J'ai un peu tardé avant de sauter le pas et d'acheter cet album. C'est le nom de Thomas Day qui m'a finalement convaincu. Le scénario reste finalement très classique mais l'idée des 7 méchants, (les pêchés capitaux sont sympathiques) est assez bienvenue. J'attends pour la suite un peu plus de profondeur, de noirceur car celle ci est tempérée par le dessin. Parlons en donc!
Fabuleux, détaillé, bref tout trop bien, (très bien donc), les tatouages qui changent en fonction de l'humeur de Wika, super!
Et j'en reviens donc à l'histoire où les choses se passent malgré tout de manière gentillette!
J'achèterai le prochain avec plaisir et le noterai de même avec le petit supplément d'âme sus nommé.
Terra Australis est une vraie bonne BD.
De celles qu'on ne fait plus, un projet pharaonique destiné à raconter la première phase de colonisation de ce qu'on appellera plus tard l'Australie... Laurent-Frédéric Bollée est un scénariste atypique, qui touche à de multiples sujets, et visiblement celui-ci lui tenait à coeur puisque le projet a duré cinq ans (je crois).
Le résultat est très intéressant ; j'ai eu un peu de mal au début pour comprendre qu'il essayait de nous conter le "recrutement" des différents protagonistes, lesquels vont donc prendre part à cette expédition toute particulière. Tous les aspects de la question sont abordés, du ravitaillement aux besoins sexuels, à la nourriture en passant par les tenants et les aboutissants politiques et géopolitiques. On nous parlera même du rendez-vous manqué avec La Pérouse... Vraiment du très bon boulot de ce côté-là.
Philippe Nicloux est encore peu connu dans le milieu de la BD malgré des albums réussis chez Les Enfants rouges, mais ce projet l'a visiblement galvanisé puisqu'il a réalisé des planches très belles parfois, dans des tons grisés assez maîtrisés.
A lire, donc.
Voilà une série très intéressante, qui, en brassant les influences, a réussi à faire du neuf avec du vieux. Et qui est bourrée de qualités !
En effet, les intrigues en elles-mêmes ne sont pas forcément des plus originales, et les méchants sont démasqués par le lecteur presque plus rapidement que par LeBrock ! Autre bémol, je ne suis à priori pas fan du graphisme des comics dont s’inspire Talbot. C’est juste une affaire de goût. Même si je reconnais qu’il y ajoute une touche personnelle – et probablement travaillée par ordinateur, qui rend plus attrayant et original son dessin.
Et pourtant, malgré ces légers inconvénients, il faut dire que c’est vraiment une série à la fois originale et captivante. C’est que Talbot a rendu l’action très dynamique, on est entraîné dans les enquêtes pour ne plus les lâcher, faisant abstraction de l’infaillibilité du héros, blaireau à la carrure impressionnante et qui aurait peut-être gagné à être moins monolithique, plus dans l’auto dérision (peut-être plus de comique ?). En tout cas, il utilise des méthodes plus musclées que son modèle Sherlock !
Ça bouge, ça castagne, ça flingue à tout va, dans un univers steampunk et uchronique vraiment très bien rendu. C’est en fait le traitement qui transcende la banalité de départ et rend ces aventures séduisantes. Quelques touches d’humour rendent la lecture encore plus vivante.
Et comme pour une série comme Blacksad, mais dans un style très différent, Talbot utilise des animaux comme personnages, et ça fonctionne (il explique d’ailleurs ses sources d’inspiration dans un dossier très intéressant en fin du premier volume). Quelques personnages « humains » quand même, mais qui sont généralement des clins d’œil à d’autres œuvres de bande dessinée (Bécassine ou Spirou par exemple), un chien répondant au nom de Milou rêvant à haute voix d’aventures au Congo ou au Lotus bleu…
Bref, lecture sympa, dans une édition soignée, à découvrir ! Hélas l’éditeur français ayant visiblement fait faillite, il faudra attendre longtemps avant de lire les aventures déjà parues en Anglais.
