Le dessin de Moebius est toujours aussi bon.
Maintenant, je dois être aussi sincère dans ma note : je me suis emmerdé, j'ai pas compris les métaphores (et j'ai pas envie de me forcer pour le comprendre), l'esthétique est pas à mon gout et je suis hermétique à la prose de Jodorowski.
La BD m'est tombée des mains, je me suis décidé à suivre la fin pour voir si quelque chose de différent allait se passer mais franchement, je m'en fichais. Et j'arrive vraiment pas avec les aspects incestueux que Jodorowski qui sont bien trop présents dans son œuvre. Je reste prude, mais moi ça ne m'intéresse pas.
Et niveau dessin, c'est du Moebius, OK, mais je suis là pour une BD. Là on a franchement de l'illustration surréaliste et finalement je suis plus écœuré lors des scènes SM. D'autant que j'ai l'impression que certains dessins sont repris (j'ai reconnu le dessin faisant l'ouverture de "La folle du Sacré-cœur"). Pour ma part, c'est du non et non, je rends la BD !
Cette série n'est vraiment pas pour moi. J'ai commencé par tourner des pages à allure accélérée pour essayer de trouver un texte qui donne du sens à cette pagination excessive (merci le papier).
Soyons rapide, si je veux un ouvrage un peu solide sur les notions de Justice et Droit, j'ai bien mieux à la maison et je relis Antigone. Ici je n'ai lu que des clichés superficiels, faciles ou très contestables.
Comme j'ai trouvé le graphisme grossier avec des proportions aléatoires, j'ai abandonné ma lecture au bout de quelques dizaines de planches
Pas du tout dans mes goûts de lecture.
Si vous pensez que ces ouvrages sont nuls, pour toutes sortes de motifs, vous avez raison. Le filon exploité par les auteurs est du même niveau que les pires idéologies, l'école c'est nul, les moches c'est leur faute, torturer des animaux et harceler des gens c'est cool. Les pauvres gamins sont volontairement tirés vers le bas, ou plutôt tout au fond du trou, parce que ça marche à grande échelle et donc que ça rapporte du fric. Et ils ne vont pas comprendre que c'est nul aussi du point de vue artistique (ou plutôt inexistant). Malheureusement, cette médiocrité est la norme partout. Comment les enfants feraient-ils la différence ? Mais ce n'est pas le pire.
Le pire, c'est qu'une fois que le cerveau des enfants sont pris au piège, on va les exploiter de tous les côtés via des "franchises". Il s'agit de vendre tous azimuts. Tout un tas de "produits dérivés" qu'ils vont exiger de leur parents, ces nazbroks. Tout ça avec l'appui de "chansons" dont certaines reprises que les gamins ne connaissent et ne comprennent pas qui ne servent qu'à laver leur cerveau et à graver bien profond l'idéologie pernicieuse et toxique des auteurs.
Les auteurs devraient avoir honte de leur mercantilisme prêt à toutes les bassesses intellectuelles pour faire encore plus de fric.
Il est frais, il est frais mon américanisme bon teint !
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Ce tome est le premier (et peut-être le dernier) d'une histoire indépendante de toute autre. Il contient les épisodes 1 à 6, initialement parus en 2015/2016, écrits par Mark Millar, dessinés et encrés par Rafael Albuquerque, et mis en couleurs par Dave McCaig.
Dans une petite bourgade rurale du Maine, vit un individu à la carrure imposante, à la figure angélique, prénommé Huck. Il exerce les fonctions de pompiste à la station-service du coin. Cet individu dispose d'une force colossale, surhumaine même et il est capable de tout retrouver. Les habitants de la petite ville font en sorte que son existence reste la plus discrète possible, secrète même. de son côté, Huck n'a jamais connu sa mère. le seul souvenir qu'il possède d'elle est le petit mot qui était dans son panier d'osier quand il a été abandonné encore nourrisson sur le porche d'un gentil couple : aimez-le. Huck est d'une bonne nature, la bonté même. Son credo est d'accomplir une bonne action par jour : arracher une souche qui résiste à un tracteur (lundi), collecter les poubelles de toute la ville (mardi), acheter un repas pour chaque habitant (mercredi), etc.
Un jour, Diane Davis (une nouvelle arrivée) est obligé de freiner d'un coup sec, alors que Huck court à toute vitesse sur la route de nuit. Elle subodore alors qu'il n'est pas comme tout le monde Madame Taylor, une voisine, finit par la mettre au parfum en lui faisant jurer le secret pour le bien de Huck et de la communauté. Mas en voyant un reportage sur l'enlèvement de femmes commandités par Boko Haram, il décide d'intervenir au Cameroun. de son côté, Diane Davis ne tient pas sa langue, poussée par l'intérêt pécuniaire. Cela n'empêchera pas Huck d'accomplir sa bonne action quotidienne (en fait si, ça va le mettre un peu en retard), mais ça va surtout le rendre visible aux yeux d'individus très intéressés, à commencer par son frère Tom.
Comme pour chaque nouvelle série écrite par Mark Millar, celle-ci a bénéficié d'une bonne campagne promotionnelle avant coureuse, puis d'un excellent bouche-à-oreille au vu des premières pages mises à disposition sur les sites spécialisés. Enfin, Mark Millar allait donner sa version de Superman, écrit de manière novatrice et respectueuse (refrain déjà entendu à l'occasion de la parution de Superior du même Mark Millar, mais c'est une autre histoire). En plus, il a encore réussi à s'adjoindre les services d'un dessinateur très en vue : Rafael Albuquerque, ayant acquis sa notoriété sur la série American Vampire de Scott Snyder. Effectivement les premières pages parues pour promouvoir le titre, montre ce beau jeune homme à la forte carrure, aux cheveux blonds coupés courts effectuer une course spectaculaire et débarrassée de tout dialogue encombrant, sautant du toit d'une voiture sur un autre, puis courant à fond dans les rues de la ville désertes de nuit, puis à travers champ, puis sur le sommet d'une falaise dénudée, pour effectuer un magnifique plongeon dans l'océan. La séquence est visuellement superbe, avec une lisibilité optimale, et un sens de la vitesse qui fait honneur au personnage.
La suite du premier épisode s'avère tout aussi convaincante et sympathique sur le plan visuel. le dessinateur fait le nécessaire pour planter les décors d'une petite ville américaine afin de lui donner une consistance et une patine intemporel. le passage au Cameroun reste très vague sur les arrière-plans, mais Daive McCaig fait un excellent travail d'habillage des cases par les couleurs pour donner l'impression d'une jungle verdoyante. La dernière page du premier épisode se présente sous la forme d'un dessin pleine page, évoquant l'Amérique florissante et accueillante de Norman Rockwell. Les pages du deuxième épisode sont construites sur le même principe. Les scènes d'action sont spectaculaires, et mettent Huck en valeur, avec sa force et sa grâce, sans jouer sur la brutalité ou la violence. le saut sur le toit d'un train en mouvement est l'occasion d'admirer une construction métallique, et l'intervention dans le désert d'Afghanistan montre une cascade d'une rare vivacité, avec un sens du mouvement exceptionnel
Du début jusqu'à la fin, Rafael Abuquerque assure un spectacle impressionnant, plutôt bon enfant. Il prend soin de planter le décor en début de chaque séquence, et Huck bénéficie d'une incroyable présence visuelle chaque fois qu'il apparaît. le dessinateur le représente souvent en train de sourire, d'un sourire franc, sans malice et sans arrière-pensée. Les autres personnages sont tout aussi vivants. L'aspect sinistre du professeur Orlov est un peu appuyé pour faire comprendre qu'il est le méchant de l'histoire. le sourire de Tom est presqu'aussi radieux que celui de son frère. Les dames sont menues et pleine d'allant, sans aucune exagération de leur sexualité. de page de page, le lecteur se dit qu'il voit le monde par les yeux de Huck, avec son émerveillement, sa simplicité et son plaisir de vivre et d'accomplir des bonnes actions. Il remarque aussi qu'Albuquerque a tendance à s'exonérer de dessiner les arrière-plans plus souvent au fur et à mesure des épisodes, ce qui rompt parfois le charme de l'immersion.
