Une belle synthèse, mais manquant d'originalité
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Ce tome revient sur les événements qui ont immédiatement précédé la première apparition des X-Men dans l'épisode 1 de la série Uncanny X-Men, paru en 1963. Il contient les six épisodes de la minisérie, initialement parus en 1999/2000, écrits par Joe Casey, dessinés par Steve Rude avec un encrage d'Andrew Pepoy (épisodes 1 à 3), Paul Smith & Michael Ryan avec un encrage d'Andrew Pepoy & Paul Smith (épisode 4), et Esad Ribic avec un encrage d'Andrew Pepoy (épisodes 5 & 6). La mise en couleurs a été réalisée par Paul Mounts pour les 6 épisodes.
Un jeune mutant a perdu le contrôle de ses pouvoirs, et a détruit par accident de nombreux pavillons dans la ville de Middletown au Missouri. Juste après un reportage sur cette tragédie, la télévision diffuse l'intervention de William Metzger, un individu qui prône la défense de la race humaine contre ces monstres incontrôlables dont les mutations génétiques peuvent provoquer des catastrophes. Dans un bureau de FBI, l'agent Amos (surnommé Fred) Duncan reçoit l'ordre de son supérieur hiérarchique d'investiguer sur le sujet. de retour à son bureau, Fred Duncan le trouve plongé dans le noir. Il commence à parler à haute voix pour prendre des notes sur son dictaphone qu'il a surnommé Bill. Il est interrompu par un individu en chaise roulante qui se trouve dans son bureau et qui commence à lui expliquer son point de vue sur les mutants. La nuit, un individu avec des ailes vient en aide à une femme se faisant agresser dans une rue de New York. le lendemain, Charles Xavier se rend chez les Grey pour évoquer la possibilité qu'ils inscrivent leur fille dans son établissement. Elaine et John Grey promettent d'y réfléchir.
La télévision annonce que le lycée de Freeport High School a battu tous les records d'endettement, atteignant le million de dollars de déficit. Ce jour-ci, un nouveau professeur en chaise roulante y postule pour se faire engager. Dans les couloirs, 3 individus (Chad, Mikey et Starkey) à l'allure donnant l'impression qu'ils cherchent une victime à humilier évoquent le discours de William Metzger dans les jours à venir. Ils regardent passer d'un air envieux Hank McCoy la star de l'équipe de football du lycée. Dans le gymnase, Scott Summers, un adolescent souffreteux se fait rabrouer par le professeur de sport, qui se moque de ses lunettes rouges et de sa constitution chétive. Dans l'escalier de service, Bobby Drake s'est isolé pour être tranquille en se demandant pourquoi il a si froid. Dans différents états, la peur motive des citoyens à organiser une poignée de lynchage.
Régulièrement l'éditeur Marvel demande à une équipe créatrice de remettre au goût du jour, les origines d'un de ses personnages ou d'une équipe. Au tournant du millénaire, il échoit à Joe Casey de s'acquitter de cette mission pour les X-Men. du point de vue de l'intrigue, il s'agit d'une gageure car il faut intéresser le lecteur à une histoire qu'il connait déjà, voire dont il a déjà lu de nombreuses versions. Joe Casey a l'idée de commencer son histoire quelques jours avant la première scène de Uncanny X-Men 1, paru en 1963, de Jack Kirby & Stan Lee. Ce premier épisode s'ouvrait avec le professeur X appelant ses X-Men à lui. Ils étaient alors au nombre de 4 : Cyclops, Iceman, Beast et Angel, déjà avec des costumes jeune & bleu. Mais, bien sûr, ils ne sortaient pas de nulle part, ils avaient été recrutés précédemment, et l'hystérie anti-mutante trouvait ses racines dans des événements passés. Joe Casey montre donc ce qui a conduit à cet état de fait.
En fonction de sa familiarité avec les premiers épisodes de la série Uncanny X-Men, le lecteur (re)découvre des faits sur le passé des personnages, amalgamés dans une narration qui rétablit une cohérence entre eux, en amenant de nouveaux éléments. le scénariste a l'art et la manière de lier les événements dans un tout cohérent. Il peut voir dans quelles conditions vivaient les premiers X-Men avant d'intégrer l'école de Westchester : Jean Grey tranquillement dans le pavillon cossu de ses parents, Hank McCoy en utilisant ses pouvoirs dans le civil tout en les faisant passer pour les capacités d'un athlète accompli, Warren Worthington en essayant d'utiliser ses pouvoirs pour redresser les torts, Scott Summers vivant dans la pauvreté et exploité par un criminel sans scrupule, Bobby Drake dans le pavillon plus modeste de ses parents. de ce point de vue, le récit satisfait la curiosité du lecteur, mais sans réussir à générer assez d'empathie pour ces personnages. Ils sont pris dans une situation où ils doivent cacher leur pouvoir, où ils tentent de les utiliser discrètement et où ils se trouvent dans des fortunes diverses. La problématique pour le lecteur est qu'il sait déjà tout cela, et que Joe Casey ne parvient pas à faire ressentir leurs états d'esprit ou leurs émotions. C'est plus ou moins marqué en fonction des personnages ; c'est criant pour Bobby Drake, et c'est moins marqué pour Scott Summers.
Le lecteur peut alors s'intéresser aux personnages secondaires comme Fred Duncan, William Metzger, les 3 loubards, ou même Charles Xavier. En fait il n'en apprend pas beaucoup plus sur Fred Duncan, les 3 loubards brillent par leur dimension générique, et même William Metzger ne se différencie pas beaucoup des nombreux agitateurs anti-mutants qui l'ont précédé ou qui le suivront. du coup, le lecteur se rabat sur l'intrigue qui est dense et racontée de façon moderne, sans bulle de pensée, et avec des inserts d'émission de télévision réguliers, pour rendre compte de la perception du phénomène tel qu'il est relayé par les médias. Il y a quelques surprises avec l'apparition d'un ou deux personnages emblématiques de la série, et bien sûr des affrontements physiques à chaque épisode pour fournir le quota d'action. À nouveau le tout est bien ficelé, mais étrangement, Joe Casey semble intimidé par son sujet, trop respectueux, alors qu'il a écrit de nombreux récits décapants comme la série SEX avec Piotr Kowalski, Butcher Baker the righteous maker avec Mike Huddleston, et des récits de superhéros traditionnels comme Vengeance avec Nick Dragotta, The Bounce avec David Messina, Godland avec Tom Scioli.
Le lecteur est plus impressionné par la couverture du recueil et par les 3 premiers épisodes dessinés par Steve Rude. Cet artiste a l'art et la manière de donner une impression de personnages enjoués, d'environnements vaguement rétro, avec des dessins facilement lisibles tout en contenant une bonne densité d'informations visuelles. Dès le premier épisode, le lecteur peut par exemple repérer Dana Scully et Fox Mulder dans un des couloirs du FBI. L'encrage d'Andrew Pepoy respecte bien les crayonnés de Rude, en particulier dans les arrondis élégants. le lecteur prend grand plaisir à s'immerger dans cet environnement vaguement suranné, avec des hommages visuels patents à Jack Kirby (les belles courbes de Cerebro). Il observe les tenues vestimentaires de chaque personnage, y compris des figurants, notant qu'elles renvoient parfois aux années 1960. Il détaille les ameublements et les accessoires de chaque endroit pour s'imprégner de leur atmosphère, de la personnalité des personnes qui les ont aménagés. L'intérieur des Grey est vraiment douillet, alors que la cantine du lycée est aussi impersonnelle qu'elle est fonctionnelle. Il regarde incrédule l'opulence de l'aménagement du jardin de l'école de Westchester. Régulièrement le regard du lecteur s'arrête sur une image saisissante comme l'agent Duncan parlant à son dictaphone (clin d'œil à Dale Cooper parlant à Diane), Jean Grey s'amusant à faire tournoyer des pétales de fleur autour d'elle dans le jardin de ses parents (magnifique), Scott Summers avec un teeshirt crasseux et troué dans une posture d'abattement indicible, Bobby Drake caché sous ses draps partiellement recouverts de neige.
