Un album étonnant. Le titre renvoie immédiatement au très beau roman de Conrad – l’intrigue aussi d’ailleurs. Et puis Pecau y ajoute un clin d’œil incongru et surprenant au « Dernier des Mohicans », avec la présence d’un Mohican prénommé Uncas.
L’histoire se déroule dans l’ouest de la France révolutionnaire, au moment où les colonnes infernales républicaines écrasent les foyers de résistance royalistes. Un officier républicain est envoyé dans les marais pour « éliminer » un officier qui a « pété les plombs », Sherb (transposition du Kurtz du roman de Conrad).
La lecture est intéressante, et le visuel assez fort pour tenir un récit qui au départ est rempli d’une noirceur que le titre n’évoque qu’en partie (la forêt vierge est ici remplacée par les marais, mais la noirceur humaine est bien présente). Certains passages relèvent presque du « dessin automatique », des ébauches où la couleur fuse brusquement – alors que le Noir et Blanc grisâtre domine ailleurs.
Le récit n’a peut-être pas le souffle halluciné du roman, mais cette transposition est globalement bien fichue. L’Histoire et les marais, le brouillard, ne forment que la toile sur laquelle les ténèbres de certains hommes sont projetés.
Un album emprunté au hasard. Le titre m’orientait vers une énième histoire de paternité difficile à assumer. Et c’est bien le cas. En partie en tout cas. Mais le traitement est des plus originaux, et peut clairement dérouter nombre de lecteurs.
J’ai été désarçonné au départ, et il m’a fallu quelques pages pour véritablement entrer dans ce récit, qui semble n’avoir ni queue ni tête. En fait il parle bien du sujet attendu, mais de façon détournée, allégorique. Et surtout – et c’est sans doute ça qui m’a séduit au bout d’un moment, le récit plonge totalement dans un fantastique onirique, teinté d’humour, qui fait la part belle à une ambiance surréaliste.
Une lecture surprenante, que j’ai bien aimée.
Note réelle 3,5/5.
Comme beaucoup, cette série a fait partie de mon parcours initiatique du bon lecteur de BD, et comme les avis généraux étaient très bons, j'ai acheté la série d'un coup.
Je ne sais pas si c'était la meilleure idée du mois. C'est une série de BD rafraîchissante qui revisite les contes de fées avec une touche d’originalité et d’humour mais la magie n'a pas complètement opéré sur moi.
J'ai aimé la capacité d'Alain Ayroles à aborder des thèmes profonds sous une apparente légèreté. On y trouve une réflexion subtile sur l’apparence et la nature humaine, sans jamais tomber dans la moralisation lourde. Les personnages sont attachants, avec Garulfo qui, malgré son innocence parfois agaçante, apprend beaucoup sur la condition humaine à travers ses mésaventures.
Les dessins de Maïorana sont expressifs et détaillés, les couleurs de Thierry Leprévost ajoutent une vivacité bienvenue aux planches. Le graphisme, globalement, sert bien l’esprit de la série, oscillant entre le cartoon et la caricature, ce qui renforce le ton humoristique du récit.
Le premier cycle de la série, riche en péripéties, m'a semblé un peu trop rapide et répétitif dans sa critique de la bêtise humaine. Le deuxième cycle prend le temps de développer ses personnages et de poser une intrigue plus nuancée, ce qui le rend plus agréable à lire. J'y ai par contre trouvé quelques passages qui trainaient en longueur et je pense qu'il y a largement la place de faire l'économie d'un tome ou deux, mais ce n'était peut être pas la volonté de l'éditeur ?
C'est un avis très personnel mais j'aurais aussi aimé que certains sujets soient un peu plus poussés et pourquoi pas virer vers un humour plus déjanté, voire absurde. Je l'ai trouvé un peu trop sage.
C'est une série qui mérite d’être découverte pour son originalité et son humour mais que je placerais personnellement pas dans mes immanquables.
Un des succès récents du Shonen Jump.
Rien qu'en regardant le dessin dynamique, je comprends le succès, mais je ne sais pas si cela va avoir autant de succès à l'international. D'un côté, il y a le fait que le rakugo est un art typiquement japonais qui risque d'être incompréhensible pour le reste du monde. En tout cas, lorsqu'on racontait des contes humoristiques je ne comprenais pas pourquoi c'était marrant.
