Un premier cycle très intéressant, à défaut d'être -c'est clair- un chef-d'oeuvre, voilà ce qu'on peut dire "d'Extra-Muros". Le graphisme en couleurs directes de Hulet tranche résolument dès le premier coup d'oeil avec une production de série : teintes sans éclats pour un climat angoissant, dont le malaise ne cesse de s'accentuer de page en page.
De ce point de vue, il faut reconnaître que le scénario de Hulet, de prime abord assez lâche, prend son temps pour installer son climat et son intrigue, sans jamais se reposer sur des textes descriptifs pour expliquer ses sauts entre deux époques et une imposantes galerie de personnages, mais jonglant au contraire habilement avec ces éléments pour maintenir le rythme et étoffer le récit.
Ainsi, si le premier album laisse imaginer une future histoire policière ou d'aventure, on bascule peu à peu vers le fantastique grâce à des situations de plus en plus troubles, jusqu'à un dénouement imprévisible, preuve de l'imagination de Hulet. Son histoire est loin de laisser insensible, et possède son poids d'originalité, on peut donc la considérer comme une réussite. Le dénouement étant assez ouvert, espérons lire la suite bientôt.
Surtout pour retrouver le trait nerveux et précis de Hulet, qui s'épanouit ici sur des mises en pages très aérées qui font la part belle aux décors, sans rien perdre de leur lisibilité.
Bref, très très fréquentable, à découvrir sans hésiter.
Après un tel one-shot, je vais me mettre à la recherche des autres productions de Lax.
L'histoire de ce cycliste hors norme du début du siècle, de son parcours, son initiation et des ses déboires au vélo, est forte et ne se commente pas facilement. Le dessin est clairement maîtrisé, les personnages bien croqués. Le contexte de l'époque semble vraiment bien retranscrit.
Du tout bon qui ne s'oublie pas une fois fermé la BD...
Une bien belle surprise !!!
Ce petit ouvrage contient une histoire originale avec un personnage centrale entier et anticonformiste.
On prend du plaisir à suivre son périple, les dessins tout en nuances de gris sont agréables, le scénario avec ses dialogues truculents s'avère être un exemple de simplicité tout en apportant un contenu copieux.
A découvrir.
Impressionnant.
Le travail de documentation qui a présidé à l’élaboration de cette histoire est colossal. L’extrême densité du scénario en atteste tout autant que les 40 pages d’appendice (fort utiles !), en fin de volume.
Mais toute aussi impressionnante est la construction du scénario. Jusqu’à la page 56, on ne comprend rien ! Des saynètes se succèdent, mettant en scène des personnages dont on ne sait quasiment rien, dont on ne comprend pas les relations qui les lient, passant d’une histoire à une autre sans la moindre transition, la moindre indication, parfois même au sein d’un même strip ne comportant que des bulles sur fond noir !
En fait, ces fragments de vies seront ensuite repris dans leur contexte, et à ce moment-là, tout le puzzle se reconstitue, et c’est alors que l’on mesure la densité du scénario et l’ingéniosité d’Alan Moore. La récompense est donc à hauteur de l’effort à fournir, mais quel effort, justement !
La tâche est rendue d’autant plus difficile que les protagonistes de cette histoire sont nombreux et que le dessin des visages est exécrable. D’une case à l’autre ils sont méconnaissables !
Les décors, eux, sont exécutés avec un soin parfois assez minutieux, qui tranche d’autant plus avec les approximations des personnages. A croire qu’on a confié la tâche à un architecte ! D’ailleurs, je constate que deux noms sont crédités pour le dessin ; ceci explique peut-être cela.
