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Couverture de la série Plein feu sur l'escalope milanaise
Plein feu sur l'escalope milanaise

Je surnote à l’évidence ce petit album. Mais je suis le cœur de cible de ce type d’humour, et le développer sur une histoire complète – en proposant très régulièrement des gags – est un exercice assez casse-gueule, rarement réussi. Malgré l’inégalité de l’ensemble, je me suis bien amusé à suivre ces aventures ridicules, Ami Inintéressant (alias Pascal Galibourg) nous propose là quelque chose de très réussi dans son genre. Son style très minimaliste (il a depuis publié plusieurs albums toujours avec ces bonhommes bâtons) se révèle efficace et n’empêche nullement le lecteur de comprendre histoires et dialogues. Une histoire qui baigne dans l’absurde le plus loufoque, dans la lignée de Fabcaro. Et d’ailleurs ce dernier participe à l’album en intervenant plusieurs fois, dans son propre rôle (voir extrait dans la galerie) pour menacer Ami Inintéressant d’ennuis judiciaires et autres tortures si celui-ci continue de la plagier. Mais en fait Ami Inintéressant développe son propre style – dans les limites imparties par le genre absurde – et s’il y a parfois parenté au niveau de l’humour, ça s’en éloigne aussi rapidement. Un autre spécialiste actuel de l’absurde réussi – Tienstiens – fournit lui une postface en forme de making-of. Résumer l’histoire est difficile et finalement pas très important. Mais elle part donc dans un humour crétin, comme ses protagonistes (surtout un contrôleur de la RATP et une policière), de nombreux gags étant poilants. Ami Inintéressant s’acharne aussi sur Guillaume Musso (en nous livrant en particulier la recette de son succès…) de façon assez jubilatoire. A réserver aux amateurs d’humour con et absurde, avec dessins minimalistes. Mais dans le genre, c’est assez drôle. Note réelle 3,5/5.

06/08/2025 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Le Dernier Jour de Howard Phillips Lovecraft
Le Dernier Jour de Howard Phillips Lovecraft

Acheté sur le stand de l'éditeur à Angoulême en début d'année, ce n'est que pendant mes vacances de cet été que j'ai enfin trouvé le temps de lire cet album. Pour commencer on remarquera et on appréciera la qualité portée à l'objet. Les éditions 404 nous gâtent et nous régalent ! Ajoutez à cela le graphisme fantasmagorique de Jakub Rebelka qui se prête si bien à l'univers halluciné de H. P. Lovecraft et nous voilà parti pour suivre cette dernière journée que lui prête Romuald Giulivo. Alors oui, les fans de l'auteur se sentiront moins perdus ; avoir des références en littérature fantastique donne d'avantage d'éclairages également. Car les références et auteurs du genre sont nombreux dans cette dernière journée fantasmée, mais sans tomber dans le pompeux ni le catalogue. C'est finement amené et souvent peu amène envers Lovecraft. On ne peut pas dire que ses travers soient cachés sous le tapis, bien au contraire ; c'est d'ailleurs l'une des forces de cet album de tendre ce miroir sans complaisance à l'auteur, l'autre résidant dans cette démonstration d'une certaine forme d’immortalité qu'acquièrent certains auteurs à travers leur œuvre. Et c'est là toute la singularité et le jeu que construit le scénariste, car Lovecraft n'aspirait plus qu'au néant et à l'oubli ! Un album envoutant qui ravira les amateurs de Lovecraft et saura certainement séduire les néophytes curieux.

