Les derniers avis (31961 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Locas - Elles ne pensent qu'à ça
Locas - Elles ne pensent qu'à ça

J'aurais voulu moins aimer cet album. Parce que les deux albums de Locas encapsulaient quelque chose d'une jeunesse punk désillusionnée sur le monde qui vit sa vie d'amours, de joies, de musiques, de sexe et de tristesse. Mais ces deux albums se finissaient sur une conclusion de la plupart des personnages et j'aimais que l'on sorte de là avec juste Maggie et Hopey qui se retrouvent. Donc j'avais un apriori sur cet album et j'hésitais franchement à le relire. Mais je me suis laissé tenter, et les premières pages m'ont confortées dans le sentiment négatif que j'avais. C'était moche avec ces couleurs en a-plat, le noir et blanc habituel me manquait. J'avais un peu de mal à suivre le début de l'histoire, je me disais que j'allais détester. Et puis la sauce à repris tout à coup. Sans m'en rendre compte, j'avais à nouveau l'entrain de l'histoire. Les petits moments de la vie : Hopey qui drague la copine de son frère, l'enfance de Lizzie avec Maggie, comment Beatriz a rencontrée H. R. Costigan ... Les personnages redevenaient tangible, les intrigues se poursuivaient. Dans Locas, je trouve un mélange improbable de comédie romantique chorale, de série-télé aux multiples personnages, de roman noir, de science-fiction et plein d'autres choses encore. Et surtout, je suis étonné de voir que ce ne sont presque que des femmes qui prédominent. Un seul homme a droit à son récit dans la BD, un homme dont chaque histoire semble un polar noir sur un type qui semble être un vrai connard. Tandis que tout le reste suit les protagonistes habituels, qui continuent de vivre. J'y ressens une forme de perte de la fougue de la jeunesse pour des vies plus rangées, le punk délaissé et l'Amérique changée. Il y a pas mal de thématiques franchement intéressantes et traitées d'une belle façon : le rêve de super-héros à jamais inaccessible, la question de l'amour entre Maggie et Hopey, la vie qu'on subit, les tracas du quotidien, la cruauté du monde adulte pour les enfants ... Chaque histoire à sa propre sensibilité et rarement la chute m'aura fait rire. Il y en a des mignonnes, des cruelles, des tristes. Jaime Hernandez réussit une nouvelle fois à m'entrainer dans son univers de Latino de la côte Ouest. Je n'arriverais pas à mettre exactement le doigt sur le truc, mais ça marche. En tout cas, ça me plait beaucoup. Et j'adore le fait que cette bande de personnage souvent déjanté, amusant et touchant, soit progressivement révélé par petites histoires et petites touches. Leur enfance, leur adolescence, leurs peurs, leurs désirs, leurs chagrins ne les rend que plus touchant. Je suis authentiquement surpris d'être autant touché par me relecture. Ce n'est pas au niveau de Locas, bien plus dense et aux histoires qui se suivaient plus, formant une véritable trame, mais c'est bon. C'est honnêtement bon. Et je me dis, en le relisant, qu'il va bien falloir casser la tirelire pour me prendre la belle intégrale de "Love & Rocket" qui est ressorti, parce que cet auteur a un truc qui me touche dans ses récits.

