Les derniers avis (48960 avis)

Couverture de la série Le Syndrome de l’Iceberg
Le Syndrome de l’Iceberg

L’omniprésence – souvent intrusive – de l’Intelligence Artificielle et des objets connectés est un sujet d’actualité – même si à mon goût il n’y a pas suffisamment de débats à ce propos : le coût énergétique incroyable mais masqué, les menaces sur les libertés publiques, etc. C’est pourquoi cet album m’intéressait au départ, je pensais y trouver une dénonciation du rôle dévolu aux IA. Mais, si le début me donne raison, la suite de l’histoire – qui se situe dans un futur proche (années 2050) – en est resté à la surface des choses, avec en plus un rythme un peu mollasson. Ces remarques sont valables pour la présentation des IA, comme pour la partie vaguement thriller/polar, à Marseille ou au Japon. Pas désagréable, pas inoubliable non plus, un album qui se laisse lire, rapidement (peu de dialogues en fait, et une intrigue linéaire et mollassonne).

13/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Airborne 44
Airborne 44

J’ai lu pour l’instant les deux premiers diptyques. J’en lirai peut-être d’autres à l’occasion mais, si c’est une lecture sympathique, agréable, je vais la placer un peu moins haut que la plupart des avis précédents. Des deux premiers diptyques, c’est le premier qui m’a le plus plu. J’ai eu l’impression d’ailleurs que Jarbinet pensait au départ ne faire que ces deux tomes, tant le récit est conclusif, alors que la suite marque une nette rupture de ton dans son entame. Le récit est dynamique, et les parties purement militaires et celles plus « romantiques » sont équilibrées. C’est moins le cas dans le diptyque suivant. Déjà au lieu de quelques jours, l’intrigue s’étale sur plusieurs années. Ensuite les trois-quarts du premier album est trop lent, trop long, avec cette histoire d’amour qui manque de sel et de rythme, jusqu’à ce que l’action prenne le relais, avec le débarquement en Normandie (Jarbinet s’est clairement inspiré pour certaines scènes du début du film de Spielberg « Il faut sauver le soldat Ryan »), le second album du cycle mélangeant plutôt bien les deux thèmes, jusqu’à faire se rencontrer intrigues et protagonistes des deux diptyques. Jarbinet use dans ces deux diptyques du même ressort scénaristique, faisant croire à la mort d’un protagoniste pour ne révéler que sur la fin ce qu’il en est vraiment. Et chaque fin de diptyque amène son quota de happy-end, ce qui tranche avec la violence et la déprime qui accompagnent l’essentiel des récits. Le dessin est lui plutôt chouette, agréable. Un peu de Raives, mais aussi de Gibrat (pour les jolis personnages féminins en particulier) : le visuel de la série est réussi.

13/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Les Métamorphoses 1858
Les Métamorphoses 1858

Quel dommage que le ramage de cette BD ne soit pas à la hauteur de son plumage ! En effet, j'avais été attiré à l'époque par les magnifiques couvertures de ce triptyque (avec une mention spéciale au premier tome) et par une mise en page plutôt novatrice. Alors oui, parfois la mise en page rend plus difficile la lecture et la compréhension de certaines scènes d'action (parfois certaines pages contiennent plus de 20 cases...) mais j'avais été plutôt charmée par ce parti-pris de départ. Mais voilà le scénario dans le plus pur style "steampunk" ne tient malheureusement pas autant la route que le graphisme. Ça commençait pourtant plutôt bien avec un premier tome consacré à une enquête de deux frères autour de la disparition d'une jeune fille dans un Paris sombre du XIXème siècle. Mais à compter du 2ème tome et à la découverte d'une communauté secrète de scientifiques et d'aventuriers parcourant le monde, cela bascule trop à mon goût dans l'action et le côté horrifique. Les voyages et découvertes de nos deux héros s'enchainent de manière irréfrénée de telle sorte qu'on a l'impression qu'un quatrième tome n'aurait pas été du luxe. La fin ouverte et non convenue sauve un peu l'ensemble mais pas suffisamment pour enlever le sentiment de déception qui m'habite au moment de refermer le 3ème et dernier tome. A réserver aux amateur de BD d'action horrifique dans le plus pur steampunk. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 13,5/20