D'un autre côté, le récit utilise les codes du shonen que les lecteurs de mangas de partout dans le monde connaissent alors si on a lu beaucoup de mangas on est en terrain familier. Peut-être même un peu trop parce que, comme c'est trop souvent le cas avec la production manga pour les ados, les situations et les personnages semblent un peu cliché pour un lecteur adulte comme moi qui lit du manga depuis des années et qui a de plus en plus de difficultés à lire un shonen jusqu'au bout.
Mais bon malgré tout la lecture des trois premiers tomes était sympathique. L'héroïne est attachante et n'existe pas que pour montrer ses seins comme dans d'autres shonen (j'ai rien contre le fanservice, mais c'est trop souvent utilisé dans des récits qui n'en ont pas besoin). Le récit se lit sans déplaisir même si ce n'est pas au point d'être passionnant.
“Résidence Autonomie” mélange habilement humour et regard acéré sur la vieillesse. Salch nous plonge dans le quotidien d’un aide-soignant, Marc, dans une résidence pour personnes âgées autonomes. À travers une série de petites scènes, Salch nous fait découvrir la réalité de ces établissements. Je ne m'attendais pas à ce qu'il ouvre les porte du paradis, et le moins que l'on puisse dire est que l'on n'est pas déçu de ce point de vue.
Le style caricatural de Salch, avec ses dessins expressifs et son trait de presse, s’adapte bien à la tonalité du récit. Majoritairement en noir et blanc avec des touches de couleurs, les illustrations capturent à la fois la mélancolie et la légèreté de la vie en résidence. Les personnages sont attachants, parfois grotesques, et leurs expressions renforcent l’humour tout en soulignant la tristesse sous-jacente de leur situation.
Marc découvre les joies et les peines de son métier. Son attachement à certains résidents et son agacement envers d’autres sont rendus avec justesse. Salch ne tombe jamais dans le pathos, préférant utiliser l’humour pour aborder des sujets délicats comme la solitude, la maladie et la mort. Ce choix de ton permet de rendre le récit à la fois divertissant et touchant.
La BD se lit d’une traite, enchaînant les anecdotes marquantes qui forment un tableau cohérent de la vie en résidence autonomie. Salch parvient à équilibrer la description réaliste du travail de Marc et des résidents avec des moments de pure comédie. Les petits drames du quotidien, les querelles et les relations interpersonnelles sont dépeints avec une ironie mordante.
Derrière les rires se cache une dure réalité : la pénibilité du travail des aides-soignants, les restrictions budgétaires, et la détresse des résidents qui n’attendent plus que la fin. Marc, épuisé physiquement et moralement, incarne bien cette dualité entre le dévouement et l’épuisement.
“Résidence Autonomie” est une BD drôle et émouvante, qui parvient à aborder des sujets difficiles avec sensibilité. Cela en fait à la fois une critique sociale et un hommage à ceux qui vivent et travaillent dans ces résidences.
Une BD documentaire qui plonge dans les arcanes de l'affaire Alstom, révélant comment les États-Unis utilisent la lutte contre la corruption comme une arme économique contre le reste du monde, y compris ses alliés supposés. En avril 2013, Pierucci est arrêté à New York par le FBI et devient un pion dans une stratégie de pression visant à forcer Alstom à payer une amende gigantesque et à se vendre à General Electric.
Les faits sont décrits de manière claire et précise, offrant une leçon édifiante sur le droit américain et les méthodes du FBI et des procureurs pour obtenir ce qu’ils veulent. On voit aussi la réalité de la corruption chez Alstom, bien que Pierucci, alors un cadre subalterne, n’ait pas participé directement aux faits reprochés. Son arrestation et son emprisonnement pendant plus de deux ans étaient essentiellement un moyen de pression.
La BD illustre brillamment la guerre économique secrète menée par les États-Unis contre la France et l’Europe, détournant droit et morale pour servir leurs intérêts économiques. Comme l'indique Ubrald dans son commentaire, cette histoire est loin d'être un cas isolé.