Toujours est-il que celui qui a en charge les personnages n’est pas -de mon point de vue- à la hauteur du scénariste. Il s’est même carrément planté p. 466 : il n’a pas dessiné le bon personnage, pas celui auquel appartiennent les propos tenus dans cette case ! :| :D
Pour en revenir à l’histoire, parvenue au fameux chapitre IV, j’ai usé de l’un des dix droits imprescriptibles du lecteur, énoncés par Daniel Pennac, en l’occurrence, celui de sauter, sinon des pages (quoique) du moins des cases, et que j’ai lu le reste en diagonale, histoire de choper le message de ce chapitre. Alan Moore, en sous-titre (du moins dans la version française) prend soin de préciser qu’il ne présente qu’UNE autopsie de Jack l’Eventreur, une hypothèse sur son identité, l’énigme n’étant toujours pas résolue à ce jour. Dans ce chapitre, capital en fait pour comprendre les motivations de celui qu’on pourrait qualifier d’exécuteur des basses-oeuvres, il nous fait visiter la Londres occulte, balisée par les symboles païens du culte au Soleil (le pouvoir masculin) ayant renversé l’ancien culte lunaire (le pouvoir féminin), nous raconte la lutte entre les deux cultes, et la filiation entre ces croyances millénaires et la franc-maçonnerie, à laquelle appartient cet homme.
Outre cette exposition, Moore s’attache à retranscrire le contexte social dans lequel s’inscrit l’histoire.
J’ai été extrêmement touchée par la condition de ces femmes dont la préoccupation quotidienne consiste à trouver comment gagner de quoi manger et un lit pour la nuit suivante, dans une Londres sordide, où règnent une misère et une violence socio-économique et physique extrêmes. Une scène les montre assises sur un banc, en train de dormir, une corde les empêchant de tomber en avant pendant leur sommeil. J’en avais déjà entendu parler, mais cette case m’a vraiment marquée, et pour moi, c’est l’un des intérêts de cet album : nous permettre de découvrir la vie à Whitechapel à cette époque, une vie qu’on aurait du mal à imaginer, sinon.
Bien sûr, les scènes de meurtres sont présentes, mais heureusement leur traitement est assez sobre, le noir et blanc étant le bienvenu en la circonstance. :D
Il y a aussi quelques curiosités dans ce scénario. Des anachronismes par exemple, comme cette photo d’une icône du cinéma, ... au-dessus d’un téléviseur !! Par la suite, il y en a d’autres mais ceux-ci s’intègrent plus naturellement dans le scénario, ils illustrent les hallucinations visionnaires de “Jack l’éventreur”.
Par contre, que vient faire John Merrick, alias Elephant Man dans cette histoire ?? L’explication se trouve dans l’appendice.
L’histoire s’achève comme elle avait commencé, la boucle est bouclée, et l’on reste avec un sentiment de parfaite maîtrise de son scénario par l’auteur.
Un 4/5 bien senti donc, qui toutefois, ne rend compte ni du plaisir véritable de lecture, parce que c’est tout de même assez éprouvant, et aussi parfois assez ardu, ni de la beauté des dessins (hem !), mais de l’intelligence de la démarche et de l’ampleur de l’oeuvre accomplie. C’est passionnant, et on a du mal à lâcher sa lecture, malgré quelques longueurs.
Ce pavé est un vrai monument de la bande dessinée. A lire.
Host Club ou comment passer des heures à se tordre de rire et à réveiller vos voisins...
Un manga qui réunit tous les stéréotypes du shojo, les exagérant jusqu'à l'outrance. Tous les personnages typiques des comédies romantiques y sont représentés, du beau gosse riche à millions qui fait tomber toutes les filles au bisho kawaii fan de lapins et de biscuits, en passant par l'otaku de service, imaginant des vies cachées et souffrances intérieures aux héros.
Sauf que...
Sauf que tout ça, c'est une pure parodie complètement assumée par l'auteur qui les met en scène.
Pour preuve, son héroïne est totalement en décalage avec ce petit monde déjanté, elle observe, blasée, leurs réactions devant "le monde des prolétaires". Intéressés par toutes les actions des pauvres, de ce qu'ils mangent à leurs manières de vivre, les héros restent fascinés par le café instantané, ne conçoivent même pas l'existence d'une piscine gonflable, (lorsqu'on la leur décrit, ils pensent à un canot) puisqu'ils peuvent prendre un jet privé et rejoindre leur plage privée.
Leur petit monde de richesses et d'exagération se heurte à celui de l'héroïne, qu'ils se mettent en tête de protéger et de faire profiter de leur monde. Fantasmant complètement le sien, "vive la pauvreté!", les héros évoluent tour et à tour et ont droit chacun à leur quart d'heure de gloire.