06/08/2025 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5
Couverture de la série Monster Club
Monster Club

Une note légèrement supérieure à ce que je pense réellement de ces deux tomes, mais l'évolution se fait dans le bon sens, donc j'arrondis la note au supérieur. Encore loin de la finesse de son merveilleux Le Baron, Masbou montre toutefois qu'il est capable d'écrire une histoire débordant de personnages. Peut-être un peu trop d'ailleurs, car certains manquent légèrement de développement, mais il parvient à orchestrer toute une intrigue et des scènes d'action de manière fort cohérente pour un nombre de personnages particulièrement élevé. Il est alors dommage que la qualité des dessinateurs ne suivent pas tout à fait celle des scénarios. Leprévost et Faw ne déméritent pas, mais leur dessin manquent de la finesse qui aurait conféré au récit l'ampleur nécessaire. Cela gâte un peu la dimension épique, mais on goûte quand même avec beaucoup de plaisir la dimension Jules Verne/Conan Doyle de ces deux tomes savoureux. Le récit et l'humour étant mieux rodés dans le deuxième tome, on regrette d'ailleurs que cette saga n'ait pas continué après Décapodes et veilles lanternes (surtout quand on commence à mieux connaître les personnages), mais en l'état, ça se lit et relit agréablement, tout en étant conscient qu'on n'est pas là dans le genre de BD qui va marquer l'histoire du genre.

04/08/2025 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Caballero Bueno - Une enquête de l'inspecteur Valverde
Caballero Bueno - Une enquête de l'inspecteur Valverde

Quelle belle trouvaille de la part des auteurs d’avoir conçu une enquête policière se déroulant sur l’île de Pâques, une petite île au bout du monde connue d’abord pour ses célèbres statues monumentales, les moaï ! Mais ici, ces vestiges de la civilisation autochtone n’apparaîtront qu’en toile de fond, spectateurs silencieux d’un crime sordide d’une violence inouïe. La victime, un notable anglais résident sur l’île à la tête d'un élevage de chevaux, n’avait pourtant aucune raison d’avoir des ennemis. Selon les informations recueillies par l’inspecteur Valverde, Anthony Wilcox semblait être le gendre idéal, bien sous tous rapports et apprécié par l’ensemble des habitants, qu’ils soient pascuans ou chiliens. Alors qui pourrait être à l’origine du meurtre ? Valverde va vite comprendre que l’accusé, d’origine autochtone, est innocent, même si son apparente folie et une certaine agressivité comportementale ne jouent guère en sa faveur… L’inspecteur va d’abord se heurter à l’hostilité du gouverneur, qui accepte mal cet « intrus » ami du président chilien missionné pour résoudre cette affaire… Captivant et très bien ficelé, le scénario, dans sa tonalité hitchcockienne, joue sur la lenteur tout en maintenant le mystère jusqu’au dénouement, avec une galerie de personnages qui va défiler sous le regard patient et acéré de l’inspecteur Valverde… Des personnages pour la plupart très bien campés, à commencer par Valverde lui-même, un homme qui malgré sa morgue apparente de départ, va révéler ensuite des qualités contradictoires avec son statut, celui d’agent gouvernemental de la police précédé par une réputation d’enquêteur impitoyable avant qu’il ne débarque sur l’île… Mais au-delà de l’intrigue policière, c’est une autre grille de lecture que nous proposent les auteurs : un condensé de l’histoire coloniale d’un pays, le Chili, héritage des conquistadors qui s’emparèrent d’un continent de la manière la plus brutale, tout comme l’île de Pâques — même si elle se trouve à 3500 km de la côte —, et consécutivement une dénonciation du traitement indigne infligés aux populations natives qui perdura jusqu’au XXe siècle. Pour concevoir son scénario, Thomas Lavachery s’est inspiré du témoignage de son grand-père, qui avait séjourné sur l’île en 1934 lors d’une mission archéologique, comme il l’évoque en post-face. Celui-ci s’était dit hanté à jamais par le fait divers évoqué dans le livre (dont je ne peux rien dire au risque de gâcher la surprise du dénouement). C’est ainsi que l’on découvre une communauté autochtone sous la domination des colonisateurs. Les Pascuans (gentilé des habitants) sont exploités pour les tâches subalternes, relégués dans des habitations de fortune. Et lorsqu’ils sont contaminés par la lèpre qui à cette époque faisait des ravages dans les pays tropicaux, ils sont confinés et entassés dans une léproserie qui n’est rien d’autre qu’un taudis humide, tandis que les colons blancs jouissent du plus grand confort. Les dialogues possèdent une belle qualité littéraire pour des personnages très incarnés. Il y a évidemment l’inspecteur, impressionnant par sa stature mais aussi par son extravagance et son érudition, mais tous celles et ceux qui vont graviter autour de lui durant son séjour sur l’île, les plus marquants étant la jeune et jolie archéologue Miss Burnett, au fort tempérament, et le docteur Giraldo, dandy un brin sarcastique et désabusé. Thomas Gilbert a su leur donner un visage en phase avec leur personnalité, d’une expressivité éloquente. Son trait semi-réaliste et maîtrisé s’accorde bien avec la mise en page dynamique et un cadrage bien étudié. Les couleurs oscillent entre une certaine sombreur et une clarté désaturée pour les scènes extérieures, imprimant une ambiance en phase avec le propos doux-amer de ce polar sociologique. Du beau travail ! Le duo Lavachery-Gilbert semble avoir bénéficié d’une bonne alchimie, ce qui se ressent à la lecture de « Caballero Bueno ». Les deux auteurs ont d’ailleurs déjà collaboré pendant plusieurs années sur la série jeunesse « Bjorn le Morphir », dans le registre de l’heroic fantasy. L’univers de Thomas Gilbert est quant à lui assez unique, et chacune de ses publications ne manque jamais de susciter la curiosité. Indéniablement, ce dernier opus est une totale réussite.

