C'est le dessin qui m'a plu, comme une griffe personnelle, avec du contraste et du volume, des couleurs vives : cela forge une sorte de densité pas séductrice et franche du collier.
Pour l'histoire c'est une petite fille dans les années 70 : on perçoit rapidement que sa mère ne la comprend pas très bien, puis que le reste de son entourage non plus. Sa grand-mère est malade, et on à l'impression que ce n'est pas d'aujourd'hui. Bref, incomprise de tous, attachée à sa grand-mère, elle se focalise sur son arrière grand-père, dont elle voit le nom sur le monument aux morts. Tant et si bien qu'il finit par lui apparaître. Est-ce un fantôme, est-ce son imagination et sa solitude ?
Bref, on ne comprend pas tout et pourtant on ressent l’enjeu. Diane fabrique aussi des poupées en chiffon et cela crée un prétexte supplémentaire à son exclusion dans sa classe. Les rapports avec les autres enfants mais aussi avec les adultes sont difficiles parce qu'elle ne semble pas vouloir jouer le rôle qu'on attend d'elle : une adulte en devenir. Elle a envie de rester dans ses poupées et ses fantômes.
Le long tunnel de l'adolescence finit toujours par déboucher quelque part mais il y a des secrets qui doivent éclater et je vous laisse découvrir lesquels, bonne lecture !
Comme dit mon homme "Encore un de tes trucs de gauchistes ! " Il y a de ça, mais si déplorer la montée de l'individualisme et les dégâts de l'industrialisation capitaliste , c'est gauchiste, alors nous sommes tous et toutes un peu gauchistes, non ? C'est pas toujours ce que semble dire le résultat des élections mais bon...
Quand je vois une BD italienne, je ne peux pas résister, c'est le sang qui parle ? Ou le souvenir de don Camillo ( Fernandel en curé) et Pepone (le gros maire communiste moustachu), regardé à la télé en noir et blanc chez ma mémé, qui ridiculisait le communiste et montait en épingle l'astuce du curé à la grande mâchoire... Ici on est plutôt du coté de Baru (dans le trait avec les sourires aux râteliers en dent de scie, et dans les dialogues avec les engueulades entre générations), mais avec des couleurs plus tristes, des scènes nocturnes et une approche plus tragique.
Le scénario tresse la lutte de grévistes dans une grosse boîte allemande qui va délocaliser, la peur des migrants et le désir d'éduquer la jeunesse à l'efficacité du collectif. Ces trois préoccupations sont représentées par plusieurs personnages : Hannibal le vieux syndicaliste, Fabio le jeune footballeur, Léo qui se rêve en délinquant, Ale le flic, Chiara qui travaille dans un camp d’accueil pour réfugiés, et enfin le dessinateur de BD et son éditeur qui n'ont pas de prénom. Tout ce beau monde est jeté dans la bagarre, dans une sorte de very short cut, avec une mosaïque d'actions qui se passent à des endroits différents, et les esquisses d'une BD HéroÏc fantasy qui s'intercalent sans qu'on comprenne au départ où elles vont nous mener...
Et c'est un peu ce qui constitue l'originalité de la BD, le personnage du dessinateur, sa vision plus moderne, lui qui montre à Fabio les profils insta des grévistes, qui raconte des histoires fantastiques dans ses BD mais qui voudrait être utile à ces jeunes ...
Je n'en dis pas plus mais les personnages sont touchants grâce à de bons dialogues et on est partagé entre tristesse et espoir. C'est la vie quoi !
Vous me connaissez, je suis intriguée par la religion juive, même si je n'ai pas vraiment d'explication à cela. Sans doute au moment de mes études où j'ai planché sur l'architecture médiévale, (en particulier sur "l'art religieux au XIIIème siècle" d’Émile Male) j'ai du m'intéresser à la religion chrétienne (celle de mes 4 grands-parents, mais que mes 2 parents n'ont pas jugé bon me transmettre) et aux symboles souvent montrés en miroir entre ancien et nouveau testament. Mais j'ai toujours été troublé par les liens de filiation entre judaïsme et christianisme, et comment du même livre sont nés deux frères longtemps ennemis.
Cette bande dessinée ne répond pas à mes interrogations ni à la promesse de son titre : Ma déconversion. Elle raconte comment un juif pied noir revient d'Israël dans les années 80 avec des idées pro-palestiniennes et la ferme intension de convertir ses deux fils dont la mère n'est pas juive.
Ce père exalté va donc demander à sa famille de se conformer à son désir en changeant tout leur mode de vie, en s'interdisant toutes sortes d'activités pendant le shabbat, en monopolisant de nombreuses heures par semaine dans l'étude des textes sacrés, en modifiant leur alimentation, bref une expérience de 15 années dans le respect quasi absolu de ce choix. La mère acceptant sans signe de réticence ou encore moins de rébellion toutes les contraintes de cette nouvelle vie.
Le point de vue et celui du plus jeune frère, et le sens du choix paternel n'est pas interrogé plus que ça, c'est le quotidien qui est décrit : une enfant en conversion à qui on demande plus qu'aux juifs nés d'une mère juive, plus qu'aux goys. C'est détaillé et instructif. Toutes les étapes sont décrites même dans les situations peu confortables. J’interprète le choix du père comme un don de ses deux fils à la communauté en échange d'une tribune pour parler du droit des palestiniens à la sortie de la synagogue ; et cela explique aussi la sévérité dans laquelle sont tenus ces enfants lors de leur parcours de conversion. La déconversion quant à elle est expédiée dans les dernières pages.
Le dessin au trait semble assez lisse de prime abord, mais en réalité je l'ai trouvé particulièrement délicat : il est fin et précis, avec une tendance au pointillisme parfois, des trouvailles de mise en scène (le temps de l'ennui de l'enfant représenté comme une couche de sable qui recouvre la pièce au cours de la matinée...) et des rechapées belles dans le monde biblique ou les précisions biologiques qui ouvrent vers des horizons esthétiques à explorer.
Bref, c'est beau à regarder et instructif, mais cela ne parle pas de la déconversion et donne envie d'une histoire du père et de ses motivations...
L'histoire d'une mère souffrant de troubles psychiques (plus précisément des troubles délirants provoquant des idées obsessionnelles et des hallucinations cenesthésiques) et de l'impact de cette maladie sur sa famille. Concrètement, la mère de Véra, catholique pratiquante, est persuadée qu'un démon la hante et la surveille en permanence chez elle, l'étouffant même la nuit durant son sommeil. Elle impose donc le silence et une paranoia constante à sa famille, doublée d'une jalousie maladive envers son mari et même de l'autopersuasion que son fils se drogue et rate sa vie alors qu'il n'en est rien. Le problème, c'est que sa famille a beau se rendre compte du comportement délirant de la mère, elle ne sait pas au départ comment le gérer, surtout la Véra encore enfant qui n'a pour sa mère qu'amour et la croit confusément.
L'autrice raconte cela comme une tragédie familiale, un traumatisme de la jeune Véra qu'elle va combattre et finalement apprendre à maîtriser avec l'âge et l'aide des médecins. Elle le fait avec un graphisme naïf et coloré qui s'accompagne de nombreux passages carrément cousus ou brodés. La mère de Véra, malgré sa folie, est en effet une très bonne couturière et a transmis ça à sa fille qui réussit l'exploit de "dessiner" à la couture des planches entières de BD, parfois en couleurs parfois en noir et blanc. Ce n'est pas forcément formidable, quoique les planches colorées soient jolies, mais l'effort est jouable et le résultat clairement original.
