Lorsqu'on a aimé le Alix de Jacques Martin, comme ce fut mon cas, on ne pouvait qu'être circonspect devant cette idée de donner une nouvelle vie à un personnage emblématique de la Bande Dessinées Franco-Belge, qui plus est en le vieillissant. N'était-ce pas une nouvelle tentative de ressusciter un personnage bien connu pour des raisons purement commerciales? Les adorateurs de la série de Jacques Martin allaient-ils y trouver leur compte?
En réalité, si ce n'est le titre, et les personnages, il n'y a plus grand chose en commun entre les deux séries.
Ceux qui trouvaient le trait de Jacques Martin quelque peu figé, constateront avec satisfaction qu'il n'en est rien ici. Le dessin est toujours en mouvement, d'un réalisme étonnant digne de Delaby, même si à mon sens il se rapproche plus d'un Manara.
Ceux qui détestaient des dialogues trop verbeux dans des récits de 62 pages constateront qu'il n'en est rien ici, et que les bulles cèdent le pas sur le dessin lorsque celui ci parle de lui même.
En ce qui concerne l'histoire, on en apprend un peu plus sur l'histoire personnelle et sentimentale d'Alix et d'Enak, alors qu'il n'en était presque rien dans la série originelle. Et c'est là qu'est sans doute l'apport majeur de cette nouvelle série.
J'ai vu que certains critiquaient cette histoire de revanche du fils supposé de César souhaitant récupérer le pouvoir usurpé par Auguste. J'ai trouvé que celle ci était plutôt bien structurée, avec un nombre non négligeable de rebondissements.
Alors que les aventures d'Alix se déclinaient sur un seul et même album, ses nouvelles aventures s'étalent sur plusieurs comme dans Murena, ce qui constitue la encore une innovation avec la série initiale.
C'est peut être là que la filiation avec Jacques Martin est la plus évidente. Lui aussi avait déjà utilisé cette thématique d'une secte souhaitant lutter contre le pouvoir en place et un tyran qualifié d'usurpateur ("le tombeau étrusque" si ma mémoire est bonne). Ce dernier aussi utilisait des personnages historiques pour romancer leur histoire. Il n'était donc pas le tenant d'une véracité historique pleine et entière contrairement à ce que certains ont pu penser.
Au final cette série me parait être une vraie réussite, même si le scénario pourrait gagner en consistance.
Glaçant.
Je ne suis pas allé vers cet album par hasard. En effet je lis depuis trois ans un certain nombre de polars scandinaves, et en éprouve un grand plaisir, tant ces récits sont tendus, efficaces, nerveux.
Je n'ai jamais lu -pour l'heure- de roman de Camilla Läckberg, mais cette introduction donne franchement envie. Car elle réunit une nouvelle fois tous les ingrédients que j'affectionne. Un drame passionnel qui trouve ses racines dans une tragédie du passé. Un flic au caractère fort sans être une caricature. Et aussi une partenaire dont la curiosité permet de dénouer le noeud de l'affaire.
J'ai dévoré l'album. Pourtant je trouve que le dessin de Léonie Bischoff est maladroit, qu'il manque de constance. Une fragilité qui apporte au récit une dimension particulière, et ne fait que le renforcer, curieusement. Il a fallu le concours de trois coloristes pour décliner les différentes atmosphères, mais le résultat est remarquable.
J'ai vu que les adaptateurs ont travaillé sur un autre bouquin de Läckberg, Le Prédicateur. Je pense que je vais le lire au plus vite.
Agecanonichou me provoque, je ne peux pas laisser passer ce "une étoile" pour les olives noires.
C'est la BD de Sfar que je préfère, toute inachevée qu'elle soit. Évidemment je serais ravie de pouvoir lire la suite, avide de continuer ce plaisir immense à suivre les aventures du petit Gamaliel au temps de Jésus. Ce road movie énigmatique, philosophique, voire théologique m'a tout appris sur la culture juive dont je n'avais que des échos par Rabbi Jacob interposé. (c'est vous dire mon ignorance!)
