Je n'ai pas lu le roman de Damasio avant mais connaîs assez le bonhomme et la réputation d'exigence de ce roman en particulier. Son univers demande un certain investissement, qui embarque le lecteurs qui est prêt à en payer le prix.
Ce qui est subjugant, c'est la personnalité des membres de la Horde. Chacun a sa place, son rôle, sa vision du monde, et les relations entre eux évoluent de manière très naturelle au fil du voyage. On sent le poids des années passées ensemble, les tensions, les rivalités mais aussi le respect mutuel.
Graphiquement, l'auteur réalise un travail impressionnant. Les paysages sont magnifiques et surtout il parvient à rendre le vent omniprésent. On le voit, on le ressent, presque physiquement par moments, arriver à retranscrire aussi bien un élément aussi abstrait n'est à la portée que de ceux qui se sentent pleinement investis dans leur oeuvre, (Emmanuel Lepage me vient immédiatement à l'esprit.) Tout n'est pas parfait pour autant. L'univers reste dense et la lecture est parfois un peu chargée, notamment lorsque les explications prennent le dessus sur l'aventure. Mais cela fait partie de l'ADN de cette série.
Mon véritable coup de cœur est arrivé avec le dernier volume en cours, le tome 4. La joute verbale est à elle seule un grand moment de bande dessinée. C'est brillant, drôle, inventif et surtout totalement cohérent avec cet univers où les mots ont un poids particulier, du Damasio pur jus. Cela faisait longtemps qu'une séquence de dialogue ne m'avait pas autant marqué.
Une adaptation réussie et validée par Damasio qui donne envie de poursuivre l'aventure et, dans mon cas, probablement de découvrir le roman ensite pour faire la part entre le roman et cette adaptation. 4/5 et un vrai coup de cœur pour le tome 4, il me tarde donc de lire la suite, l'attente sera longue au vu des écarts de sortie entre les albums...
Il y a des bandes dessinées que l'on admire davantage qu'on ne les aime réellement. Monsieur Mardi-Gras Descendres fait partie de celles-là en ce qui me concerne.
D'abord, impossible de ne pas saluer le travail graphique d'Éric Liberge. L'univers qu'il imagine est absolument fascinant : un étrange purgatoire peuplé de squelettes, perdu dans des paysages désolés sous un ciel d'encre. Les décors sont somptueux, les jeux de noir et blanc impressionnants, et l'auteur parvient à donner une incroyable expressivité à des personnages pourtant réduits à quelques ossements. Certaines planches sont tout simplement magnifiques et méritent à elles seules le détour.
Le récit possède lui aussi de nombreuses qualités. L'idée de suivre Victor Tourterelle, projeté dans cet au-delà absurde et mélancolique, permet d'aborder des thèmes rarement traités en BD : la mort, le sens de l'existence, la mémoire ou encore la croyance. L'ensemble dégage une ambiance singulière, à la fois poétique, inquiétante et parfois même humoristique. Malheureusement, je suis resté davantage spectateur qu'acteur de cette aventure. Le principal reproche que je ferais à la série est son côté parfois très bavard. Les dialogues et les réflexions philosophiques prennent régulièrement le pas sur l'action, au point de casser le rythme. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que l'auteur développait ses idées plus qu'il ne racontait son histoire. Cela donne de la profondeur à l'univers, mais cela peut aussi rendre la lecture laborieuse. La richesse du monde imaginé par Liberge est indéniable, mais elle demande un réel investissement de la part du lecteur. On sent que tout est pensé avec cohérence, toutefois le cheminement n'est pas toujours limpide et il faut parfois s'accrocher pour ne pas décrocher.
"Monsieur Mardi-Gras Descendres" est ambitieux, original et visuellement exceptionnel mais une lecture qui ne m'a pas totalement convaincu.
Quand on ouvre Approximativement, on peut avoir l'impression de feuilleter un simple recueil d'anecdotes sans véritable fil conducteur. Lewis Trondheim y raconte son quotidien, ses doutes d'auteur, ses agacements, ses rêves et ses réflexions les plus banales (c'est Lewis quoi.) Pourtant, au fil des pages, quelque chose d'assez fascinant se met en place : cette vie ordinaire devient étonnamment captivante.
