Les derniers avis (31897 avis)

Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Spinning
Spinning

Je fais un peu les choses à l’envers, puisque je ne découvre cette autobiographie qu’en 2024, après avoir lu toutes les autres œuvres de Tillie Walden publiées en France… et j’ai beaucoup aimé. Certes, il ne s’agit que d’une énième histoire adolescente intimiste, et je doute que les allergiques au genre trouvent un quelconque intérêt aux élucubrations nombrilistes de l’autrice. J’ai personnellement trouvé la protagoniste attachante, son récit touchant et émouvant, et le ton très juste. Elle parle des difficultés de l’adolescence, du harcèlement scolaire, de son homosexualité assumée depuis un très jeune âge, mais qu’elle a eu du mal à révéler à ses proches. Le patinage artistique propose un background riche et une réflexion intéressante, et occupe une place centrale dans la vie de l’adolescente mais aussi du récit. La mise en image est réussie, j’aime beaucoup le trait de Walden, précis et maitrisé malgré une apparence esquissée… il en ressort une tendresse et une fébrilité qui transcendent le récit. Une énième autobiographie adolescente, certes, mais qui m’a captivé et beaucoup touché.

16/11/2024 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Guerres & Dragons
Guerres & Dragons

Je ne partais pas convaincu par ce mélange des genres, mais j'avoue que je suis sorti de ma lecture plus que surpris et j'ai beaucoup apprécié ce premier tome. D'une, le dessin de Vax est de très bonne facture (mention spéciale pour ses dragons !!!), ensuite le scénario tient plus que très bien la route, pour une idée qui paraissait aussi casse gueule. Nicolas Jarry a su trouver les bons dosages pour son melting pot historico-fantastique avec des personnages intéressants et développé une relation humains/dragons qui fait sens. La narration coule de source grâce a un très bon découpage de Vax ; on se laisse prendre par ce récit au bout de quelques pages pour ne pas le lâcher avant la fin. Les scènes de batailles sont des plus réussies ! Bref, une très bonne mise en bouche ! *** Tome 2 *** Dans ce 2e tome, Nicolas Jarry nous propose de replonger dans les méandres de la première Guerre Mondiale en suivant le par cours de Frank Luke. Ce jeune cow-boy américain de 12 ans vois sa vie réduite à peu de chose après qu'un dragon ait englouti le troupeau familial et ruiné dans la foulée la famille. Frank ne rêve que de vengeance et s'engage donc dans le conflit européen qui vient d'éclater pour aller bouffer du dragon. On suit donc cet engagement et son évolution au sein de l'armée de l'air qui va l'amener à affronter l'un des plus terrible dragon qui sème la terreur sur les champs de bataille français... Je ressors un brin déçu par ce second tome, tant le 1er m'avait agréablement surpris. Pour le coup, la trame de cet opus reste un peu trop classique et prévisible. Côté dessin Léoni et Negrin assurent le contrat avec un trait réaliste qui fait le job et quelques très belles scènes de batailles aériennes. Bref, un tome qui ne casse pas des briques ; je passe la série à 3.5/5 en attendant de voir ce que le 3e donnera, en espérant qu'il sera plus dans l'esprit du 1er. *** Tome 3 *** Si le premier tome reste jusqu’ici le meilleur à mes yeux, ce 3e opus m'a quand même davantage intéressé que le précédent. C'est en effet l'originalité du contexte choisi qui m'a intéressé : la guerre civile angolaise qui a suivi l'indépendance officielle du pays en 1975, ancienne colonie portugaise. Je ne connaissais rien de cette transition, le fait est qu'elle s'est faite dans la douleur. Les indépendantistes s'éparpillaient déjà dans au moins 3 partis, quand la guerre civile a éclaté, ça ne s'est pas arrangé. C'est donc dans ce contexte que notre jeune héroïne va se retrouver embrigader par une des milices para-militaire (le MPLA) comme de nombreux enfants. Leur chef sème la terreur grâce au dragon qu'il contrôle, les récalcitrants finissant rapidement en en-cas ou calciné proprement... Mais notre jeune Anica, 13 ans ne compte pas faire carrière et réussit à s'enfuir ; elle a toujours en mémoire l'histoire du Kongamato que lui racontait son grand-père : une créature légendaire venait parfois se mettre au service des guerriers de son village lorsque le malheur frappait... Si l'histoire reste assez prévisible, elle n'en reste pas moins agréable, servie par un dessin efficace. Une bonne BD pop-corn. Je reste sur une notation globale à 3.5/5

