Dani Futuro était une série récurrente du journal Tintin dans les années 70. Et à l’époque les séries de science-fiction n’étaient pas forcément nombreuses. Dani est un enfant du passé qui est resté endormi dans une capsule projetée dans l'espace pendant plus de 130 ans. Il fait vite la connaissance d’Iris qui va tomber sous son charme, même si les deux héros n’ont aucune relation sentimentale. Dani et Iris ne sont donc pas les Olivier Rameau et Colombe Tire-d’aile des temps futurs. Cette histoire de héros endormi qui se réveille après des années d’hibernation fait furieusement penser aux Naufragés du temps de Paul Gillon, même si la comparaison s’arrête là. Chaque histoire de Dani Futuro se lit indépendamment et ce n’est donc pas une saga.
La série vaut avant tout par la qualité du trait de Gimenez. A mon sens le dessin n’est pas servi par la mise en couleur de l’époque bien trop « flashy » à mon sens. Les éditions Fluide Glacial qui ont également publié des œuvres de Carlos Gimenez y étaient bien inspirées de publier ses histoires en noir et blanc, car ce grand auteur espagnol maîtrise fort bien le contraste des deux couleurs.
Les histoires de Mora sont inégales. On commence par des histoires courtes dans le tome 1 puis on passe à des histoires en 44 ou 46 où Dani Futuro explore des planètes où règne l’anarchie. Honnêtement les scénarios ne sont pas toujours d’une grande qualité même si les albums se laissent lire. A noter que la série est parue initialement dans la collection Jeune Europe en format broché pour les 5 premiers albums, puis en format cartonné pour les deux derniers. Entre ces deux périodes il s’est écoulé près de 5 ans et on le voit très bien dans le style de Carlos Gimenez qui au début des années 80 est bien plus épuré que dans les années 70.
Bien que de qualité inégale, cette série n’est donc pas dénuée d’intérêt et mérite d’être redécouverte.
Cette série fait partie des bande-dessinées jeunesses les plus empruntées de ma bibliothèque, j'ai donc, par curiosité, voulu voir de quoi il s'agissait. Bonne surprise, j'ai envie de dire !
5 mondes, c'est une série de science fiction avec de la magie, des peuplades variées, des couleurs chatoyantes, des personnages hauts en couleurs et sympathiques devant porter sur leurs frêles épaules le poids de la survie de leur monde, que dis-je, de leurs mondes ! Bref, du space opéra au look et à l'ambiance bien retro avec une touche de fantasy. Mais ici, bien que le scénario est classique sur la forme, je trouve que le récit et la mise en scène arrivent à rendre le tout très rafraîchissant. J'ai pris un réel plaisir à enchaîner les cinq tomes de cette série.
Récit de science-fiction avec différents peuples oblige, on nous parle ici de cohabitations entre formes de vies différentes, de ségrégations, de guerres, de conflits et de rancœurs ancien-ne-s. On aborde également les sujets du fanatisme, de l'isolationnisme, de la créations d'ennemis factices communs pour prendre le contrôle d'une population, de désinformation médiatique et de propagande, ... Bref, même si le récit est tout public et donc parfaitement accessible à des enfants, les enjeux n'en sont pas amoindris. Et ici, pas n'importe quels enjeux : comme dit précédemment, c'est la survie des cinq mondes qui est en jeu !
Mon Domani et ses quatre satellites (Lune Yatta, Salassandra, Grimbo(E) et Toki) sont au bord de la destruction, des cataclysmes ravagent les habitations et les inégalités et tensions s'accroissent. Oona, jeune danseuse de sable, va se voir donner la mission de rallumer les cinq phares protecteurs laissés sur chacun des mondes par une antique civilisation appelée les Félidés. Pour ça, elle devra apprendre à maîtriser les sables spécifiques à chacune des planètes et aider les populations locales.
Cette histoires des sables différents, chacun nécessitant une approche spécifique et donnant accès à des capacités hors du commun, m'a beaucoup fait penser à "Avatar le dernier maître de l'air". Tout comme Aang, Oona est un élue qui doit apprendre beaucoup de choses sur le passé et qui doit également voyager à travers le monde (les mondes, ici) pour apprendre à maîtriser des dons spécifiques dans un temps imparti. La comparaison est positive, j'y ai retrouvé la fraîcheur de l'approche et le soin apporté aux différentes cultures présentées que l'on trouvait dans Avatar (même si ici, le tout fait un peu plus enfantin). La lecture est plaisante, vraiment.
J'ai beaucoup aimé le fait que le sable se contrôle par la danse, cela donne une esthétique assez unique à la magie locale. Une autre forme de magie liée à la musique apparait également, et je dois dire que les deux se mélangent bien. J'ai hésité à classer cette série en fantastique, d'ailleurs, étant donné la présence importante du sujet de la magie, mais c'est vraiment l'ambiance space opera qui domine ici, je trouve. La magie du sable est ici comme la force dans Star Wars, même s'il existe une part de magie, de fantastique, l'ambiance et le contexte spatial-e sont plus proéminents.
Je déplorerais seulement un final un peu trop convenu et une résolution un peu trop rapide à mon goût, mais vraiment cela n'entachait pas de beaucoup mon plaisir à la sortie de ma lecture.
La série est on ne peut plus recommandée de mon côté. Bonne surprise.
(Visiblement, il y a une adaptation en série d'animation dans les fourneaux, je compte bien la suivre à sa sortie).
Les Indes fourbes raconte l'historie de Pablos, pauvre miséreux, escroc par nécessité, ambitieux par vanité, cruel par lâcheté et surtout beau parleur. Préparez-vous à entendre l'histoire grandiose du plus grand fourbe que le Nouveau Monde est jamais vu.
Ici, pas de personnage bon ou innocent. On nous montre la conquête de l'Amérique dans tous ses pires aspects (y en a-t-il réellement eu des bons ?) : les pillages, les massacres, les vols, les pires cruautés commises sur les populations locales par les européens. Les scènes de tortures, d'esclavage, de massacres et autres joyeusetés sont assez crues, personnellement elles m'ont proprement mise mal à l'aise, mais elles restent assez fidèles aux actes commis à l'époque. Le thème récurrent chez tous les personnages que nous croiserons ici est qu'ils sont désireux, de liberté, de pouvoir ou de richesses, peu importe, on nous parle avant tout de cupidité (seuls le désir de liberté des esclaves et des indigènes est justifiable à mes yeux, les autres sont vraiment antipathiques de bout en bout). Évidemment, cette cupidité est représentée par la légendaire cité pavée d'or du Nouveau Monde : l'Eldorado, source de tous les fantasmes.
Pablos est un vaurien, un miséreux avide d'une meilleure vie, d'or, de richesse, un moins que rien désireux de devenir quelqu'un de grand, de riche. Son histoire, au delà d'être celle d'un personnage parfaitement immoral et égoïste, est celle du plus gros casse imaginable, d'un escamotage de haute volée, de l'ultime fourberie, tout simplement. Sans vous révéler le coup final, Pablos tente un véritable coup de poker, un pari absurdement gros et risqué. C'est fascinant à regarder.
Le récit critique également les grandes inégalités sociales et de statut de l'époque, les traitements et la pédanterie exécrables des nobles et des riches aux personnes qu'elles jugent inférieures. On aborde même le sujet des miséreux, quelques soient leurs origines ou leurs couleurs de peaux, réduits à s'entretuer pour les miettes et la folie des puissants. Critique sociale classique mais bien mise en image.
Le dessin de Guarnido est, comme à son habitude, magnifique. Des visages très expressifs, des décors vivants, un découpage et une action qui ont du peps, ... C'est du bon. Du très bon.
Lecture recommandée pour ma part mais l'album n'a pas vraiment besoin de mon aide pour faire parler de lui.
C'est le type de lecture détente que j'apprécie particulièrement. J'aime bien le concept de Nouvelles qui propose toujours des récits vifs et dynamiques où la chute finale donne un relief particulier à l'intrigue. C'est surtout vérifié ici avec le second récit ( le Cygne) somme toute assez classique et prévisible si le final imprévu ne lui donnait pas une dimension supplémentaire. Le premier récit est bien travaillé presque romanesque mais il manque une touche pour développer le contexte du Dia de los Muertos dans lequel il s'inscrit. La dernière histoire est prévisible et un ton en dessous.
J'aime beaucoup la ligne claire de Berthet. Elle traduit à merveille l'élégance des années Pin up. A mes yeux Berthet est probablement l'un des meilleurs dessinateurs du sex-appeal féminin. Voilà un auteur qui n'a nul besoin de déshabiller ses héroïnes pour faire passer un courant de séduction entre le lecteur et son personnage. De plus Berthet ne se cloisonne pas à un modèle répétitif mais sait diversifier ses modèles.
Ma note est généreuse mais elle permet d'ajuster sa moyenne générale à un niveau plus conforme à mon idée.
J’adore les histoires de Rodolphe et le dessin de Prugne, cet album avait donc tout pour me plaire… et je ressors ravi de ma lecture.