L'album est sincère, Trondheim ne cherche jamais à se mettre en valeur. Au contraire, il se montre souvent sous un jour peu flatteur : râleur, anxieux, parfois mesquin ou ridicule. Une autodérision permanente rendant le récit humain et drôlatique. On retrouve déjà ce regard si particulier qu'il portera plus tard sur une grande partie de son œuvre, notamment les récents Les Petits Riens. On passe d'une anecdote sur le métro parisien à une réflexion sur la création artistique puis une scène avec les autres auteurs de L'Association. Sur le papier, cela pourrait sembler décousu, mais l'ensemble maintient sa cohérence grâce à la personnalité de son auteur qui sert de fil rouge.
Le dessin, simple et dépouillé, est lisible et parfaitement adapté au propos. Chaque case va droit au but et sert avant tout le récit. Comme souvent chez Trondheim, j'apprécie les décors extérieurs travaillés et les intérieurs plus simples mais complets.
Les chapitres ne se valent pas tous, certains semblent tourner en rond et quelques anecdotes ont moins de portée aujourd'hui qu'à leur publication mais l'ensemble est cohérent et accrocheur.
C'est une œuvre importante dans le parcours de l'ami Trondheim, drôle, intelligent et moderne pour l'époque de sortie. Une autobiographie qui évite le piège du nombrilisme, cela sort du lot qui grossit à vue d'oeil ces dernières années. Réussir à rendre passionnant une existence que l'auteur lui-même qualifie de « sans intérêt », c'est fort.
Une superbe épopée historique sous le trait virtuose de Palacios.
L'intégrale publiée par les éditions du Long Bec se compose de quatre tomes. Si les trois premiers s'avèrent captivants, le dernier, malheureusement, peine à se rendre intéressant.
On a droit à une succession de faits mineurs qui débouche sur un évènement historique et qui permet à l'auteur de clore, tant bien que mal, un premier cycle.
Cette narration précipitée nous tient à distance des personnages et laisse perplexe. On peut supposer que Palacios, sentant ses forces décliner, a souhaité avant tout offrir au lecteur un arc narratif complet.
Visuellement, on retrouve le trait puissant et singulier de l'artiste, son souci maniaque du détail, ainsi que son évolution graphique au fil des ans. Les couleurs, quant à elles, sont magnifiques.
Palacios était l'un des plus grands représentants de l'école espagnole. Il suffit de lire cette œuvre pour s'en convaincre, malgré un sentiment d'inachevé persistant.
Très fortement inspiré du genre comics, ce récit, mélange d’aventure fantastique, de mythologie nordique et de politique contemporaine, est d’une tonalité extrêmement sombre. Se déroulant à notre époque, il raconte comment un groupe de crypto-nazis va tenter de s’emparer d’une épée magique pour dominer le monde. Face à eux, la « jeune Lif », une elfe âgée de 1500 ans qui ne fait pas du tout son âge, hésite à s’engager dans la lutte, pas loin d’y renoncer pour fuir un monde en pleine débâcle. Difficile de ne pas faire le lien avec le contexte international actuel. On peut donc dire que cette bande dessinée reflète parfaitement l’air du temps, hélas peu favorable aux âmes généreuses.
Le point fort de « Je suis la dernière elfe » est clairement le dessin, qu’on peut qualifier de stylé. Loin d’être un débutant avec une bonne dizaine de publications à son actif, Marion Mousse dispose d’une palette stylistique très variée pour chacun de ses projets, palette qu’il sait adapter en fonction du propos. Ici, on pense beaucoup aux comics noirs « made in US », dont le digne représentant serait Mike Mignola. Le bémol, car il y a un bémol, se situerait au niveau de la lisibilité. Ici, le clair-obscur est trop envahissant à mon goût, gênant parfois l’identification des personnages. L’enchaînement des cases est par ailleurs trop elliptique, et les séquences de combat souffrent selon moi d’un manque de synchronisation, ce qui nuit à la fluidité de la lecture.
