Les derniers avis (31900 avis)

Couverture de la série Un été d'enfer !
Un été d'enfer !

J'avais bien apprécié le premier album de Vera Brosgol, La Vie hantée d'Anya sur un mode fantastique. Ici l'autrice d'origine russe change de registre pour un roman qui utilise des éléments biographiques de son expérience en camp scout à l'âge de dix ans. C'est un roman pour jeunes ados ou fin primaire qui se lit très facilement. Il touchera plus particulièrement les enfants avec une double culture qui cherche à " s'intégrer" sans vouloir perdre leur culture d'origine. La jeune Vera est de plus confrontée à un entre-deux avec son âge de 10 ans trop grande pour les petites et trop petite pour les ados. La thématique n'est pas nouvelle mais Brogsol la traite avec beaucoup de justesse et de finesse. C'est souvent très drôle et touchant. De plus cette atmosphère de camp scout permet de concentrer une somme de petites anecdotes qui rend le récit très dynamique et vivant. On peut aussi retrouver une vision dédramatisée de l'abandon de sa zone de confort et un apprentissage de la difficile vie en société loin de la protection de maman. Le trait de l'autrice est simple mais très expressif et rend bien la dynamique du récit. Il y a une certaine économie de moyen qui n'amoindrit pas la qualité de la lecture graphique. L'autrice a fait le choix d'une bichromie vert/blanc qui fait ressortir à la fois les expressions des personnages et l'ambiance du camp dans la forêt. Une lecture détente bien sympa pour ado et plus que vous soyez fans de camps scout ou pas.

27/10/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Supergirl - Woman of Tomorrow
Supergirl - Woman of Tomorrow

Woman of Tomorrow nous plonge dans une épopée épique, à mi-chemin entre heroic fantasy et science fiction, emmenant le personnage de Supergirl dans des contrées où l'on n'a pas l'habitude de voir des super-héros. L'héroïne est une jeune fille originaire d'une planète médiévale fantasy dont le père vient d'être assassiné par un mercenaire au service du roi. Malgré son jeune âge, elle quitte sa famille pour entamer une quête de vengeance. Elle va suivre la trace du tueur et chercher une personne qu'elle pourra engager pour mettre fin à ses exactions. Dans une taverne, elle croisera la route de Kara Zor-El, alias Supergirl, venue sur cette planète au soleil rouge qui atténue ses pouvoirs afin de se saoûler en solitaire pour fêter ses 21 ans. Alors que Supergirl refuse la proposition d'embauche de la jeune fille et s'apprête à quitter la planète, le mercenaire les attaque et empoisonne le chien Krypto avant de s'envoler avec la fusée de la super-héroïne. Les deux jeunes femmes s'allient alors pour retrouver la trace de cet homme malfaisant qui commet atrocités sur atrocités sur son passage. Tout le ton du récit est dans une veine fantasy notamment du fait de la narration très ampoulée, voire lyrique, de la jeune fille qui accompagne Supergirl. On y voyage bien de planètes en planètes, avec des civilisations extraterrestres dans chacune d'entre elles, mais ce pourrait aussi bien être différentes contrées d'un monde de fantasy. Et la seule super-héroïne qu'on y trouve est Supergirl, jouant le rôle de justicière sans peur et sans reproche, faisant preuve avec parcimonie de sa super-puissance. Ce n'est pas un comics de super-héros habituel. Et d'ailleurs le rythme du récit y est bien plus lent, coulant à vitesse réduite en grande partie du fait de la narration très verbeuse de la jeune fille. Son texte tient presque du roman tant il décrit les évènements en détails, y apportant à chaque fois son opinion et son interprétation des choses. Pour les amateurs de récits d'action et de rythme enlevé, cela peut apparaitre comme un défaut et parfois donner envie de se dispenser de lire cette narration pour se focaliser sur les seuls dessins et dialogues des personnages. Et moi-même qui ait beaucoup aimé ce phrasé théatral de la narratrice, qui oscille entre épique et légèrement caricatural, je dois avouer qu'il m'a un peu lassé par moment. Ce récit m'a permis de découvrir un personnage de Supergirl très loin de l'idée que je m'en faisais, celle d'une simple version féminine d'un Superman irréprochable et incapable de tuer. Kara Zor-El, elle, fait ici la preuve d'un état d'esprit nettement moins serein, marqué par le traumatisme de la destruction de sa planète natale et de son peuple qu'elle n'a quittés que déjà relativement âgée. Du coup, outre le fait de la rencontrer dès le départ bourrée dans une taverne, on la voit ensuite régulièrement jurer, se laisser aller à la colère voire même ne pas hésiter à tuer les mauvais... tout en cherchant en même temps en permanence à faire le bien et à faire respecter une justice si possible impartiale. Traitement intéressant pour ce personnage que je connaissais mal. Et j'en viens maintenant à l'atout le plus puissant de ce comics : son formidable graphisme. Bilquis Evely a un style qui rappelle celui de Barry Windsor-Smith, avec une touche de Philip Craig Russell, un style très abouti, très esthétique, qui tient parfois de l'illustration mais fonctionne très bien en bande dessinée également. Les planches sont de toute beauté, véritables oeuvres d'art chacune tout en favorisant une lecture fluide et prenante. Le travail de Matheus Lopez sur les couleurs les sublime en accentuant l'ambiance de fantasy, de merveilleux et surtout de glorieusement épique qui s'en dégage. De fait, même si l'intrigue de ce comics traine parfois un peu en longueur et ne m'a pas entièrement convaincu malgré de nombreux aspects intéressants, notamment dans ce mélange de récit de super-héros et d'heroic-fantasy ou encore dans la représentation fouillée du personnage de Supergirl, son graphisme est tellement exceptionnel que je ne peux pas mettre une note plus basse.

