Cet album est l'adaptation d'un roman très connu de Jonas Jonasson, dont la couverture, assez similaire à celle de la BD, place d'emblée le roman dans la catégorie de l'humour. La BD a donc gardé la même optique, même si cette fois on voit le "vieux", Allan, en train de s'échapper de l'EHPAD où l'on s'apprêtait à fêter ses 100 ans. Nous avons donc son odyssée, doublée de nombreux flash-backs Sa longévité lui a ainsi permis de traverser tout le XXème siècle ou presque, et de rencontrer diverses figures influentes du monde occidental. C'est à la fois drôle, inventif, spirituel et intéressant.
Taillefer, qui se charge de l'adaptation, a donc su (je suppose, je n'ai pas lu le roman original) capter l'essence de cette histoire un brin frappadingue, mais il nous permet de passer un bon moment de lecture. Grégoire Bonne a un style graphique très particulier, avec des personnages ayant des têtes un brin surdimensionnées. mais il y a une belle expressivité dans leurs traits, et sa mise en scène, si elle n'est pas très originale, est efficace.
Bref, un bon moment de lecture, à tous les niveaux.
L'influence subliminale de l'architecture
-
Ce tome regroupe les épisodes 1 à 4 de la première série, initialement parus en 1984/1985. Il s'agit d'un concept créé par Dean Motter, développé par Motter et Paul Rivoche, ces 4 épisodes ayant été écrits et dessinés par Gilbert Hernandez, avec l'aide de son frère Mario Hernandez pour le scénario, mis en couleurs par Paul Rivoche et Klaus Schönefeld, et publiés par un éditeur indépendant Vortex Comics. Ces épisodes ont été réédités dans Mister X Archives (en VO, les 14 épisodes de la première série). La deuxième série a été rééditée dans The brides of Mister X, and other stories (en VO).
Un dessin pleine page occupe la première page : Mister X soulève un plaque d'égout pour en sortir dans une rue de Radiant City. Épisodes 1 & 2 - Arnold Zamora est à la tête d'un réseau de clubs et de boîtes. Il a acquis sa position sociale grâce à des affaires louches et criminelles. Un soir alors qu'il survole la cité à bord de sa voiture volante pour épater Patrice (une femme, sa conquête du moment), il aperçoit fugitivement Mister X dans sa chambre en train de farfouiller dans son coffre fort mural. Il demande la tête de Mister X à ses hommes de main. Épisodes 3 & 4 - Alors que Mister X loge dans l'appartement de Mercedes, l'une de ses expériences pour rétablir l'équilibre dans l'architecture de la cité explose, le blessant. Alors qu'il est opéré à l'hôpital, les femmes de sa vie évoquent son passé. Il s'agit de Consuela (son ex-épouse, divorcée), Mercedes (la jeune femme qui l'accueille dans son appartement) et Katsuda (actuellement officier de police, ex-conseillère juridique de Mister X). Il est question du suicide de Simon Myers son ancien associé et de L.Z. Reinhart qui fut l'associé de Myers, après Mister X.
Une petite vérification sur une encyclopédie en ligne permet de confirmer que la genèse de cette série originale est bien le fait de Dean Motter, aidé par Paul Rivoche. Motter a établi les bases des scénarios de ces épisodes, et l'histoire a été réalisée par Gilbert Hernandez. Ce dernier avait déjà commencé sa longue carrière de scénariste / dessinateur sur la série Love & Rockets coté Palomar (à commencer par Heartbreak Soup). Il a donc accepté de collaborer avec Dean Motter pour que Mister X puisse exister sur le papier et atteindre les lecteurs.
La première page donne l'impression au lecteur, d'un dessin encore un peu amateur, tirant vers le symbolisme, avec la silhouette des gratte-ciels en arrière plan, presqu'abstraites, et le visage dépassant de Mister X, émergeant de la descente d'égout, avec un demi cercle parfait pour le crâne chauve, des lunettes noires parfaitement rondes et noires, reflétant la silhouette des immeubles. La séquence suivante met en scène des personnages normaux en civils, plutôt agréables à regarder du fait d'une approche réaliste et épurée, avec des traits simples, efficaces et faciles à lire. Patrice (la compagne de Zamora) respire la joie de vire et son entrain est communicatif. Zamora est représenté comme un homme normal d'une cinquantaine d'années, élégant sans être ostentatoire. Tout au long de ces 4 épisodes, Hernandez crée des morphologies variées pour chaque individu, ainsi que des formes de visages (et des coiffures différentes). Les expressions des visages couvrent une large gamme de nuances, avec des gens capables de sourire, et une ou deux exagérations comiques peu fréquentes.
En ce qui concerne les décors et l'environnement, Hernandez s'en tient aux consignes de Motter qui définissent le cadre de la série. Il y a une forme de science-fiction simplifiée, d'un âge d'or des années 1950. L'important n'est pas dans les détails, mais dans une forme d'évidence intemporelle, presque rétrofuturiste. Ainsi les voitures volantes présentent de belles formes simples arrondies. Les robots sont massifs et dépourvus de toute forme de sophistication. Il y a des trucs qui volent dans le ciel au dessus des tours, mais qui restent indistincts. Pour le reste, le monde de demain ressemble au notre, avec de belles toilettes élégantes pour ces dames (très séduisantes, sous la plume d'Hernandez, sans être aguicheuses). De temps à autre, le lecteur détecte un élément humoristique visuel au détour d'une case, relevant souvent du registre de l'humour noir. C'est ainsi qu'il est possible d'apercevoir une minuscule silhouette noire tombant dans le vide signalant un suicide, ou une voiture volante encastrée dans un mur, en haut d'une case. Alors que Mister X navigue entre les invités d'une soirée, son hôtesse lui présente Luba (de la série "Love & Rockets" de Gilbert Hernandez).