13/10/2024 (modifier)
Par pol
Note: 3/5
Couverture de la série Wyoming, 1863
Wyoming, 1863

Ce western met en scène Emma, une jeune femme de caractère, marquée par un passé tragique. L'action prend place dans les étendues sauvages du Wyoming. Le dessin soigné, au trait moderne et agréable, fait la part belle à ces décors. Le cadre est bien rendu, les paysages de cette région des USA sont réalistes et bien agréables à l'oeil. Coté scénario c'est également pas mal du tout. Il y a d'abord Emma, qui erre dans les différentes contrées à la recherche de quelque chose, ou quelqu'un. En tout cas, elle prépare une vengeance. On en apprend peu à peu sur elle, ce qui rend son personnage intéressant. Sa route va la mener dans un petit village où le riche propriétaire du coin s’apprête à marier une de ses filles. Il a invité tous les notables du coin. Cet évènement va apporter 2 choses au récit. D'abord un personnage bien trouble, le futur mari, qui semble jouer un double jeu. On en apprendra peu sur ce point pour le moment, mais en tout cas il y en a juste assez pour titiller la curiosité du lecteur. Ce cadre sera également la cible choisie par une bande de desperados. Évidemment dès qu'ils vont entrer en scène, l'action sera au rendez vous et les coups de pistolets vont être nombreux... Il faudra accepter que les six coups en tirent un peu plus... Tout ça fonctionne bien, et donne un western rythmé, violent, le tout est saupoudré de quelques éléments mystérieux et accrocheurs. La 4e de couverture promet 3 destins entrecroisés. Après le seul premier tome, on attend encore cette dimension de l'histoire, pas très évidente pour le moment. Ca donne envie de lire la suite.

13/10/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Le Pré derrière l'église
Le Pré derrière l'église

Les notes plutôt très positives m'en faisaient sans doute attendre beaucoup, mais j'ai moyennement apprécié cette série. La faute en incombe, pour moi, aux deux mondes qui se côtoient ici (les moutons et les humains) sans jamais se mélanger. Les préoccupations des moutons n'intéressent pas les humains, mais les évènements des humains sont mal compris des moutons et ... ben c'est tout. Il n'y a pas de véritable échange entre ces deux univers, et c'est du coup assez pauvre. En soi, les deux histoires parallèles pourraient tout à fait se dérouler dans un autre univers. En dehors de ça, c'est intéressant de voir ces moutons déistes et ces humains qui se révoltent tout les quatre matins contre un bar adossé à une Église. Les thématiques de la foi, de la bêtise humaine, de la religion se retrouvent dans ce récit. Mais avec une certaine légèreté, il n'y a pas de réelles réflexions sur les sujets abordés. Le deuxième volume, avec son histoire du passé refaisant surface, manque singulièrement de mordant pour un tel récit. On aurait pu avoir plus incisif et plus profond sur un sujet pareil. Niveau dessin, rien à redire. Les têtes de moutons sont d'ailleurs très drôle et il y a une vraie recherche pour leur donner des personnalités. De même les irlandais sont assez classiques mais bien reconnaissable. En somme, une BD sympathique et distrayante, mais dont les volontés ne vont jamais assez loin à mon gout. Sur une telle idée de base, on pourrait avoir bien mieux comme récit, je pense. Et surtout détacher autant les deux histoires me fait peiner à y trouver un intérêt profond. J'en attendais mieux !

