On m'avait averti : scénario un peu "complexe", d'où une lecture difficile possible... Mais pour ma part, la magie a opéré, et tout coule de source. Tant mieux !
Bien sûr, il reste des zones d'ombres - mais c'est bien là tout l'intérêt d'un polar de qualité, à mes yeux.
Alors, qu'avons-nous là : une histoire sombre, mais aux allures classiques, où s'entrecroisent relations viriles, ambiances années 40-50, et allusions fantastiques. Mais aussi une autre histoire, issue d'une mutinerie, qui verra évoluer de véritables Robinsons Crusoés. Entre ces deux histoires, apparemment aucune liaison... pour le moment !
Les personnages sont bien campés, leur psychologie développée, leur background travaillé. On sent une réelle recherche de la part du scénariste pour rendre son récit réaliste et occulte.
Le trait de Patrick Laumont n'est à mes yeux qu'un réceptacle à la couleur de Sébastien Gérard. Cette dernière est tout simplement sublime : informatique, elle n'oublie pourtant pas d'être chaleureuse et génératrice d'ambiances fortes, très présentes. Les scènes concernant l'île perdue sont tout simplement superbes !
C'est donc avant tout le travail du coloriste qui est éblouissant. J'en redemande !
Un premier album qui mérite vraiment le détour, et nous fait espérer une suite du même accabit. Connaissant la production de Filippi, je n'en doute pas une minute.
C'est à la fois sincère, d'une auto-dérision extrème, et particulièrement drôle : cet album autobiographique de Trondheim est un must pour tout adorateur de l'auteur.
Sa vision du monde, ses craintes, tous ces petits rien : là où un auteur comme Boilet à mes yeux ne ressort que le côté le plus chiant de la vie, Trondheim nous en propose cette parcelle si savoureuse, et ce malgré ce pessimisme omniprésent qui si souvent nous fait sourire.
Les lecteurs d'indé' seront ravis de reconnaitre les têtes pensantes de l'Association : Manu, Sfar, Konture... croqués sous le trait de Trondheim. Le fait de rentrer dans l'intimité de l'auteur sans pour autant assister à une vision ultranombriliste (Autobiographies souvent sans réel recul que je déteste), d'appartenir au petit monde de Lewis, est particulièrement prenant. On apprend à comprendre sa vision de l'univers dans lequel il vit, et on relit ses oeuvres avec un interêt différent.
Le dessin est typiquement "Lapinesque" : "le moins baclé", comme il se plairait à dire. Personnellement adepte de son trait épuré, grossier et chargé d'émotions (qui mieux que Trondheim peut exprimer des sentiments à l'aide d'un rond et de quatre traits, comme dans Mister O ?), j'ai beaucoup apprécié cet album-ci, en noir et blanc.
Bon, le problème de ce genre d'album réside dans l'interet de lecture sucité chez le lecteur, avant tout basé sur son ressenti. Chez moi, cela fonctionne à merveille. Et chez vous ?
Quelle belle histoire !
J'avais découvert le talent narratif de David B. par l'intermédiaire de différentes oeuvres, dont son fer de lance, l'Ascension du Haut Mal. Je lorgnais donc depuis un certain temps sur cet album, tant la collection Air Libre regorge de merveilles que tout BDphile se doit de découvrir.
L'histoire est particulièrement originale, et suivre les péripéties de ces pirates parisiens, menés par la poigne du Capitaine Ecarlate, s'averre être vraiment palpitant. Les différents personnages sont fins et bien pensés, leurs dialogues touchent, et l'histoire ne s'ouffre d'aucun problème de rythme - vive la narration de David B., qui une fois de plus nous transporte.
Mais c'est le trait de Guibert qui m'a réellement séduit. Je ne connaissais pas son travail auparavant (bien que je le savais coauteur de "La fille du professeur"), mais ses encrages superbes, alliés à une mise en couleur génératrice d'ambiance, révélatrice d'ombres et de lumières, sont de toute beauté.
La narration de David B. alliée à la finesse graphique de Guibert : voici un album qui ne devrait pas tarder à entrer dans votre collection, si vous aimez les belles histoires originales, qui font voyager.