Gilbert Hernandez transcrit fidèlement les 2 composantes majeures voulues par Motter : une science-fiction au relent rétro, et une enquête rendant hommage aux polars. L'enjeu des 2 premiers épisodes est de savoir comment Mister X se débarrassera des sbires d'Arnold Zamora, les 2 suivants permettent de découvrir l'histoire de la conception et de la construction de Radiant City. Cette ville constitue l'aboutissement d'une expérience ratée. Au départ, Simon Myers et Walter Eichmann (2 architectes) souhaitaient construire une ville nouvelle, sur la base d'une architecture ayant une influence bénéfique sur l'état d'esprit de ses habitants. En particulier, Eichmann avait développé le concept de psychétecture (contraction de psyché + architecture), des aménagements capables d'influencer le psychisme des individus. Suite à un concours de circonstances complexe, les plans d'Eichmann n'ont pas été réalisés comme prévus, et le résultat à des conséquences néfastes plutôt que bénéfiques.
Motter et Hernandez arrivent à combiner la présentation et le développement des personnages (de Mister X aux 3 femmes l'entourant, Consuelo, Mercedes et Patrice, en passant par des petites touches sympathiques pour les personnages secondaires comme les hommes de main Canelo et René), avec l'exposé de l'histoire de la conception de Radiant City, sur la base d'une intrigue de roman noir (trahison, amour contrarié, meurtre), sans oublier quelques bizarreries (comme le fait que Mister X ne dort plus, il se vante d'en être à son soixante-dixième jour consécutif sans sommeil).
Sous des dehors de dessins gentils et inoffensifs et de science-fiction superficielle et naïve, ce premier tome développe un environnement riche et original, avec une intrigue bien fournie dont la noirceur sous-jacente s'apparente à celle d'un polar, mais sans jamais devenir la composante principale. Des années plus tard, Dean Motter réalisera plusieurs histoires en tant que scénariste et dessinateur, à commencer par Condemned (2009).
Je ne change pas la note moyenne de cette BD qui est franchement très bien, mais effectivement à voir comme une première mouture de ce que le duo fera sur Dans la tête de Sherlock Holmes.
Il est difficile de considérer cette BD toute seule, puisque les auteurs ont sortis un petit chef-d’œuvre de BD suite à ça. Cette série à beau être arrivée avant, elle est difficile à voir autrement qu'une série proche, presque premier jet de leur talent. On y retrouve le jeu de l'esprit, ici centré sur la construction mentale et psychologique, mais aussi l'art de la mise en page qui s'étoffe progressivement jusqu'à atteindre, au quatrième tome, les premiers prémices développées plus tard (pages à plier, jeu de transparence ...). C'est une construction qui se met en place et propose une belle utilisation de la BD. On sent que les auteurs ont développé ce style en tâtonnant mais cela ne rend pas le premier tome inintéressant pour autant.
Le dessin est toujours aussi bon et propose des superbes idées de développement. Quelques pages mettent l'accent sur la plongée dans la psyché, avec des jeux sur les portes mentales, mais c'est surtout la lisibilité qui m'impressionne. Alors que de nombreuses cases sont tarabiscotées et que le sens de lecture s'affranchit volontairement des contraintes, ma lecture n'a eu qu'un seul moment durant lequel j'ai du vérifier l'ordre exact de lecture.
L'histoire porte aussi son lot de réussites, même si j'ai une petite réserve sur le méchant des trois premiers tomes, quelque peu monolithique. Je m'attendais pas à ce qu'il évolue, et lorsque c'est arrivé j'étais déçu de voir ensuite qu'il retombe juste dans son rôle machiavélique. Dommage, mais si je m'attarde dessus c'est parce que c'est le seul point noir que je vois réellement dans le déroulé. S'il a quelques idées classiques, elles sont toujours bien menées et exploitées jusqu'au bout.
En somme, une excellente BD, faisant presque office de petite sœur d'un coup de maitre que les auteurs ont produits ensuite mais qui n'a pas non plus un statut de coup d'essai. La BD est suffisante en elle-même et produit son effet à la lecture, proposant d'ailleurs une intéressante réflexion sur le psychisme et les différentes façons dont notre mémoire peut induire traumatismes, faux souvenirs et tout le reste. Une belle lecture !
Une série qui surfe sur une vague bien commerciale, toutefois je la trouve de très bonnes factures.
Déjà le casting d’auteurs est impressionnant et j’aime beaucoup la contrainte imposée, à savoir que chaque collaboration doit être inédite. Ça a d’ailleurs du bien matcher avec certains duos d’auteurs puisqu’ils sortiront, par la suite, d’autres albums ensemble. Bon heureusement la série n’est pas qu’un prétexte à un meetic d’auteurs ^^, vous l’aurez compris au titre de chaque album. Elle a pour principal but d’approfondir l’histoire de nombreux personnages secondaires qui ont gravité autour de notre amnésique.
J’ai pu lire les 14 tomes parus, malgré quelques erreurs de parcours je ne peux m’empêcher d’avoir un ressenti plus que positif. Déjà les différentes parties graphiques rencontrées, même si on aura ses préférences, sont toutes agréables à suivre. C’est moins vrai pour les scénarios, il y a du quelconque mais aussi beaucoup de pépites et bonnes surprises. La plupart du temps, il est quand même impératif de bien connaître la série mère pour savourer la déclinaison du personnage.
Short-list perso
Le tome à éviter : le 14eme (grosse arnaque), et ceux sur Judith, Jones et Felicity ne sont pas bien réussis.
Les tomes à lire absolument sont ceux sur Martha, Jonathan, Steve et Calvin, ils amènent vraiment un truc en plus aux personnages ou à l’univers.
Les non cités restent de bonnes tenues, voir de très hautes tenues pour certains.
3,5
Même si je pense que cette série plaira davantage à un jeune lectorat, je la trouve d’excellente facture, elle a su me contenter à bien des niveaux.