27/10/2024 (modifier)
Par Gilles
Note: 4/5
Couverture de la série Yuna
Yuna

Moi, je suis un routard de la fantasy (lu le Seigneur des Anneaux en... 1980! Et des centaines d'autres romans du genre depuis, plus jouer de Jeux de Rôles depuis 1982 - et encore à ce jour dans ma cinquantaine bien avancée). Tout d'abord il ne faut pas bouder son plaisir, c'est sympa à lire, on se laisse porter par l'histoire, et on passe un bon moment. Et surtout, pas besoin d'attendre 20 ans et 15 tomes pour connaître l'histoire au complet. La fin est sympa et change un peu des poncifs.

27/10/2024 (modifier)
Par Pierre23
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Capa - L'Etoile filante
Capa - L'Etoile filante

Ce one-shot a été l'occasion de me (re)plonger dans la courte mais prolifique carrière de Robert Capa, considéré comme l'uns des tous meilleurs photographes de tous les temps et un pionnier du photojournalisme. La bande dessinée revient sur les 20 dernières de sa vie, c'est à dire à partir du moment où sa compagne de l'époque Gerda Taro (autre photographe de guerre de génie) a l'idée d'un pseudonyme plus vendeur. Il s'agira de Robert Capa, plutot que Endre Friedmann, cela donne une sonorité plus américain et permettra au couple de vendre plus cher leurs clichés. Je dois reconnaitre que j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire et je pense que ça tient surtout à la narration, assez lente. Il n'y a quasiment pas de dialogues, ce sont essentiellement les pensées de Robert Capa, retranscrites à la première personne, en voix off, en support de l'image. Sans doute l'idée de l'auteur était-elle de donner à l'oeuvre un coté journal intime ou carnet de bord. Mais j'ai trouvé que ça n'aidait pas forcément à une lecture tres fluide. Et puis au fur et à mesure que l'on tourne les pages, l'ensemble gagne en cohérence, en consistence. Cette approche intimiste nous fait mieux comprendre les sentiments de Capa, son attente surtout, quasi maladive entre les conflits, son besoin d'action, d'être au plus près des combats, d'entendre les balles qui fusent autour de lui. Le point d'orgue étant le 6 juin 1944 avec ce débarquement sur les plages de Normandie, retranscrit avec beaucoup de force et d'émotion. J'ai trouvé le dessin tres fin et très élégant, et les couleurs majoritairement sépias, aident parfaitement à inscrire le récit dans ce contexte de photojournalisme de guerre, qui était essentiellement en noir et blanc. La seule touche de couleur arrive avec la derniere planche, évidemment pour souligner la dramaturgie du moment et on pense bien évidemment à la liste de Schindler de Spielberg. Plus que les différents conflits connus que Capa a couverts (la guerre civile en Espagne, la deuxième guerre mondiale, la guerre d'Indochine), ça a surtout été pour moi l'occasion de prendre la mesure du destin incroyable de Capa. Il aura en moins d'une vingtaine d'années rencontré et cotoyé (entre autres) Hemingway, Picasso, Matisse, Ingrid Bergman, Hitchcock, Roosevelt, Steinbeck. Il aura vécu en Europe, aux Etats Unis, en Asie, ... Ce que montre bien finalement cette BD c'est son coté insatiable et entier: joueur de poker invétéré (et visiblement pas très bon), buveur, et surtout avec cette envie constante de se retrouver sans cesse sur la ligne de front quelle qu'elle soit, à risquer sa vie à chaque instant. On finit meme par se demander si immortaliser l'instant et informer l'interessent finalement moins que l'adrénaline et la prise de risque. L'auteur réussit vraiment bien nous faire vivre cela. Cela fait d'ailleurs écho à un film sorti cette année sur le même thème: Civil War. Dans un futur proche on y voit des journalistes tout risquer également pour une photo et on se demande surtout si leur véritable motivation n'est pas cet éternel shoot adrénaline. Belle BD donc à découvrir sur ce type incroyable qu'a été Robert Capa.

26/10/2024 (modifier)
Couverture de la série La Petite Lumière
La Petite Lumière

Je vais être généreux dans ma notation car je n'ai pas tout aimé dans la série de Grégory Panaccione. Toutefois j'a trouvé le graphisme tellement séduisant qu'il se suffit presque à lui même pour porter la poésie du récit. Cela commence comme une super rando forestière d'un retour à la nature du vieux loup solitaire. A travers un épisode quasi comique de chèvres extraterrestres l'auteur nous prépare à un récit qui mêle surnaturel et mysticisme sur une thématique qui touche au plus profond de nos angoisses. Nous quittons la féerie colorée des bois pour les noirs insondables. C'est très bien maîtrisé par l'auteur même si cette thématique me perturbe profondément. Il faut peut être accepter de laisser une partie de la raison à la porte du hameau pour suivre le récit. Cela m'a demandé de la difficulté. Une lecture troublante et assez exigeante moins par son texte que par son ambiance. 3.5

26/10/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série L'Orfèvre (Lozes)
L'Orfèvre (Lozes)