17/04/2024 (MAJ le 16/11/2024) (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Mission in the apocalypse
Mission in the apocalypse

Voici une nouvelle courte série post-apocalyptique prévue en 2 tomes. Haruo Iwamune nous propose de suivre le périple d'une jeune fille et de son drôle d'animal de compagnie (on dirait une sorte de Pikachu) à travers ce qui reste de la civilisation humaine. Son objectif est de tenter de retrouver des survivants et de décontaminer les zones qu'elle traverse. Mais les ruines qu'elle traverse semblent désespérément vides... On remarquera tout d'abord la splendide couverture que nous propose Delcourt, et qui donne très envie de découvrir ce qui se cache derrière. Une très belle invitation ! Bon, c'est loin d'être rose, l'humanité semble avoir été décimée par une virus assez radical, et notre jeune héroïne bien solitaire passe une grande partie de ses journées à incinérer les cadavres qu'elle découvre. Le dessin est agréable, surtout quand il s'agit des mornes ruines ou bâtisses qu'explore notre Saya Ishimitsu. On sent que l'auteur s'amuse et se plait à représenter de tels décors et leurs détails. Je suis par contre plus mitigé sur la représentation des visages que je trouve plutôt sommaires. Côté ambiance, on est plus proche de "Je suis une légende" que de Blame !. Le récit évolue au fil de courts chapitres qui ponctuent l'évolution de notre héroïne et qui nous font découvrir petit à petit son environnement. C'est assez lent, on est rarement dans l'action mais plutôt dans le contemplatif. Le résumé proposé "Une histoire où la solitude côtoie de somptueuses ruines" est des plus perspicace ! Reste qu'on aimerait qu'il se passe quand même un peu plus de choses ou que les révélations sur les points d'interrogations soient plus nombreuses ; la suite et fin du second tome nous en apprendra davantage je l'espère. *** Tome 2 *** Voilà un second tome qui m'a plu, même si ce n'est pas encore la fin comme je l'avais cru. On retrouve notre "jeune fille" et son familier qui arpentent les ruines de notre civilisation pour poursuivre leur mission de recherche d'être vivants et de décontamination. L'intrigue va se poser un assez long moment dans une bibliothèque où elle va faire la "connaissance" de la seule entité rescapée du secteur : un robot du genre Wall-E qui a lui pour mission de récupérer tous les ouvrages non restitués depuis la catastrophe. C'est assez cocasse, mais notre héroïne se prête au jeu et va l'aider dans son objectif tout en poursuivant le sien. C'est à cette occasion qu'elle va faire la rencontre de deux nouveaux protagonistes qui vont apporter de nouvelles perspectives à ce récit... J'ai beaucoup apprécié ces chapitres sur la bibliothèque et sur la symbolique de la conservation des savoirs qui en découlent. Haruo Iwamune distille questions et réflexions de façon subtile au fil d'un récit où l'ambiance l’emporte sur l'action, ce qui est assez rare dans les mangas. Son dessin reste égal et toujours aussi imposant dans ses décors de ville en ruine. Pour le coup, je suis vraiment curieux de découvrir la suite. Je monte ma note à 4/5

24/07/2024 (MAJ le 16/11/2024) (modifier)
Couverture de la série L'Etoile du Désert
L'Etoile du Désert

Encore une série que j'ai acquise car faisant partie des immanquables de BDthèque ! Le premier diptyque, sorti en 1996, est centré autour de l'enquête de Matthew Montgomery, Haut-fonctionnaire au Ministère, suite à l'assassinat sauvage de sa femme et de sa fille dont il peine à comprendre l'origine (un dessin étant gravé au couteau sur le corps de sa fille). Le scénario, bien que classique, est suffisamment prenant pour que l'on aie du mal à refermer la BD avant de connaitre le fin mot de l'histoire. Mais c'est surtout par son ambiance dans la plus pure tradition des westerns que cette série sort du lot : les cow-boys aux gueules cassées sentent la sueur et les vapeurs d'alcool et la plupart des femmes jouent de leur charme dans des saloons miteux où la violence est omniprésente. Un seul reproche pourrait concerner le fait que cela se lit un peu trop vite et qu'hormis la chute finale qui peut légèrement surprendre, le reste de l'histoire est relativement linéaire et sans beaucoup de surprise. Côté dessin, le fait que le héros soit basé sur le visage de Sean Connery ne m'a pas dérangé outre mesure et j'ai particulièrement apprécié la dynamique du trait de Mariani. Le second diptyque se situe avant les deux premiers tomes et relate les événements ayant conduit "Étoile du désert" à être arrachée à sa terre natale puis vendue au plus offrant en tant que prostituée. Je dois dire que j'ai eu plus de mal à entrer dans ce second cycle sans trop savoir pourquoi. Le dessin et la colorisation de Labiano, que je trouve moins bons que dans le premier diptyque, expliquent peut-être en partie cela. Ce préquel s'achève toutefois de meilleure manière et j'ai particulièrement apprécié le parallèle entre l'héroïne "Étoile du désert", indienne dont la colonisation va lui être fatale, et Maria, fille de colon, ouvrant progressivement les yeux sur le sort réservé aux indiens par les blancs. Une série de très bonne facture sur laquelle pourront se jeter sans hésitation les amateurs de westerns classiques. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7/10 NOTE GLOBALE : 14,5/20