Le lecteur ressent forcément une pointe de déception du fait que Steve Rude n'ait pas dessiné les 6 épisodes. Les dessins de Paul Smith s'inscrivent dans l'approche de ceux de Rude, mais avec un encrage plus léger, et une densité d'information moins élevée. Ils en conservent néanmoins l'élégance. Les dessins d'Esad Ribic reviennent à une apparence beaucoup plus classique de dessins de superhéros, une variété de prise de vue moins importante, mais une forme de romantisation des personnages pour leur donner une aura plus tragique. Globalement ces deux derniers épisodes sont nettement un cran en dessous des quatre premiers.
À la fin du tome, le lecteur reste sur l'impression d'un rendez-vous manqué. Joe Casey sait tisser la toile de fond de la création des X-Men, en étant raccord avec leurs débuts dans leur propre série en 1963. Mais il a bien du mal à les faire exister, à générer une empathie chez le lecteur. La première partie du récit n'en reste pas moins très agréable du fait des dessins toujours pleins de charme et d'élégance de Steve Rude. La narration visuelle baisse d'un cran dans la deuxième moitié du récit.
Je ne suis certainement pas la cible de cette nouvelle série, mais bon, j'aurai tenté. J'en ressors assez dubitatif.
On part donc sur une parodie du jeu mondialement connu et plébiscité Fortnite où nous allons retrouver trois énergumènes aussi nuls que flippés. Chef cherche à recruter 2 acolytes pour former une équipe qui assurera le Top 1, mais il va se retrouver avec deux bras cassés : Big Gun et Marcel.
Le ressort humoristique est loin d'être nouveau, l'humour absurde et bébête s'impose et j'avoue ne pas avoir ris ou souris beaucoup au fil de ma lecture. Ajoutez à cela un dessin assez minimaliste et caricatural, et je me suis ennuyé assez vite.
Le jeune public fan du jeu y trouvera peut-être plus de plaisir, mais ce n'est clairement pas pour moi.
Milo Manara donne dans le comics.
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En 2010 sort cette histoire en 1 tome de 48 pages dessinée par l'un des plus grands illustrateurs italiens de bandes dessinées, avec Chris Claremont au scénario.
Cinq membres féminins des X-Men passent une semaine de vacances à Kirinos en Grèce : Kitty Pryde (Shadowcat), Rachel Summers (Marvel Girl), Ororo Munroe (Storm), Anna Marie (Rogue) et Betsy Braddock (Psylocke). Au cours d'une soirée, Rachel est enlevée de force par un inconnu. Les autres X-Women se lancent à sa poursuite et remontent sa trace jusqu'à Madripoor (une île fictive coincée entre Singapour et Sumatra). Les héroïnes retrouvent Rachel dans une forteresse dont elles sont expulsées après perdu leurs pouvoirs, et sans avoir récupéré Rachel. Elles sont alors à la merci de pirates qui vouent un culte aux avions cargos.
Les comics américains souffrent d'un terrible complexe vis-à-vis de la bande dessinée franco-belge. Ils lui envient sa légitimité culturelle (qui n'est pas innée, mais un acquis durement gagné). Donc, chaque fois que l'occasion se présente, l'éditeur américain fait tout pour qu'un projet mariant un artiste américain avec un grand nom européen puisse aboutir. Le résultat n'est pas toujours à la hauteur (qui se souvient des deux épisodes du Silver Surfer écrit par Stan Lee et dessinée par Moebius dans Surfeur d'argent ?). Par la magie des agents des uns et des autres, Milo Manara dessine une aventure des X-Men écrite par Chris Claremont spécialement pour l'occasion.
Claremont s'acquitte de sa tâche avec un savoir faire très professionnel. L'intrigue est linéaire à souhait, seule l'ordre des planches fait qu'une partie de l'intrigue devient un retour en arrière. L'histoire n'a aucune importance et aucune conséquence. Il s'agit juste pour le scénariste d'enfiler les moments mettant en valeur les talents de Manara : les filles en action, les filles dans des tenues moulantes et hyper courtes, les filles en train de s'étreindre, les filles entravées et les filles en train de se battre. Ai-je fait le tour ? Ah non, il a aussi situé l'action dans des décors qu'affectionne le maître : jungle, crypte et vie nocturne.
Donc Milo Manara dispose d'un scénario simple lui permettant de briller de mille feux en dessinant ce qui l'a rendu célèbre (mais il sait faire d'autres choses plus ambitieuses aussi). Et dès la couverture, on comprend que Marvel ait été bien embêté pour commercialiser ce produit. Si vous examinez bien l'illustration, vous constaterez que chacune des quatre héroïnes a la bouche entrouverte dans un mouvement très sensuel qui semble en complet décalage par rapport à la situation. Toutes les situations sont bonnes pour dessiner les unes et les autres dans des postures lascives ou équivoques. Kitty aide Betsy à traverser un éboulement rocheux : elles sont toutes les deux enlacées dans une grande intimité physique. La responsable des criminels a une chemise avec col serré et décolleté jusqu'au nombril permettant une vue avantageuse sur sa poitrine. Kitty accrochée à une liane rattrape de justesse Storm qui tombe la tête en bas et voilà les 2 jeunes femmes dans une position tête bêche des plus équivoques. Betsy et Kitty sont obligées de se changer après l'anéantissement de leur costume ; pas de chance il ne reste que des teeshirts un peu courts qui dévoilent leur postérieur à chaque mouvement. Et c'est comme ça à toutes les pages.
Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Chaque page regorge de détails et chaque décor est magnifique. Manara ne s'est pas contenté de dessiner des jolies filles à chaque page dans des cases vides de décors. Il a parfaitement joué le jeu et illustré une bande dessinée dont il n'a pas à rougir. Rien n'est bâclé. Il a réalisé lui-même l'encrage Chaque dessin est magnifique et chaque rappelle que Manara sait tout dessiner. C'est même un des points forts de cette histoire que de pouvoirs contempler des affrontements qui sont revenus à une échelle plus normale et dont la mise en page coule toute seule. Comme d'habitude, Dave Stewart a réalisé une mise en couleurs aussi somptueuse que nuancée.
X-Women repose sur un scénario très convenu et des illustrations magnifiques et très orientées vers une mise en valeur systématique de la beauté des héroïnes.
Une lecture dont je suis sorti déçu. J’ai toujours eu du mal avec le dessin de Cestac. Certes il est très lisible, mais je n’accroche pas à son style et ses gros nez – affaire de goût sans doute.
Mais c’est d’Algoud que j’attendais plus, ou autre chose. En fait, je n’ai pas aimé le ton avec lequel il présente son action d’enseignant, avec lequel il se met en scène. C’est con, mais lui que j’apprécie dans ses actions et ses travaux plus ou moins décalés, iconoclastes, m’a donné un ressenti horripilant de lui-même.
Même lorsqu’il présente sa pédagogie – hors des clous, voire son compagnonnage avec Choron et l’équipe d’Hara-Kiri, on a l’impression de lire un vieux con qui donne des leçons. Un côté « prétentieux » qui détonne par rapport à ce qu’il fait ou dit, et par rapport à ce que je connaissais de lui. Et je ne parle pas de tous les aspects du métier d’enseignants qui n’apparaissent pas – un peu comme dans les épisodes télé de « L’instit ».
A Canal (version historique, des débuts bien sûr), mais aussi dans les revues qu’il évoque (« La crécelle noire », « Camouflage »), dirigées par Jimmy Gladiator, par lesquelles je l’avais découvert (on a dû se croiser quelques fois dans des cafés ou dans des revues ultérieures, au tout début des années 1990, mais je n’en ai pas gardé souvenir), Algoud a pourtant joué un rôle intéressant d’agitateur d’idées.
Algoud, un personnage qui gagnait à être connu selon moi, mais qui ne convainc pas ici.
Une série pour les nostalgiques de vieilles BD des années 50-60 qui ne m'a pas du tout séduit.
Déjà le dessin est de la ligne claire, un style que je trouve souvent sans vie et sans dynamisme comme c'est le cas ici. Quant au scénario, c'est du récit à l'ancienne et avec tous les trucs de cette époque que je n'aime pas: personnage principal insipide et histoires d'espionnages à la James Bond avec des grosses ficelles. On retrouve des clins d'œil à la BD de l'époque, mais pas que (le masque du mystérieux méchant me fait penser à celui de Fantômas dans la série de films des années 60).