L'histoire est bien racontée, avec simplicité et un sentiment de fatalité qui ne sombre jamais dans le pathos. L'autrice aborde le sujet de la maladie mais aussi celle des relations familiales, de la mauvaise communication entre les époux, des relations différentes entre enfants et parents, et de la charge mentale de ceux qui doivent s'occuper de personnes malades. Le tout est fait sur un ton qui sait rester suffisamment léger pour ne pas plomber et mettre en avant davantage les aspects intéressants et touchants que le malheur ou la tristesse.
Et puis il y a une vraie conclusion positive et optimiste puisque la médecine a réussi à trouver le traitement adéquat sans que les médications antipsychotiques n'assomment la mère comme c'est souvent le cas dans le traitement des troubles psychiques. Ce fut donc une lecture instructive, relativement touchante et graphiquement originale.
Claude Gueux est un court roman de Victor Hugo qui a pour vocation à critiquer la société de l'époque et en particulier son système judiciaire et l'injuste des conditions de détention des prisonniers.
Claude est un ouvrier pauvre mais instruit, vivant avec une femme et sa fille. En plein hiver, alors que sa fille meurt de faim, il vole un pain et du bois, sachant pertinemment que cela ne leur tiendra que trois jours à peine et lui vaudra cinq ans de prison. Il arrive au bagne résigné à subir son sort mais les rations de nourriture y sont trop faibles pour un gabarit de sa taille. Heureusement il y rencontre Albin, un jeune homme chétif mais gentil qui accepte de partager son pain en échange de l'amitié de Claude. Celui-ci se prend d'affection pour lui jusqu'au jour où le directeur de la prison, jaloux de l'influence de Claude sur les autres prisonniers, le sépare d'Albin, entrainant la lente colère du prisonnier, jusqu'au drame.
C'est une oeuvre de Victor Hugo que je ne connaissais pas mais qui est tout à fait dans l'esprit des Misérables ou du Dernier Jour d'un condamné. L'écrivain y représente une France du XIXe siècle sans concession où la société écrase le pauvre et condamne à de terribles peines de pauvres gars qui volent un simple pain pour manger.
Le dessin de Benoit Springer est très bon et plonge très vite le lecteur dans les lieux de l'époque. L'histoire ici racontée est simple et relativement courte. Mais elle ne manque pas de finesse dans la représentation de ses personnages, en particulier ce fameux Claude Gueux qui est à la fois représenté en tant que criminel, prêt à voler et à tuer, en tant que victime car l'auteur montre qu'il n'avait guère d'autre choix, et en tant que personne éclairée, instruite et sage, pesant le pour et le contre de ses actes et écoutant la voix des autres avant de prendre une décision. La BD le représente ici en tant que bonne personne, dont les crimes ne sont qu'une défense de la dernière extrêmité face à l'implacable fatalité qui s'abat sur lui. La dénonciation des faits est sans conteste possible.
Je ne saurai dire s'il était vrai qu'à l'époque un simple vol de pain pouvait entrainer une telle peine de prison, de la même manière que le sort de Jean Valjean dans les Misérables paraissait démesuré là aussi pour un simple pain. Si c'était bien le cas, je comprends bien les dénonciations répétées de Victor Hugo envers cette disproportion. A l'inverse, sa dénonciation de la peine de mort est ici un peu trop manichéenne dans le sens où le directeur de la prison qu'il met en scène est un vrai pourri, un mauvais homme qui fait souffrir par jalousie et sans aucune compassion pour les prisonniers qu'il méprise. Cet aspect là parait moins fin que la représentation des autres personnages et la dénonciation est plus grossière : forcément, on est dans le camp du héros dans de telles circonstances.
On notera aussi avec un peu de surprise la relation entre Claude et Albin qui, telle que représentée dans cette BD ressemble beaucoup à un amour homosexuel certes, a priori platonique. Une telle représentation m'aurait surpris dans l'esprit de Victor Hugo et de l'époque, mais il me semble à lire le résumé du roman que cette relation se limitait à de l'amitié dans l'oeuvre de l'écrivain.
Dans tous les cas, le message d'ensemble passe bien et on comprend qu'à l'époque un tel récit, comme beaucoup d'autres de Hugo, aient pu ouvrir le débat et amener la réflexion sur le système judiciaire français et le sens de la justice des hommes en général.
Kay McHenry
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Ce tome comprend une histoire complète qui peut constituer un point d'entrée dans l'univers Valiant. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2014/2015, coécrits par Matt Kindt & Jeff Lemire, avec des dessins et une mise en couleurs de Paolo Rivera, en collaboration avec Joe Rivera (le père de Paolo). Ce tome comprend également un dossier de 13 pages montrant plusieurs planches à différents stades de réalisation (croquis, dessins, encrage, couleurs), avec les commentaires de Paolo Rivera, puis Matt Kindt, puis Jeff Lemire, et enfin de Dave Lanphear (le lettreur). Il se termine avec les 4 couvertures variantes coréalisées par Matt Kindt & Jeff Lemire, et les 4 couvertures variantes de Francesco Francavilla.
L'ouvrage commence avec une présentation succincte des principaux personnages : Eternal Warrior (Gilad Anni-Padda), Geomancer (Kay McHenry), Bloodshot (Ray Garrison), Armstrong (Aram Anni-Padda, le frère de Gilad), Neville Alcott, X-O Manowar (Aric Dacia), Ninjak (Colin King) et la colonel Jamie Capshaw. L'histoire commence des milliers d'années dans le passé, alors qu'Eternal Warrior tente d'empêcher le meurtre du Géomancier de l'époque, aux mains d'Immortal Enemy. Non seulement il échoue, mais en plus l'adversaire lui laisse inflige une cicatrice au visage. L'histoire se répète encore 2 fois à 2 autres époques. de nos jours, Kay McHenry (la nouvelle géomancière) est venue chercher des conseils auprès d'Aram Anni-Padda (Armstrong) dans un club anglais.
Dans un pays du pourtour du Pacifique, Bloodshot est en pleine mission pour récupérer une caisse contenant un objet indéterminé. Il est également sous le feu nourri de 2 drones pilotés par des êtres humains. Au niveau du cercle arctique, Ninjak est en train de procéder à l'extraction d'un prisonnier à la compétence très spéciale. Alors que la Géomancière survole une zone minière du Colorado, elle est attaquée par l'Ennemi Immortel.
En 1992, Valiant publiait son premier comics : Harbinger, écrit par Jim Shooter (ex éditeur en chef de Marvel) et dessiné par David Lapham. En 2012, Valiant recommence à publier des comics, après plusieurs années d'interruption. le premier titre sort en mai 2012 : X-O Manowar, avec By the sword par Robert Venditti & Cary Nord. . En juin 2012, c'est au tour d'Harbinger , avec Omega Rising. Régulièrement, l'éditeur Valiant organise des événements pour fédérer ses séries : Harbinger Wars, Armor Hunters ou Book of Death. La présente histoire appartient à cette catégorie, la couverture indiquant que le personnage de Bloodshot est particulièrement mis en avant. Effectivement, cette histoire sert de prologue à sa nouvelle série de 2015 intitulée Bloodshot reborn, à commencer par Colorado.
Pour ce faire, les responsables éditoriaux de Valiant ont confié l'écriture à Jeff Lemire (scénariste de la série Bloodshot reborn) et Matt Kindt (scénariste des séries concomitantes Ninjak et Rai, sans parler de la série Unity). En associant ces 2 scénaristes, ils s'assurent d'une bonne cohérence d'ensemble du récit avec le reste de l'univers partagé Valiant, et d'un point de départ en phase avec la série Bloodshot reborn. Leur récit prend comme point de départ l'existence d'un individu dépositaire de pouvoir pour défendre la Terre, en tant qu'organisme écologique, qualifié de géomancier. Ce dernier établit tout naturellement un lien avec le Guerrier Éternel dont la mission est de le protéger, et donc avec les frères Anni-Padda dont Armstrong de la série Archer & Armstrong. Au cours de l'affrontement majeur contre l'Ennemi Éternel, les personnages évoquent l'équipe d'Unity, les psiots (de la série Harbinger), X-O Manowar, ainsi tout l'univers partagé Valiant est passé en revue, ou presque (il ne manque que Toyo Harada, le troisième frère Anni-Padda, Docteur Mirage).