04/08/2025 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Les 3 Quêtes d'Hypercondrie (Fuzz et Fizzbi)
Les 3 Quêtes d'Hypercondrie (Fuzz et Fizzbi)

Une série de fantasy issue de la vague des années 90, que j'avais jusque-là laissée de côté, en partie à cause du dessin de Ciro Tota, dont le style ne m'a jamais vraiment séduit. Son trait me paraît trop froid, sans que je puisse dire exactement pourquoi, et ses visages me rebutent un peu. En revanche, j'ai été agréablement surpris par la qualité des décors dans cette série : ils sont soignés, détaillés, et contribuent bien à l'atmosphère. Comme l'annonce le titre de l'intégrale, il ne s'agit pas d'une véritable trilogie au sens narratif du terme, mais plutôt de trois aventures distinctes se succédant, chacune tenant en un album. Ce découpage fonctionne bien, car il correspond parfaitement au ton léger et dynamique de l'ensemble. On est ici dans une fantasy assez typique de son époque : un univers médiéval fantastique mâtiné d'humour, de jeux de mots (particulièrement dans les incantations), sans pour autant tomber dans la parodie ni l'excès de fan-service sexy qu'on retrouvait souvent à la même époque. Cela s'adresse visiblement à un public plutôt adolescent, avec des intrigues simples, des obstacles rapidement surmontés et une narration fluide. Et malgré tout, ça fonctionne. Les personnages sont attachants, l'humour est bien dosé, et même moi qui suis d'ordinaire assez réticent face aux jeux de mots à répétition, j'ai trouvé le ton plutôt plaisant. Ce n'est pas une série marquante, ni bouleversante, mais elle accomplit exactement ce qu'elle promet : un bon moment de lecture, divertissant, sans prétention mais avec sérieux et application. Une petite surprise, honnête et réussie, qui fait mieux que la moyenne de son genre.

04/08/2025 (modifier)
Couverture de la série Albertine a disparu
Albertine a disparu

Etrange et édifiant, ce récit se base sur un simple fait divers très révélateur de l’individualisme de nos sociétés occidentales. Autant polar que chronique sociale, cette bande dessinée m’a très agréablement surpris : le sujet est original et peu traité, le dessin est efficace et expressif, la lecture est très fluide. Le résultat ? J’ai dévoré l’album et en suis sorti quelque peu estomaqué (d’autant plus que je n’ai vu qu’a posteriori qu’il s’agit d’une histoire vraie). Ce récit nous parle de la vieillesse, de la solitude, de la culpabilité des enfants vis-à-vis de leurs parents, dont ils ont le sentiment de ne pas assez s’occuper, de l’isolement qui accompagne la crainte de déranger. Il soulève pas mal de questions dont, dans le cas présent, plusieurs restent sans réponses (et cela fait clairement partie du charme de cet album à mes yeux). Il est donc autant prenant que matière à réflexion. A titre personnel, je recommande (même s’il y a quelques rares longueurs et pertes de rythme).

