Les derniers avis (39887 avis)

Couverture de la série Elliot au collège
Elliot au collège

Bah tout pareil que mes prédécesseurs, une chouette série pour la tranche d’âge mais pas que. Je n’ai lu que les 2ers tomes et je ne bouderai pas les prochains. Le fond et la réalisation m’ont fait pas mal penser au travail de Riad Sattouf mais Théo Grosjean (que je découvre pour l’occasion) amène sa patte pour se démarquer. L’auteur injecte pas mal de son passé dans son héros et les péripéties vécues mais il s’autorise aussi des digressions pour rendre l’ensemble fluide et surtout aborder moult sujets autour de l’adolescence. J’ai bien apprécié le format, à savoir une page façon gag qui petit à petit, forme l’année scolaire de notre héros (le but de chaque album). Le ton est à l’humour mais les pages savent également être touchantes et traiter de thématiques plus lourdes (tout en gardant cette légèreté). Du bon boulot. Rien de fou mais une vie d’ado traitée avec justesse.

04/11/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série RIP
RIP

Après avoir été autant bassiné par cette série à Angoulême, il a bien fallu que je me les procure tous en un bloc chez le libraire, pas le choix ! Et c'est effectivement de bonne grâce que je me joins au concert de louanges. C'est un polar hard-boiled noir charbon sur des marginaux dans une boite spéciale. Travailler avec des morts, c'est peut-être déjà mourir un peu ... Et pourtant, je trouve que cette BD a quelque chose de positif au final, même si c'est assez difficile de le voir de prime abord. Chaque volume se centre sur un personnage et contient un twist final assez étonnant, généralement en pied de nez d'une histoire développant une thématique bien précise. Si j'ai assez vite compris le procédé, j'ai beaucoup aimé (surtout que j'ai pu lire les volumes d'une seule traite) et je trouve que là encore l'idée permet d'explorer quelques thématiques bien trouvées. Il y a pléthore de référence dans cette série, certaines que j'ai capté d'autres non, qui sont à la fois des références à d'autres polars ou sources d'inspirations que des clins d’œil pas indispensable. On passe un bon moment sans les avoir, mais il y a un petit côté amusant à les chercher et les reconnaitre. Le scénario s'inscrit dans la droite ligne de plusieurs influences, qu'on reconnait sans peine : ambiance noir, mafieux, vieux flics, infiltrés, prostituée, etc ... C'est du classique, mais l'ingéniosité de présenter les personnages au fur et à mesure autour de la même histoire permets de relire chaque fois l'ensemble différemment. Une mise en scène assez efficace, qui permet de maintenir un suspens mais également de relire l'ensemble sous un nouvel angle. Et voir autrement des gens pourtant très typés. Le dessin est efficace et direct, avec son ambiance poisseuse tartiné de mouches en tout sens. Ça pue presque à travers les pages, mais l'ingéniosité est aussi dans les détails. De nombreuses choses se comprennent en étant attentif à ce qu'il se passe dans les cases, parfois en arrière-plan. Ce n'est jamais une révélation majeure, mais souvent des petits indices sur ce qu'il se passe réellement chez chacun. Tout est lisible et clair, et malgré le nombre de personnages parfois dans des costumes qui les masques, il y a toujours un artifice qui fait qu'on est pas perdu. Efficace, comme dit ! Maintenant que tout ça est dit, et que ça suffirait à en faire une bonne série, j'ajouterai qu'il y a quelque chose qui se dégage de l'ensemble. Un truc en plus, un message que j'ai apprécié : la solitude. Tout ceux qui sont présentés sont finalement de pauvres gens, mais alors que j'avais un avis sur eux, je me suis retrouvé sincèrement touché par leurs histoires. Le volume 5 et 6 qui pourtant ne partaient pas avec des atouts (le volume 4 constitue une sorte de pic dans les révélations) m'a rendu touchant des personnages que je ne pensais pas apprécier. Et s'ils n'en deviennent pas des héros, ils sont pourtant moins monolithique que je ne l'aurai cru. Et c'est parce que les auteurs parlent beaucoup du regard des autres. Maurice, héros du tome 2, est vu par tout le monde comme un type spécifique, personne ne comprenant réellement sa vie. Ce qui est aussi le cas de Derrick, présenté vite comme un looser, mais que certains voient curieusement différemment de ce qu'il est. Dans cette série, j'ai senti aussi qu'un questionnement sur la solitude pointait son nez derrière la façade de polar noir pur jus. La solitude des gens morts dont ils vident les maisons, la solitude de chacun de ces protagonistes qui vit dans son petit monde, sans famille et sans ami. C'est bien la solitude qui les tue, au final, chacun devenu terriblement seul, même accroché à ses rêves. D'ailleurs je trouve la fin du tome 5 assez explicite là-dessus (le tome 6 ajoute aussi une dimension sur les liens qui permettent de s'en sortir). C'est une BD qui rappelle que les marginaux, les exclus, "ceux d'en bas" pour reprendre les propos d'un ministre, sont avant tout des gens seuls et en rupture avec le monde autour. Les aider, c'est avant tout faire du lien social. Liens qui manquent cruellement à ce monde dépeint ici. Et pourtant les dernières pages présentent une accalmie après la tempête où finalement c'est l'humanité qui gagne, un court instant. Une petite étincelle d'espoir qui brille d'autant plus que tout semblait sombre avant. Je trouve que la série s'en sort parfaitement, avec un juste équilibre entre l'homme aux polars et ambiances que les auteurs aiment, histoires emboités, propos sur le monde (je n'ai pas parlé du machisme omniprésent et de la façon dont la BD le présente), le tout avec une touche d'espoir final qui laisse tout de même sur une note positive. C'est surprenant dans le bon sens du terme, et je recommande franchement la lecture ! Personnellement je suis conquis.

