Je ne suis pas très familier de l'univers Moebius et c'est avec un œil naïf que je découvre ce double titre Arzach suivi de "L'Homme est il bon". Cinquante années ont passé depuis la sortie événement d'Arzach saluée à l'époque comme un chef d'œuvre par une grande partie de la presse européenne toutes tendances confondues. Un petit saut en arrière permettrait aux plus jeunes de se souvenir que les années 70 furent des années de "Déconstruction". Dans ce domaine, le 9eme art en était à l'expérimentation. Giraud/Moebius bien installé au sommet de la profession se risque à une expérimentation avant-gardiste avec une œuvre sans scénario et sans dialogue. Cette suite d'histoires sans autre lien que cet Arzach chevauchant une sorte de ptérodactyle au-dessus d'un monde inhospitalier laisse le lecteur libre de ses choix : faut-il chercher une cohérence scénaristique ? Faut-il simplement se laisser porter par un dessin d'une grande technicité ? Ou finalement se goinfrer de couleurs et de lumières qui singularisent à elles seules la narration ? Je lis cette œuvre comme un Milestone non conformiste. Une véritable œuvre de l'art qui explore les voies inconnues. Une œuvre qui mérite d'être pensée dans son contexte et qui s'accommode mal des notations et des classements. Un "truc" qui a sa place dans l'histoire et les écoles plus que sur les rayonnages des séries commerciales. Une étoile filante…
On est pas loin de la définition du culte.
Au sortir de la seconde guerre mondiale la famille Pelletier a du souci à se faire, trois des enfants du couple sont entendus par la police pour diverses malversations que d'habiles flashbacks vont nous expliquer. Ainsi, de Beyrouth à Saïgon en passant par Paris, les rejetons Pelletier sont confrontés à leurs passé pas toujours très reluisants.
J'ai trouvé cette histoire très bien conçue avec un background excellent retranscrit par C. De Metter, de l'ambiance parisienne à la vie dans un Vietnam alors colonisé. Avec un rythme trépidant il est difficile de lâcher la lecture et le dénouement est suffisamment malin pour dérouter le lecteur, tout au plus aurais-je aimé un final moins ouvert pour certains protagonistes, notamment ce brave Bouboule.
C. De Mettter fait encore une fois un excellent boulot.
5 ans après la conclusion de sa première série Clues, Mara nous propose de nouveau une série qu’elle réalise seule (« presque seule » devrais-je écrire puisqu’elle est assistée pour les couleurs par Suria Barbier et Carole Bride).
Après l’Angleterre Victorienne, elle nous plonge cette fois-ci dans le New York du début des années 30, où vont se rencontrer Ian Davenport, un jeune chercheur en spiritologie, et Nell Lovelace, une journaliste ambitieuse reléguée bien malgré elle à la rédaction d’articles consacrés à des événements paranormaux.
On retrouve dans cet album les ingrédients qui fonctionnaient déjà dans sa première série : des personnages au caractère bien marqué qui inspirent la sympathie, du mystère savamment distillé tout au long de l’album et un trait dynamique.
Si la scène du début qui se situe dans un environnement naturel n’est pas la plus réussie graphiquement, le dessin de Mara a bien progressé depuis ses premiers albums. Le dynamisme et l’expressivité des personnages restent son point fort, mais j’ai surtout relevé le travail des couleurs particulièrement réussi. La technique qu’elle avait déjà utilisée pour les trois premiers albums de « Clues » – mélange de lavis et de couleurs informatiques – donne un réel cachet à l’ensemble, et on sent le soin apporté au choix des ambiances.
Enfin l’album en lui-même est un très bel objet, avec les impressions en doré et le vernis sélectif sur la couverture, la mise en page dans le style Art Déco, et le carnet de croquis de la fin qui est bien intégré et apporte un vrai plus à l’album.
Un album de pur divertissement bien réalisé dont je lirai la suite avec plaisir.
(J'hésite entre 3 et 4... j'attends la suite pour remonter ma note).