L'artiste a donc parfaitement su adapter sa façon de dessiner pour être en harmonie avec l'état d'esprit de ce jeune homme simple, voire un peu simplet au dire de certains personnages. Il représente sans difficulté toutes les choses les plus saugrenues prévues par le scénario : d'une pompe à essence vieux modèle semblant dater des années 1950, à un bleu de travail semblant provenir de la même époque, en passant une girafe, un méchant terroriste enturbanné voulant décapiter son prisonnier, ou un groupe de canards en train de traverser une autoroute. de fait, d'épisode en épisode, Mark Millar donne l'impression de brosser son lectorat américain dans le sens du poil. le récit permet de visiter quelques endroits des États-Unis : une ville du Maine, une maison un peu à l'écart dans le Vermont, ou encore un diner en Caroline du Nord. En listant les autres lieux visités, le lecteur note qu'il s'agit de pays ennemis des États-Unis ou de zones de conflits : l'Afghanistan, la Sibérie, le Cameroun. le scénariste semble tout faire pour flatter l'américain moyen en lui montrant son beau pays, et en faisant intervenir un beau jeune blond athlétique pour régler les problèmes dans des zones où les États-Unis se verraient bien en police mondiale, voire même en redresseur de torts.
D'un côté, il faut reconnaître à Mark Millar d'avoir imaginé un personnage irrésistible. Huck est un bon samaritain, sans rien de calculateur, dont les bonnes actions réchauffent le coeur : retrouver des personnes disparues, sauver des gens prisonniers d'une inondation, offrir des fleurs, retrouver un chaton disparu et le ramener à sa mère Anna Kozar. le récit est lui aussi en phase avec son protagoniste principal : bon enfant. L'auteur évoque une Amérique fantasmée, intemporelle, avec des individus prenant soin les uns des autres. Il proscrit ses provocations trash habituelles, et il reste premier degré du début jusqu'à la fin. D'un autre côté, le lecteur européen tique un peu devant cette apologie décomplexée d'une Amérique saine et vertueuse. Il tique encore plus quand, en toute mauvaise foi, Millar la fait paraître encore plus saine, en l'opposant à l'Afghanistan, à Boko Haram, ou encore aux pratiques d'emprisonnement en Sibérie. Comme souvent, Millar conçoit son récit sur mesure pour plaire à son lectorat cible par la flagornerie. Sans le dire explicitement, il vante les mérites d'un américain bon teint, sain de corps et d'esprit, qui célèbre les vertus de l'American Way of Life, voire qui présente sous son meilleur jour sa position de grand frère des autres nations de la planète. La narration premier degré du récit rend impossible d'y voir la moindre ironie, de soupçonner le moindre début de caricature.
La lecture de ce tome est très rapide, et très agréable, mais le point de vue sous-jacent la rend un peu aigre. L'intrigue est bien menée et rapide, avec une mise en place astucieuse. La deuxième partie oppose les bons aux méchants, d'une manière manichéenne, qui sous-entend que jamais les États-Unis ne se rendraient coupables des mêmes exactions que les russes (ça fait quand même un bout de temps que la Russie est entrée dans le capitalisme…). La méthode employée pour que Huck reprenne le dessus sur ses adversaires fait immédiatement penser aux personnages de Chris Claremont trouvant des ressources d'énergie insoupçonnables en eux, parce que quand on veut on peut, et parce que les héros ont le bon droit de leur côté. La fin permet de retrouver un statu quo douillet.
Cette histoire de superhéros sympathique et simple n'est pas pire qu'une histoire de superhéros Marvel ou DC et elle bénéficie d'une narration visuelle supérieure à la moyenne. Néanmoins un lecteur adulte a du mal à adhérer au produit qui lui est vendu. Pour commencer, Rafael Albuquerque prend quelques raccourcis graphiques pour terminer en temps et en heure (absence de décors de manière trop voyante). Ensuite, Mark Millar est malhonnête du début jusqu'à la fin. Il fait mine de proposer un héros au cœur pur, ayant grandi selon les principes d'une morale judéo-chrétienne, en individu désintéressé et altruiste. Mais dans le même temps, il fabrique de toute pièce un récit cousu main pour un lectorat, en flattant ses instincts patriotiques basiques, sans réflexion, sans recul, dans une démarche mercantile qui avance à visage découvert. La dissonance cognitive qui naît de ces deux dimensions ne permet pas au lecteur d'être satisfait de sa lecture psychotique.
Relâchement des mœurs
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Ben et son frère ainé Richie font leurs au-revoir à leurs parents ; ils se rendent à bord de la Ford Mustang de Richie à la résidence de vacances d'East Hampton (résidence de luxe) pour y travailler pour l'été. Dès cette scène, il apparaît que Richie a reçu tous les dons de la nature (stature physique, sportif accompli, et tout l'amour de son père) ce qui a une influence certaine sur le développement de sa personnalité. En parallèle, May et sa meilleure amie Mary font leurs au-revoir à leurs parents respectifs et voyagent par le bus pour se rendre à leur job d'été dans la même résidence hôtelière de luxe. Elles sont bien décidées à passer du bon temps. May (la rousse) a même chapardé une bouteille de bourbon dans la réserve de ses parents pour la descendre avec Mary pendant le voyage. Lors de la séance d'accueil de la nouvelle main d'oeuvre, Peter Howard Shelby (le propriétaire et patron) explique qu'il s'agit d'un établissement sérieux et mondialement réputé, et que sa femme et lui dispose de 30 années d'expérience qui leur permettent de juguler tout débordement. La première règle stipule que toute relation amoureuse entre employés est proscrite. Cela n'empêchera pas 2 couples de se former sous l'emprise d'hormones toutes puissantes. Et ces relations amoureuses se compliqueront par une tromperie franche et massive et un polichinelle dans le tiroir pour l'une des 2 demoiselles.
Avec cette histoire de 2003, Marvel et Millar frappent là où le lectorat ne les attendait pas. Marvel Comics (dans ses précédentes incarnations) avait régulièrement publié des histoires sentimentales à destination d'un public féminin. Cette tradition s'est perdue et la Maison des Idées (surnom donné à cet éditeur) avait évité ce genre pour ne pas brouiller son image. Elle avait ressuscité ledit genre pour une forme parodique dans Marvel Romance Redux (en VO). Et puis voilà que Marvel ressort l'appellation Epic comics (branche adulte des années 1980) pour ce projet très atypique. Pour corser le tout, Marvel suggère à Millar d'utiliser les prénoms des Parker (parents et oncles de Pater Parker), sans que leurs noms de famille ne soient mentionnés. Pour mémoire, à la même époque Mark Millar écrivait les douze premiers épisodes de la série Marvel Knights Spider-Man (Le dernier combat), essentiellement illustrés par Terry Dodson. Enfin la quatrième de couverture promet une bonne dose sexe, promesse tenue (mais sans aucune nudité frontale conformément à la politique puritaine et hypocrite de l'éditeur).
Au-delà de la polémique infantile sur l'identité réelle des protagonistes et l'impact sur la terre 616, Mark Millar se livre à un exercice de style très périlleux : une histoire sentimentale, sans aucun superpouvoir à l'horizon et à peine un ou deux coups poings très anecdotiques, dans un marché essentiellement destiné aux adolescents de sexe mâle.
L'histoire commence de manière sympathique avec les 4 jeunes gens (Ben, Richie, May et Mary) définis chacun par 2 traits de caractères. L'arrivée dans le site de rêve se fait sans encombre, l'alcoolisme des jeunes femmes n'ayant aucune conséquence. Les règles de bonne conduite édictées sont claires et nettes et ne posent finalement aucune difficulté pour être contournées dès le premier essai. La fille qui couche dès le premier soir se révèle être la plus fidèle, et la plus timorée s'avère inconstante au mépris des conséquences affectives. Millar insiste bien sur le fossé qui sépare les clients riches, des employés pauvres. La jeune femme victime d'une grossesse non désirée se retrouve à vivre avec un prolo pour s'assurer un toit, en payant de ses charmes.