Le premier tome a d’ailleurs été une superbe surprise lors de sa sortie. Déjà il m’a permis de découvrir 2 auteurs, qui jusque là, ne m’avaient jamais réellement interpellé. J’ai trouvé leur collaboration sans fausses notes, chacun se surpassant dans sa partie. L’idée de mixer plusieurs personnages de contes est excellente et la partie graphique est plus que réussie. J’adore la narration proposée, il y a du rythme, le tout est frais et enlevé. J’en suis sorti franchement conquis, l’histoire se suffisant, je pensais même à un one-shot délirant et astucieux. Un album que je conseille franchement de bon cœur.
Ça a bien dû marcher puisque quelques années après, les auteurs proposent une suite aux aventures de notre jeune Alice.
J’avoue que sur le coup, le deuxième m’avait un peu déçu, on retrouve la même formule sympathique mais ça m’avait tout de suite semblé moins indispensable, la surprise en moins et avec un sentiment de redite. (Aujourd’hui encore je trouve que c’est le tome le plus faible).
Les auteurs ont dû s’apercevoir de ne pas trop tirer sur la corde, aux risques de casser la belle magie de leur univers (qui aurait pu être multiplié encore et encore). Un troisième tome vient clôturer les pérégrinations de notre héroïne et de son pote Eddy. Un album qui fonctionne bien et qui permet de quitter ce petit monde le sourire aux lèvres.
Une série qui s’est arrêtée à temps (ouf !) et pour laquelle j’ai beaucoup de sympathie. Rien de véritablement sorcier mais j’aime l’idée de base, l’humour bon enfant, le côté dynamique et coloré, les références … Bref un joyeux délire, si vous aimez les lectures familiales, c’est à ne pas louper, c’est réalisé avec soin.
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette nouvelle série jeunesse. J'ai déjà lu avec plaisir les travaux d'Elsa Bordier et ici j'ai passé un moment de lecture très tendre et poétique.
La lecture plaira aux enfants qui aiment transformer leur environnement en monde imaginaire et créatif. Si votre enfant joue à éviter les crocodiles sur le trottoir ou s'extasie sur la grosseur d'une limace un jour de pluie cette série est pour lui.
Le niveau des dialogues est bon et convient à un lectorat du primaire (à partir de 7ans). Mais il n'est pas interdit de partager la lecture si votre enfant est plus jeune. C'est très agréable et le découpage en histoire courtes de sept planches rend le récit très fluide et tonique.
Cela permet de stimuler la lecture avec des récits courts vite lus et qui se renouvellent bien.
Le dynamisme de la série est soutenu par le très beau graphisme de Stéphanie Rubini. Les deux enfants sont très attachants et la forêt propose une ambiance merveilleuse très agréable avec des planches très détaillées et une construction moderne.
Une belle mise en couleur bien variée rend la lecture douce et agréable.
Un joli moment de lecture tendre qui invite aux rêves d'enfants loin des écrans.
Ada est un très beau livre avec du papier de belle qualité au toucher agréable et envahi par un nombre impressionnant de peintures sur lesquelles il est difficile de détacher les yeux.
Le texte est très rare voire souvent absent comme sur une toile. Cela ne signifie pas que l'histoire est vide. Au-delà de la contemplation, Barbara Baldi nous invite à la réflexion sur la coexistence de deux mondes.
Le père vit dans son monde "primaire". Celui de la terre, de l'effort physique et sans relâchement pour assurer sa subsistance mais aussi celle des gens de la ville qui mourraient de froid sans son travail. A une époque où l'autorité du père était incontestable le sort d'Ada ne devait pas être plus difficile que bon nombre.
Ada s'évade grâce à l'art. Elle peut ainsi transformer la dure réalité qui l'entoure en profonde beauté. C'est le privilège de l'artiste de nous extraire de la pesanteur du quotidien pour la transformer en légèreté harmonieuse qui nous ouvre à un autre horizon.
C'est la belle prouesse de cette série de Barbara Baldi.
Tiens, cette nouvelle BD est originale. A ma connaissance c'est l'une des premières fois qu'on nous montre l'espace intérieur d'un personnage. Un monde intérieur peuplé des émotions de ce personnage (en l'occurrence une préadolescente) qui tentent de la préserver du monde extérieur, du monde réel. Ce trouble dissociatif lui occasionne des crises, et le psychologue qui s'occupe Gaëlle, qui a peur que cette crise la coupe totalement de ce monde réel, intervient dans cet espace intérieur pour la ramener. Je ne suis pas un spécialiste en psychologie clinique, mais j'ai l'impression que Valentina Venegoni, la scénariste, a bien creusé le sujet. E tous les cas c'est plutôt crédible, les trois sentiments principaux de Gaëlle luttent ou collaborent tour à tour avec Milos pour le salut de son âme et de sa santé mentale. Une énorme partie de l'histoire se déroule dans cet espace intérieur, et on est donc plus proches du conte fantastique que du roman graphique, c'est plutôt prenant.
Paola Amormino est une artiste extrêmement douée : le monde visuel développé pour l'esprit de Gaëlle est sacrément beau, chatoyant, lumineux et original. Par exemple les amis imaginaires de Gaëlle sont censés être des animaux, mais ce sont des animaux fantasmés, plus ronds, plus mignons. Assez crédibles dans l'esprit d'une gamine de 11 ou 12 ans. Joli boulot d'Ofride sur les couleurs, d'ailleurs.
Sur le plan de l'histoire, cela vaut un bon 3,5/5, que j'arrondis au point supérieur, en raison du sujet, pas facile et bien traité.
Que faire de tous ce pouvoir ?
-
Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il s'inscrit dans une trilogie thématique relative aux superhéros : (1) Black Summer, (2) No Hero, et (3) Supergod. Ce tome regroupe les 5 épisodes parus en 2009/2010.
