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Couverture de la série La Boite à musique
La Boite à musique

Bon, le premier tome ne m'avait pas fait une très bonne impression : une jeune fille vient tout juste de perdre sa mère, celle-ci lui a légué une boîte à musique qui se révèle caché l'unique passage vers un monde extraordinaire appelé Pandorient, peuplé de créatures étranges et diverses, et elle se révèlera plus ou moins chargée du rôle de protectrice de cette boîte et par la même occasion des habitants de ce monde. Classique, mais peut toujours être bien tourné. Ce premier album n'y arrivait pas, rythme beaucoup trop rapide, impression de survoler l'histoire à ma lecture, pas vraiment d'attache avec les personnages, le tout n'était sauvé que par le dessin magnifique et le très beau travail de lumières. Généralement, j'aime toujours donner sa chance jusqu'au bout à une série, me disant qu'un miracle peut toujours se produire, qu'une série peut toujours s'améliorer, qu'il faut parfois laisser le temps à une œuvre de se révéler. Bien souvent les séries que je lis, regarde ou écoute n'arrivent pas à relever la barre et je reste finalement dans mon ressenti initial. Il est bon de tomber quelques fois sur les exceptions ! Oui : dès le tome deux, la série s'améliore. Meilleur rythme, début d'une intrigue filée (qui commence à devenir intéressante dès le tome trois), introduction de personnages hauts en couleurs, meilleure caractérisations des personnages que l'on connaissait déjà, un traitement du sujet du deuil de l'héroïne plus poussé, un humour qui reste bon enfant mais parvient à être plus fin, plus juste, le tout, encore une fois, avec un dessin magnifique, vif et rayonnant (littéralement, je trouve sincèrement le travail de Gijé sur la lumière remarquable). Non contente de se révéler très bonne, cette série a même réussi à me déclencher un coup de cœur ! Comme ça, sans prévenir, au détour du troisième album ! Tout n'est pas parfait pour autant, il y a notamment une intrigue du tome quatre, liée à une discrimination des relations inter-espèces, dont j'ai trouvé la résolution beaucoup trop rapide et facile. Pas de quoi me faire lever les sourcils non plus, la série a toujours eu un petit côté candide sur les bords, mais tout de même. J'aimerais vous parler de plusieurs choses qui m'ont plus, mais les albums étant courts et les intrigues mine de rien assez simples, je préfère tout de même vous laisser les découvrir. Mais croyez moi, même si elles sont simples, après le premier album un peu mou, ça vaut sincèrement la lecture, ne serait-ce que par curiosité. Pas de nouvelles pour la suite de la série depuis quatre ans, je croise les doigts pour qu'elle ne soit pas abandonnée, il y a vraiment du bon potentiel dans cette série jeunesse et l'intrigue filée autours de la Pandoccident intrigue et est pour le moment laissée en suspens. (Note réelle 3,5) Petite note au passage, pour la blagounette, je note une légère coquille narrative au quatrième album : une pandorientale, ne connaissant rien de notre monde donc, référence à un moment Roméo.

18/02/2025 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Galapagos
Galapagos

C’est à la faveur d’un papier sur Planète BD que j’ai eu connaissance de cette BD pour le moins discrète. La critique était enthousiaste, le graphique, bien que particulier, me plaisait, je me la suis procurée. Derrière une couverture assez anodine, on découvre une histoire basée sur des faits réels, première bonne surprise (je n’ai lu la critique des confrères qu’aujourd’hui, me contentant des quatre étoiles pour la lire). Drôle d’histoire que celle-là : celle d’un couple allemand venu, au début des années trente, recommencer sa vie sur l’archipel des Galapagos, alors désert. Mais croyant fuir les vicissitudes du monde moderne, ils attirent au contraire une horde de curieux. Il y a là matière à créer une bonne histoire, ce que Michaël Olbrechts n’a pas manqué de faire. Le scénario est bien construit. On sent la tension monter progressivement, en même temps que s’installe une ambiance malsaine. Dès le début en réalité, on sent bien que le culte revendiqué par Friedrich Ritter, personnage central de cette histoire, pour Nietzsche, va tôt ou tard être confronté à une toute autre réalité. Tout cela est bien amené. Quelques flashbacks éclairent des facettes des personnages et rythment la narration, la conduisant inexorablement à son acmé. Et on n’est pas déçu. Le dessin est particulier. Il fait songer à celui de Dumontheuil, mais Dumontheuil qui aurait fait du Tintin dévergondé, pour faire vite. J’aime bien, surtout que les choix de colorisation sont francs, et résonnent bien avec le style. Les expressions sont en outre très bien rendues. Il y a un peu d’humour. La conclusion ne déçoit pas. Tout bien. Merci aux copains de Planète BD, et en particulier à Quentin Haegman, pour avoir attiré mon attention sur cette BD, et relayé de fait cette anecdote bien décalée.