Après avoir lu des titres comme Hana Yori Dango, où le même genre de monde est mis en scène (confrontation entre les héros riches et l'héroïne pauvre) c'est une véritable bouffée de fraîcheur qu'on aspire à pleins poumons. S'écartant de l'habituelle figure de l'héroïne naïve voire bébête, Haruhi, loin d'être fascinée par cet environnement, se retrouve un peu obligée de les guider dans les supermarchés ou autres marchés du peuple.
Les dix premiers tomes exploitent complètement ce fil humoristique, approfondissant les personnages, ne les reléguant pas seulement à leur statut de stéréotypes stéréotypés au maximum. Une légère trame romantique vient d'apparaître, mais plus moteur d'autres scènes comiques que de guimauve puisque le héros concerné ne se rend même pas compte qu'il est attiré par Haruhi et se prend pour son père.
Un manga à lire et à relire pour découvrir des répliques plus tordantes les unes que les autres, voir le héros (pas si héros que ça) bouder dans son coin quand l'héroïne le remet en place sans le faire exprès (son innocence la poussant parfois à être blessante...) et aimer tous ces personnages (qu'on déteste habituellement tellement ils sont plats), qui reprennent de la profondeur (ou de la stupidité aberrante) pour notre plus grand plaisir.
Je n'ai pas grand chose à rajouter à l'avis d'ArzaK, que je partage.
J'ai découvert les oeuvres d'Altan dans la revue (A Suivre) (ça ne nous rajeunit pas !).
Et le gamin que j'étais était déjà fasciné par cette bd malgré le trait... très spécial (le dessin rebutera beaucoup de monde et c'est bien dommage).
J'ai relu cette bd à différents âges, c'était à chaque fois une redécouverte, elle n'a pas pris une ride après 25 ans. Une causticité, un regard sans concession sur l'humanité. Des textes très forts, même le plus insignifiant des personnages secondaires, en arrière-fond et au détour d'une case, peut vous sortir une réflexion d'une étonnante profondeur.
Il faut absolument lire les autres oeuvres d'Altan parues en France dans la collection (A Suivre) :
- Ada à Macao : la suite, donc.
- "Fritz Melone" : un aveugle retrouve la vue au prix de la perte de sa noblesse de coeur.
- "Colombo" : extraordinaire relecture de l'épopée colombesque, où l'on découvre les seuls personnages vraiment nobles de l'oeuvre d'Altan (à part Fritz Melone quand il est aveugle) : les indiens d'Amérique.
Karoutcho !
Encore une BD plus que sympa signée Manu Larcenet. Sans être mort de rire à chaque strip, j'ai quand même beaucoup rigolé. Au final je suis encore une fois conquis par une BD de Larcenet.
Coté dessin pas de surprise. Coté scénar, les gags se suivent et forment une histoire cohérente et autobiographique, celle de Manu et sa copine partis vivre à la campagne. Les personnages qu'ils vont rencontrer sont très bien réussis, un peu caricaturaux, mais c'est ce qui fait leur charme.
Dans l'ensemble les gags sont bons, certains sont même vraiment excellents.
On ne peut pas occulter la comparaison avec Le combat ordinaire, les personnages de Manu et Marco se ressemblent vraiment. D'un point de vue physique évidemment mais aussi moralement notamment au niveau de la peur d'avoir un bébé, qui est un sujet plus que récurrent dans les 2 séries !! Un petit souci personnel de ce coté là monsieur Larcenet ?
Ce gamin ressemble à la plupart des gamins de 10-12 ans scotché à leur game boy. La premiere fois que j'ai lu un kid paddle, je me suis bien marré. Certes après le troisième tome, les gags deviennent récurrents, entre les strips avec le héros du jeu vidéo (dont est issue une série parrallèle d'ailleurs), et ceux ou kid imagine que son père a des supers pouvoirs. Bref je comprend parfaitement la lassitude de certains.
Mais quand je vois avec quel bonheur mon petit frère de 10 ans dévore cette série, à chaque fois que je lui offre un tome, il ne décroche plus pendant 40 minutes, il ne faut plus lui parler et il rigole aux éclats. Et comme le public visé c'est bien les enfants de cet age, je pense que kid paddle est une vrai réussite .
