Si j'aime beaucoup, voire énormément le dessin de Nicolas Barral, je reste sur ma fin (faim) quant aux scénarios. Cela avait déjà été le cas pour Sur un air de fado, et bien rebelote en ce qui concerne L'intranquille Monsieur Pessoa.
Le dessin donc, très beau, soigné, une belle ligne claire rehaussée d'aplats de couleurs choisis avec soin, me plait tout particulièrement. Il figure même dans mon panthéon graphique, c'est dire !
Alors je me dis que la déception est à la hauteur de ce petit culte que je voue au trait de l'auteur. Donc très partial. Sur un air de fado m'avait égaré, et j'avais peine à voir le fil conducteur. Ici, les choses sont plus claires : le lecteur suit un pigiste chargé de rédiger la chronique nécrologique de Fernando Pessoa qui, soit dit en passant, n'est pas encore décédé mais est en instance de passer l'arme à gauche.
Déjà, j'aime beaucoup Pessoa. Je n'ai guère lu que quelques poèmes et surtout son fabuleux Banquier anarchiste qui reste pour moi un grand souvenir de lecture. L'auteur portugais s'est évertué à multiplier les pseudonymes afin sans doute de rendre compte au plus juste des nombreuses facettes de sa personnalité, et au-delà sans doute, de celle de tout un chacun. Il y a là un sujet en or massif me semble-t-il pour développer une palette de thématique variée. Seulement, j'ai le sentiment que Barral n'explore pas assez le fond de la jungle humaine. Il propose certes une chouette histoire qui reste tout à fait plaisante à lire, mais il en reste là, presque. Bien sûr, il y a cette histoire de malle contenant l'amoncellement de manuscrits écrit de sa main mais signés par l'un ou l'autre de ses avatars littéraires, mais c'est tout. Un peu simple et facile à mon goût.
C'est donc clairement la déception qui m'habite au lendemain de ma lecture. Elle est relative car L'Intranquille Monsieur Pessoa, en toute honnêteté, demeure un très bon titre. J'en attendais bien plus.
PS : le jeune pigiste ressemble à s'y méprendre à Adrien Brody.
Une autre série du duo Brubaker-Phillips que j'ai trouvé sympathique à lire sans plus.
Les auteurs mélangent le genre polar et super-héros. En effet, l'ancien criminel qui essaie de se réinsérer dans la société et qui voit son passé resurgir et ses anciens associés débarquer dans sa vie après qu'il ait fait le con, cela semble être le postulat de départ de plein de polars, mais l'originalité est que le criminel est un super-méchant avec des pouvoirs.
Brubaker utilise bien les possibilités de ce qui peut arriver à un super-méchant qui veut se réinsérer dans la société et il y a des bonnes surprises dans le scénario. Incognito souffre bien sûr de la comparaison avec 'Sleeper' des mêmes auteurs, mais cela ne m'a pas trop dérangé.
En revanche, si j'ai bien aimé le premier tome, le deuxième m'a moins plu, même s'il contient des bons moments. Ce qui n'aide pas est qu'on dirait qu'on s'arrête au milieu du récit et qu'il va y avoir une suite qui ne va jamais arriver, vu que les auteurs ont arrêté les frais après deux mini-séries.
On a là un recueil de dessins de presse relativement classique dans sa forme. Découpé en chapitres chronologiques (« les années Giscard », puis Mitterrand 1 et 2, puis Chirac, enfin Sarkozy – le recueil date de 2010), il donne à voir l’actualité de l’époque, vue par Cardon lorsqu’il officiait au Canard enchaîné.
Cardon est un auteur que j’aime beaucoup (je m’étonne encore du peu d’avis sur ses livres enregistrés sur le site). Même s’il n’y a pas ici la force poétique de Cathédrale ou La Véridique Histoire des Compteurs à Air (tous deux d’une toute autre ambition), j’ai bien aimé la lecture de ce « Vu de dos ».
Comme tous les recueils du genre, il pâtit du temps qui passe et de l’éloignement des faits et personnalités évoqués. Clairement certaines références (les diamants de Bocassa), certaines personnalités politiques (Edith Cresson) ne parleront qu’aux plus anciens ayant connu ces années 1970/1980. Mais je trouve que Cardon s’en sort ici mieux que d’autres. Justement grâce à cette poésie, que j’ai trouvée moins présente qu’ailleurs chez lui, mais qui est quand même présente dans plusieurs dessins, ce qui leur donne quelque chose d’intemporel.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Cardon est une personne – et un auteur – engagé. Plutôt très à gauche. On ne s’étonnera donc pas de la tonalité de ces dessins. En particulier lorsque la gauche mitterrandienne s’écarte de certaines promesses pour effectuer un virage libéral.