Après Lysistrata où König réécrivait à sa manière la pièce d'Aristophane, l'auteur s'attaque une nouvelle fois au théâtre avec Iago qui mixe avec brio les pièces majeures de Shakespeare (Macbeth, Hamlet, Othello, Roméo et Juliette et un soupçon du Songe d'une nuit d'été plus des citations extraites des sonnets du génie anglais) et offre un tout extrêmement cohérent à la fois original (le matériau originel est évidemment totalement perverti, König tout en s'appuyant sur ces pièces crée une nouvelle histoire dans laquelle tous les personnages sont homosexuels, logique si on connait un peu l'oeuvre de l'auteur) et drôlissime. Il y a un seul choix de l'auteur que je ne comprends pas: le découpage de la bande dessinée en 10 actes alors qu'il n'y en a que 5 dans les pièces de Shakespeare. L'humour gay de l'auteur allemand est toujours aussi efficace, le fait de plonger son histoire dans le XVIIe (erreur de König ou de la traduction d'ailleurs: Shakespeare a vécu au XVIe) lui permet de renouveler cette thématique de l'homosexualité qu'il a déjà tant travaillée et de trouver des nouveaux gags savoureux dont beaucoup reposent sur des anachronismes (un bar gay cuir et bear dont les habitués ne supportent pas les "tantouzes parfumées" par exemple) ou sur un humour particulièrement noir (tous les homosexuels assistent avec délectation à la décapitation d'un sodomite pour saliver sur le torse sublime du bourreau).
Voilà un album qui prouve de belle façon que l’Europe, les USA et le Japon ne sont pas les seuls foyers du 9ème art dans le monde. En effet, l’Argentine est une pépinière de dessinateurs depuis très longtemps, et on le sent bien à la lecture de ces petites histoires extrêmement modernes et créatives, dignes d’un délire oubapien. Des histoires qui se rapprochent beaucoup du travail de Marc-Antoine Mathieu, explorateur multidimensionnel ludique et génial.
A l’aide de sa plume ronde et rassurante orientée ligne claire et d’une bichromie sobre, Lucas Valera, assisté de Diego Agrimbau, imagine des univers paradoxalement inquiétants, oniriques ou fantastiques. Tout ce qui peut sembler familier au départ devient rapidement anxiogène et vire au cauchemar hallucinatoire. On pense notamment aux ambiances proprettes des vieilles séries SF comme la Cinquième dimension . A cet égard, le dessinateur semble affectionner les sphères de la folie, comme on avait pu le voir avec L’Héritage du Colonel , récit névrotique et glaçant sur le fils d’un tortionnaire de la dictature argentine.
Ces historiettes sont globalement toutes d’un très bon niveau. Je mets une mention spéciale à Aphasie, épatant d’inventivité, avec le monologue intérieur du personnage principal incrusté sur les objets figurant dans le cadre. Mes faveurs vont également à Agnosie, délire surréaliste magrittien ; Claustrophobie, d’où l’on ne serait pas étonné de voir surgir Corentin Acquefacques ; Synesthésie, en mode polar à la fin inattendue, et enfin la dernière clôturant l’album, Prosopagnosie, digne, quitte à me répéter, du meilleur de Twilight Zone. Ce qui au final fait tout de même cinq histoires sur six…
« Parce qu’Abdesslem est un étranger, il devait rester 9 mois au moins en France pour toucher sa maigre allocation de vieillesse » : voilà en résumé la vie d’un gus de 86 balais, né au Maroc dans un douar, qui s’engagea dans l’armée française à 17 ans (et encore, il ne sait même pas quand il est né exactement), combattit en 39-45 et en Indochine au nom de notre pays et au prix de sa vie et des autres se retrouvera au sortir de l’armée dans un petit appartement d’un foyer parisien loin des siens pour pouvoir nourrir sa famille restée au Maroc !
C’est un étranger… et alors ? Il a quand même combattu en France et pour les Français quoi ! Ce n’est pas rien tout de même ! De quel droit devons-nous imposer cette loi stupide à ces gens-là ?
Ah, mais il fallait qu’il fasse venir sa famille en France ? Mais bien sûr, c’est la meilleure chose à faire quand on voit comment sont stigmatisés les étrangers à notre époque où pour diverses raisons (plus ou moins justifiées) on ne veut plus recevoir ces gens hein ?