31/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Assassine
Assassine

Tout est énigme chez la femme, mais cette énigme a une clef. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il s'agit d'une bande dessinée en couleurs, dont la première édition date de 2004. Elle a été réalisée par Patrick Delperdange pour le scénario, André Taymans pour les dessins et l'encrage. Cette réédition de 2015 a bénéficié d'une mise en couleurs par Fabien Alquier, l'édition originale était en noir & blanc. Ce tome s'ouvre avec un court avant-propos de l'éditeur agrémenté d'illustrations en noir & blanc. L'histoire compte 74 pages de bandes dessinées. Simon Davenport est un violoniste professionnel, qui joue dans un orchestre de musique classique. Sa femme Sylvia est décédée il y a deux mois : il l'a retrouvée morte étendue par terre, au bas des marches de l'escalier de leur cave. Après la répétition, Pierre, le flutiste de l'orchestre, le raccompagne en voiture chez lui. Il le dépose à quelques rues de sa maison : Simon le remercie et lui suggère de rentrer rapidement car il recommence à neiger. Terminant son trajet à pied, il croise Marinette et sa collègue, les deux femmes de ménage du Black Jack Club. Elles le saluent et évoquent la fête des fous qui s'est tenue dans la ville il y a quelques semaines. Simon Davenport rentre chez lui en pensant à sa femme défunte, à son cadavre qu'il a découvert au pied des marches. Il ramasse les journaux par terre, s'assoit à la table de la cuisine et en lit un. La une évoque la fête des fous, avec une photographie. La maison de Simon est en arrière-plan, et il y aperçoit une silhouette indistincte derrière les rideaux. C'est impossible parce qu'il n'y avait personne chez lui à cette date-là, et en plus la silhouette est celle de sa femme, déjà décédée à cette date-là. Le lendemain, Simon se rend au commissariat où il est reçu par le commissaire Franzen, celui qui s'est occupé de l'enquête sur la mort de Sylvia, enquête qui n'est pas encore close. le commissaire lui fait observer que la photographie n'est pas très nette et qu'il pourrait s'agir d'une simple tache. Il ajoute que le médecin légiste a confirmé les causes du décès de son épouse, et qu'il reste encore à déterminer comment elle a pu ainsi chuter. Simon veut en avoir le cœur net et il se rend chez la photographe qui a pris le cliché qui illustre la une : Marion von Hörvath. Elle accepte de lui présenter les originaux lors de sa prochaine visite. le soir à la répétition, Simon se fait reprendre par le chef d'orchestre pour son manque de concentration et de justesse sur un Adagio Cantabile. Après avoir papoté un peu avec Pierre, il est e retour chez lui et il repense à ses ébats avec Sylvia. À la nuit tombée, et avec après quelques verres, il finit par redescendre à la cave et y découvre une inscription : Partir, je dois partir, aide-moi. de son côté, Casper Delorme est monté dans la chambre 32 de son hôtel et il observe ce qui se passe dans la chambre d'à côté, par le trou de la serrure. Simon remonte dans son salon et y trouve la porte fenêtre ouverte. Il s'élance dans la neige à l'extérieur pour découvrir l'intrus. Il aboutit dans une clairière enneigée : Casper Delorme se tient devant un grand feu, avec une statuette en bois dans les mains. Patrick Delperdange est un auteur de romans, avec plusieurs dizaines d'ouvrages à son actif, et également un scénariste de bandes dessinées, par exemple les séries S.T.A.R. (avec Thierry Caiman) et MacNamara (avec André Taymans). le dessinateur est surtout connu pour la série Caroline Baldwin. Outre les 2 albums de MacNamara, ils ont également collaborés ensemble pour l'album Lefranc, tome 21 : le châtiment d'Hollywood (2010). Il faut un peu de temps au lecteur pour situer le récit. Simon Davenport est présent dans plus de 95% des séquences : il s'agit donc d'un récit présenté de son point de vue. Il n'a pas complètement surmonté le traumatisme lié à la mort de son épouse et à la découverte de son cadavre. Il est bien évidemment déstabilisé par cette silhouette féminine à la fenêtre de sa chambre à l'étage, dans le journal. de rencontre en rencontre, les bizarreries s'accumulent contribuant à le maintenir dans un état de déstabilisation : la fête des fous, le souvenir sensuel de sa femme, ses difficultés de concentration, l'enquête pas encore clôturée par le commissaire, le comportement décalé de Casper Delorme et ses élucubrations fondées sur des faits concrets, la chanteuse dans le club qui ressemble à sa femme. le scénariste confronte son personnage principal à des situations et à des déclarations plausibles, mais à la marge de la normalité, au point que le champ des possibles apparaisse plus large que ce que peut concevoir Simon. du coup, le lecteur lui-même ne sait pas trop sur quel pied danser, s'il doit conserver son cadre cartésien, ou s'il doit supposer que le récit va prendre quelques libertés, de type surnaturelles ou ésotériques, avec le monde normal. André Taymans joue tout aussi subtilement sur les décalages