Le trait de Cardon est agréable (inégal ici, il use moins de ses hachures habituelles). Et le ton est somme toute modéré. Il était plus caustique chez Pauvert ou Siné massacre que dans le Canard enchaîné. Mais ça reste quand même quelque chose d’incisif.
Note réelle 3,5/5.
Je découvre cette auteure avec cet album, qui s’est révélé plutôt plaisant à lire.
Il n’y a pas ici les expressions surjouées qui souvent me déplaisent sur les visages des protagonistes. Disons même que c’est l’inverse, le dessin est assez minimaliste, et les visages sont peu fouillés, parfois figés (avec des formes donnant l’impression d’avoir été tracées au compas, presque trop « géométriques »). D'ailleurs Tamaki, dont l’héroïne tombe amoureuse ressemble avec son visage un peu figé, de face, à la Kim des séries de Léo.
L’histoire tourne autour d’une jeune femme, écrivaine, Rutsu, qui est plus ou moins en couple avec son éditeur, mais qui, après une brève rencontre avec une jeune femme, Tamaki, va rapidement comprendre qu’elle est lesbienne. Tout en ne voulant pas forcément rompre avec son amoureux (qui la demande en mariage).
Dis comme ça, ça fait mauvais marivaudage, mais en fait la narration est aussi légère que le dessin, plutôt fine et subtile, et ne tombe pas dans des bassines d’eau de rose. Il y aussi une certaine mise en abime, puisque Rutsu est un train d’écrire un roman, pas mal inspiré de sa vie, dans une sorte d’autofiction où l’héroïne s’interroge sur sa sexualité, l’homosexualité, etc.
L’album est vite lu, car il y a finalement peu de texte. Mais c’est une lecture agréable, qui aborde de façon à la fois franche et pudique des questions liées à la sexualité, aux préférences sexuelles. Le personnage de Rutsu n’est d’ailleurs pas exempt de noirceur : refusant de trancher pendant un certain temps (entre deux personnes, entre deux sortes de sexualités), elle fait souffrir ses deux amoureux – surtout l’homme en fait, avec parfois l’impression qu’elle poursuit leur relation pour continuer à alimenter en idée son roman aux relents autobiographiques.
J'avais brièvement entendu parler du tour du monde de la journaliste Nellie Bly en 1889 à la lecture de sa biographie (Nellie Bly) mais je n'avais pas retenu qu'elle l'avait fait exactement en même temps qu'une concurrente d'un autre journal, et encore moins que l'un se faisait vers l'Est et l'autre vers l'Ouest. J'aurais déjà été intéressé d'en apprendre plus sur le seul voyage de Nellie Bly mais d'en plus pouvoir suivre celui de sa rivale et de les comparer, ça promettait d'être très intéressant.
Julie Rocheleau dessine ces deux voyages de manière charmante. Son trait est souple et expressif, donnant un joli caractère aux deux héroïnes tout en rendant vivants les pays qu'elles traversent et les différents moyens de transport.
La narration de chaque passage est plutôt claire et agréable...
...mais en définitive le fait de raconter simultanément les deux périples se fait au détriment de l'impact de chacun d'entre eux. On saute en effet d'une voyageuse à l'autre toutes les quelques pages et on ne s'attarde pas suffisamment sur chacune d'entre elles pour les rendre suffisamment attachantes. Le dessin ne les différencie en outre pas suffisamment pour ne pas ici et là les confondre un peu, surtout au moment où elles se trouvent à peu près dans la même région du monde. De même, autant on voit bien la tentative de refléter le sens de la course entre chacune, faite d'avances puis de retards successifs avec une bonne dose de suspens sur qui sera vraiment la plus rapide, autant il manque souvent au lecteur la connaissance de la durée prévisionnelle de certaines étapes, comme notamment de réaliser à quel point la traversée d'un océan peut être longue par rapport au parcours simultané de l'autre.
En définitive, malgré l'intérêt réel du sujet, la manière de le présenter n'a pas su m'atteindre et me captiver autant qu'il l'aurait pu. J'ai toutefois été très intéressé de découvrir comment les choses se sont déroulées dans la pratique, le caractère différent de ces deux femmes journalistes, et comment le monde Victorien de l'époque a permis leur voyage autour de la Terre.