Graphiquement, la BD adopte une bichromie noire et blanche, assez classique dans ce genre de documentaire. Ce n'est pas pour la qualité des illustrations que l'on prend ce genre de BD mais là on est dans le service minimum je trouve, je n'aurais jamais réussi à reconnaitre Montebourg sans narration par exemple.
Une lecture très intéressante pour comprendre les dessous de cette guerre économique. C’est un documentaire qui ouvre les yeux sur des réalités souvent passées sous silence.
N'étant pas un grand lecteur de Comics, j'ai sélectionné “Basketful of Heads” car il semblait présenter un combo alléchant thriller, horreur et absurde. Les critiques étant positives ici, je me suis lancé dans cette histoire qui se déroule en 1983 sur Brody Island, où une jeune femme fraichement débarquée se retrouve mêlée à une série d’événements sanglants après qu’une tempête coupe l’île du reste du monde. Armée d’une hache viking, elle découvre que les têtes décapitées continuent de parler, ajoutant une touche macabre et absurde à ses péripéties.
Le scénario, bien que basé sur des tropes classiques du genre (tempête, évasion de prisonniers, ville isolée), est très bien orchestré. Joe Hill sait maintenir la tension en distillant les surprises et les révélations. Le rythme est soutenu, et chaque chapitre apporte, comme on peut s'y attendre, son lot de rebondissements. L’humour noir est présent, pimentant les dialogues et les interactions entre les personnages décapités, ce qui ajoute une couche supplémentaire de plaisir à la lecture.
Le dessin de Leomacs est à la hauteur du récit et crée une atmosphère oppressante et immersive. Les scènes d’action fonctionnent bien et les expressions des personnages, même les têtes coupées, sont particulièrement bien rendues, donnant vie à cette histoire macabre.
“Basketful of Heads” n’est pas exempt de défauts. L’intrigue, bien que bien ficelée, peut sembler un peu linéaire et prévisible à certains moments. La fin, bien qu’ironique et satisfaisante, peut laisser une impression de déjà-vu.
En conclusion, Joe Hill et Leomacs réussissent à créer une histoire originale malgré quelques prévisibilités. Un must-read pour les amateurs du genre.
Une BD qui m'a séduit avant tout par son ambiance graphique. On y suit François, un livreur pour une blanchisserie dans un Bruxelles pluvieux des années 70-80, menant une vie morne et répétitive, ponctuée par ses visites au kiosque de Maryvonne, pour qui il a un faible, et ses sessions au PMU.
Le scénario est fluide mais assez linéaire, avec une intrigue qui se lit rapidement et une chute teintée d’une ironie noire. Ce qui élève cette BD, c’est avant tout le dessin de Mertens. Son style, ses couleurs, notamment l’utilisation du rouge sur des tons sombres, apportent une profondeur particulière. Les décors jouent un rôle central, presque comme des personnages à part entière.
L’économie de mots favorise cet univers graphique, permettant à l’ambiance et aux décors de prendre toute leur place. Cependant, l’histoire souffre d’une certaine prévisibilité : le parcours de François est attendu (les numéros du loto...), et la fin, bien que ironique, laisse une impression de déjà-vu.
Un album qui charme par ses dessins et son atmosphère, mais qui aurait pu bénéficier d’un scénario plus surprenant. Mertens montre un talent graphique certain, et on espère voir ce talent se déployer avec une narration plus audacieuse à l’avenir. Est-ce que Joris Mertens ne gagnerait pas à travailler avec un scénariste ? Une lecture agréable, mais qui laisse entrevoir un potentiel encore plus grand.
Je précise que je n'ai lu que le premier album.
Pour fêter les 100 ans de la compagnie, Disney a laissé des auteurs réinterpréter à leur sauce certains court-métrages avec comme consigne que l'action se passe dans le futur. De ces court-métrages, je n'ai vu que le premier avec les fantômes il y a bien longtemps et dans mes souvenirs le dessin animé était orienté vers l'humour slapstick avec Mickey, Donald et Dingo qui affrontent des fantômes alors qu'ici on est dans du récit d'aventure typique de Mickey Mouse avec l’apparition de personnages familiers qui n'étaient pas dans le dessin animé. Du peu que je peux comparer, il semblerait que les auteurs peuvent garder que la trame et faire ce qu'ils veulent avec.