visuels, peut-être encore plus subtilement. Étant un média visuel où le lecteur contrôle son rythme de lecteur, il faut beaucoup de savoir-faire pour parvenir à maintenir le lecteur dans l'incertitude face à ce que montre clairement un dessin, à ce qu'il décrit. le dessinateur œuvre dans un registre réaliste et descriptif, avec un degré de simplification évoquant une partie des caractéristiques de la ligne claire, mais avec plus d'aplats de noir, et plus de traits de texture dans les formes détourées, ainsi que des variations minimes dans l'épaisseur des traits de contour. Pourtant, le lecteur s'interroge rapidement : un participant à la fête des fous porte le même masque que les Turlurons dans Tintin et les Picaros (1976), un chien sauvage aboie agressivement, un homme regarde par un trou de serrure, un tableau accroché au mur montre une biche aux abois, encerclée par un meute de chiens de chasse, des gros plans montrent des ecchymoses sur la peau d'une femme, une statuette en bois avec des gouttes de sang à l'entrejambe. Ces éléments visuels ne sont pas impossibles, mais ils sont improbables, nourrissant l'étrangeté de l'ambiance, la possibilité qu'un glissement vers le surnaturel se produise. Dans le même temps, la narration visuelle s'avère très concrète. Taymans découpe ses planches en une moyenne de 8 cases, sagement alignées, parfois 9 de taille égale. Il représente les décors dans plus de 90% des cases avec une grande rigueur dans la cohérence d'un plan à l'autre, et un sens du détail. le lecteur éprouve vite une sensation de familiarité à se trouver dans la cuisine de Simon avec sa table basique et son carrelage, dans son salon avec son canapé au motif à fleurs, sa baie vitrée et son carrelage, dans la cave avec l'escalier sans rampe, ou encore attablé au Black Jack Club. Il note aussi des cases qui détonnent dans le flux de la narration visuelle : un gros plan sur une main d'homme posée sur le string d'une femme, un chien sauvage en train de hurler, une tâche de sang sur un sol de terre, un gros plan en biais sur un trou de serrure par lequel passe une forte lumière, la statuette en bois d'une silhouette féminine évoquant la fertilité. Ces éléments visuels s'immiscent dans une séquence, le temps d'une case, et peuvent servir de leitmotiv visuel en revenant un fois quelques pages plus loin, ou en apparaissant dans une autre scène. Il en va ainsi de du chien qui aboie, de la tache de sang, du trou de serrure, de la statuette. Ces motifs visuels sous-entendent une forme de cohérence, de lien entre des événements distincts, de l'existence d'un schéma logique. Le lecteur se rend compte qu'il éprouve rapidement de l'empathie pour Simon Davenport : son chagrin engendré par son deuil, son intranquillité avec cette photographie montrant la silhouette de sa femme pourtant morte, l'impression de suspicion du commissaire Franzen, ses interactions avec d'autres personnes, toutes en décalage avec ce qu'il ressent, voire insensibles comme les deux femmes de ménage de l'hôtel et du club, Marinette et sa copine. Bien sûr l'individu le plus inquiétant est Casper Delorme. Visiblement, il sait beaucoup de choses sur Sylvia Davenport, y compris des informations intimes, inconnues de son époux Simon. Mais en plus il développe une théorie ésotérique inquiétante sur une présence féminine, la Maquerelle, en s'appuyant sur Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885) de Friedrich Nietzsche (1844-1900). Comme Simon, le lecteur est bien embêté pour savoir s'il doit considérer les propos de Delorme comme des élucubrations, ou s'il doit s'en préoccuper du fait qu'elles contiennent une part de vérité et qu'elles semblent identifier un schéma de compréhension qui donne un sens aux événements. À cela s'ajoute une misogynie assumée de la part de cet individu, ainsi que des comportements qui relèvent de la déviance, à commencer par la maltraitance d'une femme, et peut-être pire. La direction d'acteurs se situe dans un registre naturaliste, et André Taymans entretient parfaitement le doute dans l'esprit du lecteur, doute nécessaire pour le récit fonctionne. Cette histoire plonge le lecteur dans l'incertitude. L'intrigue part d'un point simple : comment une épouse défunte peut se trouver sur un cliché pris après sa mort ? Il n'y a finalement que peu de personnages, certains bizarres comme les deux femmes de ménages, la plupart très normaux. La narration visuelle a visiblement été conçue en étroite collaboration entre le scénariste et le dessinateur, montrant une réalité prosaïque et banale, mais avec des moments déstabilisants, et avec un montage qui joue sur l'association d'image (Que représente ou qu'incarne ce chien sauvage qui aboie ?), sur les motifs récurrents, avec fluidité, sans systématisme. L'état d'esprit du lecteur alterne entre la curiosité de participer à l'enquête, et l'incertitude quant au positionnement du récit, par exemple surnaturel ou non. Il est pleinement satisfait par la résolution et repense à la manière dont Simon Davenport s'est représenté son épouse.