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Après avoir lu les deux tomes suivants, je remonte ma note.
J’ai beaucoup aimé l’évolution de l’histoire ; si l’aventure reste bien présente, elle vient davantage se mettre au service des relations entre les personnages. Et c’est justement les différents protagonistes, leurs histoires et leurs interactions qui m’ont beaucoup plu.
Mara a utilisé pour la construction de sa série la même structure que pour Clues, à savoir que le troisième tome est un flashback. Mais j’ai trouvé que dans le cas présent c’était beaucoup mieux amené et plus logique au niveau narratif que dans Clues.
Bref, j’ai beaucoup aimé les trois premiers tomes de cette série, et j’attends maintenant avec impatience la conclusion dans le quatrième tome.
Alors que les auteurs ont quelques albums à leurs actifs, c’est seulement avec ce tome que je les découvre.
Une plutôt chouette découverte puisque Compadres s’est avéré un bon petit moment de lecture. Ça ne sera certes pas un indispensable, on oscille entre le pas mal et le franchement bien mais l’album possède suffisamment d’atouts pour se démarquer.
Le premier qui saute aux yeux est évidemment la partie graphique assez atypique, ça passe ou ça casse. Perso je lui ai bien trouvé quelques défauts mais dans l’ensemble ça m’a bien plu. L’originalité du trait allié aux couleurs m’a vite emporté et participe pour beaucoup au charme de l’album. Il ne faut pas être allergique aux ambiances automnales.
L’histoire n’est pas en reste, ça se développe un peu vite pour vraiment s’attacher aux personnages mais le duo de héros fonctionne bien. J’ai surtout aimé le ton âpre et sans concession. Ce n’est pas une période pour les idéalistes. Un récit qui déroule.
Finalement un western que j’ai trouvé original et bien mené. Si le dessin ne vous fait pas peur, je vous encourage à tomber dessus.
3,5
La fin ne livre pas forcément toutes les clés. Ou alors je n’ai pas tout saisi, je ne sais pas. Mais qu’importe ! C’est une lecture que j’ai bien aimée. Un voyage original et angoissant, dans les méandres d’un vaisseau gigantesque.
Nous suivons un personnage solitaire, Lupo, qui erre et nous sert de guide, dans un univers aux airs post-apocalypse, peuplé de monstres et de bestioles mutantes dangereuses, de drones qui ne le sont pas moins. Et de quelques humains énigmatiques. Et surtout de vide, de couloirs sans fin, de coursives infinies : Amaury Bündgen a su mettre en place une ambiance étrange et originale. C’est le voyage en lui-même, plus que son objectif, qui nous prend aux tripes.
Le dessin use judicieusement du Noir et Blanc, adapté à cet univers froid et désespérant. Souvent avare de détails, et parfois hyper détaillé pour des plans larges de couloirs, je l’ai trouvé agréable et très fluide.
Je découvre cet auteur avec cet album, et je pense aller voir ce qu’il a fait depuis.
C’est la seconde série en peu de temps que je lis où l’intrigue se déroule en partie dans un monde virtuel parallèle, après Bolchoi arena. Mais ici pas de space opéra, mais plutôt un simple monde parallèle, proche d’un paradis virtuel (même si je ne connais pas trop et si je n’y suis jamais allé, ça m’a fait penser à « Second life », dont j’avais entendu parler il y a pas mal d’années – je ne sais pas si ce « monde parallèle » existe encore).
Ici, par-delà les problématiques liées à ces deux mondes parallèles, le scénario nous livre des histoires d’amour relativement originales. En particulier autour de Marsu, qui vit une union très libre avec son copain (qui a couché avec une copine lesbienne voulant avoir un enfant avec l’approbation de Marsu), en même temps qu’elle vit une histoire d’amour avec un architecte créateur du monde virtuel dans lequel leurs alter-ego/avatars se retrouvent.
Tout est traité avec sensibilité, et les personnages comme leurs relations sont assez fouillés, jamais monolithiques. On en oublie aisément les éventuels doutes quant à la crédibilité de ce genre de « monde ». Même si sur la fin l’apparition des enfants m’a moins convaincu.
