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Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série Sortie de Route (Tronchet)
Sortie de Route (Tronchet)

Régis, j’ai passé une super journée avec toi ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de tout autre. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Didier Tronchet pour le scénario, les dessins et la mise en couleurs. Il comprend quatre-vingts pages de bande dessinée. Quelque part en Ardèche, les époux Lemaire sont montés en voiture, en partance pour leurs vacances. Régis Lemaire conduit et il est en train de répondre au téléphone à un client. Il explique à son prospect que leurs tarifs incluent toutes les taxes. Il continue tout en conduisant : Ce qui n’exclut pas une remise clientèle en cas de commande groupée de matériel forestier ou travaux publics. Il précise qu’il sera à l’heure pour la démonstration, il est en route, il sera là dans dix minutes sur le chantier à la sortie de Mont-Regard. Pendant ce temps-là, son épouseValérie regarde par la fenêtre mi lassée, mi résignée. Son mari raccroche et lui assure qu’après, ils seront en vacances ! Il continue : il va quitter sa cravate et sa veste de croque-mort. Et hop, il enfilera sa chemise de vacances, avec les palmiers, car les palmiers ça fait vacances, c’est la femme de ménage qui la lui a rapportée de Gambie. Et ensuite, il la rassure : tout est bien organisé, elle le connaît. Il a les réservations de tous les hôtels pour chaque nuit, avec les adresses et les téléphones, il a tout mis dans la pochette jaune. Il doit y avoir aussi tous les papiers d’identité, assurances et permis de conduire. Il lui demande si elle a bien pris la pochette jaune. Elle réfléchit et lui répond que non. Il s’en trouve tout dépité : il a passé des heures à tout préparer, elle ne respecte pas son travail. Elle le reprend : son travail, mais elle croyait qu’ils étaient en vacances. Valérie change de conversation et demande à s’arrêter car elle a soif. Il répond que non : ils roulent, ils roulent. Toutefois il a prévu quelques rafraîchissements dans la glacière, où est-elle d’ailleurs la glacière ? Son épouse répond qu’elle doit être avec la pochette jaune. Qu’importe, on ne le prend pas au dépourvu : il a un plan B. Là, dans la boîte à gants : il y a une bouteille avec une paille. Il lui indique que c’est de la grenadine. Elle lui répond qu’elle sait ce que c’est que de la grenadine, il ne faut pas la prendre pour une idiote. Il se reprend : d’accord, mais elle n’en a pas bu depuis combien de temps ? Depuis l’enfance, non ? Pour lui, la grenadine, c’est comme la madeleine de Proust, un parfum d’hier. Il a l’impression que quand on boit de la grenadine, on retourne immédiatement à l’enfance. Il s’interrompt brusquement et regarde à côté de lui sur le siège passager. Il fait un écart de route vers la gauche, redresse trop brutalement vers la droite, et va légèrement heurter le talus sur le côté. Il s’arrête. Il descend de voiture, et il fait quelques pas devant. Il revient et va ouvrir la portière côté passager. Il demande à la passagère qui elle est. Une jeune demoiselle, d’une dizaine d’années, lui répond que c’est elle, Valérie. Régis Lemaire éprouve toutes les peines du monde à comprendre. L’auteur a commencé sa carrière dans le début des années 1980, époque à laquelle il a lancé des séries comme Raymond Calbuth, Les damnés de la terre, puis Jean-Claude Tergal. Le lecteur appréciant son œuvre s’intéresse tout naturellement à un nouvel album, la couverture intrigante (un homme sous l’influence d’une femme), avec des caractéristiques graphiques, comme une mise en couleurs expressionnistes, une utilisation narquoise d’un plan en contreplongée pour accentuer la dramatisation, et une façon très particulière de représenter les visages pour l’homme. Pas de doute, c’est du Tronchet. Malgré l’exagération et la simplification des formes propre à ce bédéiste, le lecteur constate rapidement qu’il plonge dans une narration à la veine réaliste, racontant une histoire, un événement après l’autre, dans un enchaînement basique et très C’est comme ça. L’histoire repose uniquement sur deux personnages principaux, les époux Lemaire, avec très peu de seconds rôles, le patron monsieur Bolivar et l’ami Alain qui n’apparaît jamais dans une case, qui brille surtout par le fait qu’il ne réponde pas au téléphone. La mise en couleurs se situe dans un registre plutôt agréable et coloré : des jaunes clairs pour la belle luminosité du soleil, associés avec les verts de la végétation, et le bleu de l’ombre. Deux passages dérogent à cette palette : du rose pour des courses dans un supermarché, et une teinte ocre pour la visite chez le docteur Patrick Perrin. Enfin, l’auteur situe clairement son récit : dans la région de Saint-Agrève, une commune française de l’Ardèche, d’une population d’environ deux mille trois cents habitants. Le lecteur accepte bien volontiers de faire le voyage avec Valérie et Régis : deux époux pas désagréables, ayant bien réussi leur vie. Lui est chef de vente dans les machines-outils, avec une proposition de promotion par son patron, littéralement en cours de route, pour prendre la tête du service prospection ; elle est responsable de communication dans un grand