Cela semble par ailleurs rejaillir sur la narration de Martin Quenehen, qui peut apparaître quelque peu confuse à certains moments. C’est dommage, parce qu’en dézoomant, on se rend compte que le scénario conserve une certaine cohérence. De plus, pour quiconque n’est pas familiarisé avec la mythologie nordique qui domine toute l’histoire, il faudra sans doute se documenter à propos de plusieurs termes, tout est présenté ici avec le postulat que, par exemple, tout le monde a une bonne connaissance du sujet.
L’histoire n’est pas mauvaise en soi et l’idée de départ est loin d’être inintéressante (vraiment !), mais « Je suis la dernière elfe » nécessitera peut-être une deuxième lecture, forcément plus confortable. Au final, les amateurs de fantastique comme de politique peineront néanmoins à s’y retrouver, et même si l’héroïne Lif est assez attachante, il manque un petit plus à cette histoire qui recélait pourtant du potentiel. Ce qui domine ici hélas, c’est l’impression que le projet est inabouti et a été traité de manière un peu superficielle.
Ça fait une paye que je n'ai plus posté d'avis, je m'y remets. Doucement en choisissant ce livre purement et simplement nul. Le dessin est de niveau collège 5ème et l'humour de 3ème. Ok ça pourrait être publiable dans un fanzine mais en livre, non. Rien à sauver dans ce bouquin fait sans talent.
Peut-on considérer une critique pertinente lorsqu’on n’a lu qu’une partie d’un livre ? Tel est le dilemme qui se pose à moi ici, étant donné que je n’ai pas pu aller au-delà des 100 pages de ce pavé.
J’avais décidé de le lire, car j’avais eu plutôt de bons échos à droite et à gauche lors de sa sortie. Malheureusement la déception est à la hauteur des attentes, et visiblement c’est un titre qui divise, les deux précédents commentaires le prouvent… En général, je suis plutôt sur la même longueur d'ondes que Paco, mais dans le cas présent, je vais devoir mettre une note radicalement opposée à son 5 étoiles. Et pour le coup, je rejoins Gaston dans son appréciation, sauf que je serai encore plus sévère que lui.
Tout d’abord, c’est sûr, l’objet est imposant et intrigue autant par sa couverture que par le graphisme délicat, assorti à une mise en page très originale. Alors c’est avec une certaine curiosité que l’on se lance dans la lecture. Le début du récit est certes énigmatique, mais c’est aussi cela qu’on demande à une BD, qu’elle nous offre une perspective inattendue, nous demande notre participation active.
Malheureusement, il semble qu’ici rien ne fonctionne. Après quelques pages pour le moins hermétiques, beaucoup trop hermétiques à mon goût, j’ai réussi à me lasser très rapidement. Il ne se passe rien pour véritablement captiver le lecteur. Malgré l’impression de départ que la narration serait aérée, les textes, écrits dans une police minuscule, s’avèrent pléthoriques, ce qui ralentit considérablement le rythme de lecture. Les références mythologiques (cf. Prométhée) nécessitent une certaine érudition en la matière, et le propos n’est aucunement didactique.
Le graphisme, qu’on peut trouver avenant et poétique (on peut penser à Moebius ou Miyazaki), souffre d’un traitement inadéquat de la couleur. Je pense en particulier au passage (très longuet) où des types discutent dans le désert à la nuit tombée (j’ai oublié de quoi il était question). Pour restituer l’ambiance nocturne, l’auteur a cru bon de plaquer une tonalité très sombre sur toutes les cases, une vraie torture pour les yeux. Pour ça, il est fortement conseillé d’avoir une lampe de poche à ses côtés. D’une manière générale, les phylactères abondent, on ne sait pas toujours qui parle, c’est assez pénible. Toutes ces raisons font que j’ai mis fin au supplice assez facilement, d’ailleurs le bouquin n’arrêtait pas de me tomber des mains…
L’ouvrage est assurément ambitieux, mais si ambition il y a, elle ne vise clairement pas à l’intelligibilité. A se demander si l’auteur a pensé un instant à ses lecteurs… On peut y trouver des qualités, certes, mais si je devais donner un avis en deux mots, le voici : prétentieux et indigeste.