Voila une lecture qui ne laisse pas indifférent ! C'est difficile de donner une note, mais je pense que cette BD à quelque chose en elle qui ne laissera jamais indifférent. L'objet est déjà de toute beauté, avec son dos toilé et ses couvertures travaillées, son papier épais. C'est le genre de BD que j'aime avoir en main. S'ajoute dessus ce dessin, dont la qualité est corrélée au travail demandé. Sans rire, combien de temps a-t-il passé sur chaque case ? C'est fouillé, détaillé, mais jamais je ne me suis senti perdu. C'est fluide et la narration est très vite maitrisé. Passé les deux premières planches où j'ai cherché l'ordre de lecture, je ne me suis jamais senti perdu visuellement, alors que la qualité de l'ensemble ne faiblit pas visuellement. Maintenant, le cœur du sujet c'est bien cette audace de narration : deux façon de lire l'ouvrage, deux possibilités de comprendre cette histoire. Et si j'ai vu la première possibilité, j'ai déjà envie de voir ce que ça donne lorsqu'on est dans l'autre sens. Et cette histoire est ... riche. Disons que je ne suis pas sur d'avoir tout vu, tout compris. Il y a cette révolution en arrière-plan qui est, clairement, une intégration de toutes les révoltes de Paris en remontant dans le temps jusqu'à la Révolution. Il y a des métaphores et des subtilités, un Paris d'en-bas et les gens d'en-haut. Il y a des métaphores, c'est indéniable, mais aussi des détails qui n'en sont sans doute pas. Par exemple une seule femme semble présente dans le récit. Vu ce qu'il se passe dans l'histoire, a-t-on un commentaire sur la violence faite aux femmes ? Clairement, la BD est riche et dense. Deux lectures semblent nécessaires à minima, mais je pense qu'une troisième ou une quatrième ne fait pas de mal non plus, tandis que des connaissances préalables sur certains aspects de Paris ou de son Histoire peuvent servir. Mais quelle lecture ! Le genre qui prend au tripes et m'a laissé en sortir après une lecture que je n'ai pas pu arrêter. Pour l'instant, c'est un excellent 4* mais je suis sujet à augmenter ma note avec une seconde lecture. Et inutile de dire que je recommande la lecture !

26/10/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série L'Oiseau Rare
L'Oiseau Rare

L'Oiseau Rare se passe à Paris en 1898 dans ce qu'on appelait à l'époque la Zone. La Zone, c'était une surface non constructible créée en 1840 tout autour du mur d'enceinte de Paris, un no-man's land qui avait été rapidement colonisé par les baraques et autres roulottes des plus démunis, les pauvres rejetés du cœur de la ville et autres ex-paysans miséreux issus de l'exode rural. Parmi ces zoniers vit une petite communauté de 5 personnes, formée autour d'une gamine qu'ils considèrent comme leur petite-fille, leur nièce ou leur petite sœur. Le rêve de cette dernière : reconstruire le cabaret théâtre de ses parents qui a brûlé et où ils sont morts. Pour cela, outre ses talents de chanteuse et de comédienne qu'elle exerce régulièrement, elle et le groupe économisent une petite part sur chacune de leurs combines et autres larcins. Car ils se sont spécialisés dans le vol, le pickpocket et autres petites escroqueries sans grande envergure. Et quand il lui est donné la possibilité d'aller voir la vraie Sarah Bernhardt se produire à l'opéra, elle pense pouvoir toucher son rêve du doigt. J'ai aimé le contexte de cette série. Il s'écarte de la vision classique du Paris de la fin 19e siècle, de ses beaux costumes et de ses grands boulevards. Ici la Zone est présentée comme une grande communauté, certes misérable et peuplée de nombreux criminels et autres prostituées, mais également assez soudée. Ce lieu a ici une vraie âme et il est d'autant plus intéressant qu'un petit dossier documentaire nous en apprend un peu plus en fin d'album, avec des photos d'époque à l'appui. On s'attache assez vite à cette petite famille qui entoure l'héroïne Eugénie. Ils ont chacun leurs personnalités et le scénario évite heureusement les revers tragiques stéréotypés qu'on trouve dans trop de récits initiatiques ayant pour personnage une petite fille qui a un rêve inaccessible dans un monde trop cruel. Certes les choses ne se passent pas comme elle l'aimerait, mais les auteurs ne jouent pas la carte du mélodrame et du fatalisme. En effet dans le second tome, on voit doucement les choses tourner en la faveur des héros jusqu'à un joli final satisfaisant. Le graphisme de Cédric Simon est très appréciable, soutenu par d'agréables couleurs intenses. J'ai eu un peu de mal sur les premières pages à me faire aux rictus dentus assez répétitif de plusieurs personnages mais j'ai fini par oublier et par me laisser porter par les images et le récit. C'est là un diptyque de belle qualité donnant vie au Paris et à ses faubourgs de la fin XIXe siècle, ainsi qu'au monde du spectacle et de la rue. Tout est bien mené, un tout petit peu convenu sur la fin mais il s'agit tout de même d'une conclusion solide à une courte série plutôt originale et bien agréable.