Régis Hautière commence à avoir une bibliographie assez longue dans la collection Cockpit de l’éditeur Paquet, et la qualité de ses réalisations monte au fur et à mesure de ses nouveaux albums. « Au-delà des nuages » ne fait pas exception à la règle.
Cette histoire commence à l’époque de l’entre deux guerres avec 2 personnages : Allan, aviateur américain au service des studios d’Hollywood, et Pierre, pilote dans l’aéropostale. Le premier en plein tournage va sauver le second dont l’avion s’est écrasé en pleine montagne. Il va s’en suivre une amitié rythmée par le respect et la rivalité. Le scénariste y ajoute un personnage féminin, Marie et petite amie de Pierre, dont le rêve de devenir actrice va pouvoir aboutir grâce à Allan … Le premier tome commence sur un très bon rythme pour nous présenter les différents éléments sur fonds de courses aériennes. La suite devient un peu plus classique avec une intrigue amoureuse un peu trop prévisible mais l’intérêt est relancé par un rebondissement en fin d’album. Le second nous emmène en pleine Guerre Mondiale, avec des combats aériens épiques, et ne souffre d’aucune baisse de régime jusqu’à un dénouement, certes un peu attendu, mais qui fonctionne parfaitement. L’ensemble est tout à fait cohérent et très bien raconté.
Au dessin on retrouve le talentueux Romain Hugault, auteur du très bon « Le Dernier Envol », qui nous sert encore une fois un superbe dessin. Au rang de ces grandes qualités : la mise en couleur, le détail des décors, le dessin des différents avions et la mise en scène des différentes courses et batailles. Il y a quand même 2 petits points qui me gênent : je trouve parfois les visages un peu fades, et sur quelques cases les avions semblent suspendus en l’air et on n’a pas l’impression de vitesse.
Malgré une petite crainte en cours de lecture du tome 1, de tomber dans une sorte de roman à l’eau de rose, ce 2ème tome tient toute ses promesses et clôture de très belle manière ce diptyque.
La sortie du 1er tome de cette série m’avait intrigué mais j’avais été rebuté par le dessin, pensant qu’il ne me plairait pas. La sortie du 2ème tome m’a fait franchir le pas et j’ai été finalement très emballé par cette lecture.
Dans une ville portuaire où la pêche a toujours été une activité majeure, le gouvernement met en place une irrigation massive des terrains agricoles sans se soucier des conséquences écologiques désastreuses : la mer se tarie. La population locale des pêcheurs est donc en passe de se révolter et commence à perpétrer des attentats, mais la répression des autorités va être très dure. Sur cette trame nous allons suivre le destin de 5 personnages : Joseph qui a reprit la fabrique d’éponge familiale, Edith sa cousine artiste, Lazlo ami de Joseph, amoureux d’Edith et fils d’un riche propriétaire agricole, Joliette future épouse toute désignée de Joseph et enfin Vespérine, modèle d’Edith, épouse d’un infirme, dont Joseph tombe amoureux.
On pourra reconnaître dans ce scénario beaucoup d’éléments qui nous ramène à la dure réalité : les catastrophes écologiques cachées et même perpétrés par le gouvernement dans le seul but de développer des activités plus lucratives, la population des pêcheurs oppressés et les miliciens ne sont pas non plus sans rappeler les juifs et les nazis pendant la seconde Guerre Mondiale. A côté de cela, on nous propose de suivre plusieurs personnages attachants sur fonds d’histoires d’amours impossibles et dont les destins vont être directement impactés par la révolution en cours. On entre donc facilement dans cette histoire avec un premier tome qui prend le temps de présenter les différents éléments et puis tout va s’accélérer pour les différents protagonistes … Je vous laisse découvrir la suite …
Au niveau du dessin, il ne m’avait pas convaincu dans un premier temps, mais je dois avouer que je m’étais trompé. Alfred nous offre un graphisme stylé où il alterne un côté nerveux avec un côté plus doux selon les évènements qu’il traduit. Il représente parfaitement les différentes ambiances et il transmet très bien les différentes émotions. D’une manière générale, il se marie parfaitement avec le scénario.
Cette série connaît un excellent début en abordant des thèmes forts et en mettant en place des personnages attachants. L’accélération des évènements dans le second tome annonce déjà une suite qui devrait être excellente.