31/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Batman - Vampire (Batman & Dracula)
Batman - Vampire (Batman & Dracula)

Comme tu as de grandes dents ! - Ce tome regroupe Red Rain, Bloodstorm et Crimson Mist. Ces histoires se déroulent en dehors de la continuité habituelle de Batman dans un monde imaginaire (enfin encore plus imaginaire que d'habitude, enfin je me comprends). Red rain - Dans un Gotham réimaginé, Bruce Wayne est confronté à des vampires menés par Dracula en personne. Doug Moench profite de sa popularité de l'époque (ce tome date de 1991) pour s'offrir une variation très gothique sur Batman. Ne cherchez pas de révélations sur Dracula, il figure bien dans le titre, mais il occupe juste un rôle de chef de vampires sans aucune originalité. Bloodstorm - La menace de Dracula est écartée, mais il reste encore des vampires dans Gotham. Il les traque la nuit pour leur enfoncer un pieu dans le cœur et les décapiter ensuite pour éviter qu'ils ne reviennent. Mais ces vampires changent petit à petit de mode opératoire, comme s'ils s'organisaient. Et Batman (devenu lui même vampire) a de plus en plus de mal à résister à la soif de sang. Selina Kyle a également été la victime d'un suceur de sang mais les conséquences ne sont pas celles attendues. Ce tome est la suite logique du premier dans le sens où Batman s'éloigne de plus en plus de l'être humain qu'il fut pour devenir un vrai vampire. Doug Moench a l'intelligence de ne pas se contenter de refaire la même chose, mais de décrire les stades de la transformation psychologique qui emmène le héros vers une animalité dérangeante. Il laisse derrière lui Gordon et Alfred dans le monde des humains pour se retrouver plus seul que jamais dans le monde de la nuit. Crimson mist - Batman est un vampire qui a goûté au sang. Alfred Pennyworth lui ont fiché un pieu dans le coeur et il repose, ni vivant, ni mort, dans une cave. Malheureusement les horreurs s'abattant sur Gotham n'ont pas pris fin avec le Joker. Depuis la retraite forcée de Batman, plusieurs monstres ont fait leur apparition : Killer Croc, Scarecrow, Riddler, Two-Face, Poison Ivy. Après bien des hésitations, Alfred finit par retirer le pieu qui maintenait Batman dans une vie sans mouvement. le vampire est lâché et les monstres n'ont qu'à bien se tenir. Ce plan s'avère tellement efficace qu'Alfred et Gordon doivent vite trouver un moyen d'arrêter Bruce Wayne. Dans la première histoire, Kelley Jones mêle savamment les à-plats de noir denses avec une exagération des dessins qui tirent vers le cartoon de la vieille école de chez Warner. le résultat est irrésistible. Il fait bien sûr penser à cet autre maître qu'est Bernie Wrightson, l'un des 2 créateurs du Swamp Thing. Kelley Jones réussit à faire revenir à la mode la cagoule aux oreilles démesurément pointues qui avait été bannie après The Dark Knight Returns de Frank Miller. Les dessins sont outrageusement exagérés ce qui leur confère une dimension poétique inattendue. Dans la deuxième, il a conservé la même esthétique héritée de Bernie Wrightson que dans le premier tome ; mais il maîtrise beaucoup mieux ses effets d'abstraction. Au fur et à mesure que Batman perd le contrôle de sa bestialité, Kelley Jones fait prendre à son visage des stigmates d'animaux. On peut ne pas apprécier les libertés qu'il prend avec une anatomie rigoureuse. Cependant sa technique est à rapprocher de celle d'un Mike Mignola sur Hellboy : ils s'autorisent l'un comme l'autre des formes incorrectes pour faire apparaître les sentiments et les forces qui habitent les personnages. Et là, Batman n'est jamais autant apparu comme une créature de la nuit, Catwoman devient mi-femme mi-bête, et l'exagération des postures et de ses formes lui confère une aura d'animalité réelle. Dans la troisième histoire, il pousse jusqu'au bout la logique de cadavre vampirique. Il avait déjà utilisé cette approche sur 2 miniséries de Deadman (sur des scénarios de Mike Baron dans Deadman : Lost Souls). le principe est simple : Batman est un cadavre, dessinons son personnage comme s'il s'agissait vraiment d'un squelette sous le costume, avec ses plis qui suivent le contour des os. À l'unisson du scénario qui fait de Batman une créature surnaturelle n'appartenant plus au monde des humains, Kelley Jones fait de son corps un sac d'os qui n'a plus qu'un lointain rapport avec la morphologie humaine. Par exemple, les os de sa colonne vertébrale ressortent de 10 à 15 centimètres de manière protubérante dans son dos. Kelley Jones utilise les dessins comme des concepts et non plus comme des éléments figuratifs. Les effets de cape continuent d'utiliser des dizaines de mètres de tissu, sans aucun souci de réalisme. Cette exagération outrancière retranscrit parfaitement la bestialité de l'âme du personnage principal. Il ya très peu de rôles féminins : une infirmière et Pamela Isley. Ces 2 dames sont dotées d'une poitrine fort opulente qui ne défie pas les lois de la gravité. Cette représentation insiste sur l'inéluctabilité de la mort, du vieillissement de la chair. de la même manière, les exagérations physiques des musculatures (celle de Killer Croc en particulier) attirent l'attention du lecteur sur leur impossibilité, sur leur caractère de déformation physiologique, de perversion de l'ordre naturel du corps humain. Ce voyage dans un Gotham gothique entraîne le lecteur dans une transformation bestiale et contre nature de Bruce Wayne. Cette dégénérescence s'appuie sur une écriture fleurie parfois un peu pesante et sur des dessins exagérés très dérangeants. "Red Rain" est un peu hésitant et lourdaud. "Bloodstorm" est parfait. "Crimson mist" est une conclusion satisfaisante qui aurait mérité un peu plus de soin et d'attention des 2 créateurs dans les finitions.