Une histoire originale et plaisante. Avec un dessin très agréable – comme la colorisation.
Note réelle 3,5/5.
Un one-shot assez déroutant.
Je pensais lire un polar classique : un type meurt et comme il était détesté par tous, il y a une longue liste de suspects et le détective en imperméable va résoudre le meurtre.
Puis tout d'un coup il y a par moments des choses étranges qui se passent, notamment lorsqu'un personnage racontait sa vie. J'ai tout de suite mieux apprécié ce récit parce que son originalité était bien maitrisée. L'auteur pouvait faire n'importe quoi et je comprenais tout ce qui se passait et j'ai complètement embarqué dans son délire alors que dans d'autres cas j'aurais sans doute refermé l'album en me disant que c'est du gros n'importe quoi. Il faut dire aussi que le scénario reste cohérent et que les éléments fantastiques/absurdes ont un sens. Souvent, j'ai l'impression qu'un auteur part dans un délire en faisant n'importe quoi qui lui passe par la tête et ce n'est pas du tout le cas ici. Tout est maitrisé du début jusqu'à la fin et le scénario est intelligent et prenant.
Ajoutons que le dessin est très bon et que la mise en scène est époustouflante.
Je ne suis pas toujours en phase avec les scenarii de Rodolphe mais ici j'ai été séduit par l'ambiance vintage du commissaire Raffini.
Pourtant les premiers opus m'ont assez déçu. En effet, je trouve que Ferrandez n'est pas à son avantage. J'ai cru à une copie de Tardi sur les deux premiers numéros et j'ai trouvé la villa ténèbres brouillonne dans son graphisme. Comme les scenarii correspondants sont un malheureux mélange des genres, j'ai cru laisser tomber la série. Heureusement l'arrivée de Maucler au graphisme m'a bien plus séduit. On revient à du classique bien travaillé dans les deux domaines. Les scenarii s'inspirent d'un univers très cinématographique dans des ambiances qui suintent le Simenon. Les profils psychologiques sont de mieux en mieux travaillés à la fois pour Raffini que pour les autres personnages, victimes ou coupables. Il n'y a ni action violente ni déduction géniale à la Sherlock mais une progression minutieuse dans des enquêtes bien conventionnelles.
J'ai beaucoup aimé le travail très détaillé de Maucler pour recréer cette ambiance interlope des années 50. On se croirait très souvent dans un film de Melville ou de Verneuil avec Gabin, Bourvil ou Delon au programme. Raffini en possède la prestance de force tranquille.
Une belle lecture d'ambiance qui se déguste un bon verre à la main.
Une très bonne surprise que cette nouvelle série !
Je ne partais pourtant pas conquis avec pour pitch un prof d'économie un peu excentrique qui ne cherche qu'à prouver ses théories par la mise en pratique et en situation. Dit comme ça, ça ne vend pas du rêve... Mais pourtant j'ai été rapidement conquis par le personnage et ses méthodes ; surtout que notre Yohei Kamo se la joue un peu Robin des Bois des temps modernes en retournant contre eux les armes économiques que les puissants utilisent contre les petites gens.
Le scénario de Takeshi Natsuhara est bien ficelé, et porte tranquillement son lecteur de façon assez jubilatoire. Il est en ça parfaitement porté par le trait fin et élégant de Shinobu Kaitani.
J'attends la suite avec une certaine impatience.
Je connais un peu la période de la prohibition du côté des mafieux, notamment avec l'excellente biographie (très orientée mais très instructive) de Lucky Luciano, "Testament". Dans l'ouvrage, Luciano mentionne Al Capone qu'il n'a que peu rencontré et qu'il laisse "gérer" Chicago.