Le scénario débute comme une fable champêtre qui tourne assez rapidement au fantastique, avec une apparition intrigante et des événements pour le moins mystérieux. Les révélations successives sont certes un peu convenues mais satisfaisantes et bien amenées, et la fin m’a beaucoup plu. Bref, une histoire classique mais prenante et bien racontée.
Surtout que Patrick Prugne s’est fait plaisir à dessiner la campagne française, ses aquarelles sont comme d’habitude magnifiques. Les planches dégagent une atmosphère remplie de poésie et de quiétude, on entend presque les ruisseaux clapoter et les oiseaux chanter.
Une lecture reposante et remplie de mystère.
Le confort et la sécurité aveuglent. Ici et dans les autres ici.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2021 pour la version originale, de 2024 pour la version française. Il a été réalisé par Gabi Beltran pour le scénario, et par Angel Trigo pour les dessins et la couleur. Il comprend cent-douze pages de bande dessinée.
À San Francisco, de nuit en août 1981, les badauds déambulent sur le trottoir, dans un coupé, un écrivain discute avec sa compagne. Elle lui demande si l’écrivain Marcus Carlton est meilleur que lui. Ce dernier lui répond et développe sa position. Ce n’est pas un roman que Carlton a écrit, c’est autre chose, on ne peut pas comparer. L’homme ne sait pas exactement ce que c’est, un livre très bizarre. Il n’en a lu que la moitié, mais le gars en a vendu un paquet. Ça fait un bon moment qu’il est connu, il a vendu plus de 250 millions d’exemplaires. Dans une somptueuse demeure, les invités arrivent pour une réception. À l’étage, le propriétaire se tient devant la fenêtre ouverte, un verre à la main. Son majordome entre dans son dos ; il lui annonce qu’il y a beaucoup d’invités qui attendent, et que l’hôte devrait descendre. Le propriétaire répond à Hector de s’occuper d’eux. Le majordome lui demande s’il va se passer quelque chose. L’homme en smoking blanc confirme que le moment est arrivé. Hector répond qu’il comprend, que son patron, monsieur Carlton, lui a expliqué. Il ajoute que ce fut un plaisir de travailler pour lui, et il le remercie de ce qu’il a fait pour lui. Marcus Carlton demande à Hector de tenir parole, de mener une belle vie, il y est obligé. Pour conclure, il indique que tout se passera comme ça doit se passer.
Sur le Golden Gate Bridge, deux policiers, debout à côté de leur moto, surveillent la circulation. Pete repère un homme qui s’apprête à sauter dans le vide. Ils s’élancent vers lui, mais l’homme saute calmement. Un policier va prévenir les garde-côtes. New York. En avril 2009, Jonathan Bennett est en train de terminer de faire sa valise. Sa compagne Priya le regarde faire, une tasse de café fumant à la main. Elle lui propose du café : la réponse négative de son conjoint lui fait dire que ça va vraiment mal s’il préfère le café de l’aéroport. Il préfère ne pas en discuter. Elle lui demande s’il doit vraiment emporter son exemplaire du livre Le Mécanisme, de Marcus Carlton, car elle croyait qu’il va à Majorque pour Graves. Jonathan veut voir les lieux où Carlton a vécu, il ne sait pas s’il va ajouter du texte à son livre. Elle lui fait remarquer que ça ne l’étonnerait pas de recevoir un coup de fil lui annonçant qu’il a tiré sur une star du rock, ou sur le président. Jonathan plaisante que ce genre de tarés-là lisent Salinger. Il lui promet d’appeler ses enfants pendant son escale à Madrid. Il ne croit pas qu’il leur manque beaucoup. Parfois ils restent plantés à le regarder comme s’ils ne l’avaient jamais vu. Il lui dit qu’il sera crevé quand il arrivera, mais qu’il est d’accord, il appellera Priya. Elle lui assure que tout va s’arranger, ils peuvent mieux faire.
Voilà une bande dessinée à la construction déstabilisante. Tout commence avec l’établissement de la réussite économique (il a même un majordome à son service !) et de la renommée d’un écrivain (fictif) : Marcus Carlton, et son livre Le Mécanisme (qui donne son titre à la présente bande dessinée). Il est possible qu’il se soit suicidé, probable même. Vingt-huit ans plus tard, il s’agit d’un autre écrivain, Jonathan Bennett, fasciné par le livre du premier. Il se rend à Tenerife, pour effectuer des recherches sur… Ah ben non, pas sur Carlton, mais sur Robert Graves (1895-1985), un poète et romancier britannique ayant existé. Toutefois, son intention cède le pas à une panne de voiture, qui l’amène à rencontrer Don Carter, un autre écrivain fictif, d’environ quatre-vingts ans. Plus qu’une mise en abime du métier d’écrivain, également un jeu de miroirs aux orientations multiples. Ensuite, Bennett rencontre Carter à plusieurs reprises, l’occasion de longues discussions statiques, une forme a priori peu engageante, monotone sur le plan visuel. Les auteurs vont au bout de leur logique : Carlton et Bennett discutent du livre Le Mécanisme. La bande dessinée comprend deux ou trois phrases extraites de cet ouvrage fictif, et le lecteur assiste donc aux commentaires de Carlton et Bennett sur ce livre. Encore plus loin, le chien de Carlton s’appelle Bennett, pas en hommage à Jonathan ou comme une prémonition, mais en hommage à Arnold Bennett (1867-1931, Un conte de bonnes femmes, 1908), écrivain et journaliste britannique.
Il faut un peu de temps au lecteur pour saisir de quoi il s’agit dans ce récit. Jonathan Bennett est un écrivain qui a achevé un quatrième ouvrage sur l’auteur Marcus Carlton, et son unique livre Le Mécanisme, un ouvrage fictif dont seules trois ou quatre phrases sont citées dans la bande dessinée. Le lecteur suit avec curiosité Jonathan, sans attente particulière, si ce n’est une forme de curiosité ludique, de comprendre comment ces différentes composantes s’agencent. Rapidement, il se prend d’amitié pour le personnage principal, faillible et imparfait, normal, banal et à la recherche d’on ne sait quoi. Il se rend à Tenerife sur les pas de Carlton. Les discussions avec sa Compagne Priya et avec son agent littéraire font apparaître qu’il est divorcé, père de deux enfants à la garde de son ex-épouse, dont une partie significative de la vie professionnelle et personnelle s’articule autour de l’ouvrage d’un autre. Il présente une apparence normale : morphologie un peu élancée sans être musculeuse, vêtu d’un pantalon commun (peut-être un jean de couleur grise), d’un teeshirt à manche longue et d’une veste (les dessins ne permettent pas de se faire une idée du type de chaussures qu’il porte). Il semble perpétuellement mal rasé. Ses postures et ses expressions de visage attestent d’un homme calme et posé, enclin à la réflexion, avec parfois une nuance de tristesse. Cela a pour effet de mettre le lecteur dans le même état d’esprit entre contemplatif et réflexif. En outre, il se sent gagné par la sollicitude de Priya envers Jonathan.
Le lecteur ressent vite que l’enjeu narratif se joue lors conversations entre Bennett et Carter : la curiosité du premier se confrontant aux certitudes acquises au travers de l’expérience pour le second. L’âge exact de Don Carter reste flou : il est à la retraite, et la vieillesse a fait son œuvre, diminuant sa vivacité physique et intellectuelle, pour autant il conserve sa pleine autonomie vivant seul dans une maison à l’écart. Il est vêtu d’un pantalon à la nature aussi indistincte que celui de Jonathan et d’un pull noir. Son implantation capillaire a légèrement reculé et il porte les cheveux mi-longs jusqu’aux épaules. Son langage corporel montre une personne tout aussi calme et posé, au visage le plus souvent impassible, avec un sourire amusé chronique, et quelques gestes de la main. Son âge et son calme impose le respect, il se dégage de lui une sensation d’assurance, ainsi qu’une forme de prise de recul, un détachement émotionnel qui fait que la sympathie du lecteur va vers Jonathan Bennett, en nourrissant un soupçon de méfiance précautionneuse vis-à-vis de Carter.
Le point commun entre Bennett et Carter réside dans le fait qu’ils ont tous les deux lu Le Mécanisme, et dans un constat qui les rapproche : leur vie continue. Leur rencontre n’intervient qu’à la page trente-et-un, alors que le lecteur est déjà bien immergé dans le récit. La première discussion dure à peine cinq pages : le lecteur les regarde, observant les orientations de la discussion, les courants sous-jacents, Carter apprivoisant le jeune homme avec ce qu’il faut de mystères et de révélations sur son compte. La seconde conversation débute vraiment en page cinquante-trois, et se déroule sur une bonne quinzaine de pages. Le lecteur sent qu’il se trouve au cœur du sujet : il est question du livre (Le Mécanisme), de son sens, de la manière sa lecture peut changer la vie… ou pas. Le lecteur ressent à plein le jeu de miroirs : un écrivain disparu avec un ouvrage classé dans les meilleures ventes depuis des décennies, un écrivain qui écrit sur d’autres écrivains, un auteur qui a écrit un recueil de poésies, autant de configurations différentes, des différences et des points communs qui apparaissent entre eux. Le lecteur se fait la réflexion qu’il y a deux autres créateurs en arrière-plan : les auteurs de cette bande dessinée, ce qui ajoute un autre niveau à ce jeu de miroirs.