04/11/2024 (modifier)
Couverture de la série Bots
Bots

Je sors de ma lecture avec un sentiment mitigé même si je garde une note haute pour l'originalité et la créativité fournies. J'ai eu du mal à entrer dans le récit. Un vocabulaire parfois relâché , des blagues un peu vaseuses (steve blowjob, mouais), un univers dystopique et violent dont je ne suis pas spécialement friand et ce mitraillage de jeux de mots tirés du vocabulaire informatique ( là encore pas trop mon truc) m'ont fait lire le tome 1 avec réserve. J'ai préféré la suite avec cet univers concentrationnaire de Ryker puis le final sur une sorte de boucle temporelle peut être convenue mais efficace pour terminer le récit. Au fil de la série, j'ai trouvé les dialogues moins punch lines et plus intéressants quittant un basic potache pour des thématiques moins superficielles. Le graphisme n'est pas de ceux que je préfère mais il colle parfaitement à l'esprit numérique de la série. Cela reste très dynamique et Baker réussit la prouesse de donner beaucoup d'expressivité à ses machines. Je ne suis pas en phase avec toutes les propositions mais je reconnais une grande créativité avec un énorme travail pour faire coïncider le langage geek et les innombrables références culturelles dans un ensemble cohérent. Une lecture atypique qui vaut le détour. 3.5

04/11/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mon papa dessine des femmes nues
Mon papa dessine des femmes nues