groupe pharmaceutique. Ils n’ont pas d’enfant et donc pas les responsabilités qui accompagnent cet état : ils peuvent jouir de la vie comme bon leur semble. Elle donne l’impression d’être une belle femme, simple avec son teeshirt à rayures bleues horizontales, une belle chevelure noire, un visage fin et doux, malgré son air discrètement résigné, regrettant on ne sait quoi. La silhouette de monsieur est plus solidement charpentée, un beau gaillard. Son visage présente des particularités graphiques fortes : un nez épaté, une bouche qui va d’un côté du visage à l’autre, avec des dents apparentes entre les lèvres, des yeux très écartés du nez, un menton aussi large que le front, une coiffure improbable avec une mèche d’un volume tout aussi peu probable. Le lecteur retrouve également la propension de l’artiste à donner des gros doigts boudinés à ses personnages, voire des bouts de doigt carrés. Des yeux qui ne tiennent pas tout à fait dans l’ovale du visage, des tout petits pieds, des nez trop allongés pour les hommes (le père de Valérie, le docteur Patrick Perrin, les deux policiers). Et pourtant ces libertés prises avec l’anatomie s’amalgament pour former un tout harmonieux, ou en tout cas cohérent et expressif. L’artiste aborde les décors et les accessoires avec la même approche personnelle : hétéroclite si le lecteur s’essaye à considérer chaque élément d’une case un par un, très cohérente s’il absorbe l’ensemble de chaque case. Dans le dessin en pleine page d’ouverture, la voiture semble représentée de manière naïve, les maisons pas tout à fait assez détaillées, les arbres tracées à gros traits ; pour autant le lecteur ressent bien cette atmosphère particulière de route de campagne, la douce chaleur, une zone boisée. Dans les pages suivantes, la voiture ressemble encore plus à une petite voiture jouet pour enfant d’un modèle un peu grossier. Il n’y a pas de marquage au sol sur la chaussée. Pour autant, le lecteur éprouve bien l’impression d’être sur la route avec les clôtures de fil de fer barbelé et leurs piquets, les grandes étendues d’herbe, les arbres en bordure de route ou dans le lointain, le paysage vallonné, etc., puis les vaches. Il ne pense même pas à s’étonner de l’absence de fossé sur les bas-côtés. Lors des passages en zone urbaine, il identifie aussi bien les fermes en campagne, que les maisons en ville. Les rayonnages du supermarché présentent des formes grossières, et en même temps il se dit qu’il pourrait pousser son caddie dans ces allées pour choisir ses produits. Il en va de même pour la pharmacie. Le chapiteau de la fête américaine apparaît tout aussi plausible, avec les dizaines de voitures stationnées sur les pelouses. Le bord du lac comprend aussi bien des piqueniqueurs que des plagistes, ou encore des canoës à louer et des pédalos. L’artiste fait tout aussi fort quand Valérie et Régis s’arrêtent au bord de la route pour piqueniquer, avec des arbres représentés à l’aquarelle en fond, uniquement la forme globale l’arbre et des coups de pinceau en vert plus foncé pour le tronc et les branches principales. Le lecteur suit donc ce couple dans une succession de scènes s’enchaînant de manière quasi enfantine, une situation chassant la précédente, au cours d’une unique journée. Valérie se désaltère avec la grenadine, ce qui provoque un événement fantastique, et toute la journée bien programmée de Régis déraille. Le voilà obligé de gérer une enfant, ce dont il n’a aucune expérience. Il ne sait comment faire face à ses envies, à ses facéties, à ses caprices. Ses obligations professionnelles s’en trouvent malmenées et impossibles à honorer. Les autres adultes le soupçonnent du pire en constatant qu’il ne sait pas s’occuper de cette enfant, qui ne doit donc pas être la sienne. Il ne parvient pas à établir une communication constructive avec elle, totalement à la merci de ses sautes d’humeur et de ses revirements. Par la force des choses, il ne peut que céder et essayer de la contenter de son mieux, en renonçant au déroulement de ce qu’il avait prévu avec des préparatifs rigoureux. Le lecteur peut prendre le récit au premier degré, comme un adulte se confrontant à l’entrain et à la fougue d’un enfant, ce qui l’oblige à se remettre en question, à renoncer à la voie toute tracée qu’il a lui-même bâtie. Il peut aussi envisager cette histoire comme un conte : voilà que Régis Lemaire est devenu un parent d’un instant à l’autre, et qu’il doit faire l’apprentissage express de la responsabilité d’une fillette, et dans le même temps renoncer à une vie planifiée, une route tracée d’avance, pour s’adapter à l’imprévu et l’apprécier. D’un côté, la magie de la narration visuelle fonctionne à plein, les différentes idiosyncrasies et libertés avec une représentation académique formant un tout harmonieux, et générant des ressentis authentiques chez le lecteur. En outre, le déroulement linéaire du récit permet d’obtenir de plein gré, le surplus de suspension d’incrédulité consentie du lecteur. D’un autre côté, la linéarité et la tonalité prosaïque et premier degré peuvent déstabiliser le lecteur s’apparentant à de la fadeur ou du simplisme. L’intention apparaît progressivement, peut-être un peu trop simple, avec un potentiel de développement pas entièrement réalisé.