Comme à son habitude, Mark Millar n'hésite pas à inclure de nombreux éléments de natures diverses pour maintenir l'intérêt du lecteur. Mais à la fin de ma lecture, j'ai eu un sentiment d'insatisfaction dérangeant. À mes yeux, l'histoire de ces 2 jeunes femmes ne dépasse pas le fait divers. Millar aligne les scènes de sitcom, sans aucune profondeur psychologique ou sociale. Il y a bien une grossesse non désirée qui implique pour la jeune de femme de se mettre à la colle avec un individu qu'elle trouve repoussant. Mais il n'y a aucune logique psychologique dans cette action. Elle semble juste avoir renié toutes ses convictions morales et religieuses ; du jour au lendemain elle vit en couple avec cet homme pour lequel elle ne ressent rien (même pas de la répulsion), pour le gîte et le couvert, juste en partageant son lit toutes les nuits. Ce comportement contredit de manière absolue le maigre profil psychologique dressé au début de l'histoire.
Millar ne s'intéresse jamais aux motivations psychologiques de ces personnages. le lecteur est prié d'accepter le comportement de la jeune femme qui couche dès le premier soir, sans discuter, sans chercher dans son histoire personnelle. le récit s'appuie sur le principe du C'est comme ça. D'un autre coté, quand Millar s'attaque à des motivations comportementales, la simplicité du schéma est telle (la rivalité entre les 2 frères) que c'en est risible.
Pour illustrer cette suite de scènes à prendre comme elles viennent, Millar bénéficie des illustrations magnifiques et débordantes de séduction de Terry Dosdson, encrées par sa femme Rachel. Ce tandem s'est spécialisé dans un style épuré fortement influencé par les pin-ups des années 1950. le résultat constitue un régal pour les yeux, avec des courbes douces pour les femmes, des peaux satinées, des lèvres pulpeuses, un coté enfantin et mutin. La mise en page est simple et claire, la gestuelle est éloquente. Leurs illustrations sont mignonnes et charmantes, avec ce qu'il faut de sophistication. Mais cet aspect bon enfant semble en opposition avec la gravité des situations et désamorcent l'aspect dramatique du récit.
Je n'ai pas du tout saisi l'approche de cette histoire dramatique qui place ses personnages dans des situations scabreuses, où ils changent de valeurs morales comme de chemise. Chacun semble être le jouet de ses hormones et d'une forme de destin facétieux peu clément, mais finalement indolore. Les illustrations sont très agréables à contempler, mais leur style est déphasé par rapport au ton du récit.
Selon à qui étaient confiés nos héros on a de plus ou moins bonnes surprises, mais là, on dirait un livre format poche gonflé au format album, le trait semble être fait par un Rotring 1mm, les couleurs sont improbables, les décors succincts ou absents, les personnages peu identifiables ont 2 expressions : ¾ et profil, page 23 les mains les plus mal dessinées du 9e art, dignes d'une notice de machine youpoltchèque. Dans ces conditions dur de juger du scénario, mais il m'a semblé poussif. Au secours ! Sous le masque de Floc'h, Olrik a réussi à assassiner nos héros !
Il m'aura fallu beaucoup d'abnégation pour venir à bout de cette série...
Et pourtant cela commençait plutôt bien avec ce premier tome qui introduit l'univers de Mégalex qui sans être très original (cité robotisée et ultra-contrôlée où la nature n'a plus sa place) arrivait malgré tout à susciter suffisamment d'intérêt pour poursuivre la lecture. Le dessin très informatisé et aux décors relativement dépouillés participait également selon moi à l'ambiance très aseptisée de la mégalopole. Quelques indices venaient tout de même entacher cette première impression positive comme par exemple les formes très généreuses de la quasi intégralités des personnages féminins (pourquoi les doter de protubérances mammaires aussi disproportionnées alors que cela n'ajoute rien au récit ?) ou encore les sous-entendus sexuels entre l'anomalie et l'héroïne féminine un peu lourdauds dès les premières pages du récit.
Et puis dès le second tome, on sent que cette série n'a pas été réfléchie dès le départ dans son ensemble avec l'apparition d'un verbiage omniprésent, des personnages creux et caricaturaux et des délires des auteurs de plus en plus improbables : créateurs du monde dont un est dépourvu de son enveloppe charnelle, fusion des deux personnages principaux, des animaux qui parlent, etc. Même le dessin change radicalement dans le dernier tome avec la disparition de la 3D.
Bref, vous l'aurez compris, c'est une série qui ne rentrera pas dans les annales et qui ne me laissera pas un souvenir impérissable (c'est un euphémisme).
Originalité - Histoire : 1/10
Dessin - Mise en couleurs : 5/10
NOTE GLOBALE : 6/20
J'ai pas vraiment aimé cette BD qui offre un dessin informatique franchement pas du tout à mon gout et une histoire alambiquée qui lorgne à la fois vers la science-fiction et le philosophique. Trop indigeste, dans l'ensemble.
De prime abord, j'ai été rebuté par cette colorisation informatique qui aplatit et lisse tout le dessin. L'ensemble m'a vite paru moche et ce n'est pas les innombrables dialogues assez rebutant qui m'ont donné envie de continuer.
Cependant, je m'accrochais en sentant que les auteurs voulaient développer un propos. Mais très vite je me suis perdu dans les circonvolutions de l'ensemble. Les questionnements sur le genre, la couleur de peau, la mémoire, la réalité se sont vite retrouvés imbriqués sans que je ne comprenne où nous allions. Et la fin reste aussi énigmatique que le reste. Ce qui est dommage dans ce genre de récit, c'est qu'en l'absence de fin assez claire pour qu'on puisse en tirer une compréhension, tout peut se résumer à "c'est dans leur tête". Ce qui ne donne aucun intérêt à l'ensemble, par ailleurs bien trop touffu.
Histoire qui part dans tout les sens sans forcément en avoir un, implication de beaucoup de choses qui semblent inutile dans le final, mélange de genres et de questionnements qui m'ont vite gavés, le tout porté par un dessin dont je ne suis pas fan ... Oui, c'est peu dire que je suis passé à côté de l'intérêt de cette BD.
Prix Angoulême 1990 ?? La concurrence ne devait pas se bousculer au portillon pour qu'une BD de type fanzine remporte la coupe...
Pas d'intrigue, mêmes mimiques pour tous les personnages, un peu punk, tous les ingrédients d'une excellente BD de club talentueux de lycée mais là, non.
Dans le même genre, Tank Girl fait largement mieux.
Les rapports sexuels à l'époque de la Genèse
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Il s'agit d'une histoire complète s'inspirant de quelques chapitres de la Genèse. Elle est parue sans prépublication préalable, en 2016, sous la forme d'un tome petit format, environ un tiers d'un comics habituel. Elle est écrite, dessinée et encrée par Gilbert Hernandez, et mise en couleurs par J. Feeli Pecker. La couverture est dans un matériau de type caoutchouteux. Sur la quatrième de couverture, un avertissement indique sans ambages qu'il s'agit d'un ouvrage réservé aux adultes qui évoque le péché originel. Il comprend 96 pages de bande dessinée.
Au commencement, le soleil brillait de mille feux sur une Terre vierge et arborée. Puis un pénis en érection surgit de la terre, celle-ci s'écartant pour découvrir le premier homme Adam, nu comme un ver et sexuellement excité. Il constate la présence d'animaux dans le Jardin, mais pas de compagnon qui lui ressemble. Il tient son sexe (toujours en érection) dans la main, et finit par s'allonger et se masturber jusqu'à l'éjaculation. le sperme gicle et tombe sur sa cage thoracique au niveau des côtes. La Lumière divine tombe au même endroit et pendant le sommeil d'Adam naît la femme Ève.
Passé l'épisode du serpent et de la pomme, Ève et Adam élèvent leurs deux fils Caïn et Abel. le chasseur exaspéré par la préférence que Dieu donne à son frère éleveur le tue sauvagement. Il est obligé de s'exiler et porte une marque infamante au front. 10 générations après Adam, Noé prend une femme qui lui donne 3 fils : Sem, Cham et Japhet. Noé construit une arche dans laquelle il emmène un couple de chaque espèce animale.