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Extra-Muros
Un premier cycle très intéressant, à défaut d'être -c'est clair- un chef-d'oeuvre, voilà ce qu'on peut dire "d'Extra-Muros". Le graphisme en couleurs directes de Hulet tranche résolument dès le premier coup d'oeil avec une production de série : teintes sans éclats pour un climat angoissant, dont le malaise ne cesse de s'accentuer de page en page. De ce point de vue, il faut reconnaître que le scénario de Hulet, de prime abord assez lâche, prend son temps pour installer son climat et son intrigue, sans jamais se reposer sur des textes descriptifs pour expliquer ses sauts entre deux époques et une imposantes galerie de personnages, mais jonglant au contraire habilement avec ces éléments pour maintenir le rythme et étoffer le récit. Ainsi, si le premier album laisse imaginer une future histoire policière ou d'aventure, on bascule peu à peu vers le fantastique grâce à des situations de plus en plus troubles, jusqu'à un dénouement imprévisible, preuve de l'imagination de Hulet. Son histoire est loin de laisser insensible, et possède son poids d'originalité, on peut donc la considérer comme une réussite. Le dénouement étant assez ouvert, espérons lire la suite bientôt. Surtout pour retrouver le trait nerveux et précis de Hulet, qui s'épanouit ici sur des mises en pages très aérées qui font la part belle aux décors, sans rien perdre de leur lisibilité. Bref, très très fréquentable, à découvrir sans hésiter.
L'Aigle sans orteils
Après un tel one-shot, je vais me mettre à la recherche des autres productions de Lax. L'histoire de ce cycliste hors norme du début du siècle, de son parcours, son initiation et des ses déboires au vélo, est forte et ne se commente pas facilement. Le dessin est clairement maîtrisé, les personnages bien croqués. Le contexte de l'époque semble vraiment bien retranscrit. Du tout bon qui ne s'oublie pas une fois fermé la BD...
Toussaint 66
Une bien belle surprise !!! Ce petit ouvrage contient une histoire originale avec un personnage centrale entier et anticonformiste. On prend du plaisir à suivre son périple, les dessins tout en nuances de gris sont agréables, le scénario avec ses dialogues truculents s'avère être un exemple de simplicité tout en apportant un contenu copieux. A découvrir.
From Hell
Impressionnant. Le travail de documentation qui a présidé à l’élaboration de cette histoire est colossal. L’extrême densité du scénario en atteste tout autant que les 40 pages d’appendice (fort utiles !), en fin de volume. Mais toute aussi impressionnante est la construction du scénario. Jusqu’à la page 56, on ne comprend rien ! Des saynètes se succèdent, mettant en scène des personnages dont on ne sait quasiment rien, dont on ne comprend pas les relations qui les lient, passant d’une histoire à une autre sans la moindre transition, la moindre indication, parfois même au sein d’un même strip ne comportant que des bulles sur fond noir ! En fait, ces fragments de vies seront ensuite repris dans leur contexte, et à ce moment-là, tout le puzzle se reconstitue, et c’est alors que l’on mesure la densité du scénario et l’ingéniosité d’Alan Moore. La récompense est donc à hauteur de l’effort à fournir, mais quel effort, justement ! La tâche est rendue d’autant plus difficile que les protagonistes de cette histoire sont nombreux et que le dessin des visages est exécrable. D’une case à l’autre ils sont méconnaissables ! Les décors, eux, sont exécutés avec un soin parfois assez minutieux, qui tranche d’autant plus avec les approximations des personnages. A croire qu’on a confié la tâche à un architecte ! D’ailleurs, je constate que deux noms sont crédités pour le dessin ; ceci explique peut-être cela. Toujours est-il que celui qui a en charge les personnages n’est pas -de mon point de vue- à la hauteur du scénariste. Il s’est même carrément planté p. 466 : il n’a pas dessiné le bon personnage, pas celui auquel appartiennent les propos tenus dans cette case ! :| :D Pour en revenir à l’histoire, parvenue au fameux chapitre IV, j’ai usé de l’un des dix droits imprescriptibles du lecteur, énoncés par Daniel Pennac, en l’occurrence, celui de sauter, sinon des pages (quoique) du moins des cases, et que j’ai lu le reste en diagonale, histoire de choper le message de ce chapitre. Alan Moore, en sous-titre (du moins dans la version française) prend soin de préciser qu’il ne présente qu’UNE autopsie de Jack l’Eventreur, une hypothèse sur son identité, l’énigme n’étant toujours pas résolue à ce jour. Dans ce chapitre, capital en fait pour comprendre les motivations de celui qu’on pourrait qualifier d’exécuteur des basses-oeuvres, il nous fait visiter la Londres occulte, balisée par les symboles païens du culte au Soleil (le pouvoir masculin) ayant