Une version sympathique de Captain Marvel
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Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2007, écrits, dessinés et encrés par Jeff Smith, avec une mise en couleurs réalisée par Steve Hamaker. Il se termine avec un dossier de 32 pages, conçu par Jeff Smith, commençant par une introduction d'une page rédigée par lui, 16 pages d'études graphiques, et le reste de photographies et d'annotations. Ce tome s'ouvre avec une introduction de 2 pages réalisée par Alex Ross disant toute l'importance de ce personnage pour lui, pour lequel il avait réalisé une histoire Shazam! Power of Hope en 2005, avec Paul Dini.
Dans un immeuble à l'abandon, La Green, un petit voyou, pénètre dans un appartement abandonné, squatté par un jeune enfant Billy Batson. Il exige que ce dernier lui donne l'argent qu'il a récupéré auprès d'une personne à la rue. Il survient une panne de courant : Billy en profite pour s'enfuir et rejoindre Talky, le clochard devant son bidon servant de brasero de fortune, dans un terrain vague. Ils partagent une boisson chaude, évoquent l'hiver qui arrive. Billy souhaite rendre la monnaie des courses à Talky qui refuse indiquant que cela correspond à son dédommagement pour avoir fait ses courses. Billy Batson aperçoit une silhouette qui semble les épier. Il se lance à sa poursuite, car l'individu ressemble à son père. Il le suit quand il descend l'escalier qui accède à une station de métro. Il monte dans la rame, car la silhouette paternelle y monte aussi, tout en refusant de lui parler. Au premier arrêt, la silhouette vêtue d'un imperméable noir intime à Billy de descendre.
Billy Btason se retrouve dans une sorte de grotte, en forme de long couloir et le long de la paroi de gauche se trouvent 7 statues, celles des sept péchés capitaux : l'acédie, l'avarice, la colère, l'envie, la gourmandise, la luxure, l'orgueil. 5 statues ont les yeux ouverts. Au bout de ce corridor, se trouve un vieil homme à barbe blanche assis sur un trône de pierre, avec un cube de pierre suspendu au-dessus de lui, un globe terrestre sur pied à droite, un grand tome et un petit feu dans une coupelle à sa gauche. Timide, et même un peu apeuré, Billy Batson s'approche lentement de lui, et le vieil l'interpelle par son nom. Il lui indique qu'il a été choisi pour être le prochain et lui intime de prononcer le mot magique : Shazam ! Impressionné, le garçon finit par s'exécuter et il se retrouve transformé en adulte, et salué par le vieil homme comme étant Marvel. Ensuite, le vieil homme se rassoit sur son trône de pierre en indiquant que son heure est presqu'arrivée de quitter ce plan d'existence.
L'attention du lecteur est attirée par ce projet, à la fois pour l'auteur, à la fois pour le personnage. Jeff Smith s'est fait connaître en créant, écrivant, dessinant et auto-éditant la série tout public Bone (1991-2004) traduite en nombreuses langues. Il a par la suite réalisé une autre série RASL (2008-2012). Il est donc a priori un créateur à même de retranscrire l'innocence et le charme de Captain Marvel. À l'origine, ce personnage a été édité par Fawcett Comics et créé en 1939 par le scénariste Bill Parker et le dessinateur C.C. Beck. Au milieu des années 1940, les comics de Captain Marvel vendaient plus d'exemplaires que ceux de Superman. Puis ses ventes ont chuté et il a été repris par DC Comics sous licence jusqu'en 1991, date à laquelle DC Comics en a racheté les droits. Une relance plutôt fidèle avait été réalisée par Jerry Ordway en 1994 : The Power of Shazam!. Mais entretemps Marvel Comics a interdit aux éditeurs d'utiliser l'appellation Captain Marvel dans le titre (les droits de cette appellation étant détenus par Marvel), contraignant DC à préférer le titre de Shazam !
Pour cette histoire, Jeff Smith a repris le titre d'une des aventures originales les plus longues du personnage. S'il connaît déjà ce Captain Marvel, le lecteur a déjà une bonne idée de l'intrigue. Dans les faits, Jeff Smith a choisi d'écrire une aventure débutant par les origines du personnage, puis le faisant affronter un de ses ennemis emblématiques, avec également la première apparition de Thaddeus Sivana. Il effectue quelques aménagements par rapport aux histoires originelles, mais en conserve aussi les éléments enfantins. Billy Batson se transforme toujours en prononçant le mot magique Shazam, les initiales des dieux qui lui donnent ses pouvoirs : Salomon, Hercule, Atlas, Zeus, Achille, Mercure. 2 personnages emblématiques de la série sont présents : Mary Marvel et Talky Tawny, dans des versions un petit peu modifiées. La force de la narration de Jeff Smith est de présenter tout ça de manière très naturelle, avec une logique de conte qui fait que ces éléments enfantins s'insèrent dans l'ordre logique du récit. Billy Batson éprouve un véritable plaisir sans culpabilité ou remords à disposer de pouvoirs extraordinaires. Mary Batson se montre encore plus enchantée par ses pouvoirs, avec une joie enfantine qui fait plaisir à voir. le sorcier se retrouve vite neutralisé ce qui évite une présence patriarcale caricaturale trop pesante. La nature de Talky Tawny lui confère une réelle légitimité à donner des conseils à Billy.
Le lecteur De Bone retrouve bien le coup de crayon de Jeff Smith : ses dessins descriptifs avec des traits de contour un peu irréguliers, son aisance à transcrire les émotions sur les visages, la vivacité de ses mises en scène. Billy Batson n'est pas Fone Bone : visuellement il est plus marqué par ses conditions de vie, et forcément moins rond. Il porte des vêtements confortables et bon marché, un tout petit peu trop grands pour lui, ce qui renforce l'impression de jeunesse qui se dégage de sa personne. Mary Batson porte des vêtements très similaires. Helen Fidelity, la journaliste télé, porte un tailleur plus habillé, et Sterling Morris porte un complet-veston comme il sied à sa fonction. de la même manière, le lecteur reconnait aisément les tenues des policiers. le dessinateur ne met pas en avant la technologie du temps présent, mais le lecteur peut remarquer des détails qui attestent que le récit se déroule bien au début du vingt-et-unième siècle. Smith se conforme à l'apparence classique des personnages, sans chercher à innover, mais en les représentant avec ses caractéristiques graphiques. Par exemple, Thaddeus Sivana est égal à lui-même, les sept péchés capitaux également. le lecteur se laisse facilement entraîner dans cette histoire avec des vrais gentils et des vrais méchants, d'autant que la narration visuelle est d'une grande fluidité. Jeff Smith n'hésite pas à réaliser régulièrement des pages sans texte pour raconter son histoire, à utiliser les conventions propres aux superhéros, à commencer par l'usage de la force pour régler les problèmes et sauver les innocents.
Même s'il connaît déjà l'histoire, le lecteur retrouve le plaisir de ce métro inattendu, de cette rencontre un vieux monsieur qui semble en savoir beaucoup plus qu'il ne dit, de cette vie de sans abri à la merci de jeunes voyous, de l'effet libérateur de se transformer en un adulte surpuissant, en imposant à tous les autres. Jeff Smith sait conserver intact le plaisir de Billy, introduire des moments d'humour simple et venant du fond du cœur. le lecteur retrouve les sensations de base à la lecture d'un récit de superhéros : le plaisir de la force physique, la gentillesse d'aider les plus faibles, le refus de plier devant les plus forts. Il admire les moments spectaculaires : la galerie des sept péchés capitaux, la première transformation en Captain Marvel, le voyage dans l'espace-temps avec des effets spéciaux remarquables réalisés par Steve Hamaker, l'arrivée des 2 colosses à Central Park, le plaisir sans borne de Mary Marvel en train de voler par elle-même, etc. Il sourit régulièrement devant les mimiques de Captain Marvel, empruntes de la franchise de Billy Batson. Il en vient à retenir sa respiration quand Billy doit faire face aux dangers sans pouvoir se transformer.