Contrairement à Ageca, j'ai été réjouie de ces expressions de petits cons contemporains: cette manière de parler m'a mise dans la situation de comprendre que pendant l'antiquité aussi , les petits cons abondaient et les expressions merdiques devaient aussi se développer. le père du héros parle, lui, une langue très" biblique" qui permet de bien relativiser les préoccupations de chacun. Je ne dirais pas que ça désacralise le passé, mais plutôt que ça m'a permis de m'y sentir chez moi.
Ce monde où tout est religieux, où chacun a sa conception de ce qui est licite et de ce qui ne l'est pas, où certains continuent à s'en foutre (un gaulois, comme par hasard...) est réellement fascinant. Les personnages sont très attachants et divers: le père pieu, les deux légionnaires déracinés, le gamin qui raisonne (un petit coté Marjane Satrapi) le parcheminé et mystérieux Adam Harishon, Josuée le fondamentaliste au bras cassé, et puis la séduisante et insaisissable Tsiporah, tous nous sont proches, justement par leurs langues diversifiées et riches.
Évidemment cela ne semble pas construit, puisque c'est un road-movie, mais en fait tout est là pour nous faire comprendre le monde d'aujourd'hui, et les incompréhensions sociales liées à des modes de vie différents parfois hérités des religions... Quand cette série est parue, il y a quelques années, j'ai offert ce livre à tout le monde, j'avais l'impression d'enfin comprendre quelque chose à l'orient d'aujourd'hui!
Pour le dessin nous sommes d'accord: c'est réussi, mais j'aurais du mal à définir pourquoi et comment. En règle générale peu de traits et bien choisis, et pour certains gros plans: des sortes de croquis classiques à la plume.
Bref j'en redemande!
Bravo!
Je suis vraiment abasourdie à la sortie de cet album: je l'ai pris à la dégoutée à la bibliothèque pensant avoir à faire à un énième tire-larme sur la seconde guerre mondiale. Sur la couverture, le dessin paraissait simplement classique, sans plus.
En réalité il s'agit d'une alchimie rarement atteinte entre dessin, scénario et dialogues, dans un rythme soutenu. Une sorte de fluidité lente et continue, qui nous emporte dans l'empathie pour ce personnage de préfet pris entre le marteau et l'enclume. Un préfet seul, manchot, barbu, corpulent, mais dont la tristesse se mue en force.
Les personnages sont extrêmement présents, comme les acteurs peuvent avoir de la présence: c'est-à-dire que par leurs visages, leur morphologie, leurs attitudes, leurs phrases sonnent plus juste encore que dans la vraie vie. Les visages pourraient passer pour caricaturaux, mais je dirais plutôt gionesque, c'est-à-dire comme les personnages de Giono, les renflements de leurs joues, de leur menton, de leur nez , les tournures de leurs phrases sont comme des traces de leur histoire.
Pour le scénario, il est très bien ficelé, faites-moi confiance, je ne vais pas vous gâcher le plaisir, sachez simplement qu'il se penche sur la résistance corse.
Empruntez-le : je garantie que vous allez l'offrir autour de vous!
Mosquito continue de publier les histoires de l’Ouest américain de Serpieri, pour notre plus grand bonheur.
On sait à quoi s’attendre : l’auteur est passionné de culture indienne, et propose des histoires certes classiques, mais remarquablement écrites et racontées. Les 3 histoires courtes de ce recueil m’ont beaucoup touché. Le ton est très humain, un poil manichéen certes (indiens gentils, hommes blancs méchants), mais le destin des différents personnages est vraiment poignant.
Le dessin n’est pas en reste, il est précis et détaillé, et les planches font vraiment voyager. Si je devais chipoter je dirais que certaines cases sont mal agencées, ce qui rend la lecture parfois un peu fastidieuse. Mais rien de grave…
Un superbe album, à recommander aux amateurs du genre.
J’aime beaucoup le graphisme de Danijel Zezelj, et j’étais intrigué par cette adaptation noire de ce conte bien connu… Globalement je suis ressorti satisfait de ma lecture.
Je commence par le dessin : magistral, un vrai délice pour les yeux. Il y a toujours des petits soucis de lisibilité sur certaines cases plus petites, mais les planches sont vraiment magnifiques.
