Bon, voici la BD qui m'a mis dans une situation plus que tendue dans le train... quand une petite mémé aigrie, assise en face de vous, regarde attentivement la couverture avant de hurler (sans exagérer !) "non mais vous avez pas honte de lire des horreurs pareilles ! vous n'avez pas connu la guerre pour avoir d'aussi affreuses z'idées !! Voyou !!!"... Voilà comment on passe pour un extrémiste pendant 1h15 de train à cause d'une vieille qui n'a rien compris :)
Amerikkka traite d'un sujet grave, tout en finesse, et nous apprend que, non, le KKK, ce n'est pas du passé, bien au contraire. Au travers de deux histoires très bien conçues, on (re-)découvre cette organisation occulte, et tous les moyens mis en oeuvre pour contrer cette machine qui continue à avancer et à faire des adeptes, en particulier près de la frontière Mexicaine.
Les scénarii sonnent juste, sont intrigants et rythmés. Les différents personnages que l'on rencontre ont tous une personnalité propre, ce qui donne beaucoup de relief au récit et permet aux auteurs de rebondir facilement en nous apportant toujours des éléments nouveaux.
Le dessin de Otéro est sympa... mais un peu gras. Pas fin du tout, et coloré d'une étrange façon. Bref, sympa sans plus, loin d'être récolutionnaire, ça c'est sûr.
De toute façon une BD à découvrir, où l'on découvrira l'important travail de documentation qu'ont du réaliser les deux auteurs afin de parvenir à leur but : nous présenter l'Amérique extrémiste en nous divertissant. But atteint !
On m'a pas mal parlé de "Spirale"... parfois en bien, parfois en mal. Il fallait de toute façon que je me fasse mon avis sur cette série, c'est maintenant chose faite !
Pour moi, la lecture de "Spirale" m'a fait découvrir un nouveau type d'ouvrages : les mangas d'horreur de qualité (parce que j'ai commencé à lire "Kagome Kagome", et croyez moi, ça ne vole pas haut !). Pourtant, force est de constater que cette étrange série n'est pas exempte de défauts...
L'idée de suivre une héroïne à travers ces différentes histoires, qui représentent autant de chapitres, est à double tranchant. D'un côté, on a l'illusion d'une profusion d'informations puisqu'à chaque fois de nouveaux personnages sont mis en scène, et que de nouveaux éléments font apparition. Mais, d'un autre côté, cela bloque l'auteur dans le développement de sa trame principale, et on s'attarde sur des situations rencontrées régulièrement (la découverte de la malédiction de la spirale), là où Junji Ito aurait pu au contraire être encore plus incisif et pousser plus loin le vice.
Mais là ou Ito arrive vraiment à nous dégoûter (le jeune démembré et encastré dans la roue d'une voiture, brrr), il fait aussi beaucoup perdre de réalisme à son histoire de par la réaction des habitants de la ville maudite.
En effet, là où le commun des mortels deviendrait fou dans les 10 minutes, ces gens là encaissent avec une étonnante force mentale tous les événements surnaturels auquels ils sont confrontés. Et, vraiment, ça m'a gaché ma lecture :( (l'histoire concernant les limaces-hommes, vraiment, c'est le bouquet :( ).
Pourtant, j'attribue tout de même cette note de 3/5 à "Spirale", dans le sens où j'ai passé un très bon moment de lecture, et où j'ai voulu en savoir toujours plus... et "Spirale" ne fait pas partie de ces séries qui font tout pour perdre le lecteur dans une incompréhension totale, mais apporte au contraire les éléments, petit à petit, et avec intelligence.
A lire, tout simplement parce que c'est très, très différent...
Pour être direct et honnête, je dois avouer être incapable d’évaluer cet album. Tout d’abord je ne connais quasiment pas l’œuvre de Baudoin, ensuite cet album est vraiment spécial, tant dans la forme que dans le ton, et enfin il s’agit d’une œuvre essentiellement graphique (croquis, panachage de techniques) et je n’y connais pas grand-chose.
Au-delà de cette ignorance, que puis-je en dire ?
Le plus frappant est bien sûr le format : 27 x 37cm, soit presque du A3. Impressionnant, mais peu pratique pour sa bibliothèque. :) Le papier de l’album est très épais, plus encore que celui de la collection Côtelettes.