Un O.V.N.I.
J'en ai lu des trucs bizarres, mais cette BD dépasse de loin tout ce que j'ai lu avant...
Bartosz Zaskórski est un artiste polonais, un touche à tout qui s'illustre dans l'art visuel et récemment dans le neuvième art. Il travaille à l'université pédagogique de Cracovie, où il dirige le studio audio d'auteur.
Chose rare, je n'ai pas acheté cet album en librairie, mais en le commandant directement chez Huber éditions (avec deux autres BD). Je n'ai donc pas pu la feuilletter, un rituel important pourtant, je me suis juste basé sur la superbe galerie ci-jointe.
Oubliez toutes vos certitudes et laissez-vous porter dans un univers post-apocalyptique déjanté, surréaliste et qui ne repose sur aucunes lois physiques. Postapoland est une BD expérimentale. Une narration chaotique au texte sobre et puissant, on va d'abord suivre deux mutants à la recherche d'une nouvelle tête pour l'un d'eux. Un récit qui se termine sur un « à suivre... ». Ensuite plusieurs histoires courtes sur cet univers de Postapoland. Sous un aspect incohérent, le réchauffement climatique, la malbouffe et la recherche de l'amour seront de la partie. Postapoland est avant tout une remise en cause de notre mode de vie, de sa décadence avec pour fil conducteur ce ver qui observe et qui infecte.
Visuellement j'en ai pris plein les mirettes. La majorité de l'album est en noir et blanc aux planches tantôt dépouillées et tantôt surchargées. Bartosz Zaskórski fait preuve d'une grande inventivité, en particulier dans la représentation des mutants, que ce soit ces insectes humanoïdes où ces monstres flasques. Un soin méticuleux est apporté aux détails, la purulence suinte sur chaque page.
Deux courts récits sont en couleur, le premier dans un vert-gris et le second dans un vieux rose et noir, le résultat est éblouissant.
Une planche typée manga fera son apparition.
Une mise en page surprenante.
Un voyage graphique.
Un album qui se termine par une playlist éclectique.
Une BD qui ne fera pas l'unanimité. Les esprits cartésiens, vous pouvez passer votre chemin.
Gros coup de cœur graphique.
Au premier abord, cette série peut provoquer du rejet. Les dessins, surtout les personnages principaux, sont laids et ont toujours l'air tristes, voire profondément malheureux. Et la bichromie n’arrange rien ici !
Un groupe de musiciens incompétents, chacun jouant de son côté... heureusement que cette BD n'a pas de son !
Ensuite, toutes les deux pages, on a droit à la présentation de nouveaux personnages, des hurluberlus chacun avec des occupations toujours plus délirantes et absurdes. Cela rappelle tous les grands maîtres du conte surréaliste et même plus encore. La BD est très culte (?!), les références littéraires et artistiques sont presque infinies. Mais cela peut constituer une limite pour les lecteurs qui ne veulent pas trop réfléchir ou enquêter. En termes de limites, je me demande aussi si J. C. Fernandes aurait dû prolonger autant la série. Mais pour ceux qui aiment, pas de soucis, tout est dans le monde le plus aberrant possible.
P. S. : Fernandes a réussi à faire des histoires avec des dessins encore plus horribles que ceux-ci, et elles sont publiées ! Par contre, il a écrit quelques textes qui ont été dessinés par d'autres auteurs et qui présentent beaucoup d'intérêt et de beauté.