Ça peut tout changer. Ces petites choses mises bout à bout. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, tout en s’inscrivant dans une réflexion sur l’art et sur la bande dessinée que l’auteur a initiée depuis plusieurs tomes, avec Une histoire de l’art (2016, sous la forme d’un immense leporello, livre dépliable de plus de vingt-trois mètres recto verso), suivi par Peindre ou ne pas peindre - L'intégrale (2019). Sa première édition date de 2022. Il a été réalisé par Philippe Dupuy pour le scénario, les dessins et les couleurs, avec la participation de son fils Hyppolyte. Il comprend cent-cinquante-six pages de bande dessinée. Il se termine avec la liste des artistes et de leurs œuvres évoqués, de Mark Rothko avec Red Equal à Jean Dubuffet avec la Métafizix, en évoquant soixante-dix créateurs, et six œuvres réalisées par des artistes inconnus. Incipit : David Hockney montre toujours le chemin. Reprographie avec interprétation des œuvres Red Equal de Mark Rothko, Solen d’Edward Munch, Black sun d’Alexander Calder. Cycle : effroi, sidération, colère. Reprographie avec interprétation des œuvres : Le triomphe de la mort de Pierre Bruegel l’ancien, Pinturas Negras de Francisco de Goya, Teetering towers, The woodcuts, Heavy cloud d’Ansel Kiefer. Philippe Dupuy et son fils Hippolyte visitent un musée. L’enfant n’aime pas ces images, elles sont terrifiantes. Il ajoute qu’ils sont laids, et il y a celui qui mange quelqu’un. Sur l’avant-dernier, tout est cassé, brûlé, mort. Son père lui répond qu’il sait et qu’il est désolé. Il le prend par la main et l’emmène voir d’autres tableaux, parce que ceux-là, ça fait du bien, parce que ça existe encore : Amandier en fleurs de Vincent van Gogh, Montagne Sainte-Victoire de Paul Cézanne, Nave Nave Moe de Paul Gauguin, A closer winter tunnel de David Hockney, Le bonheur de vivre d’Henri Matisse. Le garçon fait remarquer à son père qu’ils sont tous tout nus. À Paris, dans son appartement, Philippe est à sa table à dessin en train de travailler. Son fils entre et lui demande ce qu’il fait : il répond qu’il travaille. L’enfant veut savoir ce que c’est : le père explique que c’est un collage avec un dessin de la main gauche, il fait ça de temps en temps. L’enfant remarque que son père aussi dessine des femmes toutes nues et il souhaite savoir pourquoi. Philippe explique qu’il aime bien, parce qu’il trouve ça beau. Et puis c’est quelque chose qui se fait souvent en art. Le fils renchérit : oui, dans les peintures, il y a plein de dames toutes nues. Comme la dame dans le coquillage qui cache sa zézette avec ses cheveux. Mais, bon, il aime bien quand même les dessins de son père. Ce dernier le remercie et lui indique qu’il aime beaucoup ceux de son fils. Puis Hippolyte demande la permission de regarder un dessin animé, il choisit les Pokémons. La chanson du générique débute, le héros indiquant sa volonté de devenir le meilleur dresseur, de gagner les défis et de parcourir la Terre entière. À table, l’enfant regarde le fond de son verre : quarante-quatre ans comme maman, celle-ci répond qu’elle a vingt-deux ans dans le fond de son verre. Philippe met ses lunettes mais il n’arrive pas à lire, c’est vraiment écrit trop petit. Son fils prend le verre et lit : quatre ans. Dès les premières planches, le lecteur fait connaissance avec la singularité de ce créateur. Il reproduit en les interprétant trois tableaux de maître, puis il réalise un triangle à main levée plaçant aux sommets les mots Effroi, Colère, Sidération. Puis suit l’interprétation d’autres tableaux, et des échanges avec son fils. À l’évidence, c’est le choix de l’auteur que de reproduire à sa manière ses œuvres d’art, plutôt que de faire usage d’une photographie de ces tableaux. Il monte ainsi comment il les perçoit, comment il les interprète, comme il les fait siens. Après ces pages en couleurs, à la peinture, au feutre, au crayon de couleur et au crayon noir, il réalise une page dans son mode graphique habituel : des traits de contour irréguliers et fins, à l’encre pour des dessins dans une veine représentative et descriptive, avec un niveau de détails variable en fonction des éléments représentés, êtres humains comme objets, entre esquisse et dessin précis à l’apparence malhabile. Dans le premier cas, le lecteur voit l’intention et la spontanéité ; dans le deuxième cas, il constate que l’artiste sait observer finement ce qui l’entoure, par exemple quand il peut identifier le mobilier urbain parisien comme les croix de Saint-André. S’il a déjà lu des bandes dessinées récentes de cet auteur, le lecteur s’attend à la diversité des approches graphiques, et à cette impression un peu penchée. Sinon, il découvre une multitude d’idiosyncrasies qui ne relèvent pas du maniérisme ou de l’affèterie, mais de l’expression de la personnalité de l’auteur, de ses intonations, de ses hésitations, de sa façon d’appréhender le monde. Ce créateur s’exprime par chaque trait, par chaque forme, chaque mise en page, par la structure de son récit. Au fil de sa carrière, il a maîtrisé différentes techniques, les règles académiques et le savoir-faire d’un bédéiste, jusqu’à pouvoir faire totalement sien toutes les dimensions de ce mode d’expression. Il suffit de regarder les textes pour en avoir la preuve : jeu sur les polices, lettrage manuel et artisanale, ondulation des textes qui peuvent parfois épouser la forme des bordures, ou suivre la forme d’une spirale, petites annotations manuscrites en bordure de case, texte en minuscule ou en majuscule, alternance de mots en minuscules et en majuscules, et toutes ces variations participent à exprimer l’état d’esprit de l’auteur, à l’opposé de facéties artificielles et gratuites. Les modes d’expression graphique varient également en fonction de ce que l’artiste souhaite exprimer : les pages avec des dessins à base de traits de contour fins et encrés, l’interprétation d’œuvres d’art classiques, des dessins à l’encre (de femmes nues) collés sur des photographies de montagnes, des peintures abstraites à l’aquarelle avec une silhouette dessinée et collée par-dessus, les dessins de son fils intégrés à une page, voire composant la narration visuelle pendant plusieurs pages, des compositions avec les dessins à l’encre et l’aquarelle, quatre vues de Taipei réalisées au pinceau et à l’encre sous forme d’illustration en double page, une modification du rendu des formes pour raconter une performance des cubes de Takako Saito, la reprographie de deux petits livres de bande dessinée réalisés par Hippolyte comme cadeau d’anniversaire, un dessin pour illustrer un texte de Greil Marcus sur les Sex Pistols, etc. Derrière ce titre aguicheur, le lecteur ne sait pas trop à quoi s’attendre : la dissection d’une pratique de dessin honteuse ? La visite au musée établit qu’une composante principale du récit réside dans la relation du père avec son fils. Celui-ci ressent les œuvres d’art, sans appareil analytique : il les voit mieux que l’auteur qui est incapable de se départir de sa culture picturale, de plusieurs décennies de pratique de la bande dessinée. C’est la raison pour laquelle Hippolyte pose cette question ingénue à son père : la forte proportion de corps féminins dénudés dans l’art lui saute aux yeux. À travers son fils, l’auteur retrouve la capacité d’émerveillement qui s’est émoussée en lui avec les décennies écoulées. Il se reconnecte aux émotions suscitées par les œuvres d’art, il retrouve une façon de voir qu’il avait perdue. Au fil des séquences, il apparaît d’autres facettes de sa relation avec son fils du fait du caractère intimement personnel de l’ouvrage. Ainsi il évoque le regard des autres parents commentant la différence d’âge entre les deux, le père ayant soixante ans et le fils bientôt onze ans, la mère Loo Hui Phang en a quarante-six. Les parents évoquent l’avenir de leur enfant, au regard de l’état du monde. Cela amène à des questions et des réflexions apaisées, mais pas faciles, comme Philippe se demandant à partir de quand son fils pensera que son père est vieux. La visite au musée établit aussi une autre composante majeure : la contemplation de l’art et la relation que l’auteur entretient avec. Il avait développé ce thème dans Peindre on ne pas peindre (2019), et avait poursuivi sa réflexion sur le sujet dans J'aurais voulu faire de la bande dessinée (2020, avec Dominique A et Stéphan Oliva). Outre les artistes cités plus haut, les visites d’exposition évoquent également des œuvres de Matisse, Man Ray, Joan Miró, Fernand Léger. L’auteur passe en revue la nudité féminine dans l’art, depuis les représentations du paléolithique jusqu’au monde moderne (Pop art, Op art, Figuration narrative, libre, Cobra, Estampes, Fluxus, Photographie, Nouveau réalisme, Arte povera, Art brut, Performance, Art vidéo). Il consacré également dix pages à Takako Saito (1929-), artiste japonaise, à l’occasion d’une de ses performances à base de cubes au CAPC, musée d’art contemporain de Bordeaux. Le lecteur se retrouve fasciné par ce qu’en dit Dupuy qui s’avère un excellent passeur pédagogue pour parler de cette œuvre. Il revient à l’esprit du lecteur la remarque de l’auteur sur les différentes formes d’accessibilité à une œuvre, soit érudite grâce à un bagage culturel adéquat (y compris pour les bandes dessinées), soit plus immédiat comme en atteste la réponse de son fils participant spontanément à ladite performance comme les autres enfants présents, alors que les adultes ne peuvent envisager leur condition qu’en tant que spectateur. Dans cette bande dessinée, le lecteur découvre deux extraits de l’ouvrage Lipstick Traces (1989) de Greil Markus, analysant comment les Sex Pistols ouvrirent une brèche dans le monde du rock et de la chanson, dans l’écran des certitudes qui sont censées régir l’offre et la demande en matière de goût. Parce que les certitudes, les idées culturelles reçues sont hégémoniques et voudraient expliquer comment le monde est censé tourner – des constructions idéologiques perçues et vécues comme des faits naturels – cette brèche dans le milieu pop s’ouvre sur le royaume de la vie quotidienne. Le lecteur comprend que ces remarques ont eu une grande importance dans la manière dont l’auteur considère l’art en général, et le sien en particulier. Un titre un peu provocateur, assorti d’une couverture composite cryptique. Une fois encore, le lecteur se retrouve déconcerté par la facilité et l’évidence de la narration, alors qu’elle semble si hétéroclite en apparence. Il fait entièrement confiance à l’auteur qui se montre attentionné vis-à-vis de lui, tout en réalisant une œuvre si personnelle que rien ne pourrait être modifié sans en changer profondément le sens. La narration visuelle s’avère protéiforme, dégageant un mélange de spontanéité et de sincérité, tout en révélant une extraordinaire unité parfaite entre le fond et la forme. Philippe Dupuy aborde des thèmes très personnels comme sa relation avec son fils, indissociables de son rapport à l’art, aux artistes, à sa pratique de la bande dessinée, à sa vie dans cette phase qu’il qualifie de temps additionnel, selon la formule de Christian Boltanski : les années se condensent, la forces des intentions aussi, le temps additionnel a une intensité bien différente. Merveilleux.