Et bien moi, je la trouve bien sympathique, cette petite BD, à l'inverse des posteurs précédents. Tout simplement parceque dans si peut de page, j'ai retrouvé un condensé de ce que j'aime chez Marc Antoine Mathieu :
- Son style graphique Noir et Blanc pur, léché, que je trouve irréprochable, et ce, depuis la couverture. L'ombre et la lumière y sont représentés avec un contraste évident, et l'ambiance qui se dégage de ce dessin, tendance "étrange obscure", me plait particulièrement.
- Une idée de base simple mais efficace. Bien entendu, on n'a pas la place dans un "pattes de mouche" de développer une trame scénaristique digne d'un album de 48 pages. Encore faut-il utiliser au mieux l'espace alloué à la créativité, ce que MAM fait parfaitement.
Au final, j'ai adoré, entre autre parceque pour moi, la relation entre l'oeuvre de cet auteur et "Les cités obscures" est évidente : même climat complètement obscurantiste, même délire léger...
Ca ne plaira pas à tout le monde, j'en suis persuadé. Mais il serait dommage de ne pas tenter la lecture de ce petit bijou...
Moi qui suis particulièrement intéressé par les romans et films de Samurais, je suis particulièrement content de trouver ce genre d'albums dans le monde de la bande dessinée.
Une histoire active, dynamique, laissant la part belle à l'action tout en instaurant un scénario complet et très lisible, voilà un premier opus d'une série qu'il va falloir suivre de près !
Premier tome d'un diptyque (Le cycle de l'eau), cet ouvrage nous fait découvrir les compagnons de Okko, qui ne manquent pas de caractère. Un géant Guerrier, un moine alcoolique, et un chasseur de démons : voici un groupe particulièrement original qui va se retrouver plongé malgré lui dans les miasmes du trafic de prostituées japonaises.
C'est bien écrit, mais c'est beau, surtout. Le dessin, malgré une colorisation informatique, ne manque pas de punch. C'est clair, très lisible, et dynamique.
Si vous souhaitez découvrir un ouvrage prenant lieu au Japon médiéval, beaucoup plus facile d'accès que Kaze No Sho de Tanigushi (mais aussi sacrément plus axé sur l'action !), Ce premier volume des chroniques d'Okko est fait pour vous !
Moi, j'aime !
Le style que les jeunes auteurs italiens exposent au monde de la bande dessinée me plait particulièrement, tout éditeur confondu. Et ce serait faire erreur que de se limiter aux maîtres Barbucci et Canepa (Sky Doll, chez Soleil, pour ceux du fond).
En effet, ces oeuvres sont souvent empreintes d'une ambiance légere, très agréable. Le scénario, quant à lui, se trouve ici être assez complexe. La mise en place d'un univers composé de 7 mondes donne en effet du fil à retordre au scénariste, qui pour le coup, semble se régaler.
Le dessin est léché, même si parfois le trait est un peu gras. La mise en couleur, elle, force le respect dans la plupart des planches de cet album (il m'est arrivé de bloquer plusieurs fois sur des cases superbes, à la lecture), permettant l'instauration d'une ambiance très particulière, dans un monde assez original, et en définitive assez proche de ce que l'on peut trouver d'autres chez les humanos, dans le trip Heroic Fantasy.
Et surtout, ne vous arretez pas au premier tome.. si celui-ci a la lourde tache d'introduire le récit, le tome 2 est bien meilleur :)
Lola, cette pute sous acide 24h/24, est principale coupable d'un double meurtre.
Son alibi ? Elle n'a rien à voir avec tout ça, c'est les extraterrestres qui ont fait le coup, et ces enfoirés s'apprètent à détruire notre monde ! Rien que ça...
Lola Cordova fait office d'OVNI dans le monde de la Bande dessinée : scénario trash complètement décalé, style graphique changeant de page en page mais frisant en permanence le délire pictural, dessin à la fois glamour, acide, ultra-inspiré et on ne peut plus personnel...
La narration elle-même semble sortie tout droit d'un album de Bendis - La toute première scène est flagrante ! Conversation détachée des perso', multiplication des bulles vides de sens mais rigoureusement indispensables à l'ambiance qui se dégage de l'album, tout est là pour instaurer un univers à la limite du (bad ?) trip dans lequel baignent les différents protagonistes de l'histoire. Tout s'embrouille, on se débrouille, et au final rien n'est plus clair que le récit de Qwak, réglé au mm près.