04/08/2025 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Spider-Man - Fake Red
Spider-Man - Fake Red

3.5 Un manga bien divertissant sur Spider-Man et surtout sur ce qu'est Spider-Man. En effet, on suit un jeune étudiant, Yu, l'adolescent typique mal dans sa peau et fan de Spider-Man qui un jour va tomber sur le costume de son idole et va devenir un nouveau Spider-Man pendant que Peter Parker a un problème. Le récit n'est pas exceptionnel, mais il est très bien fait. Contrairement à plein de comics de super-héros modernes, le scénario n'a pas peur d'être amusant à lire et ne se prend pas trop au sérieux. Il y a un bon mélange de comique et de drame, le dessin est dynamique et les scènes de combats sont réussies. Il y a quelques surprises dans le scénario qui parfois n'est pas aussi cliché qu'il parait au premier coup d'œil. Un bon divertissement pour les fans de l'homme araignée !

03/08/2025 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Patrick Dewaere - A part ça la vie est belle
Patrick Dewaere - A part ça la vie est belle

Patrick Dewaere est un acteur que j'apprécie beaucoup et dont j'ai vu une bonne douzaine de ses films de sa trop courte filmographie. Les bonnes notes avaient attiré mon attention sur cette biographie. À force de lire des biographies médiocres en BD, je me méfie un peu, mais les auteurs évitent tous les défauts habituels de ce type de production. Déjà, il y a la bonne idée que la narration soit narrée par Dewaere lui-même ce qui donne un ton plus personnel qu'une bête narration qui ne ferait que montrer de manière chronologique les moments importants de la vie de l'acteur. Le scénario est vraiment bien fait, j'ai vraiment eu l'impression que c'était le vrai Dewaere qui racontait sa vie. Ce n'est pas raconté de manière chronologique et on saute souvent d'un sujet à l'autre, mais on ne se perd jamais et cela rend le tout encore plus authentique vu qu'il parle comme quelqu'un qui raconterait sa vie en parlant de ce qui lui passe par la tête. Je n'ai pas appris grand chose vu que j'avais déjà lu au sujet de cet acteur et aussi vu le documentaire de sa vie, mais j'ai tout de même trouvé la lecture de cette BD passionnante. On a un bon résumé de la vie compliqué de Dewaere et ses nombreux problèmes. Le dessin est très classe. Je recommande l'album à tous les fans de l'acteur.

03/08/2025 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série Une enquête de l’inspecteur Flavio Argento
Une enquête de l’inspecteur Flavio Argento

Visuellement, le rendu de cette BD est vraiment intéressant : des peintures sombres, très stylisées, traversées par de régulières hachures, multipliant les effets de lumière. Après, j'ai davantage de réserves quant au procédé informatique permettant d'y aboutir : aucun travail tortueux de la matière, juste sa reproduction, c'est moins romantique ! Ces belles illustrations servent un polar poisseux et noir à souhait : une sordide enquête autour de meurtres d'enfants, menée par le charismatique et désabusé inspecteur Flavio. Certes, l'on regrette la manière peu habile de faire avancer l'enquête : tout y est accéléré, fort peu vraisemblable. Mais c'est conduit avec un esprit sacrément joueur, les rebondissements y sont ludiques et assez cinématographiques. De manière surprenante, ce polar très noir dégage finalement beaucoup de légèreté dans sa narration, tant via la dynamique de son rythme que par la roublardise de ses péripéties. Un spectacle fort agréable, stylisé en diable !