13/12/2024 (modifier)
Couverture de la série Un Eté en apnée (Simon & Louise)
Un Eté en apnée (Simon & Louise)

Comme j'avais la version "Simon et Louise" qui regroupe les deux histoires mises en miroir, je me suis résolu à lire les "trépidantes" aventures de la JF. Je dois reconnaître que c'est une bonne idée d'avoir regroupé les deux récits. Cela donne une perspective bien plus piquante au récit. Ensuite j'ai bien plus accroché au récit de Louise en terme de crédibilité et de richesse du personnage. Simon était un personnage infantile qui agit sous le coup de l'émotion en se mettant en danger sans qu'aucun adulte ne lui explique la réalité de la situation. Louise est bien plus mûre dans son comportement. Légitimement influencée par sa cousine et l'ambiance festive, elle sait faire valoir son authenticité loin d'un schéma sexuel imposé par d'autres. Si Simon reste dans un schéma infantile fantasmé de héros de littérature , Louise est dans un schéma bien plus adulte. Elle sait refaire ses propres choix et garder sa cohérence psychologique alors que Simon est toujours un enfant qui est balloté au gré des rencontres plus ou moins bienveillantes. C'est dommage de séparer les deux lectures qui prennent du volume dans leur complémentarité. Je dirais qu'ici 1+1 n'est pas égal à deux mais à plus par un effet de synergie. Au global j'ai été déçu par le passage Simon seul mais je trouve l'ensemble de la série un bon pas mal même si le graphisme n'est pas mon truc.

12/12/2024 (modifier)
Couverture de la série Calamity Jane (Bardiaux-Vaïente)
Calamity Jane (Bardiaux-Vaïente)

Nouvelle version de l’histoire de Calamity Jane, celle-ci se démarque par l’emploi de passages semblant directement issus de feuilletons illustrés de l’époque. Cet emploi est une très bonne idée à mes yeux puisqu’il permet à Calamity Jane d’évoquer sa propre légende. Nous, lecteurs, naviguons ainsi entre la réalité historique et les actes héroïques tels que Martha Jane Cannary les avaient elle-même racontés (ou aurait pu les raconter). Pour le reste, il n’y a pas grand-chose à en dire. Tout est propre, bien écrit, bien dessiné dans le style réaliste classique très grand public cher à l’éditeur, et peut s’appuyer sur une solide documentation. Calamity Jane y est décrite avec ses faiblesses, ses forces, mais surtout avec beaucoup d’humanité. Le personnage est attachant car les auteures parviennent à montrer la vulnérabilité et les doutes qu’elle camouflait derrière sa grande gueule. Une lecture pas déplaisante du tout. Un peu courte pour une biographie vraiment exhaustive et immersive mais l’astuce scénaristique décrite ci-dessus permet aux auteures de sauter d’un fait à un autre sans que le récit ne deviennent trop syncopé pour la cause. Pas mal, quoi.