Entre les drogués au cul de Lola, les flics trop crédules pour être honnêtes, et l'héroïne nympho qui baise tout ce qui bouge, la galerie est pour le moins atypique. Pourtant, ne vous méprenez pas ! Lola Cordova n'est pas une BD X, mais bien un délire graphique trash sur fond d'aventure speedée sous acide.
Toutefois, ma note n'est pas motivée uniquement par cette ambiance hors du commun, mais par, avant tout, le scénar' de Qwak. Le traitement est très dynamique, l'histoire sans temps mort : on VEUT croire Lola, que ce soit vrai ou faux ! Mais pourtant, impossible de savoir si cette hystérique, dont la mère est sa dealer, raconte tout ce qu'elle peut pendant qu'elle tient encore debout, ou si la survie de l'humanité ne dépend que d'elle.
Le délire graphique, parlons-en : La mise en couleur tue tout. Au feuilletage de l'album, on risque d'être surpris, voir déçu : ca semble moche, vulgaire. Mais une fois dedans... c'est d'une intelligence ! Alliée au découpage hors du commun de l'album (ça fait souvent penser à du Ledroit, mais ca reste plus lisible que du Ledroit), elle permet de projeter au lecteur un univers improbablement réel et pourtant rigoureusement tangible. Ca brule la rétine :)
Bref, Lola Cordova sonne comme une mauvaise nuit. Un ramassis de souvenirs nauséeux baigné dans la drogue, le sexe et la science-fiction.
Et croyez-moi, jusqu'à la fin de l'album, on aimerait y croire, à l'histoire de Lola ! Alors, gros trip mystique ou fin du monde annoncé ? Je vous laisse découvrir cela par vous même ;)
Super impressionnant, tout simplement.
En effet, la mise en scène, très cinématographique, de ce premier album d'une série qui comptera en tout et pour tout trois opus, joue un grand rôle dans l'introspection du lecteur qui savoure ce Huis Clos. Huis Clos, si l'on peu dire, car l'action se déroule tout de même sur l'un des plus luxueux paquebots du monde, durant sa première sortie. Bâtiment énorme, hors-normes, parfait pour un thriller efficace, surprenant.
Je ne connaissais pas cet auteur, mais la description-même de son travail, à l'intérieur de la liseuse de l'album, force le respect : Professeur de Tsutomu Nihei (Blame), illustrateur des couvertures de MPD Psycho au Japon, cet homme-ci est loin d'être un mangaka débutant... et on le ressent clairement au fil des pages.
La narration est parfaite, la mise en scène incroyable, le dessin storyboardé avec classe. Là où cette histoire n'aurait pu être qu'un Survival de plus sans grand intérêt, on retrouve des scènes psychologiques fortes qui rappellent Monster - on s'attarde beaucoup sur le passé du psychopathe, on comprend sa douleur, sa vie...
En fait, cette série se place plus comme l'étude d'un psychopathe en chasse, que comme une simple vision de témoin de l'action. C'est ainsi que le récit prend de la profondeur, de la constance. Classe.
Le dessin est superbe, très fin, le "méchant" possédant un charisme particulièrement prenant.
Une très bonne surprise, pour une série manga courte (trois tomes en tout, une fois n'est pas coutume) que je vous conseille de suivre de très prêt...
Derrière cette présentation de 4ème de couv' peut engageante (me concernant), et une couverture qui ne paie pas de mine, on pourrait facilement passer à côté de cette petite perle de la bande dessinée. Ce serait une bien belle erreur...
En effet, il y a longtemps que je n'avais pas été aussi enthousiaste à la lecture d'un album humoristique. Ici, la finesse des propos, alliée au quotidien de Lydia, rend l'album vraiment très drôle par moment. C'est plein de bonnes idées, d'invention, d'astuces scénaristiques (la séquence du cauchemar de Lydia est bluffante, j'adore).
On suit la pauvre petite héroïne avec grand intérêt, la narration fluide rendant le tout particulièrement aisé.
Le dessin de Michel Falardeau est quant à lui très propret, un peu trop typé Baggy Style par moment, et convient très bien à l'histoire. Son héroïne est vraiment craquante, et rien que pour cela...