Une autobiographie sincère et intime de l'autrice autour du sujet de son père qui aura été alcoolique durant presque toute sa vie. La jeune autrice ne l'aura quasiment jamais connu avant qu'il sombre dans l'alcool. Alors qu'elle était petite, son père revenait déjà tous les soirs bourré du bar avec ses amis et collègues, et sa mère se contentait d'estimer que c'était normal pour un homme d'agir ainsi pour relâcher la pression du travail... jusqu'au jour où cette même mère s'est suicidée laissant l'autrice et sa petite soeur seules avec leur père dans une bizarre situation où les unes et l'autre avaient chacun la charge de l'autre.
A travers ce récit s'étirant sur de nombreuses années, l'autrice ouvre différents thèmes sociétaux tels que la pression de la société japonaise sur les hommes, les forçant à épouser une femme qu'ils n'aiment pas forcément et à vivre une vie dont ils ne veulent pas vraiment, le thème de l'alcoolisme et d'à quel point cette addiction parait sans espoir tant elle revient en permanence quelque soit les rares moments plus sobres, mais aussi le thème de la culpabilité, légèrement celle du père mais plus fortement celle de la fille qui s'en veut d'en vouloir autant à son père et se demande si elle est une bonne fille pour ce si mauvais père.
Beaucoup de sincérité, peu de manichéisme, et une bonne dose de subtilité dans ces thèmes humains et complexes. Je n'ai pas été passionné, l'émotion n'est que partiellement parvenue jusqu'à moi, mais j'ai été plutôt intéressé.
Je suis un peu gênée, je ne suis pas sûre d’avoir compris l’album.
J’ai trouvé le dessin beau et l’idée de l’histoire toute en silence assez jolie, mais j’ai l’impression que quelque chose m’a échappé. Je n’ai absolument pas compris la métaphore de fin.
C'est dommage, d'habitude j'aime beaucoup les récits oniriques ou proche du réalisme magique, mais là j'ai l'impression de ne pas avoir pu rentrer dedans.
La préface et les informations fournies à la fin restent très instructives.
Jolies petites tranches de vie emmêlées, centrées sur des relations sentimentales vécues à différents âges de la vie : adolescence, quarante ans et retraite, vues (c'est l'originalité un peu fabriquée de cette BD) selon le point de vue des animaux sauvages vivant à proximité. Dans les faits, il s'agit davantage de fréquents contrepoints des animaux, tels des narrateurs secondaires intégrés à l'intrigue, humoristiques quand il s'agit du chat grognon, descriptifs sinon lourdement explicatifs pour les autres.
C'est gentil, très "feel good", peu profond mais pas non plus superficiel, d'une sensibilité très masculine pouvant légèrement déplaire au lectorat sensibilisé aux thématiques féministes. Sympathiquement oubliable, mais attachant jusque dans sa manière de s'autocritiquer via le chat lors des passages d'une sensiblerie égocentrée caricaturale : "je n'en peux plus, quelle conversation à la con !"
Une lecture intéressante.
Les gags marchent, les petits moments poignants touchent et des pistes de réflexions sur la situation scolaire en zones précarisées et « sensibles » sont amenés.
Après la lecture, en revanche, je ne peux que regretter le fait de n’avoir jamais rencontré d’enseignant-e prenant autant à cœur le fait de s’intéresser aux problèmes des élèves et d’essayer de les aider.
Notre système éducatif est loin d’être exemplaire…
C’est de la tranche de vie assez simple.
Les histoires tournent autour du quotidien d’une jeune fille (pré-ado) et des petits évènements de son quotidien.
L’œuvre brille tout de même par sa capacité à aborder des sujets vastes, complexes et propres à cette tranche d’âge (les relations sociales, la vie de famille, l’amour, les conventions sociales et les questionnements qui arrivent avec le début de la maturité) sous une forme simple.
Mira et son quotidien sont très touchants. C’est du bon mais je n’ai pas forcément réussi à retrouver ce petit plus qui arrive à me faire aimer certains récits de tranche de vie.
Je n’ai pu lire que les deux premiers tomes mais j’essaierai de lire les suivants si l’occasion se présente.