12/12/2024 (modifier)
Couverture de la série El Diablo
El Diablo

El Diablo m’a fait l’effet d’un moteur de R5 dans une Bentley. Il était chouette, le moteur de la R5, plutôt vif, sympa, dynamique. Elles sont magnifiques, les Bentley, raffinées jusque dans les moindres détails, confortables. Mais les deux ensemble, ça risque de marcher moyen moyen… Et bien, c’est exactement mon ressenti à la lecture. Le dessin est splendide, chaque case est un tableau et on est littéralement plongés dans un superbe recueil d’illustrations. La représentation du marsupilami est aussi étonnante que réussie. Les décors de jungle, les navires, les pyramides inca, tout accroche l’œil. Le scénario est assez basique mais fourmille de rebondissements, n’est pas dénué de références tant historiques que directement liées à l’univers du marsupilami et convient parfaitement à un jeune public. L’histoire se lit d’ailleurs très vite si on ne s’attarde pas sur le dessin car les dialogues sont peu nombreux et la mise en page est très aérée (la plupart du temps, une planche propose de 4 à 7 cases). Le scénario, par sa naïveté, se destine plutôt aux enfants. Un adulte, lui, s'étonnera par exemple qu'un jeune mousse, naturellement habitué à monter aux mâts de sa frégate, panique quelque peu à l'idée de grimper à un arbre qui semble ne pas dépasser les 4 mètres de haut. Exemple parmi d'autres de la naïveté du scénario concocté par Trondheim, une naïveté qui ravira le jeune lecteur qui pourra plus facilement s'identifier au jeune héros et rire de quelques facéties faciles (comme ces membres d'équipages maltraités par le marsupilami). Associés, ces deux éléments mettent bien plus en avant les lacunes de l’un et de l’autre que leurs qualités. Le dessin devient statique, le scénario devient enfantin. C’est gentil, c’est pas mal… mais c’est quand même décevant devant le potentiel des auteurs (même si je demeure peu sensible à Trondheim). Pour moi, c’est juste un petit pas mal, sans plus.

12/12/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Monkey Meat
Monkey Meat

Un véritable OVNI qui m'a moyennement convaincu. Au dessin, j'ai trouvé que le travail était absolument superbe et que la mise en scène était dynamique et bien maitrisé. Visuellement, c'est du plaisir pour les yeux ! Malheureusement, le scénario m'a semblé moyen. C'est assez décousu alors au début j'étais un peu perdu. De plus, les différents récits ne m'ont pas particulièrement marqué et les personnages ne m'ont pas intéressé. Donc voilà le dessin est excellent, mais c'est pratiquement le seul élément que j'ai vraiment aimé. Cela reste tout de même une lecture pour les amateurs de bandes dessinées qui sortent de l'ordinaire, mais je recommande plus un emprunt.

12/12/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Manuel du Dad (presque) parfait
Manuel du Dad (presque) parfait

Un spin-off de Dad que j'ai trouvé correct. On retrouve le charme et l'humour de la série, mais cela m'a fait plutôt sourire alors que la série mère me fait souvent rigolée. Il faut dire qu'à la place de gags en une planche, on a droit à un petit dessin qui accompagne le texte et c'est un exercice très difficile. Il y a tout de même plusieurs gags un peu trop convenu à mon gout. Il faut dire qu'une des qualités de Dad est que les personnages et leurs situations évoluent au fil des tomes alors qu'ici on est dans du basique 'père célibataire embarrassant qui a des filles difficiles'. Cela reste correct et c'est mieux que la plupart des manuels/guides en BD que j'ai vu, mais c'est pas un indispensable si on est pas déjà fan de la série.