04/11/2024 (modifier)
Par Linette
Note: 5/5
Couverture de la série Le Poids des héros
Le Poids des héros

D'abord un gros coup de coeur pour l'illustration, elle est magnifique, les couleurs sont incroyables. Après le choix du titre est parfait pour cette belle histoire. Nous suivons ce petit garçon curieux David grandir et devenir une homme mais sont hypersensibilité le charge du poids de l'histoire terrible de son grand père . La guerre, la résistance, l'emprisonnement, les camps de concentration... Toute cette charge émotionnelle lui est transmise comme un héritage mais ce sera son fardeau... Ça pousse à cette réflexion que nous avons tous à un moment de notre vie, avons-nous le droit à la tristesse alors que nous n'avons pas connu le vrai malheur ? Avons nous le droit de nous plaindre alors que nous avons le ventre plein et un toit sur la tête ? Alors comme David je pense que oui on doit s'estimer chanceux mais chaque période de l'histoire a sont lot de malheur et d'anxiété, nous avons tous le droit de ressentir des émotions négatives, c'est de cette façon que l'humanité arrive à se relever plus haut. David a la charge de transmettre l'histoire de son grand père. Lui aussi devra donner ce fardeau à l'un de ses enfants... Il y a cette très belle phrase au début du livre " lorsque vous écrivez un livre sur l'horreur de la guerre, vous ne dénoncez pas l'horreur, vous vous en débarrassez"