Bref, pour moi cette série est un pastiche sans intérêt qui m'a ennuyé du début jusqu'à la fin. Je préfère lire les meilleures séries de cette époque à la place.
Échange de lieu d'habitation
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Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015, écrits par Mike Carey, dessinés et encrés par Mike Perkins, avec en mise en couleurs réalisée par Andy Troy.
La première séquence montre une jeune femme essayant d'échapper à un poursuivant invisible dans une maison à étage, avec un grand terrain. Elle saute par la fenêtre et va se réfugier dans l'abri de jardin où elle y est rattrapée par ce qui ressemble à un mort vivant. le récit revient 6 mois plutôt et reprend une narration chronologique. Katie Shackley est une jeune femme qui n'a jamais quitté les États-Unis et qui est restée proche de ses parents dont elle n'habite pas très loin. Elle a décidé d'aller séjourner en Angleterre. Elle met son appartement en ligne sur un site d'échange, et a la surprise qu'il soit repéré et demandé rapidement, contre un séjour dans une grande demeure à Stratford, appelée Rowans Rise. Quelques jours plus tard, elle explore Rowans Rise, pendant qu'Emily Coles séjourne dans son petit appartement. Katie respecte la demande d'Emily de ne pas pénétrer dans sa chambre.
Un ou deux jours plus tard, il se produit une panne de courant. En remontant de rétablir l'électricité dans la cave, Katie trouve la porte de la chambre ouverte et va y jeter un coup d'œil. le soir elle se rend dans un pub, et se fait importuner par un gars du coin. Elle est tirée de ce mauvais pas par l'agent James Hallam qu'elle revoie par la suite, en dehors de son uniforme. Elle lui montre l'aménagement particulier de la chambre d'Emily. Un soir, elle croit voir un intrus derrière elle, dans la salle de bain et elle appelle la police. L'agent Hallam se déplace avec sa cheffe pour prendre sa déposition et inspecter les alentours.
Mike Carey a écrit deux des séries longues publiées par Vertigo, parmi les plus mémorables : Lucifer, et Unwritten (avec Peter Gross). Il a également écrit la série Hellblazer du numéro 175 au numéro 215. le lecteur éprouve forcément un minimum de curiosité pour ses histoires. Mike Perkins travaille régulièrement pour Marvel (par exemple sur la série Captain America écrite par Ed Brubaker, ou sur la série Carnage écrite par Gerry Conway), après avoir débuté dans l'hebdomadaire anglais 2000 AD. Dès l'ouverture, le lecteur comprend qu'il s'agit d'une histoire qui s'inscrit dans le registre de l'horreur, avec à la base une maison hantée. Effectivement, il retrouve plusieurs conventions propres à ce genre. Ça commence avec les batteries du téléphone portable de Katie Shackley qui se déchargent inopinément. Ça continue avec les plombs qui sautent, et le premier spectre fait son apparition dès le premier épisode. L'auteur a même fait le choix de montrer une apparition ou un mort vivant dans la séquence d'ouverture pour être sûr d'accrocher tout de suite l'attention du lecteur. En procédant ainsi, il désamorce une partie du suspense quant à la véritable nature du récit et à l'existence d'une forme de vie dans l'au-delà. Pour insister encore un peu, Katie Shackley semble posséder une forme de sensibilité particulière aux esprits encore présents, après que l'individu soit décédé.
Pourtant malgré cet affichage dès le début, le lecteur ne sait pas trop quelle tournure va prendre le récit. Mike Carey prend le temps de montrer sa protagoniste découvrir la maison de Rowans Rise, se promener dans les environs, se lier d'amitié avec James Hallam. Il la voit prendre conscience qu'il y a quelque chose de pourri à Rowans Rise, et tenter d'en apprendre plus. En fait, les auteurs ne misent pas l'intérêt du récit dans les apparitions de créatures surnaturelles ou d'esprits fantômes. Il apparaît rapidement que la narration s'attache surtout à montrer comment Katie Shackley retrouve une par une les pièces du puzzle, et les assemble. le lecteur la voit donc se rendre à la bibliothèque qui en est restée aux microfiches, parler avec quelques-uns des habitants pour recueillir des avis en direct, se rendre à l'hôpital pour rencontrer la sœur d'Emily Coles. Il devient vite visible que Mike Carey s'amuse bien à glisser quelques spécificités anglaises pour fournir une touche d'exotisme au lecteur américain. Il y a bien sûr l'étrange arbre des lamentations dans le jardin, le pub, le magasin qui vend de tout, la représentation de la pièce Hamlet, l'adresse mail d'Emily Coles qui évoque la chanson Emily Play de Pink Floyd (écrite par Syd Barrett), ou encore l'uniforme tellement reconnaissable de la police avec le casque bombé, sans oublier un petit tour en barque sur le fleuve.
Sur ce plan touristique, Mike Perkins joue le jeu. Il réalise des dessins descriptifs avec un bon niveau de détails. le lecteur peut donc lui aussi profiter des aspects touristiques de la narration visuelle. La demeure Rowans Ruin doit compter une bonne dizaine de pièces, et sa façade présente une architecture anglaise qui évoque effectivement les maisons de campagne. L'aménagement intérieur est moderne, fonctionnel et agréable. le pub est assez grand, avec un bon taux de fréquentation, et des poutres apparentes au plafond. le lecteur peut apprécier les ferrures du siège sur le canot. Il détaille également les façades de Stratford, en particulier celles avec des poutres apparentes, et l'aménagement de la bibliothèque. le dessinateur prend le temps pour donner une apparence consistante à ces éléments afin que le lecteur puisse se projeter dans ces lieux. Andy Troy réalise une mise en couleurs naturaliste, ajoutant les ombres quand les sources lumineuses le nécessitent. Il prend soin d'utiliser des teintes un peu plus vives le jour, et un peu plus sombres la nuit. Cette région de l'Angleterre apparaît très verdoyante, plutôt sous le beau temps (une scène de pluie quand même), agréable pour un séjour touristique.
Mike Perkins prend également soin de détailler les aménagements intérieurs, ainsi que les différents accessoires. Les personnages sont dotés de tenues vestimentaires normales, pas exclusivement utilitaires, mais sans affèterie. Les uniformes (police, infirmière) sont représentés avec exactitude. Katie Shackley est souvent en jean et teeshirt, dans des tenues décontractées, sans être révélatrices. le dessinateur représente des individus adultes, se comportant normalement, sans langage corporel exagéré, sans qu'ils ne posent pour des attitudes destinées à les mettre en avant. Enfin ils ont des morphologies normales, et différenciées. le corps de Katie Shackley n'est pas idéalisé, ni gonflé pour paraître plus sexy. Mike Perkins sait jouer de l'épaisseur des traits de contour pour effectuer des réglages sur le niveau de détails, afin que ses dessins n'apparaissent pas surchargés et restent facilement lisibles. le lecteur prend donc plaisir à se tenir à proximité de Katie Shackley pour voir ses faits et gestes, et l'accompagner alors qu'elle progresse dans son enquête.
Le dessinateur anime les personnages avec des expressions des visages mesurées, et des gestes d'adultes. le lecteur apprécie de voir des personnages sourire, ou faire une grimace de temps en temps, attestant de leurs émotions, des fluctuations de leur joie de vivre. Perkins doit également intégrer les éléments surnaturels de l'intrigue. Autant les personnages vivants font montre d'un naturel convainquant, autant les spectres semblent plus artificiels. Ils n'apparaissent qu'à de rares reprises, et pour peu de temps. Andy Troy leur applique une couleur verdâtre pour que le lecteur différencie au premier coup d'œil, les morts des vivants. L'artiste les représente dans des postures exagérées, comme pour un mauvais acteur en train de sur-jouer son rôle de mort vivant. le lecteur peut comprendre qu'il s'agit des conséquences d'une forme d'hébétude qui accompagne cet état transitoire entre la vie et la mort, mais le résultat est artificiel, et prête plus à sourire qu'à frissonner.
