J'ai enfin lu les trois tomes de cette série. Du coup, je complète mon avis, le fais remonter et lui colle le coup de cœur qui va bien :
Encore une BD sur la deuxième guerre mondiale et sur la Résistance ! Pffff ! Sujet inépuisable s'il en est, largement surexploité au risque parfois de paraître rébarbatif.
Mais il faut avouer que ce premier volume m'a conquis. Son dessin monochrome très élégant (et très très magnifique, purée !) lui confère une ambiance surannée extrêmement prégnante. Tout est rendu très vivant, par la grâce de ces visages expressifs et d'un découpage alerte. Le texte, délivré sur le ton de l'entretien direct, contribue aussi grandement à l'intemporalité du récit. Madeleine s'adresse directement à nous en usant du tutoiement. En filigrane est donc dressé le portrait d'une femme au caractère trempé, libérée de pas mal de pressions normatives, et dont la fraîcheur d'esprit semble échapper aux affres de l'âge. La lecture est par conséquent très fluide. On navigue entre les souvenirs de Madeleine qui, dès son plus jeune âge, se trouve confrontée tragiquement aux conséquences de la guerre, celle de 14-18.
Au final, au-delà du récit historique, cette BD dresse un portrait tissé de ces souvenirs qui enrichissent toute une vie, et maintiennent les choses bien vivaces. Il y a dans ce premier tome quelque chose de plus que dans beaucoup de récits de ce genre. En ne limitant pas la mémoire au cadre strict de la Résistance et des affaires de la guerre, les auteurs lui donnent une portée universelle, et cette histoire dans l'Histoire conserve en outre toute son actualité. J'attends la suite de pied ferme !
Dans les tomes 2 et 3, on réalise que le lecteur pénètre profondément et intimement dans la Résistance. On y est complètement immergé, essentiellement parce qu'on apprend les codes, les pratiques, les combines, mais également parce qu'on est proche des personnages. Cette proximité atteint bien entendu son paroxysme avec Madeleine Riffaud elle-même dont les auteurs dressent un édifiant portrait. On mesure tout le courage qu'a nécessité un tel engagement, et Madeleine en avait à revendre. Le dessin est décidément excellent. Une série splendide sur un thème pourtant rebattu.
On a souvent des projets, des envies, mais on repousse…
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2023. Il a été écrit par Pascal Rabaté, dessiné et mis en couleurs par François Ravard. Il comprend quatre-vingt-quatre pages de bande dessinée. Ces deux créateurs avaient précédemment réalisé ensemble Didier, la 5e roue du tracteur (2018)
Monsieur Martin Henry, un quadragénaire, peut-être quinquagénaire, attend paisiblement dans la salle d’attente du docteur Guarot, en lisant une revue, pendant qu’une femme pianote sur son portable et qu’un enfant dessine sur une table basse. Il relève un instant la tête, marquant une pause dans sa lecture, et sourit discrètement en voyant un oiseau sur une branche, à côté de son nid, de l’autre côté de la fenêtre. Le médecin ouvre la porte de son cabinet et appelle le prochain à passer : Monsieur Martin Henry. Ce dernier se lève en indiquant qu’il est en avance, ce que le médecin réfute. Le médecin s’assoit à son bureau et consulte la fiche de son patient sur l’écran de son ordinateur. Il se met une main devant le nez en fermant les yeux. Puis il annonce directement les nouvelles, sans en atténuer la brutalité : les résultats des examens sont arrivés et monsieur Henry en a pour trois mois au plus. Le patient ne comprend pas : trois mois de quoi ? Le docteur précise : trois mois à vivre, et il est large. Henry reprend : c’était un examen de routine, juste un contrôle. Le médecin rentre dans les détails : Le cœur est totalement usé, l’aorte est foutue et une greffe est impossible. Il raccompagne le patient à la porte, et le laisse aux bons soins de la secrétaire. Celle-ci indique que ça fera soixante-dix euros par chèque, ils ne prennent pas la carte bleue car la machine a rendu l’âme. Les machines sont programmées pour claquer dans les pattes des humains. On parle d’évolution, mais est-ce vraiment un progrès ?
Monsieur Henry règle son dû, et sort calmement, les mains dans les poches de son blouson. Il croise un monsieur qui arrive en courant, essoufflé. Ce dernier s’excuse auprès de la secrétaire : il est en retard, mais en même temps on n’a pas idée d’installer un cabinet de cardiologie au quatrième sans ascenseur. Il donne son nom : Henri Martin. La secrétaire relève la proximité avec le nom du client précédent. Ce dernier prend un instant sur le palier pour retrouver son calme, et il descend. Dans le cabinet, monsieur Martin s’excuse : il était prématuré de trois semaines, et c’est la seule fois où il n’est pas arrivé en retard. Il demande s’il doit se mettre torse nu. Le docteur consulte sa fiche sur l’écran de son ordinateur. Il prend conscience de sa bévue et se lève soudainement. Il ouvre la porte et interpelle sa secrétaire en lui demandant si le patient d’avant est parti : il lui demande de l’appeler sur son portable et de se dépêcher. Elle s’exécute, mais elle tombe sur sa messagerie. Le médecin décide de lui courir après pour le rattraper. La secrétaire s’enquiert du patient dans le cabinet : il répond de le faire patienter, de toute façon il est condamné.
Une histoire simple et linéaire se résumant en très peu de mots : une erreur de diagnostic incite un homme un peu empâté et débonnaire à faire le voyage au Québec avec son épouse, maintes fois remis à plus tard, pour aller voir les baleines. Ils croisent à plusieurs reprises un autre touriste français, importun mais pas méchant, et ils doivent composer avec une série de désagréments d’une banalité affligeante, sans importance. La narration visuelle participe de cette bonhomie tranquille : factuelle et dépourvue d’agressivité ou de sensationnel, avec une forme de légère simplification qui rend les dessins immédiatement lisibles, mais sans sacrifier aux détails. Le parti pris pour la mise en couleurs renforce encore l’impression d’ordinaire, presque sans relief, avec des teintes de bleu délavées, charrette, fumée, gris de lin, pervenche, pastel. Voilà une narration visuelle pleine d’humilité, se mettant comme en retrait, pour ne pas se faire remarquer, humble et effacée. Un récit réalisé par deux artisans qui ne payent pas de mine, qui ne font pas de vague, mais qui ne s’excusent pas non plus.
Il reste au plus trois mois à vivre à Martin Henry, et celui-ci ne semble pas plus affecté que ça par cette annonce. Il ne s’emporte pas, il prend l’information avec calme. Le lecteur le regarde attentivement dans son fauteuil avec son écharpe de laine, purement utilitaire, dépourvue de tout signe remarquable. Le personnage se laisse tenter par un moment de déni, juste le temps de trois cases, avec deux gestes de la main, très mesurés, sans hausser la voix. Et c’est tout : pas de colère, pas de marchandage, pas de dépression, tout au plus un ou deux moments d’abattement. C’est comme s’il passait immédiatement à l’acceptation. Le lecteur observe juste ce moment de pause sur le palier après avoir refermé la porte du cabinet du médecin. Ah si, il arbore un air maussade le temps de trois cases en pages quatorze et quinze. En fonction de sa relation avec la maladie d’une manière générale, avec le cancer éventuellement, le lecteur peut éprouver des difficultés à retenir une réaction irrépressible face à cette injustice de la vie, face au manque total d’empathie du docteur absolument dépourvu de tact et de prévenance, la froideur toute professionnelle de la secrétaire qui demande le paiement, sans une pensée pour l’éventuelle souffrance de ce patient. Il pourrait avoir envie de secouer Martin, quasi léthargique, ou exiger le minimum humain de compassion chez ces professionnels du soin. Il se rassérène un tantinet en voyant la sollicitude d’un collègue de travail qui l’invite à venir voir le match au bar du coin après le boulot, mais qui ne peut pas deviner la terrible nouvelle qui a frappé Martin.
Dans le même temps, le récit exhale une saveur bien à lui, rendant impossible toute risque d’insipidité. La gentillesse du regard de Martin Henry le rend immédiatement sympathique et agréable. L’absence de colère le rend facile à vivre : il ne s’en prend pas au médecin, encore moins à la secrétaire. Il prend sur lui et épargne cette charge à son épouse. Le lecteur envie la profonde tendresse qui existe entre elle et lui : une affection née de nombreuses années d’intimité, sans éclat, sans l’intensité de la passion, mais avec la solidité confortable et inestimable de nombreuses années vécues ensemble à s’épauler l’un l’autre, sans compétition ou confrontation, dans la compréhension et le réconfort mutuel. Les gestes affectueux prévenants attestent de cette connivence apaisée et constructive. Une fois acclimaté au caractère placide Martin Henry, le lecteur sait détecter ses réactions, il lit mieux les expressions de son visage. De petits changements qui pouvaient sembler presque insignifiants deviennent très parlants quant à son état d’esprit : un sourire en regardant l’affiche derrière son poste de travail (la queue d’une baleine sortant de l’eau, avec le mot Québec en dessous), le haussement du sourcil gauche en serrant la main de Séraphin Lanterne (un importun d’une rare ingénuité), les commissures des lèvres un tout petit peu affaissées (signe d’une contrariété qui le touche), le regard dans le vague (signe de son esprit qui vagabonde certainement en pensant à sa fin), etc. Il peut aussi s’agir d’une posture corporelle comme les bras croisés, en signe de protection ou de refus de réellement s’impliquer dans une conversation. Etc.
S’il est d’un calme remarquable en toute circonstance, Martin Henry n’est pas mort intérieurement sur le plan émotionnel. Il paraît globalement imperturbable malgré l’annonce de sa mort très proche, pour autant il y réagit en agissant. Il ne se lamente pas, ni ne nie l’évidence : il se décide à faire ce qu’il a toujours repoussé en pensant qu’il en aurait le temps plus tard. Là encore, la narration visuelle semble sans relief, et pourtant quand il prend un instant de recul, le lecteur se rend compte qu’elle l’emmène dans des endroits divers et variés : un cabinet de docteur, des cubicules de bureau sur un plateau ouvert, dans un avion à côté d’un ronfleur impénitent, devant le tapis pour attendre des bagages qui ne viennent pas, sur des trottoirs verglacés, dans un voyage en car, sur une terrasse improbable jouxtant un cours de golf, dans l’embouchure du Saint Laurent, en forêt avec même le passage de deux orignaux. Le scénariste contribue également à la couleur locale avec des termes et des expressions canadiens : papillon (circulaire), par le saint calice, votre blonde (votre épouse), se prendre une brosse (se prendre une cuite), niaiser (tergiverser, languir). Ils font usage de deux références culturelles : La ballade des gens heureux (1975), de Gérard Lenormand (1975-), et plus inattendu un hommage à un personnage de Georges Rémi. À l’aéroport, Martin Henry, accompagné par son épouse, se fait percuter par Séraphin Lanterne, au point qu’ils tombent tous les deux par terre le second sur le premier. L’hommage est transparent : Séraphin Lampion (créé en 1956), appelé Monsieur Lanterne par Bianca Castafiore, dans les aventures de Tintin. Le lecteur perçoit un second clin d’œil alors les époux Henry regardent un Derby Demolition, évoquant la dernière épreuve du rallye automobile organisé par Lampion, président du Volant Club, dont la dernière épreuve se tient au château de Moulinsart (mis à part le cochon qui vole). Par comparaison, le lecteur en vient à considérer Martin Henry comme un homme sage, mesuré, capable de prendre le recul nécessaire en toute situation, toujours animé par une pulsion de vie qu’il a appris à canaliser. La dernière scène dans l’hôpital apporte un éclairage différent sur Séraphin Lanterne, amenant le lecteur à reconsidérer son comportement, peut-être une forme de sagesse au regard des aléas de sa vie.
Une bande dessinée faite pour être vite lue, sans prétention, avec des auteurs d’une grande humilité. Mais aussi un personnage principal qui reste longtemps à l’esprit, son apparente apathie apparaissant comme être de surface, de nombreux éléments visuels et comportementaux, amenant à y voir une forme de sagesse paisible remarquable, une acceptation des difficultés de la vie, et une capacité remarquable à s’y adapter. Un modèle.