Une fois passée la séquence des origines, le scénario se focalise sur les deux géants étranges apparus à Central Park et promettant de détruire toute civilisation à la surface de la Terre. le scénariste focalise bien sûr son récit sur les hauts faits de Billy Batson, en prenant soin de mettre en avant son courage et sa gentillesse, sans qu'il n'apparaisse jamais naïf ou neuneu. Le lecteur adulte peut donc prendre plaisir à ces aventures simples et enjouées, et le lecteur plus jeune trembler avec Billy au fur et à mesure des épreuves à affronter. L'histoire mélange donc l'entrain de l'enfance, avec la volonté de grandir, de devenir un individu adulte grand et fort, tout en montrant que Billy Batson doit quand même surmonter ses peurs, et s'engager pour défendre ses valeurs. le lecteur ressort avec le sourire de cette histoire, ayant (re)découvert ce qui fait toute la spécificité de Captain Marvel, en profitant de l'élégance de la narration visuelle de Jeff Smith. Dans le même temps, il se dit que l'auteur a réussi un hommage de qualité, sans aller jusqu'à sublimer l'original. Il s'agit d'une bonne mise à jour, respectueuse de l'original, permettant à des lecteurs contemporains d'apprécier ce qui rend ce personnage unique, mais sans en proposer une relecture, ou plutôt une interprétation personnelle.
Avec ces personnages à tête de lion, la série m’a immédiatement fait penser à la série « Les 5 Terres ». Il faut dire que ces séries animalières deviennent nombreuses. Pourquoi pas ? Celle-ci s’en sort pas mal et procure une lecture sympathique.
Le premier tome plante le décor, nous fait découvrir le groupe très hétéroclite que nous allons suivre, tandis que le deuxième tome est bâti sur de longs flash-backs, qui nous permettent de comprendre le personnage central de Kgosi/Bakham, roi déchu, qui est passé du camp des « méchants » à celui des « gentils ».
L’intrigue n’est pas follement originale, mais elle se laisse lire agréablement, et la petite équipe joue de ses différences pour captiver le lecteur, entre la souris et le lion, avec quelques petites pointes d’humour, et une action qui dynamise régulièrement l’histoire.
Rien d’original donc, on a là une série qui satisfera les amateurs du genre, mais qui ne les surprendra pas. Mais la lecture est plaisante. Une série à suivre.
Note réelle 3,5/5.
Une lecture pleine de fraicheur, sympathique, même si ça n’est pas sur ce genre de série que je reviendrai.
C’est à la fois une suite de tranches de vie d’une jeune femme, et une critique plus ou moins acerbe du monde de l’entreprise, et par la suite du microcosme médiatique (parisien surtout).
Une jeune femme se fait embaucher dans un grand groupe, et doit immédiatement s’habituer au jargon et aux méthodes managériales « modernes ». Ça la gonfle, et elle écrit un bouquin pour se moquer de la glandouille au boulot, s’ensuit un succès médiatique et quelques ennuis dans sa boîte.
C’est dynamique et sans prétention, ça se laisse facilement, c’est souvent amusant. Mais ça tourne aussi rapidement en rond, et l’humour apparait au bout d’un moment un peu lourd et trop « appuyé », en particulier pour tous les noms, modifiant et parodiant des grands groupes, des émissions télé et journaux, ou des personnalités people (nombreuses à passer sous les crayons d’Aurita).
Une lecture sympathique, sans plus.
Note réelle 2,5/5.
Ça n’est pas le premier album que je lis sur le génocide arménien, et celui-ci recèle de réelles qualités.
D’abord, il ne joue jamais sur un quelconque pathos (il y aurait matière à !), et, à part quelques cadavres devinés sur une case en début d’album, la mort n’est qu’évoquée : certes, les maltraitances turques apparaissent bien au fil de la fuite de Varto et de sa sœur, mais c’est un peu comme « un sac de billes », on se focalise sur les gamins – et leur « guide » turc.
La fin de cette fuite est traitée en ellipse – c’est dommage, mais c’est un choix, et les parties plus contemporaines (l’intrigue est surtout composée de longs flash-backs en 1915, encadrés par des passages quelques dizaines d’années plus tard – il faut attendre la fin pour comprendre qui sont les personnages que nous y croisons) hachent parfois un peu trop le récit.
Je n’ai pas trouvé le dessin de Torossian très beau dans son rendu. Mais là c’est surtout affaire de goût, car son Noir et Blanc jouant sur des nuances de gris est très lisible.
A noter un très bon dossier final, qui complète très bien la partie BD en restituant non seulement le contexte du génocide, mais ce qu’il en est advenu jusqu’à aujourd’hui.
C'est un album au format d'un gros bouquin, avec une couverture couleur cuir rehaussée de noir et d'or qui lui donne des allures bibliques. C'est l'œuvre de Noah Van Sciver, dont les parents étaient mormons mais ont divorcé quand il avait 12 ans, ce qui lui a permis de s'éloigner avec sa mère de l'Eglise Mormonne, de perdre la foi et de revenir, une fois adulte, en véritable explorateur et documentaliste d'un mouvement religieux sur lequel il a cherché à se renseigner soigneusement et objectivement pour mieux comprendre la pensée de ses parents avant leur divorce. C'est ainsi qu'il nous délivre la biographie très détaillée de Joseph Smith, le prophète déclaré qui a créé cette religion au milieu de 19e siècle aux Etats-Unis, le parcours d'un homme et d'une communauté controversés.
Si je connaissais l'existence des Mormons, de leur capitale à Salt Lake city et des rumeurs insistant sur leur polygamie, je réalise que je ne savais quasiment rien d'autre sur eux et que je les confondais avec les Quakers et autres Amish américains. Et j'ignorais tout de la création de ce mouvement religieux, ni même qu'il y avait un homme en particulier derrière cela. Cet ouvrage fut donc une vraie source d'information et d'instruction pour moi.
En vieil athée que je suis, j'ai été assez stupéfait de la manière dont les choses se sont déroulées à l'époque. D'emblée, la famille de Joseph est présentée comme des baratineurs jouant sur la superstition des gens et vendant les services de divination de Joseph grâce à une prétendue pierre magique. Et quand les affaires ne marchent plus trop, voilà que Joseph déclare avoir eu une vision angélique puis d'avoir reçu un livre d'or que lui seul a le droit de voir et que lui seul peut traduire. Et quand peu à peu il délivre le message de ce livre, l'arrangeant visiblement au gré de ses envies du moment, les gens semblent l'accepter avec à peine plus que quelques légers doutes rapidement balayés quand Joseph dit qu'il faut qu'ils aient la foi. Idem quand peu à peu il attire de plus en plus de fidèles autour de lui : les américains de cette époque étaient-ils donc tant en recherche de foi et de religion pour croire si facilement les affirmations péremptoires d'un tel homme ? Tout trahit le mensonge, le baratin, et pourtant ils y croient tous ou presque, certains semblant même largement complices de la chose pour leur propre profit. Et le pire advient sur la fin, quand pour justifier ses frasques adultères, Joseph déclare avec la plus grande assurance que c'est la volonté divine de permettre aux hommes le mariage spirituel, et du moment qu'ils ne les rejettent pas, d'avoir autant d'épouses qu'ils le désirent (sachant qu'officiellement il en a eu... 34 !). Et qu'il fait passer pour des messages divins les ordres donnés à sa première épouse d'accepter cela sans se plaindre sans quoi elle serait "détruite par Dieu".
On est rigoureusement dans les manières d'un gourou de secte, avec un discours aussi illuminé et peu crédible que les scientologues de nos jours, et c'est effarant de voir que cela a pu donner lieu à une vraie religion avec tant de fidèles (plus de 16 millions a priori).