Le résultat est correct et s'adresse principalement aux enfants. Ça manque un peu de surprise si on est un adulte, mais cela se lit bien et je trouve même que l'humour du troisième récit fonctionne autant sur un enfant que sur un adulte. Il y a juste le second récit qui ne m'a pas trop convaincu vu que c'est encore une histoire humoristique où tout va mal pour Donald et ce type de récit m'a rarement amusé lorsque ce n'était pas de la main de Carl Barks. Le dessin est typique de ce que l'on retrouve dans la production italienne moderne des comics Disney sauf la dernière qui a un style particulier.
C'est le dessin qui m'a plu, comme une griffe personnelle, avec du contraste et du volume, des couleurs vives : cela forge une sorte de densité pas séductrice et franche du collier.
Pour l'histoire c'est une petite fille dans les années 70 : on perçoit rapidement que sa mère ne la comprend pas très bien, puis que le reste de son entourage non plus. Sa grand-mère est malade, et on à l'impression que ce n'est pas d'aujourd'hui. Bref, incomprise de tous, attachée à sa grand-mère, elle se focalise sur son arrière grand-père, dont elle voit le nom sur le monument aux morts. Tant et si bien qu'il finit par lui apparaître. Est-ce un fantôme, est-ce son imagination et sa solitude ?
Bref, on ne comprend pas tout et pourtant on ressent l’enjeu. Diane fabrique aussi des poupées en chiffon et cela crée un prétexte supplémentaire à son exclusion dans sa classe. Les rapports avec les autres enfants mais aussi avec les adultes sont difficiles parce qu'elle ne semble pas vouloir jouer le rôle qu'on attend d'elle : une adulte en devenir. Elle a envie de rester dans ses poupées et ses fantômes.
Le long tunnel de l'adolescence finit toujours par déboucher quelque part mais il y a des secrets qui doivent éclater et je vous laisse découvrir lesquels, bonne lecture !
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Coeur de Ténèbres (Delcourt)
Un album étonnant. Le titre renvoie immédiatement au très beau roman de Conrad – l’intrigue aussi d’ailleurs. Et puis Pecau y ajoute un clin d’œil incongru et surprenant au « Dernier des Mohicans », avec la présence d’un Mohican prénommé Uncas. L’histoire se déroule dans l’ouest de la France révolutionnaire, au moment où les colonnes infernales républicaines écrasent les foyers de résistance royalistes. Un officier républicain est envoyé dans les marais pour « éliminer » un officier qui a « pété les plombs », Sherb (transposition du Kurtz du roman de Conrad). La lecture est intéressante, et le visuel assez fort pour tenir un récit qui au départ est rempli d’une noirceur que le titre n’évoque qu’en partie (la forêt vierge est ici remplacée par les marais, mais la noirceur humaine est bien présente). Certains passages relèvent presque du « dessin automatique », des ébauches où la couleur fuse brusquement – alors que le Noir et Blanc grisâtre domine ailleurs. Le récit n’a peut-être pas le souffle halluciné du roman, mais cette transposition est globalement bien fichue. L’Histoire et les marais, le brouillard, ne forment que la toile sur laquelle les ténèbres de certains hommes sont projetés.
Neuf Mois
Un album emprunté au hasard. Le titre m’orientait vers une énième histoire de paternité difficile à assumer. Et c’est bien le cas. En partie en tout cas. Mais le traitement est des plus originaux, et peut clairement dérouter nombre de lecteurs. J’ai été désarçonné au départ, et il m’a fallu quelques pages pour véritablement entrer dans ce récit, qui semble n’avoir ni queue ni tête. En fait il parle bien du sujet attendu, mais de façon détournée, allégorique. Et surtout – et c’est sans doute ça qui m’a séduit au bout d’un moment, le récit plonge totalement dans un fantastique onirique, teinté d’humour, qui fait la part belle à une ambiance surréaliste. Une lecture surprenante, que j’ai bien aimée. Note réelle 3,5/5.