Le lecteur ressent le besoin vital pour Bennett et Carter de trouver un sens à la vie, à la leur en particulier, et également en général. Le livre Le mécanisme : un livre qui n’entend pas améliorer la vie de quiconque, ni faire croire en aucune récompense. Il n’y a pas d’objectif. […] Ses principes sont précis et ne parlent que d’une seule chose : l’observation. Les auteurs, au travers de Don Carter, poursuivent leur exposé : Le Mécanisme est davantage un flash lors duquel on voit un puzzle complet rien qu’en observant une de ses pièces. La raison en est que cette pièce, on l’a déjà vue auparavant, dans d’autres circonstances. On reconnaît la pièce et on se souvient de la position qu’elle occupait dans le puzzle et des autres pièces qui étaient reliées à elle. On se souvient du puzzle complet. Donc c’est comme si on pouvait prédire ce qui se produira probablement. Le lecteur perçoit qu’il peut appliquer cette analyse à chaque livre qu’il a lu, qu’il s’agit d’un métacommentaire sur la nature des livres, et par voie de conséquence sur l’écriture, sur la littérature. Un simple livre constitue le fruit de l’observation de son auteur : le lecteur qui le découvre assimile ainsi les observations originelles de l’auteur, comme une pièce dans un puzzle. Cette approche participant à la fois du sensible et de l’intellect l’incite à prêter une attention particulière à la forme de la fin du récit : quels sont les derniers propos tenus par Bennett (Ce n’est pas comme si je l’avais vécu. C’est comme si j’avais failli le vivre. C’est ça.), par Carter (Je déteste quand ils font ça. Je déteste quand ils n’écoutent pas.), à qui est consacrée la dernière page. Et puis, quand même, qu’est-ce que ça veut dire que l’auteur de ce livre à l’impact si fort se soit suicidé ? Le lecteur ressent que le mécanisme évoqué englobe l’écriture et la lecture, la création et sa réception, que cette bande dessinée lui parle du phénomène dont il fait l’expérience en direct, celui de la réception d’un ouvrage, et du fait que chaque lecteur le reçoit, le perçoit, l’interprète en fonction de son propre point de vue socioculturel.
Mais de quoi ça parle ? De deux écrivains qui parlent du livre d’un autre écrivain. Aucun de ces individus n’ayant existé, ni le livre en question. Une quête de sens calme, un voyage à Tenerife, une narration visuelle factuelle et descriptive, avec un trait souple et tranquille. Des discussions, et des temps d’introspection silencieuse, des doutes et des certitudes, des regrets et des projets. Le mécanisme de la vie ? Peut-être… Au moins le mécanisme de la lecture.
L'album raconte le fait d'arme le plus connue de Nellie Bly, une journaliste du XIXème siècle.
En effet, afin de dénoncer les maltraitances et abus au sein d'un asile psychiatrique de New York, elle a décidé de s'y faire enfermer. Privations, tortures, attouchements, conditions insalubres, vol et recel de bébés, ... Toutes les pires atrocités sont subies par les pauvres habitantes de Blackwell.
On nous rappelle que de nombreuses personnes parfaitement saines d'esprit se retrouvaient dans ces asiles, souvent par pauvreté ou abandon familiale, et que les traitements abominables qu'elles subissaient sur place les faisaient réellement sombrer dans la folie.
L'album est bon, met en lumière une femme on ne peut plus intéressante, recontextualise sa vie par petits flashbacks pour pleinement nous faire comprendre ce qui l'a amené à faire cette enquête, à vouloir pointer ces injustices. La mise en scène est prenante, faisant contraster la ville, l'extérieur, avec ses couleurs vives et chatoyante et l'asile avec ses couleurs sombres et ternes. J'ai bien aimé l'idée de représenter la folie et le mal être comme une sorte de kraken, un monstre hideux dont les tentacules serpentent quelques fois dans les dessins.
Le trait de Carole Maurel est toujours aussi bon, avec ce style très "crayonné" et ces personnages aux traits brut.
Cet album a réveillé un traumatisme de jeunesse où, après avoir lu et étudié sur les asiles psychiatriques de l'ancien temps, j'avais développé une véritable phobie de tout ce qui touchait aux soins mentaux. Je m'attendais à ce qu'à tout moment quelqu'un vienne me chercher pour m'enfermer et me maltraiter et que personne ne voudrait me croire si je leur disait que je n'étais pas folle. Cet album me rappelle que c'est un scénario malheureusement pas si abracadabrantesque.
Pour quiconque l'ignorerait, j'en profite pour rappeler que dernièrement des études et témoignages ont relevés que beaucoup de nos hôpitaux psychiatriques maltraitaient leur patients. Sans forcément atteindre les niveaux de tortures présentés dans l'album, c'est tout de même bon de garder en mémoire que la sécurité et la bonne santé des membres les plus vulnérables et isolés de nos société ne sont malheureusement toujours pas assurés.
Hou, très bon !
En fait l'album m'a paru bon tout le long de la lecture, mais c'est vraiment le final qui m'a foutu une petite claque.
L'histoire est celle de Nawel, jeune banlieusarde, qui croise un jour la route d'Alice, fan de Paul McCartney, qui va lui donner le goût et l'amour du rock. Les années passent et les deux deviennent amies, rêvent de gloires et d'albums à succès, d'écrire des chansons qui viennent des tripes et qui restent dans les mémoires. Nous les suivons donc durant les débuts de leur groupe : Nuit Noire.
Pendant tout l'album, on suit une évolution classique de récit de jeune prodige artistique, avec l'euphorie des tout débuts, les doutes, les déceptions, l'adrénaline et les rencontres qui marquent (les bonnes comme les mauvaises). Classique, oui, mais quand-même bien menée, avec des personnages complexes et attachants, un dessin très joli (avec un beau travail des couleurs sombres) et un final en beauté.
Le final, justement, j'y reviens : très simple, presque évident au vue du parcours du personnage (quoi qu'il y avait une autre option bien plus déprimante...), mais une fin qui fait sens et qui marque le début de la suite de la vie de Nawel.
J'hésitais entre le 3 et le 4, je n'hésite plus avec ce final.
L'histoire suit la lignée des Méta-Barons, des guerriers intergalactiques. Le récit est bien structuré et chaque chapitre m'a tenu en haleine avec des rebondissements inattendus. Bien que l'intrigue puisse sembler un peu répétitive par moments, j'ai vraiment apprécié la richesse de l'histoire.
Les thèmes abordés sont profonds et variés. La bande dessinée explore des sujets comme le pouvoir, la loyauté, la trahison et la survie. Les aspects métaphysiques ajoutent une dimension unique à l'histoire. J'ai particulièrement aimé la manière dont ces thèmes sont intégrés, même si certains passages peuvent être un peu lourds.
Les personnages sont bien développés et intéressants. Chaque Méta-Baron a une personnalité unique et des motivations claires. J'ai beaucoup apprécié les interactions entre les membres de la famille, souvent chargées d'émotions. Les personnages secondaires, bien que parfois stéréotypés, ajoutent de la profondeur à l'histoire.
Le dessin est impressionnant. Juan Gimenez a fait un travail remarquable en capturant l'essence de cet univers de science-fiction. Les illustrations sont détaillées et les scènes d'action sont dynamiques. Certaines pages sont particulièrement mémorables, même si quelques dessins peuvent sembler un peu datés.
La Caste des Méta-Barons est une bande dessinée que j'ai beaucoup appréciée. Elle allie un scénario solide, des thèmes profonds, des personnages mémorables et des dessins magnifiques. C'est une lecture que je recommande vivement à tous les amateurs de science-fiction.
Comment faire pour prévenir de telles détestations ?
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Ce tome regroupe la présentation de trente-quatre écrivains français, répartis sur cinq siècles du seizième au vingtième. Sa première édition date de 2019, et la version augmentée de 2022. Il a été réalisé par Catherine Mory (professeure de français) pour le scénario, et par Philippe Bercovici pour les dessins, avec une mise en couleur réalisée par Isabelle Lebeau et Christian Lerolle. Il comprend environ trois-cent-quarante pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec un avant-propos de l’autrice, évoquant son intention : Comment faire pour prévenir une détestation des auteurs classiques ? Elle y répond : C’est par la porte de la biographie qu’elle propose au lecteur d’entrer. Elle a choisi les auteurs les plus étudiés pour le baccalauréat dans la mesure où cet ouvrage s’adresse à tout public dès le lycée. Chaque siècle bénéficie d’une page de texte évoquant le contexte historique et les grands courants de pensée. Il se termine par un glossaire de soixante-quatre termes, allant de Acrostiche à Zutistes, en passant par Autofiction, Calligramme, Déisme, Édit de Nantes, Existentialisme, Jansénisme, Monarchie de Juillet, Ordonnance de Villers-Cotterêts, Parnasse, Syndrome de Stendhal, etc.
