne, et que celle-ci est réciproque. On retiendra cette scène significative à la sortie d’une consultation médicale concernant un problème bénin au genou, notre Marc en quête d’empathie s’offusque de l’ironie de Tanie. Celle-ci se contente d’affirmer que « le handicap [l’]a rendue plus forte face à l’adversité », et, afin de le réconforter, lui assure qu’elle sera « toujours forte pour deux ». Le dessin semi-réaliste de Cuadrado, dans sa simplicité descriptive, s’attarde davantage sur les personnages, leurs attitudes et leurs expressions. C’est très efficace, révélant une certaine maîtrise de l’auteur pour ce registre. Pourtant, hormis ses strips divers (« Parker et Badger » et une série sur le monde des motards publiée avec Margerin, « Je veux une Harley »…), des ouvrages collectifs et d’autres productions plus ou moins confidentielles, on ne peut pas dire que ce bédéiste a publié énormément. En modifiant radicalement son champ d’action, sans toutefois renoncer à ses « facéties », il démontre avec ce récit qu’il n’a pas eu tort d'essayer. « Dans ses yeux » est un portrait touchant, avec un parfait dosage entre humour et gravité. Une lecture riche d’enseignements, qui nous invite, nous les « bien-voyants », à nous mettre à la place de quelqu’un souffrant de troubles de la vision. Par un effort empathique, chacun saura relativiser ses petites douleurs et ses petits tracas, forcément très éloignés de ce type de handicap, et peut-être passer outre, afin de mieux « prendre son destin en main ».