renversé l’ancien culte lunaire (le pouvoir féminin), nous raconte la lutte entre les deux cultes, et la filiation entre ces croyances millénaires et la franc-maçonnerie, à laquelle appartient cet homme. Outre cette exposition, Moore s’attache à retranscrire le contexte social dans lequel s’inscrit l’histoire. J’ai été extrêmement touchée par la condition de ces femmes dont la préoccupation quotidienne consiste à trouver comment gagner de quoi manger et un lit pour la nuit suivante, dans une Londres sordide, où règnent une misère et une violence socio-économique et physique extrêmes. Une scène les montre assises sur un banc, en train de dormir, une corde les empêchant de tomber en avant pendant leur sommeil. J’en avais déjà entendu parler, mais cette case m’a vraiment marquée, et pour moi, c’est l’un des intérêts de cet album : nous permettre de découvrir la vie à Whitechapel à cette époque, une vie qu’on aurait du mal à imaginer, sinon. Bien sûr, les scènes de meurtres sont présentes, mais heureusement leur traitement est assez sobre, le noir et blanc étant le bienvenu en la circonstance. :D Il y a aussi quelques curiosités dans ce scénario. Des anachronismes par exemple, comme cette photo d’une icône du cinéma, ... au-dessus d’un téléviseur !! Par la suite, il y en a d’autres mais ceux-ci s’intègrent plus naturellement dans le scénario, ils illustrent les hallucinations visionnaires de “Jack l’éventreur”. Par contre, que vient faire John Merrick, alias Elephant Man dans cette histoire ?? L’explication se trouve dans l’appendice. L’histoire s’achève comme elle avait commencé, la boucle est bouclée, et l’on reste avec un sentiment de parfaite maîtrise de son scénario par l’auteur. Un 4/5 bien senti donc, qui toutefois, ne rend compte ni du plaisir véritable de lecture, parce que c’est tout de même assez éprouvant, et aussi parfois assez ardu, ni de la beauté des dessins (hem !), mais de l’intelligence de la démarche et de l’ampleur de l’oeuvre accomplie. C’est passionnant, et on a du mal à lâcher sa lecture, malgré quelques longueurs. Ce pavé est un vrai monument de la bande dessinée. A lire.
Host Club - Le lycée de la séduction
Host Club ou comment passer des heures à se tordre de rire et à réveiller vos voisins... Un manga qui réunit tous les stéréotypes du shojo, les exagérant jusqu'à l'outrance. Tous les personnages typiques des comédies romantiques y sont représentés, du beau gosse riche à millions qui fait tomber toutes les filles au bisho kawaii fan de lapins et de biscuits, en passant par l'otaku de service, imaginant des vies cachées et souffrances intérieures aux héros. Sauf que... Sauf que tout ça, c'est une pure parodie complètement assumée par l'auteur qui les met en scène. Pour preuve, son héroïne est totalement en décalage avec ce petit monde déjanté, elle observe, blasée, leurs réactions devant "le monde des prolétaires". Intéressés par toutes les actions des pauvres, de ce qu'ils mangent à leurs manières de vivre, les héros restent fascinés par le café instantané, ne conçoivent même pas l'existence d'une piscine gonflable, (lorsqu'on la leur décrit, ils pensent à un canot) puisqu'ils peuvent prendre un jet privé et rejoindre leur plage privée. Leur petit monde de richesses et d'exagération se heurte à celui de l'héroïne, qu'ils se mettent en tête de protéger et de faire profiter de leur monde. Fantasmant complètement le sien, "vive la pauvreté!", les héros évoluent tour et à tour et ont droit chacun à leur quart d'heure de gloire. Après avoir lu des titres comme Hana Yori Dango, où le même genre de monde est mis en scène (confrontation entre les héros riches et l'héroïne pauvre) c'est une véritable bouffée de fraîcheur qu'on aspire à pleins poumons. S'écartant de l'habituelle figure de l'héroïne naïve voire bébête, Haruhi, loin d'être fascinée par cet environnement, se retrouve un peu obligée de les guider dans les supermarchés ou autres marchés du peuple. Les dix premiers tomes exploitent complètement ce fil humoristique, approfondissant les personnages, ne les reléguant pas seulement à leur statut de stéréotypes stéréotypés au maximum. Une légère trame romantique vient d'apparaître, mais plus moteur d'autres scènes comiques que de guimauve puisque le héros concerné ne se rend même pas compte qu'il est attiré par Haruhi et se prend pour son père. Un manga à lire et à relire pour découvrir des répliques plus tordantes les unes que les autres, voir le héros (pas si héros que ça) bouder dans son coin quand l'héroïne le remet en place sans le faire exprès (son innocence la poussant parfois à être blessante...) et aimer tous ces personnages (qu'on déteste habituellement tellement ils sont plats), qui reprennent de la profondeur (ou de la stupidité aberrante) pour notre plus grand plaisir.