Puis vient le temps de conclure le récit, de tout révéler, et de l'affrontement physique. L'épisode 4 est tout entier consacré aux révélations pendant une bagarre acharnée. le lecteur est un peu pris par surprise que le récit bascule ainsi dans l'action. Mike Perkins continue à se montrer convaincant, mais il succombe à la tentation de dramatiser chaque mouvement, avec un angle de prise de vue en diagonale, tranchant fortement avec le rythme plus posé des trois épisodes précédents. Mike Carey a imaginé une motivation originale pour le tueur, mais il mélange ça avec l'intervention physique des spectres, ce qui ramène le récit dans un registre plus basique de surnaturel. Enfin, certains événements majeurs (quelques morts) se déroulent hors champ de la caméra, n'étant indiqué que dans les dialogues, ce qui leur ôte une partie de leur impact émotionnel. du coup le lecteur éprouve la sensation que le récit quitte le terrain d'une enquête plausible, pour rejoindre le terrain d'un récit plus convenu, avec des interventions surnaturelles moins crédibles et plus insipides.
Le lecteur se réjouit à l'idée de lire une nouvelle histoire consistante et sensible de Mike Carey, bénéficiant de planches d'un bon niveau. Il accompagne Katie Shackley de bonne grâce, pour une enquête réaliste dans la campagne anglaise, en profitant de l'évocation visuelle, précise sans être obsessionnelle de cette région de l'Angleterre. Il déchante un peu en découvrant le dénouement occupant le dernier épisode, qui tire l'ensemble vers le bas et le banal.
Lors du salon d’Angoulême 2023, j’avais la ferme intention de rencontrer Thomas Legrain. Je suis plutôt un aficionado de ses albums et j’ai donc tendance à acheter les yeux fermés ses BD.
Il est bien là et je me fais une joie de le voir, de pouvoir échanger avec lui et de récupérer au passage une belle dédicace. Sur le stand des éditions Lombard son dernier album Latah est bien là mais c’est une petite désillusion, l’album proposé à la vente est la version en noir et blanc, série limitée à 1450 exemplaire à 35 euros ! C’est cher mais bon je franchis le pas. Quand on aime on ne compte pas.
Les échanges sont bons, la dédicace est belle, je suis satisfait.
Je suis impatient, je vais au fief de bdtheque durant le festival d’Angougou… le bar le Lattitude pour m’attaquer à la lecture de cet album fraichement acquis. Et là c’est la grosse déception !
Latah nous entraîne dans l’horreur de la guerre du Vietnam, où nous suivons un groupe de soldats américains dans la jungle, entre deux bombardements au napalm. Je feuillette quelques pages. Le dessin est parfait, empreint de réalisme, avec des décors à couper le souffle.
Je me rends compte rapidement qu'il y a cependant deux gros bémols à cet album
La jungle luxuriante est fade, froide … nulle ! Pour le côté torpeur, moiteur et luxuriance ce n’est pas du tout ça. Le noir et blanc n’est pas du tout adapté. J’ai l’impression de m'être fait avoir surtout quand j’ai découvert plusieurs mois après la version colorisée.
L’histoire quant à elle mêle l’ambiance d’apocalypse now et de predator avec une semi divinité qui revient pour expurger la souffrance d’un peuple meurtri par la guerre. Le mélange des genres (guerre et fantastique) n’est pas du tout une réussite. J’ai même abandonné ma lecture à mi-parcours dans un premier temps tellement je trouvais ça mauvais.
Il m’a fallu attendre presque 1 an ½ avant que je termine cet album que j’avais délaissé dans un coin. Avec du recul je n’aurais jamais dû acheter cette version noir et blanc inappropriée pour les yeux, uniquement faite pour faire payer au prix fort les gogos – je me compte dedans. On ne m’y reprendra plus !
Thomas Legrain a du talent mais sur ce coup-là il s’est laissé embarquer dans une histoire invraisemblable. Il peut mieux faire.
J'ai du mal à trancher entre les aspects objectivement bons de la BD et un ressenti final plutôt bof quand à ma lecture. C'est le genre de BD que je lis sans grand plaisir et que j'oublie peu de temps après, la faute à un ton monotone et une histoire pas forcément palpitante.
C'est un type qui se donne le défi de ne parler à personne pendant deux mois à New-York, comme un défi après une séparation douloureuse. Il y a quelques moments amusants parfois mais l'ambiance est plus sombre et sérieuse. C'est une sorte d'histoire d'amour, mais qui est plus tournée vers la ville de New-York. Pas mon genre de romances, je suis plus campagne sentant la bouse que ville sentant l'essence, mais pourquoi pas ?
Et c'est d'ailleurs plutôt bien mené avec quelques métaphores bien senties et une belle image de retrouvailles, mais l'ensemble m'a semblé parasité par les monologues internes, longs et parfois philosophiques, qui faisaient lourds au final.
La BD est tout de même assez vite lue mais m'a donné une sensation de trop peu, j'ai été assez indifférent au final et la BD me semble juste sympathique. Sans doute plus du fait de moi que de ses qualités, je suis resté assez loin de la BD.
Guerrier, magicien, prêtre et autre roublarde, ils étaient cinq héros faisant régner la justice sur le royaume. Mais 20 ans plus tard, ils ont pris leur retraite dans un petit village paumé, se contentant désormais d'éduquer leurs apprentis dans l'espoir qu'ils les remplacent un jour. Jusqu'au moment où un messager les rappelle mystérieusement à la capitale. Des mois plus tard, inquiets de ne toujours pas les voir revenir, les apprentis décident de partir à leur tour à leur recherche.
C'est une série dans l'esprit d'un Lanfeust de Troy : de la fantasy légère qui ne se prend pas au sérieux. Et comme Lanfeust, ça commence avec des jeunes héros dans un village paumé, un noble arrogant qui vient leur rendre visite et un voyage périlleux vers la capitale et vers la vraie aventure. Et comme La Quête de l'Oiseau du Temps, c'est aussi l'histoire de vieux héros, dont un guerrier barbu, à la retraite dans un tel village et rappelés au service par un ancien allié. Tout cela pour dire que la série emprunte pas mal à droite et à gauche pour un résultat sans grande originalité.
Le dessin est correct et fait le taf, mais il donne l'impression de manquer un peu de détails. Sans ses couleurs directes, le graphisme de Boiscommun y perd énormément de son charme. Il force aussi les expressions de ses personnages qui donnent le sentiment de jouer un rôle sans trop y croire. Leurs relations aussi sonnent un peu faux, tout y parait convenu et téléguidé. Quant à l'histoire, elle n'enthousiasme guère. Tout son humour repose sur le fait que les jeunes héros sont de vrais bras cassés (hormis éventuellement l'apprentie assassin quand elle arrive à prendre ses ennemis à revers), mais les gags tombent trop souvent à plat.
Je n'ai guère été emporté par cette BD qui, si elle se laisse lire et divertit, s'oublie très vite tant elle manque d'originalité et d'impact.
Note : 2,5/5
Encore un livre emprunté en bibliothèque sur lequel je n'avais aucune information et que j'ai lu par pur envie de découvrir quelque chose. Disons que je n'ai pas été franchement emballé.
La BD peine à sortir une ligne directrice claire. C'est un mélange d'enquête policière classique parfois trop rapide dans son exécution, de folie du personnage principal qui pète un câble et voit des signes partout dans un questionnement de sa rationalité, mélangé à un duo de flic dépareillé comme on voit souvent, avec un étrange humour qui plane sur l'ensemble. Le tout est donc un peu foutraque, surtout que rien n'est franchement développé et que la fin n'est satisfaisante à aucun égard. Quel était le récit central ? Je ne saurais dire. La BD pose son rythme avec des longues cases muettes symbolisant des tâches répétitives ou quotidienne mais accélère brutalement son enquête dans une fin bien trop expédiée.
C'est une BD qui a du mal à se positionner clairement. La scène de l'interrogatoire parait burlesque, le personnage de Alex fait très flic déboussolé dans sa vie, on reste proche du style hard-boiled et Pouilloux oscille entre tragique et pathétique. Le ton est trop mal maitrisé et donne l'étrange sensation de ne pas savoir quoi dire. Le dessin simple et clair par dessus tout ça ne rajoute pas grand chose pour s'y intéresser, j'ai la sensation que la BD est assez vide de sens. Pas vraiment recommandé.