Dans une Londres détruite, en proie aux flammes, aux ruines jonchées de cadavres, Simon Reddin s'adresse à Tommy (un interlocuteur invisible) par le biais d'un kit main libre. Il effectue un rapport des événements qui ont conduit à cette situation post apocalyptique. Il situe son récit dans le contexte de la soif de religieux de l'humanité en prenant l'exemple du Veau d'Or. Il commence par expliquer comment le gouvernement britannique a financé une expédition spatiale dans le but inavoué d'exposer les astronautes aux radiations spatiales pour essayer de provoquer une mutation. Ils ont effectivement obtenu une entité plus qu'humaine aux capacités mystérieuses qu'ils ont baptisé Morrigan Lugus. Il continue d'expliquer que les services secrets britanniques savaient pertinemment que d'autres nations avaient également financé des programmes scientifiques dans le même but (avec des méthodes différentes). C'est ainsi que l'Inde s'est doté de son propre plus qu'humain Krishna, l'Iran avec Malak al-Maut, les États-Unis bien sûr avec Jerry Craven, et encore quelques autres. Chacun de ces plus qu'humains est alors passé à l'action en fonction de ses caractéristiques, de ses pouvoirs, de son endoctrinement, de sa perception de la réalité, etc.
Pour ce troisième tome consacré au concept de superhéros appliqué au monde réel, Warren Ellis propose une approche différente des 2 premiers. Pour commencer, l'histoire ne se présente pas sous la forme d'un récit d'aventures, mais sous la forme d'un scientifique relatant des faits qui se sont déjà déroulés, à la fois sous l'aspect de la création de chacun des 7 plus qu'humains, et à la fois sous la forme des répercussions géopolitiques de leur existence. Ensuite il utilise un dispositif narratif peu commun. L'utilisation de retours en arrière correspond malgré tout à un récit chronologique. En effet les événements sont racontés au passé par Simon Reddin, mais il les raconte en respectant l'ordre chronologique. le plus déstabilisant est qu'il n'y a quasiment aucun dialogue. Chaque séquence, chaque image est commentée en voix off par Reddin ; il n'y a que 6 exceptions contenant un dialogue. Ce mode narratif sort de l'ordinaire : un individu commente chaque scène.
Pour cette histoire, les illustrations sont dessinées par Garrie Gastonny et encrées par Rhoald Marcellius. Ils utilisent un style réaliste, un peu simplifié, avec une bonne dose de détails. La double page montrant l'étendue des destructions autour de Simon Reddin permet au lecteur de bien comprendre la situation, de reconnaître la ville, de voir les foyers d'incendie encore actifs, les façades endommagées, etc. Néanmoins il ne s'agit pas de photoréalisme et la légère simplification des formes induit un effet de distanciation pour le lecteur qui atténue son implication émotionnelle. Les champignons ont bien la forme de champignons, mais il s'agit d'une forme générique dans laquelle il est impossible de distinguer une espèce plutôt qu'une autre. Reddin indique qu'il est en train de fumer un joint qu'il a trouvé parmi les décombres, mais à l'image il s'agit simplement d'une cigarette vaguement roulée à la main. D'un autre coté, Gastonny et Marcellius ne renâclent devant aucun effort pour être descriptif. La fusée lancée dans l'espace par les britanniques est censée avoir été lancée en 1955 ; ils lui donnent un aspect extérieur spécifique différent d'une simple variation sur la navette spatiale américaine. de même chacun des laboratoires où sont conçus les supergods disposent de leur propre agencement, différent les uns des autres. Chacun des 7 supergods bénéficie d'une conception visuelle élaborée sans être complexe, imposante sans tomber dans les poncifs des superhéros. Ces qualités visuelles font que les images arrivent à porter cette narration rapportée par un tiers, et à conserver l'intérêt du lecteur malgré un degré de réalisme légèrement insuffisant.
L'intention de Warren Ellis est donc de mêler la course à l'armement avec le concept du surhomme, en amalgamant ces plus qu'humains à la soif de spiritualité de l'humanité. le personnage de Simon Reddin fournit l'ancrage nécessaire pour avoir un point de vue humain sur la naissance et les actions de ces entités déjà étrangères à l'humanité. Évidemment il y a des effluves de créature échappant à son créateur, mais Ellis n'insiste pas sur cet aspect. Ce qui l'intéresse, c'est de concevoir comment vont agir ces supergods, quels seront leurs objectifs, quelle sera la place de l'humanité dans leurs desseins. Finalement leur assimilation à des forces de la nature, ou à des manifestations d'essence divine a du mal à tenir la route car l'aspect spirituel est superficiel, et l'aspect religieux est restreint et peu convaincant. Il reste un récit d'anticipation de type apocalyptique dont l'issue est pleine de suspense malgré la situation catastrophique de Simon Reddin, le narrateur. Il reste un récit très original dans sa forme, raconté par un tiers.
Sur un sujet sensible, on a là un très bon reportage, qui traite un sujet qui fait de façon épisodique la une de l’actualité, souvent présenté comme une fatalité. Les causes sont généralement évacuées, de façon scandaleuse (peu de médias prennent le temps de développer le contexte international dans lequel l’actualité prend place).
Ici, comme le titre l’indique, il ne s’agit pas seulement de présenter les migrants et leurs aspirations (ils ne sont pas oubliés, et il y a ici de nombreux portraits de « candidats à l’exil »), mais aussi et surtout de mettre en lumière d’autres rouages de ce dossier.
Expliquer que la pêche industrielle des navires usines – européens entre autres – est à la fois du pillage, souvent illégal (pudiquement, on ne parle pas ici de piraterie !), mais aussi la cause de l’appauvrissement des pêcheurs sénégalais, qui ne voient souvent comme solution que l’exil, aussi coûteux et risqué soit-il.
Mais surtout le reportage montre bien que le contrôle des frontières est sous-traité à des pays, à la fois pauvres et peu démocratiques (loin des yeux des médias occidentaux). Il montre aussi que ce contrôle génère d’énormes investissements, qui entrainent d’énormes profit pour les sociétés spécialisées. Gérer l’exil des miséreux rapporte, c’est un business comme les autres.
La lecture est aérée, agréable et instructive, le dessin est simple et fluide (la colorisation ne m’a pas toujours convaincu, mais c’est ici un point de détail).
Un documentaire à lire.