Ada
Je n'ai pas grand chose à rajouter à l'avis d'ArzaK, que je partage. J'ai découvert les oeuvres d'Altan dans la revue (A Suivre) (ça ne nous rajeunit pas !). Et le gamin que j'étais était déjà fasciné par cette bd malgré le trait... très spécial (le dessin rebutera beaucoup de monde et c'est bien dommage). J'ai relu cette bd à différents âges, c'était à chaque fois une redécouverte, elle n'a pas pris une ride après 25 ans. Une causticité, un regard sans concession sur l'humanité. Des textes très forts, même le plus insignifiant des personnages secondaires, en arrière-fond et au détour d'une case, peut vous sortir une réflexion d'une étonnante profondeur. Il faut absolument lire les autres oeuvres d'Altan parues en France dans la collection (A Suivre) : - Ada à Macao : la suite, donc. - "Fritz Melone" : un aveugle retrouve la vue au prix de la perte de sa noblesse de coeur. - "Colombo" : extraordinaire relecture de l'épopée colombesque, où l'on découvre les seuls personnages vraiment nobles de l'oeuvre d'Altan (à part Fritz Melone quand il est aveugle) : les indiens d'Amérique.
Le retour à la terre
Karoutcho ! Encore une BD plus que sympa signée Manu Larcenet. Sans être mort de rire à chaque strip, j'ai quand même beaucoup rigolé. Au final je suis encore une fois conquis par une BD de Larcenet. Coté dessin pas de surprise. Coté scénar, les gags se suivent et forment une histoire cohérente et autobiographique, celle de Manu et sa copine partis vivre à la campagne. Les personnages qu'ils vont rencontrer sont très bien réussis, un peu caricaturaux, mais c'est ce qui fait leur charme. Dans l'ensemble les gags sont bons, certains sont même vraiment excellents. On ne peut pas occulter la comparaison avec Le combat ordinaire, les personnages de Manu et Marco se ressemblent vraiment. D'un point de vue physique évidemment mais aussi moralement notamment au niveau de la peur d'avoir un bébé, qui est un sujet plus que récurrent dans les 2 séries !! Un petit souci personnel de ce coté là monsieur Larcenet ?
Kid Paddle
Ce gamin ressemble à la plupart des gamins de 10-12 ans scotché à leur game boy. La premiere fois que j'ai lu un kid paddle, je me suis bien marré. Certes après le troisième tome, les gags deviennent récurrents, entre les strips avec le héros du jeu vidéo (dont est issue une série parrallèle d'ailleurs), et ceux ou kid imagine que son père a des supers pouvoirs. Bref je comprend parfaitement la lassitude de certains. Mais quand je vois avec quel bonheur mon petit frère de 10 ans dévore cette série, à chaque fois que je lui offre un tome, il ne décroche plus pendant 40 minutes, il ne faut plus lui parler et il rigole aux éclats. Et comme le public visé c'est bien les enfants de cet age, je pense que kid paddle est une vrai réussite .