18/02/2025 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Dieu-Fauve
Le Dieu-Fauve

Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu ça : finir de lire une BD avec le souffle coupée. Quelle puissance évocatrice, quelle force dans son scénario et quelle fin ! Je dois bien le dire, narrativement on est dans une solidité à toute épreuve ! Je me doutais que ça allait être pas mal, au vu de nombreux avis positifs. Mais à ce point c'était pas prévu. L'histoire est simple, mais parfaitement bien mise en scène. Le découpage en chapitres réguliers avec un narrateur différent à chaque fois, proposant une chute souvent surprenante, entraine dans l'histoire qui reste pourtant dense et chargée en thématiques. Que ce soit la question du pouvoir et des empires, de l'humanité, de la violence et des systèmes de domination, tout est analysé d'une façon ou d'une autre, tourné autour de ce singe incarnant une némésis divine. A titre purement personnel, j'y ai vu une métaphore intéressante : l'humanité se déchirant pour des futiles jeu de pouvoirs, tandis qu'une menace délétère se profile derrière, prête à les mettre tous en pièces. La BD est servie par le dessin impeccable de Roger. Tout est parfaitement mis en scène : la colorisation, l'organisation des planches, la violence, la tension, les actions brutales et chorégraphiées ... Tout s'accorde pour rendre une ambiance désespérée de fin des temps, de monde en ruine. Le tout est aussi porté par la narration qui se fait bien souvent intérieure, privilégiant le peu de de dialogues. De fait, elle permet de parler avant tout visuellement, contrastant les discours et les attitudes, permettant de ressentir pleinement ce qui se joue. Cette BD n'a pas démérité son succès. Elle est singulière, étonnante et franchement dingue même. Tant dans son scénario sans concessions, d'une violence rare mais aussi implacable, dans son humanité qui transparait en quelques cases autour de personnages qu'on aurait imaginé bien différent, que dans son propos presque nihiliste et fataliste. Une BD sur la violence, mais qui exprime aussi tout ce dont l'être humain est capable. Une réussite indéniable, je rejoins le concert de louanges.

18/02/2025 (modifier)
Couverture de la série La Belle Endormie
La Belle Endormie

Quelle belle... surprise ! Pourtant j'ai commencé ce triptyque avec le frein à main. Une série girly jeune ado, un dessin manga que je n'affectionne pas et un précédent avis très négatif auraient du me décourager assez vite. Que nenni, une œuvre centrée sur un ballet de Tchaïkovski cela mérite une certaine attention. Le conte de " La belle au bois dormant" étant par nature un conte fantastique on ne peut pas reprocher à l'autrice de reprendre les ressors fantastiques du récit. Ainsi j'ai tout de suite accroché à la fluidité et la vivacité du scénario de Karina. De plus l'autrice utilise un vocabulaire de très bonne facture avec des dialogues d'un bon niveau jeunesse. Karina modernise le conte en le positionnant dans l'ambiance d'une prestigieuse école de musique et danse classique. Là encore plusieurs scènes sonnent très juste et m'ont rappelé certains passages de la série tv "Un, Dos, Tres" très appréciée par mes enfants et aussi par moi-même). L'autrice fait progresser son récit de façon convaincante en augmentant la tension dramatique jusqu'à mi T3. Evidemment la règle du happy end est respectée mais c'est bien fait. Je le répète le graphisme Manga n'est pas ma tasse de thé. J'y retrouve toujours les mêmes réserves comme des visages trop lisses voire figés, ou des déformations abusives (assez peu utilisées ici). Toutefois cela n'a pas gêné ma lecture. Au contraire ce côté lisse convient plutôt bien à l'univers du ballet classique. De plus les nombreuses scènes de danse classique sont vraiment réussies avec beaucoup de grâce et d'élégance. Le vocabulaire et la construction des scènes de répétition montrent que l'autrice connait son sujet. En ce qui concerne les extérieurs, l'autrice à travaillé de nombreux détails dans une architecture haussmannienne assez froide. Finalement à mes yeux cela reste une très bonne série pour jeunes ados avec un support culturel très intéressant.