Comme pour Marvel et DC, ce genre de récit rassemblant beaucoup de personnages (toute proportion gardée, parce qu'il en existe nettement moins chez Valiant) nécessite une menace validant l'intervention d'autant de héros. L'Ennemi Éternel remplit ce rôle, même si ses motivations auraient gagné à être explicitées. Une grande distribution de personnages a pour conséquence de leur laisser peu de place pour exister. Effectivement lors de la grande attaque groupée dans l'épisode 3, seul un lecteur connaissant déjà toutes les séries Valiant pourra identifier tous les personnages présents sur la double page décrivant leur offensive en masse. Au travers de ces 4 épisodes, l'accent est plus particulièrement mis sur Bloodshot et la nouvelle géomancière (en plus de l'introduction rappelant le combat entre Guerrier Éternel et ennemi Éternel). Si le récit présente la forme d'un crossover pour resserrer les liens des différentes séries Valiant, il s'agit bel et bien d'une introduction à la nouvelle série Bloodshot.
Le lecteur découvrant l'univers Valiant éprouve des difficultés à identifier tout le monde (à commencer par les H.A.R.D. Corps), à comprendre les particularités des tortures mentales infligées à chaque personnage par l'Ennemi Éternel. du point de vue de l'opposition entre Guerrier et Ennemi Éternels, il se demande si le récit présente un quelconque intérêt au vu du résultat, voire il reste comme 2 ronds de flan devant le deus ex machina impliquant une forme de voyage dans le temps s'il ignore l'existence de Ivar Anni-Padda. Il éprouve même l'impression que le récit effectue des mouvements de balancier entre l'intrigue concernant Gilad Anni-Padda et celle concernant Bloodshot (et la géomancière) qui sont liées de manière un peu artificielle. Par contre, il en ressort avec l'envie d'en savoir plus sur le passé et le devenir de Bloodshot.
Paolo Rivera dessine de manière descriptive, avec un degré de simplification variable en fonction des séquences. Celle d'ouverture montre donc le Guerrier Éternel se battre contre l'Ennemi Éternel, dans un décor de pyramide sud-américaine et de jungle. le lecteur y voit une sorte d'intemporalité, pouvant évoquer les dessins des grandes séries d'aventure consacrées à Tarzan. En fait cette qualité intemporelle joue en la défaveur de l'appréciation des pages qui ont l'air d'une simplicité évidente, sans grande qualité visuelle. Les personnages sont représentés avec une allure presqu'ordinaire (pour les moins fantastiques d'entre eux) qui les rend quasi banals. Il en advient que les séquences d'action ressemblent à d'autres, au point de paraître presque fades. Dans ces conditions, difficile de se passionner pour un gros monstre se déchaînant pour tout casser, ou pour 2 personnages parcourant les étages d'un centre commercial.
Cette approche pragmatique dessert les moments les plus spectaculaires du récit. Difficile de croire en cette trentaine de personnages donnant tous l'attaque en même temps au gros monstre (l'Ennemi Éternel). Si le lecteur est capable de les reconnaître, il constate qu'ils sont représentés de manière assez ordinaire, qu'ils n'en imposent guère. S'il ne les connaît pas, il n'est guère impressionné par ces gugusses sans beaucoup de personnalité graphique. de la même manière, le dessin en pleine page consacré aux différentes souffrances des superhéros apparaît comme une collection de clichés peu passionnante. D'un autre côté, le lecteur se rend compte que la narration visuelle est impeccable. L'artiste réussit à créer cette impression de pyramide millénaire en pleine jungle, de village viking en face d'un fjord, ou encore de chevalier du moyen-âge sur un champ de bataille.
De séquence en séquence, il apparaît également que les images les moins spectaculaires sont les plus convaincantes. En voyant Kay McHenry courir sur un ruban d'asphalte en pleine nature, il peut se projeter sur cette route de campagne. Il peut aussi apprécier le calme luxueux du club dans lequel elle devise avec Aram Anni-Padda, confortablement installés dans des fauteuils moelleux. En lisant les pages bonus, il se rend compte que les déplacements dans le grand centre commercial recèlent un autre sens sur ce qui aurait pu être entre les 2 personnages concernés. D'un côté, Paolo Rivera met en scène cette séquence avec un naturel incomparable ; de l'autre côté le lecteur peut ne pas voir ce sous-entendu trop discret.
Paolo Rivera a fort à faire avec la diversité des scènes et des éléments. Il doit donc passer d'une époque antique à une jungle où Bloodshot combat des drones haute technologie, puis d'un monstre immonde à la douce Kay McHenry. Il est visible qu'il éprouve un petit faible pour cette dernière. C'est une évidence avec la page qui lui est consacrée dans le club, face à Armstrong, cela reste vrai tout au long des 4 épisodes. le lecteur se laisse donc porter par la clarté de ses dessins, en appréciant une scène plus qu'une autre, du fait de sa résonnance classique, ou de sa sensibilité particulière. Il se laisse prendre par la tension des scènes d'action de type aventure ; il éprouve de grandes difficultés à prendre au sérieux les scènes de type superhéros. Il tombe sous le charme de Kay McHenry dans cette page de 9 cases où elle s'adresse à Aram Anni-Padda ; il a du mal à se retrouver dans les expressions des visages souvent dénuées de nuances.
En arrivant au terme du tome, le lecteur peut voir les couvertures variantes qui confirment bien le sujet central du récit : la relation entre Bloodshot et Kay McHenry. Ce récit comporte de nombreuses idées, des situations inventives, avec une narration visuelle efficace et claire, mais il souffre d'une ambition trop grande qui a pour effet de donner l'impression de passer d'un fil narratif à un autre, sans grande unité, sans laisser le temps à chacun de se développer suffisamment.
Le dessin est souvent très simple, mais il est aussi dynamique (la prépublication dans des fanzines et sur un site internet a sans doute incité l’auteur à donner du rythme régulièrement à son intrigue). En tout cas il est lisible, un peu dans la lignée du travail de De Radiguès (la couleur en moins).
On est sur une intrigue classique dans les grandes lignes, du roman graphique avec intrigues amoureuses croisées, malentendus et chassé-croisé. Ce canevas est toutefois agrémenté de multiples questionnements sur le voyeurisme, l’exhibitionnisme, et les limites des « performances artistiques ». Ces derniers aspects sont intéressants et globalement bien amenés (quelques facilités toutefois, Iéléna étant dotée de trop de pouvoirs à mon goût).
Au final, un petit album vite lu malgré la pagination importante, mais une lecture assez agréable et fluide.
A peu près à la moitié de la BD, j'avais compris vers quoi on se dirigeait et je sentais que ça ne me suffirait pas.
La BD n'offre pas vraiment plus que ce qu'elle propose en introduction, l'histoire de ces radiums girls, de jeunes femmes contaminées au radium par des employeurs peu scrupuleux qui les exposaient au danger pourtant déjà connu des autorités sanitaires.
Le hic, c'est qu'au-delà de cette histoire, la BD n'apporte pas grand chose sur le reste, qui pourtant aurait été intéressant. On s'attarde beaucoup sur ces jeunes femmes et leurs vies, les sorties, les copines, les amusements ... Mais la fin, beaucoup plus sombre, met en scène leur lente mort alors qu'elles ont différentes organes qui cessent de fonctionner. Ça aurait pu être touchant mais je n'ai jamais vraiment eu d'empathie envers les personnages et surtout la fin va très vite dans le temps, sautant des années sans que je ne le ressente vraiment.