Ah, mais il n’aurait pas fallu qu’il signe pour incorporer l’armée ! M’ouais, sauf qu’il a été engagé pratiquement de force par des soldats français… mais bon, faut pas le dire hein c’est pas bien et puis il n’y a pas de preuves officielles…
Bin, il fallait qu’il laisse tomber cette allocation pour vivre près des siens alors : oui sauf que ça a été sa seule ressource pour nourrir sa famille pendant des années et puis, quoi, il n’a pas combattu pour des prunes non ? Vous, ça vous plairait qu'un gouvernement ou un organisme vous enlève la pension de retraite (après avoir bossé pendant plus de 40 ans) si vous voyez votre femme plus de 3 mois par an ? Non ? Alors, je vous laisse deviner si en plus vous avez risqué votre vie dans une contrée étrangère pour des raisons d’état…
Ce livre est –à mon avis- un formidable témoignage sur la destinée de ces gens. Je doute fort que la majorité d’entre eux aient suivi le même chemin qu’Abdesslem mais ça me laisse une forte impression de gâchis : on n’a qu’une vie et je suis convaincu qu’on est tous nés pour y trouver le bonheur, alors pourquoi compliquer à ce point la vie des gens ? Je suis sûr que nombre d’entre vous trouveront ma réaction trop utopique, trop simpliste, trop pathétique, trop « bisounours », etc… mais avouez quand même que c’est bien le but de chacun d’entre nous de vivre en paix sur notre bonne vieille planète non ?
Bon, j’arrête là : lisez ce putain de bon livre et vous comprendrez certainement pourquoi j’ai eu ce genre de réaction après l’avoir feuilleté. Ce genre d’histoire fait réfléchir, ça, c’est sûr !
Ah, j’oubliais : le graphisme de Piero Macola ? Parfaitement en adéquation avec ce récit d’autant plus que la narration est très bonne elle-aussi. Et merci encore une fois à Futuropolis d’avoir publié ce genre de récit !
Très bel itinéraire de deux amis dont l’issue ne laisse pas indifférent.
On suit avec plaisir le road trip de ce gros bonhomme très sensible (Carême) et son ami Martinien que peu de choses sépareront.
L’ambiance est à la fois étrange et fascinante, on ne sait pas trop où et quand l’action se passe.
Les décors sont à la fois modernes (buildings, allure des personnages, tags sur les murs…) et anciens (voitures, dirigeables, tramway…), le mélange des deux est très original et tout cela m’a parfois fait penser à du François Schuiten (surtout au niveau de l’architecture des bâtiments) mais avec un dessin plus rondouillard de la part de Mottura.
Les dialogues sont remarquables de fluidité, il y a de bonnes idées, ça se lit bien même si quelques séquences sont un peu rapides à mon goût (le mariage,…) mais rien de bien grave…
A découvrir.
C'est une BD que m'avait offerte mon père quand j'étais ado, et vraiment elle m'a fait de l'usage.
Des pages avec pleins de personnages, toujours quelque chose à remarquer dans un coin qu'on n'avait pas vu de prime abord. Un dessin un peu bricolé avec des personnages à tête animale (mais on ne reconnait pas forcément le modèle d'origine) et au sourire en forme de motif cachemire (je vous assure, voyez vous-même) qui leur donne un coté carnassier et toujours vaguement ricanant.
Une vie un peu foutraque, mais une sorte de nonchalance vraiment attachante pour ce héros sans qualité, et peut-être aussi pour ce continent africain qui échappe à la rationalité occidentale. Je pense qu'à l'époque où je l'ai lu, ça m'a paru un horizon de liberté dangereuse mais drôle et pleine de surprises et où l'angoisse de l'avenir se dissout enfin dans le plaisir et les paradis artificiels.
Des péripéties inattendues qui se succèdent à un rythme haletant, des rencontres passagères qui sauvent les situations bancales, et des dialogues vraiment drôles... dans un décors habité de seconds couteaux savoureux.
Bref un échappement enfumé et salutaire dans les moments de peur que rencontre l'adolescence.