Effectivement, il y a deux composantes principales dans ce récit : (1) la Genèse, (2) le sexe. En voyant Gilbert Hernandez adapter la genèse, le lecteur pense forcément à celle de Robert Crumb de 2009 : La Genèse. Alors que l'ouvrage de Crumb couvre les 50 chapitres de la Genèse, celui d'Hernandez n'en couvre qu'une petite dizaine et encore pas dans le détail. Autre différence majeure : Garden of the Flesh ne reprend pas le texte de la Genèse, alors que c'était le cas pour Crumb. D'ailleurs, ce comics est très léger en texte, et il se lit assez vite, environ un quart d'heure. le lecteur ne doit donc pas s'attendre à découvrir la Genèse par le biais de cette bande dessinée, ce n'est pas un ouvrage fidèle, ni même de vulgarisation. Il y a bien la pomme et le serpent dans une interprétation très personnelle (d'ordre entièrement sexuel), mais ce n'est pas un commentaire religieux. Tout au plus le lecteur peut-il en déduire que l'auteur n'a retenu que la dimension sexuelle. Il n'en apprendra pas plus sur Caïn et Abel, si ce n'est l'interprétation visuelle littérale du signe marquant Caïn. Hernandez met en scène l'épouse de Noé qui n'est pas mentionnée dans la Bible. le passage relatif à l'Arche est expédié et suppose que le lecteur en connaisse déjà la finalité. Dieu ne se manifeste qu'à 4 occasions : pour créer Ève, pour châtier le Serpent, pour reconnaître Abel comme son préféré, et pour apposer la marque infamante sur le front de Caïn. À chaque fois, il se manifeste sous la forme d'une lumière, ou d'un éclair. À nouveau, l'auteur ne se place pas sur un plan spirituel ou religieux ; il décrit plus un phénomène surnaturel.
En continuant de lire Jardin d’Éden du point de l'adaptation, le lecteur constate les partis pris de l'auteur. Ce dernier a choisi de faire d'Ève et d'Adam, des individus de race caucasienne, à la peau blanche. Il se conforme à une vision occidentale, sans interroger ce point de vue. Il faut attendre la page 48 pour voir apparaître un personnage de couleur, de couleur de peau noire, la femme de Caïn. Il n'y a aucune explication sur ce choix, aucun indice sur une potentielle interprétation, si ce n'est la fantaisie du dessinateur à ce moment, ou peut-être même du metteur en couleur. le lecteur est encore plus déconcerté par la peau quasiment albinos de l'épouse de Noé, et par la taille de ses seins. À nouveau, aucun élément explicatif, si ce n'est que cette femme a la même morphologie que Luba, un personnage récurent de la série Love and Rockets du même auteur. Les personnages mâles sont tous blancs, sans exception. Il n'y a pas grand-chose à retirer des passages sur Abel & Caïn ou sur l'Arche de Noé, Hernandez s'en tenant à une vision naïve et littérale.
Il reste donc la scène dans le Jardin d'Éden, au cours de laquelle Ève succombe à la tentation. Gilbert Hernandez respecte le postulat de base de la Bible : Ève a été créée à partir d'une côte d'Adam et c'est par ses actes que survient le péché originel. Elle ne peut résister à la tentation du Fruit Défendu, et elle a une relation sexuelle avec le Grand Diable rouge et cornu à langue de serpent. La symbolique est donc reprise à l'identique, mais l'acte sexuel explicite n'apporte pas grand-chose de supplémentaire, puisqu'à ce stade Ève et Adam ont déjà eu une relation charnelle.
Sur les 96 pages de bande dessinée, 48 sont consacrées à représenter des actes sexuels, soit un peu plus de la moitié du récit. Une fois sorti du Jardin d'Éden, les hommes et les femmes sont vêtus de sorte à couvrir leurs parties génitales. Les hommes portent parfois une tunique leur couvrant la poitrine, par contre celle des femmes reste systématiquement découverte. Les actes sexuels comprennent quelques séquences de masturbation masculine, une séquence de masturbation féminine, des rapports dans la position du missionnaire, dans la position de la levrette, et quelques-uns dans la position de l'Andromaque. Il y a également quelques fellations, de nombreuses éjaculations faciales, et un cunnilingus. le lecteur se rend compte que Gilbert Hernandez utilise les conventions des films pornographiques, dans la mesure où les partenaires adoptent des positions telles que les organes génitaux soient visibles du lecteur, et que ce dernier ne rate rien de la pénétration. le sperme conserve une couleur blanche éclatante qui tranche avec les autres, sur la poitrine d'Adam, sur les lèvres d'Ève, sur les fesses d'Ève, sur la poitrine opulente de la femme de Noé, etc.
Cette débauche de rapports sexuels présentés à la manière d'un film à caractère pornographique tranche sur la simplicité avec laquelle l'artiste représente les personnages. Les pénétrations sont représentées de manière frontale et indubitable, mais le sexe féminin est représenté de manière simpliste, avec une seule paire de lèvres, et sans clitoris. Les organes génitaux sont représentés sans poil, à l'exception d'une petite touffe en triangle, comme si chaque personnage s'était rasé de près, y compris les bourses des hommes, à nouveau une convention du genre pornographique. Tous les rapports sont consentis entre adultes, et il n'y a pas de sexualité déviante. À 2 reprises une femme semble éprouver de la surprise lors de la jouissance. le lecteur peut apprécier ces séquences coquines, être émoustillé par la nudité des personnages et par la franchise de la pénétration. Même ainsi, arrivé au milieu du récit, il s'interroge sur la nature de ce récit.
Ce récit s'avère assez bref en temps de lecture, du fait sa pagination finalement assez réduite (à peu près l'équivalent d'un comics d'une trentaine de pages) et du nombre réduit de phylactères. Il n'apporte pas d'éclairage spirituel ou d'interprétation théologique sur le récit de la Genèse. Il en reproduit les poncifs occidentaux, en ajoutant une dose de sexe explicite. Ce dernier semble indiquer qu'une part de la culpabilité d'Ève et Adam vient du rapport de la première avec le diable, mais par la suite, tous les personnages prennent plaisir à l'acte sexuel, les femmes comme les hommes. de la même manière, la prise de conscience de la nudité par ce couple semble revêtir un caractère passager, puisque par la suite les différents époux ne semblent pas gênés par leur nudité, à commencer par les femmes qui ont toutes la poitrine découverte en toute circonstance. le lecteur éprouve l'impression que la Genèse n'est qu'un décor en carton-pâte pour montrer des ébats entre couples légitimes. D'un point de vue pornographique, le lecteur observe l'usage des positions acrobatiques nécessitées pour fournir la meilleure vue possible au voyeur, sur la base d'une demi-douzaine de positions classiques et acceptées par la moralité. Ces pages peuvent susciter le plaisir associé à ce genre de littérature, mais le manque de variété et d'enjeu psychologique ou relationnel conduit à un manque de renouvèlement les situations.
En voyant l'aspect laiteux du sperme et l'importance donnée à l'éjaculation à l'extérieur, le lecteur peut se demander s'il n'y a pas une dimension psychanalytique sous-jacente. Il se repose la question en voyant la blancheur de la peau de la femme de Noé, et le fait qu'elle conserve une voilette masquant le bas de son visage à chacune de ses apparitions, alors qu'elle est entièrement nue par ailleurs. Mais elle ne prononce pas une seule parole, et rien dans le comportement de son mari ne laisse penser qu'il aurait agi différemment avec une autre femme. En refermant ce tome, le lecteur se dit que l'évocation de la Genèse est particulièrement sommaire, un simple prétexte en fait, et que les rapports sexuels sont presque conventionnels au point d'en devenir banals. Une vision étrange et décalée, manquant de consistance, surtout de la part d'un auteur de l'envergure de Gilbert Hernandez.