L’interprétation de l’histoire est intéressante. L’auteur colle globalement à la fable originale, mais avec des touches personnelles çà et là. La narration muette fait qu’on interprète ces ajouts selon ses goûts et humeurs.
Reste un défaut inhérent à ce genre d’histoire muette : l’album se « lit » en 2-3 minutes. Si ce détail ne vous dérange pas, foncez, c’est du tout bon !
Ben oui ça dégouline de bons sentiments, oui c'est une histoire totalement absurde quant au fond. D'accord les morts ne reviennent pas. J'ai envie de dire : Putain de bordel de merde de pompe à clous de chiottes!!
Et si au moins pour une fois, une toute petite fois, l'homme arrivait à se dire qu'effectivement ce n'est pas être une grosse pédale, une fiotte, un bisounours, que d'avoir un minimum d’empathie pour l'autre, de se dire une fois que si l'on fait un minimum d'effort, vraiment un minimum, même à notre petite échelle, les choses ne seraient pas forcément plus roses, mais au moins un peu moins grises.
Sur cette BD je ne parlerai même pas du dessin qui dans son style est même plutôt sympa mais je voudrais vraiment que l'on s'attache au fond. Car que nous dit-elle cette histoire ? Au départ une simple d'esprit voit revenir son enfant mort et jusqu'à la fin mime les gestes de la maternité puis de l'éducation. Ça veut dire quoi ? Qui est fou ? La mère qui souffle les bougies de l'anniversaire de sa fille morte ? Les habitants de la rue qui font des risettes à l'enfant ? Le curé qui baptise une fille morte née qu'il a enterrée il y a deux mois ?
Alors ben oui c'est une histoire extraordinaire, c'est pas en vrai, a priori ça n'existe pas, mais qu'importe ce qui compte surtout c'est cette formidable leçon de vie ou l'on tient compte de l'autre. Je ne voudrais pas faire mon philosophe de salon mais si ça c'est pas une leçon de vie dont il serait urgentissime de se faire une devise, ben j'ai rien compris. Attention, je ne dis pas que dans votre bled il faut commencer à accompagner une mamie morte et invisible pour aller chercher le pain, mais peut-être juste de regarder autour de soi et d'essayer de comprendre. Hautement recommandable, à lire.
C'est un spin-off de 100 bullets et c'est un plaisir de retrouver Azzarello et Risso redonnant vie au personnage Lono. Toute l'équipe est a nouveau réunie, Patrícia Mulhivill aux couleurs, Dave Johnson aux couvertures. L'action se déroule au Mexique dans un contexte d'expansion du cartel de drogue de Durango. Le dessin de Risso est à son meilleur : les contrastes clair/obscur, les détails quand ils se justifient, la simplicité au service de l'action aussi.
Pourtant, l'histoire souffre un peu de sa brièveté. Elle est peut-être un cran en dessous de la série mère, n'ayant pas la complexité de ses trames et personnages, celles qui font une part importante de son charme. La violence extrême est encore plus présente et les plus sensibles devront s'abstenir.
En rigueur, ma note serait 3,5.
Ben oui ce n'est que la simple adaptation d'un conte fort connu. Pas de fioriture par rapport à l'histoire originale, une adaptation des plus fidèle et finalement je trouve que ce n'est pas si mal à l'heure ou certains auteurs se permettent des libertés avec des récits originaux, parfois pour le plus grand bonheur des lecteurs, mais parfois aussi pour leur plus grand malheur.
Je ne sais pas pourquoi mais dans ma jeunesse ce conte m'avait particulièrement marqué et plu, aussi c'est avec une once de subjectivité que j'ai abordé ma lecture. En premier lieu j'ai pris une claque visuelle, mais quel dessin mes aïeux! Une précision dans le trait des détails de tous types, architecturaux, vestimentaires, etc.. chaque case est un régal pour les yeux et si la lecture est rapide il ne faut surtout pas hésiter à revenir sur ces planches foisonnantes. Dés la première page ont est saisi par la qualité du travail de A. Houot. Observez ces sculptures en encorbellement sur les balcons, le soin apporté aux détails sur une tresse de cheveux. Même l'arrière plan est travaillé avec le même souci de précision. Véritablement du grand art.