18/08/2020 (MAJ le 26/10/2024) (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Il était une fois l'Amérique - Une histoire de la littérature américaine
Il était une fois l'Amérique - Une histoire de la littérature américaine

Voilà exactement une BD dont j'avais besoin. J'ai lu quelques-uns des auteurs majeurs de son histoire, comme beaucoup de gens je pense, tels que Herman Melville, Henry James (qui était américain au départ avant de mal tourner et de devenir anglais), ou même Nathaniel Hawthorne. Mais je n'avais pas vraiment une vue d'ensemble des débuts de cette littérature, que l'autrice Catherine Mory place au début du XIXème siècle. Je pense qu'il y a eu quelques auteurs auparavant, mais qu'ils n'ont pas eu le rayonnement de la quinzaine de noms qui sont traités ici. L'enjeu est ici de nous montrer comment, à partir de James Fenimore Cooper (auteur du Dernier des Mohicans entre autres), ces femmes et ces hommes ont construit une véritable légende, une mythologie pour leur pays si disparate, si difficile à saisir. On notera au passage qu'une seule femme est présente dans ce casting, qu'à ma grande honte je ne connaissais pas, à part en ayant croisé son nom sans aller bien plus loin. On nous présente donc la vie et l'œuvre de chacune de ces augustes personnes, en nous indiquant dans quel milieu il ou elle a grandi, comment il ou elle s'est construit(e) mais aussi les œuvres remarquables de chacun(e). Et c'est fait de façon assez accessible, didactique sans être lourdingue. Il y a des pincées d'humour, mais sans en rajouter. Catherine Mory, enseignante en littérature, est clairement dans son élément, aidée par ses éditeurs dont le nom figure en couverture. J'avoue que j'ai bien aimé ma lecture, j'ai appris énormément de choses en parcourant ce premier tome qui fait un tour d'horizon de l'autrice et de l'auteur nés au XIXème siècle, certains ayant terminé leur carrière et leur vie au début du XXème. Après chaque épisode bio-bibliographique, un arbre nous propose en un clin d'œil de voir qui sont les héritier(e)s de chaque grand nom au XXème siècle, de quoi prolonger les recherches ou piocher des idées de lecture en attendant le deuxième tome qui traitera du XXème. Dans ce deuxième tome, on continue sur les mêmes bases, à savoir un panorama des auteurs majeurs de la littérature américaine. Je dis bien "auteurs", car malheureusement peu de femmes sont présentes : une seule sur les dix noms présentés, même si à l'issue de chaque chapitre, un arbre permet de voir quel(le)s autres auteurs/trices chacun(e) a pu influencer. C'est donc Flannery O'Connor, qui a écrit des romans noirs, empreints de son Sud profond, qui a l'honneur de représenter la gent féminine. C'est d'ailleurs celle dont la vie me semble la mieux décrite, de manière un peu moins scolaire que celle de gars comme Hemingway, Capote ou Tennessee Williams... Comme le souligne Gaston dans son avis, il est un peu dommage que l'on ait droit à des résumés entiers des œuvres, alors que la vocation d'une telle collection est plutôt de donner envie de découvrir les écrits de tel ou tel auteur... Mais cela reste pertinent, passionnant et indispensable. Le dessin est assuré par Jean-Baptiste Hostache, qui a fait son petit bout de chemin depuis Clockwerx, et propose un style mêlant une certaine rigueur dans les costumes avec un relâchement à la Blutch dans les postures et les expressions des personnages parfois. Bref, c'est passionnant, c'est indispensable, c'est très plaisant, je recommande évidemment.