30/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Astro City - Des ailes de plomb
Astro City - Des ailes de plomb

Réinsertion en tant que détective privé amateur - Ce tome comprend les épisodes 14 à 20 de la série américaine ; il peut être lu indépendamment des autres. Carl Donewicz est un supercriminel appelé Steeljack (anciennement Steel Jacketed Man), il dispose d'une peau métallique et d'une force surhumaine. Aujourd'hui, il vient de terminer son temps de prison, il est libre, vieux et usé par une vie de perdant. Malgré sa volonté de ne pas retomber dans les mêmes ornières, il ne trouve pas d'autres solutions que de revenir habiter dans son ancien quartier Kiefer Square dans Astro City, et de reprendre contact avec certains de ses anciens compagnons dont Donnelly Ferguson, celui qui met en contact les gros bras avec ceux qui en ont besoin. Bientôt les habitants de Kiefer Square envoient Ferguson demander à Steeljack d'enquêter sur des meurtres de supercriminels domiciliés dans le même quartier. Dans la mesure où ce n'est pas son métier et où il n'est pas particulièrement génial, Steeljack commence par le plus évident : interroger les proches des défunts. Il découvre quelle était la vie de ces individus qu'il connaissait de vue pour la plupart. Il rencontre une jeune fille qui souhaite reprendre le flambeau de son père et un ancien superhéros tombé en disgrâce. Son enquête ne mène nulle part, mais il parvient à sauver la vie d'un supercriminel tout juste arrivé d'Angleterre (Mock Turtle) et tout le monde pense que l'affaire est réglée. Le lecteur retrouve l'ensemble des créateurs d'Astro City : Kurt Busiek au scénario, Brent Anderson aux dessins, Willy Blyberg à l'encrage, Alex Sinclair à la mise en couleurs et Alex Ross pour les couvertures et la conception graphique des personnages. Dans l'introduction originale, Frank Miller dit tout le bien qu'il pense de cette série, et de cette histoire en particulier. Il insiste sur le fait que les superhéros sont spécifiques aux comics, et il met en avant que Busiek et compagnie ont su utiliser au mieux ce type de personnages. Busiek continue de tricoter son histoire et sa géographie d'Astro City en tissant des liens entre les différentes générations de superhéros, tous pleinement développés grâce aux contributions d'Alex Ross. Mais l'intérêt principal du récit réside ailleurs : dans le personnage de Steeljack. Busiek a choisi un individu aussi éloigné que possible des stéréotypes des superhéros : Steeljack est âgé, sa belle armure brillante a besoin d'être passée au polish pour éliminer la rouille, il a des bourrelets, c'est un criminel de petite envergure et il a une intelligence moyenne. Busiek a, lui, l'intelligence de ne pas surjouer ces traits de caractères, mais plutôt de montrer comment sa vie est limitée par les cartes distribuées à sa naissance. Même s'il est un perdant, Steeljack est éminemment sympathique. Même s'il ne peut s'extraire de son milieu, il n'est pas résigné. Steeljack est un individu complexe, crédible et humain. Steeljack raconte l'histoire à la première personne et il n'y a pas de narrateur omniscient. Ce mode narratif crée une forte empathie avec le personnage principal et procure au lecteur une grande intensité dans la lecture. Les illustrations renforcent l'aspect très ordinaire de Steeljack grâce à ces traits relâchés qui expriment la lassitude. Ross et Anderson ont vraiment trouvé un visuel parfait pour ce personnage qui sort de l'ordinaire. Comme à son habitude, Anderson sait comme peu de dessinateurs traduire l'aspect prosaïque de chaque individu et de chaque situation ce qui aide beaucoup à ancrer l'histoire à un niveau humain. Il faut le voir pour apprécier la détresse de Steeljack (qui a trouvé un boulot de plongeur dans un restaurant) quand il casse une assiette qui lui échappe des mains. Dans cette simple case, Anderson transmet toute la résignation d'un individu qui se sait destiné à une vie minable. L'épisode consacré à Mock Turtle est également une réussite d'humanité. Busiek nous invite à suivre la carrière d'un technicien de génie qui crée une armure et que les circonstances amène à s'en servir pour commettre des vols. Anderson transcrit avec finesse chaque émotion sur le visage de cet homme aussi intelligent que naïf. Ce personnage existe comme peu d'autres sur le papier, et son souvenir reste avec le lecteur pendant longtemps. Anderson et Blyberg utilisent un style un peu vieux jeu qui fait des merveilles pour ces récits situés à échelle d'homme. Ils rendent régulièrement hommage aux grands dessinateurs de superhéros des années 1970, sans pour autant les piller, ni se complaire dans une nostalgie passéiste. Ce tome dépasse largement les 3 précédents grâce à un personnage principal développé et crédible, à une intrigue bien agencée (même si la résolution se sent venir de loin), des dessins mesurés, efficaces et au service de l'histoire, et une richesse très cohérente sur cette ville et ses générations successives de superhéros.