Un mot sur les trognes des personnages. Oui ils ne sont pas beaux au sens des canons, (mais lesquels ), d'une esthétique quelconque; ils sont beaux, moches, laids, tout simplement splendides dans leurs aspects juste ordinaires.
Vous l'aurez donc compris j'aime ce dessin complexe, foisonnant, exigeant et finalement tellement agréable à l’œil.
Seul petit bémol sur cet album, la calligraphie utilisée pour le texte dit par le ménestrel. Faussement gothique il est vrai qu'elle ne facilite pas la lecture, de même le ton, en cherchant à imiter l'alexandrin, cela rend le tout un peu emphatique à mon goût.
Passons cet écueil et profitons à nouveau du très beau dessin qui rattrape et même plus, ce bel album.
Ça me plait beaucoup beaucoup. Du beau drame comme je les aime!
Peu de traits mais une grande sensualité dans les visages, donnée par les ombres très nuancées. Ce sont les paupières qui me font dresser les poils sur les bras. Et en règle générale le haut du corps qui est vraiment réussi; alors que le bas reste encombré dans une sorte de glaise grossière. Ce contraste contribue à maintenir l'attention sur les visages et donc sur les sentiments.
Pour les couleurs: le tour de force de rester dans le rose et le violet sans tomber dans le mièvre est réussi. Le vert n'apparait que comme une ombre vert de gris, sauf à la fin pour éclairer d'un peu d'espoir deux destins épargnés.
Les décors sont très stylisés mais pas inexistants, avec une sorte d'ambiance américaine pas assez convaincante à mon goût (genre, je suis française et je me la joue comics)
Les dialogues sont très justes, peu bavards et au service de cette histoire à 4 personnages. Je ne reviens pas sur le dispositif narratif décrit par mes prédécesseurs: il est efficace et les points de vues différents sont juste assez redondants pour qu'on reconnaisse les scènes, sans que ce ne soit jamais lourdingue. Une construction dramatique parfaitement ourlée.
Je ne connaissais pas cette Marion Laurent mais je l'ai à l’œil désormais!
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Alix Senator
Lorsqu'on a aimé le Alix de Jacques Martin, comme ce fut mon cas, on ne pouvait qu'être circonspect devant cette idée de donner une nouvelle vie à un personnage emblématique de la Bande Dessinées Franco-Belge, qui plus est en le vieillissant. N'était-ce pas une nouvelle tentative de ressusciter un personnage bien connu pour des raisons purement commerciales? Les adorateurs de la série de Jacques Martin allaient-ils y trouver leur compte? En réalité, si ce n'est le titre, et les personnages, il n'y a plus grand chose en commun entre les deux séries. Ceux qui trouvaient le trait de Jacques Martin quelque peu figé, constateront avec satisfaction qu'il n'en est rien ici. Le dessin est toujours en mouvement, d'un réalisme étonnant digne de Delaby, même si à mon sens il se rapproche plus d'un Manara. Ceux qui détestaient des dialogues trop verbeux dans des récits de 62 pages constateront qu'il n'en est rien ici, et que les bulles cèdent le pas sur le dessin lorsque celui ci parle de lui même. En ce qui concerne l'histoire, on en apprend un peu plus sur l'histoire personnelle et sentimentale d'Alix et d'Enak, alors qu'il n'en était presque rien dans la série originelle. Et c'est là qu'est sans doute l'apport majeur de cette nouvelle série. J'ai vu que certains critiquaient cette histoire de revanche du fils supposé de César souhaitant récupérer le pouvoir usurpé par Auguste. J'ai trouvé que celle ci était plutôt bien structurée, avec un nombre non négligeable de rebondissements. Alors que les aventures d'Alix se déclinaient sur un seul et même album, ses nouvelles aventures s'étalent sur plusieurs comme dans Murena, ce qui constitue la encore une innovation avec la série initiale. C'est peut être là que la filiation avec Jacques Martin est la plus évidente. Lui aussi avait déjà utilisé cette thématique d'une secte souhaitant lutter contre le pouvoir en place et un tyran qualifié d'usurpateur ("le tombeau étrusque" si ma mémoire est bonne). Ce dernier aussi utilisait des personnages historiques pour romancer leur histoire. Il n'était donc pas le tenant d'une véracité historique pleine et entière contrairement à ce que certains ont pu penser. Au final cette série me parait être une vraie réussite, même si le scénario pourrait gagner en consistance.