03/11/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ailefroide - Altitude 3954
Ailefroide - Altitude 3954

J'ai mis du temps à enfin lire cet album parce que je ne suis pas un fan de l'alpinisme et j'avais peur de m'ennuyer ou de tomber encore une fois sur un album que tout le monde trouve génial et que je trouve correct sans plus. Au fil des pages, mes craintes sont parties. Rochette raconte sa jeunesse via les deux passions de sa vie: l'alpinisme et le dessin. Il va se demander quel voie prendre et au final c'est le dessin qui va gagner parce que dessinateur de BD c'est moins dangereux que guide de montagne. Parce que oui l'auteur aime la montagne, mais il montre aussi à quel point c'est aussi un endroit dangereux même si on a de l'expérience. La jeunesse de Rochette est remplie de drames avec des copains de montagne qui finissent blessés ou morts et lui-même ne sera pas à l'abri des accidents. Le scénario est prenant avec le ton juste lorsqu'il s'agit d'aborder le drame. Rochette est très bon dans le style réaliste et les plans de montagnes sont de toute beauté. Bien hâte de lire les autres albums que cet auteur a consacré à la montagne.

03/11/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Vie Secrète des écrivains
La Vie Secrète des écrivains

Pour survivre, il faut raconter des histoires. – Umberto Eco - Ce tome correspond à une adaptation du livre de Guillaume Musso portant le même titre, paru en 2019. Son édition originale date de 2023. L’adaptation a été réalisée par Miles Hyman pour la transposition, les dessins et les couleurs. Il compte environ cent quatre-vingts pages de bande dessinée. Il se termine avec épilogue de cinq pages écrits par Musso (intitulé D’où vient l’inspiration ? apostille à La vie secrète des écrivains), une page de remerciements (une phrase de Musso et un paragraphe rédigé par Hyman), une bibliographie de l’écrivain et une du bédéiste. On appelle cela l’effet Streisand : plus on cherche à cacher quelque chose, plus on attire la curiosité sur ce qu’on souhaite dissimuler. Depuis son retrait soudain du monde des lettres à l’âge de trente-cinq ans, Nathan Fawles est victime de ce mécanisme pervers. Nimbée d’une aura de mystère, la vie de l’écrivain franco-américain a suscité tout au long des deux dernières décennies son lot de ragots et de rumeurs. Né à New York d’un père américain et d’une mère française, Fawles passe sa jeunesse entre la France et les États-Unis où il termine ses études, d’abord à la Phillips Academy, puis à l’université Yale. Il s’investit ensuite dans l’humanitaire, travaille quelques années pour Action contre la faim, et Médecins sans frontières au Salvador, en Arménie et au Kurdistan. De retour à New York en 1993, Nathan Fawles publie son premier roman, Loreleï Strange, parcours initiatique d’une adolescente internée dans un hôpital psychiatrique. Le succès n’est pas immédiat, mais en quelques mois le bouche-à-oreille porte le roman en tête des ventes. Avec son deuxième ouvrage, Une petite ville américaine, vaste roman choral de près de mille pages, Fawles rafle le prix Pulitzer. L’auteur s’impose comme l’une des voix les plus originales des lettres américaines. En 1997, Fawles s’installe à Paris où il publie son nouveau texte directement en français. Les Foudroyés est une déchirante histoire d’amour, mais aussi une réflexion sur le deuil, la vie intérieure et le pouvoir de l’écriture. C’est à cette occasion que le public français le découvre vraiment. Il participe à une édition spéciale de Bouillon de culture, avec Salman Rushdie, Umberto Eco et Mario Vargas Llosa. Quelques mois plus tard, âgé d’à peine trente-cinq ans, Fawles annonce dans un entretien décapant avec l’AFP sa décision irrévocable d’arrêter d’écrire. Depuis cette date, l’écrivain s’est installé dans sa maison de l’île Beaumont. Fawles n’a plus jamais publié le moindre texte, ni accordé d’interview à une journaliste. Il a aussi refusé toutes les demandes d’adaptation de ses romans au cinéma ou à la télévision. Netflix et Amazon s’y sont encore récemment cassé les dents, malgré des offres financières très importantes. Depuis bientôt vingt ans, le silence assourdissant du reclus de Beaumont n’a cessé d’alimenter les fantasmes. Pourquoi Fawles, à seulement trente-cinq ans, alors au sommet de son succès a-t-il choisi de se mettre en retrait du monde ? Impossible de faire semblant : il s’agit de l’adaptation d’un roman de l’écrivain qui vend le plus de livres en France à cette époque. Le titre évoque explicitement la condition de l’écrivain et sa vie secrète, le personnage principal est un écrivain ayant mis fin à sa carrière. Le deuxième personnage d’importance à intervenir, Raphaël Bataille, est un écrivain en herbe qui vient solliciter l’avis du premier. Régulièrement, le lecteur découvre une illustration représentant un écrivain célèbre, avec une citation sur la condition d’écrivain : Umberto Eco (1932-2016), Zora Neale Hurston (1891-1960), Margaret Atwood (1939-), Milan Kundera (1929-2023), Agatha Christie (1890-1976), Marcel Proust (1871-1922), Elena Ferrante (1943-), William Shakespeare (1564-1616), Anton Tchekov (1860-1904), Franz Kafka (1883-1924), Georges Simenon (1903-1989), Alexandre Soljenitsyne (1918-2008). Celle d’Eco fait le constat que : Pour survivre, il faut raconter des histoires. Margaret Atwood prévient que : Vouloir rencontrer un écrivain parce qu’on aime son livre, c’est comme vouloir rencontrer un canard parce qu’on aime le foie gras. Régulièrement, le personnage principal effectue des commentaires sur le métier d’écrivain. Par exemple : La première qualité d’un écrivain était de savoir captiver son lecteur par une bonne histoire, un récit capable de l’arracher à son existence pour le projeter au cœur de l’intimité des personnages. Plus loin, il complète : Un roman, c’est de l’émotion, pas de l’intellect. Concernant le métier proprement dit, il prévient Raphaël que : l’existence d’un écrivain est le truc le moins glamour du monde, on mène une vie de zombie, solitaire et coupée des autres. Au vu de ce qu’il écrit sur les éditeurs, contre lesquels il a la dent dure, peut-être que