15/11/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série La Mythologie Viking
La Mythologie Viking

Un album au format comics avec une jolie jaquette, c'est elle qui a attiré mon regard. Les noms de Neil Gaiman et de Philip Craig Russel ont fini de me convaincre de repartir avec l'album. Deux noms associés à de nombreux comics. J'ai un faible pour tout ce qui touche à la mythologie, par contre je dois reconnaître être un peu creux sur la mythologie nordique. Évidemment je connais quelques dieux et les grandes lignes de leurs aventures. Je profite donc de l'adaptation du roman du même nom de Gaiman pour combler mes lacunes. Gaiman s'est appuyé sur des textes historiques pour réinterpréter avec malice ces contes et ces légendes. Et le résultat dépasse mes espérances. J'ai pris un grand plaisir à suivre les péripéties d'Odin, Thor, Freya, Tyr.... et du facétieux Loki. Un Loki bien différent de celui de l'univers Marvel. Une lecture captivante et enrichissante qui rétablira quelques vérités. Vous apprendrez pourquoi Odin est borgne, pourquoi le manche du marteau de Thor est si court, vous saurez tout sur les enfants de Loki et plus encore. Chaque chapitre se concentre sur une légende, des dieux qui ressemblent à de grands enfants, le tout sur un ton léger avec un soupçon d'humour. Jouissif ! Visuellement, c'est très beau. De Philip Craig Russel à Jill Thompson en passant par Mike Mignola ou Jerry Ordway, dans des styles très différents, ils font preuves de maîtrise tout en gardant une certaine harmonie graphique. Des couleurs lumineuses. Une mise en page dynamique. Que demander de plus ? En cadeau les superbes couvertures alternatives de David Mack. Vous voulez tout savoir sur la mythologie viking ? Alors cette série est faite pour vous. Une série qui commence par les origines du monde et qui se terminera par le ragnarök. Vivement la suite ! Tome 2. Un tome deux toujours aussi jouissif avec "l'hydromel des poètes" ou encore "les pommes d'immortalité". Un album au ton un peu moins léger, le ragnarök approche. Mais toujours aussi captivant à lire, sans oublier la petite pointe d'humour. Toujours cette harmonie graphique avec Matt Horak, Mark Buckingham, Gabriel Hernandez et Sandy Jarrel. Très beau dans des styles différents. Et toujours en bonus les magnifiques couvertures alternatives de David Mack Tome 3. Ce dernier volume conclut de bien belle manière les aventures des dieux nordiques avec la mort de Balder et le Ragnarök. C'est toujours aussi plaisant à lire, tout en s'instruisant. Visuellement, j'ai pris plaisir à retrouver David Rubin et Philip Craig Russel ainsi que de voir débarquer Colleen Doran. Un cahier graphique en fin d'album avec entre autres les superbes couvertures alternatives de David Mack. Malgré les nombreux dessinateurs aux styles différents, l'harmonie graphique est conservé pour mon plus grand plaisir. Très beau. Je ne peux que recommander chaudement cette série à ceux qui veulent découvrir la mythologie nordique.