De plus, il me semble qu'il manque un développement sur les conditions de travail et les dangers auxquels les gens sont exposés, ce qui changera suite à ces procès notamment. De même, il aurait été intéressant de voir comment la radioactivité a été captée par une industrie en quête de choses à vendre sans se soucier un seul instant de la question de la dangerosité. Bref, tout ce qui tourne autour du seul procès des Radiums girls.
Le dessin est plutôt bon, même si ce n'est pas ma tasse de thé. J'ai confondu pas mal de fois les différentes protagonistes et ça n'a pas aidé à l'attachement envers elles. La mise en couleur est agréable à l’œil par contre et on a des belles planches qui viennent souligner la déliquescence des corps lorsque la maladie apparait.
Une BD instructive sur les dangers mortels auxquels étaient exposés les ouvrières du début XXè mais qui reste cloisonné à son histoire sans déborder sur d'autres cadres. C'est dommage que la fin ouvre sur une modification de la loi de protection envers les ouvriers sans vraiment s'attarder dessus avant. L'équilibre de la BD est trop léger selon moi, je ne pense pas la relire.
Crise d'adolescence
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Ce tome contient les cinq épisodes de la minisérie du même nom qui forment un récit relativement complet. Ils sont initialement parus en 2008, écrits par David Lapham. Tony Harris a dessiné les épisodes 1 à 4 avec un encrage de Jim Clark. David Lapham a dessiné l'épisode 5, avec un encrage de Stefano Gaudiano.
L'histoire commence par la reprographie d'une page d'Amazing Fantasy 15 (août 1962, par Steve Ditko & Stan Lee), permettant de situer le moment : juste quand Spider-Man se lance dans une carrière de catcheur à la renommée internationale. Il sort du ring, où il vient de ridiculiser Crusher Hogan. Il a une discussion avec Monty Cabash, son employeur, ainsi que celui de Crusher Hogan.
C'est ensuite le retour au lycée pour Parker, avec les brimades d'Eugene P. 'Flash' Thompson, son amour platonique pour Liz Allan. Puis Parker est de retour chez ses parents d'adoption, et profite de leurs attentions. D'un côté, il aimerait bien rabattre son caquet à Flash Thompson. de l'autre côté, sa popularité en tant que catcheur attise bien des convoitises, dont celle de Tiffany Lebeck, une femme d'âge mur qui gravite dans l'entourage de Monty Cabash.
Le principe est très simple. En 1962, la narration est très compressée, au point qu'il peut se passer plusieurs semaines entre 2 cases. En 2008, le label Marvel Knights fait office de division où sont publiés les projets prestigieux. Les éditeurs mettent en contact David Lapham (auteur complet s'étant illustré avec la série Stray Bullets), et Tony Harris, (le remarquable dessinateur de la série Ex Machina.
Le lecteur a le plaisir de retrouver les dessins détaillés et assaisonnés d'une touche de dérision de Tony Harris. Les personnages bénéficient tous d'une morphologie différente et réaliste. La coupe de cheveux de Peter Parker dispose d'une forme un peu différente, avec des cheveux plus longs, et moins plaqués sur la tête. Son corps est athlétique, sans être exagérément musclé, conservant ainsi l'intention de Steve Ditko. Par comparaison Flash Thompson a un gabarit plus impressionnant, en cohérence avec son statut d'athlète.
Liz Sherman remplit le rôle de la belle blonde, fille à papa, dans une famille aisée. Harris prend soin de faire apparaître l'âge plus important de Tiffany Lebeck (une quarantaine d'années). May et Ben Parker font leur âge, environ soixante ans (ils semblent être à la retraite).
Tony Harris prend grand soin de représenter les décors très régulièrement, et de différencier les modèles de véhicules. Il s'amuse également un peu avec les tenues vestimentaires, en particulier le chapeau peu crédible de Monty Cabash. Il exagère un petit peu les expressions des visages, apportant une dimension humoristique, en grossissant le trait de la rapacité de Cabash, ou de la femme fatale sur le retour qu'est Tiffany Lebeck.
Pour des raisons inconnues, Tony Harris n'a pas dessiné le cinquième épisode ; il a cédé sa place à Lapham lui-même. Ce dernier s'applique à reproduire le style de Tony Harris, sans réussir à donner le change. Ce n'est pas désagréable, mais les nuances de Tony Harris ont disparu, il ne reste plus qu'un dessin fonctionnel, moins esthétique, moins agréable.
En tant que scénariste, les forces de David Lapham résident surtout dans le genre polar, sous ses différentes déclinaisons et sous-genres. le présent récit n'entre pas vraiment dans ce genre puisqu'il subsiste des scènes au lycée, et les relations entre Peter et ses parents adoptifs. Lapham est très convaincant dans les scènes entre Peter Parker et le roublard Monty Cabash, trouvant un équilibre malicieux entre la légère caricature, et le sous-entendu sur ses relations avec la pègre. le lecteur s'amuse de voir ce personnage stéréotypé, mais il ressent bien son angoisse à ne pas froisser ou contrarier ses financiers aux affaires louches.
Dans les séquences civiles, David Lapham montre un Peter Parker en pleine rébellion adolescente. Il n'en fait pas une tête brûlée de type punk. Il taille sur mesure des actes de défiance adaptées au caractère de Peter Parker et ses nouvelles capacités qui lui donnent une plus grande confiance en lui, mais pas complètement.
Dans ce profil psychologique, le lecteur hésite entre comédie légère et comédie dramatique. Les dessins de Tony Harris tirent plutôt la narration vers la comédie. La pertinence et la perspicacité de David Lapham rendent plausible et touchant le mal être de Peter et ses efforts pathétiques pour essayer d'affirmer sa présence vis-à-vis de ceux qu'ils côtoient.
David Lapham et Tony Harris n'apportent pas de révélation fracassante sur ces premières semaines d'existence de Spider-Man, ou d'éclairage inédit. Ils racontent un récit d'adolescent en crise qui n'arrive pas à vraiment se rebeller (du fait de son bon fond) et qui n'arrive pas non plus à profiter de ses pouvoirs. Il cherche sa voie et sa véritable nature, en tâtonnant, en commettant ses propres erreurs. Les dessins évitent à cette histoire de devenir larmoyante. L'intelligence de Lahpam évite au récit d'accumuler les poncifs du genre. Le tout forme une histoire divertissante, touchante, sans être indispensable.
L’histoire de “Saïgon-Hanoï” est originale et touchante. Elle nous plonge dans une conversation entre un vétéran du Vietnam et une jeune fille, sur fond de reportage télévisé. Cette trame narrative crée une connexion émotionnelle forte.
Les illustrations de Cosey sont superbes, avec une attention particulière aux détails. Les paysages du Vietnam et les scènes enneigées sont particulièrement saisissants et ajoutent beaucoup à l’atmosphère du récit.
Les personnages sont bien développés et attachants. Leur interaction, bien que limitée à une conversation téléphonique, est riche en émotions et en non-dits.
Malgré ses qualités, la BD a ses faiblesses. Par moments, le récit semble manquer de substance et certaines réactions des personnages ne sont pas totalement convaincantes. De plus, l’âge de la jeune fille paraît peu crédible pour la maturité dont elle fait preuve.
Finalement, “Saïgon-Hanoï” est une oeuvre émouvante et esthétiquement plaisante, mais qui aurait pu être davantage approfondie pour un impact plus fort.