Si je fais le parallèle, c'est qu'ici le récit prend la même tournure que dans l'autobiographie de Luciano : de petit mafieux dans les quartiers pauvres, Al Capone va s'intégrer dans la mafia à l'adolescence, pris sous l'aile de gros bonnets, prendra de l'ascendant avec ses méthodes brutales et modernes (il tient une comptabilité, gère l'ensemble comme une entreprise...) jusqu'à prendre le contrôle de la mafia d'une ville (voire prendre le contrôle DE la ville). Et ensuite, la chute inexorable, pour fraude fiscale... Le parcours de Al Capone est assez ressemblant à celui d'autres mafieux de son époque, qui va connaitre deux changements majeurs de la mafia : l'arrivée d'une nouvelle génération de mafieux, inspirée de l'entreprise et avec la volonté de réconcilier les nations (Juifs, Irlandais, Italiens, Anglais...) pour ne faire plus qu'un seul syndicat du crime ; mais aussi la prohibition, source d'enrichissement encore mal mesurée de cette mafia.
La BD se propose donc de brosser un portrait de truand, gangster assumé mais en utilisant un procédé habile : Al Capone raconte toute l'histoire à sa petite maman, expliquant à quel point il a été un bon garçon, gentil, travailleur et certes hors-la-loi mais jamais violent sans nécessité (hum hum...). Le procédé permet de souligner les écarts entre ce qui est montré et son discours, soulignant l’ambiguïté qui traverse la vie de ces gangsters : princes du crime persuadés d'être les gentils de leur histoire. Lucky Luciano a eu recours au même procédé dans son ouvrage biographique, soulignant à quel point il fut respectable.
Le dessin colle bien à l'ambiance et à l'idée : mignon et tout en rondeurs dans les personnages, mais sanglant et sombre dans les représentations de la réalité. L'ensemble est plaisant à lire jusqu'au final, et j'en recommande la lecture pour peu que le sujet de la mafia américaine vous intéresse. Elle apprend beaucoup de choses sur ce que sont prêts à faire des gens dans la misère, et à quel point la mafia a su profiter d'un système qui encourage l'entreprenariat...
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Arzach
Je ne suis pas très familier de l'univers Moebius et c'est avec un œil naïf que je découvre ce double titre Arzach suivi de "L'Homme est il bon". Cinquante années ont passé depuis la sortie événement d'Arzach saluée à l'époque comme un chef d'œuvre par une grande partie de la presse européenne toutes tendances confondues. Un petit saut en arrière permettrait aux plus jeunes de se souvenir que les années 70 furent des années de "Déconstruction". Dans ce domaine, le 9eme art en était à l'expérimentation. Giraud/Moebius bien installé au sommet de la profession se risque à une expérimentation avant-gardiste avec une œuvre sans scénario et sans dialogue. Cette suite d'histoires sans autre lien que cet Arzach chevauchant une sorte de ptérodactyle au-dessus d'un monde inhospitalier laisse le lecteur libre de ses choix : faut-il chercher une cohérence scénaristique ? Faut-il simplement se laisser porter par un dessin d'une grande technicité ? Ou finalement se goinfrer de couleurs et de lumières qui singularisent à elles seules la narration ? Je lis cette œuvre comme un Milestone non conformiste. Une véritable œuvre de l'art qui explore les voies inconnues. Une œuvre qui mérite d'être pensée dans son contexte et qui s'accommode mal des notations et des classements. Un "truc" qui a sa place dans l'histoire et les écoles plus que sur les rayonnages des séries commerciales. Une étoile filante… On est pas loin de la définition du culte.
Le Grand Monde
Au sortir de la seconde guerre mondiale la famille Pelletier a du souci à se faire, trois des enfants du couple sont entendus par la police pour diverses malversations que d'habiles flashbacks vont nous expliquer. Ainsi, de Beyrouth à Saïgon en passant par Paris, les rejetons Pelletier sont confrontés à leurs passé pas toujours très reluisants. J'ai trouvé cette histoire très bien conçue avec un background excellent retranscrit par C. De Metter, de l'ambiance parisienne à la vie dans un Vietnam alors colonisé. Avec un rythme trépidant il est difficile de lâcher la lecture et le dénouement est suffisamment malin pour dérouter le lecteur, tout au plus aurais-je aimé un final moins ouvert pour certains protagonistes, notamment ce brave Bouboule. C. De Mettter fait encore une fois un excellent boulot.