05/07/2024 (MAJ le 15/11/2024) (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jours de sable
Jours de sable

Une BD qui prend le temps de raconter, de poser une ambiance, et de nous immerger dans une époque. L’histoire se déroule pendant les années 1930, en plein Dust Bowl, cette période où les tempêtes de sable ont ravagé les grandes plaines des États-Unis. On suit John, un jeune photographe envoyé par une administration fédérale US pour documenter la misère des fermiers, et très vite, son regard change. Ce qu’il pensait être un simple reportage devient quelque chose de plus personnel. Graphiquement, c’est superbe. Les dessins alternent entre des couleurs terreuses, presque étouffantes, et des moments de clarté qui donnent de l’air. Aimée de Jongh joue beaucoup sur les textures et la lumière pour retranscrire cette poussière omniprésente, cette lourdeur qui colle à la peau. Les portraits qu’elle croque sont saisissants, remplis d’humanité, et on sent son admiration pour les photographes de l’époque, comme Dorothea Lange, qui ont inspiré l’histoire. Le récit, lui, avance doucement mais sûrement. Ce n’est pas une BD qui mise sur les rebondissements, mais sur une progression intérieure. John commence par observer, puis il se heurte à des dilemmes : comment rendre justice à ces gens ? Comment raconter leur histoire sans les trahir ? Ces questions donnent toute sa force à l’album, en écho à notre rapport actuel aux images et à leur impact. C’est une lecture qui marque par sa sincérité. Elle ne cherche pas à faire grandiloquent, juste à raconter quelque chose de vrai, avec des personnages qui sonnent justes et des émotions qui restent. Une belle réussite, à la fois visuellement et narrativement.

15/11/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Sa Majesté des Mouches
Sa Majesté des Mouches

Note 3,5 J'ai découvert Aimée de Jongh avec le très bon Jours de sable et la pensais bien en mesure de relever le challenge de cette adaptation graphique d'un texte culte. Assez fidèle au roman de Golding (dont elle a d'ailleurs gardé les textes tels quels, sans tous les prendre bien sûr), elle s’approprie le récit tout en jouant sur l’impact visuel, avec des dessins qui passent doucement d’une ambiance lumineuse et naïve à des tonalités sombres, rouges, pour accompagner la descente vers le chaos. Le trait est fluide, aéré, et rend la lecture facile sans pour autant simplifier le propos. Certaines planches marquent. C’est brutal sans en faire trop, laissant la violence s’installer sans la surjouer. De Jongh privilégie les non-dits, les silences, et ça fonctionne, même si je regrette un peu un côté édulcoré par rapport à l'original. Le choix de conserver certaines phrases clés du roman, tout en élaguant les passages les plus denses, donne une version allégée, qui perd un peu son essence, forcément. On retrouve les grandes questions sur la nature humaine du récit : la fragilité de l’ordre, et cette idée que, livrés à eux-mêmes, les hommes (même des enfants) peuvent sombrer. Mais l'ensemble perd quand même en tension dramatique par rapport à l'original, il faut bien le dire. C’est une adaptation fluide et efficace, qui permet de redécouvrir le texte sous un autre angle. Moins cru que le roman, mais une belle porte d’entrée dans cette histoire.

15/11/2024 (modifier)
Couverture de la série Oleg
Oleg

J'ai beaucoup aimé ce récit intimiste à caractère autobiographique de Frederik Peeters. Je dois dire que je me retrouve dans un grand nombre des observations que l'auteur fait à propos de la société qui l'entoure. J'ai particulièrement apprécié ses réflexion sur cette société sans limite qui s'infantilise dans une immédiateté éphémère. J'ai trouvé la construction du récit très fine et intelligente passant de l'imaginaire créatif à une réalité réduite et souvent déprimante. Peteers observe sans illusion cette accélération du changement de codes qui fragilise le socle commun. L'auteur a l'intelligence de ne pas porter de vain jugements de valeur mais au contraire se met au centre d'épisode humoristiques dans une autodérision très drôle ( la classe, les dédicaces). Les récits intimistes de certains auteurs de BD peuvent vite se montrer ennuyeux quand il s'agit d'une succession de beuveries, de soirée et de malheurs sentimentaux. Au contraire Peeters prend le contrepied de cette tendance en proposant la durée, la routine constructive ou la résilience devant l'adversité. Cela fait de lui et sa famille un ensemble de personnages très attachants et souvent touchants dans leurs tentatives de faire coïncider leurs aspirations existentielles aux contradictions issues de leur présence au monde. L'auteur nous propose un graphisme en N&B très travaillé incluant de nombreuses références en fonction des situations évoquées. Cette narration visuelle équilibre parfaitement le texte . C'est incisif et dynamique dans les deux cas comme si l'auteur avait eu le souci de ne pas privilégier l'une par rapport à l'autre. Il se présente ainsi comme une troisième voie entre un passé où l'écrit dominait et un avenir redouté où on ne saura plus faire trois phrases de suite. Cette narration graphique m'a paru un peu sombre en feuilletant le livre mais à la lecture cela correspond bien aux interrogations internes d'Oleg/Peeters. In fine c'est plutôt un beau message optimiste qui se dégage de cette étude sur l'amour long. Une belle lecture qui m'a touché.