Cela faisait un moment que ce projet d’adaptation titillait Aimée de Jongh. Onze ans très exactement, mais à l’époque, l’éditeur originel lui avait opposé une fin de non-recevoir « pour des raisons de droits ». Puis, en 2021, c’est le même éditeur qui l’a sollicitée en lui donnant le feu vert. La même année, l’autrice néerlandaise pouvait se targuer d’un joli succès éditorial (Jours de sable). Alors forte d’une plus grande maturité stylistique, avec sept albums à son actif, les planètes semblaient cette fois alignées pour démarrer l’aventure. Il en résulte aujourd’hui un impressionnant pavé de plus de 300 pages, lequel nous fait littéralement entrer en immersion dans cette île paradisiaque transformée en enfer par une tribu de gosses « innocents »…
Incontestablement, Aimée de Jongh a su parfaitement s’approprier ce récit très sombre de Golding. Ici, la partie narrative s’accorde parfaitement avec la partie graphique, toutes deux totalement maîtrisées, et on y retrouve la tension inhérente au récit d’origine, faisant que ces 300 pages se dévorent d’une seule traite. L’autrice est restée très fidèle au déroulé du livre ainsi qu’à la personnalité des protagonistes, tout en élaguant les dialogues les plus denses et en privilégiant l’aspect visuel.
A ce titre, certains passages sont tout à fait saisissants (notamment la séquence où le jeune Simon tombe sur la tête de sanglier sanguinolente en pleine forêt), et apportent la valeur ajoutée que se devrait de charrier toute adaptation digne de ce nom en matière de bande dessinée. Le rendu est très fort et assez terrifiant par sa vision suggérant la mort ricanante, totalement dénuée d’empathie.
Et si les premières pages aux couleurs avenantes peuvent évoquer une naïve aventure à la Robinson Crusoë, il ne faut pas s’y fier. Progressivement, celles-ci vont prendre des tonalités plus sombres, plus rouges pour retranscrire le cauchemar résultant de la scission en deux clans du petit peuple de gamins. D’un côté, ceux qui tentent de maintenir les valeurs du monde civilisé, de l’autre, ceux qui jubilent à l’idée de laisser libre cours à leurs pulsions primales. Jusqu’à la tragédie prévisible et pourtant impensable, glaçante, débouchant sur ce constat assez sombre : l’innocence est amorale.
Avec « Sa Majesté des mouches », Aimée de Jongh prouve avec brio qu’elle fait désormais partie des autrices qui compte dans le neuvième art contemporain. Totalement en phase avec le propos très pessimiste de ce roman, elle y a trouvé de nombreux points communs avec notre monde actuel. « L’humanisme, l’empathie et la civilisation ne sont pas dans notre nature profonde », dit-elle. Et on ne peut malheureusement guère lui donner tort si l’on se base sur l’actualité internationale…
Je ne poste jamais d'avis en général, mais là, une seule étoile c'était un peu triste et non mérité.
L'auteur nous offre une BD/Manga très frais et à l'écoute de son époque. De la tranche de vie, comme on en retrouve énormément ces temps-ci, parsemée de fantaisie contemporaine autour de l'univers de la sorcellerie.
Je trouve les héroïnes attachantes, avec toutes deux des problématiques contradictoires mais auxquelles beaucoup peuvent facilement s'identifier.
L'exposition des enjeux et du lore est très bien maitrisé et on repère vite les goûts de l'auteur et ses inspirations.
Concernant le message, il est clairement engagé et bien distillé dans la narration.
Gens de droite, passez-votre chemin, car oui, on parle de sorcières qui utilisent les allocations du RSA pour s'adonner à plein temps à l'équilibre fragile de la nature (Le travail invisible, la sociologie, toussa toussa,...). Visiblement ça en choque certains, qui feraient mieux de se renseigner sur le milieu fragile de la culture, dont bon nombre d'auteurs utilisent ces mêmes aides de l’État pour nous donner les oeuvres que nous apprécions tant.
Michi no Majo est une proposition super intéressante sur la sorcellerie moderne, et j'ai hâte de lire le deuxième tome. Merci <3
L'abîme regarde aussi en toi.
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toue autre, écrite par Waren Ellis , parue en 2005/2006. Les dessins sont de Tony Harris pour l'épisode 1, de Cully Hamner pour les épisodes 2 à 4, avec une mise en couleur de JD Mettler.
Dans une grande métropole américaine (mais pas New York), Dee (une jeune femme portant des lunettes à verre teinté) se présente à la porte d'un bâtiment en apparence désaffecté, accompagnée par 2 types louches. Un gugusse finit par répondre à son coup de sonnette en lui demandant si elle est armée. Elle lui répond de haut en lui expliquant qu'elle ne risque pas de se pointer sans être armée. Elle vient prendre en charge sa livraison de crack. Donny finit par lui ouvrir et la conduit avec ses 2 acolytes vers le laboratoire. Ils passent devant une pièce où 3 hommes nus s'apprêtent à obliger une jeune femme sur un lit à prendre une dose de crack. Donny leur explique qu'elle n'a pas voulu se livrer aux actes sexuels attendus d'elle, et que les mecs emploient les moyens de persuasion à leur disposition. La jeune femme lance un regard muet mais désespéré à Dee. Cette dernière sort son flingue et déclare qu'elle est une inspectrice de police.
Dee (de son vrai nom Deanna Ransome) tire dans le ventre de Donny, puis abat 2 des individus dans la chambre. Elle avance pour protéger la jeune femme et abat le troisième en tirant directement dans ses bijoux de famille. Il s'en suit un massacre quand les autres membres du gang rappliquent. Les 2 autres policiers meurent sous les balles. Au final, Deanna Ransome a abattu 8 individus, et elle se retrouve suspendue de ses fonctions. Alors qu'elle tue le temps chez elle en fumant, elle reçoit un appel du lieutenant Lou Price qui lui donne rendez-vous dans un parc sous la pluie. Une fois sur place, il lui explique qu'elle n'a aucune chance de réintégrer le service actif, même si elle a effectivement mis fin au gang Sakura. Il lui propose d'infiltrer le gang rival, les Mendoza, commandé par Nick River, un agent qu'il avait envoyé en infiltration il y a 5 ans et qui a viré sa cuti.
À la fin du volume, le lecteur apprend que la genèse de cette histoire a été un peu compliquée. Effectivement, le premier épisode est dessiné par un artiste, remplacé dès le suivant par un autre. En outre, on apprend qu'initialement elle devait comprendre 6 épisodes, réduits à 4 pour des questions de délai, mais il est possible d'admirer les 6 couvertures réalisées à l'avance, en fin de volume. Pour le premier épisode, le lecteur retrouve l'équipe artistique de la série Ex Machina écrite par Brian K. Vaughan. Harris réalise des planches très fluides, avec un bon degré de détails, des personnages à l'allure marquante, et un bon coup de crayon pour les expressions des visages, y compris les plus marquées. Il réussit même l'exploit de rendre Deanna Ransome menaçante, y compris quand elle est coiffée avec des couettes. JD Mettler réalise une mise en couleurs assez sombre, qui complète bien les dessins et qui installe une ambiance à couper au couteau. Les aplats de noir sont massifs avec des formes travaillées, rendant compte de la noirceur du récit, mais aussi de la texture des matériaux. Tony Harris se montre un très bon metteur en scène pour la séquence de la tuerie. Il souffre un peu plus lors du dialogue final entre Deanna Ransome et le lieutenant Lou Price, Warren Ellis lui imposant des phylactères volumineux dont il a le secret.
Tony Harris s'en est allé et Cully Hamner est appelé à la rescousse. Il avait déjà collaboré avec Warren Ellis pour une histoire très rapide en 3 épisodes Red (2003) qui avait eu les honneurs d'une adaptation en film Red (2010) de Robert Schwentke avec Bruce Willis, Morgan Freeman, John Malkovich, Mary-Louise Parker, Helen Mirren et Karl Urban. Le temps des 3 premières pages de l'épisode 2, le lecteur ne fait pas la différence avec les pages de Tony Harris, le nouvel artiste réalisant une transition tout en douceur, encore adoucie par JD Mettler qui ne change pas son schéma de mise en couleurs. Puis au cours de la demi-douzaine de pages qui suivent, le lecteur se rend compte qu'Hamner s'éloigne des jolis arrondis d'Harris, pour revenir à des contours plus tracés au burin, plus durs. De la même manière, les textures des surfaces des décors ou des tenues vestimentaires disparaissent progressivement pour des arrière-plans présentant la même densité visuelle d'informations que ceux d'Harris, mais sans finition les rendant plus agréables à l'œil. Cully Hamner propose une vision de la réalité plus tranchée, plus sèche.
S'il a lu Red, le lecteur s'y attend, mais cela ne diminue en rien son plaisir de retrouver la narration visuelle efficace et sans fioriture de Cully Hamner. Ses planches comprennent le plus souvent 4 ou 5 cases par page, avec une économie de moyen étudiée qui garantit une lecture rapide. Ce rythme soutenu dans la lecture souligne la rapidité du déroulement de certaines actions. Cet artiste a l'art et la manière de faire ressortir les liens de cause à effet dans les couples action & réaction, soulignant le mouvement, la violence brute et définitive. Ce n'est qu'en prenant un peu de recul après avoir fini l'histoire que le lecteur se rend compte de son intensité immersive et qu'il n'a pas pu lâcher ce recueil avant de l'avoir fini.
S'il ne le sait pas par avance, le lecteur ne se rend pas compte que le récit ait pu initialement être conçu en 6 épisodes. À l'évidence, la réduction de pagination a contraint Warren Ellis à aller à l'essentiel, sans que le scénario n'en pâtisse ou que les personnages ne perdent en consistance. Il n'y a bien sûr qu'un seul personnage (Deanna Ransome) réellement étoffé, et le scénariste lui fait prendre de l'épaisseur par ses actes plus que par ses propos, et il n'y a pas de bulles de pensée. À la fin du premier épisode, lors de cette discussion copieuse, le lecteur apprend pour quelle raison Deanna Ransome a cessé de jouer la comédie d'acheteuse de crack et s'est mise à défourailler à tout va. Le lecteur se rend bien compte de la finesse de cette motivation, en même temps que de son intégration organique au récit. Il ne doute pas un instant que ce même traumatisme personnel va resurgir au bon moment dans la suite de l'histoire, et, sans surprise, c'est bien ce qui se produit. Comme à son habitude, Ellis écrit des séquences de 2 types bien distincts : celles où les personnages discutent, celles où ils agissent. À part celle du premier épisode, les scènes d'exposition sont rapides avec une quantité de texte maîtrisée dans les phylactères. Hamner s'en tient alors à des mises en scène simple, mais montrant bien qui a le dessus dans la discussion. Pour les scènes d'action, le lecteur retrouve la bonne coordination entre scénariste et dessinateur, de telle sorte qu'elles puissent être spectaculaires, sans être impossibles, sans nécessiter une suspension consentie d'incrédulité supérieure pour pouvoir croire ce que font les personnages.
Warren Ellis raconte un thriller reposant sur l'action avec le risque encouru à infiltrer un gang de criminels. Il a donc donné une motivation claire et basique à son personnage principal. Le récit est mené à tambour battant. Sans être renversante, la fin ne correspond pas forcément à ce qu'attendait le lecteur et comporte donc un certain degré de surprise. En tant que récit d'action, Down est bien construit efficace à souhait et sans gras. Le lecteur peut aussi être sensible au regard porté sur l'humanité au travers des différentes actions. Ellis n'est pas un auteur très optimiste et le parcours de Deanna Ransome l'oblige à appliquer le principe de réalité face aux crimes dont elle est témoin, mais également face à son efficacité à tuer. Contrairement au héros d'action qui triomphe de tous les périls inchangé, Deanna Ransome se rend compte que ses actes ont des conséquences sur son état d'esprit et qu'elle en paye le prix. Si le lecteur le souhaite, il peut donc aussi y voir un commentaire sur la nature humaine et l'inéluctabilité de devoir se confronter à sa véritable nature.
Ce récit auto-contenu et assez court ne renouvelle pas le genre du polar mâtiné d'action, mais ses auteurs sont des professionnels avec un haut niveau de compétence. Malgré le changement d'artiste en cours de route, l'histoire présente une réelle unité, et un rythme rapide, avec des visuels débarrassés du superflu, sans être inconsistants. 4 étoiles pour une histoire noire et droit au but.