06/02/2024 (MAJ le 25/10/2024) (modifier)
Couverture de la série Witchazel
Witchazel

Les couvertures de cette série m’avaient tapé dans l’œil il y a un petit moment et l’avis de bamiléké m’avait convaincu de l’essayer. Et c’était très bien ! Une vraie bonne série d’aventure comique. Les jeux de mots s’enchaînent à une vitesse folle tout au long de la lecture. C’est bien simple, le nom de chacun des personnages (des principaux aux tertiaires) en est un. Il y a, par exemple, la pie Lélectrique, le Chat Pristi, le serpent à sornettes et les anti-ker (dangereux commercialement). Certaines personnes pourraient trouver l’abondance de calembours lourde, moi je l’ai trouvée parfaitement dosée à mon goût. J’aime cette explosion de loufoque qui enrobe ces histoires au fond, mine de rien, assez sérieuses. Car oui, sous ces airs de comédie d’aventure au look bien retro se cachent aussi quelques sujets sérieux. On peut citer le totalitarisme et les sectes qui sont les plus évidents, mais on retrouve aussi du racisme (surtout envers les chats) et un paquet de petits commentaires sociaux glissés de ci de là dans les dialogues. La série est à la fois épisodique (chaque album raconte une aventure précise) mais également filée, car les histoires s’enchaînent les unes aux autres et certains éléments qui seront importants plus tard sont introduits très tôt (notamment Dongo, mentionné dès le premier album et que l’on verra évoluer en toile de fond).