Ensuite la petite note de l’auteur, presque dissimulée en bas de page : Le chemin de saint-jean est un travail en élaboration permanente. Chaque nouvelle édition de cet ouvrage sera augmentée d’un certain nombre de nouvelles planches d’Edmond Baudoin. Magnifique réponse aux amateurs d’éditions originales, puisque plus l’édition sera récente, plus elle sera intéressante... et mauvais plan pour les fans de Baudoin, qui devront racheter au moins une édition plus récente... (s’il y en a eu une, je ne sais...) Mauvais plan également pour les libraires : « Bonjour, je voudrais la quatrième édition, j’ai déjà les trois premières et la cinquième ». :)
Le récit est une espèce de petit journal très libre, recueil d’impressions, de sentiments, de pensées, de souvenirs… Un « carnet de bord » avant l’heure, en quelque sorte. Illustrations commentées, croquis, pas réellement une bande dessinée. Le ton général est très rêveur. Mélancolique. Nostalgique. En parcourant ce chemin on a l’impression de parcourir une vie.
Le dessin enfin... il y a sans doute énormément de choses à en dire. Je me contenterai de relever la diversité des techniques employées, les « assemblages » de dessins, les « collages », son côté croquis, très beau, donnant parfois l’impression de receler d’autres formes, tel un test de Rorschach caché.
Aucun ennui en lisant cet album, mais le plaisir qu’il propose est étrange, et demande certainement à être apprivoisé.
Amateurs de Baudoin, si vous passez par ici...
« L’as de pique », édition intégrale dans la collection Encrages, c’est quoi ? C’est Corbeyran au scénario, et Guérineau au dessin, ça ne peut donc être que bien. C’est aussi trois histoires indépendantes mettant en scène le même personnage central : Arthur de la Gravière, heureux et riche possesseur d’un vignoble réputé, ancien pilote de l’armée de l’air, aviateur acrobate à ses heures, quelque peu détective non parce qu’il le recherche, mais parce qu’il est embarqué dans des histoires compliquées, et enfin bellâtre moustachu qui malgré son gros nez a quand même une magnifique gueule de héros.
Ces trois histoires sont en fait autant de one shots, assez différents les uns des autres. Pour résumer, le premier traite des cauchemars de notre héros et des problèmes de son inventeur fou d’oncle ; le deuxième de fantômes liés à une sombre et tragique histoire ; et le troisième enfin relate une affaire de vengeance dans le milieu du cinéma hollywoodien. Le tout se déroule aux environs de 1930.
Trois histoires, trois saveurs. La première m’a beaucoup plu. Le ton est légèrement humoristique, et vire parfois très soudainement au burlesque. Le contraste créé avec l’apparent sérieux du personnage est très intéressant et rafraîchissant. On remarquera que forcément s’il y a une jolie jeune femme dans l’histoire, elle va bien finir dans le lit d’Arthur : utilisation sympa et ironique d’un énorme cliché.
La deuxième présente une forte saveur fantastique, puisqu’elle traite de fantômes. Elle joue sur un ton un peu plus sérieux, et le dévoilement de l’intrigue demandera de nombreuses explications de la part des protagonistes… C’est parfois un peu longuet.
La troisième enfin est celle que j’aime le moins : Arthur se retrouve à Hollywood, il se rase la moustache (certes, ce détail est utilisé à bon escient), ce qui lui enlève une grande part de son charisme (comme quoi ça tient parfois à pas grand-chose…), et est confronté à de mystérieuses menaces à l’encontre d’un producteur. Le ton est encore plus sérieux que précédemment (le personnage de Stanley Burrough est sensé être amusant, je le trouve plutôt agaçant ; et les quelques dessins d’acteurs de l’époque n’apportent guère qu’une ombre de sourire), et surtout l’intrigue m’a vraiment lassé, d’autant plus que les dialogues m’ont paru très verbeux…
Le dessin de Guérineau est assez excellent, et on ne pourra que remarquer son évolution au fil des histoires.
L’ensemble est assez hétérogène mais très plaisant à lire (excepté le troisième tome que j’ai nettement moins apprécié), et le ton légèrement décalé et la difficulté de classifier ces aventures et le héros ajoutent encore à son charme.
Tiens, voilà une série sympa !
Un peu plus "aventures" que "Cubitus", voici une alternative que Dupa n'a pas trop explorée, faute de succès... L'ambiance des camionneurs est vraisemblable (je ne suis pas un spécialiste), le dessin de Dupa est très agréable à l'oeil (mais pas révolutionnaire), et les histoires, sans être palpitantes, sont distrayantes.