La guerre sino-japonaise de la fin des années 30 est une thématique qui m'intéresse. Pour des raisons stratégiques de politique internationale on a longtemps occulté cette partie peu reluisante de l'histoire de l'armée impériale japonaise.
Ici Park Kun-Woong adapte un journal intime d'une famille impliquée dans la résistance politique à la colonisation japonaise.
L'auteur mêle le récit intimiste du quotidien de la famille avec un récit historique à hauteur des personnages réfugiés en Chine. Le récit est centrée sur la petite Jessie qui naît sous les bombes et qui va connaître ce quotidien d'alertes aériennes pendant 7 ans. Cette prime enfance de la petite coréenne est vue comme un symbole de la naissance de la Corée en dépit de la volonté de l'armée nipponne. Les auteurs superposent les progrès naturel du bébé à la contraction du territoire chinois libre en début de conflit. Les résistants politiques coréens avec l'appui du gouvernement chinois devront passer de ville en ville pour sauvegarder vivant cet esprit de reconquête.
Park rappelle le courage du peuple chinois qui n'a jamais plié sous les déluges de bombes japonaise sur les civils. Il rappelle que l'armée chinoise a vaillamment combattu seule puisque Staline avait choisi la neutralité jusqu'en 45 ( vieux résidu du pacte Germano-soviétique).
Le graphisme est minimaliste avec une forte économie de moyens. L'auteur travaille sur les noirs à la façon d'un théâtre d'ombres pour décrire les épisodes les plus meurtriers. La lumière et les émotions sont souvent réservées à la jeune Jessie comme une annonce d'un avenir meilleur. Le trait est souple et grâcieux et dégage une belle émotion mettant par alternance les épisodes joyeux de la vie intime et les angoisses de la situation historique. Malgré tout c'est une véritable optimisme qui se dégage de ce journal comme une confiance en l'avenir. Confiance dans le peuple chinois et confiance en la vie avec la naissance d'un second enfant sous les bombes.
Une lecture originale et instructive pour qui aime à découvrir les zones longtemps cachées de l'Histoire moderne. 3.5
Féministe, mais pudibonde !!! Ha ! Ha ! Ça ne fait pas très XXIe siècle !
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Ce tome contient un récit autobiographique, indépendant de tout autre. Sa première édition date de 2023. Il a été réalisé par Claire Roquigny, pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend deux-cent-cinquante-deux pages de bande dessinée.
Claire et une copine sont au musée. Elles admirent des toiles de maître : La jardinière surprise (1737) de François Boucher, Suzanne et les vieillards (1856) de Théodore Chassériau, La sortie du bain (1846) d’Edgar Degas, Le déjeuner sur l’herbe (1863) d’Édouard Manet, une aquarelle d’Auguste Rodin, La vision de Tondale d’un disciple de Jérôme Bosch. Elles se font la remarque qu’elles ne se verraient pas poser comme ça, tout en se demandant ce que serait l’histoire de l’art sans les femmes à poil. Sa copine lui demande où elle en est de sa BD sur la pudeur. Claire répond qu’elle a abandonné. Elle est au-dessus de toutes ces questions désormais. Et puis ça ressemblerait trop à un règlement de compte avec les proches, genre : elle est mal dans sa peau et c’est leur faute. Elle n’en veut à personne : fini les névroses, à bas les complexes, place à l’avenir ! Elles passent ensuite devant L’origine du monde (11866) de Gustave Courbet, et elles se font la réflexion que c’est un bel hommage, qu’aujourd’hui on sait qui était le modèle. Comment réagirait-elle si elle était vivante ? Fière ou gênée ? En fait, c’est surtout le titre qui est beau. Elles terminent leur visite.
Suivre le fil. Dans un avion de ligne, Claire est en train de donner le sein à son bébé, son voisin, chauve avec de grosses lunettes, est incapable de se retenir de tourner la tête pour reluquer de manière ostensible. Elle finit par être horriblement gênée. Elle se demande comment font les autres filles, comment on fait pour être moins pudique, pour se moquer du regard des autres. La pudeur : vertu des jeunes filles bien élevées ? Pourtant quand elle était petite, elle n’était pas pudique. En Normandie, en 1982, Claire a deux ans et elle court toute nue dans la salle de bain, elle en sort pour aller montrer le résultat dans son pot, aux invités. Sa mère ne se cachait pas : la petite Claire entre dans la salle de bains et elle trouve bizarre la ficelle qui dépasse là de son entrejambe. Sa mère lui répond vivement de ne pas toucher, et ajoute plus doucement un S’il te plaît. La petite fille redescend au rez-de-chaussée du pavillon et elle tire sur la ficelle qui dépasse de l’abat-jour d’une lampe. Puis elle va dans sa chambre et tire sur la ficelle de la tortue jouet : celle-ci se met à avancer en faisant de la musique. - Vu à la télé. L’autrice s’interroge s’il fallait pour autant avoir des réponses à toutes ses questions. Déjà, la télé se chargeait de leur en montrer trop. Extrait de scène de sexe du film du soir avant le programme L’île aux enfants, par exemple. Grandir dans les années 80, ça voulait dire être bombardée de culs et de nichons à longueur de journée. La Cicciolina et ses seins dénudés par exemple. Le clip de Sabrina pour Boys boys boys, les Coco-girls, les clips de Mylène Farmer, etc.
La couverture annonce un récit de nature autobiographique, sur le thème de la pudeur féminine, avec une parodie du tableau La Naissance de Vénus (1484/1485) de Sandro Botticelli (1445-1510). La scène d’introduction dans le musée permet d’établir l’importance culturelle de la nudité féminine dans les arts, sa place essentielle, et la réification du corps du modèle, en particulier la vulve de Constance Quéniaux (1832-1908), même si depuis l’identité du modèle de L’origine du monde a été remis en question. Le lecteur suppose alors que le récit va aborder la question de la pudeur sous une forme thématique : il s’avère que l’autrice s’en tient à une autobiographie, sous l’angle de sa propre pudeur. Le récit se compose de plusieurs chapitres de longueur inégale : une introduction, Suivre le fil, Vu à la télé, Béquémiette, Châtain clair, Angiens, Formée, On ne naît pas femme, Torre Annunziata, Barcelone. Chaque chapitre comporte une mise en scène de sa vie à l’époque correspondante, il peut s’écouler quelques semaines entre deux chapitres, comme une dizaine d’années. Elle aborde donc cette situation de donner le sein dans un lieu public avec un voisin d’avion incapable de contenir sa curiosité masculine, l’utilisation du corps féminin comme accroche dans n’importe quelle émission de télévision, sa maigreur et son appétit d’oiseau, la tentative de suicide de sa mère, l’apparition des premiers poils pubiens et leur couleur, la maison de campagne, les vêtements amples, la survenance des premières règles, la classe préparatoire d’hypokhâgne, quinze jours de vacances à Naples pour trouver l’amour à l’occasion d’un chantier de bénévoles, ses débuts de journaliste dont une interview de Virginie Despentes à Barcelone, sa relation aux féminismes, son regret de n’avoir jamais parlé de la condition féminine et de leur histoire personnelle avec les femmes de sa famille.
La lecture s’avère très agréable, facile d’accès. Passées les cinq premières pages avec des reproductions de tableau, l’autrice adopte une narration visuelle à base de silhouettes simples, d’éléments de décors très simplifiés et représentés uniquement s’ils sont indispensables à la compréhension de la scène, c’est-à-dire qu’il y a majoritairement des cases avec des personnages se tenant sur un fond vide, comme des acteurs sur une scène dépouillée. Pour autant, lorsque la séquence le requiert, l’artiste peut également représenter les décors dans le détail, avec ces mêmes traits de contour évoquant des croquis sur le vif : sa chambre avec son lit d’enfant, une vue en élévation de la rue où se trouve sa maison, la salle à manger de ses grands-parents, le jardin et les pièces de la maison de campagne, l’improbable aménagement de la maison du Marabout de Ficelle (qui ressemble comme deux gouttes d’eau à son voisin d’avion), un amphithéâtre du XVIIe siècle pour une séance de démonstration de médecine afin de réveiller les sens de Claire prise dans un bloc de glace, plusieurs endroits de Naples jusqu’à une randonnée en montagne, une rue de Saint-Valéry-en-Caux, des vues en élévation de Nancy, etc.
Les dessins des personnages prennent également l’apparence de croquis vite faits, sans finition sur les traits de contour, leur conférant ainsi une forme de vitalité. La mise en scène et la direction d’acteurs leur donnent vie, transmettant leur état d’esprit ou leurs émotions en fonction de la situation. D’ailleurs, la narration visuelle présente de nombreuses surprises que le lecteur n’aurait pas supposé possibles dans un tel registre graphique. Sous une apparente uniformité, avec une mise en couleur de type bichromie, l’artiste met à profit de nombreuses possibilités : les facsimilés en couleur des tableaux de maître, un plan fixe quand Claire donne le sein en avion, des silhouettes en ombre chinoise pour évoquer les créateurs qui mettent la nudité féminine à toutes les sauces à la télévision, un passage cauchemardesque en trait fins et rectilignes (comme tirés à la règle) pour évoquer un moment que la petite fille ne peut pas comprendre (sa mère emmenée par une ambulance après sa tentative de suicide), le retour de la couleur le temps de quelques cases, une allégorie (sa mère tenant les tables de la loi), des lames de rasoir sur fond blanc pour évoquer l’automutilation, une pantomime de Claire s’adressant à un garçon pour une danse de la séduction, trois pages floues en aquarelle pour une subjective de ce que perçoit Claire avec des lentilles défectueuses, une séquence finale sous forme de bain dans un lac naturel des femmes de la famille, etc.
Ayant compris que cet ouvrage relève de la biographie thématique, le lecteur découvre le regard de Claire sur sa pudeur, la manière dont elle s’en est accommodée, les éléments familiaux ou culturels qui l’ont renforcée. Il s’agit d’un récit très personnel, parsemé de références culturelles propres à l’autrice : la chanson Teach your children, de Crosby, Stills, Nash and Young, extraite de l’album Déjà-Vu (1969), son admiration pour Guillaume Galienne (1972-), Anne Frank (1929-1945) et son journal, Le chef-d’œuvre inconnu (1831) d’Honoré de Balzac (1799-1850), Le deuxième sexe (1949) de Simone de Beauvoir (1908-1986), King kong Théorie (2006) de Virginie Despentes (1969-), Ballade de Mélody Nelson (1971) de Serge Gainsbourg (1928-1991), Benoîte Groult (1920-2016). D’un côté, le lecteur perçoit la question de la nudité de Claire, son refus de se montrer, ses stratégies pour déjouer les injonctions à se conformer à l’image normée de la femme que lui renvoient la télévision, les autres femmes, les attentes des hommes, comment son comportement évolue au fil des années qui passent, des situations, de ses envies. D’un autre côté, ces injonctions se trouvent contextualisées à la fois par rapport à l’époque, à la fois dans une perspective féministe. Le lecteur partage son malaise, sa fragilité, son manque de confiance, avec des réflexions très touchantes (par exemple, elle indique qu’enfant elle faisait tout pour être aimée, elle avait l’impression d’y arriver de justesse), dans le même temps la narration ne vire jamais au règlement de compte, et il ne s’agit pas d’un ouvrage militant.
Pas facile de grandir en tant que femme quand la société impose des attentes et des visions normatives de ce que doit être une femme, souvent contradictoires. L’autrice évoque son enfance et le début de l’âge adulte sous cet angle, entre malaise et manque de confiance, avec une narration visuelle douce et gentille, sachant se faire aussi bien dramatique qu’humoristique. Une franchise tout en nuances avec une sensibilité délicate.
Belle histoire. Un pur souffle de poésie. J'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire au début, mais ce ne fut que de courte durée. Le chemin de ce jeune garçon m'a très rapidement saisi. Les dessins sont jolis et légers, à la façon pastel, mais un peu brouillons des fois... Je recommande la lecture de cette belle histoire...
48 heures dans la vie d'une femme, mais pas n'importe quelle femme, Ava Gardner, "le plus bel animal du monde" d'après Cocteau.