26/07/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Zheng Shi
Zheng Shi

Le maître a compris qu’il allait tout perdre. Alors il a semé le désordre ! - Ce tome est le premier d’un diptyque de nature biographique. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte (peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l'Académie des Arts et Sciences de la Mer), pour le scénario et les dessins, avec une mise en couleurs réalisée par Douchka Delitte. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. L’histoire de la Chine est ancestrale, et il faudrait d’innombrables pages pour la narrer. Relever les tumultes des dynasties successives, dénoncer l’influence souvent néfaste des puissances occidentales qui, au fil des siècles, s’empressent de poser les pieds en Extrême-Orient pour satisfaire un appétit outrageusement vénal caché par un prosélytisme prétendument bienveillant. Mais quand l’ordre n’est plus qu’apparence et que le désordre règne sournoisement en maître, il ne faut pas s’étonner de voir un empire succomber aux plus viles tentations avant de s’effondrer. Macao, le 18 octobre 1843, deux soldats portugais viennent chercher Rodrigo Neiva de Cascais, l’attaché au consulat. Un passant les renseigne : à son avis, à cette heure, l’attaché est perdu dans les rêves enfumés de madame Tsching. Comprenant que les soldats ne connaissent pas la charmante madame Tsching, il explique que les instants d’évasion que madame Tsching offre sont fort agréables ! À l’intérieur de la fumerie, deux hommes de main sont venus s’en prendre à un client, ils sont mis dehors par la simple intervention de madame Tsching, armée d’un pistolet. Ils sortent et font le même constat que les deux soldats : elle est plus qu’un simple meuble particulier dans cette terre. La rivière des Perles est un fleuve large et tortueux qui finit par se perdre dans les méandres de ses affluents. On dit qu’on ignore sa source et que seule sa fin est connue, quand ses eaux se jettent dans la mer de Chine. Ainsi, telle une artère qui irrigue tout le corps de l’homme, la rivière des Perles s’enfonce dans la Chine, offrant d’innombrables paysages. Mais derrière la beauté des paysages se cache parfois le mal… On trouve trace de la piraterie partout dans le monde depuis les premières civilisations en Chine, au XVIe siècle. Les puissantes familles marchandes de Canton ne rechignaient pas à faire du commence avec des Wakos, des pirates japonais. Mais avec les dernières années du XVIIIe siècle profitant d’une faiblesse du pouvoir impérial, la piraterie, parfois soutenue par la population, en vient à défier ouvertement les autorités. Les pirates, qui s’identifient à la couleur d’un pavillon blanc, noir, bleu ou encore rouge, se sont regroupés dans une confédération et font la loi sur les eaux. Mars 1809, dans les eaux de la rivière des Perles, monsieur le marchand Bo Jong se rend en présence de Zheng Shi, en jonque. Une fois devant elle, il exige de savoir pour quelle raison il a été convoqué. Elle lui explique : elle a laissé librement circuler ses navires, alors pourquoi ne pas payer son tribut ? Elle lui offre une protection et il la refuse. L’auteur délaisse sa série sur les grandes batailles navales entamée en 2017 pour un diptyque… Enfin… Pas tout à fait puisqu’il a pour objet Ching Shih (1775-1844), appelée aussi madame Tsching, qui est une femme pirate chinoise, ayant écumé les mers de Chine durant le règne de l'empereur Jiaqing. Le récit commence en 1843, quelques mois avant le décès de cette dame, alors qu’elle a délaissé la piraterie depuis quelques années déjà. Après cette scène introductive de cinq pages, l’histoire revient en 1809, alors que la carrière de pirate de Ching Shih a commencé en 1801 : elle est donc bien établie dans son rôle, commandant plus de trois cents jonques, avec une troupe de pirates comprenant entre vingt et quarante mille personnes. L’auteur ne fait pas mention de ces informations, préférant se focaliser sur la situation du moment : un marchand se rebiffe contre les conditions imposées par la pirate et son organisation. Cela provoque un début de réaction du pouvoir local en place, qui ne parvient pas à s’organiser pour vraiment nuire à Zheng Shi. L’auteur évoque l’importance de la piraterie à l’époque, et la forme de tolérance des autorités vis-à-vis de cette pratique. Le scénariste se fait plus incisif en montrant comment le gouverneur local se tient dans une position très inconfortable, ne souhaitant pas attirer l’attention de l’empereur sur la situation de cette province, ce qui limite ses moyens d’action. Le lecteur attend de ce peintre de la marine une solide reconstitution historique, et bien sûr des batailles navales. En termes de batellerie, il prend sa première dose dès la première planche avec une vue de jonques chargées de marchandises dans une partie du port de Macao. Il admire chaque bateau avec sa forme, ses ballots, les accessoires à l’intérieur, l’armature avec sa couverture légère pour protéger des intempéries, les pêcheurs à l’œuvre. En page huit, il découvre une illustration en pleine page : un navire marchand avec trois mats, dont deux avec les voiles dehors, et une petite barque à fond plat qui en part transportant le propriétaire : le niveau de détail est aussi impressionnant que la rigueur de la reconstitution. En page dix et onze, une illustration en double page montre la barque à fond plat accostant le rivage au niveau d’un escalier, avec Zheng Shi