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Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
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Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
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Griffes d'Ange
Le dessin de Moebius est toujours aussi bon. Maintenant, je dois être aussi sincère dans ma note : je me suis emmerdé, j'ai pas compris les métaphores (et j'ai pas envie de me forcer pour le comprendre), l'esthétique est pas à mon gout et je suis hermétique à la prose de Jodorowski. La BD m'est tombée des mains, je me suis décidé à suivre la fin pour voir si quelque chose de différent allait se passer mais franchement, je m'en fichais. Et j'arrive vraiment pas avec les aspects incestueux que Jodorowski qui sont bien trop présents dans son œuvre. Je reste prude, mais moi ça ne m'intéresse pas. Et niveau dessin, c'est du Moebius, OK, mais je suis là pour une BD. Là on a franchement de l'illustration surréaliste et finalement je suis plus écœuré lors des scènes SM. D'autant que j'ai l'impression que certains dessins sont repris (j'ai reconnu le dessin faisant l'ouverture de "La folle du Sacré-cœur"). Pour ma part, c'est du non et non, je rends la BD !
Revanche (The Hootchie Coochie)
Cette série n'est vraiment pas pour moi. J'ai commencé par tourner des pages à allure accélérée pour essayer de trouver un texte qui donne du sens à cette pagination excessive (merci le papier). Soyons rapide, si je veux un ouvrage un peu solide sur les notions de Justice et Droit, j'ai bien mieux à la maison et je relis Antigone. Ici je n'ai lu que des clichés superficiels, faciles ou très contestables. Comme j'ai trouvé le graphisme grossier avec des proportions aléatoires, j'ai abandonné ma lecture au bout de quelques dizaines de planches Pas du tout dans mes goûts de lecture.
Mortelle Adèle
Si vous pensez que ces ouvrages sont nuls, pour toutes sortes de motifs, vous avez raison. Le filon exploité par les auteurs est du même niveau que les pires idéologies, l'école c'est nul, les moches c'est leur faute, torturer des animaux et harceler des gens c'est cool. Les pauvres gamins sont volontairement tirés vers le bas, ou plutôt tout au fond du trou, parce que ça marche à grande échelle et donc que ça rapporte du fric. Et ils ne vont pas comprendre que c'est nul aussi du point de vue artistique (ou plutôt inexistant). Malheureusement, cette médiocrité est la norme partout. Comment les enfants feraient-ils la différence ? Mais ce n'est pas le pire. Le pire, c'est qu'une fois que le cerveau des enfants sont pris au piège, on va les exploiter de tous les côtés via des "franchises". Il s'agit de vendre tous azimuts. Tout un tas de "produits dérivés" qu'ils vont exiger de leur parents, ces nazbroks. Tout ça avec l'appui de "chansons" dont certaines reprises que les gamins ne connaissent et ne comprennent pas qui ne servent qu'à laver leur cerveau et à graver bien profond l'idéologie pernicieuse et toxique des auteurs. Les auteurs devraient avoir honte de leur mercantilisme prêt à toutes les bassesses intellectuelles pour faire encore plus de fric.
Huck
Il est frais, il est frais mon américanisme bon teint ! - Ce tome est le premier (et peut-être le dernier) d'une histoire indépendante de toute autre. Il contient les épisodes 1 à 6, initialement parus en 2015/2016, écrits par Mark Millar, dessinés et encrés par Rafael Albuquerque, et mis en couleurs par Dave McCaig. Dans une petite bourgade rurale du Maine, vit un individu à la carrure imposante, à la figure angélique, prénommé Huck. Il exerce les fonctions de pompiste à la station-service du coin. Cet individu dispose d'une force colossale, surhumaine même et il est capable de tout retrouver. Les habitants de la petite ville font en sorte que son existence reste la plus discrète possible, secrète même. de son côté, Huck n'a jamais connu sa mère. le seul souvenir qu'il possède d'elle est le petit mot qui était dans son panier d'osier quand il a été abandonné encore nourrisson sur le porche d'un gentil couple : aimez-le. Huck est d'une bonne nature, la bonté même. Son credo est d'accomplir une bonne action par jour : arracher une souche qui résiste à un tracteur (lundi), collecter les poubelles de toute la ville (mardi), acheter un repas pour chaque habitant (mercredi), etc. Un jour, Diane Davis (une nouvelle arrivée) est obligé de freiner d'un coup sec, alors que Huck court à toute vitesse sur la route de nuit. Elle subodore alors qu'il n'est pas comme tout le monde Madame Taylor, une voisine, finit par la mettre au parfum en lui faisant jurer le secret pour le bien de Huck et de la communauté. Mas en voyant un reportage sur l'enlèvement de femmes commandités par Boko Haram, il décide d'intervenir au Cameroun. de son côté, Diane Davis ne tient pas sa langue, poussée par l'intérêt pécuniaire. Cela n'empêchera pas Huck d'accomplir sa bonne action quotidienne (en fait si, ça va le mettre un peu en retard), mais ça va surtout le rendre visible aux yeux d'individus très intéressés, à commencer par son frère Tom. Comme pour chaque nouvelle série écrite par Mark Millar, celle-ci a bénéficié d'une bonne campagne promotionnelle avant coureuse, puis d'un excellent bouche-à-oreille au vu des premières pages mises à disposition sur les sites spécialisés. Enfin, Mark Millar allait donner sa version de Superman, écrit de manière novatrice et respectueuse (refrain déjà entendu à l'occasion de la parution de Superior du même Mark Millar, mais c'est une autre histoire). En plus, il a encore réussi à s'adjoindre les services d'un dessinateur très en vue : Rafael Albuquerque, ayant acquis sa notoriété sur la série American Vampire de Scott Snyder. Effectivement les premières pages parues pour promouvoir le titre, montre ce beau jeune homme à la forte carrure, aux cheveux blonds coupés courts effectuer une course spectaculaire et débarrassée de tout dialogue encombrant, sautant du toit d'une voiture sur un autre, puis courant à fond dans les rues de la ville désertes de nuit, puis à travers champ, puis sur le sommet d'une falaise dénudée, pour effectuer un magnifique plongeon dans l'océan. La séquence est visuellement superbe, avec une lisibilité optimale, et un sens de la vitesse qui fait honneur au personnage. La suite du premier épisode s'avère tout aussi convaincante et sympathique sur le plan visuel. le dessinateur fait le nécessaire pour planter les décors d'une petite ville américaine afin de lui donner une consistance et une patine intemporel. le passage au Cameroun reste très vague sur les arrière-plans, mais Daive McCaig fait un excellent travail d'habillage des cases par les couleurs pour donner l'impression d'une jungle verdoyante. La dernière page du premier épisode se présente sous la forme d'un dessin pleine page, évoquant l'Amérique florissante et accueillante de Norman Rockwell. Les pages du deuxième épisode sont construites sur le même principe. Les scènes d'action sont spectaculaires, et mettent Huck en valeur, avec sa force et sa grâce, sans jouer sur la brutalité ou la violence. le saut sur le toit d'un train en mouvement est l'occasion d'admirer une construction métallique, et l'intervention dans le désert d'Afghanistan montre une cascade d'une rare vivacité, avec un sens du mouvement exceptionnel Du début jusqu'à la fin, Rafael Abuquerque assure un spectacle impressionnant, plutôt bon enfant. Il prend soin de planter le décor en début de chaque séquence, et Huck bénéficie d'une incroyable présence visuelle chaque fois qu'il apparaît. le dessinateur le représente souvent en train de sourire, d'un sourire franc, sans malice et sans