18/02/2025 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Tant pis pour l'amour, ou comment j'ai survécu à un manipulateur
Tant pis pour l'amour, ou comment j'ai survécu à un manipulateur

L'autrice raconte la relation toxique qu'elle a eu avec un manipulateur narcissique. C'est un ouvrage intéressant qui montre malheureusement une situation banale où une personne vulnérable finit en couple avec un manipulateur qui petit à petit détruit la confiance de sa victime et la contrôle totalement. Il y a des scènes assez dure à voir car c'est basé sur des faits réels qui sont arrivés à l'autrice, ce n'est pas de la fiction. Il y a un peu d'humour pour atténuer l'ambiance, mais les moments où son petit ami l'abuse en lui criant dessus ne sont pas très plaisants à voir. En plus de parler de ce qu'elle a vécu, l'autrice fait une partie documentaire pour prévenir les gens sur les manipulateurs narcissiques avec notamment un tableau sur les caractéristiques de ce type de personne et c'est très bien fait. Je ne sais pas trop quoi dire de plus que ce que les autres posteurs ont déjà écrit. Un one-shot à lire absolument si on est intéressé par les thèmes abordés par l'autrice.

17/02/2025 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5
Couverture de la série Sibylline - Chroniques d'une escort girl
Sibylline - Chroniques d'une escort girl

C'est certainement la révélation de l'année. Son auteur,Sixtine Dano, nouvelle dans le monde de la bande dessinée, nous offre un one shot parfaitement maitrisé aussi bien au niveau scénario, qu'au niveau graphique. En abordant ce thème de la prostitution estudiantine, elle évite clichés et toute forme de voyeurisme. Dans sa postface, elle nous avoue s'être inspirée de témoignage de six jeunes femmes et d'un homme pour créer son personnage de Raphaëlle, Nous suivons donc les aventures de Raphaëlle, étudiante de 1ère année d'architecture qui va vite se retrouver sur des applications de rencontre, sous le pseudo de Sibylinne, pour des relations tarifées, pour pouvoir financer ses études. Entrecoupé de flashes back , qui m'ont un peu déstabilisé dans ma lecture, c'est presque le destin normal d'une jeune fille qui nous est relaté. Le côté très juvénile donnée à Raphaëlle apporte un sentiment de malaise dans son rôle d'escort girl. Mais c'est surtout le dessin à l'encre et au fusain de Sixtine Dano qui donne au récit une sensualité délicate et un côté réaliste. Un premier album réussi, auteur à suivre !

17/02/2025 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Chevalier Brayard
Chevalier Brayard

Lue entre deux lectures plus « urgentes », ce Chevalier Brayard est parvenu à me captiver de bout en bout. C’est un mélange de plein d’ingrédients qui font mouche, à commencer par un scénario à la mode rabelaisienne. Je précise que j’ai abordé ma lecture avec la certitude qu’il s’agissait d’un premier tome, alors que nenni. J’ai d’abord aimé le dessin et les choix de colorisation qui évoquent tous deux ceux du Marquis d’Anaon. C’est d’une grande clareté, c’est dynamique et expressif. Le petit Jesus en culotte de velours. Je me suis lancé dans cette lecture sans rien connaitre du scénario, un simple feuillettage m’ayant convaincu de faire cette escapade. Je dois dire que j’ai trouvé cette histoire surprenante, quand même ! Son côté très rocambolesque, clairement affiché, est maitrisé. Le patchwork de personnages est assez improbable, et les dialogues décalés n’ont pas oublié d’être drôles (bien que peut-être un peu systématique parfois, il est vrai). Le ton est celui du récit picaresque. On songera - un peu - aux Indes fourbes. L’entrée dans ce road trippes médiéval, tout comme sa conclusion, emprunte beaucoup au western… ainsi que le ton qui, on ne le sent pas tellement venir le long de ce déroulé [ATTENTION : RISQUE IMPORTANT DE SPOUALE] tournera au tragique. J’avoue que sur la fin, j’étais tellement dedans que j'en fus fort bouleversé. Bref ! Le cadre est vite posé, et les personnages taillés dans le bois d’olivier millénaire avec néanmoins cette touche moderne qui lui confèrent toute son actualité. Je trouve cette histoire riche à souhait, et bien moins anecdotique qu’il n’y parait. Le ton grivois permet de masquer l’arrivée de cette fin tragique et tellement frustr… géniale ! J’ai failli dire frustrante mais parce que j’attendais une suite ! Non, rien à redire. C’est une chouette BD, sure de son dessin, fourmillant de références et de sous-textes, et l'on pourra y trouver de nombreuses scènes susceptibles de jouer cette fonction de parabole. Dans Chevalier Brayard, il y est question de racisme, de sexualité, de religion, de la mort et bien d’autres choses encore. Je ne boude pas un tel plaisir.