et ses hommes attendant le marchand, et de magnifiques arbres de très grand développement. Le lecteur reconnaît bien le talent de Jean-Yves Delitte pour donner à voir tout ce qui touche à la marine, son investissement et son goût pour les navires, sa capacité à allier une précision technique avec une fougue communicative pour ces sujets. Sans plus de retenue, le lecteur déguste et savoure les planches correspondantes : la jonque progressant de nuit sur un bras de fleuve dans la ville, une nouvelle illustration en pleine page pour un navire portugais avec sa proue au premier plan (Ces cordages ! Ces toiles de voiles ! Quelle majesté !), enfin un abordage en bonne et due forme (et sanglant) dans une autre illustration en double page (trente-six & trente-sept), et une dernière illustration en double page (quarante-quatre & quarante-cinq) alors qu’un brick sort d’un des nombreux affluents de la rivière des Perles pour aborder la pleine mer. Le bédéaste tient les promesses marines avec panache et professionnalisme. La narration visuelle comprend d’autres éléments d’intérêt que les pages consacrées à la mer et aux navires, au nombre de dix-huit. L’attention portée à la reconstitution historique se voit à chaque planche : les tenues vestimentaires, les uniformes, les constructions et bâtiments, les armes, les accessoires et ustensiles. Tout a bénéficié d’une attention particulière pour que le lecteur puisse se projeter dans cette époque, dans cette région du monde. En fonction de sa sensibilité, son regard s’attarde plutôt sur la façade d’un monument, sur un chapeau haut de forme, sur un arbre massif au milieu de la rue, sur le nécessaire à opium, sur les motifs des drapeaux, sur un panier en osier, sur une arche ornementale, sur les tatouages de Zheng Shi, sur les statues bordant une allée d’apparat, sur les canons pointés vers la mer, ou encore sur les différentes selles utilisées par les cavaliers. Sans se montrer ostentatoire, l’artiste réalise des cases sans tricher, ayant à cœur de montrer chaque environnement tel qu’il apparaît, proscrivant les trucs et astuces qui lui permettraient d’éviter de représenter les éléments trop compliqués, ou nécessitant trop de recherches préalables. L’intrigue fait donc l’économie de raconter le passé de Zheng Shi, au moins dans cette première moitié, que ce soit sa rencontre avec Zheng Yi et leur mariage en 1801, la manière dont elle en est venue à commander aux pirates, la mort de son époux, sa prise de pouvoir sur l’ensemble de la flotte. Elle va directement à la période que le lecteur subodore rapidement comme étant charnière : la pirate est au faîte de sa puissance, elle peut se permettre tous les navires de l’empire qu’elle souhaite, et elle commence à s’en prendre aux navires des étrangers. Elle peut abattre un marchand à bout portant, et faire commettre un attentat contre les possessions du gouverneur. Même s’il ne connaît pas l’histoire de cette femme, le lecteur comprend avec la séquence d’ouverture qu’elle vivra de nombreuses années après sa carrière de pirate. Il constate que l’auteur fait également l’économie d’exposer la géographie de la région. Ainsi la rivière des Perles reste un nom exotique si le lecteur ne se renseigne pas par lui-même dessus. D’un autre côté, la densité de la reconstitution historique visuelle apporte déjà beaucoup d’informations, et la pagination exige de l’auteur qu’il se concentre sur l’essentiel. À l’évidence, il saute aux yeux du lecteur que le personnage principal est une femme, et qu’elle évolue dans un milieu essentiellement masculin. En fait il n’y a aucun second rôle féminin, et il faut rester attentif pour repérer une ou deux figurantes de ci de là, dans la rue. La dynamique de l’intrigue repose sur l’équilibre précaire des forces en présence : les pirates, le gouverneur de région, les Portugais, la gouvernance de l’empereur depuis son siège du pouvoir. D’une certaine manière, personne ne se satisfait de cet équilibre, ce qui le rend encore plus précaire, que ce soient les marchands qui espèrent trouver comment ne pas devoir payer pour une protection arbitraire par les pirates, le gouverneur qui sait que ses arrangements finiront par être découverts par le pouvoir impérial, Zheng Shi très consciente qu’il suffit que plusieurs camps s’allient pour que la suprématie des pirates soit remise en jeu. Zheng Shi raconte un souvenir de son enfance, ou peut-être une fiction présentée comme un souvenir, à Cheung, l’un des fils de Zheng Yi. Ce conte met en évidence qu’elle comprend parfaitement le jeu de pouvoir et sa position instable dans celui-ci. Elle lui explique qu’elle se voit comme un agent du désordre. Le lecteur peut y voir une stratégie efficace : réaliser des actions déstabilisant le pouvoir en place qui doit alors consacrer toute son énergie à rétablir une forme d’ordre, ce qui ne lui laisse pas assez de moyens pour s’occuper du fond du problème que constituent les pirates. Un tome de quarante-six pages qui contraint l’auteur à aller à l’essentiel. Une narration visuelle d’une grande richesse pour la reconstitution historique des navires bien sûr, et tout le reste aussi. Un récit qui se focalise sur la fin du règne de Zheng Shi sur une organisation de plusieurs dizaines de milliers de pirates faisant régner leur loi. Une remarquable évocation des faits et gestes d’une femme passée à la postérité, d’une hors-la-loi imposant ses règles sur un monde d’hommes, contre le pouvoir établi.