Au-delà des nuages
Régis Hautière commence à avoir une bibliographie assez longue dans la collection Cockpit de l’éditeur Paquet, et la qualité de ses réalisations monte au fur et à mesure de ses nouveaux albums. « Au-delà des nuages » ne fait pas exception à la règle. Cette histoire commence à l’époque de l’entre deux guerres avec 2 personnages : Allan, aviateur américain au service des studios d’Hollywood, et Pierre, pilote dans l’aéropostale. Le premier en plein tournage va sauver le second dont l’avion s’est écrasé en pleine montagne. Il va s’en suivre une amitié rythmée par le respect et la rivalité. Le scénariste y ajoute un personnage féminin, Marie et petite amie de Pierre, dont le rêve de devenir actrice va pouvoir aboutir grâce à Allan … Le premier tome commence sur un très bon rythme pour nous présenter les différents éléments sur fonds de courses aériennes. La suite devient un peu plus classique avec une intrigue amoureuse un peu trop prévisible mais l’intérêt est relancé par un rebondissement en fin d’album. Le second nous emmène en pleine Guerre Mondiale, avec des combats aériens épiques, et ne souffre d’aucune baisse de régime jusqu’à un dénouement, certes un peu attendu, mais qui fonctionne parfaitement. L’ensemble est tout à fait cohérent et très bien raconté. Au dessin on retrouve le talentueux Romain Hugault, auteur du très bon « Le Dernier Envol », qui nous sert encore une fois un superbe dessin. Au rang de ces grandes qualités : la mise en couleur, le détail des décors, le dessin des différents avions et la mise en scène des différentes courses et batailles. Il y a quand même 2 petits points qui me gênent : je trouve parfois les visages un peu fades, et sur quelques cases les avions semblent suspendus en l’air et on n’a pas l’impression de vitesse. Malgré une petite crainte en cours de lecture du tome 1, de tomber dans une sorte de roman à l’eau de rose, ce 2ème tome tient toute ses promesses et clôture de très belle manière ce diptyque.
Le Désespoir du Singe
La sortie du 1er tome de cette série m’avait intrigué mais j’avais été rebuté par le dessin, pensant qu’il ne me plairait pas. La sortie du 2ème tome m’a fait franchir le pas et j’ai été finalement très emballé par cette lecture. Dans une ville portuaire où la pêche a toujours été une activité majeure, le gouvernement met en place une irrigation massive des terrains agricoles sans se soucier des conséquences écologiques désastreuses : la mer se tarie. La population locale des pêcheurs est donc en passe de se révolter et commence à perpétrer des attentats, mais la répression des autorités va être très dure. Sur cette trame nous allons suivre le destin de 5 personnages : Joseph qui a reprit la fabrique d’éponge familiale, Edith sa cousine artiste, Lazlo ami de Joseph, amoureux d’Edith et fils d’un riche propriétaire agricole, Joliette future épouse toute désignée de Joseph et enfin Vespérine, modèle d’Edith, épouse d’un infirme, dont Joseph tombe amoureux. On pourra reconnaître dans ce scénario beaucoup d’éléments qui nous ramène à la dure réalité : les catastrophes écologiques cachées et même perpétrés par le gouvernement dans le seul but de développer des activités plus lucratives, la population des pêcheurs oppressés et les miliciens ne sont pas non plus sans rappeler les juifs et les nazis pendant la seconde Guerre Mondiale. A côté de cela, on nous propose de suivre plusieurs personnages attachants sur fonds d’histoires d’amours impossibles et dont les destins vont être directement impactés par la révolution en cours. On entre donc facilement dans cette histoire avec un premier tome qui prend le temps de présenter les différents éléments et puis tout va s’accélérer pour les différents protagonistes … Je vous laisse découvrir la suite … Au niveau du dessin, il ne m’avait pas convaincu dans un premier temps, mais je dois avouer que je m’étais trompé. Alfred nous offre un graphisme stylé où il alterne un côté nerveux avec un côté plus doux selon les évènements qu’il traduit. Il représente parfaitement les différentes ambiances et il transmet très bien les différentes émotions. D’une manière générale, il se marie parfaitement avec le scénario. Cette série connaît un excellent début en abordant des thèmes forts et en mettant en place des personnages attachants. L’accélération des évènements dans le second tome annonce déjà une suite qui devrait être excellente.