J'avais découvert les prémices de cet album dans le très bel "art-book" consacré à Ana Miralles par les éditions Daniel Maghen en novembre 2022.
C'est donc un épisode assez méconnu de la vie d'Ava Gardner (elle l'évoque à peine dans son autobiographie) que relate Emilio Ruiz et superbement illustré par Ana Miralles. D'ailleurs, cet album méritait sans doute un format plus grand pour mieux mettre en relief le dessin exceptionnel d'Ana Miralles,. Outre les personnages, elle réalise de superbes planches avec, par exemple, ces vues de la baie de Rio sous la nuit, c'est superbe ! Le scénariste nous entraine dans les péripéties vécues par Ava Gardner pour la promotion de "la comtesse aux pieds nus" au Brésil, avec son lot de contraintes: un climat local délétère , une presse people omniprésente,une diva au caractère parfois excessif ou touchant, un star system pesant...
Pas de suspense, aucune intrigue dans ce one shot et pourtant j'ai tourné les pages avec un plaisir non dissimulé. Il est vrai, qu'en tant que fan de l'âge d'Or du cinéma américain, je suis évidement sous le charme d'Ava Garder.
Un dessin magnifique au service d'une des plus grandes icônes du cinéma américain.
Que demander de plus?
A découvrir.
La vengeance d'un règne
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Ce tome fait suite à Empyre: Road to Empyre qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant car les auteurs effectuent les rappels nécessaires au cours du récit. Il regroupe Empyre 0 Avengers (dessiné et encré par Pepe Larraz), Empyre 0 Fantastic Four (dessiné et encré par R.B. Silva & Sean Izaakse), Empyre 1 à 6, Empyre Aftermath: Avengers (dessiné et encré par Valerio Schitti), et Empyre Aftermath Fantastic Four (dessiné et encré par Sean Izaakse), initialement parus en 2020. Les 2 épisodes Avengers ont été écrits par Al Ewing, les 2 épisodes Fantastic Four par Dan Slott. Les 6 épisodes de la minisérie ont été coécrits par Ewing et Slott, et dialogués par ce dernier, dessinés et encrés par Valerio Schitti, avec une mise en couleurs de Marte Gracia, et des couvertures de Jim Cheung. Ce tome comprend également de nombreuses couvertures variantes par Jamie McKelvie, John Tyler Christopher (*11), Valerio Schitti, Patrick Gleason, Carmen Carnero, Michael Cho (*6), Alexander Lozano (*6), InHyuk Lee, Tony Daniel (*6), et encore une vingtaine d'autres.
Sur la planète Hala, une communauté de guerriers Kree est en train d'exterminer la communauté de Cotati, une race de plantes dotées de conscience ayant pris une forme anthropomorphe. Tony Stark se réveille de ce cauchemar avec la conscience claire que ces faits se sont réellement déroulés, il y a des centaines de millions d'années et que ça a été le point de départ de la guerre entre les Krees et les Skrulls. Dans la journée, les Avengers reçoivent un message de Carol Danvers (Captain Marvel) : elle-même a reçu un message d'appel au secours en provenance de la zone bleue de la Lune. Les Avengers se rendent sur place dans leur vaisseau Quinjet et ont la surprise de découvrir que toute la zone est recouverte d'une forêt luxuriante. L'équipe débarque sur place : Captain America, Iron Man, Captain Marvel, Hulk, Thor. Peu de temps après, ils sont attaqués par une sentinelle Kree avec une tête pleine de dents. Le combat s'engage ; la bataille fait rage. Sortant de nulle part, Swordsman (Jacques Duquesnes) se jette sur l'assaillant et lui plante son épée dans le cou et le décapite. Tous les Avengers se jettent dans la mêlée et finissent par terrasser la créature. Le petit groupe est rejoint par Black Panther et Ghost rider qui étaient restés dans le Quinjet, et Swordsman se présente rappelant son passé de criminel, puis d'Avengers, son mariage à la Madone Céleste. Enfin il explique ce qui se passe dans la zone bleue de la Lune.
À l’intérieur du colisée de de la dimension Casino Comico, Profiteer introduit le combat à venir dans l'arène de telle sorte que les milliers de spectateurs placent leurs paris : Jo-Venn le kree, contre N'Kalla la skrull. Le site du combat est simulé par un générateur de réalité virtuelle : les coulées de lave de Lorkanna Six. Le combat s'engage entre les deux adolescents. Sur un astéroïde à quelque distance de là, les quatre Fantastiques sont naufragés, leur vaisseau ayant subi une avarie irréparable en l'état. L'équipe se compose de Human Torch (Johnny Storm), The Thing (Ben Grimm), Invisible Woman (Sue Storm Richards), Mister Fantastic (Reed Richards), Powerhouse (Franklin Richards) et Brainstorm (Valeria Richards). Un autre vaisseau vient à passer par là et Johnny troque le passage des Fantastic Four à bord contre la participation de Ben Grimm à un combat dans l'arène du colisée. Une fois sur place, Johnny se fait l'imprésario de Ben, Susan et Reed vont découvrir les lieux, Valeria & Franklin sont chargés de surveiller ce qui reste de leur vaisseau. Valeria va finir à une table de jeu en misant la somme qu'elle a obtenu en vendant le vaisseau, et Ben va finir dans l'arène.
À un rythme soutenu, chaque année, l'éditeur Marvel Comics organise des événements et des crossovers impliquant plusieurs séries pour créer de l'interconnexion entre elles, visant ainsi à créer une synergie fabriquée de toute pièce pour inciter le lecteur à lire (et donc à acheter) les numéros de toutes les séries entraînées dans l'événement, même ceux de séries qu'il ne suit pas habituellement. Les scénaristes employés par l'éditeur sont rompus à ce genre d'exercice, et les responsables éditoriaux assurent la coordination entre les différentes séries, ainsi que l'ordre de sortie de chaque titre. D'un autre côté, l'éditeur multiplie les formats de publication, de manière que chaque lecteur potentiel puisse trouver celui qui correspond à ses envies de lecture. Ainsi, le présent recueil contente celui curieux uniquement de la minisérie principale, ne voulant lire aucun titre satellite, ou minisérie publiée pour l'occasion. Il bénéficie d'un recueil fait sur mesure, avec les deux prologues, les deux épilogues et ladite minisérie, soit un tout, avec une pagination déjà copieuse. S'il veut lire tous les épisodes concomitants, il peut acheter les autres recueils avec Empyre dans le titre, ou attendre l'omnibus qui arrivera 3 ou 4 mois plus tard. En ne lisant que les épisodes au cœur du crossover, il sait qu'il lui manquera quelques développements. En cours de lecture, il se rend compte que la construction du récit fait que plusieurs événements significatifs dans l'intrigue ont lieu dans des miniséries annexes, ce qui lui laisse un goût d'incomplétude, de récit lacunaire.
Al Ewing (à l'époque responsable de la série Immortal Hulk) et Dan Slott (à l'époque responsable de la série Fantastic Four) connaissent bien l'histoire de l'univers partagé Marvel, et ils décident de mettre à profit des éléments peu exploités : la race des Cotati, un lieu assez récent (Casino Cosmico, créé en 2016), un personnage très vite oublié après sa création (Unseen), ainsi que des personnages mis de côté faute de savoir qu'en faire (Hulkling, Sequoia). Ils n'hésitent pas à en profiter pour également créer de nouveaux personnages comme Profiteer, Jo-Venn, N'Kalla. Ils savent que l'une des composantes attendues dans ce genre de récit, c'est la profusion de personnages, et ils font en sorte d'en donner pour son argent au lecteur avec les Avengers, les Fantastic Four, et quelques apparitions rapides de Spider-Man, ou bien sûr de Wolverine. Le temps d'une page, parfois d'une case, le lecteur repère un autre superhéros ou une autre équipe, comprenant que cette portion de l'intrigue est alors développée dans une minisérie annexe. Pour réunir autant de superhéros, il faut bien sûr une menace à l'échelle planétaire, ou en l'occurrence une guerre de plusieurs millions d'années, avec en prime le risque de faire exploser le soleil de la Terre. Pour ça, les scénaristes reprennent la guerre entre les krees et les skrulls, tout en y intégrant une troisième race qui a rarement les honneurs dans l'univers partagé Marvel : les cotatis. C'est bon tout est en place.
Chaque équipe prend parti pour un camp ou pour un autre, ou encore contre un camp ou l'autre. En professionnels chevronnés, Ewing & Slott évitent de s'empêtrer dans des combats entre superhéros qui ne savent pas communiquer, et ils font en sorte de donner des objectifs distincts et crédibles aux différentes factions. L'horizon d'attente du lecteur étant ainsi comblé, il n'a plus qu'à se laisser emmener dans cette énorme bataille, en profitant du spectacle. Les coscénaristes se montrent très habiles à faire décoller leur récit, malgré l'inertie inhérente à une histoire brassant autant de personnages et d'équipes. L'ensemble du récit présente une belle cohérence graphique, tous les dessinateurs réalisant des pages dans un registre très similaire. Pepe Larraz ouvre le bal avec des dessins réalistes et détaillés, montrant la zone bleue devenu verte avec la végétation, la sentinelle Kree imposante, et le nouveau venu Sequoia (surnommé Quoia). La mise en couleurs soutenue apporte une forte densité à chaque élément détouré, et une impression cosmique grâce à des camaïeux savamment composés. S'il n'y prête pas attention, le lecteur peut ne pas se rendre compte que le deuxième épisode est dessiné par un autre artiste, tellement le rendu de Silva est proche de celui de Larraz. Il remarque quand même que la mise en page fait la part plus belle aux cases de la largeur de la page. Puis il voit que Izaakse s'appuie plus sur un détourage appliqué. Marte Gracia continue de réaliser une mise en couleurs riche qui établit une cohérence visuelle entre ces deux épisodes.
C'est ensuite au tour de Valerio Schitti d'assurer les dessins pour les 6 épisodes de la minisérie, ce qui constitue une tâche harassante. Il doit gérer l'apparence de dizaines de personnages, des scènes de foule, des changements de lieux, des combats pyrotechniques, et parfois même des scènes de dialogue calmes. Le lecteur voit bien que cet artiste sait très bien utiliser les trucs et astuces pour dessiner le moins possible les décors, mais il assure ce minimum de façon solide. Les fonds de case sont bien nourris par la mise en couleur de Marte Gracia, toujours aussi chaude et chatoyante, apportant des effets spéciaux spectaculaires pendant les moments d'action. Tout du long de ces 6 épisodes, le dessinateur ne démérite pas, impliqué du début jusqu'à la fin, sans donner l'impression de devoir rendre ses planches avec un délai de plus en plus court, sans les bâcler. Une narration visuelle solide et totalement adaptée à un récit de grande ampleur de ce type. Par comparaison, le deuxième épilogue dessiné par Izaakse semble un peu appliqué, manquant de l'entrain présent dans les précédents numéros.
En choisissant cette histoire, le lecteur a conscience des spécificités de ce genre de crossover réunissant un nombre conséquent de superhéros pour lutter contre une menace de très grande ampleur. Dan Slott & Al Ewing sont des scénaristes expérimentés de l'univers Marvel. Ils ont trouvé une menace avec des racines dans cet univers partagé, et ils savent comment faire prendre de la vitesse à une histoire d'une aussi grande ampleur. Ils parviennent à gérer tous les superhéros (sans avoir besoin de recourir à des supercriminels), à initier des développements effectués dans des miniséries satellites (ce qui s'avère frustrant à plusieurs reprises car le lecteur éprouve la sensation qu'il lui manque un bout de l'histoire) et à éviter un trop grand manichéisme. Les artistes ne déméritent pas du début jusqu'à la fin assurant le spectacle sans baisse de qualité du début à la fin dans cette épreuve de marathon. D'un côté, il s’agit d'un crossover réalisé par des artisans avec du métier. D'un autre côté, le lecteur reste sur sa faim car finalement l'opposition entre les deux règnes (animal / végétal) reste très superficielle, et les cotatis conservent sagement des formes anthropomorphes sans beaucoup d'imagination.