Tout cela est présenté par Noah Van Sciver sans qu'il affirme que ce soit la stricte vérité. Il déclare avoir fait de son mieux pour se documenter et se rapprocher des faits, mais que ça ne peut forcément pas être pris pour argent comptant : il s'est basé sur de vraies sources mais il a été obligé de présenter sa vision personnelle des choses.
Le dessin y est très simple, relativement joli mais pas assez varié sur les représentation des personnages ce qui amène à en confondre certains, d'autant qu'il y en a beaucoup.
La narration pour sa part est un peu pénible. L'auteur a voulu être exhaustif et son bouquin est vraiment dense et épais. Tout n'y est pas passionnant, surtout pas les discours religieux du prophète Joseph Smith, et les enchainements de scène ne sont pas toujours très clairs. La lecture m'a parfois un peu assommé et j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois pour finir l'album. Sa conclusion, plus effarante encore que ses débuts, m'a davantage intéressé et accroché. J'y ai en tout cas découvert un personnage de prophète et sa religion qui sont loin de m'avoir donné envie de rejoindre leurs rangs.
C'est la première histoire que je lis sur Mister Miracle, ou plutôt une réinterprétation de sa jeunesse.
Tout d'abord, j'ai été séduit par le style de dessin de Daniel Isles. Les arrière-plans sont peu détaillés, voir inexistants. Les visages ont un style bien particulier et les scènes d'action sont dynamiques. Le choix de la colorisation : SIMPLE. Cela me fait penser à l'outil -pot de peinture- d'un logiciel de dessin - cliquez dans les zones à remplir et tada ! - Sans dégradé ni jeu de lumière. Disons que ça donne son style. J'ai bien aimé également l'ambiance futuriste.
En ce qui concerne le scénario, il n'est pas nécessaire de connaître toutes les réfs (comme Mamie bonheur, Darkseid, Apokolips...) pour apprécier l'histoire, bien que les connaisseurs y trouveront sans doute un intérêt supplémentaire. L'intrigue est très basique et semble clairement destinée à un public adolescent. Dénouement trop facile et du déjà vu. Ça ne vaut pas plus que 3/5.
J'ai tout de même passé un bon moment de lecture, le jeune est attachant, il me fait penser à Deadpool dans sa manière d'être. Mais c'est une lecture qui ne me marquera pas. Ce que je retiendrai surtout, c'est le style de Daniel Isles, que je vais surveiller de près.
Faits accomplis
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Il s'agit d'un récit biographique sur la vie de Stan Lee, cocréateur des superhéros Marvel. Ce tome est paru initialement en 2015, sans prépublication. Il est écrit par Peter David à partir d'une biographie, dessiné et encré par Colleen Doran, avec une mise en couleurs de Bill Farmer. Bien sûr Stan Lee lui-même a coécrit sa biographie.
Cette autobiographie commence avec Stan Lee sur scène de nos jours, présentant sa vie comme un spectacle. Il est né le 28 décembre 1922, dans une famille modeste, fils ainé de Jack Lieber (un immigrant roumain) et Celia (une newyorkaise). Son petit frère Larry est né 9 ans plus tard. Enfant, le petit Stanley Lieber était un lecteur vorace, et un grand amateur des feuilletons radiophoniques. La crise de 1929 fut particulièrement éprouvante pour la famille Lieber.
Dès qu'il le put, Stanley Lieber a effectué des petits boulots, de rédacteur de rubriques nécrologiques en avance (pour qu'elles soient prêtes au cas où), à garçon de course pour un fabricant de pantalons, en passant par placeur dans un cinéma. En 1939, grâce à la recommandation de Robbie Solomon, Stanley Lieber est engagé par Joe Simon, pour travailler pour Timely Comics, comme commis à tout faire. Il a vite l'occasion d'écrire une courte histoire en prose de Captain America, qu'il signe du nom de plume de Stan Lee.
Stan Lee est une figure incontournable de l'histoire des comics américains. En 1961, il est le principal scénariste de Marvel Comics, dont il deviendra également l'éditeur en chef, le responsable artistique, etc. Cette entreprise met en avant des superhéros ayant des problèmes personnels (plus si parfaits que ceux de DC Comics). le succès public rencontré par les séries Marvel va contribuer à la proéminence du genre superhéros dans la bande dessinée américaine, au détriment de tous les autres. Il est donc à la fois un scénariste prolifique, un éditeur au bagout irrésistible, un développeur de la communauté de lecteurs, mais aussi un décideur dans une entreprise en pleine expansion, donc un responsable sujet à critiques de la part des autres employés.
Cette bande dessinée retrace 92 ans de sa vie, à partir de morceaux choisis, parce que même en 190 pages, il n'est pas possible de tout raconter d'une vie aussi remplie.
Au vu de la qualité des anecdotes et du ton personnel du récit, il est certain que Stan Lee (maintenant son nom officiel) a contribué de près au scénario. le lecteur peut reconnaître son ton emphatique à souhait pour louer la qualité exceptionnelle de ses produits. Néanmoins Peter David a baissé un peu le volume du ton tonitruant employé par Stan Lee, et intégré un soupçon d'autodérision qui rend le personnage très humain. Stan Lee évoque des faits personnels tels que son mariage, la mort de sa seconde fille, les démêlés juridiques pour les droits cinématographiques de Spider-Man, autant de moments intimes ou moins glorieux qui tempèrent la success story, et laissent la possibilité au lecteur d'entrevoir l'être humain, derrière le personnage public.
La biographie ou l'autobiographie est un genre un peu délicat à transposer en bandes dessinées, car il faut communiquer beaucoup d'éléments factuels, savoir les contextualiser par rapport à l'époque, ou à l'évolution des spécificités de l'industrie des comics au fil des décennies. Il n'est pas simple de trouver le juste milieu entre déverser des tombereaux de données indigestes, et se contenter d'une hagiographie chantant les louanges d'un individu exceptionnel jusqu'à en être un modèle parfait. Peter David utilise une narration qui met en avant les accomplissements réels de Stan Lee tout au long de sa longue carrière, en insérant quelques touches d'humour gentilles (sans aller jusqu'à écorner l'homme), mais en oubliant régulièrement de préciser l'année de l'événement raconté.
Plutôt que de s'atteler à la tâche de terminer A distant soil, Colleen Doran emploie ses talents à mettre cette (auto)biographie en images. Elle dessine de manière simplifiée, tout en conservant un bon niveau de réalisme. Dans le premier axe, le lecteur peut constater que la représentation des arrière-plans est plus souvent optionnelle qu'à son tour. C'est cohérent avec les pratiques habituelles des comics, et avec le fait que Stan Lee présente sa vie à partir d'une scène dépouillée. Néanmoins, cela devient frustrant quand la séquence évoque une époque clairement datée et que la reconstitution historique est laissée pour compte. le lecteur ressent que Peter David et Colleen Doran ont souhaité que ce récit soit accessible au plus grand nombre, et qu'en conséquence les dessins sont simplifiés au point d'en devenir superficiels.
Par contre, cette artiste reproduit la ressemblance des personnes réelles, avec un degré de conviction satisfaisant, qu'il s'agisse d'Errol Flynn, John Lennon, George Bush ou Brad Pitt. le lecteur peut également constater qu'elle a fait un effort manifeste pour éviter d'aligner des têtes en train de parler. de fait elle représente les individus souvent en pied, ou à partir de la ceinture, ce qui permet de donner plus de place au langage corporel. Lorsque la narration l'exige, elle fait l'effort nécessaire pour représenter avec plus de détails un lieu ou un bâtiment (comme par exemple la villa de Los Angeles, achetée par Stan Lee et sa femme Joan).