La Princesse des Glaces
Glaçant. Je ne suis pas allé vers cet album par hasard. En effet je lis depuis trois ans un certain nombre de polars scandinaves, et en éprouve un grand plaisir, tant ces récits sont tendus, efficaces, nerveux. Je n'ai jamais lu -pour l'heure- de roman de Camilla Läckberg, mais cette introduction donne franchement envie. Car elle réunit une nouvelle fois tous les ingrédients que j'affectionne. Un drame passionnel qui trouve ses racines dans une tragédie du passé. Un flic au caractère fort sans être une caricature. Et aussi une partenaire dont la curiosité permet de dénouer le noeud de l'affaire. J'ai dévoré l'album. Pourtant je trouve que le dessin de Léonie Bischoff est maladroit, qu'il manque de constance. Une fragilité qui apporte au récit une dimension particulière, et ne fait que le renforcer, curieusement. Il a fallu le concours de trois coloristes pour décliner les différentes atmosphères, mais le résultat est remarquable. J'ai vu que les adaptateurs ont travaillé sur un autre bouquin de Läckberg, Le Prédicateur. Je pense que je vais le lire au plus vite.
Les Olives noires
Agecanonichou me provoque, je ne peux pas laisser passer ce "une étoile" pour les olives noires. C'est la BD de Sfar que je préfère, toute inachevée qu'elle soit. Évidemment je serais ravie de pouvoir lire la suite, avide de continuer ce plaisir immense à suivre les aventures du petit Gamaliel au temps de Jésus. Ce road movie énigmatique, philosophique, voire théologique m'a tout appris sur la culture juive dont je n'avais que des échos par Rabbi Jacob interposé. (c'est vous dire mon ignorance!) Contrairement à Ageca, j'ai été réjouie de ces expressions de petits cons contemporains: cette manière de parler m'a mise dans la situation de comprendre que pendant l'antiquité aussi , les petits cons abondaient et les expressions merdiques devaient aussi se développer. le père du héros parle, lui, une langue très" biblique" qui permet de bien relativiser les préoccupations de chacun. Je ne dirais pas que ça désacralise le passé, mais plutôt que ça m'a permis de m'y sentir chez moi. Ce monde où tout est religieux, où chacun a sa conception de ce qui est licite et de ce qui ne l'est pas, où certains continuent à s'en foutre (un gaulois, comme par hasard...) est réellement fascinant. Les personnages sont très attachants et divers: le père pieu, les deux légionnaires déracinés, le gamin qui raisonne (un petit coté Marjane Satrapi) le parcheminé et mystérieux Adam Harishon, Josuée le fondamentaliste au bras cassé, et puis la séduisante et insaisissable Tsiporah, tous nous sont proches, justement par leurs langues diversifiées et riches. Évidemment cela ne semble pas construit, puisque c'est un road-movie, mais en fait tout est là pour nous faire comprendre le monde d'aujourd'hui, et les incompréhensions sociales liées à des modes de vie différents parfois hérités des religions... Quand cette série est parue, il y a quelques années, j'ai offert ce livre à tout le monde, j'avais l'impression d'enfin comprendre quelque chose à l'orient d'aujourd'hui! Pour le dessin nous sommes d'accord: c'est réussi, mais j'aurais du mal à définir pourquoi et comment. En règle générale peu de traits et bien choisis, et pour certains gros plans: des sortes de croquis classiques à la plume. Bref j'en redemande!