arrière-pensée. Les autres personnages sont tout aussi vivants. L'aspect sinistre du professeur Orlov est un peu appuyé pour faire comprendre qu'il est le méchant de l'histoire. le sourire de Tom est presqu'aussi radieux que celui de son frère. Les dames sont menues et pleine d'allant, sans aucune exagération de leur sexualité. de page de page, le lecteur se dit qu'il voit le monde par les yeux de Huck, avec son émerveillement, sa simplicité et son plaisir de vivre et d'accomplir des bonnes actions. Il remarque aussi qu'Albuquerque a tendance à s'exonérer de dessiner les arrière-plans plus souvent au fur et à mesure des épisodes, ce qui rompt parfois le charme de l'immersion. L'artiste a donc parfaitement su adapter sa façon de dessiner pour être en harmonie avec l'état d'esprit de ce jeune homme simple, voire un peu simplet au dire de certains personnages. Il représente sans difficulté toutes les choses les plus saugrenues prévues par le scénario : d'une pompe à essence vieux modèle semblant dater des années 1950, à un bleu de travail semblant provenir de la même époque, en passant une girafe, un méchant terroriste enturbanné voulant décapiter son prisonnier, ou un groupe de canards en train de traverser une autoroute. de fait, d'épisode en épisode, Mark Millar donne l'impression de brosser son lectorat américain dans le sens du poil. le récit permet de visiter quelques endroits des États-Unis : une ville du Maine, une maison un peu à l'écart dans le Vermont, ou encore un diner en Caroline du Nord. En listant les autres lieux visités, le lecteur note qu'il s'agit de pays ennemis des États-Unis ou de zones de conflits : l'Afghanistan, la Sibérie, le Cameroun. le scénariste semble tout faire pour flatter l'américain moyen en lui montrant son beau pays, et en faisant intervenir un beau jeune blond athlétique pour régler les problèmes dans des zones où les États-Unis se verraient bien en police mondiale, voire même en redresseur de torts. D'un côté, il faut reconnaître à Mark Millar d'avoir imaginé un personnage irrésistible. Huck est un bon samaritain, sans rien de calculateur, dont les bonnes actions réchauffent le coeur : retrouver des personnes disparues, sauver des gens prisonniers d'une inondation, offrir des fleurs, retrouver un chaton disparu et le ramener à sa mère Anna Kozar. le récit est lui aussi en phase avec son protagoniste principal : bon enfant. L'auteur évoque une Amérique fantasmée, intemporelle, avec des individus prenant soin les uns des autres. Il proscrit ses provocations trash habituelles, et il reste premier degré du début jusqu'à la fin. D'un autre côté, le lecteur européen tique un peu devant cette apologie décomplexée d'une Amérique saine et vertueuse. Il tique encore plus quand, en toute mauvaise foi, Millar la fait paraître encore plus saine, en l'opposant à l'Afghanistan, à Boko Haram, ou encore aux pratiques d'emprisonnement en Sibérie. Comme souvent, Millar conçoit son récit sur mesure pour plaire à son lectorat cible par la flagornerie. Sans le dire explicitement, il vante les mérites d'un américain bon teint, sain de corps et d'esprit, qui célèbre les vertus de l'American Way of Life, voire qui présente sous son meilleur jour sa position de grand frère des autres nations de la planète. La narration premier degré du récit rend impossible d'y voir la moindre ironie, de soupçonner le moindre début de caricature. La lecture de ce tome est très rapide, et très agréable, mais le point de vue sous-jacent la rend un peu aigre. L'intrigue est bien menée et rapide, avec une mise en place astucieuse. La deuxième partie oppose les bons aux méchants, d'une manière manichéenne, qui sous-entend que jamais les États-Unis ne se rendraient coupables des mêmes exactions que les russes (ça fait quand même un bout de temps que la Russie est entrée dans le capitalisme…). La méthode employée pour que Huck reprenne le dessus sur ses adversaires fait immédiatement penser aux personnages de Chris Claremont trouvant des ressources d'énergie insoupçonnables en eux, parce que quand on veut on peut, et parce que les héros ont le bon droit de leur côté. La fin permet de retrouver un statu quo douillet. Cette histoire de superhéros sympathique et simple n'est pas pire qu'une histoire de superhéros Marvel ou DC et elle bénéficie d'une narration visuelle supérieure à la moyenne. Néanmoins un lecteur adulte a du mal à adhérer au produit qui lui est vendu. Pour commencer, Rafael Albuquerque prend quelques raccourcis graphiques pour terminer en temps et en heure (absence de décors de manière trop voyante). Ensuite, Mark Millar est malhonnête du début jusqu'à la fin. Il fait mine de proposer un héros au cœur pur, ayant grandi selon les principes d'une morale judéo-chrétienne, en individu désintéressé et altruiste. Mais dans le même temps, il fabrique de toute pièce un récit cousu main pour un lectorat, en flattant ses instincts patriotiques basiques, sans réflexion, sans recul, dans une démarche mercantile qui avance à visage découvert. La dissonance cognitive qui naît de ces deux dimensions ne permet pas au lecteur d'être satisfait de sa lecture psychotique.
Trouble - L'été de tous les dangers
Relâchement des mœurs - Ben et son frère ainé Richie font leurs au-revoir à leurs parents ; ils se rendent à bord de la Ford Mustang de Richie à la résidence de vacances d'East Hampton (résidence de luxe) pour y travailler pour l'été. Dès cette scène, il apparaît que Richie a reçu tous les dons de la nature (stature physique, sportif accompli, et tout l'amour de son père) ce qui a une influence certaine sur le développement de sa personnalité. En parallèle, May et sa meilleure amie Mary font leurs au-revoir à leurs parents respectifs et voyagent par le bus pour se rendre à leur job d'été dans la même résidence hôtelière de luxe. Elles sont bien décidées à passer du bon temps. May (la rousse) a même chapardé une bouteille de bourbon dans la réserve de ses parents pour la descendre avec Mary pendant le voyage. Lors de la séance d'accueil de la nouvelle main d'oeuvre, Peter Howard Shelby (le propriétaire et patron) explique qu'il s'agit d'un établissement sérieux et mondialement réputé, et que sa femme et lui dispose de 30 années d'expérience qui leur permettent de juguler tout débordement. La première règle stipule que toute relation amoureuse entre employés est proscrite. Cela n'empêchera pas 2 couples de se former sous l'emprise d'hormones toutes puissantes. Et ces relations amoureuses se compliqueront par une tromperie franche et massive et un polichinelle dans le tiroir pour l'une des 2 demoiselles. Avec cette histoire de 2003, Marvel et Millar frappent là où le lectorat ne les attendait pas. Marvel Comics (dans ses précédentes incarnations) avait régulièrement publié des histoires sentimentales à destination d'un public féminin. Cette tradition s'est perdue et la Maison des Idées (surnom donné à cet éditeur) avait évité ce genre pour ne pas brouiller son image. Elle avait ressuscité ledit genre pour une forme parodique dans Marvel Romance Redux (en VO). Et puis voilà que Marvel ressort l'appellation Epic comics (branche adulte des années 1980) pour ce projet très atypique. Pour corser le tout, Marvel suggère à Millar d'utiliser les prénoms des Parker (parents et oncles de Pater Parker), sans que leurs noms de famille ne soient mentionnés. Pour mémoire, à la même époque Mark Millar écrivait les douze premiers épisodes de la série Marvel Knights Spider-Man (Le dernier combat), essentiellement illustrés par Terry Dodson. Enfin la quatrième de couverture promet une bonne dose sexe, promesse tenue (mais sans aucune nudité frontale conformément à la