XVIe siècle. François Rabelais, vers 1483 (près de Chinon) – 1553 (Paris). Au moyen-âge, les livres étaient copiés à la main. C’est pourquoi ils étaient rares et très chers. Avec l’invention de l’imprimerie au milieu du XVe siècle, tout change. Avant, les professeurs enseignaient surtout des commentaires. Avec l’imprimerie, les lettrés peuvent enfin lire les textes originaux. Désormais, les fidèles ont directement accès à la Bible et non plus seulement à travers les paroles du prêtre. Beaucoup critique l’enrichissement de l’Église et notamment le commerce des indulgences, qui permettait de racheter ses péchés contre de l’argent. On reproche notamment aux prêtres d’encourager les superstitions. Dès lors, nombreux sont ceux qui souhaitent réformer l’Église. Ainsi, en 1534 a lieu la fameuse affaire des Placards. […] C’est dans ce contexte que naît François Rabelais près de Chinon.
Joachim du Bellay, 1522 (Liré) – 1560 (Paris). Du Bellay est issu d’une illustre famille d’Anjou. Pour le petit Joachim, ça part mal. Orphelin à 10 ans, il est livré à lui-même dans le château familial. En plus, il est chétif et maladif. Mais il a un rêve : devenir homme de guerre comme son cousin Guillaume. Il compte bien sur ce dernier pour lui ouvrir la carrière des armes. Or, en 1543, le cousin bataille un peu trop fort, et avec lui s’écroule le rêve du jeune homme. C’est aux obsèques de Guillaume que du Bellay aurait rencontré Ronsard. Toujours est-il que, en 1547, Du Bellay suit Ronsard au collège de Coqueret à Paris, pour étudier la culture gréco-latine. Sous la direction de leur maître Jean Dorat, ils deviennent de véritables humanistes. Ils admirent les Anciens, mais veulent aussi défendre la langue française. Avec d’autres jeunes gens, ils forment la Brigade, bientôt appelée la Pléiade.
Au vu du titre, le lecteur se dit qu’il se lance dans un passage en revue de la littérature française (c’est dans le titre quand même), avec une historicisation de son évolution depuis les XVIe siècle jusqu’au XXe, au travers de grands auteurs, montrant les différentes phases d’évolution du roman. Peut-être décide-t-il de lire l’introduction après la partie BD, ou qu’il la survole. La page de présentation du XVIe siècle s’avère enrichissante et éclairante : l’invention de l’imprimerie, l’accessibilité des livres, les humanistes, naissance de l’Église réformée, promulgation de l’édit de Nantes, actions de François 1er (création du Collège de France, prémices de la Bibliothèque nationale), ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), promotion de la langue française. Pour ce siècle, l’autrice a retenu quatre écrivains : François Rabelais (1483-1553), Joachim du Bellay (1522-1560), Pierre Ronsard (1524-1585) et Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592). Selon l’auteur, elle consacre plus ou moins d’espace à sa biographie, au contexte historique de l’époque, à sa bibliographie, à citer certains passages de ses œuvres, et à sa vie intime. Le lecteur fait l’expérience que la narration est avant tout portée par le texte, les images venant l’illustrer. Les séquences sur une action avec deux ou trois cases à suivre sont très rares. À a lecture, il apparaît que le plus souvent le texte se suffit à lui-même. Les cases viennent apporter une incarnation humaine, en montrant l’écrivain ou l’écrivaine, souvent avec une touche d’exagération comique, entre une respiration dans un texte dense, et une accroche humoristique.
Un peu décontenancé, le lecteur se réfère au texte de quatrième de couverture et à l’introduction, et il constate sa méprise. Le dos de la BD le dit clairement : Cet album passionnant s’adresse aussi bien aux novices qu’aux férus de littérature. Puis : Il transformera à jamais votre vision des écrivains qui, bien que géniaux, restent avant tout… des hommes. Quand une BD s’empare avec humour des classiques et présente les génies français dans leur plus simple appareil… L’autrice l’annonce également clairement : C’est donc par la porte de la biographique que l’ouvrage propose au lecteur d’entrer. Le lecteur découvre ou complète ses connaissances sur la vie des auteurs suivant. XVIe siècle : Rabelais, Du Bellay, Ronsard, Montaigne. XVIIe siècle : Corneille, La Fontaine, Molière, Pascal, Mme de Lafayette, Racine. XVIIIe siècle : Marivaux, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot, Beaumarchais, Gouges. XIXe siècle : Stendhal, Balzac, Hugo, Sand, Baudelaire, Flaubert, Zola, Maupassant, Rimbaud. XXe siècle : Proust, Apollinaire, Céline, Aragon, Sartre, Camus, Duras. Cette liste des écrivains suit l’ordre chronologique. En fonction des connaissances sur eux, de leur vie, un chapitre peut aller de quatre pages (par exemple pour Joachim du Bellay), à dix-sept pages (pour Louis Aragon).
Le lecteur constate rapidement que chaque entrée présente une densité élevée. Les textes sont clairs, rédigés avec des phrases courtes, tout en abordant une multitude de notions. Par exemple, pour Olympes de Gouges (1748-1793), l’autrice aborde les circonstances de sa naissance (fille illégitime d’un poète futur académicien), son éducation, son mariage à dix-sept ans (bâtarde, roturière, inculte et mal mariée, puis jeune mère), veuve à dix-huit ans, montant à Paris en 1770, fréquentant les salons progressistes, ayant des amants, se passionnant pour le théâtre, acquérant une conscience politique ardente et une impétueuse envie d’écrire, autrice d’une pièce de théâtre dénonçant l’esclavage qui se heurte au lobby de certains colons et armateurs, le contexte des états généraux et de la révolution française, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (établie par Olympes de Gouges), d’autres pièces de théâtres et des affiches sur les murs de Paris, la dénonciation des exécutions sommaires de centaines de prisonniers en 1792, sa proposition de s’offrir comme avocate de Louis XVI, la proposition d’organiser un référendum pour que les Français choisissent un gouvernement républicain, fédéral ou monarchique, sa condamnation et son exécution publique avec la guillotine. Tout ça en seulement onze pages.
Du coup, à la fois cela ne laisse pas beaucoup de place aux dessins, à la fois cela exige un fort investissement pour apporter quelque chose à une telle forme de texte. Philippe Bercovici est un habitué de ce défi, puisqu’il a également illustré d’autres tomes de la collection L’incroyable histoire de… : de la médecine, de la géographie, des sciences, de la médecine, de la mythologie grecque, de la mythologie nordique. Il a effectué les recherches nécessaires pour donner à voir des éléments authentiques de chaque époque, une reconstitution historique qui se voit dans les tenues vestimentaires, les bâtiments, les décorations intérieures, tous les menus détails du quotidien. Il met en scène chaque autrice et auteur, qui s’incarne ainsi sur la page, devenant un être humain, avec ses humeurs et ses manies, ses élans du cœur et ses passions, sans oublier ses relations avec l’autre sexe. Cela humanise chaque individu, et cela permet également d’apporter le support à une touche humoristique, avec une réaction émotionnelle exagérée, ou en faisant apparaître la singularité d’une action en montrant la réaction des personnes autour. En outre, les dessins inscrivent de manière concrète l’écrivain dans son époque, dans son environnement géographique, dans son cercle social.
Insensiblement, le lecteur s’adapte à la densité de cette forme de narration voyant les éléments biographiques dessiner le portrait de vraies personnes, des individus qui ne sont plus des monstres sacrés, des réputations un peu vagues, ou un simple nom sous un titre. Ils ont aimé, ils ont vécu avec leur éducation ou son absence, ils ont pris position, ils se sont engagés politiquement ou autrement. Leur vie est inscrite dans le siècle, que ce soit Olympe de Gouges et la Révolution française, Joachim du Bellay et l’avènement de la langue française ou Émile Zola et l’affaire Dreyfus, Louis-Ferdinand Céline et l’antisémitisme, Louis Aragon et le Parti communiste français, Marguerite Duras et le FLN pendant la guerre d’Algérie, etc. Au fur et à mesure, le lecteur voit émerger l’un des paramètres qui a pu guider l’autrice, en particulier pour les auteurs du XXe siècle, qui est celui de l’engagement.
L’incroyable histoire de la littérature française ? Pas tout à fait, ou plutôt l’incroyable histoire d’autrices et d’auteurs qui ont fait la littérature française. À partir d’un choix personnel de trente-quatre auteurs et autrices, la scénariste raconte leur vie personnelle, en la remettant dans le contexte de l’époque, souvent dans le contexte littéraire, toujours dans le contexte historique, en développant leur vie personnelle, et en l’illustrant de brefs extraits (choisis également) de leurs œuvres. Le format de la narration de cette bande dessinée apparaît très contraint, avec un texte qui supplante la partie graphique, et avec un dessinateur aguerri qui apporte un niveau d’incarnation à chaque écrivain qui devient ainsi un être humain, avec une touche humoristique légère et régulière, attestant de collaboration entre scénariste et dessinateur. Le lecteur en ressort avec une vision transformé du métier d’écrivain, et, en effet, une vision plus étoffée de l’histoire de la littérature française, avec une approche pragmatique, plutôt que théorique. Enrichissant.