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La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
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X-Men - Les Enfants de l'atome
Une belle synthèse, mais manquant d'originalité - Ce tome revient sur les événements qui ont immédiatement précédé la première apparition des X-Men dans l'épisode 1 de la série Uncanny X-Men, paru en 1963. Il contient les six épisodes de la minisérie, initialement parus en 1999/2000, écrits par Joe Casey, dessinés par Steve Rude avec un encrage d'Andrew Pepoy (épisodes 1 à 3), Paul Smith & Michael Ryan avec un encrage d'Andrew Pepoy & Paul Smith (épisode 4), et Esad Ribic avec un encrage d'Andrew Pepoy (épisodes 5 & 6). La mise en couleurs a été réalisée par Paul Mounts pour les 6 épisodes. Un jeune mutant a perdu le contrôle de ses pouvoirs, et a détruit par accident de nombreux pavillons dans la ville de Middletown au Missouri. Juste après un reportage sur cette tragédie, la télévision diffuse l'intervention de William Metzger, un individu qui prône la défense de la race humaine contre ces monstres incontrôlables dont les mutations génétiques peuvent provoquer des catastrophes. Dans un bureau de FBI, l'agent Amos (surnommé Fred) Duncan reçoit l'ordre de son supérieur hiérarchique d'investiguer sur le sujet. de retour à son bureau, Fred Duncan le trouve plongé dans le noir. Il commence à parler à haute voix pour prendre des notes sur son dictaphone qu'il a surnommé Bill. Il est interrompu par un individu en chaise roulante qui se trouve dans son bureau et qui commence à lui expliquer son point de vue sur les mutants. La nuit, un individu avec des ailes vient en aide à une femme se faisant agresser dans une rue de New York. le lendemain, Charles Xavier se rend chez les Grey pour évoquer la possibilité qu'ils inscrivent leur fille dans son établissement. Elaine et John Grey promettent d'y réfléchir. La télévision annonce que le lycée de Freeport High School a battu tous les records d'endettement, atteignant le million de dollars de déficit. Ce jour-ci, un nouveau professeur en chaise roulante y postule pour se faire engager. Dans les couloirs, 3 individus (Chad, Mikey et Starkey) à l'allure donnant l'impression qu'ils cherchent une victime à humilier évoquent le discours de William Metzger dans les jours à venir. Ils regardent passer d'un air envieux Hank McCoy la star de l'équipe de football du lycée. Dans le gymnase, Scott Summers, un adolescent souffreteux se fait rabrouer par le professeur de sport, qui se moque de ses lunettes rouges et de sa constitution chétive. Dans l'escalier de service, Bobby Drake s'est isolé pour être tranquille en se demandant pourquoi il a si froid. Dans différents états, la peur motive des citoyens à organiser une poignée de lynchage. Régulièrement l'éditeur Marvel demande à une équipe créatrice de remettre au goût du jour, les origines d'un de ses personnages ou d'une équipe. Au tournant du millénaire, il échoit à Joe Casey de s'acquitter de cette mission pour les X-Men. du point de vue de l'intrigue, il s'agit d'une gageure car il faut intéresser le lecteur à une histoire qu'il connait déjà, voire dont il a déjà lu de nombreuses versions. Joe Casey a l'idée de commencer son histoire quelques jours avant la première scène de Uncanny X-Men 1, paru en 1963, de Jack Kirby & Stan Lee. Ce premier épisode s'ouvrait avec le professeur X appelant ses X-Men à lui. Ils étaient alors au nombre de 4 : Cyclops, Iceman, Beast et Angel, déjà avec des costumes jeune & bleu. Mais, bien sûr, ils ne sortaient pas de nulle part, ils avaient été recrutés précédemment, et l'hystérie anti-mutante trouvait ses racines dans des événements passés. Joe Casey montre donc ce qui a conduit à cet état de fait. En fonction de sa familiarité avec les premiers épisodes de la série Uncanny X-Men, le lecteur (re)découvre des faits sur le passé des personnages, amalgamés dans une narration qui rétablit une cohérence entre eux, en amenant de nouveaux éléments. le scénariste a l'art et la manière de lier les événements dans un tout cohérent. Il peut voir dans quelles conditions vivaient les premiers X-Men avant d'intégrer l'école de Westchester : Jean Grey tranquillement dans le pavillon cossu de ses parents, Hank McCoy en utilisant ses pouvoirs dans le civil tout en les faisant passer pour les capacités d'un athlète accompli, Warren Worthington en essayant d'utiliser ses pouvoirs pour redresser les torts, Scott Summers vivant dans la pauvreté et exploité par un criminel sans scrupule, Bobby Drake dans le pavillon plus modeste de ses parents. de ce point de vue, le récit satisfait la curiosité du lecteur, mais sans réussir à générer assez d'empathie pour ces personnages. Ils sont pris dans une situation où ils doivent cacher leur pouvoir, où ils tentent de les utiliser discrètement et où ils se trouvent dans des fortunes diverses. La problématique pour le lecteur est qu'il sait déjà tout cela, et que Joe Casey ne parvient pas à faire ressentir leurs états d'esprit ou leurs émotions. C'est plus ou moins marqué en fonction des personnages ; c'est criant pour Bobby Drake, et c'est moins marqué pour Scott Summers. Le lecteur peut alors s'intéresser aux personnages secondaires comme Fred Duncan, William Metzger, les 3 loubards, ou même Charles Xavier. En fait il n'en apprend pas beaucoup plus sur Fred Duncan, les 3 loubards brillent par leur dimension générique, et même William Metzger ne se différencie pas beaucoup des nombreux agitateurs anti-mutants qui l'ont précédé ou qui le suivront. du coup, le lecteur se rabat sur l'intrigue qui est dense et racontée de façon moderne, sans bulle de pensée, et avec des inserts d'émission de télévision réguliers, pour rendre compte de la perception du phénomène tel qu'il est relayé par les médias. Il y a quelques surprises avec l'apparition d'un ou deux personnages emblématiques de la série, et bien sûr des affrontements physiques à chaque épisode pour fournir le quota d'action. À nouveau le tout est bien ficelé, mais étrangement, Joe Casey semble intimidé par son sujet, trop respectueux, alors qu'il a écrit de nombreux récits décapants comme la série SEX avec Piotr Kowalski, Butcher Baker the righteous maker avec Mike Huddleston, et des récits de superhéros traditionnels comme Vengeance avec Nick Dragotta, The Bounce avec David Messina, Godland avec Tom Scioli. Le lecteur est plus impressionné par la couverture du recueil et par les 3 premiers épisodes dessinés par Steve Rude. Cet artiste a l'art et la manière de donner une impression de personnages enjoués, d'environnements vaguement rétro, avec des dessins facilement lisibles tout en contenant une bonne densité d'informations visuelles. Dès le premier épisode, le lecteur peut par exemple repérer Dana Scully et Fox Mulder dans un des couloirs du FBI. L'encrage d'Andrew Pepoy respecte bien les crayonnés de Rude, en particulier dans les arrondis élégants. le lecteur prend grand plaisir à s'immerger dans cet environnement vaguement suranné, avec des hommages visuels patents à Jack Kirby (les belles courbes de Cerebro). Il observe les tenues vestimentaires de chaque personnage, y compris des figurants, notant qu'elles renvoient parfois aux années 1960. Il détaille les ameublements et les accessoires de chaque endroit pour s'imprégner de leur atmosphère, de la personnalité des personnes qui les ont aménagés. L'intérieur des Grey est vraiment douillet, alors que la cantine du lycée est aussi impersonnelle qu'elle est fonctionnelle. Il regarde incrédule l'opulence de l'aménagement du jardin de l'école de Westchester. Régulièrement le regard du lecteur s'arrête sur une image saisissante comme l'agent Duncan parlant à son dictaphone (clin d'œil à Dale Cooper parlant à Diane), Jean Grey s'amusant à faire tournoyer des pétales de fleur autour d'elle dans le jardin de ses parents (magnifique), Scott Summers avec un teeshirt crasseux et troué dans une posture d'abattement indicible, Bobby Drake caché sous ses draps partiellement recouverts de neige. Le lecteur ressent forcément une pointe de déception du fait que Steve Rude n'ait pas dessiné les 6 épisodes. Les dessins de Paul Smith s'inscrivent dans l'approche de ceux de Rude, mais avec un encrage plus léger, et une densité d'information moins élevée. Ils en conservent néanmoins l'élégance. Les dessins d'Esad Ribic reviennent à une apparence beaucoup plus classique de dessins de superhéros, une variété de prise de vue moins importante, mais une forme de romantisation des personnages pour leur donner une aura plus tragique. Globalement ces deux derniers épisodes sont nettement un cran en dessous des quatre premiers. À la fin du tome, le lecteur reste sur l'impression d'un rendez-vous manqué. Joe Casey sait tisser la toile de fond de la création des X-Men, en étant raccord avec leurs débuts dans leur propre série en 1963. Mais il a bien du mal à les faire exister, à générer une empathie chez le lecteur. La première partie du récit n'en reste pas moins très agréable du fait des dessins toujours pleins de charme et d'élégance de Steve Rude. La narration visuelle baisse d'un cran dans la deuxième moitié du récit.