11/12/2024 (modifier)
Couverture de la série Mara
Mara

Je profite de la récente sortie de l’intégrale pour réécrire mon avis sur cette série, que j’ai globalement bien aimée, et qui se distingue de la grande majorité des productions du genre par une volonté évidente d’élaborer un réel scénario, et de ne pas se contenter d’enchainer les scènes de sexe. Les scènes de sexe, justement, sont nombreuses et variées (positions, partenaires), avec une héroïne, Mara, franchement très ouverte en ce domaine. Mais il y a aussi des intrigues policières (et un complot qui « chapeaute » le tout), avec même quelques passages fantastiques (pas forcément toujours très heureux). Mara est une écrivaine, mais aussi enquêtrice, n’hésitant pas à payer de sa personne, mais aussi à sévir : justicière parfois sadique, elle peut être violente. Le dessin est agréable (important pour ce genre d’œuvre). Il évolue à partir du deuxième tome – je ne suis pas forcément fan de cette évolution. La colorisation (apparemment à l’informatique) n’est pas ma préférée. Cossimo Ferri et Master Tabou (le pseudo du directeur de collection) ont fait le pari d’un érotisme « haut de gamme », avec un dessin soigné et un vrai scénario, construit, et qui donne une certaine crédibilité aux personnages – même si ça n’est pas non plus le scénario le plus alambiqué que j’aie lu, hein… J’ai été un peu moins convaincu par les derniers tomes, qui confirment une évolution qui ne m'a pas forcément plu. D'abord le dessin - et la colorisation surtout, que j'ai trouvés moins intéressants que sur les débuts de la série, cette colorisation informatique lissant trop à mon goût le trait de Ferri. Ensuite l'intrigue elle-même : le fantastique et certaines situations (voir les scènes finales du tome 5) ont fait perdre en crédibilité un personnage et une série ancrés dans un certain réalisme. Ces bémols mis à part, on a là une série qui sort du lot du genre et qui, malgré mes remarques (qui n’engagent que mes goûts personnels), ne peut que plaire aux amateurs d’histoire érotique qui ne recherchent pas que du cul bourrin. Avec cette série, Cosimo Ferri montrait son talent, ce que ses plus récentes productions ont confirmé. Note réelle 3,5/5.

10/04/2019 (MAJ le 11/12/2024) (modifier)
Couverture de la série Ulysse (Graph Zeppelin)
Ulysse (Graph Zeppelin)

Cosimo Ferri livre là une nouvelle série embrassant le cœur de la mythologie grecque. Comme sa précédente série mythologique sur Achille, elle va s’étaler sur 3 tomes. Ferri est avant tout connu pour ses productions « pour adultes », mais il ne faut pas le prendre ici de haut, on sent qu’il aime vraiment son sujet, et qu’il ne fait pas n’importe quoi avec ce matériau historico-mythologique : il a fait le choix du classicisme. D’abord en ne s’écartant pas trop (quelques rares libertés ou inventions narratives) de ce que nous savons du texte du vieil aède : de nombreuses citations en grec ancien parsèment d’ailleurs l’album. Tout au plus construit-il son histoire un peu différemment, puisque nous commençons quasiment par la fin (Ulysse quitte Calypso), et c’est par bribes et flash-backs que nous apprenons quelques détails de la fin du siège de Troie et de quelques mésaventures d’Ulysse (le tout entrecoupé de passage à Ithaque, avec Pénélope luttant contre les menaces de prétendants opportunistes et Télémaque cherchant désespérément des nouvelles de son père). En fait l’essentiel nous sera narré dans les deux derniers albums. Ce qui promet une certaine densité, vu ce qu’il y a à raconter ! Du classique aussi au niveau du dessin, qui est très bon. Ferri a clairement choisi de s’inspirer – il le revendique – des maîtres anciens. Les personnages, masculins surtout, son ainsi proches des peintures de Rubens (pour les corps musculeux) ou de Le Brun. Bon, ses femmes sont elles davantage bombasses et là le seul classicisme que l’on pourrait invoquer aurait trait au porno. Comme pour « Achille », Ferri a sorti en même temps deux versions, une pornographique chez Tabou, une purement aventure chez Graph Zeppelin. Je suis juste surpris du changement de titre (pour différencier les versions j’imagine), alors que l’histoire en elle-même est exactement la même. Dans le version Tabou, les scènes de sexe sont plutôt bien amenées, variées, et souvent courtes (puisqu’elles sont censées disparaitre dans la version Graph Zeppelin). Dans le domaine érotique, Ferri est un vieux routier, et dessine très bien ce genre de chose. La lecture est globalement agréable (visuellement et au niveau de la narration). A noter que j’ai d’abord lu la version Graph Zeppelin, expurgée de toutes les scènes de sexe (et donc d’une quinzaine de pages). En plus de la lecture proprement dite, je m’amusais à imaginer là où ces scènes allaient s’insérer dans la version Tabou (c’était facile à deviner), et comment elles allaient pouvoir passer sans alourdir ou casser la narration. En tout cas cette version expurgée et raccourcie passe très bien, il n’y a pas de sautes dans la narration, la lecture est agréable. ******************************** MAJ après lecture du deuxième tome: Cet album est dans la continuité du précédent. C'est à dire que Ferri reste très fidèle au texte d'Homère (qu'il cite abondamment), ce qui ne peut que plaire aux amateurs de cet univers, même si une certaine froideur des dialogues peut parfois surprendre (Ulysse en particulier ne déclenche pas forcément l'empathie: mais on n'est pas dans un péplum hollywoodien). En tout cas je reste toujours sur ma belle impression du tome inaugural. Ma seule petite frustration (mais je l'avais pressenti en voyant ce qui restait à traiter en deux tomes), c'est que certains épisodes sont un peu vite expédiés. Enfin, n'ayant pour le moment pas lu la version plus hard de Tabou, j'avoue être curieux de la découvrir, car à part vers la fin, je ne sais pas trop où Ferri va caser ses scènes de sexe. ******************************* MAJ après lecture du troisième et dernier tome: La lecture de ce dernier tome confirme la belle impression laissée par les précédents. Ferri réussit très bien à rendre le texte original (parfois cité directement), dont il ne s'écarte pas beaucoup. Les amateurs de l'épopée ne seront donc pas surpris, aucun "passage obligé" ne manque. Mais ils ne seront pas non plus déçus ! En effet, c'est vraiment du bel ouvrage. Peut-être trop classique et respectueux du texte original, je ne sais pas. C'est en tout cas une des rares réserves que l'on peut faire à cette adaptation: un chouia "coincée" dans un genre théâtral un peu statique. Et aussi (mais là c'est affaire de vision personnelle), j'aurais bien vu Ferri développer davantage cette épopée, en ne se contentant pas de trois albums. Mais ne boudons pas notre plaisir, les amateurs d'Histoire antique, de mythes et d'aventure y trouveront leur compte. Quant au dessin, il reste efficace et agréable (avec des hommes musculeux et des femmes aux formes opulentes). Cette version "soft" est aussi réussie que la version plus "hot" de chez Tabou. Note réelle 3,5/5.