Le lecteur se laisse donc porter par cette narration visuelle professionnelle, claire, montrant des individus en train de bouger, mais restant un peu superficielle sur le plan de la reconstitution historique. Les auteurs ont fait le choix d'intégrer des couvertures de comics écrits par Stan Lee, en l'état, plutôt que de les faire refaire par Colleen Doran. Le lecteur peut donc revoir passer les couvertures de Fantastic Four 1, Amazing Fantasy 15, Sgt Fury and his howling commandos 1, Striperella (avec Pamela Anderson), ou encore Just imagine Stan Lee's Superman, et même la couverture du roman écrit par Joan Lee, sa femme.
Par la force des choses, cette autobiographie se déroule en même temps que l'évolution de l'industrie des comics. Il est donc question de l'outil de censure qu'est le Comics Code Authority, de la création des superhéros Marvel, de la communauté naissante des lecteurs de comics, des droits et des rémunérations des créateurs, des différents propriétaires de l'entreprise Marvel, des adaptations à la télévision et au cinéma, et des principaux collaborateurs de Stan Lee.
En lisant une autobiographie de Stan Lee, le lecteur guette l'évocation délicate de ses collaborateurs. Stan Lee est une figure controversée du monde des comics parce qu'il fut à la fois un créateur et un employé de Marvel à un poste de responsabilité. Pour quelqu'un qui ne connaît pas les différends qui ont opposé Lee à Jack Kirby, les passages correspondants le font apparaître comme quelqu'un d'honnête et attentionné. Il indique clairement qu'il n'était que le co-créateur des Fantastic Four et de Spider-Man. Il détaille le processus de la méthode Marvel, dans laquelle le scénariste ne remet pas un script complet (full script), mais un script détaillant les différentes scènes, leur nombre de page, et une indication de ce que disent les personnages.
Lorsque le dessinateur renvoie ses planches, le scénariste écrit alors les dialogues et les didascalies. En lisant ce tome, le lecteur apprend que Stan Lee a très tôt demandé à ce que ses collaborateurs soient reconnus comme des créateurs à part entière. Il a également milité pour l'amélioration des salaires, et pour neutraliser le Comics Code Authority. Il a fortement critiqué les premières adaptations télévisuelles pour leur simplification outrancière ou même leur trahison de ce qui fait la spécificité des superhéros Marvel.
Effectivement il rend hommage à Jack Kirby et à Steve Ditko (en insistant sur le fait qu'ils ont bien co-créé les FF et Spider-Man), mais aussi aux petites mains de Marvel comme Sol Brodsky, ou encore à Roy Thomas, à Gerry Conway. Il montre comment son cumul d'emploi (scénariste, responsable éditorial, éditeur en chef, responsable artistique) ne lui laissait pas le temps de veiller personnellement à la situation de chacun des employés de Marvel. D'ailleurs la suite de son histoire montre que lui-même a été traité comme un simple employé, sans plus de ménagement que les autres (même s'il n'insiste pas trop dessus).
Pour quelqu'un qui a eu la curiosité de se plonger dans les déclarations de Kirby quant à la manière dont Marvel l'a traité (ou qui l'a lu dans la presse spécialisée à l'époque), cet aspect-là du rôle de Stan Lee semble minimisé (voire entaché d'un soupçon de révisionnisme), en particulier le fait qu'il faisait appliquer la politique de l'entreprise en termes de condition d'emploi et de rémunération. Après lui, Jim Shooter (évoqué le temps d'une case) sera attaqué pour les mêmes raisons, et se défendra de la même manière en arguant des avancées obtenues par lui auprès des employeurs. En outre, en tant qu'éditeur en chef, Stan Lee (jamais oublieux de promouvoir sa propre personne) avait veillé à ce que chaque comics Marvel commence avec la mention "Stan Lee presents". Il est bien sûr facile de lui jeter la pierre toutes ces années plus tard, en appliquant en plus des critères qui n'étaient pas ceux de l'époque. Il n'en reste pas moins qu'il a longtemps été l'équivalent du père de Marvel et de sa mascotte officielle, alors que Jack Kirby et Steve Ditko n'étaient considérés que comme de simples exécutants.
À cette réserve près, cette autobiographie se révèle très agréable à lire, et très intéressante car elle couvre plusieurs décennies. Elle est racontée du point de vue de Stan Lee, cocréateur de Marvel Comics et de ses personnages emblématiques, et elle expose son point de vue à lui (ce qui est finalement normal pour une autobiographie). Elle dresse en creux le portrait partiel et partial de l'industrie des comics. Elle se termine sur ce que Stan Lee considère être le plus important dans sa longue vie : pouvoir toucher et aider son contemporain par le biais d'histoires qu'il a voulu moins réductrice que l'ordinaire de son époque.
Troubs met beaucoup de feel-good, d’empathie, dans cette histoire pleine de simplicité et de bons sentiments, et la lecture se fait facilement. Le dessin est au diapason, lui aussi plein de rondeurs, ancré dans un terroir résistant au passage du temps.
Il n’y a pas vraiment d’histoire, ou alors c’est une tranche de vie, une suite de rencontres, avec des dialogues omniprésents, hachés, courts, proches parfois de l’onomatopée : ils sonnent juste en tout cas.
Voilà pourquoi j’arrondis aux quatre étoiles. Car je ne suis pas le cœur de cible, et j’ai quand même trouvé cet album un peu creux, gentillet.
Note réelle 2,5/5.
J'avais bien aimé Au plus près de la même auteure même si je n'ai pas trouvé que c'était une excellente BD. J'ai trouvé cette autre BD que j'ai lue rapidement et je continue d'avoir une bonne impression !
Le dessin est le même, avec une patte assez caractéristique mais que j'ai déjà loué. Alors qu'on aurait l'impression que le dessin est trop simple et enfantin, c'est un trait maitrisé qui est suffisamment précis pour tout comprendre et transmettre les informations essentiels, avec en plus une efficacité dans les décors qui sont essentiels ici. C'est l'Islande qui est présenté, ses terres dévastées et ses geysers, son temps si froid et brumeux.
L'histoire est sympathique, c'est un jeune homme dont la mère s'inquiète de tout, qui voyage avec elle et son nouveau copain en Islande pour les vacances. C'est a rythme lent et il n'y a pas de véritable résolution, même si un certain évènement à lieu. Le seul souci que je vois dans ce récit, c'est que je ne trouve pas le message très marquant. Une question sur la jeunesse, ce qui nous marque et les rapports entre jeunes et adultes, mais sans avoir l'impression que ça ne dépasse ce cadre.
Plaisant à lire, amusant mais pas marquant.
Rien de sorcier mais j’ai passé un bon moment avec ce manga, il faut dire que même si je ne suis pas bon j’aime assez le poker.
La série reprend les codes du shonen sportif pour les mettre à la sauce de ce jeu de cartes (recrutement, premier affrontement …).
Le personnage principal, en plus d’être dragueur, est un gros mytho baratineur, un trait qui peut le rendre antipathique mais qui fonctionne très bien avec le poker. Nous ferons aussi connaissance avec de nombreux joueurs à la personnalité assez barrée pour la plupart, j’ai bien aimé les passages où certains lors de leur tapis se transforment en Néo de Matrix, Musclor des Maîtres de l’univers, Drunken master … Bref l’humour passe bien et les règles du poker sont bien expliquées pour les néophytes (le héros en étant un).
La mise en page assure parfaitement le taf et chaque personnage à son identité propre.
Par contre pour moi, la série n’est pas terminée mais bien abandonnée (sans que ce soit spécialement préjudiciable), nous n’aurons pas le fin mot du fond de l’histoire. Ce dernier est un peu débile d’ailleurs, en gros un couple super riche et fou du jeu va divorcer, leurs différentes filles doivent prendre partie et monter une équipe de 4 joueurs pour un tournoi qui décidera du sort de leur parent (pension …). A la fin du tome 3, ce tournoi va enfin démarrer et le cliffhanger final montre la petite dernière et son équipe de jeunots.