J'ai lu cet album il y a longtemps en bibliothèque et j'en ai gardé un souvenir précis et heureux.
Le dessin qui semble ne pas plaire, un peu à la Blain en effet, et vraiment vif. Avec des raccourcis saisissant, il réussit à mettre beaucoup de mouvement dans les scènes de poursuite (par exemple une jambe arrière réduite à presque rien qui semble déjà repartir devant). les personnages que d'autres ont trouvé sans profondeur, m'ont paru au contraire haut en couleur par la drôlerie des dialogues.
C'est en effet une histoire de gangster, mais je me demande si ça n'est pas plutôt un" roman d'apprentissage", le moment du parcours où un petit con devient un adulte, et souvent grâce à un vieux singe, à qui bien sûr on n'apprend pas à faire la grimace.
Freddy, le petit con, maigre et impulsif (un coté Romain Duris dans "sur mes lèvres") m'est resté sympathique, je le garde, plusieurs années après, dans un coin de ma mémoire, indissolublement lié à son vieux chinois, massif (un peu trop grand pour l'idée qu'on se fait d'un chinois), taiseux et malin.
C'est une BD que je conseille chaudement, elle laisse un goût de reviens-y.
Un album témoignage comme je les aime.
La vie d’Abdesslem est mouvementée et poignante. Ses « aventures » débutent lors de son engagement plus ou moins forcé dans le 4ème Régiment des Tirailleurs Marocains, alors qu’il n’a que 17 ans. S’en suit une vie au service de la France guerrière : seconde guerre mondiale mais aussi Indochine. Sa récompense ? L’obligation de finir ses jours en France, loin des siens, de son village natal, pour pouvoir toucher une petite allocation vieillesse, qui aide ses proches à subvenir à leurs besoins. Quelle misère.
Le dessin de Piero Macola est magnifique, dépaysant au possible, et nous fait voyager avec Abdesslem.
Un album prenant et touchant, qui s’intéresse non pas à l’Histoire, mais à l’histoire d’un homme qui vit sa vie comme il peut. Un témoignage humain, tout simplement.
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Wika
J'ai un peu tardé avant de sauter le pas et d'acheter cet album. C'est le nom de Thomas Day qui m'a finalement convaincu. Le scénario reste finalement très classique mais l'idée des 7 méchants, (les pêchés capitaux sont sympathiques) est assez bienvenue. J'attends pour la suite un peu plus de profondeur, de noirceur car celle ci est tempérée par le dessin. Parlons en donc! Fabuleux, détaillé, bref tout trop bien, (très bien donc), les tatouages qui changent en fonction de l'humeur de Wika, super! Et j'en reviens donc à l'histoire où les choses se passent malgré tout de manière gentillette! J'achèterai le prochain avec plaisir et le noterai de même avec le petit supplément d'âme sus nommé.
Terra Australis
Terra Australis est une vraie bonne BD. De celles qu'on ne fait plus, un projet pharaonique destiné à raconter la première phase de colonisation de ce qu'on appellera plus tard l'Australie... Laurent-Frédéric Bollée est un scénariste atypique, qui touche à de multiples sujets, et visiblement celui-ci lui tenait à coeur puisque le projet a duré cinq ans (je crois). Le résultat est très intéressant ; j'ai eu un peu de mal au début pour comprendre qu'il essayait de nous conter le "recrutement" des différents protagonistes, lesquels vont donc prendre part à cette expédition toute particulière. Tous les aspects de la question sont abordés, du ravitaillement aux besoins sexuels, à la nourriture en passant par les tenants et les aboutissants politiques et géopolitiques. On nous parlera même du rendez-vous manqué avec La Pérouse... Vraiment du très bon boulot de ce côté-là. Philippe Nicloux est encore peu connu dans le milieu de la BD malgré des albums réussis chez Les Enfants rouges, mais ce projet l'a visiblement galvanisé puisqu'il a réalisé des planches très belles parfois, dans des tons grisés assez maîtrisés. A lire, donc.