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Madeleine, résistante
J'ai enfin lu les trois tomes de cette série. Du coup, je complète mon avis, le fais remonter et lui colle le coup de cœur qui va bien : Encore une BD sur la deuxième guerre mondiale et sur la Résistance ! Pffff ! Sujet inépuisable s'il en est, largement surexploité au risque parfois de paraître rébarbatif. Mais il faut avouer que ce premier volume m'a conquis. Son dessin monochrome très élégant (et très très magnifique, purée !) lui confère une ambiance surannée extrêmement prégnante. Tout est rendu très vivant, par la grâce de ces visages expressifs et d'un découpage alerte. Le texte, délivré sur le ton de l'entretien direct, contribue aussi grandement à l'intemporalité du récit. Madeleine s'adresse directement à nous en usant du tutoiement. En filigrane est donc dressé le portrait d'une femme au caractère trempé, libérée de pas mal de pressions normatives, et dont la fraîcheur d'esprit semble échapper aux affres de l'âge. La lecture est par conséquent très fluide. On navigue entre les souvenirs de Madeleine qui, dès son plus jeune âge, se trouve confrontée tragiquement aux conséquences de la guerre, celle de 14-18. Au final, au-delà du récit historique, cette BD dresse un portrait tissé de ces souvenirs qui enrichissent toute une vie, et maintiennent les choses bien vivaces. Il y a dans ce premier tome quelque chose de plus que dans beaucoup de récits de ce genre. En ne limitant pas la mémoire au cadre strict de la Résistance et des affaires de la guerre, les auteurs lui donnent une portée universelle, et cette histoire dans l'Histoire conserve en outre toute son actualité. J'attends la suite de pied ferme ! Dans les tomes 2 et 3, on réalise que le lecteur pénètre profondément et intimement dans la Résistance. On y est complètement immergé, essentiellement parce qu'on apprend les codes, les pratiques, les combines, mais également parce qu'on est proche des personnages. Cette proximité atteint bien entendu son paroxysme avec Madeleine Riffaud elle-même dont les auteurs dressent un édifiant portrait. On mesure tout le courage qu'a nécessité un tel engagement, et Madeleine en avait à revendre. Le dessin est décidément excellent. Une série splendide sur un thème pourtant rebattu.
La Loi des Probabilités
On a souvent des projets, des envies, mais on repousse… - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2023. Il a été écrit par Pascal Rabaté, dessiné et mis en couleurs par François Ravard. Il comprend quatre-vingt-quatre pages de bande dessinée. Ces deux créateurs avaient précédemment réalisé ensemble Didier, la 5e roue du tracteur (2018) Monsieur Martin Henry, un quadragénaire, peut-être quinquagénaire, attend paisiblement dans la salle d’attente du docteur Guarot, en lisant une revue, pendant qu’une femme pianote sur son portable et qu’un enfant dessine sur une table basse. Il relève un instant la tête, marquant une pause dans sa lecture, et sourit discrètement en voyant un oiseau sur une branche, à côté de son nid, de l’autre côté de la fenêtre. Le médecin ouvre la porte de son cabinet et appelle le prochain à passer : Monsieur Martin Henry. Ce dernier se lève en indiquant qu’il est en avance, ce que le médecin réfute. Le médecin s’assoit à son bureau et consulte la fiche de son patient sur l’écran de son ordinateur. Il se met une main devant le nez en fermant les yeux. Puis il annonce directement les nouvelles, sans en atténuer la brutalité : les résultats des examens sont arrivés et monsieur Henry en a pour trois mois au plus. Le patient ne comprend pas : trois mois de quoi ? Le docteur précise : trois mois à vivre, et il est large. Henry reprend : c’était un examen de routine, juste un contrôle. Le médecin rentre dans les détails : Le cœur est totalement usé, l’aorte est foutue et une greffe est impossible. Il raccompagne le patient à la porte, et le laisse aux bons soins de la secrétaire. Celle-ci indique que ça fera soixante-dix euros par chèque, ils ne prennent pas la carte bleue car la machine a rendu l’âme. Les machines sont programmées pour claquer dans les pattes des humains. On parle d’évolution, mais est-ce vraiment un progrès ? Monsieur Henry règle son dû, et sort calmement, les mains dans les poches de son blouson. Il croise un monsieur qui arrive en courant, essoufflé. Ce dernier s’excuse auprès de la secrétaire : il est en retard, mais en même temps on n’a pas idée d’installer un cabinet de cardiologie au quatrième sans ascenseur. Il donne son nom : Henri Martin. La secrétaire relève la proximité avec le nom du client précédent. Ce dernier prend un instant sur le palier pour retrouver son calme, et il descend. Dans le cabinet, monsieur Martin s’excuse : il était prématuré de trois semaines, et c’est la seule fois où il n’est pas arrivé en retard. Il demande s’il doit se mettre torse nu. Le docteur consulte sa fiche sur l’écran de son ordinateur. Il prend conscience de sa bévue et se lève soudainement. Il ouvre la porte et interpelle sa secrétaire en lui demandant si le patient d’avant est parti : il lui demande de l’appeler sur son portable et de se dépêcher. Elle s’exécute, mais elle tombe sur sa messagerie. Le médecin décide de lui courir après pour le rattraper. La secrétaire s’enquiert du patient dans le cabinet : il répond de le faire patienter, de toute façon il est condamné. Une histoire simple et linéaire se résumant en très peu de mots : une erreur de diagnostic incite un homme un peu empâté et débonnaire à faire le voyage au Québec avec son épouse, maintes fois remis à plus tard, pour aller voir les baleines. Ils croisent à plusieurs reprises un autre touriste français, importun mais pas méchant, et ils doivent composer avec une série de désagréments d’une banalité affligeante, sans importance. La narration visuelle participe de cette bonhomie tranquille : factuelle et dépourvue d’agressivité ou de sensationnel, avec une forme de légère simplification qui rend les dessins immédiatement lisibles, mais sans sacrifier aux détails. Le parti pris pour la mise en couleurs renforce encore l’impression d’ordinaire, presque sans relief, avec des teintes de bleu délavées, charrette, fumée, gris de lin, pervenche, pastel. Voilà une narration visuelle pleine d’humilité, se mettant comme en retrait, pour ne pas se faire remarquer, humble et effacée. Un récit réalisé par deux artisans qui ne payent pas de mine, qui ne font pas de vague, mais qui ne s’excusent pas non plus. Il reste au plus trois mois à vivre à Martin Henry, et celui-ci ne semble pas plus affecté que ça par cette annonce. Il ne s’emporte pas, il prend l’information avec calme. Le lecteur le regarde attentivement dans son fauteuil avec son écharpe de laine, purement utilitaire, dépourvue de tout signe remarquable. Le personnage se laisse tenter par un moment de déni, juste le temps de trois cases, avec deux gestes de la main, très mesurés, sans hausser la voix. Et c’est tout : pas de colère, pas de marchandage, pas de dépression, tout au plus un ou deux moments d’abattement. C’est comme s’il passait immédiatement à l’acceptation. Le lecteur observe juste ce moment de pause sur le palier après avoir refermé la porte du cabinet du médecin. Ah si, il arbore un air maussade le temps de trois cases en pages quatorze et quinze. En fonction de sa relation avec la maladie d’une manière générale, avec le cancer éventuellement, le lecteur peut éprouver des difficultés à retenir une réaction irrépressible face à cette injustice de la vie, face au manque total d’empathie du docteur absolument dépourvu de tact et de prévenance, la froideur toute professionnelle de la secrétaire qui demande le paiement, sans une pensée pour l’éventuelle souffrance de ce patient. Il pourrait avoir envie de secouer Martin, quasi léthargique, ou exiger le minimum humain de compassion chez ces professionnels du soin. Il se rassérène un tantinet en voyant la sollicitude d’un collègue de travail qui l’invite à venir voir le match au bar du coin après le boulot, mais qui ne peut pas deviner la terrible nouvelle qui a frappé Martin. Dans le même temps, le récit exhale une saveur bien à lui, rendant impossible toute risque d’insipidité. La gentillesse du regard de Martin Henry le rend immédiatement sympathique et agréable. L’absence de colère le rend facile à vivre : il ne s’en prend pas au médecin, encore moins à la secrétaire. Il prend sur lui et épargne cette charge à son épouse. Le lecteur envie la profonde tendresse qui existe entre elle et lui : une affection née de nombreuses années d’intimité, sans éclat, sans l’intensité de la passion, mais avec la solidité confortable et inestimable de nombreuses années vécues ensemble à s’épauler l’un l’autre, sans compétition ou confrontation, dans la compréhension et le réconfort mutuel. Les gestes affectueux prévenants attestent de cette connivence apaisée et constructive. Une fois acclimaté au caractère placide Martin Henry, le lecteur sait détecter ses réactions, il lit mieux les expressions de son visage. De petits changements qui pouvaient sembler presque insignifiants deviennent très parlants quant à son état d’esprit : un sourire en regardant l’affiche derrière son poste de travail (la queue d’une baleine sortant de l’eau, avec le mot Québec en dessous), le haussement du sourcil gauche en serrant la main de Séraphin Lanterne (un importun d’une rare ingénuité), les commissures des lèvres un tout petit peu affaissées (signe d’une contrariété qui le touche), le regard dans le vague (signe de son esprit qui vagabonde certainement en pensant à sa fin), etc. Il peut aussi s’agir d’une posture corporelle comme les bras croisés, en signe de protection ou de refus de réellement s’impliquer dans une conversation. Etc. S’il est d’un calme remarquable en toute circonstance, Martin Henry n’est pas mort intérieurement sur le plan émotionnel. Il paraît globalement imperturbable malgré l’annonce de sa mort très proche, pour autant il y réagit en agissant. Il ne se lamente pas, ni ne nie l’évidence : il se décide à faire ce qu’il a toujours repoussé en pensant qu’il en aurait le temps plus tard. Là encore, la narration visuelle semble sans relief, et pourtant quand il prend un instant de recul, le lecteur se rend compte qu’elle l’emmène dans des endroits divers et variés : un cabinet de docteur, des cubicules de bureau sur un plateau ouvert, dans un avion à côté d’un ronfleur impénitent, devant le tapis pour attendre des bagages qui ne viennent pas, sur des trottoirs verglacés, dans un voyage en car, sur une terrasse improbable jouxtant un cours de golf, dans l’embouchure du Saint Laurent, en forêt avec même le passage de deux orignaux. Le scénariste contribue également à la couleur locale avec des termes et des expressions canadiens : papillon (circulaire), par le saint calice, votre blonde (votre épouse), se prendre une brosse (se prendre une cuite), niaiser (tergiverser, languir). Ils font usage de deux références culturelles : La ballade des gens heureux (1975), de Gérard Lenormand (1975-), et plus inattendu un hommage à un personnage de Georges Rémi. À l’aéroport, Martin Henry, accompagné par son épouse, se fait percuter par Séraphin Lanterne, au point qu’ils tombent tous les deux par terre le second sur le premier. L’hommage est transparent : Séraphin Lampion (créé en 1956), appelé Monsieur Lanterne par Bianca Castafiore, dans les aventures de Tintin. Le lecteur perçoit un second clin d’œil alors les époux Henry regardent un Derby Demolition, évoquant la dernière épreuve du rallye automobile organisé par Lampion, président du Volant Club, dont la dernière épreuve se tient au château de Moulinsart (mis à part le cochon qui vole). Par comparaison, le lecteur en vient à considérer Martin Henry comme un homme sage, mesuré, capable de prendre le recul nécessaire en toute situation, toujours animé par une pulsion de vie qu’il a appris à canaliser. La dernière scène dans l’hôpital apporte un éclairage différent sur Séraphin Lanterne, amenant le lecteur à reconsidérer son comportement, peut-être une forme de sagesse au regard des aléas de sa vie. Une bande dessinée faite pour être vite lue, sans prétention, avec des auteurs d’une grande humilité. Mais aussi un personnage principal qui reste longtemps à l’esprit, son apparente apathie apparaissant comme être de surface, de nombreux éléments visuels et comportementaux, amenant à y voir une forme de sagesse paisible remarquable, une acceptation des difficultés de la vie, et une capacité remarquable à s’y adapter. Un modèle.