02/08/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Jesse Owens - Des miles et des miles
Jesse Owens - Des miles et des miles

Ce n’est plus une vie, ça, mais une épreuve de résistance sans fin ! - Ce tome contient une autobiographie de Jesse Owens (1913-1980), quadruple médaillé aux Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, en présence d’Adolf Hitler. Son édition originale date de 2024. Il a été réalisé par Gradimir Smudja, pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comporte cent-vingt-et-une pages de bandes dessinées. Oakville, le douze septembre 1913. Un chat en salopette jouant du banjo est assis sur une haute branche d’un arbre, et il commente la scène qui se passe devant lui, dans une modeste cabane en bois. La naissance d’un nouveau jour, en même temps que celle d’une nouvelle vie, que c’est beau ! Le chat va raconter une histoire certainement encore jamais entendue. Cette histoire, c’est celle de son petit frère noir. Bienvenue dans ce monde cruel, et plein d’injustices et de dangers… Il voudrait que la chance soit à ses côtés et que jamais elle ne le lâche. Lui, il va prendre soin u nouveau-né, veiller à sa sécurité… Et lorsqu’il saura marcher, le chat le suivra comme son ombre. Mary-Emma et Henry Cleveland Owens avaient beaucoup d’enfants. Le dixième, le plus jeune s’appelait James, surnommé Jesse. Dans la cour de la famille Owens, on n’entend que les éclats de rire joyeux des enfants. Les parents n’en reviennent pas : Jesse n’a que cinq mois et il sait déjà marcher. Un matin, alors que le bambin est resté tout seul à la maison, il se retrouve soudain face à face avec… un monstre !!! Qui aurait pu prédire que Jesse aurait peur d’un campagnol ? Si peur qu’il va se coucher sous le lit, il y reste jusqu’au soir, lorsque son père lui vient en aide. Un autre jour, le grand jar Auguste se pavane tel un empereur régnant souverainement sur toute la cour. Personne ne sait avec certitude pourquoi Jesse se retrouve tout en haut de la liste noire d’Auguste. Le fait est qu’Auguste est perpétuellement après lui et le pourchasse partout… jusque dans la cabane au fond de la cour, servant de toilettes. Il n’y a aucun lieu sûr ou Jesse peut trouver refuge. Mais l’enfant apprend bien vite que la peur fait bouger ses jambes d’une manière incroyablement rapide. Ainsi, il distance Auguste, et il va se réfugier dans l’espace existant sous les planches formant la terrasse de la cabane. Dans le même temps, le chat, installé dans le rockingchair avec son banjo, incite Jesse à courir, courir le plus vite qu’il peut car bien d’autres dangers le poursuivront bientôt. Par une étouffante après-midi d’été, alors que Jesse n’a que cinq ans, il est assis sur les marches permettant d’accéder à la terrasse. Sans que rien n’annonce le danger, un serpent vient soudain le mordre par derrière au mollet droit. Quand il rentre le soir, le père ne trouve personne pour expliquer pour quelle raison l’enfant gît inanimé sur le sol. Même le médecin du village ne peut établir un diagnostic précis. Les parents couchent l’enfant dans son lit, personne n’imaginant qu’il passera la nuit. Invisible de tous, la mort approche pendant la nuit, mais le chat la lacère jusqu’à ce qu’elle reparte, puis il aspire le venin dans le mollet. Jesse reprend connaissance et il peut voir le chat qui se présente : il se nomme Essej Snewo. Les parents entrent dans la chambre et trouvent leur enfant conscient : ils estiment qu’il s’agit d’un miracle. Ils ne voient pas Essej. Une couverture impressionnante pour son pouvoir évocateur : le jeune garçon qui court, promis à un avenir olympique, la tenue du Ku Klux Klan comme épouvantail, les champs de coton, de nombreux esclaves et un maître, et un autre épouvantail à l’effigie d’Adolf Hitler. Le lecteur retrouve cette même beauté dans les dessins des pages intérieures, chaque case étant une illustration soignée. Cela devient une évidence