Grandville
Voilà une série très intéressante, qui, en brassant les influences, a réussi à faire du neuf avec du vieux. Et qui est bourrée de qualités ! En effet, les intrigues en elles-mêmes ne sont pas forcément des plus originales, et les méchants sont démasqués par le lecteur presque plus rapidement que par LeBrock ! Autre bémol, je ne suis à priori pas fan du graphisme des comics dont s’inspire Talbot. C’est juste une affaire de goût. Même si je reconnais qu’il y ajoute une touche personnelle – et probablement travaillée par ordinateur, qui rend plus attrayant et original son dessin. Et pourtant, malgré ces légers inconvénients, il faut dire que c’est vraiment une série à la fois originale et captivante. C’est que Talbot a rendu l’action très dynamique, on est entraîné dans les enquêtes pour ne plus les lâcher, faisant abstraction de l’infaillibilité du héros, blaireau à la carrure impressionnante et qui aurait peut-être gagné à être moins monolithique, plus dans l’auto dérision (peut-être plus de comique ?). En tout cas, il utilise des méthodes plus musclées que son modèle Sherlock ! Ça bouge, ça castagne, ça flingue à tout va, dans un univers steampunk et uchronique vraiment très bien rendu. C’est en fait le traitement qui transcende la banalité de départ et rend ces aventures séduisantes. Quelques touches d’humour rendent la lecture encore plus vivante. Et comme pour une série comme Blacksad, mais dans un style très différent, Talbot utilise des animaux comme personnages, et ça fonctionne (il explique d’ailleurs ses sources d’inspiration dans un dossier très intéressant en fin du premier volume). Quelques personnages « humains » quand même, mais qui sont généralement des clins d’œil à d’autres œuvres de bande dessinée (Bécassine ou Spirou par exemple), un chien répondant au nom de Milou rêvant à haute voix d’aventures au Congo ou au Lotus bleu… Bref, lecture sympa, dans une édition soignée, à découvrir ! Hélas l’éditeur français ayant visiblement fait faillite, il faudra attendre longtemps avant de lire les aventures déjà parues en Anglais.
Iago
Après Lysistrata où König réécrivait à sa manière la pièce d'Aristophane, l'auteur s'attaque une nouvelle fois au théâtre avec Iago qui mixe avec brio les pièces majeures de Shakespeare (Macbeth, Hamlet, Othello, Roméo et Juliette et un soupçon du Songe d'une nuit d'été plus des citations extraites des sonnets du génie anglais) et offre un tout extrêmement cohérent à la fois original (le matériau originel est évidemment totalement perverti, König tout en s'appuyant sur ces pièces crée une nouvelle histoire dans laquelle tous les personnages sont homosexuels, logique si on connait un peu l'oeuvre de l'auteur) et drôlissime. Il y a un seul choix de l'auteur que je ne comprends pas: le découpage de la bande dessinée en 10 actes alors qu'il n'y en a que 5 dans les pièces de Shakespeare. L'humour gay de l'auteur allemand est toujours aussi efficace, le fait de plonger son histoire dans le XVIIe (erreur de König ou de la traduction d'ailleurs: Shakespeare a vécu au XVIe) lui permet de renouveler cette thématique de l'homosexualité qu'il a déjà tant travaillée et de trouver des nouveaux gags savoureux dont beaucoup reposent sur des anachronismes (un bar gay cuir et bear dont les habitués ne supportent pas les "tantouzes parfumées" par exemple) ou sur un humour particulièrement noir (tous les homosexuels assistent avec délectation à la décapitation d'un sodomite pour saliver sur le torse sublime du bourreau).