25/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Les Chevaux
Les Chevaux

L'amour brisé et la chute - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. La première publication date de 2023. Cette bande dessinée a été réalisée entièrement par Vincent Vanoli, pour le scénario et les dessins. Elle comprend quatre-vingt-six pages. Il a été publié dans la collection Côtelette de l’Association. Dans une vaste prairie légèrement vallonée, un cheval avance en toute liberté. Après avoir effectué un petit saut, il redresse la tête et se met à galoper. Il dévale ainsi une douce pente herbue. Il parvient à une petite mare. Il baisse la tête jusqu’au niveau de l’eau et il se met à boire. Le lieu est tranquille et totalement désert, sans autre animal visible. Le ciel se couvre et la luminosité baisse un peu, le cheval continuant à se désaltérer. Il finit par relever la tête et regarder autour de lui. Un détail retient son attention. Il remarque un peu plus loin dans la mare, un petit cheval à bascule en bois, pour enfant, incongru dans cette immensité naturelle. Il relève encore la tête, le museau pointé vers le ciel pour hennir. Il fait quelques pas dans la mare toujours en regardant le ciel, peut-être un vol d’oiseaux. Puis il reprend sa marche au pas, ou au trot, plus calmement en remontant une pente douce. Parvenu au sommet, il jette un coup d’œil alentour comme pour examiner le paysage. Il évoque une peinture rupestre de cheval, à la fois majestueux et énigmatique. Il recommence à avancer et se dirige vers l’orée d’un bois de pins, dépourvus de branche basse. Il se tient devant la première rangée d’arbres, immobile, sans pénétrer à l’intérieur du bois, entre les troncs. Il regarde devant lui, guettant peut-être un signe un mouvement entre les troncs. Il ne distingue rien, rien d’autre que ces troncs dénudés. Il finit par se cabrer dans un mouvement vers l’arrière, et il repart au galop dans la direction d’où il est venu, laissant le bois derrière lui. Comme par enchantement, des créatures semblent sortir de derrière les troncs : des êtres humains nus des deux sexes, avec une tête de cheval montée sur un large cou. Ils marchent debout sur leurs jambes comme des hommes, se jetant un coup d’œil les uns les autres., posant parfois une main sur un tronc. Ils se mettent à courir d’un commun accord, en prenant la direction empruntée par le cheval. Ce dernier continue d’avancer au pas ou au trot, une mouette semblant le suivre à quelque distance. Il parvient à une zone dépourvue d’herbe, peut-être sablonneuse, sur laquelle se trouve une barque et un navire échoués. Le cheval ralentit l’allure et passe à côté. Il prend conscience d’une présence derrière lui, à quelques dizaines de mètres. Les hommes-chevaux l’ont suivi et se rapprochent à leur tour de deux bateaux échoués. Le cheval se tient immobile les regardant s’approcher. Ils n’ont pas perçu la présence d’une silhouette féminine en robe sur le pont du navire. Le groupe d’hommes-chevaux se tient face au cheval, cinq mètres les séparant. L’un d’eux met les mains en avant comme un signe vers le cheval. Celui-ci rapetisse jusqu’à ne plus faire qu’une dizaine de centimètres de hauteur, devenu un cheval miniature. Un ouvrage bien curieux qui sort du moule, déjà par sa taille, moitié moindre que celle d’une bande dessinée classique. Ensuite, il est entièrement dépourvu de mots, si ce n’est pour trois unes de journaux vers la fin de l’histoire. Ensuite pour sa mise en page : chaque page comporte deux cases de la largeur de la page, souvent de même taille, parfois une un