lorsqu’il découvre une illustration en double, pages seize et dix-sept : un panoramique très large, avec en premier plan et second plan des dizaines d’exclaves en train de travailler dans des champs de coton. Le lecteur commence par assimiler l’image dans sa globalité, avec un troisième plan consacré à deux énormes bateaux à aube aux cheminées noires fumantes, et en arrière-plan des collines, puis encore des montagnes. Curieux, il regarde des groupes d’esclaves, puis certains un par un : chacun est occupé à une tâche propre qui s’additionne pour donner une image globale entre les cueilleurs (y compris des enfants), des personnes portant de lourds paniers, les chevaux tirant de grandes remorques pour les acheminer vers la baie de chargement d’un deux bateaux, les balles déjà à quai, les chemins de circulation s’adaptant au relief, les maitres à cheval avec leur fusil, etc. Quel tableau ! Ainsi éveillé, le regard du lecteur prend le temps de savourer des illustrations magnifiques et marquantes : la tornade qui soulève une grande cabane en bois dans un dessin en pleine page, la tornade qui détruit un bateau avec roue à aube dans un large panoramique occupant deux tiers de la hauteur sur la largeur de deux pages en vis-à-vis, le dessin en double page à couper le souffle montrant un viaduc ferroviaire en bois, une dizaine d’éléphants en équilibre les uns sur les autres dans un numéro de cirque exceptionnel (dessin en pleine page), les athlètes étatsuniens embarquant sur le paquebot transatlantique Manhattan (dessin en pleine page), une rue du Bronx (vue du ciel en oblique dans une illustration en double page). En réalité, chaque planche est un festin visuel roboratif. À raison d’un exemple par page : la vue du ciel en oblique sur la cabane de nuit, le chat en train de jouer du banjo sur les trois marches menant à la terrasse, la pose de groupe des parents Owens avec huit enfants dont six juchés sur le dos d’un âne, le campagnol pourchassant le tout petit Jesse dans la pièce principale, le jar Auguste s’en prenant à Jesse assis sur les cabinets, les deux parents consternés laissant leur fils sur son lit sans espoir de le retrouver vivant le lendemain, le chat griffant la Mort, etc. Le degré d’investissement de l’artiste dans chaque case de chaque planche emporte le lecteur, qui ressent l’importance du récit pour son auteur, pour qu’il s’y soit autant impliqué. Dans le même temps, l’artiste sait raconter une histoire par des séquences visuelles, chaque planche étant bien plus qu’une collection de superbes images. Après avoir été poursuivi par le jar, ce pauvre Jesse se fait courser par le bouc. Dans une planche irrésistible de cinq cases, le lecteur sourit devant la tête du bouc, son expression et le morceau de jean accroché à sa corne gauche, puis Jesse caché derrière le puits, ensuite à l’abri sous la carriole, l’image improbable du chat faisant tournoyer un lasso, et enfin le chat sur le dos du bouc se cabrant comme au rodéo. En page trente-trois, c’est une nuée de sauterelles qui ravage tout en quatre cases de la largeur de la page : une scène terrifiante dans leur efficacité, accablante dans la dernière case où il ne reste rien des champs. L’artiste aime bien les grandes cases, et il sait aussi raconter avec des structures de pages conçues sur mesure en fonction de la séquence. Celle relative à la qualification au saut en longueur et à la médaille olympique aux deux cents mètres repose sur un découpage à l’échelle des deux planches en vis-à-vis, trois bandes panoramiques contenant chacune trois cases, la première et la dernière étant de taille identique, et celle milieu s’étalant sur la page de gauche et celle de droite. Une composition identique pour les trois cases, une idée visuelle très intelligente pour rendre compte du point de départ, puis de la course de Jesse Owens, puis de la réaction de Hitler. Décidément, tous les malheurs du monde