Ces trois petites histoires qui se déroulent en Bretagne (probablement au début du siècle, ou à la fin du siècle dernier), ont une saveur étrange.
La première en particulier (celle de Pas d'Bol), finit d'une manière qui laisse une foule de choses en suspens, qui laisse la voie libre à de nombreuses interprétations ; elle contient également de nombreuses "morales" possibles, si toutefois l'auteur a eu l'intention de les y glisser.
Ces histoires, j'ai envie de les qualifier d'adultes. Elles sont en effet quelque peu atypiques, exemptes d'un déroulement classique. Elles raconteraient plutôt un morceau de vie, inachevé(es) par nature. C'est bien sûr à double tranchant : autant cela crée un côté poétique et suscite des questions, laisse libre cours à l'imagination, autant cela surprend et on se prend à regretter une "bonne histoire classique bien formatée début/développement/fin".
Le dessin quant à lui me plaît assez modérément : les larges aplats utilisés le rendent un peu vide (peu de détails), à l'image de l'horizon lorsqu'on regarde l'océan. Il manque de plus de contraste, c'est un peu dommage. On constatera cependant une utilisation marquée du sans parole, largement bienvenue pour un tel album.
Je suis donc quelque peu mitigé... Certes, cet album est plaisant à lire, mais à mon avis pas à mettre en priorité sur la liste de ses achats. Reste le triste espoir de le trouver d'occasion, la collection Encrages se retrouvant souvent à moitié prix.
"La teigne" c'est un album sans paroles (à part "Ah ah ah !" et autres onomatopées teigneuses) qui raconte la petite histoire d'un personnage dont le seul plaisir est de tout détruire. Bien sûr, il s'ennuie quand même un peu, mais rien d'autre ne le satisfait... Que voulez-vous, à chacun sa nature...
Si le sujet me paraît sympathique, la mise en oeuvre me rebute sur quelques points.
Le premier, c'est les ellipses. Entendez par là l'intervalle de temps séparant deux cases. Il est en effet variable, ce qui à la lecture, loin de donner une impression de fluidité, accroche : on se prend à réfléchir sur l'enchaînement entre les cases et à revenir en arrière... On a parfois des séquences de type manga, très décomposées, très lentes, montrant un même mouvement sur quatre cases successives, et parfois une succession beaucoup plus bd, rapide et dynamique. Autant dire que ça déboussole un peu...
Le second, c'est les longueurs dans l'histoire... Certains passages me semblent assez inutiles, plus présents pour "la beauté générale" que pour faire progresser l'histoire.
Le troisième enfin, c'est le côté un peu cucul de l'ensemble, qui donne l'impression de lire un livre pour enfants. Oui, bien sûr, ceci n'engage que moi, n'empêche je trouve l'histoire singulièrement peu développée pour un tel nombre de pages.
A part ces quelques points, le dessin de Robin est très sympathique (quoique assez minimaliste ici) : les personnages -- le gros truc indestructible au sourire niais en particulier -- très bien faits et très sympathiques (oui, même la teigne :)). L'histoire, sans être exceptionnelle, est rigolote, rappelant les grands classiques du cartoon, comme certains Bugs Bunny ou Bip Bip, et certains passages carrément géniaux (le rêve de la teigne, par exemple).
Je n'en conseille pas l'achat uniquement en raison de son prix (12,50 euros), mais si vous le trouvez d'occasion, n'hésitez pas.
Une adaptation sympathique tant pour ceux qui connaissent le conte que pour ceux qui souhaitent le découvrir sur ce support.
Le dessin est simple et caustique à la fois, assez éloigné des illustrations de Jarry, mais il convient assez bien à l'histoire.
En outre, l'éditeur a choisi de publier cette adaptation sur papier vélin, ce qui ajoute au plaisir de la lecture.
J'encourage vivement ceux qui ont aimé "La nef des fous" à plonger dans l'univers absurde de Jarry que ce soit par cette BD ou mieux, par son livre.
Ayant découvert Bruno Bazile avec Les Faussaires, et ayant eu l'occasion de le rencontrer en festival, j'en ai logiquement profité pour découvrir "Les avatars".