30/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Mélodie au crépuscule
Mélodie au crépuscule

On retrouve dans cet album toutes les qualités du travail de Renaud Dillies. Déjà un dessin moderne, assez épuré, très aéré (comme la mise en page d’ailleurs), et très chouette. Avec des couleurs elles-aussi agréables. Et une histoire elle aussi simple, légère, mais intéressante. On suit avec plaisir ce canard qui broie du noir et son chagrin d’amour, après avoir découvert l’infidélité de sa copine. Accompagné de quelques personnages (dont un sympathique gitan), il traverse le monde et son malheur dans un univers qui mêle fantastique, rêveries (quelques aspects surréalistes dans plusieurs cases) et aventures plus classiques. Tout ce qui relève de la poésie, des rêveries m’a vraiment plu. La pagination est relativement importante, mais l’album se lit rapidement, et avec plaisir.

30/05/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Journal d'un remplaçant
Le Journal d'un remplaçant

J'avais un excellent souvenir de cette album, que j'ai pris le temps de relire. Et la relecture a été d'autant plus plaisante que le temps à passé, que j'ai évolué et que mon avis sur l'éducation a également beaucoup évolué. Cette BD a une double lecture intéressante : tout d'abord le recrutement de Martin Vidberg en tant que professeur remplaçant dans une école spécialisée, puis une autre lecture sur l'éducation nationale et l'enseignement. Les deux étant à la fois graves et drôles. Vidberg nous conte toutes ses difficultés, ses déceptions, ses échecs. Mais la BD n'est pas qu'une longue litanie de plaintes, justement, elle est émaillée de réflexions sur l'enseignement en lui-même. Et en même temps, qui de mieux qu'un instituteur non-formé à ce qui va lui arriver pour parler des failles de l'éducation nationale ? Les pages centrales sont éclairantes dessus : après un moment particulièrement marquant, Vidberg parle de quelques points cruciaux selon lui sur son métier. Et j'avoue qu'avant lui je n'avais jamais pensé à l'importance que les professeurs ont dans la vie des jeunes enfants. Mais si je dis que la relecture m'a marquée, c'est que cette BD a aujourd'hui 17 ans. J'entends régulièrement parler d'enseignants ayant démissionné de l'éducation national, j'entends parler de postes désertés et de nouveaux déserts éducatifs. J'ai eu beaucoup de débats et de réflexions sur l'école, aussi, et je revois dans cette BD ce que notre système favorise : un remplaçant se retrouve, dans son premier jour de travail, à plaquer un élève au sol plusieurs fois. Si l'on a envie de s'insurger contre la méthode, je me demande surtout comment on peut laisser cet homme dans cette situation. Sans formation, sans préparation, ayant à peine eut un aperçu de l'enfer qu'ont vécu ces enfants. Je ne dirais rien sur la question du psychologue ou du personnel qui devrait suivre ces enfants, parce que ce n'est pas spécialement mentionné, mais j'ai été surpris à la relecture de voir le manque d'encadrement ou d'accompagnement des enfants. Et ce manque, c'est ce qui transparait dans toute la BD : manque de moyen, de formations, de personnels, de tout en fait. On pallie avec des bouts de ficelles pour que ça ne