Garulfo
Comme beaucoup, cette série a fait partie de mon parcours initiatique du bon lecteur de BD, et comme les avis généraux étaient très bons, j'ai acheté la série d'un coup. Je ne sais pas si c'était la meilleure idée du mois. C'est une série de BD rafraîchissante qui revisite les contes de fées avec une touche d’originalité et d’humour mais la magie n'a pas complètement opéré sur moi. J'ai aimé la capacité d'Alain Ayroles à aborder des thèmes profonds sous une apparente légèreté. On y trouve une réflexion subtile sur l’apparence et la nature humaine, sans jamais tomber dans la moralisation lourde. Les personnages sont attachants, avec Garulfo qui, malgré son innocence parfois agaçante, apprend beaucoup sur la condition humaine à travers ses mésaventures. Les dessins de Maïorana sont expressifs et détaillés, les couleurs de Thierry Leprévost ajoutent une vivacité bienvenue aux planches. Le graphisme, globalement, sert bien l’esprit de la série, oscillant entre le cartoon et la caricature, ce qui renforce le ton humoristique du récit. Le premier cycle de la série, riche en péripéties, m'a semblé un peu trop rapide et répétitif dans sa critique de la bêtise humaine. Le deuxième cycle prend le temps de développer ses personnages et de poser une intrigue plus nuancée, ce qui le rend plus agréable à lire. J'y ai par contre trouvé quelques passages qui trainaient en longueur et je pense qu'il y a largement la place de faire l'économie d'un tome ou deux, mais ce n'était peut être pas la volonté de l'éditeur ? C'est un avis très personnel mais j'aurais aussi aimé que certains sujets soient un peu plus poussés et pourquoi pas virer vers un humour plus déjanté, voire absurde. Je l'ai trouvé un peu trop sage. C'est une série qui mérite d’être découverte pour son originalité et son humour mais que je placerais personnellement pas dans mes immanquables.
Akane-banashi
Un des succès récents du Shonen Jump. Rien qu'en regardant le dessin dynamique, je comprends le succès, mais je ne sais pas si cela va avoir autant de succès à l'international. D'un côté, il y a le fait que le rakugo est un art typiquement japonais qui risque d'être incompréhensible pour le reste du monde. En tout cas, lorsqu'on racontait des contes humoristiques je ne comprenais pas pourquoi c'était marrant. D'un autre côté, le récit utilise les codes du shonen que les lecteurs de mangas de partout dans le monde connaissent alors si on a lu beaucoup de mangas on est en terrain familier. Peut-être même un peu trop parce que, comme c'est trop souvent le cas avec la production manga pour les ados, les situations et les personnages semblent un peu cliché pour un lecteur adulte comme moi qui lit du manga depuis des années et qui a de plus en plus de difficultés à lire un shonen jusqu'au bout. Mais bon malgré tout la lecture des trois premiers tomes était sympathique. L'héroïne est attachante et n'existe pas que pour montrer ses seins comme dans d'autres shonen (j'ai rien contre le fanservice, mais c'est trop souvent utilisé dans des récits qui n'en ont pas besoin). Le récit se lit sans déplaisir même si ce n'est pas au point d'être passionnant.
Résidence Autonomie
“Résidence Autonomie” mélange habilement humour et regard acéré sur la vieillesse. Salch nous plonge dans le quotidien d’un aide-soignant, Marc, dans une résidence pour personnes âgées autonomes. À travers une série de petites scènes, Salch nous fait découvrir la réalité de ces établissements. Je ne m'attendais pas à ce qu'il ouvre les porte du paradis, et le moins que l'on puisse dire est que l'on n'est pas déçu de ce point de vue. Le style caricatural de Salch, avec ses dessins expressifs et son trait de presse, s’adapte bien à la tonalité du récit. Majoritairement en noir et blanc avec des touches de couleurs, les illustrations capturent à la fois la mélancolie et la légèreté de la vie en résidence. Les personnages sont attachants, parfois grotesques, et leurs expressions renforcent l’humour tout en soulignant la tristesse sous-jacente de leur situation. Marc découvre les joies et les peines de son métier. Son attachement à certains résidents et son agacement envers d’autres sont rendus avec justesse. Salch ne tombe jamais dans le pathos, préférant utiliser l’humour pour aborder des sujets délicats comme la solitude, la maladie et la mort. Ce choix de ton permet de rendre le récit à la fois divertissant et touchant. La BD se lit d’une traite, enchaînant les anecdotes marquantes qui forment un tableau cohérent de la vie en résidence autonomie. Salch parvient à équilibrer la description réaliste du travail de Marc et des résidents avec des moments de pure comédie. Les petits drames du quotidien, les querelles et les relations interpersonnelles sont dépeints avec une ironie mordante. Derrière les rires se cache une dure réalité : la pénibilité du travail des aides-soignants, les restrictions budgétaires, et la détresse des résidents qui n’attendent plus que la fin. Marc, épuisé physiquement et moralement, incarne bien cette dualité entre le dévouement et l’épuisement. “Résidence Autonomie” est une BD drôle et émouvante, qui parvient à aborder des sujets difficiles avec sensibilité. Cela en fait à la fois une critique sociale et un hommage à ceux qui vivent et travaillent dans ces résidences.