15/11/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série L'Aigle sans orteils
L'Aigle sans orteils

L’Aigle sans orteils, c’est l’histoire d’une époque autant que celle d’un homme. Christian Lax nous plonge au début du XXe siècle, dans un monde où le vélo est encore une aventure, une folie réservée aux audacieux. On suit Amédée Fario, ouvrier sur les chantiers de haute montagne, qui décide de se lancer dans le Tour de France, porté par une ambition presque naïve mais terriblement humaine. Ce qui marque, c’est l’équilibre entre la petite histoire et la grande. Lax raconte l’évolution du Tour, ses débuts épiques où chaque étape ressemblait plus à une épreuve de survie qu’à une compétition. Mais il raconte aussi l’ouvrier, la rudesse de son quotidien, et ce besoin d’évasion qui passe par un vélo. C’est une BD qui parle de dépassement, mais aussi d’une époque qui bascule lentement vers la modernité. Graphiquement, c’est magnifique. Les traits sont précis, expressifs, et les paysages alpins, tout comme les scènes de peloton, prennent vie dans des tons doux, presque nostalgiques. On sent la poussière des routes, l’effort dans chaque coup de pédale, et la camaraderie comme les rivalités qui traversent le peloton. Lax a ce talent rare de raconter sans en faire trop. Les dialogues sont simples, justes, et l’émotion passe souvent par les regards ou les silences. Ce n’est pas une histoire grandiloquente, mais une chronique humaine, où chaque victoire, chaque défaite résonne avec quelque chose de plus profond. L’Aigle sans orteils, c’est une ode au cyclisme, mais aussi un hommage aux hommes de cette époque, à leur force, leur courage, et leur fragilité. Une BD qui laisse une belle empreinte, comme un dernier virage avant la ligne d’arrivée.

15/11/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Pain d'Alouette
Pain d'Alouette

Suite de L'Aigle sans orteils que j'ai beaucoup aimé, je n'ai pas été déçu par le changement de décor qui nous fait passer des Pyrénées au plaines du Nord. On plonge dans une France d’après-guerre où tout semble en reconstruction : les vies, les rêves, et même l’espoir. Christian Lax, avec son style mêlant finesse graphique et ancrage historique, nous emmène dans un récit où se croisent le souffle du Tour de France, la poussière des mines et les drames humains d’une époque. Ce n’est pas juste une BD sur le vélo ou sur le Nord : c’est une histoire de transmission, de courage et de résilience. Le récit suit plusieurs trajectoires : un ancien coureur gazé à la guerre, son jeune neveu qui rêve de vélo, et Reine, une orpheline enfermée dans un orphelinat austère, symbole d’une époque qui peine à prendre soin de ses enfants. Lax mélange tout cela avec une justesse désarmante, jamais dans l’emphase, toujours au plus près des émotions. Il montre autant la rudesse du quotidien que l’échappée qu’offre le cyclisme, ce sport qui fascine les classes populaires par son effort brut et sa beauté simple. Les dessins aquarellés de Lax captent parfaitement l’ambiance : des tons gris et ocres qui évoquent la sueur, la terre, et la lumière rare d’un jour de fête où le peloton passe. Les scènes de mine sont oppressantes, le bruit des barres de fer semble résonner à chaque page. À l’inverse, les moments de vélo offrent une légèreté qui tranche avec la dureté du reste, comme une respiration dans un monde qui peine à avancer. Ce qui frappe, c’est le regard porté sur ceux qu’on oublie souvent. Lax raconte une époque marquée par les blessures visibles et invisibles, avec une attention particulière aux relations humaines, à la transmission de valeurs dans un monde en miettes. Il ne force jamais le trait, et c’est là toute sa force. C’est une lecture qui touche, sans jamais appuyer. Pain d’alouette, c’est une fresque humaine qui parle autant d’histoire que de destin. Une belle œuvre, à la fois sobre et lumineuse.

15/11/2024 (modifier)