Un très bon album plein d'humour, mais que sans l'absurdité de certaines situations, j'aurais presque classé en roman graphique... et c'est peut être ce qui fait le charme de ce petit album. A suivre !
Il y a quelques années de cela, Jason déboulait en Europe avec un petit album, Attends, faisant l'effet d'une bombe auprès des libraires, particulièrement chez les spécialistes en littérature indépendante (L'association et consort).
Très vite, Jason est devenu "Auteur Culte" du public amateur de bande dessinée indé', tant son travail est représentatif de la mouvance "nouvelle BD" qui enflamme depuis quelques années les étagères de votre librairie préférée.
Chhht ! est l'exemple parfait du travail de Jason. Travail que je n'avais que peu apprécié lors de ma lecture de Dis-moi quelque chose, One Shot à mon sens très plat... Toutefois, bien de l'eau a coulé sous les ponts, mes goûts ont évolué, et je découvre par le biais de Chhht ! un auteur emprunt d'une sensibilité touchante, d'une poésie dans laquelle baignent les dix histoires muettes de ce tome pas comme les autres.
Les récits sans paroles sont souvent un sacré pari de la part d'un auteur : si la représentation picturale de l'ensemble est foireuse, toute la narration disparaît au profit d'une lassitude chez le lecteur. Ici, tout le contraire : on se plait à aimer le personnage de Jason, à suivre ses aventures ma foi bien ordinaires, finalement, mais surtout incroyablement justes.
Les visages impassibles des personnages de Jason, qui peuvent rebuter bien des lecteurs, sont aussi générateurs d'une ambiance particulière, feutrée, propice au développement de l'imagination de chacun. Chez moi, ça fonctionne à merveille : j'adore ce style très propret, je bois les paroles invisibles que nous chante le dessin de l'auteur...
Un album de qualité, qui me donnerait bien envie de relire Dis-moi quelque chose, tant je suis persuadé, finalement de mettre trompé il y a quelques temps.. ou du moins de ne pas avoir eu la maturité nécessaire, à l'époque, à l'appréciation du style si personnel de Jason.
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John Lord
On m'avait averti : scénario un peu "complexe", d'où une lecture difficile possible... Mais pour ma part, la magie a opéré, et tout coule de source. Tant mieux ! Bien sûr, il reste des zones d'ombres - mais c'est bien là tout l'intérêt d'un polar de qualité, à mes yeux. Alors, qu'avons-nous là : une histoire sombre, mais aux allures classiques, où s'entrecroisent relations viriles, ambiances années 40-50, et allusions fantastiques. Mais aussi une autre histoire, issue d'une mutinerie, qui verra évoluer de véritables Robinsons Crusoés. Entre ces deux histoires, apparemment aucune liaison... pour le moment ! Les personnages sont bien campés, leur psychologie développée, leur background travaillé. On sent une réelle recherche de la part du scénariste pour rendre son récit réaliste et occulte. Le trait de Patrick Laumont n'est à mes yeux qu'un réceptacle à la couleur de Sébastien Gérard. Cette dernière est tout simplement sublime : informatique, elle n'oublie pourtant pas d'être chaleureuse et génératrice d'ambiances fortes, très présentes. Les scènes concernant l'île perdue sont tout simplement superbes ! C'est donc avant tout le travail du coloriste qui est éblouissant. J'en redemande ! Un premier album qui mérite vraiment le détour, et nous fait espérer une suite du même accabit. Connaissant la production de Filippi, je n'en doute pas une minute.
Approximativement
C'est à la fois sincère, d'une auto-dérision extrème, et particulièrement drôle : cet album autobiographique de Trondheim est un must pour tout adorateur de l'auteur. Sa vision du monde, ses craintes, tous ces petits rien : là où un auteur comme Boilet à mes yeux ne ressort que le côté le plus chiant de la vie, Trondheim nous en propose cette parcelle si savoureuse, et ce malgré ce pessimisme omniprésent qui si souvent nous fait sourire. Les lecteurs d'indé' seront ravis de reconnaitre les têtes pensantes de l'Association : Manu, Sfar, Konture... croqués sous le trait de Trondheim. Le fait de rentrer dans l'intimité de l'auteur sans pour autant assister à une vision ultranombriliste (Autobiographies souvent sans réel recul que je déteste), d'appartenir au petit monde de Lewis, est particulièrement prenant. On apprend à comprendre sa vision de l'univers dans lequel il vit, et on relit ses oeuvres avec un interêt différent. Le dessin est typiquement "Lapinesque" : "le moins baclé", comme il se plairait à dire. Personnellement adepte de son trait épuré, grossier et chargé d'émotions (qui mieux que Trondheim peut exprimer des sentiments à l'aide d'un rond et de quatre traits, comme dans Mister O ?), j'ai beaucoup apprécié cet album-ci, en noir et blanc. Bon, le problème de ce genre d'album réside dans l'interet de lecture sucité chez le lecteur, avant tout basé sur son ressenti. Chez moi, cela fonctionne à merveille. Et chez vous ?