Encore jeune, j'ai lu le livre de Fenimore Cooper et plus tard j'ai vu le film de Michael Mann, avec des acteurs que j'adore. Depuis, je cherche une version BD qui rende justice à ma représentation mentale des personnages, de l'action et de l'intrigue. Je continue ma quête…
L'adaptation du Dernier des Mohicans par Marc Bourque et Marcel Uderzo (frère D’Albert) peine à restituer la richesse du roman. Si le dessin parait agréable, le récit souffre d'un excès de simplification. En cherchant à condenser une intrigue complexe dans en bande dessinée, l'adaptation sacrifie plusieurs scènes importantes et tombe dans la superficialité.
Les dessins de M. Uderzo peinent aussi à convaincre totalement. Le style manque de personnalité et semble souvent figé, ce qui réduit l'intensité dramatique de l'histoire. Les expressions des personnages paraissent répétitives et peu naturelles, rendant difficile l'attachement. De plus, certaines scènes d'action souffrent d'un manque de dynamisme, avec une mise en page qui ne parvient pas toujours à transmettre le rythme ou la tension, bien que le travail soit techniquement correct.
Mais ce que je n'arrive vraiment pas à surmonter et à pardonner, c'est le personnage de « Yeux-d'aigle » ou « Longue-Carabine »: il a toujours la même expression ou attitude, quoi qu'il arrive tout au long de l'histoire ! Sir Daniel Day-Lewis, tu me manques!
La guerre entre Anglais et Français en Amérique du Nord au XVIIIe siècle, la « guerre de Sept Ans », a fait des victimes, surtout parmi les Amérindiens : Hurons, Iroquois et pas seulement. La mort d'Uncas m'a toujours beaucoup attristé, mais cela finit par avoir du sens par rapport à toute cette tragédie, tant individuelle que collective et surtout historique.
L’auteur de l’œuvre originale avait sa position bien définie dès le départ et cette BD s’y conforme sans rien remettre en question, malgré le dossier final. Là, au moins, une certaine remise en question critique devrait être présente.
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La Horde du contrevent
Je n'ai pas lu le roman de Damasio avant mais connaîs assez le bonhomme et la réputation d'exigence de ce roman en particulier. Son univers demande un certain investissement, qui embarque le lecteurs qui est prêt à en payer le prix. Ce qui est subjugant, c'est la personnalité des membres de la Horde. Chacun a sa place, son rôle, sa vision du monde, et les relations entre eux évoluent de manière très naturelle au fil du voyage. On sent le poids des années passées ensemble, les tensions, les rivalités mais aussi le respect mutuel. Graphiquement, l'auteur réalise un travail impressionnant. Les paysages sont magnifiques et surtout il parvient à rendre le vent omniprésent. On le voit, on le ressent, presque physiquement par moments, arriver à retranscrire aussi bien un élément aussi abstrait n'est à la portée que de ceux qui se sentent pleinement investis dans leur oeuvre, (Emmanuel Lepage me vient immédiatement à l'esprit.) Tout n'est pas parfait pour autant. L'univers reste dense et la lecture est parfois un peu chargée, notamment lorsque les explications prennent le dessus sur l'aventure. Mais cela fait partie de l'ADN de cette série. Mon véritable coup de cœur est arrivé avec le dernier volume en cours, le tome 4. La joute verbale est à elle seule un grand moment de bande dessinée. C'est brillant, drôle, inventif et surtout totalement cohérent avec cet univers où les mots ont un poids particulier, du Damasio pur jus. Cela faisait longtemps qu'une séquence de dialogue ne m'avait pas autant marqué. Une adaptation réussie et validée par Damasio qui donne envie de poursuivre l'aventure et, dans mon cas, probablement de découvrir le roman ensite pour faire la part entre le roman et cette adaptation. 4/5 et un vrai coup de cœur pour le tome 4, il me tarde donc de lire la suite, l'attente sera longue au vu des écarts de sortie entre les albums...