s'effondre pas et tout va bien. Il y a un échange dingue lorsqu'on fait remarquer que ça se passe mieux avec Vidberg, parce que les enfants ne sortent pas par la fenêtre comme avec son prédécesseur. Et Vidberg de répondre que ça arrive encore avec lui. La réponse est lunaire : "Oui, mais avec vous, ça se passe mieux". Comment montrer autrement le côté palliatif de tout ça ? Cette BD m'impressionne parce que ce témoignage d'il y a 14 ans montrait déjà les lacunes immenses d'un service public. Caché sous le tapis, la poussière du dysfonctionnement est révélatrice d'un fonctionnement général. Moins de moyens, plus de pressions, pas de volonté de s'installer sur la durée, compter sur la bonne volonté. Alors que depuis plusieurs années ces failles se sont généralisées dans le milieu scolaire, je constate que Vidberg apportait déjà ce message plus de dix ans auparavant. Et visiblement, ces appels répétés n'ont pas été entendus par les pouvoirs publics. J'ajouterai que la BD pose de nombreuses questions sur ce que cette école révèle d'un monde ultra-libéral, mais ce serait déjà aller plus loin que ce qu'elle offre. En tout cas, je continue de penser qu'elle soulève de très bonnes interrogations et malheureusement, un constat bien amer dont le gout semble encore plus acre aujourd'hui.

05/12/2011 (MAJ le 30/05/2024) (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Traversées - La Route de l'aventure
Traversées - La Route de l'aventure

Des BDs sur le thème des réfugiés qui tentent la traversée dangereuse de la méditerranée, il en existe déjà pas mal – voir notre thème « Réfugiés et Immigration clandestine ». Lucas Vallerie offre cependant une approche originale, puisqu’il s’est joint à une équipe de sauvetage en mer, sur un navire affrété par Médecins Sans Frontières. Cette approche offre un double avantage. D’abord, elle lui a permis de recueillir des témoignes « à chaud » de migrants qui venaient juste d’être repêchés, de leur parler directement de leur histoire et de leurs rêves, et de suivre leur vie sur le navire, parmi des centaines de réfugiés de différentes cultures. Ensuite, elle nous permet à nous, simples lecteurs et lectrices, de découvrir le travail fabuleux du personnel de MSF : leur quotidien à bord du navire, leurs rôles variés (médecin, sage-femme, médiateur culturel, responsables, techniciens, pilote etc.), l’entrainement et l’organisation presque militaire nécessaire pour mener à bien les repêchages, sans mettre le personnel en danger, de jour ou de nuit, quel que soit la météo. Et surtout, l’impact psychologique durable sur le personnel de bord, témoins d’atrocités sans nom. L’investissement émotionnel est lourd, et nécessite parfois la présence d’une psychologue pour soutenir l’équipe. Mon admiration pour ces héros des temps modernes est sans fin. La réflexion sur l’injustice et l’absurdité de la situation est bien entendu omniprésente. La réalisation de l’album est exemplaire, avec un dessin élégant, lisible et détaillé, et une narration parfaitement maitrisée – la scène de repêchage compliquée en milieu d’album est scotchante ! Un album essentiel si vous vous intéressez un tant soit peu à ce genre de reportage humanitaire. Un grand bravo à l’auteur.