Le Capitaine Ecarlate
Quelle belle histoire ! J'avais découvert le talent narratif de David B. par l'intermédiaire de différentes oeuvres, dont son fer de lance, l'Ascension du Haut Mal. Je lorgnais donc depuis un certain temps sur cet album, tant la collection Air Libre regorge de merveilles que tout BDphile se doit de découvrir. L'histoire est particulièrement originale, et suivre les péripéties de ces pirates parisiens, menés par la poigne du Capitaine Ecarlate, s'averre être vraiment palpitant. Les différents personnages sont fins et bien pensés, leurs dialogues touchent, et l'histoire ne s'ouffre d'aucun problème de rythme - vive la narration de David B., qui une fois de plus nous transporte. Mais c'est le trait de Guibert qui m'a réellement séduit. Je ne connaissais pas son travail auparavant (bien que je le savais coauteur de "La fille du professeur"), mais ses encrages superbes, alliés à une mise en couleur génératrice d'ambiance, révélatrice d'ombres et de lumières, sont de toute beauté. La narration de David B. alliée à la finesse graphique de Guibert : voici un album qui ne devrait pas tarder à entrer dans votre collection, si vous aimez les belles histoires originales, qui font voyager.
La mutation
Et bien moi, je la trouve bien sympathique, cette petite BD, à l'inverse des posteurs précédents. Tout simplement parceque dans si peut de page, j'ai retrouvé un condensé de ce que j'aime chez Marc Antoine Mathieu : - Son style graphique Noir et Blanc pur, léché, que je trouve irréprochable, et ce, depuis la couverture. L'ombre et la lumière y sont représentés avec un contraste évident, et l'ambiance qui se dégage de ce dessin, tendance "étrange obscure", me plait particulièrement. - Une idée de base simple mais efficace. Bien entendu, on n'a pas la place dans un "pattes de mouche" de développer une trame scénaristique digne d'un album de 48 pages. Encore faut-il utiliser au mieux l'espace alloué à la créativité, ce que MAM fait parfaitement. Au final, j'ai adoré, entre autre parceque pour moi, la relation entre l'oeuvre de cet auteur et "Les cités obscures" est évidente : même climat complètement obscurantiste, même délire léger... Ca ne plaira pas à tout le monde, j'en suis persuadé. Mais il serait dommage de ne pas tenter la lecture de ce petit bijou...
Okko
Moi qui suis particulièrement intéressé par les romans et films de Samurais, je suis particulièrement content de trouver ce genre d'albums dans le monde de la bande dessinée. Une histoire active, dynamique, laissant la part belle à l'action tout en instaurant un scénario complet et très lisible, voilà un premier opus d'une série qu'il va falloir suivre de près ! Premier tome d'un diptyque (Le cycle de l'eau), cet ouvrage nous fait découvrir les compagnons de Okko, qui ne manquent pas de caractère. Un géant Guerrier, un moine alcoolique, et un chasseur de démons : voici un groupe particulièrement original qui va se retrouver plongé malgré lui dans les miasmes du trafic de prostituées japonaises. C'est bien écrit, mais c'est beau, surtout. Le dessin, malgré une colorisation informatique, ne manque pas de punch. C'est clair, très lisible, et dynamique. Si vous souhaitez découvrir un ouvrage prenant lieu au Japon médiéval, beaucoup plus facile d'accès que Kaze No Sho de Tanigushi (mais aussi sacrément plus axé sur l'action !), Ce premier volume des chroniques d'Okko est fait pour vous !