L'Île des Justes
Bravo! Je suis vraiment abasourdie à la sortie de cet album: je l'ai pris à la dégoutée à la bibliothèque pensant avoir à faire à un énième tire-larme sur la seconde guerre mondiale. Sur la couverture, le dessin paraissait simplement classique, sans plus. En réalité il s'agit d'une alchimie rarement atteinte entre dessin, scénario et dialogues, dans un rythme soutenu. Une sorte de fluidité lente et continue, qui nous emporte dans l'empathie pour ce personnage de préfet pris entre le marteau et l'enclume. Un préfet seul, manchot, barbu, corpulent, mais dont la tristesse se mue en force. Les personnages sont extrêmement présents, comme les acteurs peuvent avoir de la présence: c'est-à-dire que par leurs visages, leur morphologie, leurs attitudes, leurs phrases sonnent plus juste encore que dans la vraie vie. Les visages pourraient passer pour caricaturaux, mais je dirais plutôt gionesque, c'est-à-dire comme les personnages de Giono, les renflements de leurs joues, de leur menton, de leur nez , les tournures de leurs phrases sont comme des traces de leur histoire. Pour le scénario, il est très bien ficelé, faites-moi confiance, je ne vais pas vous gâcher le plaisir, sachez simplement qu'il se penche sur la résistance corse. Empruntez-le : je garantie que vous allez l'offrir autour de vous!
John and Mary
Mosquito continue de publier les histoires de l’Ouest américain de Serpieri, pour notre plus grand bonheur. On sait à quoi s’attendre : l’auteur est passionné de culture indienne, et propose des histoires certes classiques, mais remarquablement écrites et racontées. Les 3 histoires courtes de ce recueil m’ont beaucoup touché. Le ton est très humain, un poil manichéen certes (indiens gentils, hommes blancs méchants), mais le destin des différents personnages est vraiment poignant. Le dessin n’est pas en reste, il est précis et détaillé, et les planches font vraiment voyager. Si je devais chipoter je dirais que certaines cases sont mal agencées, ce qui rend la lecture parfois un peu fastidieuse. Mais rien de grave… Un superbe album, à recommander aux amateurs du genre.
Chaperon Rouge
J’aime beaucoup le graphisme de Danijel Zezelj, et j’étais intrigué par cette adaptation noire de ce conte bien connu… Globalement je suis ressorti satisfait de ma lecture. Je commence par le dessin : magistral, un vrai délice pour les yeux. Il y a toujours des petits soucis de lisibilité sur certaines cases plus petites, mais les planches sont vraiment magnifiques. L’interprétation de l’histoire est intéressante. L’auteur colle globalement à la fable originale, mais avec des touches personnelles çà et là. La narration muette fait qu’on interprète ces ajouts selon ses goûts et humeurs. Reste un défaut inhérent à ce genre d’histoire muette : l’album se « lit » en 2-3 minutes. Si ce détail ne vous dérange pas, foncez, c’est du tout bon !
Lydie
Ben oui ça dégouline de bons sentiments, oui c'est une histoire totalement absurde quant au fond. D'accord les morts ne reviennent pas. J'ai envie de dire : Putain de bordel de merde de pompe à clous de chiottes!! Et si au moins pour une fois, une toute petite fois, l'homme arrivait à se dire qu'effectivement ce n'est pas être une grosse pédale, une fiotte, un bisounours, que d'avoir un minimum d’empathie pour l'autre, de se dire une fois que si l'on fait un minimum d'effort, vraiment un minimum, même à notre petite échelle, les choses ne seraient pas forcément plus roses, mais au moins un peu moins grises. Sur cette BD je ne parlerai même pas du dessin qui dans son style est même plutôt sympa mais je voudrais vraiment que l'on s'attache au fond. Car que nous dit-elle cette histoire ? Au départ une simple d'esprit voit revenir son enfant mort et jusqu'à la fin mime les gestes de la maternité puis de l'éducation. Ça veut dire quoi ? Qui est fou ? La mère qui souffle les bougies de l'anniversaire de sa fille morte ? Les habitants de la rue qui font des risettes à l'enfant ? Le curé qui baptise une fille morte née qu'il a enterrée il y a deux mois ? Alors ben oui c'est une histoire extraordinaire, c'est pas en vrai, a priori ça n'existe pas, mais qu'importe ce qui compte surtout c'est cette formidable leçon de vie ou l'on tient compte de l'autre. Je ne voudrais pas faire mon philosophe de salon mais si ça c'est pas une leçon de vie dont il serait urgentissime de se faire une devise, ben j'ai rien compris. Attention, je ne dis pas que dans votre bled il faut commencer à accompagner une mamie morte et invisible pour aller chercher le pain, mais peut-être juste de regarder autour de soi et d'essayer de comprendre. Hautement recommandable, à lire.