Le bonhomme est très intéressant, et travaille dans le métier depuis longtemps déjà malgré une grosse interruption. En dédicace, ses gestes sont petits, tout petits, mais rapides, et très précis. Il semble assez perfectionniste... et ses dédicaces sont véritablement superbes.
"Les avatars" par contre, ne bénéficient pas exactement de ce traitement. Le dessin (trait) semble inachevé, et les couleurs ne comblent malheureusement pas cette impression de manque.
Mais ce qui pêche surtout dans cet album, c'est le rythme... L'idée de base est en effet intéressante ; mettre en scène deux équipes concurentes est un grand classique ; l'abondance de références, de clins d'oeil plus ou moins tordus (avec lexique à la fin) est également une recette éprouvée... Mais voilà, tout n'est pas utilisé à bon escient... L'alternance du point de vue entre les deux équipes est fait à l'avenant et on en vient rapidement à se demander l'intérêt de la chose. Aucun, à vrai dire : il aurait mieux valu se concentrer sur un point de vue et développer une histoire mieux bâtie plutôt que d'alterner ainsi, créant quelque chose de bancal.
Les clins d'oeil sont très nombreux, peu facilement compréhensibles pour qui n'a pas la culture des années 60. Les visages connus (Louis de Funès, Roger Moore, Bertrand Blier...) n'apportent pas grand chose au récit, même si le personnage incarné portant les traits de Roger Moore en est une parodie intéressante.
Sinon, je vous rassure, on n'en sait pas plus sur les avatars à la fin de l'album qu'au début.
D'une manière générale, cet album me semble mal construit, faisant plus "collection de scènes" que véritable histoire. C'est bien dommage, mais il reste quand même quelques passages très drôles et très savoureux. Et bon point pour les tomes déjà parus en quatrième de couverture. :)
India Dreams est avant tout une invitation à un merveilleux voyage qui vous conduira aux Indes à l'époque coloniale. Oui, vous l'aurez compris, ici, le dépaysement est garanti.
Le scénario de Maryse Charles nous immerge lentement dans une ambiance aux saveurs exotiques et aux parfums subtils.
L'histoire est un peu présentée en crescendo. C'est-à-dire que les différents éléments sont dévoilés au fur et à mesure que l'on avance dans le récit. Loin des fresques historiques qui peuvent s'avèrer parfois ennuyeuses, les aventures de cette jeune anglais (Emilie), sont avant tout axées sur le romantisme. Ceci-dit, j'ai parfois eu l'impression d'être dans un remake-bd du film de David Lean: " La Route des Indes ". Ce n'est pas un reproche car j'aime beaucoup ce contexte et m'y replonger fût un réel plaisir.
Le dessin de J-F Charles est vraiment superbe. Chaque case est un vrai petit bijou graphique. L'Inde est un pays envoutant et l'auteur l'a très bien compris. Il donne une vrai dimension à sa description de ce pays. Les décors naturels dessinés sur certaines pages me font parfois penser à des tableaux et les jeunes filles sont, elles, décrites avec passion. Bref, un régal !
Cette série placée sous le signe de l'aventure et l'exotisme est donc à conseiller. Tout d'abord pour sa beauté visuelle et puis pour son scénario tout à fait agréable à lire. Sympa !
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Amerikkka
Bon, voici la BD qui m'a mis dans une situation plus que tendue dans le train... quand une petite mémé aigrie, assise en face de vous, regarde attentivement la couverture avant de hurler (sans exagérer !) "non mais vous avez pas honte de lire des horreurs pareilles ! vous n'avez pas connu la guerre pour avoir d'aussi affreuses z'idées !! Voyou !!!"... Voilà comment on passe pour un extrémiste pendant 1h15 de train à cause d'une vieille qui n'a rien compris :) Amerikkka traite d'un sujet grave, tout en finesse, et nous apprend que, non, le KKK, ce n'est pas du passé, bien au contraire. Au travers de deux histoires très bien conçues, on (re-)découvre cette organisation occulte, et tous les moyens mis en oeuvre pour contrer cette machine qui continue à avancer et à faire des adeptes, en particulier près de la frontière Mexicaine. Les scénarii sonnent juste, sont intrigants et rythmés. Les différents personnages que l'on rencontre ont tous une personnalité propre, ce qui donne beaucoup de relief au récit et permet aux auteurs de rebondir facilement en nous apportant toujours des éléments nouveaux. Le dessin de Otéro est sympa... mais un peu gras. Pas fin du tout, et coloré d'une étrange façon. Bref, sympa sans plus, loin d'être récolutionnaire, ça c'est sûr. De toute façon une BD à découvrir, où l'on découvrira l'important travail de documentation qu'ont du réaliser les deux auteurs afin de parvenir à leur but : nous présenter l'Amérique extrémiste en nous divertissant. But atteint !