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Qui laisse passer la lumière
C'est le dessin qui m'a plu, comme une griffe personnelle, avec du contraste et du volume, des couleurs vives : cela forge une sorte de densité pas séductrice et franche du collier. Pour l'histoire c'est une petite fille dans les années 70 : on perçoit rapidement que sa mère ne la comprend pas très bien, puis que le reste de son entourage non plus. Sa grand-mère est malade, et on à l'impression que ce n'est pas d'aujourd'hui. Bref, incomprise de tous, attachée à sa grand-mère, elle se focalise sur son arrière grand-père, dont elle voit le nom sur le monument aux morts. Tant et si bien qu'il finit par lui apparaître. Est-ce un fantôme, est-ce son imagination et sa solitude ? Bref, on ne comprend pas tout et pourtant on ressent l’enjeu. Diane fabrique aussi des poupées en chiffon et cela crée un prétexte supplémentaire à son exclusion dans sa classe. Les rapports avec les autres enfants mais aussi avec les adultes sont difficiles parce qu'elle ne semble pas vouloir jouer le rôle qu'on attend d'elle : une adulte en devenir. Elle a envie de rester dans ses poupées et ses fantômes. Le long tunnel de l'adolescence finit toujours par déboucher quelque part mais il y a des secrets qui doivent éclater et je vous laisse découvrir lesquels, bonne lecture !
Les Ennemis du peuple
Comme dit mon homme "Encore un de tes trucs de gauchistes ! " Il y a de ça, mais si déplorer la montée de l'individualisme et les dégâts de l'industrialisation capitaliste , c'est gauchiste, alors nous sommes tous et toutes un peu gauchistes, non ? C'est pas toujours ce que semble dire le résultat des élections mais bon... Quand je vois une BD italienne, je ne peux pas résister, c'est le sang qui parle ? Ou le souvenir de don Camillo ( Fernandel en curé) et Pepone (le gros maire communiste moustachu), regardé à la télé en noir et blanc chez ma mémé, qui ridiculisait le communiste et montait en épingle l'astuce du curé à la grande mâchoire... Ici on est plutôt du coté de Baru (dans le trait avec les sourires aux râteliers en dent de scie, et dans les dialogues avec les engueulades entre générations), mais avec des couleurs plus tristes, des scènes nocturnes et une approche plus tragique. Le scénario tresse la lutte de grévistes dans une grosse boîte allemande qui va délocaliser, la peur des migrants et le désir d'éduquer la jeunesse à l'efficacité du collectif. Ces trois préoccupations sont représentées par plusieurs personnages : Hannibal le vieux syndicaliste, Fabio le jeune footballeur, Léo qui se rêve en délinquant, Ale le flic, Chiara qui travaille dans un camp d’accueil pour réfugiés, et enfin le dessinateur de BD et son éditeur qui n'ont pas de prénom. Tout ce beau monde est jeté dans la bagarre, dans une sorte de very short cut, avec une mosaïque d'actions qui se passent à des endroits différents, et les esquisses d'une BD HéroÏc fantasy qui s'intercalent sans qu'on comprenne au départ où elles vont nous mener... Et c'est un peu ce qui constitue l'originalité de la BD, le personnage du dessinateur, sa vision plus moderne, lui qui montre à Fabio les profils insta des grévistes, qui raconte des histoires fantastiques dans ses BD mais qui voudrait être utile à ces jeunes ... Je n'en dis pas plus mais les personnages sont touchants grâce à de bons dialogues et on est partagé entre tristesse et espoir. C'est la vie quoi !
Ma déconversion
Vous me connaissez, je suis intriguée par la religion juive, même si je n'ai pas vraiment d'explication à cela. Sans doute au moment de mes études où j'ai planché sur l'architecture médiévale, (en particulier sur "l'art religieux au XIIIème siècle" d’Émile Male) j'ai du m'intéresser à la religion chrétienne (celle de mes 4 grands-parents, mais que mes 2 parents n'ont pas jugé bon me transmettre) et aux symboles souvent montrés en miroir entre ancien et nouveau testament. Mais j'ai toujours été troublé par les liens de filiation entre judaïsme et christianisme, et comment du même livre sont nés deux frères longtemps ennemis. Cette bande dessinée ne répond pas à mes interrogations ni à la promesse de son titre : Ma déconversion. Elle raconte comment un juif pied noir revient d'Israël dans les années 80 avec des idées pro-palestiniennes et la ferme intension de convertir ses deux fils dont la mère n'est pas juive. Ce père exalté va donc demander à sa famille de se conformer à son désir en changeant tout leur mode de vie, en s'interdisant toutes sortes d'activités pendant le shabbat, en monopolisant de nombreuses heures par semaine dans l'étude des textes sacrés, en modifiant leur alimentation, bref une expérience de 15 années dans le respect quasi absolu de ce choix. La mère acceptant sans signe de réticence ou encore moins de rébellion toutes les contraintes de cette nouvelle vie. Le point de vue et celui du plus jeune frère, et le sens du choix paternel n'est pas interrogé plus que ça, c'est le quotidien qui est décrit : une enfant en conversion à qui on demande plus qu'aux juifs nés d'une mère juive, plus qu'aux goys. C'est détaillé et instructif. Toutes les étapes sont décrites même dans les situations peu confortables. J’interprète le choix du père comme un don de ses deux fils à la communauté en échange d'une tribune pour parler du droit des palestiniens à la sortie de la synagogue ; et cela explique aussi la sévérité dans laquelle sont tenus ces enfants lors de leur parcours de conversion. La déconversion quant à elle est expédiée dans les dernières pages. Le dessin au trait semble assez lisse de prime abord, mais en réalité je l'ai trouvé particulièrement délicat : il est fin et précis, avec une tendance au pointillisme parfois, des trouvailles de mise en scène (le temps de l'ennui de l'enfant représenté comme une couche de sable qui recouvre la pièce au cours de la matinée...) et des rechapées belles dans le monde biblique ou les précisions biologiques qui ouvrent vers des horizons esthétiques à explorer. Bref, c'est beau à regarder et instructif, mais cela ne parle pas de la déconversion et donne envie d'une histoire du père et de ses motivations...
Des maux à dire
L'histoire d'une mère souffrant de troubles psychiques (plus précisément des troubles délirants provoquant des idées obsessionnelles et des hallucinations cenesthésiques) et de l'impact de cette maladie sur sa famille. Concrètement, la mère de Véra, catholique pratiquante, est persuadée qu'un démon la hante et la surveille en permanence chez elle, l'étouffant même la nuit durant son sommeil. Elle impose donc le silence et une paranoia constante à sa famille, doublée d'une jalousie maladive envers son mari et même de l'autopersuasion que son fils se drogue et rate sa vie alors qu'il n'en est rien. Le problème, c'est que sa famille a beau se rendre compte du comportement délirant de la mère, elle ne sait pas au départ comment le gérer, surtout la Véra encore enfant qui n'a pour sa mère qu'amour et la croit confusément. L'autrice raconte cela comme une tragédie familiale, un traumatisme de la jeune Véra qu'elle va combattre et finalement apprendre à maîtriser avec l'âge et l'aide des médecins. Elle le fait avec un graphisme naïf et coloré qui s'accompagne de nombreux passages carrément cousus ou brodés. La mère de Véra, malgré sa folie, est en effet une très bonne couturière et a transmis ça à sa fille qui réussit l'exploit de "dessiner" à la couture des planches entières de BD, parfois en couleurs parfois en noir et blanc. Ce n'est pas forcément formidable, quoique les planches colorées soient jolies, mais l'effort est jouable et le résultat clairement original. L'histoire est bien racontée, avec simplicité et un sentiment de fatalité qui ne sombre jamais dans le pathos. L'autrice aborde le sujet de la maladie mais aussi celle des relations familiales, de la mauvaise communication entre les époux, des relations différentes entre enfants et parents, et de la charge mentale de ceux qui doivent s'occuper de personnes malades. Le tout est fait sur un ton qui sait rester suffisamment léger pour ne pas plomber et mettre en avant davantage les aspects intéressants et touchants que le malheur ou la tristesse. Et puis il y a une vraie conclusion positive et optimiste puisque la médecine a réussi à trouver le traitement adéquat sans que les médications antipsychotiques n'assomment la mère comme c'est souvent le cas dans le traitement des troubles psychiques. Ce fut donc une lecture instructive, relativement touchante et graphiquement originale.