Le Piège américain
Une BD documentaire qui plonge dans les arcanes de l'affaire Alstom, révélant comment les États-Unis utilisent la lutte contre la corruption comme une arme économique contre le reste du monde, y compris ses alliés supposés. En avril 2013, Pierucci est arrêté à New York par le FBI et devient un pion dans une stratégie de pression visant à forcer Alstom à payer une amende gigantesque et à se vendre à General Electric. Les faits sont décrits de manière claire et précise, offrant une leçon édifiante sur le droit américain et les méthodes du FBI et des procureurs pour obtenir ce qu’ils veulent. On voit aussi la réalité de la corruption chez Alstom, bien que Pierucci, alors un cadre subalterne, n’ait pas participé directement aux faits reprochés. Son arrestation et son emprisonnement pendant plus de deux ans étaient essentiellement un moyen de pression. La BD illustre brillamment la guerre économique secrète menée par les États-Unis contre la France et l’Europe, détournant droit et morale pour servir leurs intérêts économiques. Comme l'indique Ubrald dans son commentaire, cette histoire est loin d'être un cas isolé. Graphiquement, la BD adopte une bichromie noire et blanche, assez classique dans ce genre de documentaire. Ce n'est pas pour la qualité des illustrations que l'on prend ce genre de BD mais là on est dans le service minimum je trouve, je n'aurais jamais réussi à reconnaitre Montebourg sans narration par exemple. Une lecture très intéressante pour comprendre les dessous de cette guerre économique. C’est un documentaire qui ouvre les yeux sur des réalités souvent passées sous silence.
Basketful of heads
N'étant pas un grand lecteur de Comics, j'ai sélectionné “Basketful of Heads” car il semblait présenter un combo alléchant thriller, horreur et absurde. Les critiques étant positives ici, je me suis lancé dans cette histoire qui se déroule en 1983 sur Brody Island, où une jeune femme fraichement débarquée se retrouve mêlée à une série d’événements sanglants après qu’une tempête coupe l’île du reste du monde. Armée d’une hache viking, elle découvre que les têtes décapitées continuent de parler, ajoutant une touche macabre et absurde à ses péripéties. Le scénario, bien que basé sur des tropes classiques du genre (tempête, évasion de prisonniers, ville isolée), est très bien orchestré. Joe Hill sait maintenir la tension en distillant les surprises et les révélations. Le rythme est soutenu, et chaque chapitre apporte, comme on peut s'y attendre, son lot de rebondissements. L’humour noir est présent, pimentant les dialogues et les interactions entre les personnages décapités, ce qui ajoute une couche supplémentaire de plaisir à la lecture. Le dessin de Leomacs est à la hauteur du récit et crée une atmosphère oppressante et immersive. Les scènes d’action fonctionnent bien et les expressions des personnages, même les têtes coupées, sont particulièrement bien rendues, donnant vie à cette histoire macabre. “Basketful of Heads” n’est pas exempt de défauts. L’intrigue, bien que bien ficelée, peut sembler un peu linéaire et prévisible à certains moments. La fin, bien qu’ironique et satisfaisante, peut laisser une impression de déjà-vu. En conclusion, Joe Hill et Leomacs réussissent à créer une histoire originale malgré quelques prévisibilités. Un must-read pour les amateurs du genre.