Monsieur Mardi-Gras Descendres
Il y a des bandes dessinées que l'on admire davantage qu'on ne les aime réellement. Monsieur Mardi-Gras Descendres fait partie de celles-là en ce qui me concerne. D'abord, impossible de ne pas saluer le travail graphique d'Éric Liberge. L'univers qu'il imagine est absolument fascinant : un étrange purgatoire peuplé de squelettes, perdu dans des paysages désolés sous un ciel d'encre. Les décors sont somptueux, les jeux de noir et blanc impressionnants, et l'auteur parvient à donner une incroyable expressivité à des personnages pourtant réduits à quelques ossements. Certaines planches sont tout simplement magnifiques et méritent à elles seules le détour. Le récit possède lui aussi de nombreuses qualités. L'idée de suivre Victor Tourterelle, projeté dans cet au-delà absurde et mélancolique, permet d'aborder des thèmes rarement traités en BD : la mort, le sens de l'existence, la mémoire ou encore la croyance. L'ensemble dégage une ambiance singulière, à la fois poétique, inquiétante et parfois même humoristique. Malheureusement, je suis resté davantage spectateur qu'acteur de cette aventure. Le principal reproche que je ferais à la série est son côté parfois très bavard. Les dialogues et les réflexions philosophiques prennent régulièrement le pas sur l'action, au point de casser le rythme. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que l'auteur développait ses idées plus qu'il ne racontait son histoire. Cela donne de la profondeur à l'univers, mais cela peut aussi rendre la lecture laborieuse. La richesse du monde imaginé par Liberge est indéniable, mais elle demande un réel investissement de la part du lecteur. On sent que tout est pensé avec cohérence, toutefois le cheminement n'est pas toujours limpide et il faut parfois s'accrocher pour ne pas décrocher. "Monsieur Mardi-Gras Descendres" est ambitieux, original et visuellement exceptionnel mais une lecture qui ne m'a pas totalement convaincu.
Approximativement
Quand on ouvre Approximativement, on peut avoir l'impression de feuilleter un simple recueil d'anecdotes sans véritable fil conducteur. Lewis Trondheim y raconte son quotidien, ses doutes d'auteur, ses agacements, ses rêves et ses réflexions les plus banales (c'est Lewis quoi.) Pourtant, au fil des pages, quelque chose d'assez fascinant se met en place : cette vie ordinaire devient étonnamment captivante. L'album est sincère, Trondheim ne cherche jamais à se mettre en valeur. Au contraire, il se montre souvent sous un jour peu flatteur : râleur, anxieux, parfois mesquin ou ridicule. Une autodérision permanente rendant le récit humain et drôlatique. On retrouve déjà ce regard si particulier qu'il portera plus tard sur une grande partie de son œuvre, notamment les récents Les Petits Riens. On passe d'une anecdote sur le métro parisien à une réflexion sur la création artistique puis une scène avec les autres auteurs de L'Association. Sur le papier, cela pourrait sembler décousu, mais l'ensemble maintient sa cohérence grâce à la personnalité de son auteur qui sert de fil rouge. Le dessin, simple et dépouillé, est lisible et parfaitement adapté au propos. Chaque case va droit au but et sert avant tout le récit. Comme souvent chez Trondheim, j'apprécie les décors extérieurs travaillés et les intérieurs plus simples mais complets. Les chapitres ne se valent pas tous, certains semblent tourner en rond et quelques anecdotes ont moins de portée aujourd'hui qu'à leur publication mais l'ensemble est cohérent et accrocheur. C'est une œuvre importante dans le parcours de l'ami Trondheim, drôle, intelligent et moderne pour l'époque de sortie. Une autobiographie qui évite le piège du nombrilisme, cela sort du lot qui grossit à vue d'oeil ces dernières années. Réussir à rendre passionnant une existence que l'auteur lui-même qualifie de « sans intérêt », c'est fort.
Le Cid
Une superbe épopée historique sous le trait virtuose de Palacios. L'intégrale publiée par les éditions du Long Bec se compose de quatre tomes. Si les trois premiers s'avèrent captivants, le dernier, malheureusement, peine à se rendre intéressant. On a droit à une succession de faits mineurs qui débouche sur un évènement historique et qui permet à l'auteur de clore, tant bien que mal, un premier cycle. Cette narration précipitée nous tient à distance des personnages et laisse perplexe. On peut supposer que Palacios, sentant ses forces décliner, a souhaité avant tout offrir au lecteur un arc narratif complet. Visuellement, on retrouve le trait puissant et singulier de l'artiste, son souci maniaque du détail, ainsi que son évolution graphique au fil des ans. Les couleurs, quant à elles, sont magnifiques. Palacios était l'un des plus grands représentants de l'école espagnole. Il suffit de lire cette œuvre pour s'en convaincre, malgré un sentiment d'inachevé persistant.