Claude Gueux
Claude Gueux est un court roman de Victor Hugo qui a pour vocation à critiquer la société de l'époque et en particulier son système judiciaire et l'injuste des conditions de détention des prisonniers. Claude est un ouvrier pauvre mais instruit, vivant avec une femme et sa fille. En plein hiver, alors que sa fille meurt de faim, il vole un pain et du bois, sachant pertinemment que cela ne leur tiendra que trois jours à peine et lui vaudra cinq ans de prison. Il arrive au bagne résigné à subir son sort mais les rations de nourriture y sont trop faibles pour un gabarit de sa taille. Heureusement il y rencontre Albin, un jeune homme chétif mais gentil qui accepte de partager son pain en échange de l'amitié de Claude. Celui-ci se prend d'affection pour lui jusqu'au jour où le directeur de la prison, jaloux de l'influence de Claude sur les autres prisonniers, le sépare d'Albin, entrainant la lente colère du prisonnier, jusqu'au drame. C'est une oeuvre de Victor Hugo que je ne connaissais pas mais qui est tout à fait dans l'esprit des Misérables ou du Dernier Jour d'un condamné. L'écrivain y représente une France du XIXe siècle sans concession où la société écrase le pauvre et condamne à de terribles peines de pauvres gars qui volent un simple pain pour manger. Le dessin de Benoit Springer est très bon et plonge très vite le lecteur dans les lieux de l'époque. L'histoire ici racontée est simple et relativement courte. Mais elle ne manque pas de finesse dans la représentation de ses personnages, en particulier ce fameux Claude Gueux qui est à la fois représenté en tant que criminel, prêt à voler et à tuer, en tant que victime car l'auteur montre qu'il n'avait guère d'autre choix, et en tant que personne éclairée, instruite et sage, pesant le pour et le contre de ses actes et écoutant la voix des autres avant de prendre une décision. La BD le représente ici en tant que bonne personne, dont les crimes ne sont qu'une défense de la dernière extrêmité face à l'implacable fatalité qui s'abat sur lui. La dénonciation des faits est sans conteste possible. Je ne saurai dire s'il était vrai qu'à l'époque un simple vol de pain pouvait entrainer une telle peine de prison, de la même manière que le sort de Jean Valjean dans les Misérables paraissait démesuré là aussi pour un simple pain. Si c'était bien le cas, je comprends bien les dénonciations répétées de Victor Hugo envers cette disproportion. A l'inverse, sa dénonciation de la peine de mort est ici un peu trop manichéenne dans le sens où le directeur de la prison qu'il met en scène est un vrai pourri, un mauvais homme qui fait souffrir par jalousie et sans aucune compassion pour les prisonniers qu'il méprise. Cet aspect là parait moins fin que la représentation des autres personnages et la dénonciation est plus grossière : forcément, on est dans le camp du héros dans de telles circonstances. On notera aussi avec un peu de surprise la relation entre Claude et Albin qui, telle que représentée dans cette BD ressemble beaucoup à un amour homosexuel certes, a priori platonique. Une telle représentation m'aurait surpris dans l'esprit de Victor Hugo et de l'époque, mais il me semble à lire le résumé du roman que cette relation se limitait à de l'amitié dans l'oeuvre de l'écrivain. Dans tous les cas, le message d'ensemble passe bien et on comprend qu'à l'époque un tel récit, comme beaucoup d'autres de Hugo, aient pu ouvrir le débat et amener la réflexion sur le système judiciaire français et le sens de la justice des hommes en général.
The Valiant
Kay McHenry - Ce tome comprend une histoire complète qui peut constituer un point d'entrée dans l'univers Valiant. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2014/2015, coécrits par Matt Kindt & Jeff Lemire, avec des dessins et une mise en couleurs de Paolo Rivera, en collaboration avec Joe Rivera (le père de Paolo). Ce tome comprend également un dossier de 13 pages montrant plusieurs planches à différents stades de réalisation (croquis, dessins, encrage, couleurs), avec les commentaires de Paolo Rivera, puis Matt Kindt, puis Jeff Lemire, et enfin de Dave Lanphear (le lettreur). Il se termine avec les 4 couvertures variantes coréalisées par Matt Kindt & Jeff Lemire, et les 4 couvertures variantes de Francesco Francavilla. L'ouvrage commence avec une présentation succincte des principaux personnages : Eternal Warrior (Gilad Anni-Padda), Geomancer (Kay McHenry), Bloodshot (Ray Garrison), Armstrong (Aram Anni-Padda, le frère de Gilad), Neville Alcott, X-O Manowar (Aric Dacia), Ninjak (Colin King) et la colonel Jamie Capshaw. L'histoire commence des milliers d'années dans le passé, alors qu'Eternal Warrior tente d'empêcher le meurtre du Géomancier de l'époque, aux mains d'Immortal Enemy. Non seulement il échoue, mais en plus l'adversaire lui laisse inflige une cicatrice au visage. L'histoire se répète encore 2 fois à 2 autres époques. de nos jours, Kay McHenry (la nouvelle géomancière) est venue chercher des conseils auprès d'Aram Anni-Padda (Armstrong) dans un club anglais. Dans un pays du pourtour du Pacifique, Bloodshot est en pleine mission pour récupérer une caisse contenant un objet indéterminé. Il est également sous le feu nourri de 2 drones pilotés par des êtres humains. Au niveau du cercle arctique, Ninjak est en train de procéder à l'extraction d'un prisonnier à la compétence très spéciale. Alors que la Géomancière survole une zone minière du Colorado, elle est attaquée par l'Ennemi Immortel. En 1992, Valiant publiait son premier comics : Harbinger, écrit par Jim Shooter (ex éditeur en chef de Marvel) et dessiné par David Lapham. En 2012, Valiant recommence à publier des comics, après plusieurs années d'interruption. le premier titre sort en mai 2012 : X-O Manowar, avec By the sword par Robert Venditti & Cary Nord. . En juin 2012, c'est au tour d'Harbinger , avec Omega Rising. Régulièrement, l'éditeur Valiant organise des événements pour fédérer ses séries : Harbinger Wars, Armor Hunters ou Book of Death. La présente histoire appartient à cette catégorie, la couverture indiquant que le personnage de Bloodshot est particulièrement mis en avant. Effectivement, cette histoire sert de prologue à sa nouvelle série de 2015 intitulée Bloodshot reborn, à commencer par Colorado. Pour ce faire, les responsables éditoriaux de Valiant ont confié l'écriture à Jeff Lemire (scénariste de la série Bloodshot reborn) et Matt Kindt (scénariste des séries concomitantes Ninjak et Rai, sans parler de la série Unity). En associant ces 2 scénaristes, ils s'assurent d'une bonne cohérence d'ensemble du récit avec le reste de l'univers partagé Valiant, et d'un point de départ en phase avec la série Bloodshot reborn. Leur récit prend comme point de départ l'existence d'un individu dépositaire de pouvoir pour défendre la Terre, en tant qu'organisme écologique, qualifié de géomancier. Ce dernier établit tout naturellement un lien avec le Guerrier Éternel dont la mission est de le protéger, et donc avec les frères Anni-Padda dont Armstrong de