L'Anneau des 7 Mondes
Moi, j'aime ! Le style que les jeunes auteurs italiens exposent au monde de la bande dessinée me plait particulièrement, tout éditeur confondu. Et ce serait faire erreur que de se limiter aux maîtres Barbucci et Canepa (Sky Doll, chez Soleil, pour ceux du fond). En effet, ces oeuvres sont souvent empreintes d'une ambiance légere, très agréable. Le scénario, quant à lui, se trouve ici être assez complexe. La mise en place d'un univers composé de 7 mondes donne en effet du fil à retordre au scénariste, qui pour le coup, semble se régaler. Le dessin est léché, même si parfois le trait est un peu gras. La mise en couleur, elle, force le respect dans la plupart des planches de cet album (il m'est arrivé de bloquer plusieurs fois sur des cases superbes, à la lecture), permettant l'instauration d'une ambiance très particulière, dans un monde assez original, et en définitive assez proche de ce que l'on peut trouver d'autres chez les humanos, dans le trip Heroic Fantasy. Et surtout, ne vous arretez pas au premier tome.. si celui-ci a la lourde tache d'introduire le récit, le tome 2 est bien meilleur :)
Apocalypse selon Lola (Lola Cordova)
Lola, cette pute sous acide 24h/24, est principale coupable d'un double meurtre. Son alibi ? Elle n'a rien à voir avec tout ça, c'est les extraterrestres qui ont fait le coup, et ces enfoirés s'apprètent à détruire notre monde ! Rien que ça... Lola Cordova fait office d'OVNI dans le monde de la Bande dessinée : scénario trash complètement décalé, style graphique changeant de page en page mais frisant en permanence le délire pictural, dessin à la fois glamour, acide, ultra-inspiré et on ne peut plus personnel... La narration elle-même semble sortie tout droit d'un album de Bendis - La toute première scène est flagrante ! Conversation détachée des perso', multiplication des bulles vides de sens mais rigoureusement indispensables à l'ambiance qui se dégage de l'album, tout est là pour instaurer un univers à la limite du (bad ?) trip dans lequel baignent les différents protagonistes de l'histoire. Tout s'embrouille, on se débrouille, et au final rien n'est plus clair que le récit de Qwak, réglé au mm près. Entre les drogués au cul de Lola, les flics trop crédules pour être honnêtes, et l'héroïne nympho qui baise tout ce qui bouge, la galerie est pour le moins atypique. Pourtant, ne vous méprenez pas ! Lola Cordova n'est pas une BD X, mais bien un délire graphique trash sur fond d'aventure speedée sous acide. Toutefois, ma note n'est pas motivée uniquement par cette ambiance hors du commun, mais par, avant tout, le scénar' de Qwak. Le traitement est très dynamique, l'histoire sans temps mort : on VEUT croire Lola, que ce soit vrai ou faux ! Mais pourtant, impossible de savoir si cette hystérique, dont la mère est sa dealer, raconte tout ce qu'elle peut pendant qu'elle tient encore debout, ou si la survie de l'humanité ne dépend que d'elle. Le délire graphique, parlons-en : La mise en couleur tue tout. Au feuilletage de l'album, on risque d'être surpris, voir déçu : ca semble moche, vulgaire. Mais une fois dedans... c'est d'une intelligence ! Alliée au découpage hors du commun de l'album (ça fait souvent penser à du Ledroit, mais ca reste plus lisible que du Ledroit), elle permet de projeter au lecteur un univers improbablement réel et pourtant rigoureusement tangible. Ca brule la rétine :) Bref, Lola Cordova sonne comme une mauvaise nuit. Un ramassis de souvenirs nauséeux baigné dans la drogue, le sexe et la science-fiction. Et croyez-moi, jusqu'à la fin de l'album, on aimerait y croire, à l'histoire de Lola ! Alors, gros trip mystique ou fin du monde annoncé ? Je vous laisse découvrir cela par vous même ;)
Blue Heaven
Super impressionnant, tout simplement. En effet, la mise en scène, très cinématographique, de ce premier album d'une série qui comptera en tout et pour tout trois opus, joue un grand rôle dans l'introspection du lecteur qui savoure ce Huis Clos. Huis Clos, si l'on peu dire, car l'action se déroule tout de même sur l'un des plus luxueux paquebots du monde, durant sa première sortie. Bâtiment énorme, hors-normes, parfait pour un thriller efficace, surprenant. Je ne connaissais pas cet auteur, mais la description-même de son travail, à l'intérieur de la liseuse de l'album, force le respect : Professeur de Tsutomu Nihei (Blame), illustrateur des couvertures de MPD Psycho au Japon, cet homme-ci est loin d'être un mangaka débutant... et on le ressent clairement au fil des pages. La narration est parfaite, la mise en scène incroyable, le dessin storyboardé avec classe. Là où cette histoire n'aurait pu être qu'un Survival de plus sans grand intérêt, on retrouve des scènes psychologiques fortes qui rappellent Monster - on s'attarde beaucoup sur le passé du psychopathe, on comprend sa douleur, sa vie... En fait, cette série se place plus comme l'étude d'un psychopathe en chasse, que comme une simple vision de témoin de l'action. C'est ainsi que le récit prend de la profondeur, de la constance. Classe. Le dessin est superbe, très fin, le "méchant" possédant un charisme particulièrement prenant. Une très bonne surprise, pour une série manga courte (trois tomes en tout, une fois n'est pas coutume) que je vous conseille de suivre de très prêt...