Top1
Je ne suis certainement pas la cible de cette nouvelle série, mais bon, j'aurai tenté. J'en ressors assez dubitatif. On part donc sur une parodie du jeu mondialement connu et plébiscité Fortnite où nous allons retrouver trois énergumènes aussi nuls que flippés. Chef cherche à recruter 2 acolytes pour former une équipe qui assurera le Top 1, mais il va se retrouver avec deux bras cassés : Big Gun et Marcel. Le ressort humoristique est loin d'être nouveau, l'humour absurde et bébête s'impose et j'avoue ne pas avoir ris ou souris beaucoup au fil de ma lecture. Ajoutez à cela un dessin assez minimaliste et caricatural, et je me suis ennuyé assez vite. Le jeune public fan du jeu y trouvera peut-être plus de plaisir, mais ce n'est clairement pas pour moi.
X-Men - Jeunes filles en fuite
Milo Manara donne dans le comics. - En 2010 sort cette histoire en 1 tome de 48 pages dessinée par l'un des plus grands illustrateurs italiens de bandes dessinées, avec Chris Claremont au scénario. Cinq membres féminins des X-Men passent une semaine de vacances à Kirinos en Grèce : Kitty Pryde (Shadowcat), Rachel Summers (Marvel Girl), Ororo Munroe (Storm), Anna Marie (Rogue) et Betsy Braddock (Psylocke). Au cours d'une soirée, Rachel est enlevée de force par un inconnu. Les autres X-Women se lancent à sa poursuite et remontent sa trace jusqu'à Madripoor (une île fictive coincée entre Singapour et Sumatra). Les héroïnes retrouvent Rachel dans une forteresse dont elles sont expulsées après perdu leurs pouvoirs, et sans avoir récupéré Rachel. Elles sont alors à la merci de pirates qui vouent un culte aux avions cargos. Les comics américains souffrent d'un terrible complexe vis-à-vis de la bande dessinée franco-belge. Ils lui envient sa légitimité culturelle (qui n'est pas innée, mais un acquis durement gagné). Donc, chaque fois que l'occasion se présente, l'éditeur américain fait tout pour qu'un projet mariant un artiste américain avec un grand nom européen puisse aboutir. Le résultat n'est pas toujours à la hauteur (qui se souvient des deux épisodes du Silver Surfer écrit par Stan Lee et dessinée par Moebius dans Surfeur d'argent ?). Par la magie des agents des uns et des autres, Milo Manara dessine une aventure des X-Men écrite par Chris Claremont spécialement pour l'occasion. Claremont s'acquitte de sa tâche avec un savoir faire très professionnel. L'intrigue est linéaire à souhait, seule l'ordre des planches fait qu'une partie de l'intrigue devient un retour en arrière. L'histoire n'a aucune importance et aucune conséquence. Il s'agit juste pour le scénariste d'enfiler les moments mettant en valeur les talents de Manara : les filles en action, les filles dans des tenues moulantes et hyper courtes, les filles en train de s'étreindre, les filles entravées et les filles en train de se battre. Ai-je fait le tour ? Ah non, il a aussi situé l'action dans des décors qu'affectionne le maître : jungle, crypte et vie nocturne. Donc Milo Manara dispose d'un scénario simple lui permettant de briller de mille feux en dessinant ce qui l'a rendu célèbre (mais il sait faire d'autres choses plus ambitieuses aussi). Et dès la couverture, on comprend que Marvel ait été bien embêté pour commercialiser ce produit. Si vous examinez bien l'illustration, vous constaterez que chacune des quatre héroïnes a la bouche entrouverte dans un mouvement très sensuel qui semble en complet décalage par rapport à la situation. Toutes les situations sont bonnes pour dessiner les unes et les autres dans des postures lascives ou équivoques. Kitty aide Betsy à traverser un éboulement rocheux : elles sont toutes les deux enlacées dans une grande intimité physique. La responsable des criminels a une chemise avec col serré et décolleté jusqu'au nombril permettant une vue avantageuse sur sa poitrine. Kitty accrochée à une liane rattrape de justesse Storm qui tombe la tête en bas et voilà les 2 jeunes femmes dans une position tête bêche des plus équivoques. Betsy et Kitty sont obligées de se changer après l'anéantissement de leur costume ; pas de chance il ne reste que des teeshirts un peu courts qui dévoilent leur postérieur à chaque mouvement. Et c'est comme ça à toutes les pages. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Chaque page regorge de détails et chaque décor est magnifique. Manara ne s'est pas contenté de dessiner des jolies filles à chaque page dans des cases vides de décors. Il a parfaitement joué le jeu et illustré une bande dessinée dont il n'a pas à rougir. Rien n'est bâclé. Il a réalisé lui-même l'encrage Chaque dessin est magnifique et chaque rappelle que Manara sait tout dessiner. C'est même un des points forts de cette histoire que de pouvoirs contempler des affrontements qui sont revenus à une échelle plus normale et dont la mise en page coule toute seule. Comme d'habitude, Dave Stewart a réalisé une mise en couleurs aussi somptueuse que nuancée. X-Women repose sur un scénario très convenu et des illustrations magnifiques et très orientées vers une mise en valeur systématique de la beauté des héroïnes.
Le Prof qui a sauvé sa vie
Une lecture dont je suis sorti déçu. J’ai toujours eu du mal avec le dessin de Cestac. Certes il est très lisible, mais je n’accroche pas à son style et ses gros nez – affaire de goût sans doute. Mais c’est d’Algoud que j’attendais plus, ou autre chose. En fait, je n’ai pas aimé le ton avec lequel il présente son action d’enseignant, avec lequel il se met en scène. C’est con, mais lui que j’apprécie dans ses actions et ses travaux plus ou moins décalés, iconoclastes, m’a donné un ressenti horripilant de lui-même. Même lorsqu’il présente sa pédagogie – hors des clous, voire son compagnonnage avec Choron et l’équipe d’Hara-Kiri, on a l’impression de lire un vieux con qui donne des leçons. Un côté « prétentieux » qui détonne par rapport à ce qu’il fait ou dit, et par rapport à ce que je connaissais de lui. Et je ne parle pas de tous les aspects du métier d’enseignants qui n’apparaissent pas – un peu comme dans les épisodes télé de « L’instit ». A Canal (version historique, des débuts bien sûr), mais aussi dans les revues qu’il évoque (« La crécelle noire », « Camouflage »), dirigées par Jimmy Gladiator, par lesquelles je l’avais découvert (on a dû se croiser quelques fois dans des cafés ou dans des revues ultérieures, au tout début des années 1990, mais je n’en ai pas gardé souvenir), Algoud a pourtant joué un rôle intéressant d’agitateur d’idées. Algoud, un personnage qui gagnait à être connu selon moi, mais qui ne convainc pas ici.
Simon Hardy (Une aventure de)
Une série pour les nostalgiques de vieilles BD des années 50-60 qui ne m'a pas du tout séduit. Déjà le dessin est de la ligne claire, un style que je trouve souvent sans vie et sans dynamisme comme c'est le cas ici. Quant au scénario, c'est du récit à l'ancienne et avec tous les trucs de cette époque que je n'aime pas: personnage principal insipide et histoires d'espionnages à la James Bond avec des grosses ficelles. On retrouve des clins d'œil à la BD de l'époque, mais pas que (le masque du mystérieux méchant me fait penser à celui de Fantômas dans la série de films des années 60). Bref, pour moi cette série est un pastiche sans intérêt qui m'a ennuyé du début jusqu'à la fin. Je préfère lire les meilleures séries de cette époque à la place.