tout n’est pas à prendre au pied de la lettre. Sans oublier le lecteur en tant qu’espèce en voie de disparition, et les piques sur la vraie littérature. Dans un premier temps, l’esprit du lecteur ne peut faire autrement que de se focaliser sur cette mise en abîme : l’auteur parle de ce qu’il connait le mieux, son métier, il crée une forme de connivence avec le lecteur qui sait que l’auteur sait qu’il a fait exprès de parler de lui à travers un personnage écrivain, et même un autre personnage aspirant écrivain pouvant évoquer l’individu qu’il était à ses débuts. Cette écriture venant de l’intellect paraît démentir les conseils de Fawles qui dit que l’essentiel se trouvent dans les émotions. D’un autre côté, il y a le mystère de la raison pour laquelle Fawles a mis fin abruptement à sa carrière d’écrivain, Raphaël se fait tirer dessus avec un fusil dès la page trente-et-un et un cadavre nu cloué à un arbre est découvert dix-huit pages plus loin. L’affect du lecteur s’en trouve ainsi titillé et l’élégance de la narration visuelle le séduit instantanément dès la couverture, avec la joie ineffable de découvrir que les pages intérieures sont aussi belles, aussi soignées, aussi élégantes. Impossible de ne pas succomber à la séduction de ce ciel chaud et presque enflammé, de ce bleu entre turquoise et céruléen, de cette terrasse dépassant des falaises et promettant un panorama à couper le souffle, et de cette silhouette féminine chic, sans être provocatrice. Chaque page offre des dessins aussi plaisants à l’œil. L’artiste réalise des images dans un registre descriptif et réaliste avec un niveau de détail élevé dans chaque case. Le lecteur peut ainsi se projeter dans chaque lieu et admirer cette même vue en double page, un quartier de Harlem dans lequel se trouve Zora Neale Hurston, un dessin en double page de la côte de l’île Beaumont vue depuis la mer, la silhouette du Flatiron Building à New York, le plateau de l’émission Bouillon de culture avec Bernard Pivot, les tables d’une terrasse avec l’ombre accueillante de leur parasol, une balade à vélo dans l’île Beaumont, l’intérieur du salon de la villa de Fawles avec son fusil accroché au mur, un plage d’Hawaï, une autre villa de l’île dans laquelle Raphaël s’introduit par effraction, un appartement parisien, un grand congélateur ensanglanté, la ville de Sarajevo pendant la guerre, etc. Chaque case impressionne par son niveau de détails et sa parfaite lisibilité, par la précision des traits et par la mise en couleurs. L’artiste réalise un dosage extraordinaire entre le degré de simplification de certaines formes, les réduisant parfois à de simples rectangles, et leur habillage par une teinte en aplat ou déclinée en nuances. À certains moments, s’il arrête sa lecture et qu’il se focalise sur un détail, le lecteur peut briser l’harmonie entre ces différentes composantes et se dire que tel ou tel élément est plus simplifié qu’il n’en avait eu l’impression, presque représenté de manière naïve, en particulier la surface des trottoirs ou des chaussées. Mais en recommençant à progresser dans la page, cette impression fugace d’un détail ou d’un autre disparaît, pour laisser la place à la sophistication de l’ensemble. Formidable. Écrivain comme bédéiste se montrent prévenants vis-à-vis du lecteur : pas de gros plan gore, pas de complaisance vis-à-vis de la violence, même le cadavre cloué à l’arbre paraît un peu irréel. De prime abord, les pages peuvent sembler un peu chargées en texte, mais en fait il s’agit essentiellement de dialogues. Hyman a vraisemblablement repris le texte de Musso : les réparties des uns et des autres se succèdent avec un certain rythme, le plaisir de lecture l’emportant et effaçant l’a priori d’un texte abondant. Se pensant bien malin, le lecteur peut se focaliser sur les remarques relatives au métier d’écrivain, à la nature d’un bon livre surtout en se demandant si l’auteur applique ses propres recettes, et à l’aspect touristique de pouvoir jouir des différents environnements de l’île et de la magnifique villa La croix du Sud. Il se trouve presque surpris quand l’intrigue s’étoffe avec un meurtre, puis une histoire de photographies retrouvées dans un appareil qui avait été perdu dans la mer, le mystère de la retraite lui semblant suffisant comme colonne vertébrale du récit. S’étant habitué à l’environnement insulaire protégé et coupé du monde, il se trouve encore plus surpris par l’intégration d’éléments plus réels, voire d’actualité comme un médecin célèbre ayant travaillé dans l’humanitaire ou la guerre de Bosnie-Herzégovine. Le récit relève bien d’un roman policier, voire d’un polar pour ce qu’il dit de la société, d’un roman policier à énigme comme ceux d’Agatha Christie (sa citation incluse dans le roman : Une fois enclenchées, les coïncidences ont la capacité de se succéder de la façon la plus extraordinaire.) avec une résolution qui prend la forme de trente pages de révélations sur le passé, une méthode chère à Hercule Poirot. Le lecteur se retrouve totalement impliqué dans cet enchevêtrement d’événements tragiques, souffrant avec les personnages, tout en étant pleinement conscient des conventions de genre (ou des ficelles) employées par l’auteur. Un auteur de romans à succès qui évoque le métier d’écrivain : Guillaume Musso évoque sa propre profession, Nathan Fawles étant son avatar. Il cite ses écrivains préférés, avec des passages qui provoquent un effet de résonnance, comme le fusil de Tchekov quand le lecteur voit un fusil accroché au mur du salon de Fawles, ou le titre emprunté à Gabriel García Márquez (Tout le monde a trois vies ; une vie privée, une vie publique et une vie secrète.). Qu’importe, la puissance de séduction de la narration visuelle emporte immédiatement le lecteur : la qualité des descriptions, les prises de vue, l’élégance des lieux et des individus, la palette de couleurs, magnifique. En cours de route, le lecteur se retrouve presque surpris de découvrir qu’il s’agisse d’un vrai polar, avec un crime sordide. À la fin, il est submergé par les émotions des personnages, car les auteurs lui ont fait développer une forte empathie pour eux.