26/07/2025 (modifier)
Par Jessamy
Note: 4/5
Couverture de la série Le Grand Vide
Le Grand Vide

Penser à quelqu’un, c’est l’avoir à l’esprit, ne pas l’oublier, c’est le faire vivre en nous. C’est l’un des actes empathiques les plus simples que l’on puisse réaliser au quotidien. Mais dans cette histoire, cet acte humain a remplacé la publicité dans l’espace public pour devenir le produit banal d’une ville en constante expansion. Cette mégalopole étouffante qui ne sera jamais nommée (et c’est bien le paradoxe), impose à ses habitants de posséder de la Présence au risque de périr. C’est à dire exister en une pensée dans l’esprit des autres grâce à son nom. Ainsi, l’oubli c’est la mort. Se crée alors la sensation d’être anonymisé dans une ville pourtant saturée de noms. Ces noms, il y en a partout ; dans les rues, les halls d’immeubles, sur les panneaux, les façades, les pancartes, sur des gens. Mais on n’y prête plus attention, parce que lire un nom, ça demande de la mémorisation, ça demande du temps. On ne se concentre pas autant pour lire une publicité, on lui accorde à peine une seconde, parce que les mots sont simples, familiers, ce sont des noms communs. Le nom d’une personne, ce n’est pas la même chose, de par ses origines, ses consonances, son orthographe, c’est quelque chose qui nous est propre. Il apparaît donc étranger aux autres. Parlons du dessin, outre cette dominante noir bleuté parsemée de quelques touches de rouges, ce sont surtout les représentations des personnages qui interpellent. Les corps et les visages se déforment pour souligner ou exagérer les mouvements. Tout semble élastique, cartoonesque parfois, mais surtout mouvant. Même les phylactères semblent vivants. Ils peuvent entrer en collision avec les personnages, s’emmêler lorsqu’ils ne s’écoutent plus, se croiser lorsque les dialogues se confrontent. La perspective est aussi très travaillée. Elle donne le vertige, la sensation d’une ville immense qui ne connaît pas de fin. Cette perspective englobe tout, elle engloutit tout. Mais ce qui me parle avant tout dans ces dessins, ce sont les scènes plus intimes, dépouillées, tout en émotions. Dans ces moments profondément fragiles, intensément humains, le dessin semble reprendre vie. Il se pare soudainement de détails dans les cheveux, les cils et les mains. L’étreinte d’Ali et de Manel en est un parfait exemple. On se demande bien où la BD veut nous emmener avec toutes ses thématiques : la célébrité, la précarité sociale, la famille, l’amitié, l’inconnu, l’oubli… Souvent perçues (je pense) à tort comme une critique des réseaux sociaux et le besoin de se montrer dans l’espace médiatique. Mais il sert à quoi ce Grand Vide, cet étrange antagoniste ? Au début de l’histoire, le Grand Vide représente pour Manel une échappatoire à la crainte de n’exister que par les autres plutôt que pour elle-même. Elle finira cependant par le redouter, persuadée que s’il n’y a personne pour la voir, elle se condamne à disparaître. C’est pourtant quand elle se « fera un nom » qu’elle finira par être totalement oubliée : connue par tous mais inconnue de chacun. Alors que c’est au moment de quitter les siens que Manel, avec un regard en arrière, sait qu’elle sera manquée. Partir, c’est laisser un vide. Et si la Présence au final, c’est avant tout la place que nous occupons dans l’esprit de nos proches ? Bon promis c’est le dernier point qui me travaille et après je clos ma critique, on connaît tous la formule : « nous ne sommes pas que des chiffres », pourquoi en refermant cette BD ai-je plutôt la sensation que « nous ne sommes pas que des noms » ? Si le nom est indissociable de notre humanité ; il nous donne un lien filial, nous permet d’être identifié au sein de notre société, d’y avoir une place, c’est aussi parce que derrière chaque nom il y a un visage, il y a un être humain. Ce que fait cette ville, c’est lui enlever son essence même. Le nom n’est pas qu’un mot avec pour fonction de désigner quelqu’un, c’est un mot qui sert à se souvenir de quelqu’un. Nommer, c’est signifier l’autre en quelque sorte. Or, s’il faut sans cesse penser et être pensé sans véritablement considérer l’autre, ce n’est plus un acte d’empathie mais une action mécanique. On pourrait alors présumer qu’on ne peut pas accorder une pensée à chaque personne que l’on croise, parce que si nous le faisons, ceux qui nous sont chers finirait par ne plus avoir de place en nous, nous finirions par les oublier et être oublié. C’est cette inquiétude que soulignera très justement Manel à son meilleur ami Ali : « Chaque fois que je regarde ce mur de cartes de visite, ça me confirme qu’on ne peut pas exister dans cette ville au milieu de tous ces noms. Comment tu veux penser à chacun d’entre eux sans en oublier un ? ». Alors pourquoi Ali se donne-t-il la peine d’avoir un mur entier de son appartement recouvert de cartes de visite ? Peut-être parce que penser aux autres c’est un peu penser à soi finalement. Manel le concédera : « C’est bien de faire ça. J’y pense jamais ! » Pourtant dans notre société actuelle, l’emphase est mise sur la valorisation de soi, le « développement personnel ». S’il est bien de penser aux autres, on nous rappelle de faire attention de ne pas négliger son propre bien-être, il faut aussi penser à soi. Mais dans cet univers, penser à soi ne renforce pas sa Présence, on a besoin des autres. Manel en fera l’amère expérience lorsqu’elle sera au sommet de sa gloire puisqu’elle finira par perdre de vue tous ceux qu’elle a aimé. En retrouvant des lieux et des visages familiers, en redonnant une pensée à sa famille, en se souvenant d’Ali, elle se rendra compte qu’en les oubliant eux, elle s’est oubliée elle-même. À travers ce geste anodin, silencieux, comme une petite preuve d’humanité parmi tant d’autres petites touches de bienveillance, Ali nous montre l’importance de se connecter aux autres : qu’oublier les autres au final, c’est risquer de s’oublier soi-même. ;)