30/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Sous Terre
Sous Terre

Il y a un peu de « Il était une fois la vie » dans ce récit qui se veut didactique, accessible, en faisant jouer à quelques personnages le rôle de passeur ou récepteur d’information, un habillage original pour diffuser un message et des savoirs – en l’occurrence à propos de la richesse (animale, organique) de la terre (ou plutôt du sol), et de ce qu’il faudrait faire pour la protéger. Du « Il était une fois la vie », mâtiné de Marion Montaigne, pour le côté ludique et humoristique, tout en gardant à l’esprit de diffuser quelques connaissances scientifiques. C’est même ici davantage poussé, Burniat case énormément d’informations et de pistes de réflexion (un lexique complète la lecture en fin d’album). A quelques rares moments, j’ai trouvé qu’il y avait quand même pas mal de choses à ingurgiter, mais Burniat arrive toujours à éviter l’overdose, à faire passer tout ça grâce à ses personnages et leurs péripéties (Hadès cherche un remplaçant, et une foule de candidat se presse, éliminés les uns après les autres au cours d’épreuves durant lesquelles ils traversent en long, en large et en travers les différentes couches du sol). Une lecture finalement fluide, très dense, et instructive. Intéressante en somme.

29/05/2024 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Arrêt de jeu - Journal d'un footballeur mal dans ses pompes
Arrêt de jeu - Journal d'un footballeur mal dans ses pompes

Le foot a toujours fait partie de ma vie, je suivais religieusement le championnat français dans ma jeunesse, et je m’intéresse beaucoup au championnat anglais depuis mon déménagement en Angleterre. J’y ai aussi beaucoup joué, mais entre amis, jamais en club, parce que je ressentais justement le même malaise que Maxime Schertenleib. Je me suis toujours senti trop faible, pas assez « homme ». J’ai donc été fasciné par ce témoignage cathartique, par cette vision tellement cynique d’un sport que j’aime pourtant beaucoup. J’ai fini par me demander si l’auteur n’en faisait pas un peu trop, si son cas était peut-être extrême, et pas forcément représentatif. De même, ce genre de comportement est-il spécifique au foot ? A tous les sports d’équipe ? Ou le retrouve-t-on dans tout regroupement masculin de manière plus générale ? L’excellente postface du journaliste sportif Chérif Ghemmour illustre le propos, et cite de nombreux exemples de joueurs connus broyés par le monde du football et ses tendances chauvinistes, misogynes, racistes et homophobes. L’auteur conclut son récit en prétendant vouloir faire face à ses démons, et confronter ce genre de masculinité toxique… mais dommage que l’album se termine sans nous raconter le résultat de cette démarche louable mais compliquée. Je ressors en tout cas troublé, voire ébranlé de ma lecture… je vais quand même suivre le match de l’OM ce soir contre Atalanta, puis celui des Wolverhampton Wanderers ce weekend contre Crystal Palace, mais avec un léger goût amer dans la bouche, je pense. Et je serais curieux d’avoir l’avis d’autres fans de football sur cet excellent premier album.

29/05/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Le Loup des Cordeliers
Le Loup des Cordeliers

Je savais qu'Henri Lœvenbruck avait écrit pas mal de polars historiques, mais ne les ai pas lus, et encore moins les adaptations. C'est donc en n'en sachant pas grand-chose que j'ai abordé cette nouvelle série, qui met en scène un journaliste spécialiste des chiens écrasés qui tombe par hasard sur une affaire de meurtres en série dans une ville de Paris qui s'apprête à basculer dans ce qu'on appellera par la suite la Révolution française. Et je dois avouer que c'est une belle découverte. Le personnage de Gabriel Joly est intéressant, même si je trouve qu'il est presque aussi fort que Sherlock Holmes en termes de déduction. Il y a une galerie de personnages assez bien campée autour de lui, du "pirate" au commissaire en passant par l'archiviste muette. L'ambiance si particulière de l'année 1789 est plutôt prenante, l'auteur de l'œuvre originale (et son adaptateur, Philippe Thirault) combinant les séquences historiques et les scènes d'investigation, les deux trames étant peut-être liées. C'est relativement complexe, mais on arrive à ne pas perdre le fil, grâce au personnage de Gabriel, qui sert de fil rouge. Le dessin est assuré par Damien Jacob, dont c'est visiblement le premier album complet. Il fait preuve d'une belle énergie dans une mise en scène inventive. Au départ je trouvais les couleurs ternes, mais au fil des pages on s'habitue. On passe un très bon moment de lecture, je lirai la suite avec plaisir.

28/05/2024 (modifier)