politique puritaine et hypocrite de l'éditeur). Au-delà de la polémique infantile sur l'identité réelle des protagonistes et l'impact sur la terre 616, Mark Millar se livre à un exercice de style très périlleux : une histoire sentimentale, sans aucun superpouvoir à l'horizon et à peine un ou deux coups poings très anecdotiques, dans un marché essentiellement destiné aux adolescents de sexe mâle. L'histoire commence de manière sympathique avec les 4 jeunes gens (Ben, Richie, May et Mary) définis chacun par 2 traits de caractères. L'arrivée dans le site de rêve se fait sans encombre, l'alcoolisme des jeunes femmes n'ayant aucune conséquence. Les règles de bonne conduite édictées sont claires et nettes et ne posent finalement aucune difficulté pour être contournées dès le premier essai. La fille qui couche dès le premier soir se révèle être la plus fidèle, et la plus timorée s'avère inconstante au mépris des conséquences affectives. Millar insiste bien sur le fossé qui sépare les clients riches, des employés pauvres. La jeune femme victime d'une grossesse non désirée se retrouve à vivre avec un prolo pour s'assurer un toit, en payant de ses charmes. Comme à son habitude, Mark Millar n'hésite pas à inclure de nombreux éléments de natures diverses pour maintenir l'intérêt du lecteur. Mais à la fin de ma lecture, j'ai eu un sentiment d'insatisfaction dérangeant. À mes yeux, l'histoire de ces 2 jeunes femmes ne dépasse pas le fait divers. Millar aligne les scènes de sitcom, sans aucune profondeur psychologique ou sociale. Il y a bien une grossesse non désirée qui implique pour la jeune de femme de se mettre à la colle avec un individu qu'elle trouve repoussant. Mais il n'y a aucune logique psychologique dans cette action. Elle semble juste avoir renié toutes ses convictions morales et religieuses ; du jour au lendemain elle vit en couple avec cet homme pour lequel elle ne ressent rien (même pas de la répulsion), pour le gîte et le couvert, juste en partageant son lit toutes les nuits. Ce comportement contredit de manière absolue le maigre profil psychologique dressé au début de l'histoire. Millar ne s'intéresse jamais aux motivations psychologiques de ces personnages. le lecteur est prié d'accepter le comportement de la jeune femme qui couche dès le premier soir, sans discuter, sans chercher dans son histoire personnelle. le récit s'appuie sur le principe du C'est comme ça. D'un autre coté, quand Millar s'attaque à des motivations comportementales, la simplicité du schéma est telle (la rivalité entre les 2 frères) que c'en est risible. Pour illustrer cette suite de scènes à prendre comme elles viennent, Millar bénéficie des illustrations magnifiques et débordantes de séduction de Terry Dosdson, encrées par sa femme Rachel. Ce tandem s'est spécialisé dans un style épuré fortement influencé par les pin-ups des années 1950. le résultat constitue un régal pour les yeux, avec des courbes douces pour les femmes, des peaux satinées, des lèvres pulpeuses, un coté enfantin et mutin. La mise en page est simple et claire, la gestuelle est éloquente. Leurs illustrations sont mignonnes et charmantes, avec ce qu'il faut de sophistication. Mais cet aspect bon enfant semble en opposition avec la gravité des situations et désamorcent l'aspect dramatique du récit. Je n'ai pas du tout saisi l'approche de cette histoire dramatique qui place ses personnages dans des situations scabreuses, où ils changent de valeurs morales comme de chemise. Chacun semble être le jouet de ses hormones et d'une forme de destin facétieux peu clément, mais finalement indolore. Les illustrations sont très agréables à contempler, mais leur style est déphasé par rapport au ton du récit.
Blake et Mortimer - L'Art de la guerre
Selon à qui étaient confiés nos héros on a de plus ou moins bonnes surprises, mais là, on dirait un livre format poche gonflé au format album, le trait semble être fait par un Rotring 1mm, les couleurs sont improbables, les décors succincts ou absents, les personnages peu identifiables ont 2 expressions : ¾ et profil, page 23 les mains les plus mal dessinées du 9e art, dignes d'une notice de machine youpoltchèque. Dans ces conditions dur de juger du scénario, mais il m'a semblé poussif. Au secours ! Sous le masque de Floc'h, Olrik a réussi à assassiner nos héros !
Mégalex
Il m'aura fallu beaucoup d'abnégation pour venir à bout de cette série... Et pourtant cela commençait plutôt bien avec ce premier tome qui introduit l'univers de Mégalex qui sans être très original (cité robotisée et ultra-contrôlée où la nature n'a plus sa place) arrivait malgré tout à susciter suffisamment d'intérêt pour poursuivre la lecture. Le dessin très informatisé et aux décors relativement dépouillés participait également selon moi à l'ambiance très aseptisée de la mégalopole. Quelques indices venaient tout de même entacher cette première impression positive comme par exemple les formes très généreuses de la quasi intégralités des personnages féminins (pourquoi les doter de protubérances mammaires aussi disproportionnées alors que cela n'ajoute rien au récit ?) ou encore les sous-entendus sexuels entre l'anomalie et l'héroïne féminine un peu lourdauds dès les premières pages du récit. Et puis dès le second tome, on sent que cette série n'a pas été réfléchie dès le départ dans son ensemble avec l'apparition d'un verbiage omniprésent, des personnages creux et caricaturaux et des délires des auteurs de plus en plus improbables : créateurs du monde dont un est dépourvu de son enveloppe charnelle, fusion des deux personnages principaux, des animaux qui parlent, etc. Même le dessin change radicalement dans le dernier tome avec la disparition de la 3D. Bref, vous l'aurez compris, c'est une série qui ne rentrera pas dans les annales et qui ne me laissera pas un souvenir impérissable (c'est un euphémisme). Originalité - Histoire : 1/10 Dessin - Mise en couleurs : 5/10 NOTE GLOBALE : 6/20
3 Vierges
J'ai pas vraiment aimé cette BD qui offre un dessin informatique franchement pas du tout à mon gout et une histoire alambiquée qui lorgne à la fois vers la science-fiction et le philosophique. Trop indigeste, dans l'ensemble. De prime abord, j'ai été rebuté par cette colorisation informatique qui aplatit et lisse tout le dessin. L'ensemble m'a vite paru moche et ce n'est pas les innombrables dialogues assez rebutant qui m'ont donné envie de continuer. Cependant, je m'accrochais en sentant que les auteurs voulaient développer un propos. Mais très vite je me suis perdu dans les circonvolutions de l'ensemble. Les questionnements sur le genre, la couleur de peau, la mémoire, la réalité se sont vite retrouvés imbriqués sans que je ne comprenne où nous allions. Et la fin reste aussi énigmatique que le reste. Ce qui est dommage dans ce genre de récit, c'est qu'en l'absence de fin assez claire pour qu'on puisse en tirer une compréhension, tout peut se résumer à "c'est dans leur tête". Ce qui ne donne aucun intérêt à l'ensemble, par ailleurs bien trop touffu. Histoire qui part dans tout les sens sans forcément en avoir un, implication de beaucoup de choses qui semblent inutile dans le final, mélange de genres et de questionnements qui m'ont vite gavés, le tout porté par un dessin dont je ne suis pas fan ... Oui, c'est peu dire que je suis passé à côté de l'intérêt de cette BD.
Gazoline
Prix Angoulême 1990 ?? La concurrence ne devait pas se bousculer au portillon pour qu'une BD de type fanzine remporte la coupe... Pas d'intrigue, mêmes mimiques pour tous les personnages, un peu punk, tous les ingrédients d'une excellente BD de club talentueux de lycée mais là, non. Dans le même genre, Tank Girl fait largement mieux.