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L'Intranquille monsieur Pessoa
Si j'aime beaucoup, voire énormément le dessin de Nicolas Barral, je reste sur ma fin (faim) quant aux scénarios. Cela avait déjà été le cas pour Sur un air de fado, et bien rebelote en ce qui concerne L'intranquille Monsieur Pessoa. Le dessin donc, très beau, soigné, une belle ligne claire rehaussée d'aplats de couleurs choisis avec soin, me plait tout particulièrement. Il figure même dans mon panthéon graphique, c'est dire ! Alors je me dis que la déception est à la hauteur de ce petit culte que je voue au trait de l'auteur. Donc très partial. Sur un air de fado m'avait égaré, et j'avais peine à voir le fil conducteur. Ici, les choses sont plus claires : le lecteur suit un pigiste chargé de rédiger la chronique nécrologique de Fernando Pessoa qui, soit dit en passant, n'est pas encore décédé mais est en instance de passer l'arme à gauche. Déjà, j'aime beaucoup Pessoa. Je n'ai guère lu que quelques poèmes et surtout son fabuleux Banquier anarchiste qui reste pour moi un grand souvenir de lecture. L'auteur portugais s'est évertué à multiplier les pseudonymes afin sans doute de rendre compte au plus juste des nombreuses facettes de sa personnalité, et au-delà sans doute, de celle de tout un chacun. Il y a là un sujet en or massif me semble-t-il pour développer une palette de thématique variée. Seulement, j'ai le sentiment que Barral n'explore pas assez le fond de la jungle humaine. Il propose certes une chouette histoire qui reste tout à fait plaisante à lire, mais il en reste là, presque. Bien sûr, il y a cette histoire de malle contenant l'amoncellement de manuscrits écrit de sa main mais signés par l'un ou l'autre de ses avatars littéraires, mais c'est tout. Un peu simple et facile à mon goût. C'est donc clairement la déception qui m'habite au lendemain de ma lecture. Elle est relative car L'Intranquille Monsieur Pessoa, en toute honnêteté, demeure un très bon titre. J'en attendais bien plus. PS : le jeune pigiste ressemble à s'y méprendre à Adrien Brody.
Incognito (Brubaker)
Une autre série du duo Brubaker-Phillips que j'ai trouvé sympathique à lire sans plus. Les auteurs mélangent le genre polar et super-héros. En effet, l'ancien criminel qui essaie de se réinsérer dans la société et qui voit son passé resurgir et ses anciens associés débarquer dans sa vie après qu'il ait fait le con, cela semble être le postulat de départ de plein de polars, mais l'originalité est que le criminel est un super-méchant avec des pouvoirs. Brubaker utilise bien les possibilités de ce qui peut arriver à un super-méchant qui veut se réinsérer dans la société et il y a des bonnes surprises dans le scénario. Incognito souffre bien sûr de la comparaison avec 'Sleeper' des mêmes auteurs, mais cela ne m'a pas trop dérangé. En revanche, si j'ai bien aimé le premier tome, le deuxième m'a moins plu, même s'il contient des bons moments. Ce qui n'aide pas est qu'on dirait qu'on s'arrête au milieu du récit et qu'il va y avoir une suite qui ne va jamais arriver, vu que les auteurs ont arrêté les frais après deux mini-séries.
Vu de dos
On a là un recueil de dessins de presse relativement classique dans sa forme. Découpé en chapitres chronologiques (« les années Giscard », puis Mitterrand 1 et 2, puis Chirac, enfin Sarkozy – le recueil date de 2010), il donne à voir l’actualité de l’époque, vue par Cardon lorsqu’il officiait au Canard enchaîné. Cardon est un auteur que j’aime beaucoup (je m’étonne encore du peu d’avis sur ses livres enregistrés sur le site). Même s’il n’y a pas ici la force poétique de Cathédrale ou La Véridique Histoire des Compteurs à Air (tous deux d’une toute autre ambition), j’ai bien aimé la lecture de ce « Vu de dos ». Comme tous les recueils du genre, il pâtit du temps qui passe et de l’éloignement des faits et personnalités évoqués. Clairement certaines références (les diamants de Bocassa), certaines personnalités politiques (Edith Cresson) ne parleront qu’aux plus anciens ayant connu ces années 1970/1980. Mais je trouve que Cardon s’en sort ici mieux que d’autres. Justement grâce à cette poésie, que j’ai trouvée moins présente qu’ailleurs chez lui, mais qui est quand même présente dans plusieurs dessins, ce qui leur donne quelque chose d’intemporel. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Cardon est une personne – et un auteur – engagé. Plutôt très à gauche. On ne s’étonnera donc pas de la tonalité de ces dessins. En particulier lorsque la gauche mitterrandienne s’écarte de certaines promesses pour effectuer un virage libéral. Le trait de Cardon est agréable (inégal ici, il use moins de ses hachures habituelles). Et le ton est somme toute modéré. Il était plus caustique chez Pauvert ou Siné massacre que dans le Canard enchaîné. Mais ça reste quand même quelque chose d’incisif. Note réelle 3,5/5.