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Shazam contre la société des monstres
Une version sympathique de Captain Marvel - Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2007, écrits, dessinés et encrés par Jeff Smith, avec une mise en couleurs réalisée par Steve Hamaker. Il se termine avec un dossier de 32 pages, conçu par Jeff Smith, commençant par une introduction d'une page rédigée par lui, 16 pages d'études graphiques, et le reste de photographies et d'annotations. Ce tome s'ouvre avec une introduction de 2 pages réalisée par Alex Ross disant toute l'importance de ce personnage pour lui, pour lequel il avait réalisé une histoire Shazam! Power of Hope en 2005, avec Paul Dini. Dans un immeuble à l'abandon, La Green, un petit voyou, pénètre dans un appartement abandonné, squatté par un jeune enfant Billy Batson. Il exige que ce dernier lui donne l'argent qu'il a récupéré auprès d'une personne à la rue. Il survient une panne de courant : Billy en profite pour s'enfuir et rejoindre Talky, le clochard devant son bidon servant de brasero de fortune, dans un terrain vague. Ils partagent une boisson chaude, évoquent l'hiver qui arrive. Billy souhaite rendre la monnaie des courses à Talky qui refuse indiquant que cela correspond à son dédommagement pour avoir fait ses courses. Billy Batson aperçoit une silhouette qui semble les épier. Il se lance à sa poursuite, car l'individu ressemble à son père. Il le suit quand il descend l'escalier qui accède à une station de métro. Il monte dans la rame, car la silhouette paternelle y monte aussi, tout en refusant de lui parler. Au premier arrêt, la silhouette vêtue d'un imperméable noir intime à Billy de descendre. Billy Btason se retrouve dans une sorte de grotte, en forme de long couloir et le long de la paroi de gauche se trouvent 7 statues, celles des sept péchés capitaux : l'acédie, l'avarice, la colère, l'envie, la gourmandise, la luxure, l'orgueil. 5 statues ont les yeux ouverts. Au bout de ce corridor, se trouve un vieil homme à barbe blanche assis sur un trône de pierre, avec un cube de pierre suspendu au-dessus de lui, un globe terrestre sur pied à droite, un grand tome et un petit feu dans une coupelle à sa gauche. Timide, et même un peu apeuré, Billy Batson s'approche lentement de lui, et le vieil l'interpelle par son nom. Il lui indique qu'il a été choisi pour être le prochain et lui intime de prononcer le mot magique : Shazam ! Impressionné, le garçon finit par s'exécuter et il se retrouve transformé en adulte, et salué par le vieil homme comme étant Marvel. Ensuite, le vieil homme se rassoit sur son trône de pierre en indiquant que son heure est presqu'arrivée de quitter ce plan d'existence. L'attention du lecteur est attirée par ce projet, à la fois pour l'auteur, à la fois pour le personnage. Jeff Smith s'est fait connaître en créant, écrivant, dessinant et auto-éditant la série tout public Bone (1991-2004) traduite en nombreuses langues. Il a par la suite réalisé une autre série RASL (2008-2012). Il est donc a priori un créateur à même de retranscrire l'innocence et le charme de Captain Marvel. À l'origine, ce personnage a été édité par Fawcett Comics et créé en 1939 par le scénariste Bill Parker et le dessinateur C.C. Beck. Au milieu des années 1940, les comics de Captain Marvel vendaient plus d'exemplaires que ceux de Superman. Puis ses ventes ont chuté et il a été repris par DC Comics sous licence jusqu'en 1991, date à laquelle DC Comics en a racheté les droits. Une relance plutôt fidèle avait été réalisée par Jerry Ordway en 1994 : The Power of Shazam!. Mais entretemps Marvel Comics a interdit aux éditeurs d'utiliser l'appellation Captain Marvel dans le titre (les droits de cette appellation étant détenus par Marvel), contraignant DC à préférer le titre de Shazam ! Pour cette histoire, Jeff Smith a repris le titre d'une des aventures originales les plus longues du personnage. S'il connaît déjà ce Captain Marvel, le lecteur a déjà une bonne idée de l'intrigue. Dans les faits, Jeff Smith a choisi d'écrire une aventure débutant par les origines du personnage, puis le faisant affronter un de ses ennemis emblématiques, avec également la première apparition de Thaddeus Sivana. Il effectue quelques aménagements par rapport aux histoires originelles, mais en conserve aussi les éléments enfantins. Billy Batson se transforme toujours en prononçant le mot magique Shazam, les initiales des dieux qui lui donnent ses pouvoirs : Salomon, Hercule, Atlas, Zeus, Achille, Mercure. 2 personnages emblématiques de la série sont présents : Mary Marvel et Talky Tawny, dans des versions un petit peu modifiées. La force de la narration de Jeff Smith est de présenter tout ça de manière très naturelle, avec une logique de conte qui fait que ces éléments enfantins s'insèrent dans l'ordre logique du récit. Billy Batson éprouve un véritable plaisir sans culpabilité ou remords à disposer de pouvoirs extraordinaires. Mary Batson se montre encore plus enchantée par ses pouvoirs, avec une joie enfantine qui fait plaisir à voir. le sorcier se retrouve vite neutralisé ce qui évite une présence patriarcale caricaturale trop pesante. La nature de Talky Tawny lui confère une réelle légitimité à donner des conseils à Billy. Le lecteur De Bone retrouve bien le coup de crayon de Jeff Smith : ses dessins descriptifs avec des traits de contour un peu irréguliers, son aisance à transcrire les émotions sur les visages, la vivacité de ses mises en scène. Billy Batson n'est pas Fone Bone : visuellement il est plus marqué par ses conditions de vie, et forcément moins rond. Il porte des vêtements confortables et bon marché, un tout petit peu trop grands pour lui, ce qui renforce l'impression de jeunesse qui se dégage de sa personne. Mary Batson porte des vêtements très similaires. Helen Fidelity, la journaliste télé, porte un tailleur plus habillé, et Sterling Morris porte un complet-veston comme il sied à sa fonction. de la même manière, le lecteur reconnait aisément les tenues des policiers. le dessinateur ne met pas en avant la technologie du temps présent, mais le lecteur peut remarquer des détails qui attestent que le récit se déroule bien au début du vingt-et-unième siècle. Smith se conforme à l'apparence classique des personnages, sans chercher à innover, mais en les représentant avec ses caractéristiques graphiques. Par exemple, Thaddeus Sivana est égal à lui-même, les sept péchés capitaux également. le lecteur se laisse facilement entraîner dans cette histoire avec des vrais gentils et des vrais méchants, d'autant que la narration visuelle est d'une grande fluidité. Jeff Smith n'hésite pas à réaliser régulièrement des pages sans texte pour raconter son histoire, à utiliser les conventions propres aux superhéros, à commencer par l'usage de la force pour régler les problèmes et sauver les innocents. Même s'il connaît déjà l'histoire, le lecteur retrouve le plaisir de ce métro inattendu, de cette rencontre un vieux monsieur qui semble en savoir beaucoup plus qu'il ne dit, de cette vie de sans abri à la merci de jeunes voyous, de l'effet libérateur de se transformer en un adulte surpuissant, en imposant à tous les autres. Jeff Smith sait conserver intact le plaisir de Billy, introduire des moments d'humour simple et venant du fond du cœur. le lecteur retrouve les sensations de base à la lecture d'un récit de superhéros : le plaisir de la force physique, la gentillesse d'aider les plus faibles, le refus de plier devant les plus forts. Il admire les moments spectaculaires : la galerie des sept péchés capitaux, la première transformation en Captain Marvel, le voyage dans l'espace-temps avec des effets spéciaux remarquables réalisés par Steve Hamaker, l'arrivée des 2 colosses à Central Park, le plaisir sans borne de Mary Marvel en train de voler par elle-même, etc. Il sourit régulièrement devant les mimiques de Captain Marvel, empruntes de la franchise de Billy Batson. Il en vient à retenir sa respiration quand Billy doit faire face aux dangers sans pouvoir se transformer. Une fois passée la séquence des origines, le scénario se focalise sur les deux géants étranges apparus à Central Park et promettant de détruire toute civilisation à la surface de la Terre. le scénariste focalise bien sûr son récit sur les hauts faits de Billy Batson, en prenant soin de mettre en avant son courage et sa gentillesse, sans qu'il n'apparaisse jamais naïf ou neuneu. Le lecteur adulte peut donc prendre plaisir à ces aventures simples et enjouées, et le lecteur plus jeune trembler avec Billy au fur et à mesure des épreuves à affronter. L'histoire mélange donc l'entrain de l'enfance, avec la volonté de grandir, de devenir un individu adulte grand et fort, tout en montrant que Billy Batson doit quand même surmonter ses peurs, et s'engager pour défendre ses valeurs. le lecteur ressort avec le sourire de cette histoire, ayant (re)découvert ce qui fait toute la spécificité de Captain Marvel, en profitant de l'élégance de la narration visuelle de Jeff Smith. Dans le même temps, il se dit que l'auteur a réussi un hommage de qualité, sans aller jusqu'à sublimer l'original. Il s'agit d'une bonne mise à jour, respectueuse de l'original, permettant à des lecteurs contemporains d'apprécier ce qui rend ce personnage unique, mais sans en proposer une relecture, ou plutôt une interprétation personnelle.