03/11/2024 (modifier)
Couverture de la série Bluebells wood
Bluebells wood

Je ne connaissais pas encore Guillaume Sorel mais je dois dire que j'ai été littéralement envoûté par cette œuvre. Envoûté tout d'abord par ce trait magnifique, ces animaux superbement croqués (chevreuils, cerfs, écureuils, etc), ces paysages de forêts et de bords d'océans qui constituent de véritables aquarelles à eux seuls et bien sûr par ces sirènes à la fois belles et démoniaques, féminines et monstrueuses... Envoûté ensuite par l'ambiance Lovecraftienne de cette histoire qui, si elle reste relativement classique et assez lente, recèle une poésie et une féérie générant une certaine émotion pour le lecteur que je suis. La fin qui peut effectivement s'avérer déroutante de prime abord reste très ouverte est constitue également un bel hommage à l'univers d'H.P. Lovecraft. Côté références, on pensera également à la petite sirène d'Andersen, notamment lorsque cette dernière observe la cabane de notre héros, assise sur son rocher. Le très beau cahier graphique en fin d'ouvrage confirme cet hommage, la sirène arborant parfois une chevelure flamboyante comme celle de l’œuvre originale. Une BD gagnant à être plus connue (merci bdthèque :)) et à posséder sans nul doute. Originalité - Histoire : 9/10 Dessin - Mise en couleurs : 10/10 NOTE GLOBALE : 19/20

03/11/2024 (modifier)
Couverture de la série Chroniques de l'injustice ordinaire
Chroniques de l'injustice ordinaire