Je suis la dernière elfe
Très fortement inspiré du genre comics, ce récit, mélange d’aventure fantastique, de mythologie nordique et de politique contemporaine, est d’une tonalité extrêmement sombre. Se déroulant à notre époque, il raconte comment un groupe de crypto-nazis va tenter de s’emparer d’une épée magique pour dominer le monde. Face à eux, la « jeune Lif », une elfe âgée de 1500 ans qui ne fait pas du tout son âge, hésite à s’engager dans la lutte, pas loin d’y renoncer pour fuir un monde en pleine débâcle. Difficile de ne pas faire le lien avec le contexte international actuel. On peut donc dire que cette bande dessinée reflète parfaitement l’air du temps, hélas peu favorable aux âmes généreuses. Le point fort de « Je suis la dernière elfe » est clairement le dessin, qu’on peut qualifier de stylé. Loin d’être un débutant avec une bonne dizaine de publications à son actif, Marion Mousse dispose d’une palette stylistique très variée pour chacun de ses projets, palette qu’il sait adapter en fonction du propos. Ici, on pense beaucoup aux comics noirs « made in US », dont le digne représentant serait Mike Mignola. Le bémol, car il y a un bémol, se situerait au niveau de la lisibilité. Ici, le clair-obscur est trop envahissant à mon goût, gênant parfois l’identification des personnages. L’enchaînement des cases est par ailleurs trop elliptique, et les séquences de combat souffrent selon moi d’un manque de synchronisation, ce qui nuit à la fluidité de la lecture. Cela semble par ailleurs rejaillir sur la narration de Martin Quenehen, qui peut apparaître quelque peu confuse à certains moments. C’est dommage, parce qu’en dézoomant, on se rend compte que le scénario conserve une certaine cohérence. De plus, pour quiconque n’est pas familiarisé avec la mythologie nordique qui domine toute l’histoire, il faudra sans doute se documenter à propos de plusieurs termes, tout est présenté ici avec le postulat que, par exemple, tout le monde a une bonne connaissance du sujet. L’histoire n’est pas mauvaise en soi et l’idée de départ est loin d’être inintéressante (vraiment !), mais « Je suis la dernière elfe » nécessitera peut-être une deuxième lecture, forcément plus confortable. Au final, les amateurs de fantastique comme de politique peineront néanmoins à s’y retrouver, et même si l’héroïne Lif est assez attachante, il manque un petit plus à cette histoire qui recélait pourtant du potentiel. Ce qui domine ici hélas, c’est l’impression que le projet est inabouti et a été traité de manière un peu superficielle.
The Comic Book Holocaust
Ça fait une paye que je n'ai plus posté d'avis, je m'y remets. Doucement en choisissant ce livre purement et simplement nul. Le dessin est de niveau collège 5ème et l'humour de 3ème. Ok ça pourrait être publiable dans un fanzine mais en livre, non. Rien à sauver dans ce bouquin fait sans talent.