L'Ogre Lion
Avec ces personnages à tête de lion, la série m’a immédiatement fait penser à la série « Les 5 Terres ». Il faut dire que ces séries animalières deviennent nombreuses. Pourquoi pas ? Celle-ci s’en sort pas mal et procure une lecture sympathique. Le premier tome plante le décor, nous fait découvrir le groupe très hétéroclite que nous allons suivre, tandis que le deuxième tome est bâti sur de longs flash-backs, qui nous permettent de comprendre le personnage central de Kgosi/Bakham, roi déchu, qui est passé du camp des « méchants » à celui des « gentils ». L’intrigue n’est pas follement originale, mais elle se laisse lire agréablement, et la petite équipe joue de ses différences pour captiver le lecteur, entre la souris et le lion, avec quelques petites pointes d’humour, et une action qui dynamise régulièrement l’histoire. Rien d’original donc, on a là une série qui satisfera les amateurs du genre, mais qui ne les surprendra pas. Mais la lecture est plaisante. Une série à suivre. Note réelle 3,5/5.
Ma vie est un best seller
Une lecture pleine de fraicheur, sympathique, même si ça n’est pas sur ce genre de série que je reviendrai. C’est à la fois une suite de tranches de vie d’une jeune femme, et une critique plus ou moins acerbe du monde de l’entreprise, et par la suite du microcosme médiatique (parisien surtout). Une jeune femme se fait embaucher dans un grand groupe, et doit immédiatement s’habituer au jargon et aux méthodes managériales « modernes ». Ça la gonfle, et elle écrit un bouquin pour se moquer de la glandouille au boulot, s’ensuit un succès médiatique et quelques ennuis dans sa boîte. C’est dynamique et sans prétention, ça se laisse facilement, c’est souvent amusant. Mais ça tourne aussi rapidement en rond, et l’humour apparait au bout d’un moment un peu lourd et trop « appuyé », en particulier pour tous les noms, modifiant et parodiant des grands groupes, des émissions télé et journaux, ou des personnalités people (nombreuses à passer sous les crayons d’Aurita). Une lecture sympathique, sans plus. Note réelle 2,5/5.
Varto
Ça n’est pas le premier album que je lis sur le génocide arménien, et celui-ci recèle de réelles qualités. D’abord, il ne joue jamais sur un quelconque pathos (il y aurait matière à !), et, à part quelques cadavres devinés sur une case en début d’album, la mort n’est qu’évoquée : certes, les maltraitances turques apparaissent bien au fil de la fuite de Varto et de sa sœur, mais c’est un peu comme « un sac de billes », on se focalise sur les gamins – et leur « guide » turc. La fin de cette fuite est traitée en ellipse – c’est dommage, mais c’est un choix, et les parties plus contemporaines (l’intrigue est surtout composée de longs flash-backs en 1915, encadrés par des passages quelques dizaines d’années plus tard – il faut attendre la fin pour comprendre qui sont les personnages que nous y croisons) hachent parfois un peu trop le récit. Je n’ai pas trouvé le dessin de Torossian très beau dans son rendu. Mais là c’est surtout affaire de goût, car son Noir et Blanc jouant sur des nuances de gris est très lisible. A noter un très bon dossier final, qui complète très bien la partie BD en restituant non seulement le contexte du génocide, mais ce qu’il en est advenu jusqu’à aujourd’hui.
Joseph Smith et les Mormons
C'est un album au format d'un gros bouquin, avec une couverture couleur cuir rehaussée de noir et d'or qui lui donne des allures bibliques. C'est l'œuvre de Noah Van Sciver, dont les parents étaient mormons mais ont divorcé quand il avait 12 ans, ce qui lui a permis de s'éloigner avec sa mère de l'Eglise Mormonne, de perdre la foi et de revenir, une fois adulte, en véritable explorateur et documentaliste d'un mouvement religieux sur lequel il a cherché à se renseigner soigneusement et objectivement pour mieux comprendre la pensée de ses parents avant leur divorce. C'est ainsi qu'il nous délivre la biographie très détaillée de Joseph Smith, le prophète déclaré qui a créé cette religion au milieu de 19e siècle aux Etats-Unis, le parcours d'un homme et d'une communauté controversés. Si je connaissais l'existence des Mormons, de leur capitale à Salt Lake city et des rumeurs insistant sur leur polygamie, je réalise que je ne savais quasiment rien d'autre sur eux et que je les confondais avec les Quakers et autres Amish américains. Et j'ignorais tout de la création de ce mouvement religieux, ni même qu'il y avait un homme en particulier derrière cela. Cet ouvrage fut donc une vraie source d'information et d'instruction pour moi. En vieil athée que je suis, j'ai été assez stupéfait de la manière dont les choses se sont déroulées à l'époque. D'emblée, la famille de Joseph est présentée comme des baratineurs jouant sur la superstition des gens et vendant les services de divination de Joseph grâce à une prétendue pierre magique. Et quand les affaires ne marchent plus trop, voilà que Joseph déclare avoir eu une vision angélique puis d'avoir reçu un livre d'or que lui seul a le droit de voir et que lui seul peut traduire. Et quand peu à peu il délivre le message de ce livre, l'arrangeant visiblement au gré de ses envies du moment, les gens semblent l'accepter avec à peine plus que quelques légers doutes rapidement balayés quand Joseph dit qu'il faut qu'ils aient la foi. Idem quand peu à peu il attire de plus en plus de fidèles autour de lui : les américains de cette époque étaient-ils donc tant en recherche de foi et de religion pour croire si facilement les affirmations péremptoires d'un tel homme ? Tout trahit le mensonge, le baratin, et pourtant ils y croient tous ou presque, certains semblant même largement complices de la chose pour leur propre profit. Et le pire advient sur la fin, quand pour justifier ses frasques adultères, Joseph déclare avec la plus grande assurance que c'est la volonté divine de permettre aux hommes le mariage spirituel, et du moment qu'ils ne les rejettent pas, d'avoir autant d'épouses qu'ils le désirent (sachant qu'officiellement il en a eu... 34 !). Et qu'il fait passer pour des messages divins les ordres donnés à sa première épouse d'accepter cela sans se plaindre sans quoi elle serait "détruite par Dieu". On est rigoureusement dans les manières d'un gourou de secte, avec un discours aussi illuminé et peu crédible que les scientologues de nos jours, et c'est effarant de voir que cela a pu donner lieu à une vraie religion avec tant de fidèles (plus de 16 millions a priori). Tout cela est présenté par Noah Van Sciver sans qu'il affirme que ce soit la stricte vérité. Il déclare avoir fait de son mieux pour se documenter et se rapprocher des faits, mais que ça ne peut forcément pas être pris pour argent comptant : il s'est basé sur de vraies sources mais il a été obligé de présenter sa vision personnelle des choses. Le dessin y est très simple, relativement joli mais pas assez varié sur les représentation des personnages ce qui amène à en confondre certains, d'autant qu'il y en a beaucoup. La narration pour sa part est un peu pénible. L'auteur a voulu être exhaustif et son bouquin est vraiment dense et épais. Tout n'y est pas passionnant, surtout pas les discours religieux du prophète Joseph Smith, et les enchainements de scène ne sont pas toujours très clairs. La lecture m'a parfois un peu assommé et j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois pour finir l'album. Sa conclusion, plus effarante encore que ses débuts, m'a davantage intéressé et accroché. J'y ai en tout cas découvert un personnage de prophète et sa religion qui sont loin de m'avoir donné envie de rejoindre leurs rangs.