Note réelle 3,5/5.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
Cet album est l'adaptation d'un roman très connu de Jonas Jonasson, dont la couverture, assez similaire à celle de la BD, place d'emblée le roman dans la catégorie de l'humour. La BD a donc gardé la même optique, même si cette fois on voit le "vieux", Allan, en train de s'échapper de l'EHPAD où l'on s'apprêtait à fêter ses 100 ans. Nous avons donc son odyssée, doublée de nombreux flash-backs Sa longévité lui a ainsi permis de traverser tout le XXème siècle ou presque, et de rencontrer diverses figures influentes du monde occidental. C'est à la fois drôle, inventif, spirituel et intéressant. Taillefer, qui se charge de l'adaptation, a donc su (je suppose, je n'ai pas lu le roman original) capter l'essence de cette histoire un brin frappadingue, mais il nous permet de passer un bon moment de lecture. Grégoire Bonne a un style graphique très particulier, avec des personnages ayant des têtes un brin surdimensionnées. mais il y a une belle expressivité dans leurs traits, et sa mise en scène, si elle n'est pas très originale, est efficace. Bref, un bon moment de lecture, à tous les niveaux.
Mister X.
L'influence subliminale de l'architecture - Ce tome regroupe les épisodes 1 à 4 de la première série, initialement parus en 1984/1985. Il s'agit d'un concept créé par Dean Motter, développé par Motter et Paul Rivoche, ces 4 épisodes ayant été écrits et dessinés par Gilbert Hernandez, avec l'aide de son frère Mario Hernandez pour le scénario, mis en couleurs par Paul Rivoche et Klaus Schönefeld, et publiés par un éditeur indépendant Vortex Comics. Ces épisodes ont été réédités dans Mister X Archives (en VO, les 14 épisodes de la première série). La deuxième série a été rééditée dans The brides of Mister X, and other stories (en VO). Un dessin pleine page occupe la première page : Mister X soulève un plaque d'égout pour en sortir dans une rue de Radiant City. Épisodes 1 & 2 - Arnold Zamora est à la tête d'un réseau de clubs et de boîtes. Il a acquis sa position sociale grâce à des affaires louches et criminelles. Un soir alors qu'il survole la cité à bord de sa voiture volante pour épater Patrice (une femme, sa conquête du moment), il aperçoit fugitivement Mister X dans sa chambre en train de farfouiller dans son coffre fort mural. Il demande la tête de Mister X à ses hommes de main. Épisodes 3 & 4 - Alors que Mister X loge dans l'appartement de Mercedes, l'une de ses expériences pour rétablir l'équilibre dans l'architecture de la cité explose, le blessant. Alors qu'il est opéré à l'hôpital, les femmes de sa vie évoquent son passé. Il s'agit de Consuela (son ex-épouse, divorcée), Mercedes (la jeune femme qui l'accueille dans son appartement) et Katsuda (actuellement officier de police, ex-conseillère juridique de Mister X). Il est question du suicide de Simon Myers son ancien associé et de L.Z. Reinhart qui fut l'associé de Myers, après Mister X. Une petite vérification sur une encyclopédie en ligne permet de confirmer que la genèse de cette série originale est bien le fait de Dean Motter, aidé par Paul Rivoche. Motter a établi les bases des scénarios de ces épisodes, et l'histoire a été réalisée par Gilbert Hernandez. Ce dernier avait déjà commencé sa longue carrière de scénariste / dessinateur sur la série Love & Rockets coté Palomar (à commencer par Heartbreak Soup). Il a donc accepté de collaborer avec Dean Motter pour que Mister X puisse exister sur le papier et atteindre les lecteurs. La première page donne l'impression au lecteur, d'un dessin encore un peu amateur, tirant vers le symbolisme, avec la silhouette des gratte-ciels en arrière plan, presqu'abstraites, et le visage dépassant de Mister X, émergeant de la descente d'égout, avec un demi cercle parfait pour le crâne chauve, des lunettes noires parfaitement rondes et noires, reflétant la silhouette des immeubles. La séquence suivante met en scène des personnages normaux en civils, plutôt agréables à regarder du fait d'une approche réaliste et épurée, avec des traits simples, efficaces et faciles à lire. Patrice (la compagne de Zamora) respire la joie de vire et son entrain est communicatif. Zamora est représenté comme un homme normal d'une cinquantaine d'années, élégant sans être ostentatoire. Tout au long de ces 4 épisodes, Hernandez crée des morphologies variées pour chaque individu, ainsi que des formes de visages (et des coiffures différentes). Les expressions des visages couvrent une large gamme de nuances, avec des gens capables de sourire, et une ou deux exagérations comiques peu fréquentes. En ce qui concerne les décors et l'environnement, Hernandez s'en tient aux consignes de Motter qui définissent le cadre de la série. Il y a une forme de science-fiction simplifiée, d'un âge d'or des années 1950. L'important n'est pas dans les détails, mais dans une forme d'évidence intemporelle, presque rétrofuturiste. Ainsi les voitures volantes présentent de belles formes simples arrondies. Les robots sont massifs et dépourvus de toute forme de sophistication. Il y a des trucs qui volent dans le ciel au dessus des tours, mais qui restent indistincts. Pour le reste, le monde de demain ressemble au notre, avec de belles toilettes élégantes pour ces dames (très séduisantes, sous la plume d'Hernandez, sans être aguicheuses). De temps à autre, le lecteur détecte un élément humoristique visuel au détour d'une case, relevant souvent du registre de l'humour noir. C'est ainsi qu'il est possible d'apercevoir une minuscule silhouette noire tombant dans le vide signalant un suicide, ou une voiture volante encastrée dans un mur, en haut d'une case. Alors que Mister X navigue entre les invités d'une soirée, son hôtesse lui présente Luba (de la série "Love & Rockets" de Gilbert Hernandez). Gilbert Hernandez transcrit fidèlement les 2 composantes majeures voulues par Motter : une science-fiction au relent rétro, et une enquête rendant hommage aux polars. L'enjeu des 2 premiers épisodes est de savoir comment Mister X se débarrassera des sbires d'Arnold Zamora, les 2 suivants permettent de découvrir l'histoire de la conception et de la construction de Radiant City. Cette ville constitue l'aboutissement d'une expérience ratée. Au départ, Simon Myers et Walter Eichmann (2 architectes) souhaitaient construire une ville nouvelle, sur la base d'une architecture ayant une influence bénéfique sur l'état d'esprit de ses habitants. En particulier, Eichmann avait développé le concept de psychétecture (contraction de psyché + architecture), des aménagements capables d'influencer le psychisme des individus. Suite à un concours de circonstances complexe, les plans d'Eichmann n'ont pas été réalisés comme prévus, et le résultat à des conséquences néfastes plutôt que bénéfiques. Motter et Hernandez arrivent à combiner la présentation et le développement des personnages (de Mister X aux 3 femmes l'entourant, Consuelo, Mercedes et Patrice, en passant par des petites touches sympathiques pour les personnages secondaires comme les hommes de main Canelo et René), avec l'exposé de l'histoire de la conception de Radiant City, sur la base d'une intrigue de roman noir (trahison, amour contrarié, meurtre), sans oublier quelques bizarreries (comme le fait que Mister X ne dort plus, il se vante d'en être à son soixante-dixième jour consécutif sans sommeil). Sous des dehors de dessins gentils et inoffensifs et de science-fiction superficielle et naïve, ce premier tome développe un environnement riche et original, avec une intrigue bien fournie dont la noirceur sous-jacente s'apparente à celle d'un polar, mais sans jamais devenir la composante principale. Des années plus tard, Dean Motter réalisera plusieurs histoires en tant que scénariste et dessinateur, à commencer par Condemned (2009).