Nettoyage à sec
Une BD qui m'a séduit avant tout par son ambiance graphique. On y suit François, un livreur pour une blanchisserie dans un Bruxelles pluvieux des années 70-80, menant une vie morne et répétitive, ponctuée par ses visites au kiosque de Maryvonne, pour qui il a un faible, et ses sessions au PMU. Le scénario est fluide mais assez linéaire, avec une intrigue qui se lit rapidement et une chute teintée d’une ironie noire. Ce qui élève cette BD, c’est avant tout le dessin de Mertens. Son style, ses couleurs, notamment l’utilisation du rouge sur des tons sombres, apportent une profondeur particulière. Les décors jouent un rôle central, presque comme des personnages à part entière. L’économie de mots favorise cet univers graphique, permettant à l’ambiance et aux décors de prendre toute leur place. Cependant, l’histoire souffre d’une certaine prévisibilité : le parcours de François est attendu (les numéros du loto...), et la fin, bien que ironique, laisse une impression de déjà-vu. Un album qui charme par ses dessins et son atmosphère, mais qui aurait pu bénéficier d’un scénario plus surprenant. Mertens montre un talent graphique certain, et on espère voir ce talent se déployer avec une narration plus audacieuse à l’avenir. Est-ce que Joris Mertens ne gagnerait pas à travailler avec un scénariste ? Une lecture agréable, mais qui laisse entrevoir un potentiel encore plus grand.
La Souris du futur
Je précise que je n'ai lu que le premier album. Pour fêter les 100 ans de la compagnie, Disney a laissé des auteurs réinterpréter à leur sauce certains court-métrages avec comme consigne que l'action se passe dans le futur. De ces court-métrages, je n'ai vu que le premier avec les fantômes il y a bien longtemps et dans mes souvenirs le dessin animé était orienté vers l'humour slapstick avec Mickey, Donald et Dingo qui affrontent des fantômes alors qu'ici on est dans du récit d'aventure typique de Mickey Mouse avec l’apparition de personnages familiers qui n'étaient pas dans le dessin animé. Du peu que je peux comparer, il semblerait que les auteurs peuvent garder que la trame et faire ce qu'ils veulent avec. Le résultat est correct et s'adresse principalement aux enfants. Ça manque un peu de surprise si on est un adulte, mais cela se lit bien et je trouve même que l'humour du troisième récit fonctionne autant sur un enfant que sur un adulte. Il y a juste le second récit qui ne m'a pas trop convaincu vu que c'est encore une histoire humoristique où tout va mal pour Donald et ce type de récit m'a rarement amusé lorsque ce n'était pas de la main de Carl Barks. Le dessin est typique de ce que l'on retrouve dans la production italienne moderne des comics Disney sauf la dernière qui a un style particulier.
Qui laisse passer la lumière
C'est le dessin qui m'a plu, comme une griffe personnelle, avec du contraste et du volume, des couleurs vives : cela forge une sorte de densité pas séductrice et franche du collier. Pour l'histoire c'est une petite fille dans les années 70 : on perçoit rapidement que sa mère ne la comprend pas très bien, puis que le reste de son entourage non plus. Sa grand-mère est malade, et on à l'impression que ce n'est pas d'aujourd'hui. Bref, incomprise de tous, attachée à sa grand-mère, elle se focalise sur son arrière grand-père, dont elle voit le nom sur le monument aux morts. Tant et si bien qu'il finit par lui apparaître. Est-ce un fantôme, est-ce son imagination et sa solitude ? Bref, on ne comprend pas tout et pourtant on ressent l’enjeu. Diane fabrique aussi des poupées en chiffon et cela crée un prétexte supplémentaire à son exclusion dans sa classe. Les rapports avec les autres enfants mais aussi avec les adultes sont difficiles parce qu'elle ne semble pas vouloir jouer le rôle qu'on attend d'elle : une adulte en devenir. Elle a envie de rester dans ses poupées et ses fantômes. Le long tunnel de l'adolescence finit toujours par déboucher quelque part mais il y a des secrets qui doivent éclater et je vous laisse découvrir lesquels, bonne lecture !