Spirite
5 ans après la conclusion de sa première série Clues, Mara nous propose de nouveau une série qu’elle réalise seule (« presque seule » devrais-je écrire puisqu’elle est assistée pour les couleurs par Suria Barbier et Carole Bride). Après l’Angleterre Victorienne, elle nous plonge cette fois-ci dans le New York du début des années 30, où vont se rencontrer Ian Davenport, un jeune chercheur en spiritologie, et Nell Lovelace, une journaliste ambitieuse reléguée bien malgré elle à la rédaction d’articles consacrés à des événements paranormaux. On retrouve dans cet album les ingrédients qui fonctionnaient déjà dans sa première série : des personnages au caractère bien marqué qui inspirent la sympathie, du mystère savamment distillé tout au long de l’album et un trait dynamique. Si la scène du début qui se situe dans un environnement naturel n’est pas la plus réussie graphiquement, le dessin de Mara a bien progressé depuis ses premiers albums. Le dynamisme et l’expressivité des personnages restent son point fort, mais j’ai surtout relevé le travail des couleurs particulièrement réussi. La technique qu’elle avait déjà utilisée pour les trois premiers albums de « Clues » – mélange de lavis et de couleurs informatiques – donne un réel cachet à l’ensemble, et on sent le soin apporté au choix des ambiances. Enfin l’album en lui-même est un très bel objet, avec les impressions en doré et le vernis sélectif sur la couverture, la mise en page dans le style Art Déco, et le carnet de croquis de la fin qui est bien intégré et apporte un vrai plus à l’album. Un album de pur divertissement bien réalisé dont je lirai la suite avec plaisir. (J'hésite entre 3 et 4... j'attends la suite pour remonter ma note). -- Après avoir lu les deux tomes suivants, je remonte ma note. J’ai beaucoup aimé l’évolution de l’histoire ; si l’aventure reste bien présente, elle vient davantage se mettre au service des relations entre les personnages. Et c’est justement les différents protagonistes, leurs histoires et leurs interactions qui m’ont beaucoup plu. Mara a utilisé pour la construction de sa série la même structure que pour Clues, à savoir que le troisième tome est un flashback. Mais j’ai trouvé que dans le cas présent c’était beaucoup mieux amené et plus logique au niveau narratif que dans Clues. Bref, j’ai beaucoup aimé les trois premiers tomes de cette série, et j’attends maintenant avec impatience la conclusion dans le quatrième tome.
Compadres
Alors que les auteurs ont quelques albums à leurs actifs, c’est seulement avec ce tome que je les découvre. Une plutôt chouette découverte puisque Compadres s’est avéré un bon petit moment de lecture. Ça ne sera certes pas un indispensable, on oscille entre le pas mal et le franchement bien mais l’album possède suffisamment d’atouts pour se démarquer. Le premier qui saute aux yeux est évidemment la partie graphique assez atypique, ça passe ou ça casse. Perso je lui ai bien trouvé quelques défauts mais dans l’ensemble ça m’a bien plu. L’originalité du trait allié aux couleurs m’a vite emporté et participe pour beaucoup au charme de l’album. Il ne faut pas être allergique aux ambiances automnales. L’histoire n’est pas en reste, ça se développe un peu vite pour vraiment s’attacher aux personnages mais le duo de héros fonctionne bien. J’ai surtout aimé le ton âpre et sans concession. Ce n’est pas une période pour les idéalistes. Un récit qui déroule. Finalement un western que j’ai trouvé original et bien mené. Si le dessin ne vous fait pas peur, je vous encourage à tomber dessus. 3,5
Ion Mud
La fin ne livre pas forcément toutes les clés. Ou alors je n’ai pas tout saisi, je ne sais pas. Mais qu’importe ! C’est une lecture que j’ai bien aimée. Un voyage original et angoissant, dans les méandres d’un vaisseau gigantesque. Nous suivons un personnage solitaire, Lupo, qui erre et nous sert de guide, dans un univers aux airs post-apocalypse, peuplé de monstres et de bestioles mutantes dangereuses, de drones qui ne le sont pas moins. Et de quelques humains énigmatiques. Et surtout de vide, de couloirs sans fin, de coursives infinies : Amaury Bündgen a su mettre en place une ambiance étrange et originale. C’est le voyage en lui-même, plus que son objectif, qui nous prend aux tripes. Le dessin use judicieusement du Noir et Blanc, adapté à cet univers froid et désespérant. Souvent avare de détails, et parfois hyper détaillé pour des plans larges de couloirs, je l’ai trouvé agréable et très fluide. Je découvre cet auteur avec cet album, et je pense aller voir ce qu’il a fait depuis.