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Dani Futuro
Dani Futuro était une série récurrente du journal Tintin dans les années 70. Et à l’époque les séries de science-fiction n’étaient pas forcément nombreuses. Dani est un enfant du passé qui est resté endormi dans une capsule projetée dans l'espace pendant plus de 130 ans. Il fait vite la connaissance d’Iris qui va tomber sous son charme, même si les deux héros n’ont aucune relation sentimentale. Dani et Iris ne sont donc pas les Olivier Rameau et Colombe Tire-d’aile des temps futurs. Cette histoire de héros endormi qui se réveille après des années d’hibernation fait furieusement penser aux Naufragés du temps de Paul Gillon, même si la comparaison s’arrête là. Chaque histoire de Dani Futuro se lit indépendamment et ce n’est donc pas une saga. La série vaut avant tout par la qualité du trait de Gimenez. A mon sens le dessin n’est pas servi par la mise en couleur de l’époque bien trop « flashy » à mon sens. Les éditions Fluide Glacial qui ont également publié des œuvres de Carlos Gimenez y étaient bien inspirées de publier ses histoires en noir et blanc, car ce grand auteur espagnol maîtrise fort bien le contraste des deux couleurs. Les histoires de Mora sont inégales. On commence par des histoires courtes dans le tome 1 puis on passe à des histoires en 44 ou 46 où Dani Futuro explore des planètes où règne l’anarchie. Honnêtement les scénarios ne sont pas toujours d’une grande qualité même si les albums se laissent lire. A noter que la série est parue initialement dans la collection Jeune Europe en format broché pour les 5 premiers albums, puis en format cartonné pour les deux derniers. Entre ces deux périodes il s’est écoulé près de 5 ans et on le voit très bien dans le style de Carlos Gimenez qui au début des années 80 est bien plus épuré que dans les années 70. Bien que de qualité inégale, cette série n’est donc pas dénuée d’intérêt et mérite d’être redécouverte.
5 Mondes
Cette série fait partie des bande-dessinées jeunesses les plus empruntées de ma bibliothèque, j'ai donc, par curiosité, voulu voir de quoi il s'agissait. Bonne surprise, j'ai envie de dire ! 5 mondes, c'est une série de science fiction avec de la magie, des peuplades variées, des couleurs chatoyantes, des personnages hauts en couleurs et sympathiques devant porter sur leurs frêles épaules le poids de la survie de leur monde, que dis-je, de leurs mondes ! Bref, du space opéra au look et à l'ambiance bien retro avec une touche de fantasy. Mais ici, bien que le scénario est classique sur la forme, je trouve que le récit et la mise en scène arrivent à rendre le tout très rafraîchissant. J'ai pris un réel plaisir à enchaîner les cinq tomes de cette série. Récit de science-fiction avec différents peuples oblige, on nous parle ici de cohabitations entre formes de vies différentes, de ségrégations, de guerres, de conflits et de rancœurs ancien-ne-s. On aborde également les sujets du fanatisme, de l'isolationnisme, de la créations d'ennemis factices communs pour prendre le contrôle d'une population, de désinformation médiatique et de propagande, ... Bref, même si le récit est tout public et donc parfaitement accessible à des enfants, les enjeux n'en sont pas amoindris. Et ici, pas n'importe quels enjeux : comme dit précédemment, c'est la survie des cinq mondes qui est en jeu ! Mon Domani et ses quatre satellites (Lune Yatta, Salassandra, Grimbo(E) et Toki) sont au bord de la destruction, des cataclysmes ravagent les habitations et les inégalités et tensions s'accroissent. Oona, jeune danseuse de sable, va se voir donner la mission de rallumer les cinq phares protecteurs laissés sur chacun des mondes par une antique civilisation appelée les Félidés. Pour ça, elle devra apprendre à maîtriser les sables spécifiques à chacune des planètes et aider les populations locales. Cette histoires des sables différents, chacun nécessitant une approche spécifique et donnant accès à des capacités hors du commun, m'a beaucoup fait penser à "Avatar le dernier maître de l'air". Tout comme Aang, Oona est un élue qui doit apprendre beaucoup de choses sur le passé et qui doit également voyager à travers le monde (les mondes, ici) pour apprendre à maîtriser des dons spécifiques dans un temps imparti. La comparaison est positive, j'y ai retrouvé la fraîcheur de l'approche et le soin apporté aux différentes cultures présentées que l'on trouvait dans Avatar (même si ici, le tout fait un peu plus enfantin). La lecture est plaisante, vraiment. J'ai beaucoup aimé le fait que le sable se contrôle par la danse, cela donne une esthétique assez unique à la magie locale. Une autre forme de magie liée à la musique apparait également, et je dois dire que les deux se mélangent bien. J'ai hésité à classer cette série en fantastique, d'ailleurs, étant donné la présence importante du sujet de la magie, mais c'est vraiment l'ambiance space opera qui domine ici, je trouve. La magie du sable est ici comme la force dans Star Wars, même s'il existe une part de magie, de fantastique, l'ambiance et le contexte spatial-e sont plus proéminents. Je déplorerais seulement un final un peu trop convenu et une résolution un peu trop rapide à mon goût, mais vraiment cela n'entachait pas de beaucoup mon plaisir à la sortie de ma lecture. La série est on ne peut plus recommandée de mon côté. Bonne surprise. (Visiblement, il y a une adaptation en série d'animation dans les fourneaux, je compte bien la suivre à sa sortie).
Les Indes fourbes
Les Indes fourbes raconte l'historie de Pablos, pauvre miséreux, escroc par nécessité, ambitieux par vanité, cruel par lâcheté et surtout beau parleur. Préparez-vous à entendre l'histoire grandiose du plus grand fourbe que le Nouveau Monde est jamais vu. Ici, pas de personnage bon ou innocent. On nous montre la conquête de l'Amérique dans tous ses pires aspects (y en a-t-il réellement eu des bons ?) : les pillages, les massacres, les vols, les pires cruautés commises sur les populations locales par les européens. Les scènes de tortures, d'esclavage, de massacres et autres joyeusetés sont assez crues, personnellement elles m'ont proprement mise mal à l'aise, mais elles restent assez fidèles aux actes commis à l'époque. Le thème récurrent chez tous les personnages que nous croiserons ici est qu'ils sont désireux, de liberté, de pouvoir ou de richesses, peu importe, on nous parle avant tout de cupidité (seuls le désir de liberté des esclaves et des indigènes est justifiable à mes yeux, les autres sont vraiment antipathiques de bout en bout). Évidemment, cette cupidité est représentée par la légendaire cité pavée d'or du Nouveau Monde : l'Eldorado, source de tous les fantasmes. Pablos est un vaurien, un miséreux avide d'une meilleure vie, d'or, de richesse, un moins que rien désireux de devenir quelqu'un de grand, de riche. Son histoire, au delà d'être celle d'un personnage parfaitement immoral et égoïste, est celle du plus gros casse imaginable, d'un escamotage de haute volée, de l'ultime fourberie, tout simplement. Sans vous révéler le coup final, Pablos tente un véritable coup de poker, un pari absurdement gros et risqué. C'est fascinant à regarder. Le récit critique également les grandes inégalités sociales et de statut de l'époque, les traitements et la pédanterie exécrables des nobles et des riches aux personnes qu'elles jugent inférieures. On aborde même le sujet des miséreux, quelques soient leurs origines ou leurs couleurs de peaux, réduits à s'entretuer pour les miettes et la folie des puissants. Critique sociale classique mais bien mise en image. Le dessin de Guarnido est, comme à son habitude, magnifique. Des visages très expressifs, des décors vivants, un découpage et une action qui ont du peps, ... C'est du bon. Du très bon. Lecture recommandée pour ma part mais l'album n'a pas vraiment besoin de mon aide pour faire parler de lui.
La Dame, le Cygne et l'Ombre
C'est le type de lecture détente que j'apprécie particulièrement. J'aime bien le concept de Nouvelles qui propose toujours des récits vifs et dynamiques où la chute finale donne un relief particulier à l'intrigue. C'est surtout vérifié ici avec le second récit ( le Cygne) somme toute assez classique et prévisible si le final imprévu ne lui donnait pas une dimension supplémentaire. Le premier récit est bien travaillé presque romanesque mais il manque une touche pour développer le contexte du Dia de los Muertos dans lequel il s'inscrit. La dernière histoire est prévisible et un ton en dessous. J'aime beaucoup la ligne claire de Berthet. Elle traduit à merveille l'élégance des années Pin up. A mes yeux Berthet est probablement l'un des meilleurs dessinateurs du sex-appeal féminin. Voilà un auteur qui n'a nul besoin de déshabiller ses héroïnes pour faire passer un courant de séduction entre le lecteur et son personnage. De plus Berthet ne se cloisonne pas à un modèle répétitif mais sait diversifier ses modèles. Ma note est généreuse mais elle permet d'ajuster sa moyenne générale à un niveau plus conforme à mon idée.