12/10/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Les Bonshommes de pluie
Les Bonshommes de pluie

J'ai les réserves de bamiléké sans aller jusqu'à partager sa note. Disons que je suis plus souple, mais que je suis conscient que le récit est assez léger. Trop même, à mon goût. C'est une BD à destination de la jeunesse, mais que je trouve assez rapide dans l’exécution. On commence par une jeune femme qui va en vacances avec son oncle et sa tante, avant un déménagement. Sur place, dans le Nord de la France, elle voit un joli garçon et rencontre un autre, qui vont lui proposer une épreuve pour prouver qu'ils soient considérés comme plus grand, mais cette épreuve va les faire toucher du doigt une certaine réalité. Alors dis comme ça on dirait qu'il se passe plein de choses, mais franchement, le récit traine assez en longueur et pratiquement rien n'est développé. Il y a beaucoup de choses qui apparaissent seulement en filigrane et n'ont pas de réelles conclusions (le déménagement par exemple, elle l'accepte juste), l'ensemble tenant sur le récit d'enfance banal et la découverte des migrants. Sauf qu'aucun des deux sujets n'est vraiment abordé à bras le corps et l'ensemble finit sur des bons sentiments sans qu'il n'y ait eu de réel avancée dans le récit. Le dessin est de bonne facture, collant assez bien à une atmosphère jeunesse, avec des couleurs qui rendent très bien. C'est dommage que le récit ne m'ait pas plus intéressé, mais je trouve que même pour des enfants, ça reste trop en surface des sujets. Dommage !

12/10/2024 (modifier)
Par cac
Note: 3/5
Couverture de la série Mon infractus
Mon infractus

Je pensais avoir lu plus de trucs d'Hervé Bourhis mais je ne retiens que Comix Remix et Piscine Molitor. Ce dernier parle de Boris Vian mort d'un infarctus à seulement 39 ans d'ailleurs. C'est ce qui survient à l'auteur à 48 ans et il nous le raconte sans trop rentrer dans les détails médicaux ni le larmoyant ni l'apitoiement. Il se félicite des progrès médicaux où on survit à cette épreuve et la pose d'un stent se fait par un simple trou dans le poignet là où il fallait auparavant une opération à coeur ouvert. En réalité après quelques pages il nous parle rapidement de sa vraie passion de DJ, de ses copains du milieu, de concerts dans des bars et de chasse aux vinyles. J'avoue que je suis bien béotien par rapport à tous les groupes underground qu'il peut citer et encore moins averti sur l'art du Mix. Une lecture qui reste fluide même si ça saute parfois du coq à l'âne. Le dessin est également plaisant à regarder. A un moment l'auteur se moque gentiment des blogs ou bande dessinée nombrilistes sur les maladies, réelles ou imaginaires, et un extrait sur un névrosé m'a fortement rappelé L'homme le plus flippé du monde y compris sur l'imitation du style de dessin.

12/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série Marguerite
Marguerite