Psycho-Investigateur (Simon Radius)
Je ne change pas la note moyenne de cette BD qui est franchement très bien, mais effectivement à voir comme une première mouture de ce que le duo fera sur Dans la tête de Sherlock Holmes. Il est difficile de considérer cette BD toute seule, puisque les auteurs ont sortis un petit chef-d’œuvre de BD suite à ça. Cette série à beau être arrivée avant, elle est difficile à voir autrement qu'une série proche, presque premier jet de leur talent. On y retrouve le jeu de l'esprit, ici centré sur la construction mentale et psychologique, mais aussi l'art de la mise en page qui s'étoffe progressivement jusqu'à atteindre, au quatrième tome, les premiers prémices développées plus tard (pages à plier, jeu de transparence ...). C'est une construction qui se met en place et propose une belle utilisation de la BD. On sent que les auteurs ont développé ce style en tâtonnant mais cela ne rend pas le premier tome inintéressant pour autant. Le dessin est toujours aussi bon et propose des superbes idées de développement. Quelques pages mettent l'accent sur la plongée dans la psyché, avec des jeux sur les portes mentales, mais c'est surtout la lisibilité qui m'impressionne. Alors que de nombreuses cases sont tarabiscotées et que le sens de lecture s'affranchit volontairement des contraintes, ma lecture n'a eu qu'un seul moment durant lequel j'ai du vérifier l'ordre exact de lecture. L'histoire porte aussi son lot de réussites, même si j'ai une petite réserve sur le méchant des trois premiers tomes, quelque peu monolithique. Je m'attendais pas à ce qu'il évolue, et lorsque c'est arrivé j'étais déçu de voir ensuite qu'il retombe juste dans son rôle machiavélique. Dommage, mais si je m'attarde dessus c'est parce que c'est le seul point noir que je vois réellement dans le déroulé. S'il a quelques idées classiques, elles sont toujours bien menées et exploitées jusqu'au bout. En somme, une excellente BD, faisant presque office de petite sœur d'un coup de maitre que les auteurs ont produits ensuite mais qui n'a pas non plus un statut de coup d'essai. La BD est suffisante en elle-même et produit son effet à la lecture, proposant d'ailleurs une intéressante réflexion sur le psychisme et les différentes façons dont notre mémoire peut induire traumatismes, faux souvenirs et tout le reste. Une belle lecture !
XIII mystery
Une série qui surfe sur une vague bien commerciale, toutefois je la trouve de très bonnes factures. Déjà le casting d’auteurs est impressionnant et j’aime beaucoup la contrainte imposée, à savoir que chaque collaboration doit être inédite. Ça a d’ailleurs du bien matcher avec certains duos d’auteurs puisqu’ils sortiront, par la suite, d’autres albums ensemble. Bon heureusement la série n’est pas qu’un prétexte à un meetic d’auteurs ^^, vous l’aurez compris au titre de chaque album. Elle a pour principal but d’approfondir l’histoire de nombreux personnages secondaires qui ont gravité autour de notre amnésique. J’ai pu lire les 14 tomes parus, malgré quelques erreurs de parcours je ne peux m’empêcher d’avoir un ressenti plus que positif. Déjà les différentes parties graphiques rencontrées, même si on aura ses préférences, sont toutes agréables à suivre. C’est moins vrai pour les scénarios, il y a du quelconque mais aussi beaucoup de pépites et bonnes surprises. La plupart du temps, il est quand même impératif de bien connaître la série mère pour savourer la déclinaison du personnage. Short-list perso Le tome à éviter : le 14eme (grosse arnaque), et ceux sur Judith, Jones et Felicity ne sont pas bien réussis. Les tomes à lire absolument sont ceux sur Martha, Jonathan, Steve et Calvin, ils amènent vraiment un truc en plus aux personnages ou à l’univers. Les non cités restent de bonnes tenues, voir de très hautes tenues pour certains. 3,5
Alice au pays des singes
Même si je pense que cette série plaira davantage à un jeune lectorat, je la trouve d’excellente facture, elle a su me contenter à bien des niveaux. Le premier tome a d’ailleurs été une superbe surprise lors de sa sortie. Déjà il m’a permis de découvrir 2 auteurs, qui jusque là, ne m’avaient jamais réellement interpellé. J’ai trouvé leur collaboration sans fausses notes, chacun se surpassant dans sa partie. L’idée de mixer plusieurs personnages de contes est excellente et la partie graphique est plus que réussie. J’adore la narration proposée, il y a du rythme, le tout est frais et enlevé. J’en suis sorti franchement conquis, l’histoire se suffisant, je pensais même à un one-shot délirant et astucieux. Un album que je conseille franchement de bon cœur. Ça a bien dû marcher puisque quelques années après, les auteurs proposent une suite aux aventures de notre jeune Alice. J’avoue que sur le coup, le deuxième m’avait un peu déçu, on retrouve la même formule sympathique mais ça m’avait tout de suite semblé moins indispensable, la surprise en moins et avec un sentiment de redite. (Aujourd’hui encore je trouve que c’est le tome le plus faible). Les auteurs ont dû s’apercevoir de ne pas trop tirer sur la corde, aux risques de casser la belle magie de leur univers (qui aurait pu être multiplié encore et encore). Un troisième tome vient clôturer les pérégrinations de notre héroïne et de son pote Eddy. Un album qui fonctionne bien et qui permet de quitter ce petit monde le sourire aux lèvres. Une série qui s’est arrêtée à temps (ouf !) et pour laquelle j’ai beaucoup de sympathie. Rien de véritablement sorcier mais j’aime l’idée de base, l’humour bon enfant, le côté dynamique et coloré, les références … Bref un joyeux délire, si vous aimez les lectures familiales, c’est à ne pas louper, c’est réalisé avec soin.