Écoute s’il pleut
J’adore les histoires de Rodolphe et le dessin de Prugne, cet album avait donc tout pour me plaire… et je ressors ravi de ma lecture. Le scénario débute comme une fable champêtre qui tourne assez rapidement au fantastique, avec une apparition intrigante et des événements pour le moins mystérieux. Les révélations successives sont certes un peu convenues mais satisfaisantes et bien amenées, et la fin m’a beaucoup plu. Bref, une histoire classique mais prenante et bien racontée. Surtout que Patrick Prugne s’est fait plaisir à dessiner la campagne française, ses aquarelles sont comme d’habitude magnifiques. Les planches dégagent une atmosphère remplie de poésie et de quiétude, on entend presque les ruisseaux clapoter et les oiseaux chanter. Une lecture reposante et remplie de mystère.
Le Mécanisme
Le confort et la sécurité aveuglent. Ici et dans les autres ici. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2021 pour la version originale, de 2024 pour la version française. Il a été réalisé par Gabi Beltran pour le scénario, et par Angel Trigo pour les dessins et la couleur. Il comprend cent-douze pages de bande dessinée. À San Francisco, de nuit en août 1981, les badauds déambulent sur le trottoir, dans un coupé, un écrivain discute avec sa compagne. Elle lui demande si l’écrivain Marcus Carlton est meilleur que lui. Ce dernier lui répond et développe sa position. Ce n’est pas un roman que Carlton a écrit, c’est autre chose, on ne peut pas comparer. L’homme ne sait pas exactement ce que c’est, un livre très bizarre. Il n’en a lu que la moitié, mais le gars en a vendu un paquet. Ça fait un bon moment qu’il est connu, il a vendu plus de 250 millions d’exemplaires. Dans une somptueuse demeure, les invités arrivent pour une réception. À l’étage, le propriétaire se tient devant la fenêtre ouverte, un verre à la main. Son majordome entre dans son dos ; il lui annonce qu’il y a beaucoup d’invités qui attendent, et que l’hôte devrait descendre. Le propriétaire répond à Hector de s’occuper d’eux. Le majordome lui demande s’il va se passer quelque chose. L’homme en smoking blanc confirme que le moment est arrivé. Hector répond qu’il comprend, que son patron, monsieur Carlton, lui a expliqué. Il ajoute que ce fut un plaisir de travailler pour lui, et il le remercie de ce qu’il a fait pour lui. Marcus Carlton demande à Hector de tenir parole, de mener une belle vie, il y est obligé. Pour conclure, il indique que tout se passera comme ça doit se passer. Sur le Golden Gate Bridge, deux policiers, debout à côté de leur moto, surveillent la circulation. Pete repère un homme qui s’apprête à sauter dans le vide. Ils s’élancent vers lui, mais l’homme saute calmement. Un policier va prévenir les garde-côtes. New York. En avril 2009, Jonathan Bennett est en train de terminer de faire sa valise. Sa compagne Priya le regarde faire, une tasse de café fumant à la main. Elle lui propose du café : la réponse négative de son conjoint lui fait dire que ça va vraiment mal s’il préfère le café de l’aéroport. Il préfère ne pas en discuter. Elle lui demande s’il doit vraiment emporter son exemplaire du livre Le Mécanisme, de Marcus Carlton, car elle croyait qu’il va à Majorque pour Graves. Jonathan veut voir les lieux où Carlton a vécu, il ne sait pas s’il va ajouter du texte à son livre. Elle lui fait remarquer que ça ne l’étonnerait pas de recevoir un coup de fil lui annonçant qu’il a tiré sur une star du rock, ou sur le président. Jonathan plaisante que ce genre de tarés-là lisent Salinger. Il lui promet d’appeler ses enfants pendant son escale à Madrid. Il ne croit pas qu’il leur manque beaucoup. Parfois ils restent plantés à le regarder comme s’ils ne l’avaient jamais vu. Il lui dit qu’il sera crevé quand il arrivera, mais qu’il est d’accord, il appellera Priya. Elle lui assure que tout va s’arranger, ils peuvent mieux faire. Voilà une bande dessinée à la construction déstabilisante. Tout commence avec l’établissement de la réussite économique (il a même un majordome à son service !) et de la renommée d’un écrivain (fictif) : Marcus Carlton, et son livre Le Mécanisme (qui donne son titre à la présente bande dessinée). Il est possible qu’il se soit suicidé, probable même. Vingt-huit ans plus tard, il s’agit d’un autre écrivain, Jonathan Bennett, fasciné par le livre du premier. Il se rend à Tenerife, pour effectuer des recherches sur… Ah ben non, pas sur Carlton, mais sur Robert Graves (1895-1985), un poète et romancier britannique ayant existé. Toutefois, son intention cède le pas à une panne de voiture, qui l’amène à rencontrer Don Carter, un autre écrivain fictif, d’environ quatre-vingts ans. Plus qu’une mise en abime du métier d’écrivain, également un jeu de miroirs aux orientations multiples. Ensuite, Bennett rencontre Carter à plusieurs reprises, l’occasion de longues discussions statiques, une forme a priori peu engageante, monotone sur le plan visuel. Les auteurs vont au bout de leur logique : Carlton et Bennett discutent du livre Le Mécanisme. La bande dessinée comprend deux ou trois phrases extraites de cet ouvrage fictif, et le lecteur assiste donc aux commentaires de Carlton et Bennett sur ce livre. Encore plus loin, le chien de Carlton s’appelle Bennett, pas en hommage à Jonathan ou comme une prémonition, mais en hommage à Arnold Bennett (1867-1931, Un conte de bonnes femmes, 1908), écrivain et journaliste britannique. Il faut un peu de temps au lecteur pour saisir de quoi il s’agit dans ce récit. Jonathan Bennett est un écrivain qui a achevé un quatrième ouvrage sur l’auteur Marcus Carlton, et son unique livre Le Mécanisme, un ouvrage fictif dont seules trois ou quatre phrases sont citées dans la bande dessinée. Le lecteur suit avec curiosité Jonathan, sans attente particulière, si ce n’est une forme de curiosité ludique, de comprendre comment ces différentes composantes s’agencent. Rapidement, il se prend d’amitié pour le personnage principal, faillible et imparfait, normal, banal et à la recherche d’on ne sait quoi. Il se rend à Tenerife sur les pas de Carlton. Les discussions avec sa Compagne Priya et avec son agent littéraire font apparaître qu’il est divorcé, père de deux enfants à la garde de son ex-épouse, dont une partie significative de la vie professionnelle et personnelle s’articule autour de l’ouvrage d’un autre. Il présente une apparence normale : morphologie un peu élancée sans être musculeuse, vêtu d’un pantalon commun (peut-être un jean de couleur grise), d’un teeshirt à manche longue et d’une veste (les dessins ne permettent pas de se faire une idée du type de chaussures qu’il porte). Il semble perpétuellement mal rasé. Ses postures et ses expressions de visage attestent d’un homme calme et posé, enclin à la réflexion, avec parfois une nuance de tristesse. Cela a pour effet de mettre le lecteur dans le même état d’esprit entre contemplatif et réflexif. En outre, il se sent gagné par la sollicitude de Priya envers Jonathan. Le lecteur ressent vite que l’enjeu narratif se joue lors conversations entre Bennett et Carter : la curiosité du premier se confrontant aux certitudes acquises au travers de l’expérience pour le second. L’âge exact de Don Carter reste flou : il est à la retraite, et la vieillesse a fait son œuvre, diminuant sa vivacité physique et intellectuelle, pour autant il conserve sa pleine autonomie vivant seul dans une maison à l’écart. Il est vêtu d’un pantalon à la nature aussi indistincte que celui de Jonathan et d’un pull noir. Son implantation capillaire a légèrement reculé et il porte les cheveux mi-longs jusqu’aux épaules. Son langage corporel montre une personne tout aussi calme et posé, au visage le plus souvent impassible, avec un sourire amusé chronique, et quelques gestes de la main. Son âge et son calme impose le respect, il se dégage de lui une sensation d’assurance, ainsi qu’une forme de prise de recul, un détachement émotionnel qui fait que la sympathie du lecteur va vers Jonathan Bennett, en nourrissant un soupçon de méfiance précautionneuse vis-à-vis de Carter. Le point commun entre Bennett et Carter réside dans le fait qu’ils ont tous les deux lu Le Mécanisme, et dans un constat qui les rapproche : leur vie continue. Leur rencontre n’intervient qu’à la page trente-et-un, alors que le lecteur est déjà bien immergé dans le récit. La première discussion dure à peine cinq pages : le lecteur les regarde, observant les orientations de la discussion, les courants sous-jacents, Carter apprivoisant le jeune homme avec ce qu’il faut de mystères et de révélations sur son compte. La seconde conversation débute vraiment en page cinquante-trois, et se déroule sur une bonne quinzaine de pages. Le lecteur sent qu’il se trouve au cœur du sujet : il est question du livre (Le Mécanisme), de son sens, de la manière sa lecture peut changer la vie… ou pas. Le lecteur ressent à plein le jeu de miroirs : un écrivain disparu avec un ouvrage classé dans les meilleures ventes depuis des décennies, un écrivain qui écrit sur d’autres écrivains, un auteur qui a écrit un recueil de poésies, autant de configurations différentes, des différences et des points communs qui apparaissent entre eux. Le lecteur se fait la réflexion qu’il y a deux autres créateurs en arrière-plan : les auteurs de cette bande dessinée, ce qui ajoute un autre niveau à ce jeu de miroirs. Le lecteur ressent le besoin vital pour Bennett et Carter de trouver un sens à la vie, à la leur en particulier, et également en général. Le livre Le mécanisme : un livre qui n’entend pas améliorer la vie de quiconque, ni faire croire en aucune récompense. Il n’y a pas d’objectif. […] Ses principes sont précis et ne parlent que d’une seule chose : l’observation. Les auteurs, au travers de Don Carter, poursuivent leur exposé : Le Mécanisme est davantage un flash lors duquel on voit un puzzle complet rien qu’en observant une de ses pièces. La raison en est que cette pièce, on l’a déjà vue auparavant, dans d’autres circonstances. On reconnaît la pièce et on se souvient de la position qu’elle occupait dans le puzzle et des autres pièces qui étaient reliées à elle. On se souvient du puzzle complet. Donc c’est comme si on pouvait prédire ce qui se produira probablement. Le lecteur perçoit qu’il peut appliquer cette analyse à chaque livre qu’il a lu, qu’il s’agit d’un métacommentaire sur la nature des livres, et par voie de conséquence sur l’écriture, sur la littérature. Un simple livre constitue le fruit de l’observation de son auteur : le lecteur qui le découvre assimile ainsi les observations originelles de l’auteur, comme une pièce dans un puzzle. Cette approche participant à la fois du sensible et de l’intellect l’incite à prêter une attention particulière à la forme de la fin du récit : quels sont les derniers propos tenus par Bennett (Ce n’est pas comme si je l’avais vécu. C’est comme si j’avais failli le vivre. C’est ça.), par Carter (Je déteste quand ils font ça. Je déteste quand ils n’écoutent pas.), à qui est consacrée la dernière page. Et puis, quand même, qu’est-ce que ça veut dire que l’auteur de ce livre à l’impact si fort se soit suicidé ? Le lecteur ressent que le mécanisme évoqué englobe l’écriture et la lecture, la création et sa réception, que cette bande dessinée lui parle du phénomène dont il fait l’expérience en direct, celui de la réception d’un ouvrage, et du fait que chaque lecteur le reçoit, le perçoit, l’interprète en fonction de son propre point de vue socioculturel. Mais de quoi ça parle ? De deux écrivains qui parlent du livre d’un autre écrivain. Aucun de ces individus n’ayant existé, ni le livre en question. Une quête de sens calme, un voyage à Tenerife, une narration visuelle factuelle et descriptive, avec un trait souple et tranquille. Des discussions, et des temps d’introspection silencieuse, des doutes et des certitudes, des regrets et des projets. Le mécanisme de la vie ? Peut-être… Au moins le mécanisme de la lecture.