« La France traverse la période la plus répressive de son histoire récente en temps de paix. Elle épargne volontiers les catégories dominantes et touche durement les classes populaires. » Cet extrait de l’introduction de l’auteure, citation de Didier Fassin (chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales, et par ailleurs auteur de « Punir : une passion contemporaine » - livre dont la lecture m’avait fortement marqué, et que je recommande à ceux qui veulent aller plus loin que la lecture de cet album) illustre très bien la réalité d’une justice qui s’écarte des principes réaffirmés de façon creuse par médias et dirigeants politiques. Comme le rappelle l’auteure dans son introduction, « 1% viols déclarés conduisent à des condamnation – en prenant en compte que seules 10% des victimes déposent plaintes et que 70% de ces plaintes se trouvent classées sans suite, ou encore 70% des signalements de la Cour des comptes concernant des infractions économiques et financières conduisent à des classements sans suite, non-lieu ou relaxe ». Par contre, comme cet album le montre, la répression des atteintes aux biens ou d’usage de stupéfiants, la répression des personnes étrangères ou des militants politiques s’accentue et encombre les prisons (privant au passage les détenus – condamnés ou pas – à nombre de leurs droits élémentaires). Ana Pich a arpenté durant plusieurs années les salles d’audience, pour finalement se concentrer sur les comparutions immédiates, là où en fait l’inégalité de traitement est la plus criante. L’album est une suite de comparutions, durant lesquelles juges, procureur, prévenus, avocats s’expriment (l’auteure rappelle à chaque fois le droit, les règles, pas la peine d’être spécialiste du droit pour suivre ces exemples). La lecture de ces moments mis en lumière est édifiante. Autant policiers, personnes ayant un statut social élevé (ces dernières étant rarissimes en comparution immédiate) sont traités de façon très sympathique, avec un a priori plus que favorable, autant les militants politiques, les étrangers, les pauvres (si vous cumulez ça fait mal !) le sont de façon extrêmement sévère, leurs droits n’étant pas toujours respectés, loin s’en faut. Et ces jugements à l’emporte-pièce ne sont que la surface émergée de l’iceberg : en effet, les lois sont déjà favorables à certaines catégories de la population, police et justice s’intéressent surtout à certains types d’infraction. Et, en comparution immédiate, parfois après une nuit blanche en garde à vue, sale, pas lavé, avec un avocat commis d’office qui n’a eu accès que tardivement au dossier, avec des juges et des procureurs aux a priori de classes plus que marqués, les sanctions sont souvent lourdes. La quasi absence des catégories sociales favorisées (y compris pour trafic et consommation de stupéfiants), la quasi absence de sanction des violences policières (les victimes étant souvent transformées en accusés – un peu comme pour les violences sexuelles) sont aussi édifiants. L’ouvrage peut paraître rébarbatif, répétitif, et le dessin (sorte de dessin de presse se focalisant sur les personnages, avec décors absents – mais c’est lisible et fluide) n’est pas fouillé. Mais la lecture de cet album, aussi révoltante soit la négation des principes de la République qu’il illustre, est fortement recommandée. Il illustre ce que Loïc Vacquant avait montré dans son livre « Punir les pauvres » (lecture que je vous recommande aussi). Bref, on a là une étude sociologique intéressante sur les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire. Un ouvrage engagé certes – dans la lignée de Vacquant ou Bourdieu – mais salutaire.

03/11/2024 (modifier)
Par BDrunner
Note: 4/5
Couverture de la série Pastorius Grant
Pastorius Grant

C'est l'aspect crépusculaire de la couverture qui m'a fait choisir cette BD sur les rayonnages de la médiathèque. Et franchement, je n'ai pas été déçu du graphisme, de cette alternance de couleurs sombres et colorées, de ces clairs-obscurs qui soulignent parfois des scènes évoquant les représentations du Jugement dernier des tableaux de l'époque médiévale ou moderne. Mais, à la première lecture, le scénario de ce vieux cow-boy au crépuscule de sa vie, chasseur de primes, malade et déprimé au point de vouloir se donner la mort , m'a laissé sur une impression de déjà-vu, d'une bande dessinée sans vraiment grand intérêt, éligible à une notation de 2/5. Mais ce n'est qu'après coup que la magie opère et l'on se prend à rechercher dans les détails le sens caché de cette histoire, un peu comme dans le film Mulholland Drive de David Lynch. Je ne peux pas en dire plus pour respecter les règles de postage du site Bdtheque, mais je pense que Marion Mousse nous a laissé quelques petits indices pour reconstituer la véritable histoire de Pastorius Grant. Pastorius Grant va mourir et il le sait. En fait, cela fait peut-être déjà très longtemps qu'il a perdu son illusion d'immortalité, notamment quand il a commis l'irréparable, cette abomination visible dans les deux dernières cases de la page 100. Ce qu'il a fait permettrait d'expliquer les apparitions inexpliquées des personnages des planches 24, 62, 77. Un autre indice est apporté à la planche de la page 84. Pastorius Grant entame un monologue autour d'un feu qui embrase toute la caverne, un brasier qui fait penser aux représentations classiques de l'Enfer. D'ailleurs, Pastorius vit peut-être un enfer sur terre avec les démons de son passé qui viennent le tourmenter. Les paroles de Pastorius font écho aux deux dernières cases de la page 100 précédemment citées. Il finit par avouer ce qu'il a fait dans la deuxième case de la planche 92 et les planches des pages 94 à 100 nous le confirment. Pastorius est prisonnier de son passé : "Tu n'as pas oublié, Pastorius Grant, sinon je ne serai pas là" lui rappelle l'un de ses fantômes. Le dénouement qui va délivrer Pastorius Grant viendra du personnage de la 1ère case de la page 103, personnage déjà rencontré à la page 38. Je recommande donc la lecture de cette BD pour ceux qui aiment les scénarios d'histoires à énigmes dans lesquelles chaque détail à son importance.

02/11/2024 (modifier)