17/02/2025 (modifier)
Couverture de la série Béa Wolf
Béa Wolf

Ma lecture aura au moins comblé une carence importante puisque je ne connaissais pas la légende de Beowulf ni l'histoire passionnante du codex qui a traversé les siècles. Pour en revenir à la série de Weinersmith et Boulet je dois dire que j'ai été très impressionné par la narration textuelle. A l'exemple de De Cape et de Crocs la construction poétique d'une grande complexité dans la syntaxe avec le respect du sens à travers cette multitude d'assonances et d'allitérations est une prouesse remarquable. Du début à la fin je n'ai pas noté de faiblesse dans la cohérence du récit qui mêle fond et forme dans une même quête du respect d'un texte qui oscille entre tradition orale et écrite à la manière des psaumes ou des textes épiques de l'antiquité. La prouesse est double puisque Aude Pasquier ( injustement omise sur la couverture) réussit à rendre en français la poésie et l'originalité du texte original anglais. C'est si intelligemment fait que même l'esprit humoristique qui ouvre la lecture au plus large public est aussi de la partie. C'est le graphisme de Boulet qui a la responsabilité de faire résonner cette facette humoristique de la narration. Je pourrais lui reprocher un manque de liant entre les divers illustrations proposées. Cela rend la lecture moins fluide que pour une BD classique mais la qualité des planches dans les expressions, les détails et la diversité des personnages est telle que cela a effacé ma légère réserve. Une lecture originale qui sort des sentiers battus pour un vrai moment de plaisir linguistique.

17/02/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Punisher - La Fin
Punisher - La Fin

Et Dieu reconnaîtra les siens… - La troisième guerre mondiale a eu lieu alors que Frank Castle était en prison. Par un heureux coup du sort, il a survécu à l'apocalypse nucléaire. Après 1 an passé dans un abri antiatomique, il sort pour accomplir une dernière mission de punition. Dans les années 2000, Marvel a décidé d'offrir la possibilité à plusieurs créateurs d'écrire la dernière histoire de différents héros sous le titre générique de The end : Hulk par Peter David, X-Men par Chris Claremont, Marvel Universe par Jim Starlin par exemple. Ici Ennis respecte à la lettre le principe pour un voyage dans des États-Unis radioactifs. Le résultat m'a laissé sur ma fin parce qu'Ennis se contente d'aligner les scènes attendues de désolation et des effets de radiations intenses, sans beaucoup d'inventivité par rapport à d'autres récits de même nature. Et il finit à nouveau sur un long dialogue explicatif qui fait baisser l'intensité du récit. Cotés illustrations, je me faisais une joie de retrouver Richard Corben (dessinateur underground de Den), étant revenu aux dessins pour la branche MAX de Marvel (Starr the Slayer & Haunt of Horror) ou pour Mike Mignola (Hellboy in Mexico). C'est toujours un grand plaisir pour moi de retrouver ses dessins mélangeant des touches de photoréalismes, avec des visages plus cartoons et un don pour l'horreur et le grotesque. Malgré mon grand respect pour Corben, je dois reconnaître qu'il était en dessous de ses capacités. Il y a des cases magnifiques : l'ombre mangeant le visage de Castle la nuit dans un bus remplis de cadavres de personnes s'étant suicidées. Il transcrit à merveille le craquèlement de la peau sous l'effet des radiations, et le sang qui coule des crevasses au visage. Mais les visions du monde post apocalyptique restent assez communes et son style ironique dessert le caractère monolithique et premier degré de Castle.