Nellie Bly - Dans l'antre de la folie
L'album raconte le fait d'arme le plus connue de Nellie Bly, une journaliste du XIXème siècle. En effet, afin de dénoncer les maltraitances et abus au sein d'un asile psychiatrique de New York, elle a décidé de s'y faire enfermer. Privations, tortures, attouchements, conditions insalubres, vol et recel de bébés, ... Toutes les pires atrocités sont subies par les pauvres habitantes de Blackwell. On nous rappelle que de nombreuses personnes parfaitement saines d'esprit se retrouvaient dans ces asiles, souvent par pauvreté ou abandon familiale, et que les traitements abominables qu'elles subissaient sur place les faisaient réellement sombrer dans la folie. L'album est bon, met en lumière une femme on ne peut plus intéressante, recontextualise sa vie par petits flashbacks pour pleinement nous faire comprendre ce qui l'a amené à faire cette enquête, à vouloir pointer ces injustices. La mise en scène est prenante, faisant contraster la ville, l'extérieur, avec ses couleurs vives et chatoyante et l'asile avec ses couleurs sombres et ternes. J'ai bien aimé l'idée de représenter la folie et le mal être comme une sorte de kraken, un monstre hideux dont les tentacules serpentent quelques fois dans les dessins. Le trait de Carole Maurel est toujours aussi bon, avec ce style très "crayonné" et ces personnages aux traits brut. Cet album a réveillé un traumatisme de jeunesse où, après avoir lu et étudié sur les asiles psychiatriques de l'ancien temps, j'avais développé une véritable phobie de tout ce qui touchait aux soins mentaux. Je m'attendais à ce qu'à tout moment quelqu'un vienne me chercher pour m'enfermer et me maltraiter et que personne ne voudrait me croire si je leur disait que je n'étais pas folle. Cet album me rappelle que c'est un scénario malheureusement pas si abracadabrantesque. Pour quiconque l'ignorerait, j'en profite pour rappeler que dernièrement des études et témoignages ont relevés que beaucoup de nos hôpitaux psychiatriques maltraitaient leur patients. Sans forcément atteindre les niveaux de tortures présentés dans l'album, c'est tout de même bon de garder en mémoire que la sécurité et la bonne santé des membres les plus vulnérables et isolés de nos société ne sont malheureusement toujours pas assurés.
La Nuit est mon royaume
Hou, très bon ! En fait l'album m'a paru bon tout le long de la lecture, mais c'est vraiment le final qui m'a foutu une petite claque. L'histoire est celle de Nawel, jeune banlieusarde, qui croise un jour la route d'Alice, fan de Paul McCartney, qui va lui donner le goût et l'amour du rock. Les années passent et les deux deviennent amies, rêvent de gloires et d'albums à succès, d'écrire des chansons qui viennent des tripes et qui restent dans les mémoires. Nous les suivons donc durant les débuts de leur groupe : Nuit Noire. Pendant tout l'album, on suit une évolution classique de récit de jeune prodige artistique, avec l'euphorie des tout débuts, les doutes, les déceptions, l'adrénaline et les rencontres qui marquent (les bonnes comme les mauvaises). Classique, oui, mais quand-même bien menée, avec des personnages complexes et attachants, un dessin très joli (avec un beau travail des couleurs sombres) et un final en beauté. Le final, justement, j'y reviens : très simple, presque évident au vue du parcours du personnage (quoi qu'il y avait une autre option bien plus déprimante...), mais une fin qui fait sens et qui marque le début de la suite de la vie de Nawel. J'hésitais entre le 3 et le 4, je n'hésite plus avec ce final.
La Caste des Méta-barons
L'histoire suit la lignée des Méta-Barons, des guerriers intergalactiques. Le récit est bien structuré et chaque chapitre m'a tenu en haleine avec des rebondissements inattendus. Bien que l'intrigue puisse sembler un peu répétitive par moments, j'ai vraiment apprécié la richesse de l'histoire. Les thèmes abordés sont profonds et variés. La bande dessinée explore des sujets comme le pouvoir, la loyauté, la trahison et la survie. Les aspects métaphysiques ajoutent une dimension unique à l'histoire. J'ai particulièrement aimé la manière dont ces thèmes sont intégrés, même si certains passages peuvent être un peu lourds. Les personnages sont bien développés et intéressants. Chaque Méta-Baron a une personnalité unique et des motivations claires. J'ai beaucoup apprécié les interactions entre les membres de la famille, souvent chargées d'émotions. Les personnages secondaires, bien que parfois stéréotypés, ajoutent de la profondeur à l'histoire. Le dessin est impressionnant. Juan Gimenez a fait un travail remarquable en capturant l'essence de cet univers de science-fiction. Les illustrations sont détaillées et les scènes d'action sont dynamiques. Certaines pages sont particulièrement mémorables, même si quelques dessins peuvent sembler un peu datés. La Caste des Méta-Barons est une bande dessinée que j'ai beaucoup appréciée. Elle allie un scénario solide, des thèmes profonds, des personnages mémorables et des dessins magnifiques. C'est une lecture que je recommande vivement à tous les amateurs de science-fiction.