Mister Miracle - The Great Escape
C'est la première histoire que je lis sur Mister Miracle, ou plutôt une réinterprétation de sa jeunesse. Tout d'abord, j'ai été séduit par le style de dessin de Daniel Isles. Les arrière-plans sont peu détaillés, voir inexistants. Les visages ont un style bien particulier et les scènes d'action sont dynamiques. Le choix de la colorisation : SIMPLE. Cela me fait penser à l'outil -pot de peinture- d'un logiciel de dessin - cliquez dans les zones à remplir et tada ! - Sans dégradé ni jeu de lumière. Disons que ça donne son style. J'ai bien aimé également l'ambiance futuriste. En ce qui concerne le scénario, il n'est pas nécessaire de connaître toutes les réfs (comme Mamie bonheur, Darkseid, Apokolips...) pour apprécier l'histoire, bien que les connaisseurs y trouveront sans doute un intérêt supplémentaire. L'intrigue est très basique et semble clairement destinée à un public adolescent. Dénouement trop facile et du déjà vu. Ça ne vaut pas plus que 3/5. J'ai tout de même passé un bon moment de lecture, le jeune est attachant, il me fait penser à Deadpool dans sa manière d'être. Mais c'est une lecture qui ne me marquera pas. Ce que je retiendrai surtout, c'est le style de Daniel Isles, que je vais surveiller de près.
Les Mémoires Incroyables de la Vie Fantastique de Stan Lee
Faits accomplis - Il s'agit d'un récit biographique sur la vie de Stan Lee, cocréateur des superhéros Marvel. Ce tome est paru initialement en 2015, sans prépublication. Il est écrit par Peter David à partir d'une biographie, dessiné et encré par Colleen Doran, avec une mise en couleurs de Bill Farmer. Bien sûr Stan Lee lui-même a coécrit sa biographie. Cette autobiographie commence avec Stan Lee sur scène de nos jours, présentant sa vie comme un spectacle. Il est né le 28 décembre 1922, dans une famille modeste, fils ainé de Jack Lieber (un immigrant roumain) et Celia (une newyorkaise). Son petit frère Larry est né 9 ans plus tard. Enfant, le petit Stanley Lieber était un lecteur vorace, et un grand amateur des feuilletons radiophoniques. La crise de 1929 fut particulièrement éprouvante pour la famille Lieber. Dès qu'il le put, Stanley Lieber a effectué des petits boulots, de rédacteur de rubriques nécrologiques en avance (pour qu'elles soient prêtes au cas où), à garçon de course pour un fabricant de pantalons, en passant par placeur dans un cinéma. En 1939, grâce à la recommandation de Robbie Solomon, Stanley Lieber est engagé par Joe Simon, pour travailler pour Timely Comics, comme commis à tout faire. Il a vite l'occasion d'écrire une courte histoire en prose de Captain America, qu'il signe du nom de plume de Stan Lee. Stan Lee est une figure incontournable de l'histoire des comics américains. En 1961, il est le principal scénariste de Marvel Comics, dont il deviendra également l'éditeur en chef, le responsable artistique, etc. Cette entreprise met en avant des superhéros ayant des problèmes personnels (plus si parfaits que ceux de DC Comics). le succès public rencontré par les séries Marvel va contribuer à la proéminence du genre superhéros dans la bande dessinée américaine, au détriment de tous les autres. Il est donc à la fois un scénariste prolifique, un éditeur au bagout irrésistible, un développeur de la communauté de lecteurs, mais aussi un décideur dans une entreprise en pleine expansion, donc un responsable sujet à critiques de la part des autres employés. Cette bande dessinée retrace 92 ans de sa vie, à partir de morceaux choisis, parce que même en 190 pages, il n'est pas possible de tout raconter d'une vie aussi remplie. Au vu de la qualité des anecdotes et du ton personnel du récit, il est certain que Stan Lee (maintenant son nom officiel) a contribué de près au scénario. le lecteur peut reconnaître son ton emphatique à souhait pour louer la qualité exceptionnelle de ses produits. Néanmoins Peter David a baissé un peu le volume du ton tonitruant employé par Stan Lee, et intégré un soupçon d'autodérision qui rend le personnage très humain. Stan Lee évoque des faits personnels tels que son mariage, la mort de sa seconde fille, les démêlés juridiques pour les droits cinématographiques de Spider-Man, autant de moments intimes ou moins glorieux qui tempèrent la success story, et laissent la possibilité au lecteur d'entrevoir l'être humain, derrière le personnage public. La biographie ou l'autobiographie est un genre un peu délicat à transposer en bandes dessinées, car il faut communiquer beaucoup d'éléments factuels, savoir les contextualiser par rapport à l'époque, ou à l'évolution des spécificités de l'industrie des comics au fil des décennies. Il n'est pas simple de trouver le juste milieu entre déverser des tombereaux de données indigestes, et se contenter d'une hagiographie chantant les louanges d'un individu exceptionnel jusqu'à en être un modèle parfait. Peter David utilise une narration qui met en avant les accomplissements réels de Stan Lee tout au long de sa longue carrière, en insérant quelques touches d'humour gentilles (sans aller jusqu'à écorner l'homme), mais en oubliant régulièrement de préciser l'année de l'événement raconté. Plutôt que de s'atteler à la tâche de terminer A distant soil, Colleen Doran emploie ses talents à mettre cette (auto)biographie en images. Elle dessine de manière simplifiée, tout en conservant un bon niveau de réalisme. Dans le premier axe, le lecteur peut constater que la représentation des arrière-plans est plus souvent optionnelle qu'à son tour. C'est cohérent avec les pratiques habituelles des comics, et avec le fait que Stan Lee présente sa vie à partir d'une scène dépouillée. Néanmoins, cela devient frustrant quand la séquence évoque une époque clairement datée et que la reconstitution historique est laissée pour compte. le lecteur ressent que Peter David et Colleen Doran ont souhaité que ce récit soit accessible au plus grand nombre, et qu'en conséquence les dessins sont simplifiés au point d'en devenir superficiels. Par contre, cette artiste reproduit la ressemblance des personnes réelles, avec un degré de conviction satisfaisant, qu'il s'agisse d'Errol Flynn, John Lennon, George Bush ou Brad Pitt. le lecteur peut également constater qu'elle a fait un effort manifeste pour éviter d'aligner des têtes en train de parler. de fait elle représente les individus souvent en pied, ou à partir de la ceinture, ce qui permet de donner plus de place au langage corporel. Lorsque la narration l'exige, elle fait l'effort nécessaire pour représenter avec plus de détails un lieu ou un bâtiment (comme par exemple la villa de Los Angeles, achetée par Stan Lee et sa femme Joan). Le lecteur se laisse donc porter par cette narration visuelle professionnelle, claire, montrant des individus en train de bouger, mais restant un peu superficielle sur le plan de la reconstitution historique. Les auteurs ont fait le choix d'intégrer des couvertures de comics écrits par Stan Lee, en l'état, plutôt que de les faire refaire par Colleen Doran. Le lecteur peut donc revoir passer les couvertures de Fantastic Four 1, Amazing Fantasy 15, Sgt Fury and his howling commandos 1, Striperella (avec Pamela Anderson), ou encore Just imagine Stan Lee's Superman, et même la couverture du roman écrit par Joan Lee, sa femme. Par la force des choses, cette autobiographie se déroule en même temps