Sa Majesté des Mouches
Cela faisait un moment que ce projet d’adaptation titillait Aimée de Jongh. Onze ans très exactement, mais à l’époque, l’éditeur originel lui avait opposé une fin de non-recevoir « pour des raisons de droits ». Puis, en 2021, c’est le même éditeur qui l’a sollicitée en lui donnant le feu vert. La même année, l’autrice néerlandaise pouvait se targuer d’un joli succès éditorial (Jours de sable). Alors forte d’une plus grande maturité stylistique, avec sept albums à son actif, les planètes semblaient cette fois alignées pour démarrer l’aventure. Il en résulte aujourd’hui un impressionnant pavé de plus de 300 pages, lequel nous fait littéralement entrer en immersion dans cette île paradisiaque transformée en enfer par une tribu de gosses « innocents »… Incontestablement, Aimée de Jongh a su parfaitement s’approprier ce récit très sombre de Golding. Ici, la partie narrative s’accorde parfaitement avec la partie graphique, toutes deux totalement maîtrisées, et on y retrouve la tension inhérente au récit d’origine, faisant que ces 300 pages se dévorent d’une seule traite. L’autrice est restée très fidèle au déroulé du livre ainsi qu’à la personnalité des protagonistes, tout en élaguant les dialogues les plus denses et en privilégiant l’aspect visuel. A ce titre, certains passages sont tout à fait saisissants (notamment la séquence où le jeune Simon tombe sur la tête de sanglier sanguinolente en pleine forêt), et apportent la valeur ajoutée que se devrait de charrier toute adaptation digne de ce nom en matière de bande dessinée. Le rendu est très fort et assez terrifiant par sa vision suggérant la mort ricanante, totalement dénuée d’empathie. Et si les premières pages aux couleurs avenantes peuvent évoquer une naïve aventure à la Robinson Crusoë, il ne faut pas s’y fier. Progressivement, celles-ci vont prendre des tonalités plus sombres, plus rouges pour retranscrire le cauchemar résultant de la scission en deux clans du petit peuple de gamins. D’un côté, ceux qui tentent de maintenir les valeurs du monde civilisé, de l’autre, ceux qui jubilent à l’idée de laisser libre cours à leurs pulsions primales. Jusqu’à la tragédie prévisible et pourtant impensable, glaçante, débouchant sur ce constat assez sombre : l’innocence est amorale. Avec « Sa Majesté des mouches », Aimée de Jongh prouve avec brio qu’elle fait désormais partie des autrices qui compte dans le neuvième art contemporain. Totalement en phase avec le propos très pessimiste de ce roman, elle y a trouvé de nombreux points communs avec notre monde actuel. « L’humanisme, l’empathie et la civilisation ne sont pas dans notre nature profonde », dit-elle. Et on ne peut malheureusement guère lui donner tort si l’on se base sur l’actualité internationale…
Majo No Michi
Je ne poste jamais d'avis en général, mais là, une seule étoile c'était un peu triste et non mérité. L'auteur nous offre une BD/Manga très frais et à l'écoute de son époque. De la tranche de vie, comme on en retrouve énormément ces temps-ci, parsemée de fantaisie contemporaine autour de l'univers de la sorcellerie. Je trouve les héroïnes attachantes, avec toutes deux des problématiques contradictoires mais auxquelles beaucoup peuvent facilement s'identifier. L'exposition des enjeux et du lore est très bien maitrisé et on repère vite les goûts de l'auteur et ses inspirations. Concernant le message, il est clairement engagé et bien distillé dans la narration. Gens de droite, passez-votre chemin, car oui, on parle de sorcières qui utilisent les allocations du RSA pour s'adonner à plein temps à l'équilibre fragile de la nature (Le travail invisible, la sociologie, toussa toussa,...). Visiblement ça en choque certains, qui feraient mieux de se renseigner sur le milieu fragile de la culture, dont bon nombre d'auteurs utilisent ces mêmes aides de l’État pour nous donner les oeuvres que nous apprécions tant. Michi no Majo est une proposition super intéressante sur la sorcellerie moderne, et j'ai hâte de lire le deuxième tome. Merci <3
Down
L'abîme regarde aussi en toi. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toue autre, écrite par Waren Ellis , parue en 2005/2006. Les dessins sont de Tony Harris pour l'épisode 1, de Cully Hamner pour les épisodes 2 à 4, avec une mise en couleur de JD Mettler. Dans une grande métropole américaine (mais pas New York), Dee (une jeune femme portant des lunettes à verre teinté) se présente à la porte d'un bâtiment en apparence désaffecté, accompagnée par 2 types louches. Un gugusse finit par répondre à son coup de sonnette en lui demandant si elle est armée. Elle lui répond de haut en lui expliquant qu'elle ne risque pas de se pointer sans être armée. Elle vient prendre en charge sa livraison de crack. Donny finit par lui ouvrir et la conduit avec ses 2 acolytes vers le laboratoire. Ils passent devant une pièce où 3 hommes nus s'apprêtent à obliger une jeune femme sur un lit à prendre une dose de crack. Donny leur explique qu'elle n'a pas voulu se livrer aux actes sexuels attendus d'elle, et que les mecs emploient les moyens de persuasion à leur disposition. La jeune femme lance un regard muet mais désespéré à Dee. Cette dernière sort son flingue et déclare qu'elle est une inspectrice de police. Dee (de son vrai nom Deanna Ransome) tire dans le ventre de Donny, puis abat 2 des individus dans la chambre. Elle avance pour protéger la jeune femme et abat le troisième en tirant directement dans ses bijoux de famille. Il s'en suit un massacre quand les autres membres du gang rappliquent. Les 2 autres policiers meurent sous les balles. Au final, Deanna Ransome a abattu 8 individus, et elle se retrouve suspendue de ses fonctions. Alors qu'elle tue le temps chez elle en fumant, elle reçoit un appel du lieutenant Lou Price qui lui donne rendez-vous dans un parc sous la pluie. Une fois sur place, il lui explique qu'elle n'a aucune chance de réintégrer le service actif, même si elle a effectivement mis fin au gang Sakura. Il lui propose d'infiltrer le gang rival, les Mendoza, commandé par Nick River, un agent qu'il avait envoyé en infiltration il y a 5 ans et qui a viré sa cuti. À la fin du volume, le lecteur apprend que la genèse de cette histoire a été un peu compliquée. Effectivement, le premier épisode est dessiné par un artiste, remplacé dès le suivant par un autre. En outre, on apprend qu'initialement elle devait comprendre 6 épisodes, réduits à 4 pour des questions de délai, mais il est possible d'admirer les 6 couvertures réalisées à l'avance, en fin de volume. Pour le premier épisode, le lecteur retrouve l'équipe artistique de la série Ex Machina écrite par Brian K. Vaughan. Harris réalise des planches très fluides, avec un bon degré de détails, des personnages à l'allure marquante, et un bon coup de crayon pour les expressions des visages, y compris les plus marquées. Il réussit même l'exploit de rendre Deanna Ransome menaçante, y compris quand elle est coiffée avec des couettes. JD Mettler réalise une mise en couleurs assez sombre, qui complète bien les dessins et qui installe une ambiance à couper au couteau. Les aplats de noir sont massifs avec des formes travaillées, rendant compte de la noirceur du récit, mais aussi de la texture des matériaux. Tony Harris se montre un très bon metteur en scène pour la séquence de la tuerie. Il souffre un peu plus lors du dialogue final entre Deanna Ransome et le lieutenant Lou Price, Warren Ellis lui imposant des phylactères volumineux dont il a le secret. Tony Harris s'en est allé et Cully Hamner est appelé à la rescousse. Il avait déjà collaboré avec Warren Ellis pour une histoire très rapide en 3 épisodes Red (2003) qui avait eu les honneurs d'une adaptation en film Red (2010) de Robert Schwentke avec Bruce Willis, Morgan Freeman, John Malkovich, Mary-Louise Parker, Helen Mirren et Karl Urban. Le temps des 3 premières pages de l'épisode 2, le lecteur ne fait pas la différence avec les pages de Tony Harris, le nouvel artiste réalisant une transition tout en douceur, encore adoucie par JD Mettler qui ne change pas son schéma de mise en couleurs. Puis au cours de la demi-douzaine de pages qui suivent, le lecteur se rend compte qu'Hamner s'éloigne des jolis arrondis d'Harris, pour revenir à des contours plus tracés au burin, plus durs. De la même manière, les textures des surfaces des décors ou des tenues vestimentaires disparaissent progressivement pour des arrière-plans présentant la même densité visuelle d'informations que ceux d'Harris, mais sans finition les rendant plus agréables à l'œil. Cully Hamner propose une vision de la réalité plus tranchée, plus sèche. S'il a lu Red, le lecteur s'y attend, mais cela ne diminue en rien son plaisir de retrouver la narration visuelle efficace et sans fioriture de Cully Hamner. Ses planches comprennent le plus souvent 4 ou 5 cases par page, avec une économie de moyen étudiée qui garantit une lecture rapide. Ce rythme soutenu dans la lecture souligne la rapidité du déroulement de certaines actions. Cet artiste a l'art et la manière de faire ressortir les liens de cause à effet dans les couples action & réaction, soulignant le mouvement, la violence brute et définitive. Ce n'est qu'en prenant un peu de recul après avoir fini l'histoire que le lecteur se rend compte de son intensité immersive et qu'il n'a pas pu lâcher ce recueil avant de l'avoir fini. S'il ne le sait pas par avance, le lecteur ne se rend pas compte que le récit ait pu initialement être conçu en 6 épisodes. À l'évidence, la réduction de pagination a contraint Warren Ellis à aller à l'essentiel, sans que le scénario n'en pâtisse ou que les personnages ne perdent en consistance. Il n'y a bien sûr qu'un seul personnage (Deanna Ransome) réellement étoffé, et le scénariste lui fait prendre de l'épaisseur par ses actes plus que par ses propos, et il n'y a pas de bulles de pensée. À la fin du premier épisode, lors de cette discussion copieuse, le lecteur apprend pour quelle raison Deanna Ransome a cessé de jouer la comédie d'acheteuse de crack et s'est mise à défourailler à tout va. Le lecteur se rend bien compte de la finesse de cette motivation, en même temps que de son intégration organique au récit. Il ne doute pas un instant que ce même traumatisme personnel va resurgir au bon moment dans la suite de l'histoire, et, sans surprise, c'est bien ce qui se produit. Comme à son habitude, Ellis écrit des séquences de 2 types bien distincts : celles où les personnages discutent, celles où ils agissent. À part celle du premier épisode, les scènes d'exposition sont rapides avec une quantité de texte maîtrisée dans les phylactères. Hamner s'en tient alors à des mises en scène simple, mais montrant bien qui a le dessus dans la discussion. Pour les scènes d'action, le lecteur retrouve la bonne coordination entre scénariste et dessinateur, de telle sorte qu'elles puissent être spectaculaires, sans être impossibles, sans nécessiter une suspension consentie d'incrédulité supérieure pour pouvoir croire ce que font les personnages. Warren Ellis raconte un thriller reposant sur l'action avec le risque encouru à infiltrer un gang de criminels. Il a donc donné une motivation claire et basique à son personnage principal. Le récit est mené à tambour battant. Sans être renversante, la fin ne correspond pas forcément à ce qu'attendait le lecteur et comporte donc un certain degré de surprise. En tant que récit d'action, Down est bien construit efficace à souhait et sans gras. Le lecteur peut aussi être sensible au regard porté sur l'humanité au travers des différentes actions. Ellis n'est pas un auteur très optimiste et le parcours de Deanna Ransome l'oblige à appliquer le principe de réalité face aux crimes dont elle est témoin, mais également face à son efficacité à tuer. Contrairement au héros d'action qui triomphe de tous les périls inchangé, Deanna Ransome se rend compte que ses actes ont des conséquences sur son état d'esprit et qu'elle en paye le prix. Si le lecteur le souhaite, il peut donc aussi y voir un commentaire sur la nature humaine et l'inéluctabilité de devoir se confronter à sa véritable nature. Ce récit auto-contenu et assez court ne renouvelle pas le genre du polar mâtiné d'action, mais ses auteurs sont des professionnels avec un haut niveau de compétence. Malgré le changement d'artiste en cours de route, l'histoire présente une réelle unité, et un rythme rapide, avec des visuels débarrassés du superflu, sans être inconsistants. 4 étoiles pour une histoire noire et droit au but.