La Forêt de Louison
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette nouvelle série jeunesse. J'ai déjà lu avec plaisir les travaux d'Elsa Bordier et ici j'ai passé un moment de lecture très tendre et poétique. La lecture plaira aux enfants qui aiment transformer leur environnement en monde imaginaire et créatif. Si votre enfant joue à éviter les crocodiles sur le trottoir ou s'extasie sur la grosseur d'une limace un jour de pluie cette série est pour lui. Le niveau des dialogues est bon et convient à un lectorat du primaire (à partir de 7ans). Mais il n'est pas interdit de partager la lecture si votre enfant est plus jeune. C'est très agréable et le découpage en histoire courtes de sept planches rend le récit très fluide et tonique. Cela permet de stimuler la lecture avec des récits courts vite lus et qui se renouvellent bien. Le dynamisme de la série est soutenu par le très beau graphisme de Stéphanie Rubini. Les deux enfants sont très attachants et la forêt propose une ambiance merveilleuse très agréable avec des planches très détaillées et une construction moderne. Une belle mise en couleur bien variée rend la lecture douce et agréable. Un joli moment de lecture tendre qui invite aux rêves d'enfants loin des écrans.
Ada (Baldi)
Ada est un très beau livre avec du papier de belle qualité au toucher agréable et envahi par un nombre impressionnant de peintures sur lesquelles il est difficile de détacher les yeux. Le texte est très rare voire souvent absent comme sur une toile. Cela ne signifie pas que l'histoire est vide. Au-delà de la contemplation, Barbara Baldi nous invite à la réflexion sur la coexistence de deux mondes. Le père vit dans son monde "primaire". Celui de la terre, de l'effort physique et sans relâchement pour assurer sa subsistance mais aussi celle des gens de la ville qui mourraient de froid sans son travail. A une époque où l'autorité du père était incontestable le sort d'Ada ne devait pas être plus difficile que bon nombre. Ada s'évade grâce à l'art. Elle peut ainsi transformer la dure réalité qui l'entoure en profonde beauté. C'est le privilège de l'artiste de nous extraire de la pesanteur du quotidien pour la transformer en légèreté harmonieuse qui nous ouvre à un autre horizon. C'est la belle prouesse de cette série de Barbara Baldi.
Le Chemin dans les étoiles
Tiens, cette nouvelle BD est originale. A ma connaissance c'est l'une des premières fois qu'on nous montre l'espace intérieur d'un personnage. Un monde intérieur peuplé des émotions de ce personnage (en l'occurrence une préadolescente) qui tentent de la préserver du monde extérieur, du monde réel. Ce trouble dissociatif lui occasionne des crises, et le psychologue qui s'occupe Gaëlle, qui a peur que cette crise la coupe totalement de ce monde réel, intervient dans cet espace intérieur pour la ramener. Je ne suis pas un spécialiste en psychologie clinique, mais j'ai l'impression que Valentina Venegoni, la scénariste, a bien creusé le sujet. E tous les cas c'est plutôt crédible, les trois sentiments principaux de Gaëlle luttent ou collaborent tour à tour avec Milos pour le salut de son âme et de sa santé mentale. Une énorme partie de l'histoire se déroule dans cet espace intérieur, et on est donc plus proches du conte fantastique que du roman graphique, c'est plutôt prenant. Paola Amormino est une artiste extrêmement douée : le monde visuel développé pour l'esprit de Gaëlle est sacrément beau, chatoyant, lumineux et original. Par exemple les amis imaginaires de Gaëlle sont censés être des animaux, mais ce sont des animaux fantasmés, plus ronds, plus mignons. Assez crédibles dans l'esprit d'une gamine de 11 ou 12 ans. Joli boulot d'Ofride sur les couleurs, d'ailleurs. Sur le plan de l'histoire, cela vaut un bon 3,5/5, que j'arrondis au point supérieur, en raison du sujet, pas facile et bien traité.