24/07/2025 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Or du spectre
L'Or du spectre

Cet été je suis parti faire un trip Colorado, Utah et Nouveau Mexique ! A moi les grandes étendues sauvages ! J’ai glissé dans ma valise 1 seul album ! 1 seul mais pas n’importe lequel ! Cela ne pouvait qu’être l'or du Spectre, fruit de la collaboration entre Philippe Xavier et Matz. Mais quelle claque les amis ! Dès les premières pages, on est saisi par la qualité exceptionnelle du dessin de Philippe Xavier, dont le trait précis et détaillé donne vie à un univers visuel riche et immersif. Chaque case est une véritable œuvre d'art, où les jeux d'ombres et de lumières, les expressions des personnages et les décors minutieusement travaillés ne peuvent que vous captiver et vous transporter dans une atmosphère à la fois sombre et envoûtante. C’est sublissime. Et je peux vous l’assurer, on s’y croirait ! J’y suis dans le décor en ce moment ! Le scénario de Matz est tout simplement magistral. L'histoire, complexe et bien construite, mêle habilement intrigue policière, suspense et réflexion sur des thèmes universels tels que la cupidité, la trahison et la rédemption. Les personnages sont développés, avec des motivations et des arcs narratifs qui les rendent attachants et crédibles. Chaque détail compte et chaque rebondissement est savamment amené. L'un des points forts de cet album réside dans sa capacité à maintenir un suspense haletant tout au long de l'album. Matz excelle dans l'art de distiller les indices et de jouer avec les attentes des lecteurs les plus exigeants, créant une tension narrative qui ne faiblit jamais. Les dialogues, percutants et naturels, ajoutent une dimension supplémentaire à l'histoire, révélant les personnalités des personnages et faisant avancer l'intrigue avec brio. Philippe Xavier réussit quant à lui à traduire cette tension en images, utilisant des cadrages audacieux et des compositions dynamiques pour amplifier l'impact des scènes clés. C’est tout bonnement génial ! Visuellement pour vos pupilles délicates c’est le grand bonheur. Je ne peux que recommander chaudement cet album qui hume la poussière des grands espaces désertiques, et qui nous ramène avec délectation dans un far west plus contemporain mais ô combien délicieux.

24/07/2025 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Les Cœurs de ferraille
Les Cœurs de ferraille

Une bonne série jeunesse qui m'a bien surpris parce que je pensais lire un truc sympathique sans plus. Le premier truc qui m'a frappé dès les premières pages est le dessin. Le style de Munuera est beaucoup plus réaliste dans cette série que dans ses œuvres habituelles qui avaient un coté cartoon. J'ai bien aimé, surtout que le style va très bien pour cet univers. Chaque tome raconte une histoire indépendante avec des personnages différents à chaque fois. J'avoue que j'ai été un peu déçu au second tome de voir que les personnages du premier tome que je trouvais terriblement attachants n'allaient pas revenir alors que j'aurais bien aimé suivre leurs aventures sur plusieurs tomes, mais ce n'est pas trop grave. L'action se passe dans un décor du 19ème siècle où les robots existent et sont maltraités. On retrouve donc des thèmes récurrents dans ce genre de publication jeunesse comme la tolérance et je trouve que c'est bien fait et qu'on ne prends pas les enfants pour des idiots. Le seul bémol est que le dernier tome m'a moins passionné que les deux autres avec une histoire qui m'a semblé un peu trop cliché et souvent prévisible.