Le Livre de Jessie - Journal de guerre d'une famille coréenne
La guerre sino-japonaise de la fin des années 30 est une thématique qui m'intéresse. Pour des raisons stratégiques de politique internationale on a longtemps occulté cette partie peu reluisante de l'histoire de l'armée impériale japonaise. Ici Park Kun-Woong adapte un journal intime d'une famille impliquée dans la résistance politique à la colonisation japonaise. L'auteur mêle le récit intimiste du quotidien de la famille avec un récit historique à hauteur des personnages réfugiés en Chine. Le récit est centrée sur la petite Jessie qui naît sous les bombes et qui va connaître ce quotidien d'alertes aériennes pendant 7 ans. Cette prime enfance de la petite coréenne est vue comme un symbole de la naissance de la Corée en dépit de la volonté de l'armée nipponne. Les auteurs superposent les progrès naturel du bébé à la contraction du territoire chinois libre en début de conflit. Les résistants politiques coréens avec l'appui du gouvernement chinois devront passer de ville en ville pour sauvegarder vivant cet esprit de reconquête. Park rappelle le courage du peuple chinois qui n'a jamais plié sous les déluges de bombes japonaise sur les civils. Il rappelle que l'armée chinoise a vaillamment combattu seule puisque Staline avait choisi la neutralité jusqu'en 45 ( vieux résidu du pacte Germano-soviétique). Le graphisme est minimaliste avec une forte économie de moyens. L'auteur travaille sur les noirs à la façon d'un théâtre d'ombres pour décrire les épisodes les plus meurtriers. La lumière et les émotions sont souvent réservées à la jeune Jessie comme une annonce d'un avenir meilleur. Le trait est souple et grâcieux et dégage une belle émotion mettant par alternance les épisodes joyeux de la vie intime et les angoisses de la situation historique. Malgré tout c'est une véritable optimisme qui se dégage de ce journal comme une confiance en l'avenir. Confiance dans le peuple chinois et confiance en la vie avec la naissance d'un second enfant sous les bombes. Une lecture originale et instructive pour qui aime à découvrir les zones longtemps cachées de l'Histoire moderne. 3.5
Pudique
Féministe, mais pudibonde !!! Ha ! Ha ! Ça ne fait pas très XXIe siècle ! - Ce tome contient un récit autobiographique, indépendant de tout autre. Sa première édition date de 2023. Il a été réalisé par Claire Roquigny, pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend deux-cent-cinquante-deux pages de bande dessinée. Claire et une copine sont au musée. Elles admirent des toiles de maître : La jardinière surprise (1737) de François Boucher, Suzanne et les vieillards (1856) de Théodore Chassériau, La sortie du bain (1846) d’Edgar Degas, Le déjeuner sur l’herbe (1863) d’Édouard Manet, une aquarelle d’Auguste Rodin, La vision de Tondale d’un disciple de Jérôme Bosch. Elles se font la remarque qu’elles ne se verraient pas poser comme ça, tout en se demandant ce que serait l’histoire de l’art sans les femmes à poil. Sa copine lui demande où elle en est de sa BD sur la pudeur. Claire répond qu’elle a abandonné. Elle est au-dessus de toutes ces questions désormais. Et puis ça ressemblerait trop à un règlement de compte avec les proches, genre : elle est mal dans sa peau et c’est leur faute. Elle n’en veut à personne : fini les névroses, à bas les complexes, place à l’avenir ! Elles passent ensuite devant L’origine du monde (11866) de Gustave Courbet, et elles se font la réflexion que c’est un bel hommage, qu’aujourd’hui on sait qui était le modèle. Comment réagirait-elle si elle était vivante ? Fière ou gênée ? En fait, c’est surtout le titre qui est beau. Elles terminent leur visite. Suivre le fil. Dans un avion de ligne, Claire est en train de donner le sein à son bébé, son voisin, chauve avec de grosses lunettes, est incapable de se retenir de tourner la tête pour reluquer de manière ostensible. Elle finit par être horriblement gênée. Elle se demande comment font les autres filles, comment on fait pour être moins pudique, pour se moquer du regard des autres. La pudeur : vertu des jeunes filles bien élevées ? Pourtant quand elle était petite, elle n’était pas pudique. En Normandie, en 1982, Claire a deux ans et elle court toute nue dans la salle de bain, elle en sort pour aller montrer le résultat dans son pot, aux invités. Sa mère ne se cachait pas : la petite Claire entre dans la salle de bains et elle trouve bizarre la ficelle qui dépasse là de son entrejambe. Sa mère lui répond vivement de ne pas toucher, et ajoute plus doucement un S’il te plaît. La petite fille redescend au rez-de-chaussée du pavillon et elle tire sur la ficelle qui dépasse de l’abat-jour d’une lampe. Puis elle va dans sa chambre et tire sur la ficelle de la tortue jouet : celle-ci se met à avancer en faisant de la musique. - Vu à la télé. L’autrice s’interroge s’il fallait pour autant avoir des réponses à toutes ses questions. Déjà, la télé se chargeait de leur en montrer trop. Extrait de scène de sexe du film du soir avant le programme L’île aux enfants, par exemple. Grandir dans les années 80, ça voulait dire être bombardée de culs et de nichons à longueur de journée. La Cicciolina et ses seins dénudés par exemple. Le clip de Sabrina pour Boys boys boys, les Coco-girls, les clips de Mylène Farmer, etc. La couverture annonce un récit de nature autobiographique, sur le thème de la pudeur féminine, avec une parodie du tableau La Naissance de Vénus (1484/1485) de Sandro Botticelli (1445-1510). La scène d’introduction dans le musée permet d’établir l’importance culturelle de la nudité féminine dans les arts, sa place essentielle, et la réification du corps du modèle, en particulier la vulve de Constance Quéniaux (1832-1908), même si depuis l’identité du modèle de L’origine du monde a été remis en question. Le lecteur suppose alors que le récit va aborder la question de la pudeur sous une forme thématique : il s’avère que l’autrice s’en tient à une autobiographie, sous l’angle de sa propre pudeur. Le récit se compose de plusieurs chapitres de longueur inégale : une introduction, Suivre le fil, Vu à la télé, Béquémiette, Châtain clair, Angiens, Formée, On ne naît pas femme, Torre Annunziata, Barcelone. Chaque chapitre comporte une mise en scène de sa vie à l’époque correspondante, il peut s’écouler quelques semaines entre deux chapitres, comme une dizaine d’années. Elle aborde donc cette situation de donner le sein dans un lieu public avec un voisin d’avion incapable de contenir sa curiosité masculine, l’utilisation du corps féminin comme accroche dans n’importe quelle émission de télévision, sa maigreur et son appétit d’oiseau, la tentative de suicide de sa mère, l’apparition des premiers poils pubiens et leur couleur, la maison de campagne, les vêtements amples, la survenance des premières règles, la classe préparatoire d’hypokhâgne, quinze jours de vacances à Naples pour trouver l’amour à l’occasion d’un chantier de bénévoles, ses débuts de journaliste dont une interview de Virginie Despentes à Barcelone, sa relation aux féminismes, son regret de n’avoir jamais parlé de la condition féminine et de leur histoire personnelle avec les femmes de sa famille. La lecture s’avère très agréable, facile d’accès. Passées les cinq premières pages avec des reproductions de tableau, l’autrice adopte une narration visuelle à base de silhouettes simples, d’éléments de décors très simplifiés et représentés uniquement s’ils sont indispensables à la compréhension de la scène, c’est-à-dire qu’il y a majoritairement des cases avec des personnages se tenant sur un fond vide, comme des acteurs sur une scène dépouillée. Pour autant, lorsque la séquence le requiert, l’artiste peut également représenter les décors dans le détail, avec ces mêmes traits de contour évoquant des croquis sur le vif : sa chambre avec son lit d’enfant, une vue en élévation de la rue où se trouve sa maison, la salle à manger de ses grands-parents, le jardin et les pièces de la maison de campagne, l’improbable aménagement de la maison du Marabout de Ficelle (qui ressemble comme deux gouttes d’eau à son voisin d’avion), un amphithéâtre du XVIIe siècle pour une séance de démonstration de médecine afin de réveiller les sens de Claire prise dans un bloc de glace, plusieurs endroits de Naples jusqu’à une randonnée en montagne, une rue de Saint-Valéry-en-Caux, des vues en élévation de Nancy, etc. Les dessins des personnages prennent également l’apparence de croquis vite faits, sans finition sur les traits de contour, leur conférant ainsi une forme de vitalité. La mise en scène et la direction d’acteurs leur donnent vie, transmettant leur état d’esprit ou leurs émotions en fonction de la situation. D’ailleurs, la narration visuelle présente de nombreuses surprises que le lecteur n’aurait pas supposé possibles dans un tel registre graphique. Sous une apparente uniformité, avec une mise en couleur de type bichromie, l’artiste met à profit de nombreuses possibilités : les facsimilés en couleur des tableaux de maître, un plan fixe quand Claire donne le sein en avion, des silhouettes en ombre chinoise pour évoquer les créateurs qui mettent la nudité féminine à toutes les sauces à la télévision, un passage cauchemardesque en trait fins et rectilignes (comme tirés à la règle) pour évoquer un moment que la petite fille ne peut pas comprendre (sa mère emmenée par une ambulance après sa tentative de suicide), le retour de la couleur le temps de quelques cases, une allégorie (sa mère tenant les tables de la loi), des lames de rasoir sur fond blanc pour évoquer l’automutilation, une pantomime de Claire s’adressant à un garçon pour une danse de la séduction, trois pages floues en aquarelle pour une subjective de ce que perçoit Claire avec des lentilles défectueuses, une séquence finale sous forme de bain dans un lac naturel des femmes de la famille, etc. Ayant compris que cet ouvrage relève de la biographie thématique, le lecteur découvre le regard de Claire sur sa pudeur, la manière dont elle s’en est accommodée, les éléments familiaux ou culturels qui l’ont renforcée. Il s’agit d’un récit très personnel, parsemé de références culturelles propres à l’autrice : la chanson Teach your children, de Crosby, Stills, Nash and Young, extraite de l’album Déjà-Vu (1969), son admiration pour Guillaume Galienne (1972-), Anne Frank (1929-1945) et son journal, Le chef-d’œuvre inconnu (1831) d’Honoré de Balzac (1799-1850), Le deuxième sexe (1949) de Simone de Beauvoir (1908-1986), King kong Théorie (2006) de Virginie Despentes (1969-), Ballade de Mélody Nelson (1971) de Serge Gainsbourg (1928-1991), Benoîte Groult (1920-2016). D’un côté, le lecteur perçoit la question de la nudité de Claire, son refus de se montrer, ses stratégies pour déjouer les injonctions à se conformer à l’image normée de la femme que lui renvoient la télévision, les autres femmes, les attentes des hommes, comment son comportement évolue au fil des années qui passent, des situations, de ses envies. D’un autre côté, ces injonctions se trouvent contextualisées à la fois par rapport à l’époque, à la fois dans une perspective féministe. Le lecteur partage son malaise, sa fragilité, son manque de confiance, avec des réflexions très touchantes (par exemple, elle indique qu’enfant elle faisait tout pour être aimée, elle avait l’impression d’y arriver de justesse), dans le même temps la narration ne vire jamais au règlement de compte, et il ne s’agit pas d’un ouvrage militant. Pas facile de grandir en tant que femme quand la société impose des attentes et des visions normatives de ce que doit être une femme, souvent contradictoires. L’autrice évoque son enfance et le début de l’âge adulte sous cet angle, entre malaise et manque de confiance, avec une narration visuelle douce et gentille, sachant se faire aussi bien dramatique qu’humoristique. Une franchise tout en nuances avec une sensibilité délicate.
Les Étoiles s'éteignent à l'aube
Belle histoire. Un pur souffle de poésie. J'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire au début, mais ce ne fut que de courte durée. Le chemin de ce jeune garçon m'a très rapidement saisi. Les dessins sont jolis et légers, à la façon pastel, mais un peu brouillons des fois... Je recommande la lecture de cette belle histoire...