la série Archer & Armstrong. Au cours de l'affrontement majeur contre l'Ennemi Éternel, les personnages évoquent l'équipe d'Unity, les psiots (de la série Harbinger), X-O Manowar, ainsi tout l'univers partagé Valiant est passé en revue, ou presque (il ne manque que Toyo Harada, le troisième frère Anni-Padda, Docteur Mirage). Comme pour Marvel et DC, ce genre de récit rassemblant beaucoup de personnages (toute proportion gardée, parce qu'il en existe nettement moins chez Valiant) nécessite une menace validant l'intervention d'autant de héros. L'Ennemi Éternel remplit ce rôle, même si ses motivations auraient gagné à être explicitées. Une grande distribution de personnages a pour conséquence de leur laisser peu de place pour exister. Effectivement lors de la grande attaque groupée dans l'épisode 3, seul un lecteur connaissant déjà toutes les séries Valiant pourra identifier tous les personnages présents sur la double page décrivant leur offensive en masse. Au travers de ces 4 épisodes, l'accent est plus particulièrement mis sur Bloodshot et la nouvelle géomancière (en plus de l'introduction rappelant le combat entre Guerrier Éternel et ennemi Éternel). Si le récit présente la forme d'un crossover pour resserrer les liens des différentes séries Valiant, il s'agit bel et bien d'une introduction à la nouvelle série Bloodshot. Le lecteur découvrant l'univers Valiant éprouve des difficultés à identifier tout le monde (à commencer par les H.A.R.D. Corps), à comprendre les particularités des tortures mentales infligées à chaque personnage par l'Ennemi Éternel. du point de vue de l'opposition entre Guerrier et Ennemi Éternels, il se demande si le récit présente un quelconque intérêt au vu du résultat, voire il reste comme 2 ronds de flan devant le deus ex machina impliquant une forme de voyage dans le temps s'il ignore l'existence de Ivar Anni-Padda. Il éprouve même l'impression que le récit effectue des mouvements de balancier entre l'intrigue concernant Gilad Anni-Padda et celle concernant Bloodshot (et la géomancière) qui sont liées de manière un peu artificielle. Par contre, il en ressort avec l'envie d'en savoir plus sur le passé et le devenir de Bloodshot. Paolo Rivera dessine de manière descriptive, avec un degré de simplification variable en fonction des séquences. Celle d'ouverture montre donc le Guerrier Éternel se battre contre l'Ennemi Éternel, dans un décor de pyramide sud-américaine et de jungle. le lecteur y voit une sorte d'intemporalité, pouvant évoquer les dessins des grandes séries d'aventure consacrées à Tarzan. En fait cette qualité intemporelle joue en la défaveur de l'appréciation des pages qui ont l'air d'une simplicité évidente, sans grande qualité visuelle. Les personnages sont représentés avec une allure presqu'ordinaire (pour les moins fantastiques d'entre eux) qui les rend quasi banals. Il en advient que les séquences d'action ressemblent à d'autres, au point de paraître presque fades. Dans ces conditions, difficile de se passionner pour un gros monstre se déchaînant pour tout casser, ou pour 2 personnages parcourant les étages d'un centre commercial. Cette approche pragmatique dessert les moments les plus spectaculaires du récit. Difficile de croire en cette trentaine de personnages donnant tous l'attaque en même temps au gros monstre (l'Ennemi Éternel). Si le lecteur est capable de les reconnaître, il constate qu'ils sont représentés de manière assez ordinaire, qu'ils n'en imposent guère. S'il ne les connaît pas, il n'est guère impressionné par ces gugusses sans beaucoup de personnalité graphique. de la même manière, le dessin en pleine page consacré aux différentes souffrances des superhéros apparaît comme une collection de clichés peu passionnante. D'un autre côté, le lecteur se rend compte que la narration visuelle est impeccable. L'artiste réussit à créer cette impression de pyramide millénaire en pleine jungle, de village viking en face d'un fjord, ou encore de chevalier du moyen-âge sur un champ de bataille. De séquence en séquence, il apparaît également que les images les moins spectaculaires sont les plus convaincantes. En voyant Kay McHenry courir sur un ruban d'asphalte en pleine nature, il peut se projeter sur cette route de campagne. Il peut aussi apprécier le calme luxueux du club dans lequel elle devise avec Aram Anni-Padda, confortablement installés dans des fauteuils moelleux. En lisant les pages bonus, il se rend compte que les déplacements dans le grand centre commercial recèlent un autre sens sur ce qui aurait pu être entre les 2 personnages concernés. D'un côté, Paolo Rivera met en scène cette séquence avec un naturel incomparable ; de l'autre côté le lecteur peut ne pas voir ce sous-entendu trop discret. Paolo Rivera a fort à faire avec la diversité des scènes et des éléments. Il doit donc passer d'une époque antique à une jungle où Bloodshot combat des drones haute technologie, puis d'un monstre immonde à la douce Kay McHenry. Il est visible qu'il éprouve un petit faible pour cette dernière. C'est une évidence avec la page qui lui est consacrée dans le club, face à Armstrong, cela reste vrai tout au long des 4 épisodes. le lecteur se laisse donc porter par la clarté de ses dessins, en appréciant une scène plus qu'une autre, du fait de sa résonnance classique, ou de sa sensibilité particulière. Il se laisse prendre par la tension des scènes d'action de type aventure ; il éprouve de grandes difficultés à prendre au sérieux les scènes de type superhéros. Il tombe sous le charme de Kay McHenry dans cette page de 9 cases où elle s'adresse à Aram Anni-Padda ; il a du mal à se retrouver dans les expressions des visages souvent dénuées de nuances. En arrivant au terme du tome, le lecteur peut voir les couvertures variantes qui confirment bien le sujet central du récit : la relation entre Bloodshot et Kay McHenry. Ce récit comporte de nombreuses idées, des situations inventives, avec une narration visuelle efficace et claire, mais il souffre d'une ambition trop grande qui a pour effet de donner l'impression de passer d'un fil narratif à un autre, sans grande unité, sans laisser le temps à chacun de se développer suffisamment.
Nu (Goerg)
Le dessin est souvent très simple, mais il est aussi dynamique (la prépublication dans des fanzines et sur un site internet a sans doute incité l’auteur à donner du rythme régulièrement à son intrigue). En tout cas il est lisible, un peu dans la lignée du travail de De Radiguès (la couleur en moins). On est sur une intrigue classique dans les grandes lignes, du roman graphique avec intrigues amoureuses croisées, malentendus et chassé-croisé. Ce canevas est toutefois agrémenté de multiples questionnements sur le voyeurisme, l’exhibitionnisme, et les limites des « performances artistiques ». Ces derniers aspects sont intéressants et globalement bien amenés (quelques facilités toutefois, Iéléna étant dotée de trop de pouvoirs à mon goût). Au final, un petit album vite lu malgré la pagination importante, mais une lecture assez agréable et fluide.