La Malédiction de Rowans
Échange de lieu d'habitation - Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015, écrits par Mike Carey, dessinés et encrés par Mike Perkins, avec en mise en couleurs réalisée par Andy Troy. La première séquence montre une jeune femme essayant d'échapper à un poursuivant invisible dans une maison à étage, avec un grand terrain. Elle saute par la fenêtre et va se réfugier dans l'abri de jardin où elle y est rattrapée par ce qui ressemble à un mort vivant. le récit revient 6 mois plutôt et reprend une narration chronologique. Katie Shackley est une jeune femme qui n'a jamais quitté les États-Unis et qui est restée proche de ses parents dont elle n'habite pas très loin. Elle a décidé d'aller séjourner en Angleterre. Elle met son appartement en ligne sur un site d'échange, et a la surprise qu'il soit repéré et demandé rapidement, contre un séjour dans une grande demeure à Stratford, appelée Rowans Rise. Quelques jours plus tard, elle explore Rowans Rise, pendant qu'Emily Coles séjourne dans son petit appartement. Katie respecte la demande d'Emily de ne pas pénétrer dans sa chambre. Un ou deux jours plus tard, il se produit une panne de courant. En remontant de rétablir l'électricité dans la cave, Katie trouve la porte de la chambre ouverte et va y jeter un coup d'œil. le soir elle se rend dans un pub, et se fait importuner par un gars du coin. Elle est tirée de ce mauvais pas par l'agent James Hallam qu'elle revoie par la suite, en dehors de son uniforme. Elle lui montre l'aménagement particulier de la chambre d'Emily. Un soir, elle croit voir un intrus derrière elle, dans la salle de bain et elle appelle la police. L'agent Hallam se déplace avec sa cheffe pour prendre sa déposition et inspecter les alentours. Mike Carey a écrit deux des séries longues publiées par Vertigo, parmi les plus mémorables : Lucifer, et Unwritten (avec Peter Gross). Il a également écrit la série Hellblazer du numéro 175 au numéro 215. le lecteur éprouve forcément un minimum de curiosité pour ses histoires. Mike Perkins travaille régulièrement pour Marvel (par exemple sur la série Captain America écrite par Ed Brubaker, ou sur la série Carnage écrite par Gerry Conway), après avoir débuté dans l'hebdomadaire anglais 2000 AD. Dès l'ouverture, le lecteur comprend qu'il s'agit d'une histoire qui s'inscrit dans le registre de l'horreur, avec à la base une maison hantée. Effectivement, il retrouve plusieurs conventions propres à ce genre. Ça commence avec les batteries du téléphone portable de Katie Shackley qui se déchargent inopinément. Ça continue avec les plombs qui sautent, et le premier spectre fait son apparition dès le premier épisode. L'auteur a même fait le choix de montrer une apparition ou un mort vivant dans la séquence d'ouverture pour être sûr d'accrocher tout de suite l'attention du lecteur. En procédant ainsi, il désamorce une partie du suspense quant à la véritable nature du récit et à l'existence d'une forme de vie dans l'au-delà. Pour insister encore un peu, Katie Shackley semble posséder une forme de sensibilité particulière aux esprits encore présents, après que l'individu soit décédé. Pourtant malgré cet affichage dès le début, le lecteur ne sait pas trop quelle tournure va prendre le récit. Mike Carey prend le temps de montrer sa protagoniste découvrir la maison de Rowans Rise, se promener dans les environs, se lier d'amitié avec James Hallam. Il la voit prendre conscience qu'il y a quelque chose de pourri à Rowans Rise, et tenter d'en apprendre plus. En fait, les auteurs ne misent pas l'intérêt du récit dans les apparitions de créatures surnaturelles ou d'esprits fantômes. Il apparaît rapidement que la narration s'attache surtout à montrer comment Katie Shackley retrouve une par une les pièces du puzzle, et les assemble. le lecteur la voit donc se rendre à la bibliothèque qui en est restée aux microfiches, parler avec quelques-uns des habitants pour recueillir des avis en direct, se rendre à l'hôpital pour rencontrer la sœur d'Emily Coles. Il devient vite visible que Mike Carey s'amuse bien à glisser quelques spécificités anglaises pour fournir une touche d'exotisme au lecteur américain. Il y a bien sûr l'étrange arbre des lamentations dans le jardin, le pub, le magasin qui vend de tout, la représentation de la pièce Hamlet, l'adresse mail d'Emily Coles qui évoque la chanson Emily Play de Pink Floyd (écrite par Syd Barrett), ou encore l'uniforme tellement reconnaissable de la police avec le casque bombé, sans oublier un petit tour en barque sur le fleuve. Sur ce plan touristique, Mike Perkins joue le jeu. Il réalise des dessins descriptifs avec un bon niveau de détails. le lecteur peut donc lui aussi profiter des aspects touristiques de la narration visuelle. La demeure Rowans Ruin doit compter une bonne dizaine de pièces, et sa façade présente une architecture anglaise qui évoque effectivement les maisons de campagne. L'aménagement intérieur est moderne, fonctionnel et agréable. le pub est assez grand, avec un bon taux de fréquentation, et des poutres apparentes au plafond. le lecteur peut apprécier les ferrures du siège sur le canot. Il détaille également les façades de Stratford, en particulier celles avec des poutres apparentes, et l'aménagement de la bibliothèque. le dessinateur prend le temps pour donner une apparence consistante à ces éléments afin que le lecteur puisse se projeter dans ces lieux. Andy Troy réalise une mise en couleurs naturaliste, ajoutant les ombres quand les sources lumineuses le nécessitent. Il prend soin d'utiliser des teintes un peu plus vives le jour, et un peu plus sombres la nuit. Cette région de l'Angleterre apparaît très verdoyante, plutôt sous le beau temps (une scène de pluie quand même), agréable pour un séjour touristique. Mike Perkins prend également soin de détailler les aménagements intérieurs, ainsi que les différents accessoires. Les personnages sont dotés de tenues vestimentaires normales, pas exclusivement utilitaires, mais sans affèterie. Les uniformes (police, infirmière) sont représentés avec exactitude. Katie Shackley est souvent en jean et teeshirt, dans des tenues décontractées, sans être révélatrices. le dessinateur représente des individus adultes, se comportant normalement, sans langage corporel exagéré, sans qu'ils ne posent pour des attitudes destinées à les mettre en avant. Enfin ils ont des morphologies normales, et différenciées. le corps de Katie Shackley n'est pas idéalisé, ni gonflé pour paraître plus sexy. Mike Perkins sait jouer de l'épaisseur des traits de contour pour effectuer des réglages sur le niveau de détails, afin que ses dessins n'apparaissent pas surchargés et restent facilement lisibles. le lecteur prend donc plaisir à se tenir à proximité de Katie Shackley pour voir ses faits et gestes, et l'accompagner alors qu'elle progresse dans son enquête. Le dessinateur anime les personnages avec des expressions des visages mesurées, et des gestes d'adultes. le lecteur apprécie de voir des personnages sourire, ou faire une grimace de temps en temps, attestant de leurs émotions, des fluctuations de leur joie de vivre. Perkins doit également intégrer les éléments surnaturels de l'intrigue. Autant les personnages vivants font montre d'un naturel convainquant, autant les spectres semblent plus artificiels. Ils n'apparaissent qu'à de rares reprises, et pour peu de temps. Andy Troy leur applique une couleur verdâtre pour que le lecteur différencie au premier coup d'œil, les morts des vivants. L'artiste les représente dans des postures exagérées, comme pour un mauvais acteur en train de sur-jouer son rôle de mort vivant. le lecteur peut comprendre qu'il s'agit des conséquences d'une forme d'hébétude qui accompagne cet état transitoire entre la vie et la mort, mais le résultat est artificiel, et prête plus à sourire qu'à frissonner. Puis vient le temps de conclure le récit, de tout révéler, et de l'affrontement physique. L'épisode 4 est tout entier consacré aux révélations pendant une bagarre acharnée. le lecteur est un peu pris par surprise que le récit bascule ainsi dans l'action. Mike Perkins continue à se montrer convaincant, mais il succombe à la tentation de dramatiser chaque mouvement, avec un angle de prise de vue en diagonale, tranchant fortement avec le rythme plus posé des trois épisodes précédents. Mike Carey a imaginé une motivation originale pour le tueur, mais il mélange ça avec l'intervention physique des spectres, ce qui ramène le récit dans un registre plus basique de surnaturel. Enfin, certains événements majeurs (quelques morts) se déroulent hors champ de la caméra, n'étant indiqué que dans les dialogues, ce qui leur ôte une partie de leur impact émotionnel. du coup le lecteur éprouve la sensation que le récit quitte le terrain d'une enquête plausible, pour rejoindre le terrain d'un récit plus convenu, avec des interventions surnaturelles moins crédibles et plus insipides. Le lecteur se réjouit à l'idée de lire une nouvelle histoire consistante et sensible de Mike Carey, bénéficiant de planches d'un bon niveau. Il accompagne Katie Shackley de bonne grâce, pour une enquête réaliste dans la campagne anglaise, en profitant de l'évocation visuelle, précise sans être obsessionnelle de cette région de l'Angleterre. Il déchante un peu en découvrant le dénouement occupant le dernier épisode, qui tire l'ensemble vers le bas et le banal.