Diagnostics
Voilà un album qui prouve de belle façon que l’Europe, les USA et le Japon ne sont pas les seuls foyers du 9ème art dans le monde. En effet, l’Argentine est une pépinière de dessinateurs depuis très longtemps, et on le sent bien à la lecture de ces petites histoires extrêmement modernes et créatives, dignes d’un délire oubapien. Des histoires qui se rapprochent beaucoup du travail de Marc-Antoine Mathieu, explorateur multidimensionnel ludique et génial. A l’aide de sa plume ronde et rassurante orientée ligne claire et d’une bichromie sobre, Lucas Valera, assisté de Diego Agrimbau, imagine des univers paradoxalement inquiétants, oniriques ou fantastiques. Tout ce qui peut sembler familier au départ devient rapidement anxiogène et vire au cauchemar hallucinatoire. On pense notamment aux ambiances proprettes des vieilles séries SF comme la Cinquième dimension . A cet égard, le dessinateur semble affectionner les sphères de la folie, comme on avait pu le voir avec L’Héritage du Colonel , récit névrotique et glaçant sur le fils d’un tortionnaire de la dictature argentine. Ces historiettes sont globalement toutes d’un très bon niveau. Je mets une mention spéciale à Aphasie, épatant d’inventivité, avec le monologue intérieur du personnage principal incrusté sur les objets figurant dans le cadre. Mes faveurs vont également à Agnosie, délire surréaliste magrittien ; Claustrophobie, d’où l’on ne serait pas étonné de voir surgir Corentin Acquefacques ; Synesthésie, en mode polar à la fin inattendue, et enfin la dernière clôturant l’album, Prosopagnosie, digne, quitte à me répéter, du meilleur de Twilight Zone. Ce qui au final fait tout de même cinq histoires sur six…
Le Tirailleur
« Parce qu’Abdesslem est un étranger, il devait rester 9 mois au moins en France pour toucher sa maigre allocation de vieillesse » : voilà en résumé la vie d’un gus de 86 balais, né au Maroc dans un douar, qui s’engagea dans l’armée française à 17 ans (et encore, il ne sait même pas quand il est né exactement), combattit en 39-45 et en Indochine au nom de notre pays et au prix de sa vie et des autres se retrouvera au sortir de l’armée dans un petit appartement d’un foyer parisien loin des siens pour pouvoir nourrir sa famille restée au Maroc ! C’est un étranger… et alors ? Il a quand même combattu en France et pour les Français quoi ! Ce n’est pas rien tout de même ! De quel droit devons-nous imposer cette loi stupide à ces gens-là ? Ah, mais il fallait qu’il fasse venir sa famille en France ? Mais bien sûr, c’est la meilleure chose à faire quand on voit comment sont stigmatisés les étrangers à notre époque où pour diverses raisons (plus ou moins justifiées) on ne veut plus recevoir ces gens hein ? Ah, mais il n’aurait pas fallu qu’il signe pour incorporer l’armée ! M’ouais, sauf qu’il a été engagé pratiquement de force par des soldats français… mais bon, faut pas le dire hein c’est pas bien et puis il n’y a pas de preuves officielles… Bin, il fallait qu’il laisse tomber cette allocation pour vivre près des siens alors : oui sauf que ça a été sa seule ressource pour nourrir sa famille pendant des années et puis, quoi, il n’a pas combattu pour des prunes non ? Vous, ça vous plairait qu'un gouvernement ou un organisme vous enlève la pension de retraite (après avoir bossé pendant plus de 40 ans) si vous voyez votre femme plus de 3 mois par an ? Non ? Alors, je vous laisse deviner si en plus vous avez risqué votre vie dans une contrée étrangère pour des raisons d’état… Ce livre est –à mon avis- un formidable témoignage sur la destinée de ces gens. Je doute fort que la majorité d’entre eux aient suivi le même chemin qu’Abdesslem mais ça me laisse une forte impression de gâchis : on n’a qu’une vie et je suis convaincu qu’on est tous nés pour y trouver le bonheur, alors pourquoi compliquer à ce point la vie des gens ? Je suis sûr que nombre d’entre vous trouveront ma réaction trop utopique, trop simpliste, trop pathétique, trop « bisounours », etc… mais avouez quand même que c’est bien le but de chacun d’entre nous de vivre en paix sur notre bonne vieille planète non ? Bon, j’arrête là : lisez ce putain de bon livre et vous comprendrez certainement pourquoi j’ai eu ce genre de réaction après l’avoir feuilleté. Ce genre d’histoire fait réfléchir, ça, c’est sûr ! Ah, j’oubliais : le graphisme de Piero Macola ? Parfaitement en adéquation avec ce récit d’autant plus que la narration est très bonne elle-aussi. Et merci encore une fois à Futuropolis d’avoir publié ce genre de récit !