Ava - Quarante-huit heures dans la vie d'Ava Gardner
48 heures dans la vie d'une femme, mais pas n'importe quelle femme, Ava Gardner, "le plus bel animal du monde" d'après Cocteau. J'avais découvert les prémices de cet album dans le très bel "art-book" consacré à Ana Miralles par les éditions Daniel Maghen en novembre 2022. C'est donc un épisode assez méconnu de la vie d'Ava Gardner (elle l'évoque à peine dans son autobiographie) que relate Emilio Ruiz et superbement illustré par Ana Miralles. D'ailleurs, cet album méritait sans doute un format plus grand pour mieux mettre en relief le dessin exceptionnel d'Ana Miralles,. Outre les personnages, elle réalise de superbes planches avec, par exemple, ces vues de la baie de Rio sous la nuit, c'est superbe ! Le scénariste nous entraine dans les péripéties vécues par Ava Gardner pour la promotion de "la comtesse aux pieds nus" au Brésil, avec son lot de contraintes: un climat local délétère , une presse people omniprésente,une diva au caractère parfois excessif ou touchant, un star system pesant... Pas de suspense, aucune intrigue dans ce one shot et pourtant j'ai tourné les pages avec un plaisir non dissimulé. Il est vrai, qu'en tant que fan de l'âge d'Or du cinéma américain, je suis évidement sous le charme d'Ava Garder. Un dessin magnifique au service d'une des plus grandes icônes du cinéma américain. Que demander de plus? A découvrir.
Avengers & Fantastic Four - Empyre
La vengeance d'un règne - Ce tome fait suite à Empyre: Road to Empyre qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant car les auteurs effectuent les rappels nécessaires au cours du récit. Il regroupe Empyre 0 Avengers (dessiné et encré par Pepe Larraz), Empyre 0 Fantastic Four (dessiné et encré par R.B. Silva & Sean Izaakse), Empyre 1 à 6, Empyre Aftermath: Avengers (dessiné et encré par Valerio Schitti), et Empyre Aftermath Fantastic Four (dessiné et encré par Sean Izaakse), initialement parus en 2020. Les 2 épisodes Avengers ont été écrits par Al Ewing, les 2 épisodes Fantastic Four par Dan Slott. Les 6 épisodes de la minisérie ont été coécrits par Ewing et Slott, et dialogués par ce dernier, dessinés et encrés par Valerio Schitti, avec une mise en couleurs de Marte Gracia, et des couvertures de Jim Cheung. Ce tome comprend également de nombreuses couvertures variantes par Jamie McKelvie, John Tyler Christopher (*11), Valerio Schitti, Patrick Gleason, Carmen Carnero, Michael Cho (*6), Alexander Lozano (*6), InHyuk Lee, Tony Daniel (*6), et encore une vingtaine d'autres. Sur la planète Hala, une communauté de guerriers Kree est en train d'exterminer la communauté de Cotati, une race de plantes dotées de conscience ayant pris une forme anthropomorphe. Tony Stark se réveille de ce cauchemar avec la conscience claire que ces faits se sont réellement déroulés, il y a des centaines de millions d'années et que ça a été le point de départ de la guerre entre les Krees et les Skrulls. Dans la journée, les Avengers reçoivent un message de Carol Danvers (Captain Marvel) : elle-même a reçu un message d'appel au secours en provenance de la zone bleue de la Lune. Les Avengers se rendent sur place dans leur vaisseau Quinjet et ont la surprise de découvrir que toute la zone est recouverte d'une forêt luxuriante. L'équipe débarque sur place : Captain America, Iron Man, Captain Marvel, Hulk, Thor. Peu de temps après, ils sont attaqués par une sentinelle Kree avec une tête pleine de dents. Le combat s'engage ; la bataille fait rage. Sortant de nulle part, Swordsman (Jacques Duquesnes) se jette sur l'assaillant et lui plante son épée dans le cou et le décapite. Tous les Avengers se jettent dans la mêlée et finissent par terrasser la créature. Le petit groupe est rejoint par Black Panther et Ghost rider qui étaient restés dans le Quinjet, et Swordsman se présente rappelant son passé de criminel, puis d'Avengers, son mariage à la Madone Céleste. Enfin il explique ce qui se passe dans la zone bleue de la Lune. À l’intérieur du colisée de de la dimension Casino Comico, Profiteer introduit le combat à venir dans l'arène de telle sorte que les milliers de spectateurs placent leurs paris : Jo-Venn le kree, contre N'Kalla la skrull. Le site du combat est simulé par un générateur de réalité virtuelle : les coulées de lave de Lorkanna Six. Le combat s'engage entre les deux adolescents. Sur un astéroïde à quelque distance de là, les quatre Fantastiques sont naufragés, leur vaisseau ayant subi une avarie irréparable en l'état. L'équipe se compose de Human Torch (Johnny Storm), The Thing (Ben Grimm), Invisible Woman (Sue Storm Richards), Mister Fantastic (Reed Richards), Powerhouse (Franklin Richards) et Brainstorm (Valeria Richards). Un autre vaisseau vient à passer par là et Johnny troque le passage des Fantastic Four à bord contre la participation de Ben Grimm à un combat dans l'arène du colisée. Une fois sur place, Johnny se fait l'imprésario de Ben, Susan et Reed vont découvrir les lieux, Valeria & Franklin sont chargés de surveiller ce qui reste de leur vaisseau. Valeria va finir à une table de jeu en misant la somme qu'elle a obtenu en vendant le vaisseau, et Ben va finir dans l'arène. À un rythme soutenu, chaque année, l'éditeur Marvel Comics organise des événements et des crossovers impliquant plusieurs séries pour créer de l'interconnexion entre elles, visant ainsi à créer une synergie fabriquée de toute pièce pour inciter le lecteur à lire (et donc à acheter) les numéros de toutes les séries entraînées dans l'événement, même ceux de séries qu'il ne suit pas habituellement. Les scénaristes employés par l'éditeur sont rompus à ce genre d'exercice, et les responsables éditoriaux assurent la coordination entre les différentes séries, ainsi que l'ordre de sortie de chaque titre. D'un autre côté, l'éditeur multiplie les formats de publication, de manière que chaque lecteur potentiel puisse trouver celui qui correspond à ses envies de lecture. Ainsi, le présent recueil contente celui curieux uniquement de la minisérie principale, ne voulant lire aucun titre satellite, ou minisérie publiée pour l'occasion. Il bénéficie d'un recueil fait sur mesure, avec les deux prologues, les deux épilogues et ladite minisérie, soit un tout, avec une pagination déjà copieuse. S'il veut lire tous les épisodes concomitants, il peut acheter les autres recueils avec Empyre dans le titre, ou attendre l'omnibus qui arrivera 3 ou 4 mois plus tard. En ne lisant que les épisodes au cœur du crossover, il sait qu'il lui manquera quelques développements. En cours de lecture, il se rend compte que la construction du récit fait que plusieurs événements significatifs dans l'intrigue ont lieu dans des miniséries annexes, ce qui lui laisse un goût d'incomplétude, de récit lacunaire. Al Ewing (à l'époque responsable de la série Immortal Hulk) et Dan Slott (à l'époque responsable de la série Fantastic Four) connaissent bien l'histoire de l'univers partagé Marvel, et ils décident de mettre à profit des éléments peu exploités : la race des Cotati, un lieu assez récent (Casino Cosmico, créé en 2016), un personnage très vite oublié après sa création (Unseen), ainsi que des personnages mis de côté faute de savoir qu'en faire (Hulkling, Sequoia). Ils n'hésitent pas à en profiter pour également créer de nouveaux personnages comme Profiteer, Jo-Venn, N'Kalla. Ils savent que l'une des composantes attendues dans ce genre de récit, c'est la profusion de personnages, et ils font en sorte d'en donner pour son argent au lecteur avec les Avengers, les Fantastic Four, et quelques apparitions rapides de Spider-Man, ou bien sûr de Wolverine. Le temps d'une page, parfois d'une case, le lecteur repère un autre superhéros ou une autre équipe, comprenant que cette portion de l'intrigue est alors développée dans une minisérie annexe. Pour réunir autant de superhéros, il faut bien sûr une menace à l'échelle planétaire, ou en l'occurrence une guerre de plusieurs millions d'années, avec en prime le risque de faire exploser le soleil de la Terre. Pour ça, les scénaristes reprennent la guerre entre les krees et les skrulls, tout en y intégrant une troisième race qui a rarement les honneurs dans l'univers partagé Marvel : les cotatis. C'est bon tout est en place. Chaque équipe prend parti pour un camp ou pour un autre, ou encore contre un camp ou l'autre. En professionnels chevronnés, Ewing & Slott évitent de s'empêtrer dans des combats entre superhéros qui ne savent pas communiquer, et ils font en sorte de donner des objectifs distincts et crédibles aux différentes factions. L'horizon d'attente du lecteur étant ainsi comblé, il n'a plus qu'à se laisser emmener dans cette énorme bataille, en profitant du spectacle. Les coscénaristes se montrent très habiles à faire décoller leur récit, malgré l'inertie inhérente à une histoire brassant autant de personnages et d'équipes. L'ensemble du récit présente une belle cohérence graphique, tous les dessinateurs réalisant des pages dans un registre très similaire. Pepe Larraz ouvre le bal avec des dessins réalistes et détaillés, montrant la zone bleue devenu verte avec la végétation, la sentinelle Kree imposante, et le nouveau venu Sequoia (surnommé Quoia). La mise en couleurs soutenue apporte une forte densité à chaque élément détouré, et une impression cosmique grâce à des camaïeux savamment composés. S'il n'y prête pas attention, le lecteur peut ne pas se rendre compte que le deuxième épisode est dessiné par un autre artiste, tellement le rendu de Silva est proche de celui de Larraz. Il remarque quand même que la mise en page fait la part plus belle aux cases de la largeur de la page. Puis il voit que Izaakse s'appuie plus sur un détourage appliqué. Marte Gracia continue de réaliser une mise en couleurs riche qui établit une cohérence visuelle entre ces deux épisodes. C'est ensuite au tour de Valerio Schitti d'assurer les dessins pour les 6 épisodes de la minisérie, ce qui constitue une tâche harassante. Il doit gérer l'apparence de dizaines de personnages, des scènes de foule, des changements de lieux, des combats pyrotechniques, et parfois même des scènes de dialogue calmes. Le lecteur voit bien que cet artiste sait très bien utiliser les trucs et astuces pour dessiner le moins possible les décors, mais il assure ce minimum de façon solide. Les fonds de case sont bien nourris par la mise en couleur de Marte Gracia, toujours aussi chaude et chatoyante, apportant des effets spéciaux spectaculaires pendant les moments d'action. Tout du long de ces 6 épisodes, le dessinateur ne démérite pas, impliqué du début jusqu'à la fin, sans donner l'impression de devoir rendre ses planches avec un délai de plus en plus court, sans les bâcler. Une narration visuelle solide et totalement adaptée à un récit de grande ampleur de ce type. Par comparaison, le deuxième épilogue dessiné par Izaakse semble un peu appliqué, manquant de l'entrain présent dans les précédents numéros. En choisissant cette histoire, le lecteur a conscience des spécificités de ce genre de crossover réunissant un nombre conséquent de superhéros pour lutter contre une menace de très grande ampleur. Dan Slott & Al Ewing sont des scénaristes expérimentés de l'univers Marvel. Ils ont trouvé une menace avec des racines dans cet univers partagé, et ils savent comment faire prendre de la vitesse à une histoire d'une aussi grande ampleur. Ils parviennent à gérer tous les superhéros (sans avoir besoin de recourir à des supercriminels), à initier des développements effectués dans des miniséries satellites (ce qui s'avère frustrant à plusieurs reprises car le lecteur éprouve la sensation qu'il lui manque un bout de l'histoire) et à éviter un trop grand manichéisme. Les artistes ne déméritent pas du début jusqu'à la fin assurant le spectacle sans baisse de qualité du début à la fin dans cette épreuve de marathon. D'un côté, il s’agit d'un crossover réalisé par des artisans avec du métier. D'un autre côté, le lecteur reste sur sa faim car finalement l'opposition entre les deux règnes (animal / végétal) reste très superficielle, et les cotatis conservent sagement des formes anthropomorphes sans beaucoup d'imagination.