Spirale
On m'a pas mal parlé de "Spirale"... parfois en bien, parfois en mal. Il fallait de toute façon que je me fasse mon avis sur cette série, c'est maintenant chose faite ! Pour moi, la lecture de "Spirale" m'a fait découvrir un nouveau type d'ouvrages : les mangas d'horreur de qualité (parce que j'ai commencé à lire "Kagome Kagome", et croyez moi, ça ne vole pas haut !). Pourtant, force est de constater que cette étrange série n'est pas exempte de défauts... L'idée de suivre une héroïne à travers ces différentes histoires, qui représentent autant de chapitres, est à double tranchant. D'un côté, on a l'illusion d'une profusion d'informations puisqu'à chaque fois de nouveaux personnages sont mis en scène, et que de nouveaux éléments font apparition. Mais, d'un autre côté, cela bloque l'auteur dans le développement de sa trame principale, et on s'attarde sur des situations rencontrées régulièrement (la découverte de la malédiction de la spirale), là où Junji Ito aurait pu au contraire être encore plus incisif et pousser plus loin le vice. Mais là ou Ito arrive vraiment à nous dégoûter (le jeune démembré et encastré dans la roue d'une voiture, brrr), il fait aussi beaucoup perdre de réalisme à son histoire de par la réaction des habitants de la ville maudite. En effet, là où le commun des mortels deviendrait fou dans les 10 minutes, ces gens là encaissent avec une étonnante force mentale tous les événements surnaturels auquels ils sont confrontés. Et, vraiment, ça m'a gaché ma lecture :( (l'histoire concernant les limaces-hommes, vraiment, c'est le bouquet :( ). Pourtant, j'attribue tout de même cette note de 3/5 à "Spirale", dans le sens où j'ai passé un très bon moment de lecture, et où j'ai voulu en savoir toujours plus... et "Spirale" ne fait pas partie de ces séries qui font tout pour perdre le lecteur dans une incompréhension totale, mais apporte au contraire les éléments, petit à petit, et avec intelligence. A lire, tout simplement parce que c'est très, très différent...
Le Chemin de Saint-Jean
Pour être direct et honnête, je dois avouer être incapable d’évaluer cet album. Tout d’abord je ne connais quasiment pas l’œuvre de Baudoin, ensuite cet album est vraiment spécial, tant dans la forme que dans le ton, et enfin il s’agit d’une œuvre essentiellement graphique (croquis, panachage de techniques) et je n’y connais pas grand-chose. Au-delà de cette ignorance, que puis-je en dire ? Le plus frappant est bien sûr le format : 27 x 37cm, soit presque du A3. Impressionnant, mais peu pratique pour sa bibliothèque. :) Le papier de l’album est très épais, plus encore que celui de la collection Côtelettes. Ensuite la petite note de l’auteur, presque dissimulée en bas de page : Le chemin de saint-jean est un travail en élaboration permanente. Chaque nouvelle édition de cet ouvrage sera augmentée d’un certain nombre de nouvelles planches d’Edmond Baudoin. Magnifique réponse aux amateurs d’éditions originales, puisque plus l’édition sera récente, plus elle sera intéressante... et mauvais plan pour les fans de Baudoin, qui devront racheter au moins une édition plus récente... (s’il y en a eu une, je ne sais...) Mauvais plan également pour les libraires : « Bonjour, je voudrais la quatrième édition, j’ai déjà les trois premières et la cinquième ». :) Le récit est une espèce de petit journal très libre, recueil d’impressions, de sentiments, de pensées, de souvenirs… Un « carnet de bord » avant l’heure, en quelque sorte. Illustrations commentées, croquis, pas réellement une bande dessinée. Le ton général est très rêveur. Mélancolique. Nostalgique. En parcourant ce chemin on a l’impression de parcourir une vie. Le dessin enfin... il y a sans doute énormément de choses à en dire. Je me contenterai de relever la diversité des techniques employées, les « assemblages » de dessins, les « collages », son côté croquis, très beau, donnant parfois l’impression de receler d’autres formes, tel un test de Rorschach caché. Aucun ennui en lisant cet album, mais le plaisir qu’il propose est étrange, et demande certainement à être apprivoisé. Amateurs de Baudoin, si vous passez par ici...