que l'évolution de l'industrie des comics. Il est donc question de l'outil de censure qu'est le Comics Code Authority, de la création des superhéros Marvel, de la communauté naissante des lecteurs de comics, des droits et des rémunérations des créateurs, des différents propriétaires de l'entreprise Marvel, des adaptations à la télévision et au cinéma, et des principaux collaborateurs de Stan Lee. En lisant une autobiographie de Stan Lee, le lecteur guette l'évocation délicate de ses collaborateurs. Stan Lee est une figure controversée du monde des comics parce qu'il fut à la fois un créateur et un employé de Marvel à un poste de responsabilité. Pour quelqu'un qui ne connaît pas les différends qui ont opposé Lee à Jack Kirby, les passages correspondants le font apparaître comme quelqu'un d'honnête et attentionné. Il indique clairement qu'il n'était que le co-créateur des Fantastic Four et de Spider-Man. Il détaille le processus de la méthode Marvel, dans laquelle le scénariste ne remet pas un script complet (full script), mais un script détaillant les différentes scènes, leur nombre de page, et une indication de ce que disent les personnages. Lorsque le dessinateur renvoie ses planches, le scénariste écrit alors les dialogues et les didascalies. En lisant ce tome, le lecteur apprend que Stan Lee a très tôt demandé à ce que ses collaborateurs soient reconnus comme des créateurs à part entière. Il a également milité pour l'amélioration des salaires, et pour neutraliser le Comics Code Authority. Il a fortement critiqué les premières adaptations télévisuelles pour leur simplification outrancière ou même leur trahison de ce qui fait la spécificité des superhéros Marvel. Effectivement il rend hommage à Jack Kirby et à Steve Ditko (en insistant sur le fait qu'ils ont bien co-créé les FF et Spider-Man), mais aussi aux petites mains de Marvel comme Sol Brodsky, ou encore à Roy Thomas, à Gerry Conway. Il montre comment son cumul d'emploi (scénariste, responsable éditorial, éditeur en chef, responsable artistique) ne lui laissait pas le temps de veiller personnellement à la situation de chacun des employés de Marvel. D'ailleurs la suite de son histoire montre que lui-même a été traité comme un simple employé, sans plus de ménagement que les autres (même s'il n'insiste pas trop dessus). Pour quelqu'un qui a eu la curiosité de se plonger dans les déclarations de Kirby quant à la manière dont Marvel l'a traité (ou qui l'a lu dans la presse spécialisée à l'époque), cet aspect-là du rôle de Stan Lee semble minimisé (voire entaché d'un soupçon de révisionnisme), en particulier le fait qu'il faisait appliquer la politique de l'entreprise en termes de condition d'emploi et de rémunération. Après lui, Jim Shooter (évoqué le temps d'une case) sera attaqué pour les mêmes raisons, et se défendra de la même manière en arguant des avancées obtenues par lui auprès des employeurs. En outre, en tant qu'éditeur en chef, Stan Lee (jamais oublieux de promouvoir sa propre personne) avait veillé à ce que chaque comics Marvel commence avec la mention "Stan Lee presents". Il est bien sûr facile de lui jeter la pierre toutes ces années plus tard, en appliquant en plus des critères qui n'étaient pas ceux de l'époque. Il n'en reste pas moins qu'il a longtemps été l'équivalent du père de Marvel et de sa mascotte officielle, alors que Jack Kirby et Steve Ditko n'étaient considérés que comme de simples exécutants. À cette réserve près, cette autobiographie se révèle très agréable à lire, et très intéressante car elle couvre plusieurs décennies. Elle est racontée du point de vue de Stan Lee, cocréateur de Marvel Comics et de ses personnages emblématiques, et elle expose son point de vue à lui (ce qui est finalement normal pour une autobiographie). Elle dresse en creux le portrait partiel et partial de l'industrie des comics. Elle se termine sur ce que Stan Lee considère être le plus important dans sa longue vie : pouvoir toucher et aider son contemporain par le biais d'histoires qu'il a voulu moins réductrice que l'ordinaire de son époque.
Mon voisin Raymond
Troubs met beaucoup de feel-good, d’empathie, dans cette histoire pleine de simplicité et de bons sentiments, et la lecture se fait facilement. Le dessin est au diapason, lui aussi plein de rondeurs, ancré dans un terroir résistant au passage du temps. Il n’y a pas vraiment d’histoire, ou alors c’est une tranche de vie, une suite de rencontres, avec des dialogues omniprésents, hachés, courts, proches parfois de l’onomatopée : ils sonnent juste en tout cas. Voilà pourquoi j’arrondis aux quatre étoiles. Car je ne suis pas le cœur de cible, et j’ai quand même trouvé cet album un peu creux, gentillet. Note réelle 2,5/5.
Le Centre de la Terre
J'avais bien aimé Au plus près de la même auteure même si je n'ai pas trouvé que c'était une excellente BD. J'ai trouvé cette autre BD que j'ai lue rapidement et je continue d'avoir une bonne impression ! Le dessin est le même, avec une patte assez caractéristique mais que j'ai déjà loué. Alors qu'on aurait l'impression que le dessin est trop simple et enfantin, c'est un trait maitrisé qui est suffisamment précis pour tout comprendre et transmettre les informations essentiels, avec en plus une efficacité dans les décors qui sont essentiels ici. C'est l'Islande qui est présenté, ses terres dévastées et ses geysers, son temps si froid et brumeux. L'histoire est sympathique, c'est un jeune homme dont la mère s'inquiète de tout, qui voyage avec elle et son nouveau copain en Islande pour les vacances. C'est a rythme lent et il n'y a pas de véritable résolution, même si un certain évènement à lieu. Le seul souci que je vois dans ce récit, c'est que je ne trouve pas le message très marquant. Une question sur la jeunesse, ce qui nous marque et les rapports entre jeunes et adultes, mais sans avoir l'impression que ça ne dépasse ce cadre. Plaisant à lire, amusant mais pas marquant.
All In
Rien de sorcier mais j’ai passé un bon moment avec ce manga, il faut dire que même si je ne suis pas bon j’aime assez le poker. La série reprend les codes du shonen sportif pour les mettre à la sauce de ce jeu de cartes (recrutement, premier affrontement …). Le personnage principal, en plus d’être dragueur, est un gros mytho baratineur, un trait qui peut le rendre antipathique mais qui fonctionne très bien avec le poker. Nous ferons aussi connaissance avec de nombreux joueurs à la personnalité assez barrée pour la plupart, j’ai bien aimé les passages où certains lors de leur tapis se transforment en Néo de Matrix, Musclor des Maîtres de l’univers, Drunken master … Bref l’humour passe bien et les règles du poker sont bien expliquées pour les néophytes (le héros en étant un). La mise en page assure parfaitement le taf et chaque personnage à son identité propre. Par contre pour moi, la série n’est pas terminée mais bien abandonnée (sans que ce soit spécialement préjudiciable), nous n’aurons pas le fin mot du fond de l’histoire. Ce dernier est un peu débile d’ailleurs, en gros un couple super riche et fou du jeu va divorcer, leurs différentes filles doivent prendre partie et monter une équipe de 4 joueurs pour un tournoi qui décidera du sort de leur parent (pension …). A la fin du tome 3, ce tournoi va enfin démarrer et le cliffhanger final montre la petite dernière et son équipe de jeunots.