Radium Girls
A peu près à la moitié de la BD, j'avais compris vers quoi on se dirigeait et je sentais que ça ne me suffirait pas. La BD n'offre pas vraiment plus que ce qu'elle propose en introduction, l'histoire de ces radiums girls, de jeunes femmes contaminées au radium par des employeurs peu scrupuleux qui les exposaient au danger pourtant déjà connu des autorités sanitaires. Le hic, c'est qu'au-delà de cette histoire, la BD n'apporte pas grand chose sur le reste, qui pourtant aurait été intéressant. On s'attarde beaucoup sur ces jeunes femmes et leurs vies, les sorties, les copines, les amusements ... Mais la fin, beaucoup plus sombre, met en scène leur lente mort alors qu'elles ont différentes organes qui cessent de fonctionner. Ça aurait pu être touchant mais je n'ai jamais vraiment eu d'empathie envers les personnages et surtout la fin va très vite dans le temps, sautant des années sans que je ne le ressente vraiment. De plus, il me semble qu'il manque un développement sur les conditions de travail et les dangers auxquels les gens sont exposés, ce qui changera suite à ces procès notamment. De même, il aurait été intéressant de voir comment la radioactivité a été captée par une industrie en quête de choses à vendre sans se soucier un seul instant de la question de la dangerosité. Bref, tout ce qui tourne autour du seul procès des Radiums girls. Le dessin est plutôt bon, même si ce n'est pas ma tasse de thé. J'ai confondu pas mal de fois les différentes protagonistes et ça n'a pas aidé à l'attachement envers elles. La mise en couleur est agréable à l’œil par contre et on a des belles planches qui viennent souligner la déliquescence des corps lorsque la maladie apparait. Une BD instructive sur les dangers mortels auxquels étaient exposés les ouvrières du début XXè mais qui reste cloisonné à son histoire sans déborder sur d'autres cadres. C'est dommage que la fin ouvre sur une modification de la loi de protection envers les ouvriers sans vraiment s'attarder dessus avant. L'équilibre de la BD est trop léger selon moi, je ne pense pas la relire.
Spider-Man - Un grand pouvoir
Crise d'adolescence - Ce tome contient les cinq épisodes de la minisérie du même nom qui forment un récit relativement complet. Ils sont initialement parus en 2008, écrits par David Lapham. Tony Harris a dessiné les épisodes 1 à 4 avec un encrage de Jim Clark. David Lapham a dessiné l'épisode 5, avec un encrage de Stefano Gaudiano. L'histoire commence par la reprographie d'une page d'Amazing Fantasy 15 (août 1962, par Steve Ditko & Stan Lee), permettant de situer le moment : juste quand Spider-Man se lance dans une carrière de catcheur à la renommée internationale. Il sort du ring, où il vient de ridiculiser Crusher Hogan. Il a une discussion avec Monty Cabash, son employeur, ainsi que celui de Crusher Hogan. C'est ensuite le retour au lycée pour Parker, avec les brimades d'Eugene P. 'Flash' Thompson, son amour platonique pour Liz Allan. Puis Parker est de retour chez ses parents d'adoption, et profite de leurs attentions. D'un côté, il aimerait bien rabattre son caquet à Flash Thompson. de l'autre côté, sa popularité en tant que catcheur attise bien des convoitises, dont celle de Tiffany Lebeck, une femme d'âge mur qui gravite dans l'entourage de Monty Cabash. Le principe est très simple. En 1962, la narration est très compressée, au point qu'il peut se passer plusieurs semaines entre 2 cases. En 2008, le label Marvel Knights fait office de division où sont publiés les projets prestigieux. Les éditeurs mettent en contact David Lapham (auteur complet s'étant illustré avec la série Stray Bullets), et Tony Harris, (le remarquable dessinateur de la série Ex Machina. Le lecteur a le plaisir de retrouver les dessins détaillés et assaisonnés d'une touche de dérision de Tony Harris. Les personnages bénéficient tous d'une morphologie différente et réaliste. La coupe de cheveux de Peter Parker dispose d'une forme un peu différente, avec des cheveux plus longs, et moins plaqués sur la tête. Son corps est athlétique, sans être exagérément musclé, conservant ainsi l'intention de Steve Ditko. Par comparaison Flash Thompson a un gabarit plus impressionnant, en cohérence avec son statut d'athlète. Liz Sherman remplit le rôle de la belle blonde, fille à papa, dans une famille aisée. Harris prend soin de faire apparaître l'âge plus important de Tiffany Lebeck (une quarantaine d'années). May et Ben Parker font leur âge, environ soixante ans (ils semblent être à la retraite). Tony Harris prend grand soin de représenter les décors très régulièrement, et de différencier les modèles de véhicules. Il s'amuse également un peu avec les tenues vestimentaires, en particulier le chapeau peu crédible de Monty Cabash. Il exagère un petit peu les expressions des visages, apportant une dimension humoristique, en grossissant le trait de la rapacité de Cabash, ou de la femme fatale sur le retour qu'est Tiffany Lebeck. Pour des raisons inconnues, Tony Harris n'a pas dessiné le cinquième épisode ; il a cédé sa place à Lapham lui-même. Ce dernier s'applique à reproduire le style de Tony Harris, sans réussir à donner le change. Ce n'est pas désagréable, mais les nuances de Tony Harris ont disparu, il ne reste plus qu'un dessin fonctionnel, moins esthétique, moins agréable. En tant que scénariste, les forces de David Lapham résident surtout dans le genre polar, sous ses différentes déclinaisons et sous-genres. le présent récit n'entre pas vraiment dans ce genre puisqu'il subsiste des scènes au lycée, et les relations entre Peter et ses parents adoptifs. Lapham est très convaincant dans les scènes entre Peter Parker et le roublard Monty Cabash, trouvant un équilibre malicieux entre la légère caricature, et le sous-entendu sur ses relations avec la pègre. le lecteur s'amuse de voir ce personnage stéréotypé, mais il ressent bien son angoisse à ne pas froisser ou contrarier ses financiers aux affaires louches. Dans les séquences civiles, David Lapham montre un Peter Parker en pleine rébellion adolescente. Il n'en fait pas une tête brûlée de type punk. Il taille sur mesure des actes de défiance adaptées au caractère de Peter Parker et ses nouvelles capacités qui lui donnent une plus grande confiance en lui, mais pas complètement. Dans ce profil psychologique, le lecteur hésite entre comédie légère et comédie dramatique. Les dessins de Tony Harris tirent plutôt la narration vers la comédie. La pertinence et la perspicacité de David Lapham rendent plausible et touchant le mal être de Peter et ses efforts pathétiques pour essayer d'affirmer sa présence vis-à-vis de ceux qu'ils côtoient. David Lapham et Tony Harris n'apportent pas de révélation fracassante sur ces premières semaines d'existence de Spider-Man, ou d'éclairage inédit. Ils racontent un récit d'adolescent en crise qui n'arrive pas à vraiment se rebeller (du fait de son bon fond) et qui n'arrive pas non plus à profiter de ses pouvoirs. Il cherche sa voie et sa véritable nature, en tâtonnant, en commettant ses propres erreurs. Les dessins évitent à cette histoire de devenir larmoyante. L'intelligence de Lahpam évite au récit d'accumuler les poncifs du genre. Le tout forme une histoire divertissante, touchante, sans être indispensable.
Saigon-Hanoi
L’histoire de “Saïgon-Hanoï” est originale et touchante. Elle nous plonge dans une conversation entre un vétéran du Vietnam et une jeune fille, sur fond de reportage télévisé. Cette trame narrative crée une connexion émotionnelle forte. Les illustrations de Cosey sont superbes, avec une attention particulière aux détails. Les paysages du Vietnam et les scènes enneigées sont particulièrement saisissants et ajoutent beaucoup à l’atmosphère du récit. Les personnages sont bien développés et attachants. Leur interaction, bien que limitée à une conversation téléphonique, est riche en émotions et en non-dits. Malgré ses qualités, la BD a ses faiblesses. Par moments, le récit semble manquer de substance et certaines réactions des personnages ne sont pas totalement convaincantes. De plus, l’âge de la jeune fille paraît peu crédible pour la maturité dont elle fait preuve. Finalement, “Saïgon-Hanoï” est une oeuvre émouvante et esthétiquement plaisante, mais qui aurait pu être davantage approfondie pour un impact plus fort.