10/05/2022 (MAJ le 11/12/2024) (modifier)
Couverture de la série Vies volées (Matz)
Vies volées (Matz)

Un roman graphique aux faux airs de documentaire, sur un drame dont les conséquences brise encore de nombreuses familles en Argentine : les enfants volés aux opposants de la dictature (les jeunes parents étaient exécutés, les enfants « placés » dans des familles proches du régime). Nous suivons ici deux hommes, deux copains, dont l’un a des doutes sur ses origines, fait faire des tests ADN, que son pote fait aussi pour l’accompagner. La surprise scénaristique étant éventée, ne reste au final que la démonstration du crime, et la difficile reconstruction de ceux qui « découvrent » leur passé, le sort funeste de leur parents biologiques (et parfois la face cachée et très noire de leurs parents adoptifs). La narration est fluide et agréable, et le dessin, fin et léger, accompagne bien ce récit, globalement intéressant et plaisant à lire. Note réelle 3,5/5.

11/12/2024 (modifier)
Couverture de la série Alerte 5
Alerte 5

Sans fioriture, et sans rien d’extraordinaire en fait, Max de Radiguès réussit quand même ici à nous proposer un petit album sympathique, une lecture plaisante. Tout tourne essentiellement autour de cinq personnages, enfermés dans un module spatial, une mission sur Mars. L’auteur ayant réalisé une grande partie du récit durant le confinement de 2020, il a pu y puiser quelques idées. Comment éviter l’ennui ? Faut-il maintenir la routine habituelle sans qu’elle soit justifier par les contingences sociales, du travail (car nos 5 « astronautes », suite à une alerte attentat – qui donne son titre à l’album – doivent abandonner leurs expériences, et juste rester coupés du monde en attendant la fin de l’alerte) ? L’auteur, avec son dessin très simple habituel, et sans dynamiter trop l’histoire, parvient quand même à garder l’intérêt du lecteur en apportant quelques petites surprises amusantes dans la seconde partie.

11/12/2024 (modifier)