peu plus haute que l’autre de quelques millimètres. Il n’y a pas d’introduction, ni de texte sur la quatrième de couverture : tout est laissé à l’imagination du lecteur, à l’exception de ces trois titres de journaux. Par ailleurs, le récit commence manière naturaliste en suivant ce cheval qui semble tout à fait ordinaire, pas de capacité physique inattendue, pas de degré de conscience humaine. Et il prend rapidement une tournure fantastique avec ces créatures humanoïdes à tête de cheval, pas des centaures. Le lecteur ne peut pas s’y tromper car des centaures apparaissent à partir de la page trente-quatre, respectant la forme classique d’un tronc, de bras et d’une tête d’être humain sur un corps de cheval. Une dizaine de pages avant, une femme totalement humaine fait son apparition dans le récit, vêtue d’une robe et d’un chapeau d’une autre époque, avec un sac et un parapluie comme accessoires. Elle prend le car à une station-service moderne, et arrive dans une maison isolée où logent des personnes de petite taille. Entre onirisme et fantasmagorie cryptique. Il est vraisemblable que le lecteur ait été attiré vers cet ouvrage, soit par le créateur dont il a déjà pu apprécier d’autres œuvres, soit par la collection Côtelette dont il sait qu’elle s’écarte des sentiers battus. Dans les deux cas, il est servi, en particulier pour emprunter des chemins narratifs peu fréquentés. Il retrouve aussi certaines caractéristiques des dessins de Vincent Vanoli : des traits de contour semblant parfois mal assurés, des cases qui peuvent sembler chargées, soit par les nuances de gris omniprésentes un peu estompées par un chiffon, soit par une forte densité d’informations visuelles. Ainsi le cheval galope sur la plaine : les nuances de gris dessinent ses formes, le volume de son ventre, complètent l’espace entre les traits qui figurent la forme générale de sa crinière et de sa queue, rendent compte de l’éclairement et des zones d’ombres. Les hautes herbes sont représentées par des traits de crayons plus ou moins rapprochés, à la consistance également renforcée par des zones grisées plus foncées que les parties du cheval au soleil. Dans le lointain, le lecteur distingue des petites montagnes, plus foncées que le cheval, mais plus claires que l’herbe, et dans la partie supérieure de la case le ciel grisé en dégradé, plus clair que la robe du cheval. Certaines cases peuvent également présenter un grand nombre d’informations visuelles, telle celle consacrée à l’intérieure de la gare routière. Dans une seule case, le lecteur y distingue une dizaine de personnes, entre celles debout appuyées sur une table haute pour boire une boisson chaude, la serveuse avec un plateau à la main, un voyageur qui arrive en portant sa valise, un ruban de fanions accroché au plafond, des tabourets hauts pour prendre place au comptoir, etc. Dans un premier temps, le lecteur connaissant cet auteur se trouve fort surpris qu’il n’ait pas affublé ses personnages de ces nez à la forme si caractéristique évoquant la trompe enroulée d’un papillon. À peine l’artiste a-t-il allongé quelques nez des voyageurs dans l’autocar, même pas ceux des personnes de petite taille. La narration visuelle s’avère fort facile à suivre, avec des liens de cause à effet évidents d’une case à l’autre. Pour commencer, le récit se déroule dans un ordre chronologique du début jusqu’à la fin, avec des cases qui se succèdent à quelques secondes, certaines à plusieurs minutes d’intervalle ou quelques heures, toujours avec une continuité de lieu, ou d’action d’un personnage. La progression