Échanger des regards - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2020. Il a été réalisé par Joe Pinelli (pseudonyme de Bertrand DeHuy). Il s’agit d’une bande dessinée en noir & blanc, comportant vingt-cinq pages, entièrement dépourvue de dialogue. Il s’agit d’un format imposé dans cette collection des éditions Martin de Halleux, inspiré de l’ouvrage 25 images de la passion d'un homme (1918), réalisé par Frans Masereel (1889-1972). Dans cet ouvrage, l’histoire est racontée en 25 gravures sur bois, chacune imprimée comme un dessin en pleine page, sans aucun dialogue non plus. Le premier tome de cette collection est La forêt (2020) de Thomas Ott. L’auteur belge respecte cette contrainte à la lettre, à raison d’une image par page. Une petite entorse à la règle : la première et la quatrième de couverture forment une image supplémentaire. Le texte de la quatrième de couverture indique que l’action se situe le lundi 12 février 1934, à la suite des émeutes des ligues du 6 février, alors qu’une gauche unie manifeste contre le danger fasciste. Marguerite est une jeune femme qui travaille dans un magasin de primeurs à Paris. Ce jour-là, sourire aux lèvres, elle porte son tablier de travail prête à répondre à la demande du premier client qui se manifestera. Elle tourne le dos à un jeune peintre qui passe derrière elle la tête baissée, son carton à dessin sous le bras. Une autre femme est en train de discuter avec le maraîcher. Le jeune homme s’assoit à une table en terrasse. Il a posé son carton à terre et il a sorti son crayon pour dessiner ce qu’il voit autour de lui. Un autre homme et une femme se trouvent à la même table que lui. Derrière eux, toutes les tables sont prises, et la terrasse est assez agitée. Par cette belle journée, Marguerite porte une robe à manche courte et des escarpins à talon. Elle a fini sa journée de travail et elle rentre chez elle, avec un sac contenant des légumes. Elle passe devant la terrasse du café et un léger sourire flotte toujours sur ses lèvres. Sur le trottoir, un autre jeune homme l’observe tranquillement, visiblement appréciateur de la silhouette de la jeune femme. Les clients en terrasse ne lui prêtent aucune attention. L’intérieur du café est également bondé, avec mêmes des clients debout. Sur le quai de la station de métro, les Parisiens attendent la rame qui est train d’arriver. Le jeune homme tient toujours une feuille dans une main, et un crayon de l’autre. Il ne semble pas regarder quelque chose en particulier. Il est concentré sur sa tâche. Il est l’un des rares hommes à ne pas porter de chapeau. La plupart des femmes portent un manteau. Marguerite poursuit son chemin, avec son visage toujours détendu. Elle continue de porter son sac de commissions avec le bras droit. Derrière elle, les usagers du métro se divisent en deux groupes : ceux qui vont prendre l’escalier pour sortir, ceux qui attendent. Une fois dehors, le jeune homme se dirige vers un groupe de policier en faction, surveillant une manifestation. Vingt-cinq images, des dessins facilement lisibles au premier coup d’œil, une intrigue linéaire et très simple d’attraction entre un homme et une femme, voire des dessins qui donnent l’impression de s’étaler sur les deux pages en vis-à-vis. Un album qui se lit en dix minutes en prenant le temps, et c’est fini : il y a eu rencontre entre Marguerite et ce jeune homme qui n’est pas nommé. L’absence de texte participe à la rapidité de la lecture, tout autant que cette trame de simple promenade dans Paris. Le lecteur voit bien que l’histoire se déroule dans Paris : le métro et les uniformes de police. Il n’y a pas d’indication de l’année, mais les modèles d’automobiles laissent supposer que ça se passe avant la seconde guerre mondiale. Il n’y a pas d’autres personnages récurrents à part Marguerite, vendeuse dans un magasin de fruits et légumes, et le jeune dessinateur qui croque différentes scènes qu’il a successivement sous les yeux. Le lecteur est bien content pour eux parce qu’il s’est produit une connexion entre les deux jeunes gens. Le récit s’est déroulé exclusivement en extérieur constituant une sympathique balade. Et voilà. Rien de plus qu’une tranche de vie quotidienne rendue une peu plus savoureuse par ce que le lecteur suppose être le commencement d’une potentielle histoire d’amour. Et encore ce n’est même pas une certitude, et il n’en saura rien puisque l’histoire est complète en vingt-cinq images (en réalité vingt-six car la couverture constitue bien la première et apporte un élément significatif dans le récit) et il n’y aura pas de suite. Le lecteur en déduit que c’est à lui d’apporter quelque chose pour enrichir la lecture, sauf si dépité il se dit qu’il s’est fait avoir par cet exercice de style artificiel et superficiel. Le premier élément surprenant réside dans le texte de la quatrième de couverture, qui précise le contexte historique : Le lundi 12 février 1934, à la suite des émeutes des ligues du huit février une gauche unie manifeste contre le danger fasciste, un jour annonciateur du Front Populaire. Certes, mais quand même il y a de la triche car la simple lecture des illustrations en pleine page ne permet pas d’en apprendre autant. Page six, le lecteur voit bien des hirondelles, c’est-à-dire des