L'As de Pique
« L’as de pique », édition intégrale dans la collection Encrages, c’est quoi ? C’est Corbeyran au scénario, et Guérineau au dessin, ça ne peut donc être que bien. C’est aussi trois histoires indépendantes mettant en scène le même personnage central : Arthur de la Gravière, heureux et riche possesseur d’un vignoble réputé, ancien pilote de l’armée de l’air, aviateur acrobate à ses heures, quelque peu détective non parce qu’il le recherche, mais parce qu’il est embarqué dans des histoires compliquées, et enfin bellâtre moustachu qui malgré son gros nez a quand même une magnifique gueule de héros. Ces trois histoires sont en fait autant de one shots, assez différents les uns des autres. Pour résumer, le premier traite des cauchemars de notre héros et des problèmes de son inventeur fou d’oncle ; le deuxième de fantômes liés à une sombre et tragique histoire ; et le troisième enfin relate une affaire de vengeance dans le milieu du cinéma hollywoodien. Le tout se déroule aux environs de 1930. Trois histoires, trois saveurs. La première m’a beaucoup plu. Le ton est légèrement humoristique, et vire parfois très soudainement au burlesque. Le contraste créé avec l’apparent sérieux du personnage est très intéressant et rafraîchissant. On remarquera que forcément s’il y a une jolie jeune femme dans l’histoire, elle va bien finir dans le lit d’Arthur : utilisation sympa et ironique d’un énorme cliché. La deuxième présente une forte saveur fantastique, puisqu’elle traite de fantômes. Elle joue sur un ton un peu plus sérieux, et le dévoilement de l’intrigue demandera de nombreuses explications de la part des protagonistes… C’est parfois un peu longuet. La troisième enfin est celle que j’aime le moins : Arthur se retrouve à Hollywood, il se rase la moustache (certes, ce détail est utilisé à bon escient), ce qui lui enlève une grande part de son charisme (comme quoi ça tient parfois à pas grand-chose…), et est confronté à de mystérieuses menaces à l’encontre d’un producteur. Le ton est encore plus sérieux que précédemment (le personnage de Stanley Burrough est sensé être amusant, je le trouve plutôt agaçant ; et les quelques dessins d’acteurs de l’époque n’apportent guère qu’une ombre de sourire), et surtout l’intrigue m’a vraiment lassé, d’autant plus que les dialogues m’ont paru très verbeux… Le dessin de Guérineau est assez excellent, et on ne pourra que remarquer son évolution au fil des histoires. L’ensemble est assez hétérogène mais très plaisant à lire (excepté le troisième tome que j’ai nettement moins apprécié), et le ton légèrement décalé et la difficulté de classifier ces aventures et le héros ajoutent encore à son charme.
Niky
Tiens, voilà une série sympa ! Un peu plus "aventures" que "Cubitus", voici une alternative que Dupa n'a pas trop explorée, faute de succès... L'ambiance des camionneurs est vraisemblable (je ne suis pas un spécialiste), le dessin de Dupa est très agréable à l'oeil (mais pas révolutionnaire), et les histoires, sans être palpitantes, sont distrayantes.
Au bord du monde
Ces trois petites histoires qui se déroulent en Bretagne (probablement au début du siècle, ou à la fin du siècle dernier), ont une saveur étrange. La première en particulier (celle de Pas d'Bol), finit d'une manière qui laisse une foule de choses en suspens, qui laisse la voie libre à de nombreuses interprétations ; elle contient également de nombreuses "morales" possibles, si toutefois l'auteur a eu l'intention de les y glisser. Ces histoires, j'ai envie de les qualifier d'adultes. Elles sont en effet quelque peu atypiques, exemptes d'un déroulement classique. Elles raconteraient plutôt un morceau de vie, inachevé(es) par nature. C'est bien sûr à double tranchant : autant cela crée un côté poétique et suscite des questions, laisse libre cours à l'imagination, autant cela surprend et on se prend à regretter une "bonne histoire classique bien formatée début/développement/fin". Le dessin quant à lui me plaît assez modérément : les larges aplats utilisés le rendent un peu vide (peu de détails), à l'image de l'horizon lorsqu'on regarde l'océan. Il manque de plus de contraste, c'est un peu dommage. On constatera cependant une utilisation marquée du sans parole, largement bienvenue pour un tel album. Je suis donc quelque peu mitigé... Certes, cet album est plaisant à lire, mais à mon avis pas à mettre en priorité sur la liste de ses achats. Reste le triste espoir de le trouver d'occasion, la collection Encrages se retrouvant souvent à moitié prix.