Carême
Très bel itinéraire de deux amis dont l’issue ne laisse pas indifférent. On suit avec plaisir le road trip de ce gros bonhomme très sensible (Carême) et son ami Martinien que peu de choses sépareront. L’ambiance est à la fois étrange et fascinante, on ne sait pas trop où et quand l’action se passe. Les décors sont à la fois modernes (buildings, allure des personnages, tags sur les murs…) et anciens (voitures, dirigeables, tramway…), le mélange des deux est très original et tout cela m’a parfois fait penser à du François Schuiten (surtout au niveau de l’architecture des bâtiments) mais avec un dessin plus rondouillard de la part de Mottura. Les dialogues sont remarquables de fluidité, il y a de bonnes idées, ça se lit bien même si quelques séquences sont un peu rapides à mon goût (le mariage,…) mais rien de bien grave… A découvrir.
Keubla
C'est une BD que m'avait offerte mon père quand j'étais ado, et vraiment elle m'a fait de l'usage. Des pages avec pleins de personnages, toujours quelque chose à remarquer dans un coin qu'on n'avait pas vu de prime abord. Un dessin un peu bricolé avec des personnages à tête animale (mais on ne reconnait pas forcément le modèle d'origine) et au sourire en forme de motif cachemire (je vous assure, voyez vous-même) qui leur donne un coté carnassier et toujours vaguement ricanant. Une vie un peu foutraque, mais une sorte de nonchalance vraiment attachante pour ce héros sans qualité, et peut-être aussi pour ce continent africain qui échappe à la rationalité occidentale. Je pense qu'à l'époque où je l'ai lu, ça m'a paru un horizon de liberté dangereuse mais drôle et pleine de surprises et où l'angoisse de l'avenir se dissout enfin dans le plaisir et les paradis artificiels. Des péripéties inattendues qui se succèdent à un rythme haletant, des rencontres passagères qui sauvent les situations bancales, et des dialogues vraiment drôles... dans un décors habité de seconds couteaux savoureux. Bref un échappement enfumé et salutaire dans les moments de peur que rencontre l'adolescence.
Belleville Story
J'ai lu cet album il y a longtemps en bibliothèque et j'en ai gardé un souvenir précis et heureux. Le dessin qui semble ne pas plaire, un peu à la Blain en effet, et vraiment vif. Avec des raccourcis saisissant, il réussit à mettre beaucoup de mouvement dans les scènes de poursuite (par exemple une jambe arrière réduite à presque rien qui semble déjà repartir devant). les personnages que d'autres ont trouvé sans profondeur, m'ont paru au contraire haut en couleur par la drôlerie des dialogues. C'est en effet une histoire de gangster, mais je me demande si ça n'est pas plutôt un" roman d'apprentissage", le moment du parcours où un petit con devient un adulte, et souvent grâce à un vieux singe, à qui bien sûr on n'apprend pas à faire la grimace. Freddy, le petit con, maigre et impulsif (un coté Romain Duris dans "sur mes lèvres") m'est resté sympathique, je le garde, plusieurs années après, dans un coin de ma mémoire, indissolublement lié à son vieux chinois, massif (un peu trop grand pour l'idée qu'on se fait d'un chinois), taiseux et malin. C'est une BD que je conseille chaudement, elle laisse un goût de reviens-y.
Le Tirailleur
Un album témoignage comme je les aime. La vie d’Abdesslem est mouvementée et poignante. Ses « aventures » débutent lors de son engagement plus ou moins forcé dans le 4ème Régiment des Tirailleurs Marocains, alors qu’il n’a que 17 ans. S’en suit une vie au service de la France guerrière : seconde guerre mondiale mais aussi Indochine. Sa récompense ? L’obligation de finir ses jours en France, loin des siens, de son village natal, pour pouvoir toucher une petite allocation vieillesse, qui aide ses proches à subvenir à leurs besoins. Quelle misère. Le dessin de Piero Macola est magnifique, dépaysant au possible, et nous fait voyager avec Abdesslem. Un album prenant et touchant, qui s’intéresse non pas à l’Histoire, mais à l’histoire d’un homme qui vit sa vie comme il peut. Un témoignage humain, tout simplement.