policiers à vélo, avec cette cape qui leur a valu ce surnom. En vis-à-vis, page sept, le dessin montre effectivement des hommes en train de défiler avec des pancartes portant des slogans : La liberté ou la mort, Unité, Il faut choisir socialisme ou fascisme. Puis dans les deux pages suivantes, une banderole avec l’inscription : des libertés démocratiques pour assurer la paix. Toutefois, le lecteur a beau revenir en arrière pour chercher d’autres indices relatifs à la date, il ne trouve pas d’autres éléments visuels pour la confirmer, pas même une manchette de journal lu par un figurant. Il prend la précision de la quatrième de couverture comme un élément à mettre en rapport avec l’amour naissant entre Marguerite et le peintre, un contrepoint. À la fin de l‘ouvrage se trouve une simple phrase venant expliciter les spécifications de cet exercice de style : Il s’agit pour les auteurs de créer un format court en vingt-cinq images – une par page, en noir et blanc, sans textes, tel qu’il a été défini en 1918 par Frans Masereel pour son livre 25 images de la passion d’un homme, premier roman sans paroles moderne. En effet, Joe Pinelli respecte, à la couverture près, le format : vingt-cinq illustrations indépendantes, en pleine page. Ces dessins s’inscrivent dans un registre descriptif et réaliste, avec des traits de contours présentant quelques irrégularités par endroit, des aplats de noir pour donner de la consistance aux formes ainsi détourées, une absence de bordure de case. L’artiste a choisi un savant dosage entre précision et évocation. Par exemple les traits des visages apparaissent plutôt appartenir au registre de l’esquisse que du photoréalisme. Les décors semblent représentés avec des traits jetés rapidement, sans être repris pour une apparence plus rigoureuse. Dans le même temps, ces représentations des rues de Paris comportent de nombreux détails : le store du magasin de primeurs, les modèles de table et de chaise de la terrasse, les poutrelles métalliques de la station de métro, les rails et les traverses de la voie de métro, les arbres d’alignement dans les rues, les voitures et autobus, la rue Mouffetard, la place de la République, la gare de l’Est, le quartier de Ménilmontant, etc. Ces caractéristiques de dessins donnent une certaine vitalité aux personnages, qu’ils soient au premier plan, ou bien des figurants dans la foule des gens qui attendent le métro, dans celle de manifestants. Une fois qu’il a commencé à prêter plus d’attention aux dessins, peut-être en relisant l’histoire pour en avoir pour son argent, le lecteur se rend compte qu’il devient plus attentif à d’autres aspects. Marguerite et l’artiste sont réunis dans la première planche, elle au premier plan, lui au second plan. Par la suite, ils ne se trouvent plus jamais dans une même illustration ; en revanche ils sont toujours en vis-à-vis, lui dans la page de gauche, elle dans celle de droite. Le lecteur en vient même à éprouver l’impression que les deux images en vis-à-vis n’en forment qu’une : mais non, elles ne peuvent pas être collées l’une à l’autre car il y manque une partie entre les deux. Toutefois la situation de l’artiste correspond bien à celle de Marguerite : devant le café, dans la station de métro, dans la rue alors que passent les manifestants, sur des trottoirs de part et d’autre de la chaussée, dans la gare de l’Est. Ils vivent dans un espace-temps presque identique, ce qui les rapprochent, ce qui constitue le socle d’une expérience commune, ou plutôt d’un environnement commun, en s’étant trouvé au même moment où se produisent certains événements. D’une certaine manière il s’agit d’une forme de complicité implicite et inconsciente, le partage d’un même instant à quelques mètres de distance. La même situation de détachement par rapport à la manifestation et à son objet, lui en spectateur simplement curieux, elle en passante allant son chemin. Ils finissent par prendre conscience de cette simultanéité, et peut-être à y voir une forme de synchronicité, de lien qui les rapproche, une expérience différente des mêmes choses qui conduit tout naturellement à un échange, représenté dans les deux derniers dessins après une ellipse temporelle qui laisse le lecteur libre d’user de son imagination pour la remplir. Il est peu probable que le lecteur soit arrivé par hasard à cette bande dessinée : soit il éprouvait déjà un intérêt pour son auteur, soit il a conscience de la nature de l’exercice de style à la manière des 25 images de la passion d’un homme, de Frans Masereel. Vingt-cinq images pour une bande dessinée, c’est très court et ça se lit très vite. Celan ne prend du sens qu’à la condition de l’implication active du lecteur, soit pour considérer la force narrative de chaque dessin, soit pour projeter sa sensibilité sur ce qui se joue sur le non-dit, sur ce qui se passe entre les cases, ou plutôt entre chaque dessin, et le phénomène qui se déroule sous ses yeux. Sous réserve qu’il se prête à ce jeu, qu’il apprécie cette dimension ludique, il y trouve son content et se rend compte que lui aussi peut prendre plaisir à la lecture, sans se soucier des revendications des grévistes du douze février 1934, ou du limogeage du préfet de police Jean Chiappe à la suite de l'affaire Stavisky.