Jardin d'Eden
Les rapports sexuels à l'époque de la Genèse - Il s'agit d'une histoire complète s'inspirant de quelques chapitres de la Genèse. Elle est parue sans prépublication préalable, en 2016, sous la forme d'un tome petit format, environ un tiers d'un comics habituel. Elle est écrite, dessinée et encrée par Gilbert Hernandez, et mise en couleurs par J. Feeli Pecker. La couverture est dans un matériau de type caoutchouteux. Sur la quatrième de couverture, un avertissement indique sans ambages qu'il s'agit d'un ouvrage réservé aux adultes qui évoque le péché originel. Il comprend 96 pages de bande dessinée. Au commencement, le soleil brillait de mille feux sur une Terre vierge et arborée. Puis un pénis en érection surgit de la terre, celle-ci s'écartant pour découvrir le premier homme Adam, nu comme un ver et sexuellement excité. Il constate la présence d'animaux dans le Jardin, mais pas de compagnon qui lui ressemble. Il tient son sexe (toujours en érection) dans la main, et finit par s'allonger et se masturber jusqu'à l'éjaculation. le sperme gicle et tombe sur sa cage thoracique au niveau des côtes. La Lumière divine tombe au même endroit et pendant le sommeil d'Adam naît la femme Ève. Passé l'épisode du serpent et de la pomme, Ève et Adam élèvent leurs deux fils Caïn et Abel. le chasseur exaspéré par la préférence que Dieu donne à son frère éleveur le tue sauvagement. Il est obligé de s'exiler et porte une marque infamante au front. 10 générations après Adam, Noé prend une femme qui lui donne 3 fils : Sem, Cham et Japhet. Noé construit une arche dans laquelle il emmène un couple de chaque espèce animale. Effectivement, il y a deux composantes principales dans ce récit : (1) la Genèse, (2) le sexe. En voyant Gilbert Hernandez adapter la genèse, le lecteur pense forcément à celle de Robert Crumb de 2009 : La Genèse. Alors que l'ouvrage de Crumb couvre les 50 chapitres de la Genèse, celui d'Hernandez n'en couvre qu'une petite dizaine et encore pas dans le détail. Autre différence majeure : Garden of the Flesh ne reprend pas le texte de la Genèse, alors que c'était le cas pour Crumb. D'ailleurs, ce comics est très léger en texte, et il se lit assez vite, environ un quart d'heure. le lecteur ne doit donc pas s'attendre à découvrir la Genèse par le biais de cette bande dessinée, ce n'est pas un ouvrage fidèle, ni même de vulgarisation. Il y a bien la pomme et le serpent dans une interprétation très personnelle (d'ordre entièrement sexuel), mais ce n'est pas un commentaire religieux. Tout au plus le lecteur peut-il en déduire que l'auteur n'a retenu que la dimension sexuelle. Il n'en apprendra pas plus sur Caïn et Abel, si ce n'est l'interprétation visuelle littérale du signe marquant Caïn. Hernandez met en scène l'épouse de Noé qui n'est pas mentionnée dans la Bible. le passage relatif à l'Arche est expédié et suppose que le lecteur en connaisse déjà la finalité. Dieu ne se manifeste qu'à 4 occasions : pour créer Ève, pour châtier le Serpent, pour reconnaître Abel comme son préféré, et pour apposer la marque infamante sur le front de Caïn. À chaque fois, il se manifeste sous la forme d'une lumière, ou d'un éclair. À nouveau, l'auteur ne se place pas sur un plan spirituel ou religieux ; il décrit plus un phénomène surnaturel. En continuant de lire Jardin d’Éden du point de l'adaptation, le lecteur constate les partis pris de l'auteur. Ce dernier a choisi de faire d'Ève et d'Adam, des individus de race caucasienne, à la peau blanche. Il se conforme à une vision occidentale, sans interroger ce point de vue. Il faut attendre la page 48 pour voir apparaître un personnage de couleur, de couleur de peau noire, la femme de Caïn. Il n'y a aucune explication sur ce choix, aucun indice sur une potentielle interprétation, si ce n'est la fantaisie du dessinateur à ce moment, ou peut-être même du metteur en couleur. le lecteur est encore plus déconcerté par la peau quasiment albinos de l'épouse de Noé, et par la taille de ses seins. À nouveau, aucun élément explicatif, si ce n'est que cette femme a la même morphologie que Luba, un personnage récurent de la série Love and Rockets du même auteur. Les personnages mâles sont tous blancs, sans exception. Il n'y a pas grand-chose à retirer des passages sur Abel & Caïn ou sur l'Arche de Noé, Hernandez s'en tenant à une vision naïve et littérale. Il reste donc la scène dans le Jardin d'Éden, au cours de laquelle Ève succombe à la tentation. Gilbert Hernandez respecte le postulat de base de la Bible : Ève a été créée à partir d'une côte d'Adam et c'est par ses actes que survient le péché originel. Elle ne peut résister à la tentation du Fruit Défendu, et elle a une relation sexuelle avec le Grand Diable rouge et cornu à langue de serpent. La symbolique est donc reprise à l'identique, mais l'acte sexuel explicite n'apporte pas grand-chose de supplémentaire, puisqu'à ce stade Ève et Adam ont déjà eu une relation charnelle. Sur les 96 pages de bande dessinée, 48 sont consacrées à représenter des actes sexuels, soit un peu plus de la moitié du récit. Une fois sorti du Jardin d'Éden, les hommes et les femmes sont vêtus de sorte à couvrir leurs parties génitales. Les hommes portent parfois une tunique leur couvrant la poitrine, par contre celle des femmes reste systématiquement découverte. Les actes sexuels comprennent quelques séquences de masturbation masculine, une séquence de masturbation féminine, des rapports dans la position du missionnaire, dans la position de la levrette, et quelques-uns dans la position de l'Andromaque. Il y a également quelques fellations, de nombreuses éjaculations faciales, et un cunnilingus. le lecteur se rend compte que Gilbert Hernandez utilise les conventions des films pornographiques, dans la mesure où les partenaires adoptent des positions telles que les organes génitaux soient visibles du lecteur, et que ce dernier ne rate rien de la pénétration. le sperme conserve une couleur blanche éclatante qui tranche avec les autres, sur la poitrine d'Adam, sur les lèvres d'Ève, sur les fesses d'Ève, sur la poitrine opulente de la femme de Noé, etc. Cette débauche de rapports sexuels présentés à la manière d'un film à caractère pornographique tranche sur la simplicité avec laquelle l'artiste représente les personnages. Les pénétrations sont représentées de manière frontale et indubitable, mais le sexe féminin est représenté de manière simpliste, avec une seule paire de lèvres, et sans clitoris. Les organes génitaux sont représentés sans poil, à l'exception d'une petite touffe en triangle, comme si chaque personnage s'était rasé de près, y compris les bourses des hommes, à nouveau une convention du genre pornographique. Tous les rapports sont consentis entre adultes, et il n'y a pas de sexualité déviante. À 2 reprises une femme semble éprouver de la surprise lors de la jouissance. le lecteur peut apprécier ces séquences coquines, être émoustillé par la nudité des personnages et par la franchise de la pénétration. Même ainsi, arrivé au milieu du récit, il s'interroge sur la nature de ce récit. Ce récit s'avère assez bref en temps de lecture, du fait sa pagination finalement assez réduite (à peu près l'équivalent d'un comics d'une trentaine de pages) et du nombre réduit de phylactères. Il n'apporte pas d'éclairage spirituel ou d'interprétation théologique sur le récit de la Genèse. Il en reproduit les poncifs occidentaux, en ajoutant une dose de sexe explicite. Ce dernier semble indiquer qu'une part de la culpabilité d'Ève et Adam vient du rapport de la première avec le diable, mais par la suite, tous les personnages prennent plaisir à l'acte sexuel, les femmes comme les hommes. de la même manière, la prise de conscience de la nudité par ce couple semble revêtir un caractère passager, puisque par la suite les différents époux ne semblent pas gênés par leur nudité, à commencer par les femmes qui ont toutes la poitrine découverte en toute circonstance. le lecteur éprouve l'impression que la Genèse n'est qu'un décor en carton-pâte pour montrer des ébats entre couples légitimes. D'un point de vue pornographique, le lecteur observe l'usage des positions acrobatiques nécessitées pour fournir la meilleure vue possible au voyeur, sur la base d'une demi-douzaine de positions classiques et acceptées par la moralité. Ces pages peuvent susciter le plaisir associé à ce genre de littérature, mais le manque de variété et d'enjeu psychologique ou relationnel conduit à un manque de renouvèlement les situations. En voyant l'aspect laiteux du sperme et l'importance donnée à l'éjaculation à l'extérieur, le lecteur peut se demander s'il n'y a pas une dimension psychanalytique sous-jacente. Il se repose la question en voyant la blancheur de la peau de la femme de Noé, et le fait qu'elle conserve une voilette masquant le bas de son visage à chacune de ses apparitions, alors qu'elle est entièrement nue par ailleurs. Mais elle ne prononce pas une seule parole, et rien dans le comportement de son mari ne laisse penser qu'il aurait agi différemment avec une autre femme. En refermant ce tome, le lecteur se dit que l'évocation de la Genèse est particulièrement sommaire, un simple prétexte en fait, et que les rapports sexuels sont presque conventionnels au point d'en devenir banals. Une vision étrange et décalée, manquant de consistance, surtout de la part d'un auteur de l'envergure de Gilbert Hernandez.