s’acharnent sur le pauvre Jesse Owens. Le lecteur part avec l’a priori d’une biographie factuelle sur l’un de plus grands champions olympiques du monde. Il apprécie l’idée d’un chat anthropomorphe (tout en conservant sa taille de gros chat), bluesman et narrateur omniscient, qui apporte un commentaire avec du recul sur ce que vit le futur champion. Il comprend qu’il faut y voir un dispositif narratif qui amène des métaphores, une version imagée de la réalité, par exemple quand le chat aspire le venin du serpent. Il se trouve un peu surpris par cette anecdote pour les cinq moins du bébé : étonnant que de tels détails aient survécu au passage des décennies. En fonction de sa capacité d’acceptation, il tique aussi un peu en découvrant que Nat King Cole (1919-1975) et Louis Armstrong (1901-1971) étaient présents au mariage de Jesse Owens. Encore plus fort : une version inédite de l’incendie du zeppelin LZ 129 Hindenburg qui chute sur le stade de Berlin en 1936, ou la coïncidence des causes du décès de Jesse. Une petite vérification en ligne permet de rectifier les faits. Le lecteur comprend alors que le récit amalgame à la fois une reconstitution biographique factuelle et une licence artistique relevant du conte, sensibilité de genre littéraire incarnée dans ce chat Essej Snewo. Il devient alors patent que l’auteur a choisi de rendre apparentes les conditions de vie pour les afro-américains au travers de son personnage. Le ton gentil et tout public de Essej Snewo permet d’intégrer Jesse Owens aux grandes forces systémiques accablant les citoyens de couleur noire. Et c’est ignoble et monstrueux. Sont ainsi mis en scène : l’esclavage et la cruauté des maîtres traitant les Noirs avec une cruauté pire que s’ils étaient des animaux, le règne de terreur du Ku Klux Klan avec massacres, ravages et lynchages, la ségrégation sous toutes ses formes, y compris après le retour du quadruple médaillé aux jeux olympiques, qui ne peut pas accéder aux hôtels de luxe du fait de sa couleur de peau, le fait que le président Franklin Delano Roosevelt (1882-1945) ne le remercie pas à son retour, alors qu’il remercie les athlètes blancs. Dans le même temps, la forme de conte constitue une manière de mettre en scène une époque : les bateaux à roue à aube sur le Mississipi, la tornade en Alabama, le blues, la nuée de sauterelles, les prisonniers noirs pour les chaingangs (groupe de prisonniers enchaînés ensemble et contraints d'effectuer des travaux pénibles), les trains de marchandise interminables et les hobos (vagabonds ferroviaires), le pont ferroviaire en bois, les logs (troncs d’arbre acheminés par le fleuve), le football américain, les cirques gigantesques, le métro à Cleveland (construit en 1913), les poutrelles des gratte-ciels, le linge aux fenêtres d’un immeuble à l’autre, la mafia dans le quartier italien et les règlements de compte, les majorettes (Pom-pom girls), le jazz, une parade (ticker-tape parade) à New York avec les bandelettes de papier, etc. Ce récit foisonne d’éléments, comme encore la relation avec le règne animal et son symbolisme (campagnol, jar, serpent, bouc, sauterelles, bisons, putois, éléphants, tigre), ou aussi l’évocation du troisième Reich et sa théorie de la suprématie de la race aryenne, avec Joseph Goebbels (1897-1945), Albert Speer (1905-1981) architecte, Adolf Hitler (1889-1945), Leni Riefenstahl (1902-2003) en train de tourner Les dieux du stade (1938, Olympia). Il faut peut-être un peu de temps pour que le lecteur s’adapte au parti pris de l’auteur, un récit entre biographie factuelle et conte. Il tombe immédiatement sous le charme de la narration visuelle, à la fois des dessins s’apparentant souvent à des illustrations magnifiques, à la fois dans les plans de prise de vue et les découpages. Il découvre le parcours de l’athlète, mis dans le contexte de l’oppression systémique s’exerçant sur les afro-américains. Splendide.

02/08/2025 (modifier)