du cheval dans ce milieu naturel se déroule de manière linéaire, chaque déplacement s’enchaînant avec le précédent, chaque attitude du cheval se déduisant organiquement de celle de la case précédente. Le lecteur l’observe en train de bouger, se prêtant au jeu. L’absence de mots, la nature animale du personnage incitent le lecteur à s’interroger sur ce qui lui est montré, sur la raison pour laquelle l’auteur lui montre cette séquence, sur l’interprétation qu’il doit en faire, sur les éléments signifiants à retirer de chaque case, de leur succession. N’ayant que le titre pour le guider, il ne sait trop que penser de ce qu’il lit, et il accorde plus d’attention à chaque image pour ne pas rater un élément signifiant. La présence du cheval à bascule pour enfant l’incite à y voir soit un élément onirique, soit la manifestation d’un souvenir, soit encore un objet mis au rebut donnant une indication sur l’environnement. L’apparition des hommes-chevaux oriente son interprétation vers l’onirisme, car rien ne semble pointer vers un mythe ou de la science-fiction. Il s’amuse alors à imaginer des lectures possibles pour ces êtres, mais faute d’indice il se laisse porter par les actions. Il lève les sourcils encore un peu plus quand apparaît le premier personnage pleinement humain, cette femme avec un accoutrement d’un autre temps, son sac à la forme caractéristique, et son parapluie révélateur : un hommage littéral à Mary Poppins, en provenance du film de 1964, réalisé par Robert Stevenson (1905-1986). Le lecteur sourit en découvrant que cette femme, jamais nommée, prend le car, un mode de déplacement déjà évoquant une similaire quand Vincent enfant prend le bus dans La grimace (2021). Le lecteur quitte presque à regret cette succession de scènes déconcertante avec des moments également déconcertants : la présence du cheval à bascule, l’existence des hommes-chevaux, le cheval qui rapetisse, la transformation en centaure, le franchissement d’une rivière par un canot servant de bac, le voyage en autocar, une dame baissant sa culotte pour faire pipi dans un champ… La solidité du fil narratif principal permet au lecteur de se mettre dans un état entre la lecture automatique et la transe pour favoriser les associations d’idées, pour sortir d’une lecture purement réfléchie et rationnelle, générant un ressenti très agréable, sensiblement différent de l’expérience d’une lecture classique. Dans le dernier quart du récit, il découvre le sens concret de cette balade au fil de l’eau (ou du galop), les faits concrets qui ont suscité cette rêverie. Il y perçoit un hommage à une forme bien particulière de divertissement, peut-être à un artiste spécialisé dans cette forme de création. Puis, il se dit que le plaisir qu’il a pris à laisser son esprit vagabonder était bien réel, et que cette révélation ne l’obère en rien. Voire il reparcourt tout ou partie du début du récit en se rendant compte qu’il peut faire fi de son ancrage dans l’histoire personnelle d’un individu, et y prendre à nouveau autant de plaisir. Un titre succinct, une image de couverture cryptique avec ces deux créatures chimériques. Une lecture facile et rapide car dépourvue de mots, avec un fil directeur très solide et des liens de cause à effet immédiats d’une case à l’autre. Des dessins qui invitent à la rêverie, qui la stimule et la nourrit, mettant le lecteur dans un état d’esprit inhabituel, entre lecture ludique et rêverie éveillée. Une fin qui apporte un sens concret à la balade, sans gâcher son onirisme, sans invalider le plaisir de la fugue.

25/10/2024 (modifier)