La Teigne
"La teigne" c'est un album sans paroles (à part "Ah ah ah !" et autres onomatopées teigneuses) qui raconte la petite histoire d'un personnage dont le seul plaisir est de tout détruire. Bien sûr, il s'ennuie quand même un peu, mais rien d'autre ne le satisfait... Que voulez-vous, à chacun sa nature... Si le sujet me paraît sympathique, la mise en oeuvre me rebute sur quelques points. Le premier, c'est les ellipses. Entendez par là l'intervalle de temps séparant deux cases. Il est en effet variable, ce qui à la lecture, loin de donner une impression de fluidité, accroche : on se prend à réfléchir sur l'enchaînement entre les cases et à revenir en arrière... On a parfois des séquences de type manga, très décomposées, très lentes, montrant un même mouvement sur quatre cases successives, et parfois une succession beaucoup plus bd, rapide et dynamique. Autant dire que ça déboussole un peu... Le second, c'est les longueurs dans l'histoire... Certains passages me semblent assez inutiles, plus présents pour "la beauté générale" que pour faire progresser l'histoire. Le troisième enfin, c'est le côté un peu cucul de l'ensemble, qui donne l'impression de lire un livre pour enfants. Oui, bien sûr, ceci n'engage que moi, n'empêche je trouve l'histoire singulièrement peu développée pour un tel nombre de pages. A part ces quelques points, le dessin de Robin est très sympathique (quoique assez minimaliste ici) : les personnages -- le gros truc indestructible au sourire niais en particulier -- très bien faits et très sympathiques (oui, même la teigne :)). L'histoire, sans être exceptionnelle, est rigolote, rappelant les grands classiques du cartoon, comme certains Bugs Bunny ou Bip Bip, et certains passages carrément géniaux (le rêve de la teigne, par exemple). Je n'en conseille pas l'achat uniquement en raison de son prix (12,50 euros), mais si vous le trouvez d'occasion, n'hésitez pas.
Ubu Roi
Une adaptation sympathique tant pour ceux qui connaissent le conte que pour ceux qui souhaitent le découvrir sur ce support. Le dessin est simple et caustique à la fois, assez éloigné des illustrations de Jarry, mais il convient assez bien à l'histoire. En outre, l'éditeur a choisi de publier cette adaptation sur papier vélin, ce qui ajoute au plaisir de la lecture. J'encourage vivement ceux qui ont aimé "La nef des fous" à plonger dans l'univers absurde de Jarry que ce soit par cette BD ou mieux, par son livre.
Les Avatars
India Dreams
India Dreams est avant tout une invitation à un merveilleux voyage qui vous conduira aux Indes à l'époque coloniale. Oui, vous l'aurez compris, ici, le dépaysement est garanti. Le scénario de Maryse Charles nous immerge lentement dans une ambiance aux saveurs exotiques et aux parfums subtils. L'histoire est un peu présentée en crescendo. C'est-à-dire que les différents éléments sont dévoilés au fur et à mesure que l'on avance dans le récit. Loin des fresques historiques qui peuvent s'avèrer parfois ennuyeuses, les aventures de cette jeune anglais (Emilie), sont avant tout axées sur le romantisme. Ceci-dit, j'ai parfois eu l'impression d'être dans un remake-bd du film de David Lean: " La Route des Indes ". Ce n'est pas un reproche car j'aime beaucoup ce contexte et m'y replonger fût un réel plaisir. Le dessin de J-F Charles est vraiment superbe. Chaque case est un vrai petit bijou graphique. L'Inde est un pays envoutant et l'auteur l'a très bien compris. Il donne une vrai dimension à sa description de ce pays. Les décors naturels dessinés sur certaines pages me font parfois penser à des tableaux et les jeunes filles sont, elles, décrites avec passion. Bref, un régal ! Cette série placée sous le signe de l'aventure et l'exotisme est donc à conseiller. Tout d'abord pour sa beauté visuelle et puis pour son scénario tout à fait agréable à lire. Sympa !