12/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Alzeor Mondraggo
Alzeor Mondraggo

Je ne me suis pas ennuyé durant cette lecture, mais je trouve cette série un peu décevante, et je ne comprends pas forcément toutes les très bonnes notes. Le point de départ (une sorte d’ange/magicien invisible peut exaucer les vœux du héros, lui donner de super pouvoirs temporaires, en échange de plus ou moins menues contreparties) est riche de potentiel, et aurait pu donner quelque chose de plus amusant et réussi que ce triptyque. Il y a bien des passages et dialogues amusants – ce qui fait que j’ai fini sans réel problème les trois albums. Mais le soufflé retombe, et le potentiel n’a pas été suffisamment exploité. De plus, j’ai trouvé que le scénario s’effilochait trop, on ressentait une sorte d’improvisation, comme si Makyo, après l’idée d’origine, n’avait pas su comment en tirer parti, et qu’il tentait d’assembler des bouts d’idées. Un bricolage qui donne une histoire décousue, dans laquelle les bons mots, les situations drôles sont un peu noyées. Et les quelques clins d’œil – à Jeanne d’Arc dans le dernier tome par exemple – peinent à dynamiser l’intrigue. Un dernier tome que j’ai trouvé vraiment faible, ça se traine, pour finir par une conclusion brutale, au point que je pensais qu’un tome manquait et que la série avait été abandonnée. Note réelle 2,5/5.

12/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Partisan
Le Partisan

Un album un peu étonnant, et un pari assez risqué : dire ce que fut la résistance, son engagement et les risques encourus, le tout sans mot. Le résultat est plutôt convainquant. Déjà parce que le dessin de Quarello est bon et beau. Avare de détails pour les décors, pas forcément exempt de défauts, je l’ai trouvé très agréable dans sa globalité. Et la colorisation donne un rendu presque apaisé, qui accompagne bien le silence de la lecture. Le côté « apaisé » vient aussi du fait que le partisan en question – et ses proches ou compagnons de lutte – s’en sortent plutôt bien – ce qui ne fut évidemment pas le cas de tous dans leur lutte contre l’occupant nazi (l’intrigue se déroule dans l’Italie de l’après Mussolini, entre 1944 et 1945. Nous voyons ainsi les chassés devant chasseur, avec l’épuration et les luttes finales pour libérer le territoire des derniers soldats allemands. La lecture et agréable, même si la volonté de tracer de façon muette une relativement longue période, allant de l’entrée dans la résistance jusqu’à la fin de la guerre donne parfois l’impression de « survoler » la période et l’histoire de ce partisan (histoire par ailleurs inspirée de faits et de personnages réels).

12/10/2024 (modifier)