100 bullets - Brother Lono
C'est un spin-off de 100 bullets et c'est un plaisir de retrouver Azzarello et Risso redonnant vie au personnage Lono. Toute l'équipe est a nouveau réunie, Patrícia Mulhivill aux couleurs, Dave Johnson aux couvertures. L'action se déroule au Mexique dans un contexte d'expansion du cartel de drogue de Durango. Le dessin de Risso est à son meilleur : les contrastes clair/obscur, les détails quand ils se justifient, la simplicité au service de l'action aussi. Pourtant, l'histoire souffre un peu de sa brièveté. Elle est peut-être un cran en dessous de la série mère, n'ayant pas la complexité de ses trames et personnages, celles qui font une part importante de son charme. La violence extrême est encore plus présente et les plus sensibles devront s'abstenir. En rigueur, ma note serait 3,5.
Hamelin
Ben oui ce n'est que la simple adaptation d'un conte fort connu. Pas de fioriture par rapport à l'histoire originale, une adaptation des plus fidèle et finalement je trouve que ce n'est pas si mal à l'heure ou certains auteurs se permettent des libertés avec des récits originaux, parfois pour le plus grand bonheur des lecteurs, mais parfois aussi pour leur plus grand malheur. Je ne sais pas pourquoi mais dans ma jeunesse ce conte m'avait particulièrement marqué et plu, aussi c'est avec une once de subjectivité que j'ai abordé ma lecture. En premier lieu j'ai pris une claque visuelle, mais quel dessin mes aïeux! Une précision dans le trait des détails de tous types, architecturaux, vestimentaires, etc.. chaque case est un régal pour les yeux et si la lecture est rapide il ne faut surtout pas hésiter à revenir sur ces planches foisonnantes. Dés la première page ont est saisi par la qualité du travail de A. Houot. Observez ces sculptures en encorbellement sur les balcons, le soin apporté aux détails sur une tresse de cheveux. Même l'arrière plan est travaillé avec le même souci de précision. Véritablement du grand art. Un mot sur les trognes des personnages. Oui ils ne sont pas beaux au sens des canons, (mais lesquels ), d'une esthétique quelconque; ils sont beaux, moches, laids, tout simplement splendides dans leurs aspects juste ordinaires. Vous l'aurez donc compris j'aime ce dessin complexe, foisonnant, exigeant et finalement tellement agréable à l’œil. Seul petit bémol sur cet album, la calligraphie utilisée pour le texte dit par le ménestrel. Faussement gothique il est vrai qu'elle ne facilite pas la lecture, de même le ton, en cherchant à imiter l'alexandrin, cela rend le tout un peu emphatique à mon goût. Passons cet écueil et profitons à nouveau du très beau dessin qui rattrape et même plus, ce bel album.
Comment naissent les araignées
Ça me plait beaucoup beaucoup. Du beau drame comme je les aime! Peu de traits mais une grande sensualité dans les visages, donnée par les ombres très nuancées. Ce sont les paupières qui me font dresser les poils sur les bras. Et en règle générale le haut du corps qui est vraiment réussi; alors que le bas reste encombré dans une sorte de glaise grossière. Ce contraste contribue à maintenir l'attention sur les visages et donc sur les sentiments. Pour les couleurs: le tour de force de rester dans le rose et le violet sans tomber dans le mièvre est réussi. Le vert n'apparait que comme une ombre vert de gris, sauf à la fin pour éclairer d'un peu d'espoir deux destins épargnés. Les décors sont très stylisés mais pas inexistants, avec une sorte d'ambiance américaine pas assez convaincante à mon goût (genre, je suis française et je me la joue comics) Les dialogues sont très justes, peu bavards et au service de cette histoire à 4 personnages. Je ne reviens pas sur le dispositif narratif décrit par mes prédécesseurs: il est efficace et les points de vues différents sont juste assez redondants pour qu'on reconnaisse les scènes, sans que ce ne soit jamais lourdingue. Une construction dramatique parfaitement ourlée. Je ne connaissais pas cette Marion Laurent mais je l'ai à l’œil désormais!