17/02/2025 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Zaroff
Zaroff

L'enthousiasme de notre ami Agecanonix était tel que je ne pouvais pas passer à côté de cette bande dessinée ! Après avoir découvert le merveilleux film de 1932 récemment, je me suis donc lancé dans cette suite dessinée, et indéniablement, c'est du très, très bon boulot ! Faire revivre ce personnage détestable et fascinant n'était pas chose aisée, mais Sylvain Runberg a trouvé un excellent point de départ, permettant de renouveler les bases du scénario original tout en perpétuant l'univers dans la grande continuité de ce qu'instaurait le film de Pichel et Schoedsack. Cette idée d'opposer au général Zaroff une autre psychopathe permet de mettre en scène un nouveau duel où, cette fois, il devient difficile de déterminer qui, des deux adversaires, est la proie et qui est le chasseur. Les personnage sont très bien dessinés, et surtout très nuancés, par leurs actes et leurs dialogues, joliment écrits. Ainsi, Zaroff se découvre une âme en étant obligé de sauver la famille de sa sœur, mais pour autant, il ne devient pas un "gentil". Cela reste un psychopathe, un chasseur qui aime le goût du sang, mais au fond duquel sommeille toutefois un homme loyal. Heureusement, le scénario nous offre donc également les personnages de la sœur du général russe et de ses enfants, auxquels on aura moins de scrupules à s'attacher qu'au personnage principal. Le second tome, avec son intrigue plus axée "guerre, espionnage", tend peut-être un peu trop à faire de Zaroff un héros dont on questionne moins régulièrement les actions, sans parler du recours assez facile (quoique logique) aux nazis comme grands méchants inexcusables du récit. Toutefois, le scénario nous rappelle toujours, de manière ponctuelle mais prenante, les horreurs dont le comte est capable, notamment dans un cliffhanger particulièrement réussi. Le récit est raconté sur un ton très réaliste, et prend le temps de développer chacune de ses péripéties, malgré quelques raccourcis narratifs vraiment pas méchants (genre la civière qui surgit de nulle part sans précision d'une quelconque ellipse temporelle ayant permis sa confection), un défaut qui sera quelque peu exacerbé dans le deuxième tome. Dans le premier tome, la crédibilité est donc bien de mise dans ce duel entre deux esprits tout aussi tordus l'un que l'autre, à la fois terrifiants et envoûtants. Dans le second tome, il manque peut-être à opposer à Zaroff un esprit aussi brillant que lui pour que le récit soit de la même qualité. Dans tous les cas, le récit est parfaitement servi par le dessin de François Miville-Deschênes, d'une précision ahurissante et donc d'une beauté stupéfiante. Vraiment, chaque case est un pur plaisir à regarder. Je n'aime pas toujours quand le dessin est hyper-réaliste (à la Bergèse dans les Buck Danny de 2005-2006, par exemple), mais ici, Miville-Deschênes réussit à faire quelque chose de très fluide. Notamment, l'alchimie entre les personnages et les paysages (élément essentiel dans les histoires mettant en scène le comte Zaroff) est admirable, il n'y a pas le côté trop statique qu'on trouve souvent quand le dessin essaye d'être le plus réaliste possible. Ici, pas un trait en trop, l'équilibre est parfait ! Seul (très) léger reproche : il est peut-être un peu trop propre par rapport au ton du récit. Quand ça devient vraiment sanglant, on a parfois un petit peu de peine à ressentir l'impact d'une blessure ou d'un coup de griffe. Ou encore le visage blessé du général Zaroff est bien trop lisse par rapport à ce à quoi on aurait pu s'attendre. Mais bon, ça n'entame pas la qualité incroyable du dessin. Ainsi, alors que le pari de reprendre la nouvelle initiale et le film de 1932 avec la même intensité semblait perdu d'avance, Runberg et Miville-Deschênes réussissent pourtant à créer un résultat à la hauteur des œuvres initiales. Rien n'est édulcoré, aucun élément de base n'est trahi, et la continuité est parfaitement entretenue jusqu'à des cliffhangers de grande qualité, qui résument parfaitement l'esprit de cette bande dessinée : ne rien trahir, trouver le juste équilibre. Clairement, c'est une mission accomplie pour les deux auteurs !

20/04/2021 (MAJ le 16/02/2025) (modifier)