L'Incroyable Histoire de la Littérature française
Comment faire pour prévenir de telles détestations ? - Ce tome regroupe la présentation de trente-quatre écrivains français, répartis sur cinq siècles du seizième au vingtième. Sa première édition date de 2019, et la version augmentée de 2022. Il a été réalisé par Catherine Mory (professeure de français) pour le scénario, et par Philippe Bercovici pour les dessins, avec une mise en couleur réalisée par Isabelle Lebeau et Christian Lerolle. Il comprend environ trois-cent-quarante pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec un avant-propos de l’autrice, évoquant son intention : Comment faire pour prévenir une détestation des auteurs classiques ? Elle y répond : C’est par la porte de la biographie qu’elle propose au lecteur d’entrer. Elle a choisi les auteurs les plus étudiés pour le baccalauréat dans la mesure où cet ouvrage s’adresse à tout public dès le lycée. Chaque siècle bénéficie d’une page de texte évoquant le contexte historique et les grands courants de pensée. Il se termine par un glossaire de soixante-quatre termes, allant de Acrostiche à Zutistes, en passant par Autofiction, Calligramme, Déisme, Édit de Nantes, Existentialisme, Jansénisme, Monarchie de Juillet, Ordonnance de Villers-Cotterêts, Parnasse, Syndrome de Stendhal, etc. XVIe siècle. François Rabelais, vers 1483 (près de Chinon) – 1553 (Paris). Au moyen-âge, les livres étaient copiés à la main. C’est pourquoi ils étaient rares et très chers. Avec l’invention de l’imprimerie au milieu du XVe siècle, tout change. Avant, les professeurs enseignaient surtout des commentaires. Avec l’imprimerie, les lettrés peuvent enfin lire les textes originaux. Désormais, les fidèles ont directement accès à la Bible et non plus seulement à travers les paroles du prêtre. Beaucoup critique l’enrichissement de l’Église et notamment le commerce des indulgences, qui permettait de racheter ses péchés contre de l’argent. On reproche notamment aux prêtres d’encourager les superstitions. Dès lors, nombreux sont ceux qui souhaitent réformer l’Église. Ainsi, en 1534 a lieu la fameuse affaire des Placards. […] C’est dans ce contexte que naît François Rabelais près de Chinon. Joachim du Bellay, 1522 (Liré) – 1560 (Paris). Du Bellay est issu d’une illustre famille d’Anjou. Pour le petit Joachim, ça part mal. Orphelin à 10 ans, il est livré à lui-même dans le château familial. En plus, il est chétif et maladif. Mais il a un rêve : devenir homme de guerre comme son cousin Guillaume. Il compte bien sur ce dernier pour lui ouvrir la carrière des armes. Or, en 1543, le cousin bataille un peu trop fort, et avec lui s’écroule le rêve du jeune homme. C’est aux obsèques de Guillaume que du Bellay aurait rencontré Ronsard. Toujours est-il que, en 1547, Du Bellay suit Ronsard au collège de Coqueret à Paris, pour étudier la culture gréco-latine. Sous la direction de leur maître Jean Dorat, ils deviennent de véritables humanistes. Ils admirent les Anciens, mais veulent aussi défendre la langue française. Avec d’autres jeunes gens, ils forment la Brigade, bientôt appelée la Pléiade. Au vu du titre, le lecteur se dit qu’il se lance dans un passage en revue de la littérature française (c’est dans le titre quand même), avec une historicisation de son évolution depuis les XVIe siècle jusqu’au XXe, au travers de grands auteurs, montrant les différentes phases d’évolution du roman. Peut-être décide-t-il de lire l’introduction après la partie BD, ou qu’il la survole. La page de présentation du XVIe siècle s’avère enrichissante et éclairante : l’invention de l’imprimerie, l’accessibilité des livres, les humanistes, naissance de l’Église réformée, promulgation de l’édit de Nantes, actions de François 1er (création du Collège de France, prémices de la Bibliothèque nationale), ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), promotion de la langue française. Pour ce siècle, l’autrice a retenu quatre écrivains : François Rabelais (1483-1553), Joachim du Bellay (1522-1560), Pierre Ronsard (1524-1585) et Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592). Selon l’auteur, elle consacre plus ou moins d’espace à sa biographie, au contexte historique de l’époque, à sa bibliographie, à citer certains passages de ses œuvres, et à sa vie intime. Le lecteur fait l’expérience que la narration est avant tout portée par le texte, les images venant l’illustrer. Les séquences sur une action avec deux ou trois cases à suivre sont très rares. À a lecture, il apparaît que le plus souvent le texte se suffit à lui-même. Les cases viennent apporter une incarnation humaine, en montrant l’écrivain ou l’écrivaine, souvent avec une touche d’exagération comique, entre une respiration dans un texte dense, et une accroche humoristique. Un peu décontenancé, le lecteur se réfère au texte de quatrième de couverture et à l’introduction, et il constate sa méprise. Le dos de la BD le dit clairement : Cet album passionnant s’adresse aussi bien aux novices qu’aux férus de littérature. Puis : Il transformera à jamais votre vision des écrivains qui, bien que géniaux, restent avant tout… des hommes. Quand une BD s’empare avec humour des classiques et présente les génies français dans leur plus simple appareil… L’autrice l’annonce également clairement : C’est donc par la porte de la biographique que l’ouvrage propose au lecteur d’entrer. Le lecteur découvre ou complète ses connaissances sur la vie des auteurs suivant. XVIe siècle : Rabelais, Du Bellay, Ronsard, Montaigne. XVIIe siècle : Corneille, La Fontaine, Molière, Pascal, Mme de Lafayette, Racine. XVIIIe siècle : Marivaux, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot, Beaumarchais, Gouges. XIXe siècle : Stendhal, Balzac, Hugo, Sand, Baudelaire, Flaubert, Zola, Maupassant, Rimbaud. XXe siècle : Proust, Apollinaire, Céline, Aragon, Sartre, Camus, Duras. Cette liste des écrivains suit l’ordre chronologique. En fonction des connaissances sur eux, de leur vie, un chapitre peut aller de quatre pages (par exemple pour Joachim du Bellay), à dix-sept pages (pour Louis Aragon). Le lecteur constate rapidement que chaque entrée présente une densité élevée. Les textes sont clairs, rédigés avec des phrases courtes, tout en abordant une multitude de notions. Par exemple, pour Olympes de Gouges (1748-1793), l’autrice aborde les circonstances de sa naissance (fille illégitime d’un poète futur académicien), son éducation, son mariage à dix-sept ans (bâtarde, roturière, inculte et mal mariée, puis jeune mère), veuve à dix-huit ans, montant à Paris en 1770, fréquentant les salons progressistes, ayant des amants, se passionnant pour le théâtre, acquérant une conscience politique ardente et une impétueuse envie d’écrire, autrice d’une pièce de théâtre dénonçant l’esclavage qui se heurte au lobby de certains colons et armateurs, le contexte des états généraux et de la révolution française, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (établie par Olympes de Gouges), d’autres pièces de théâtres et des affiches sur les murs de Paris, la dénonciation des exécutions sommaires de centaines de prisonniers en 1792, sa proposition de s’offrir comme avocate de Louis XVI, la proposition d’organiser un référendum pour que les Français choisissent un gouvernement républicain, fédéral ou monarchique, sa condamnation et son exécution publique avec la guillotine. Tout ça en seulement onze pages. Du coup, à la fois cela ne laisse pas beaucoup de place aux dessins, à la fois cela exige un fort investissement pour apporter quelque chose à une telle forme de texte. Philippe Bercovici est un habitué de ce défi, puisqu’il a également illustré d’autres tomes de la collection L’incroyable histoire de… : de la médecine, de la géographie, des sciences, de la médecine, de la mythologie grecque, de la mythologie nordique. Il a effectué les recherches nécessaires pour donner à voir des éléments authentiques de chaque époque, une reconstitution historique qui se voit dans les tenues vestimentaires, les bâtiments, les décorations intérieures, tous les menus détails du quotidien. Il met en scène chaque autrice et auteur, qui s’incarne ainsi sur la page, devenant un être humain, avec ses humeurs et ses manies, ses élans du cœur et ses passions, sans oublier ses relations avec l’autre sexe. Cela humanise chaque individu, et cela permet également d’apporter le support à une touche humoristique, avec une réaction émotionnelle exagérée, ou en faisant apparaître la singularité d’une action en montrant la réaction des personnes autour. En outre, les dessins inscrivent de manière concrète l’écrivain dans son époque, dans son environnement géographique, dans son cercle social. Insensiblement, le lecteur s’adapte à la densité de cette forme de narration voyant les éléments biographiques dessiner le portrait de vraies personnes, des individus qui ne sont plus des monstres sacrés, des réputations un peu vagues, ou un simple nom sous un titre. Ils ont aimé, ils ont vécu avec leur éducation ou son absence, ils ont pris position, ils se sont engagés politiquement ou autrement. Leur vie est inscrite dans le siècle, que ce soit Olympe de Gouges et la Révolution française, Joachim du Bellay et l’avènement de la langue française ou Émile Zola et l’affaire Dreyfus, Louis-Ferdinand Céline et l’antisémitisme, Louis Aragon et le Parti communiste français, Marguerite Duras et le FLN pendant la guerre d’Algérie, etc. Au fur et à mesure, le lecteur voit émerger l’un des paramètres qui a pu guider l’autrice, en particulier pour les auteurs du XXe siècle, qui est celui de l’engagement. L’incroyable histoire de la littérature française ? Pas tout à fait, ou plutôt l’incroyable histoire d’autrices et d’auteurs qui ont fait la littérature française. À partir d’un choix personnel de trente-quatre auteurs et autrices, la scénariste raconte leur vie personnelle, en la remettant dans le contexte de l’époque, souvent dans le contexte littéraire, toujours dans le contexte historique, en développant leur vie personnelle, et en l’illustrant de brefs extraits (choisis également) de leurs œuvres. Le format de la narration de cette bande dessinée apparaît très contraint, avec un texte qui supplante la partie graphique, et avec un dessinateur aguerri qui apporte un niveau d’incarnation à chaque écrivain qui devient ainsi un être humain, avec une touche humoristique légère et régulière, attestant de collaboration entre scénariste et dessinateur. Le lecteur en ressort avec une vision transformé du métier d’écrivain, et, en effet, une vision plus étoffée de l’histoire de la littérature française, avec une approche pragmatique, plutôt que théorique. Enrichissant.