23/07/2025 (modifier)
Couverture de la série Black Gospel
Black Gospel

Les auteurs ont décidé de commémorer le discours de Martin Luther King et les événements d'août 1963 à leur façon, avec un polar sombre et poisseux où se déploie toute la noirceur humaine. Un "polar historique" peu commun mais franchement réussi. Le scénariste Laurent-Frédéric Bollée est bien connu de nos services : ce journaliste adepte des sports mécaniques a signé plusieurs BD dont la magistrale histoire de La Bombe atomique. Le voici associé avec le dessinateur Boris Beuzelin, un habitué des albums "policiers" et des adaptations de romans noirs (Siniac, Fajardie, ...), et tous deux célèbrent à leur façon le fameux discours du Dr. Martin Luther King Jr. le 28 août 1963 à Washington. Notons au passage que cet album Black Gospel est sorti en juin et bénéficie d'un joli coup de projecteur grâce à l'inénarrable Trump qui vient tout juste de déclassifier les dossiers relatifs à l'assassinat de Martin Luther King (en 68) ! Laurent-Frédéric Bollée n'a pas oublié son métier de journaliste et il a construit l'arrière-plan historique de son intrigue sur plusieurs faits bien réels. On l'a dit, le 28 août 1963, Martin Luther King prononce son fameux discours ponctué de quatre mots devenus les plus célèbres de l'Histoire : « I have a dream ». Le jour même deux jeunes femmes blanches sont assassinées à Washington, c'est l'affaire des Career Girls dont le coupable ne sera jamais identifié. Et la veille du célèbre discours, William Edward Burghardt Du Bois, un intellectuel black (que l'on peut voir comme l'un des précurseurs de Martin Luther King) s'éteint au Ghana où il avait fui les persécutions US. Depuis cette gigantesque manifestation d'août 1963, chaque année des cérémonies sont organisées à Washington, en mémoire du discours emblématique contre la ségrégation raciale. En août 1983, Washington s'apprête à commémorer le vingtième anniversaire du discours de Martin Luther King. Au même moment, la police du NYPD découvre à Manhattan deux jeunes femmes noires sauvagement poignardées. Elles démarraient leur carrière comme avocates. Sur le mur un message sibyllin, inscrit en lettres de sang : M2817. L'assassin semble vouloir jouer les copycat du double meurtre sauvage d'août 63. « [...] Voir qu'un type recrée un meurtre vieux de vingt ans à New York me fait dire qu'on n'est pas à l'abri ici à Washington ... » Un flic de New York, Jack Kovalski, va devoir faire équipe avec un collègue de Washington, Jimmy Chang, d'origine asiatique et Kovalski propose d'emblée une franche et virile collaboration : « Ne te fais pas d'illusions Shanghaï. Les jaunes m'ont toujours cassé les couilles ». Kovalski n'aime pas trop les noirs non plus : son père et son grand-père étaient flics et « les deux se sont fait buter en patrouille par des noirs ». Voilà, quelques cases et le décor est posé ! Mais quels sont les liens entre ces personnages, entre ces événements, entre ces dates ? Les meurtres aux États-Unis de 1983 ont-ils leurs racines dans le Ghana de 1963 ? Si l'intrigue est celle d'un polar on ne peut plus classique, c'est également un album nourri d'une belle documentation et L.F. Bollée nous apprendra plein de choses sur ces personnages et événements réels, d'autant que les auteurs ont choisi une structure en flash-back empruntée aux romans. À l'aide d'allers-retours entre les périodes (1963, 1983, 2013, ...), l'imbrication complexe entre les différents éléments de l'intrigue reste fluide et permet de faire connaissance peu à peu avec chaque personnage et son passé. Côté dessins, le noir & blanc est décidément très à la mode et celui de Boris Beuzelin, très contrasté, très noir (sans mauvais jeu de mots), exsude toute la sombre et poisseuse violence qui convenait à ce récit. Car il s'agit bien d'une histoire bien noire où l'on devine un prêtre animé des pires desseins, pris dans une folie toute personnelle.

23/07/2025 (modifier)