Indigo Blue
Je découvre cette auteure avec cet album, qui s’est révélé plutôt plaisant à lire. Il n’y a pas ici les expressions surjouées qui souvent me déplaisent sur les visages des protagonistes. Disons même que c’est l’inverse, le dessin est assez minimaliste, et les visages sont peu fouillés, parfois figés (avec des formes donnant l’impression d’avoir été tracées au compas, presque trop « géométriques »). D'ailleurs Tamaki, dont l’héroïne tombe amoureuse ressemble avec son visage un peu figé, de face, à la Kim des séries de Léo. L’histoire tourne autour d’une jeune femme, écrivaine, Rutsu, qui est plus ou moins en couple avec son éditeur, mais qui, après une brève rencontre avec une jeune femme, Tamaki, va rapidement comprendre qu’elle est lesbienne. Tout en ne voulant pas forcément rompre avec son amoureux (qui la demande en mariage). Dis comme ça, ça fait mauvais marivaudage, mais en fait la narration est aussi légère que le dessin, plutôt fine et subtile, et ne tombe pas dans des bassines d’eau de rose. Il y aussi une certaine mise en abime, puisque Rutsu est un train d’écrire un roman, pas mal inspiré de sa vie, dans une sorte d’autofiction où l’héroïne s’interroge sur sa sexualité, l’homosexualité, etc. L’album est vite lu, car il y a finalement peu de texte. Mais c’est une lecture agréable, qui aborde de façon à la fois franche et pudique des questions liées à la sexualité, aux préférences sexuelles. Le personnage de Rutsu n’est d’ailleurs pas exempt de noirceur : refusant de trancher pendant un certain temps (entre deux personnes, entre deux sortes de sexualités), elle fait souffrir ses deux amoureux – surtout l’homme en fait, avec parfois l’impression qu’elle poursuit leur relation pour continuer à alimenter en idée son roman aux relents autobiographiques.
Globe-trotteuses - Le tour du monde de Nellie Bly et Elizabeth Bisland
J'avais brièvement entendu parler du tour du monde de la journaliste Nellie Bly en 1889 à la lecture de sa biographie (Nellie Bly) mais je n'avais pas retenu qu'elle l'avait fait exactement en même temps qu'une concurrente d'un autre journal, et encore moins que l'un se faisait vers l'Est et l'autre vers l'Ouest. J'aurais déjà été intéressé d'en apprendre plus sur le seul voyage de Nellie Bly mais d'en plus pouvoir suivre celui de sa rivale et de les comparer, ça promettait d'être très intéressant. Julie Rocheleau dessine ces deux voyages de manière charmante. Son trait est souple et expressif, donnant un joli caractère aux deux héroïnes tout en rendant vivants les pays qu'elles traversent et les différents moyens de transport. La narration de chaque passage est plutôt claire et agréable... ...mais en définitive le fait de raconter simultanément les deux périples se fait au détriment de l'impact de chacun d'entre eux. On saute en effet d'une voyageuse à l'autre toutes les quelques pages et on ne s'attarde pas suffisamment sur chacune d'entre elles pour les rendre suffisamment attachantes. Le dessin ne les différencie en outre pas suffisamment pour ne pas ici et là les confondre un peu, surtout au moment où elles se trouvent à peu près dans la même région du monde. De même, autant on voit bien la tentative de refléter le sens de la course entre chacune, faite d'avances puis de retards successifs avec une bonne dose de suspens sur qui sera vraiment la plus rapide, autant il manque souvent au lecteur la connaissance de la durée prévisionnelle de certaines étapes, comme notamment de réaliser à quel point la traversée d'un océan peut être longue par rapport au parcours simultané de l'autre. En définitive, malgré l'intérêt réel du sujet, la manière de le présenter n'a pas su m'atteindre et me captiver autant qu'il l'aurait pu. J'ai toutefois été très intéressé de découvrir comment les choses se sont déroulées dans la pratique, le caractère différent de ces deux femmes journalistes, et comment le monde Victorien de l'époque a permis leur voyage autour de la Terre.