Supergod
Que faire de tous ce pouvoir ? - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il s'inscrit dans une trilogie thématique relative aux superhéros : (1) Black Summer, (2) No Hero, et (3) Supergod. Ce tome regroupe les 5 épisodes parus en 2009/2010. Dans une Londres détruite, en proie aux flammes, aux ruines jonchées de cadavres, Simon Reddin s'adresse à Tommy (un interlocuteur invisible) par le biais d'un kit main libre. Il effectue un rapport des événements qui ont conduit à cette situation post apocalyptique. Il situe son récit dans le contexte de la soif de religieux de l'humanité en prenant l'exemple du Veau d'Or. Il commence par expliquer comment le gouvernement britannique a financé une expédition spatiale dans le but inavoué d'exposer les astronautes aux radiations spatiales pour essayer de provoquer une mutation. Ils ont effectivement obtenu une entité plus qu'humaine aux capacités mystérieuses qu'ils ont baptisé Morrigan Lugus. Il continue d'expliquer que les services secrets britanniques savaient pertinemment que d'autres nations avaient également financé des programmes scientifiques dans le même but (avec des méthodes différentes). C'est ainsi que l'Inde s'est doté de son propre plus qu'humain Krishna, l'Iran avec Malak al-Maut, les États-Unis bien sûr avec Jerry Craven, et encore quelques autres. Chacun de ces plus qu'humains est alors passé à l'action en fonction de ses caractéristiques, de ses pouvoirs, de son endoctrinement, de sa perception de la réalité, etc. Pour ce troisième tome consacré au concept de superhéros appliqué au monde réel, Warren Ellis propose une approche différente des 2 premiers. Pour commencer, l'histoire ne se présente pas sous la forme d'un récit d'aventures, mais sous la forme d'un scientifique relatant des faits qui se sont déjà déroulés, à la fois sous l'aspect de la création de chacun des 7 plus qu'humains, et à la fois sous la forme des répercussions géopolitiques de leur existence. Ensuite il utilise un dispositif narratif peu commun. L'utilisation de retours en arrière correspond malgré tout à un récit chronologique. En effet les événements sont racontés au passé par Simon Reddin, mais il les raconte en respectant l'ordre chronologique. le plus déstabilisant est qu'il n'y a quasiment aucun dialogue. Chaque séquence, chaque image est commentée en voix off par Reddin ; il n'y a que 6 exceptions contenant un dialogue. Ce mode narratif sort de l'ordinaire : un individu commente chaque scène. Pour cette histoire, les illustrations sont dessinées par Garrie Gastonny et encrées par Rhoald Marcellius. Ils utilisent un style réaliste, un peu simplifié, avec une bonne dose de détails. La double page montrant l'étendue des destructions autour de Simon Reddin permet au lecteur de bien comprendre la situation, de reconnaître la ville, de voir les foyers d'incendie encore actifs, les façades endommagées, etc. Néanmoins il ne s'agit pas de photoréalisme et la légère simplification des formes induit un effet de distanciation pour le lecteur qui atténue son implication émotionnelle. Les champignons ont bien la forme de champignons, mais il s'agit d'une forme générique dans laquelle il est impossible de distinguer une espèce plutôt qu'une autre. Reddin indique qu'il est en train de fumer un joint qu'il a trouvé parmi les décombres, mais à l'image il s'agit simplement d'une cigarette vaguement roulée à la main. D'un autre coté, Gastonny et Marcellius ne renâclent devant aucun effort pour être descriptif. La fusée lancée dans l'espace par les britanniques est censée avoir été lancée en 1955 ; ils lui donnent un aspect extérieur spécifique différent d'une simple variation sur la navette spatiale américaine. de même chacun des laboratoires où sont conçus les supergods disposent de leur propre agencement, différent les uns des autres. Chacun des 7 supergods bénéficie d'une conception visuelle élaborée sans être complexe, imposante sans tomber dans les poncifs des superhéros. Ces qualités visuelles font que les images arrivent à porter cette narration rapportée par un tiers, et à conserver l'intérêt du lecteur malgré un degré de réalisme légèrement insuffisant. L'intention de Warren Ellis est donc de mêler la course à l'armement avec le concept du surhomme, en amalgamant ces plus qu'humains à la soif de spiritualité de l'humanité. le personnage de Simon Reddin fournit l'ancrage nécessaire pour avoir un point de vue humain sur la naissance et les actions de ces entités déjà étrangères à l'humanité. Évidemment il y a des effluves de créature échappant à son créateur, mais Ellis n'insiste pas sur cet aspect. Ce qui l'intéresse, c'est de concevoir comment vont agir ces supergods, quels seront leurs objectifs, quelle sera la place de l'humanité dans leurs desseins. Finalement leur assimilation à des forces de la nature, ou à des manifestations d'essence divine a du mal à tenir la route car l'aspect spirituel est superficiel, et l'aspect religieux est restreint et peu convaincant. Il reste un récit d'anticipation de type apocalyptique dont l'issue est pleine de suspense malgré la situation catastrophique de Simon Reddin, le narrateur. Il reste un récit très original dans sa forme, raconté par un tiers.
A qui profite l'exil ? - Le Business des frontières fermées
Sur un sujet sensible, on a là un très bon reportage, qui traite un sujet qui fait de façon épisodique la une de l’actualité, souvent présenté comme une fatalité. Les causes sont généralement évacuées, de façon scandaleuse (peu de médias prennent le temps de développer le contexte international dans lequel l’actualité prend place). Ici, comme le titre l’indique, il ne s’agit pas seulement de présenter les migrants et leurs aspirations (ils ne sont pas oubliés, et il y a ici de nombreux portraits de « candidats à l’exil »), mais aussi et surtout de mettre en lumière d’autres rouages de ce dossier. Expliquer que la pêche industrielle des navires usines – européens entre autres – est à la fois du pillage, souvent illégal (pudiquement, on ne parle pas ici de piraterie !), mais aussi la cause de l’appauvrissement des pêcheurs sénégalais, qui ne voient souvent comme solution que l’exil, aussi coûteux et risqué soit-il. Mais surtout le reportage montre bien que le contrôle des frontières est sous-traité à des pays, à la fois pauvres et peu démocratiques (loin des yeux des médias occidentaux). Il montre aussi que ce contrôle génère d’énormes investissements, qui entrainent d’énormes profit pour les sociétés spécialisées. Gérer l’exil des miséreux rapporte, c’est un business comme les autres. La lecture est aérée, agréable et instructive, le dessin est simple et fluide (la colorisation ne m’a pas toujours convaincu, mais c’est ici un point de détail). Un documentaire à lire. Note réelle 3,5/5.