Le Champ des possibles
C’est la seconde série en peu de temps que je lis où l’intrigue se déroule en partie dans un monde virtuel parallèle, après Bolchoi arena. Mais ici pas de space opéra, mais plutôt un simple monde parallèle, proche d’un paradis virtuel (même si je ne connais pas trop et si je n’y suis jamais allé, ça m’a fait penser à « Second life », dont j’avais entendu parler il y a pas mal d’années – je ne sais pas si ce « monde parallèle » existe encore). Ici, par-delà les problématiques liées à ces deux mondes parallèles, le scénario nous livre des histoires d’amour relativement originales. En particulier autour de Marsu, qui vit une union très libre avec son copain (qui a couché avec une copine lesbienne voulant avoir un enfant avec l’approbation de Marsu), en même temps qu’elle vit une histoire d’amour avec un architecte créateur du monde virtuel dans lequel leurs alter-ego/avatars se retrouvent. Tout est traité avec sensibilité, et les personnages comme leurs relations sont assez fouillés, jamais monolithiques. On en oublie aisément les éventuels doutes quant à la crédibilité de ce genre de « monde ». Même si sur la fin l’apparition des enfants m’a moins convaincu. Une histoire originale et plaisante. Avec un dessin très agréable – comme la colorisation. Note réelle 3,5/5.
Meurtre télécommandé
Un one-shot assez déroutant. Je pensais lire un polar classique : un type meurt et comme il était détesté par tous, il y a une longue liste de suspects et le détective en imperméable va résoudre le meurtre. Puis tout d'un coup il y a par moments des choses étranges qui se passent, notamment lorsqu'un personnage racontait sa vie. J'ai tout de suite mieux apprécié ce récit parce que son originalité était bien maitrisée. L'auteur pouvait faire n'importe quoi et je comprenais tout ce qui se passait et j'ai complètement embarqué dans son délire alors que dans d'autres cas j'aurais sans doute refermé l'album en me disant que c'est du gros n'importe quoi. Il faut dire aussi que le scénario reste cohérent et que les éléments fantastiques/absurdes ont un sens. Souvent, j'ai l'impression qu'un auteur part dans un délire en faisant n'importe quoi qui lui passe par la tête et ce n'est pas du tout le cas ici. Tout est maitrisé du début jusqu'à la fin et le scénario est intelligent et prenant. Ajoutons que le dessin est très bon et que la mise en scène est époustouflante.