Mon père alcoolique et moi
Une autobiographie sincère et intime de l'autrice autour du sujet de son père qui aura été alcoolique durant presque toute sa vie. La jeune autrice ne l'aura quasiment jamais connu avant qu'il sombre dans l'alcool. Alors qu'elle était petite, son père revenait déjà tous les soirs bourré du bar avec ses amis et collègues, et sa mère se contentait d'estimer que c'était normal pour un homme d'agir ainsi pour relâcher la pression du travail... jusqu'au jour où cette même mère s'est suicidée laissant l'autrice et sa petite soeur seules avec leur père dans une bizarre situation où les unes et l'autre avaient chacun la charge de l'autre. A travers ce récit s'étirant sur de nombreuses années, l'autrice ouvre différents thèmes sociétaux tels que la pression de la société japonaise sur les hommes, les forçant à épouser une femme qu'ils n'aiment pas forcément et à vivre une vie dont ils ne veulent pas vraiment, le thème de l'alcoolisme et d'à quel point cette addiction parait sans espoir tant elle revient en permanence quelque soit les rares moments plus sobres, mais aussi le thème de la culpabilité, légèrement celle du père mais plus fortement celle de la fille qui s'en veut d'en vouloir autant à son père et se demande si elle est une bonne fille pour ce si mauvais père. Beaucoup de sincérité, peu de manichéisme, et une bonne dose de subtilité dans ces thèmes humains et complexes. Je n'ai pas été passionné, l'émotion n'est que partiellement parvenue jusqu'à moi, mais j'ai été plutôt intéressé.
L'Ecorce des choses
Je suis un peu gênée, je ne suis pas sûre d’avoir compris l’album. J’ai trouvé le dessin beau et l’idée de l’histoire toute en silence assez jolie, mais j’ai l’impression que quelque chose m’a échappé. Je n’ai absolument pas compris la métaphore de fin. C'est dommage, d'habitude j'aime beaucoup les récits oniriques ou proche du réalisme magique, mais là j'ai l'impression de ne pas avoir pu rentrer dedans. La préface et les informations fournies à la fin restent très instructives.
Nos rives partagées
Jolies petites tranches de vie emmêlées, centrées sur des relations sentimentales vécues à différents âges de la vie : adolescence, quarante ans et retraite, vues (c'est l'originalité un peu fabriquée de cette BD) selon le point de vue des animaux sauvages vivant à proximité. Dans les faits, il s'agit davantage de fréquents contrepoints des animaux, tels des narrateurs secondaires intégrés à l'intrigue, humoristiques quand il s'agit du chat grognon, descriptifs sinon lourdement explicatifs pour les autres. C'est gentil, très "feel good", peu profond mais pas non plus superficiel, d'une sensibilité très masculine pouvant légèrement déplaire au lectorat sensibilisé aux thématiques féministes. Sympathiquement oubliable, mais attachant jusque dans sa manière de s'autocritiquer via le chat lors des passages d'une sensiblerie égocentrée caricaturale : "je n'en peux plus, quelle conversation à la con !"
Le Lien (Levesque/Nguyen)
Une lecture intéressante. Les gags marchent, les petits moments poignants touchent et des pistes de réflexions sur la situation scolaire en zones précarisées et « sensibles » sont amenés. Après la lecture, en revanche, je ne peux que regretter le fait de n’avoir jamais rencontré d’enseignant-e prenant autant à cœur le fait de s’intéresser aux problèmes des élèves et d’essayer de les aider. Notre système éducatif est loin d’être exemplaire…
Mira
C’est de la tranche de vie assez simple. Les histoires tournent autour du quotidien d’une jeune fille (pré-ado) et des petits évènements de son quotidien. L’œuvre brille tout de même par sa capacité à aborder des sujets vastes, complexes et propres à cette tranche d’âge (les relations sociales, la vie de famille, l’amour, les conventions sociales et les questionnements qui arrivent avec le début de la maturité) sous une forme simple. Mira et son quotidien sont très touchants. C’est du bon mais je n’ai pas forcément réussi à retrouver ce petit plus qui arrive à me faire aimer certains récits de tranche de vie. Je n’ai pu lire que les deux premiers tomes mais j’essaierai de lire les suivants si l’occasion se présente.