Mertownville
Derrière cette présentation de 4ème de couv' peut engageante (me concernant), et une couverture qui ne paie pas de mine, on pourrait facilement passer à côté de cette petite perle de la bande dessinée. Ce serait une bien belle erreur... En effet, il y a longtemps que je n'avais pas été aussi enthousiaste à la lecture d'un album humoristique. Ici, la finesse des propos, alliée au quotidien de Lydia, rend l'album vraiment très drôle par moment. C'est plein de bonnes idées, d'invention, d'astuces scénaristiques (la séquence du cauchemar de Lydia est bluffante, j'adore). On suit la pauvre petite héroïne avec grand intérêt, la narration fluide rendant le tout particulièrement aisé. Le dessin de Michel Falardeau est quant à lui très propret, un peu trop typé Baggy Style par moment, et convient très bien à l'histoire. Son héroïne est vraiment craquante, et rien que pour cela... Un très bon album plein d'humour, mais que sans l'absurdité de certaines situations, j'aurais presque classé en roman graphique... et c'est peut être ce qui fait le charme de ce petit album. A suivre !
Chhht !
Il y a quelques années de cela, Jason déboulait en Europe avec un petit album, Attends, faisant l'effet d'une bombe auprès des libraires, particulièrement chez les spécialistes en littérature indépendante (L'association et consort). Très vite, Jason est devenu "Auteur Culte" du public amateur de bande dessinée indé', tant son travail est représentatif de la mouvance "nouvelle BD" qui enflamme depuis quelques années les étagères de votre librairie préférée. Chhht ! est l'exemple parfait du travail de Jason. Travail que je n'avais que peu apprécié lors de ma lecture de Dis-moi quelque chose, One Shot à mon sens très plat... Toutefois, bien de l'eau a coulé sous les ponts, mes goûts ont évolué, et je découvre par le biais de Chhht ! un auteur emprunt d'une sensibilité touchante, d'une poésie dans laquelle baignent les dix histoires muettes de ce tome pas comme les autres. Les récits sans paroles sont souvent un sacré pari de la part d'un auteur : si la représentation picturale de l'ensemble est foireuse, toute la narration disparaît au profit d'une lassitude chez le lecteur. Ici, tout le contraire : on se plait à aimer le personnage de Jason, à suivre ses aventures ma foi bien ordinaires, finalement, mais surtout incroyablement justes. Les visages impassibles des personnages de Jason, qui peuvent rebuter bien des lecteurs, sont aussi générateurs d'une ambiance particulière, feutrée, propice au développement de l'imagination de chacun. Chez moi, ça fonctionne à merveille : j'adore ce style très propret, je bois les paroles invisibles que nous chante le dessin de l'auteur... Un album de qualité, qui me donnerait bien envie de relire Dis-moi quelque chose, tant je suis persuadé, finalement de mettre trompé il y a quelques temps.. ou du moins de ne pas avoir eu la maturité nécessaire, à l'époque, à l'appréciation du style si personnel de Jason.