Latah
Lors du salon d’Angoulême 2023, j’avais la ferme intention de rencontrer Thomas Legrain. Je suis plutôt un aficionado de ses albums et j’ai donc tendance à acheter les yeux fermés ses BD. Il est bien là et je me fais une joie de le voir, de pouvoir échanger avec lui et de récupérer au passage une belle dédicace. Sur le stand des éditions Lombard son dernier album Latah est bien là mais c’est une petite désillusion, l’album proposé à la vente est la version en noir et blanc, série limitée à 1450 exemplaire à 35 euros ! C’est cher mais bon je franchis le pas. Quand on aime on ne compte pas. Les échanges sont bons, la dédicace est belle, je suis satisfait. Je suis impatient, je vais au fief de bdtheque durant le festival d’Angougou… le bar le Lattitude pour m’attaquer à la lecture de cet album fraichement acquis. Et là c’est la grosse déception ! Latah nous entraîne dans l’horreur de la guerre du Vietnam, où nous suivons un groupe de soldats américains dans la jungle, entre deux bombardements au napalm. Je feuillette quelques pages. Le dessin est parfait, empreint de réalisme, avec des décors à couper le souffle. Je me rends compte rapidement qu'il y a cependant deux gros bémols à cet album La jungle luxuriante est fade, froide … nulle ! Pour le côté torpeur, moiteur et luxuriance ce n’est pas du tout ça. Le noir et blanc n’est pas du tout adapté. J’ai l’impression de m'être fait avoir surtout quand j’ai découvert plusieurs mois après la version colorisée. L’histoire quant à elle mêle l’ambiance d’apocalypse now et de predator avec une semi divinité qui revient pour expurger la souffrance d’un peuple meurtri par la guerre. Le mélange des genres (guerre et fantastique) n’est pas du tout une réussite. J’ai même abandonné ma lecture à mi-parcours dans un premier temps tellement je trouvais ça mauvais. Il m’a fallu attendre presque 1 an ½ avant que je termine cet album que j’avais délaissé dans un coin. Avec du recul je n’aurais jamais dû acheter cette version noir et blanc inappropriée pour les yeux, uniquement faite pour faire payer au prix fort les gogos – je me compte dedans. On ne m’y reprendra plus ! Thomas Legrain a du talent mais sur ce coup-là il s’est laissé embarquer dans une histoire invraisemblable. Il peut mieux faire.
Manhattan Murmures
J'ai du mal à trancher entre les aspects objectivement bons de la BD et un ressenti final plutôt bof quand à ma lecture. C'est le genre de BD que je lis sans grand plaisir et que j'oublie peu de temps après, la faute à un ton monotone et une histoire pas forcément palpitante. C'est un type qui se donne le défi de ne parler à personne pendant deux mois à New-York, comme un défi après une séparation douloureuse. Il y a quelques moments amusants parfois mais l'ambiance est plus sombre et sérieuse. C'est une sorte d'histoire d'amour, mais qui est plus tournée vers la ville de New-York. Pas mon genre de romances, je suis plus campagne sentant la bouse que ville sentant l'essence, mais pourquoi pas ? Et c'est d'ailleurs plutôt bien mené avec quelques métaphores bien senties et une belle image de retrouvailles, mais l'ensemble m'a semblé parasité par les monologues internes, longs et parfois philosophiques, qui faisaient lourds au final. La BD est tout de même assez vite lue mais m'a donné une sensation de trop peu, j'ai été assez indifférent au final et la BD me semble juste sympathique. Sans doute plus du fait de moi que de ses qualités, je suis resté assez loin de la BD.
Les Apprentis - Du miel et des cailloux
Guerrier, magicien, prêtre et autre roublarde, ils étaient cinq héros faisant régner la justice sur le royaume. Mais 20 ans plus tard, ils ont pris leur retraite dans un petit village paumé, se contentant désormais d'éduquer leurs apprentis dans l'espoir qu'ils les remplacent un jour. Jusqu'au moment où un messager les rappelle mystérieusement à la capitale. Des mois plus tard, inquiets de ne toujours pas les voir revenir, les apprentis décident de partir à leur tour à leur recherche. C'est une série dans l'esprit d'un Lanfeust de Troy : de la fantasy légère qui ne se prend pas au sérieux. Et comme Lanfeust, ça commence avec des jeunes héros dans un village paumé, un noble arrogant qui vient leur rendre visite et un voyage périlleux vers la capitale et vers la vraie aventure. Et comme La Quête de l'Oiseau du Temps, c'est aussi l'histoire de vieux héros, dont un guerrier barbu, à la retraite dans un tel village et rappelés au service par un ancien allié. Tout cela pour dire que la série emprunte pas mal à droite et à gauche pour un résultat sans grande originalité. Le dessin est correct et fait le taf, mais il donne l'impression de manquer un peu de détails. Sans ses couleurs directes, le graphisme de Boiscommun y perd énormément de son charme. Il force aussi les expressions de ses personnages qui donnent le sentiment de jouer un rôle sans trop y croire. Leurs relations aussi sonnent un peu faux, tout y parait convenu et téléguidé. Quant à l'histoire, elle n'enthousiasme guère. Tout son humour repose sur le fait que les jeunes héros sont de vrais bras cassés (hormis éventuellement l'apprentie assassin quand elle arrive à prendre ses ennemis à revers), mais les gags tombent trop souvent à plat. Je n'ai guère été emporté par cette BD qui, si elle se laisse lire et divertit, s'oublie très vite tant elle manque d'originalité et d'impact. Note : 2,5/5
Ceux qui brûlent
Encore un livre emprunté en bibliothèque sur lequel je n'avais aucune information et que j'ai lu par pur envie de découvrir quelque chose. Disons que je n'ai pas été franchement emballé. La BD peine à sortir une ligne directrice claire. C'est un mélange d'enquête policière classique parfois trop rapide dans son exécution, de folie du personnage principal qui pète un câble et voit des signes partout dans un questionnement de sa rationalité, mélangé à un duo de flic dépareillé comme on voit souvent, avec un étrange humour qui plane sur l'ensemble. Le tout est donc un peu foutraque, surtout que rien n'est franchement développé et que la fin n'est satisfaisante à aucun égard. Quel était le récit central ? Je ne saurais dire. La BD pose son rythme avec des longues cases muettes symbolisant des tâches répétitives ou quotidienne mais accélère brutalement son enquête dans une fin bien trop expédiée. C'est une BD qui a du mal à se positionner clairement. La scène de l'interrogatoire parait burlesque, le personnage de Alex fait très flic déboussolé dans sa vie, on reste proche du style hard-boiled et Pouilloux oscille entre tragique et pathétique. Le ton est trop mal maitrisé et donne l'étrange sensation de ne pas savoir quoi dire. Le dessin simple et clair par dessus tout ça ne rajoute pas grand chose pour s'y intéresser, j'ai la sensation que la BD est assez vide de sens. Pas vraiment recommandé.