Commissaire Raffini
Je ne suis pas toujours en phase avec les scenarii de Rodolphe mais ici j'ai été séduit par l'ambiance vintage du commissaire Raffini. Pourtant les premiers opus m'ont assez déçu. En effet, je trouve que Ferrandez n'est pas à son avantage. J'ai cru à une copie de Tardi sur les deux premiers numéros et j'ai trouvé la villa ténèbres brouillonne dans son graphisme. Comme les scenarii correspondants sont un malheureux mélange des genres, j'ai cru laisser tomber la série. Heureusement l'arrivée de Maucler au graphisme m'a bien plus séduit. On revient à du classique bien travaillé dans les deux domaines. Les scenarii s'inspirent d'un univers très cinématographique dans des ambiances qui suintent le Simenon. Les profils psychologiques sont de mieux en mieux travaillés à la fois pour Raffini que pour les autres personnages, victimes ou coupables. Il n'y a ni action violente ni déduction géniale à la Sherlock mais une progression minutieuse dans des enquêtes bien conventionnelles. J'ai beaucoup aimé le travail très détaillé de Maucler pour recréer cette ambiance interlope des années 50. On se croirait très souvent dans un film de Melville ou de Verneuil avec Gabin, Bourvil ou Delon au programme. Raffini en possède la prestance de force tranquille. Une belle lecture d'ambiance qui se déguste un bon verre à la main.
La Fin du Système... - Cours d'humanomique du professeur Kamo
Une très bonne surprise que cette nouvelle série ! Je ne partais pourtant pas conquis avec pour pitch un prof d'économie un peu excentrique qui ne cherche qu'à prouver ses théories par la mise en pratique et en situation. Dit comme ça, ça ne vend pas du rêve... Mais pourtant j'ai été rapidement conquis par le personnage et ses méthodes ; surtout que notre Yohei Kamo se la joue un peu Robin des Bois des temps modernes en retournant contre eux les armes économiques que les puissants utilisent contre les petites gens. Le scénario de Takeshi Natsuhara est bien ficelé, et porte tranquillement son lecteur de façon assez jubilatoire. Il est en ça parfaitement porté par le trait fin et élégant de Shinobu Kaitani. J'attends la suite avec une certaine impatience.
Al Capone
Je connais un peu la période de la prohibition du côté des mafieux, notamment avec l'excellente biographie (très orientée mais très instructive) de Lucky Luciano, "Testament". Dans l'ouvrage, Luciano mentionne Al Capone qu'il n'a que peu rencontré et qu'il laisse "gérer" Chicago. Si je fais le parallèle, c'est qu'ici le récit prend la même tournure que dans l'autobiographie de Luciano : de petit mafieux dans les quartiers pauvres, Al Capone va s'intégrer dans la mafia à l'adolescence, pris sous l'aile de gros bonnets, prendra de l'ascendant avec ses méthodes brutales et modernes (il tient une comptabilité, gère l'ensemble comme une entreprise...) jusqu'à prendre le contrôle de la mafia d'une ville (voire prendre le contrôle DE la ville). Et ensuite, la chute inexorable, pour fraude fiscale... Le parcours de Al Capone est assez ressemblant à celui d'autres mafieux de son époque, qui va connaitre deux changements majeurs de la mafia : l'arrivée d'une nouvelle génération de mafieux, inspirée de l'entreprise et avec la volonté de réconcilier les nations (Juifs, Irlandais, Italiens, Anglais...) pour ne faire plus qu'un seul syndicat du crime ; mais aussi la prohibition, source d'enrichissement encore mal mesurée de cette mafia. La BD se propose donc de brosser un portrait de truand, gangster assumé mais en utilisant un procédé habile : Al Capone raconte toute l'histoire à sa petite maman, expliquant à quel point il a été un bon garçon, gentil, travailleur et certes hors-la-loi mais jamais violent sans nécessité (hum hum...). Le procédé permet de souligner les écarts entre ce qui est montré et son discours, soulignant l’ambiguïté qui traverse la vie de ces gangsters : princes du crime persuadés d'être les gentils de leur histoire. Lucky Luciano a eu recours au même procédé dans son ouvrage biographique, soulignant à quel point il fut respectable. Le dessin colle bien à l'ambiance et à l'idée : mignon et tout en rondeurs dans les personnages, mais sanglant et sombre dans les représentations de la réalité. L'ensemble est plaisant à lire jusqu'au final, et j'en recommande la lecture pour peu que le sujet de la mafia américaine vous intéresse. Elle apprend beaucoup de choses sur ce que sont prêts à faire des gens dans la misère, et à quel point la mafia a su profiter d'un système qui encourage l'entreprenariat...