Tongues
Peut-on considérer une critique pertinente lorsqu’on n’a lu qu’une partie d’un livre ? Tel est le dilemme qui se pose à moi ici, étant donné que je n’ai pas pu aller au-delà des 100 pages de ce pavé. J’avais décidé de le lire, car j’avais eu plutôt de bons échos à droite et à gauche lors de sa sortie. Malheureusement la déception est à la hauteur des attentes, et visiblement c’est un titre qui divise, les deux précédents commentaires le prouvent… En général, je suis plutôt sur la même longueur d'ondes que Paco, mais dans le cas présent, je vais devoir mettre une note radicalement opposée à son 5 étoiles. Et pour le coup, je rejoins Gaston dans son appréciation, sauf que je serai encore plus sévère que lui. Tout d’abord, c’est sûr, l’objet est imposant et intrigue autant par sa couverture que par le graphisme délicat, assorti à une mise en page très originale. Alors c’est avec une certaine curiosité que l’on se lance dans la lecture. Le début du récit est certes énigmatique, mais c’est aussi cela qu’on demande à une BD, qu’elle nous offre une perspective inattendue, nous demande notre participation active. Malheureusement, il semble qu’ici rien ne fonctionne. Après quelques pages pour le moins hermétiques, beaucoup trop hermétiques à mon goût, j’ai réussi à me lasser très rapidement. Il ne se passe rien pour véritablement captiver le lecteur. Malgré l’impression de départ que la narration serait aérée, les textes, écrits dans une police minuscule, s’avèrent pléthoriques, ce qui ralentit considérablement le rythme de lecture. Les références mythologiques (cf. Prométhée) nécessitent une certaine érudition en la matière, et le propos n’est aucunement didactique. Le graphisme, qu’on peut trouver avenant et poétique (on peut penser à Moebius ou Miyazaki), souffre d’un traitement inadéquat de la couleur. Je pense en particulier au passage (très longuet) où des types discutent dans le désert à la nuit tombée (j’ai oublié de quoi il était question). Pour restituer l’ambiance nocturne, l’auteur a cru bon de plaquer une tonalité très sombre sur toutes les cases, une vraie torture pour les yeux. Pour ça, il est fortement conseillé d’avoir une lampe de poche à ses côtés. D’une manière générale, les phylactères abondent, on ne sait pas toujours qui parle, c’est assez pénible. Toutes ces raisons font que j’ai mis fin au supplice assez facilement, d’ailleurs le bouquin n’arrêtait pas de me tomber des mains… L’ouvrage est assurément ambitieux, mais si ambition il y a, elle ne vise clairement pas à l’intelligibilité. A se demander si l’auteur a pensé un instant à ses lecteurs… On peut y trouver des qualités, certes, mais si je devais donner un avis en deux mots, le voici : prétentieux et indigeste.
Postapoland
Un O.V.N.I. J'en ai lu des trucs bizarres, mais cette BD dépasse de loin tout ce que j'ai lu avant... Bartosz Zaskórski est un artiste polonais, un touche à tout qui s'illustre dans l'art visuel et récemment dans le neuvième art. Il travaille à l'université pédagogique de Cracovie, où il dirige le studio audio d'auteur. Chose rare, je n'ai pas acheté cet album en librairie, mais en le commandant directement chez Huber éditions (avec deux autres BD). Je n'ai donc pas pu la feuilletter, un rituel important pourtant, je me suis juste basé sur la superbe galerie ci-jointe. Oubliez toutes vos certitudes et laissez-vous porter dans un univers post-apocalyptique déjanté, surréaliste et qui ne repose sur aucunes lois physiques. Postapoland est une BD expérimentale. Une narration chaotique au texte sobre et puissant, on va d'abord suivre deux mutants à la recherche d'une nouvelle tête pour l'un d'eux. Un récit qui se termine sur un « à suivre... ». Ensuite plusieurs histoires courtes sur cet univers de Postapoland. Sous un aspect incohérent, le réchauffement climatique, la malbouffe et la recherche de l'amour seront de la partie. Postapoland est avant tout une remise en cause de notre mode de vie, de sa décadence avec pour fil conducteur ce ver qui observe et qui infecte. Visuellement j'en ai pris plein les mirettes. La majorité de l'album est en noir et blanc aux planches tantôt dépouillées et tantôt surchargées. Bartosz Zaskórski fait preuve d'une grande inventivité, en particulier dans la représentation des mutants, que ce soit ces insectes humanoïdes où ces monstres flasques. Un soin méticuleux est apporté aux détails, la purulence suinte sur chaque page. Deux courts récits sont en couleur, le premier dans un vert-gris et le second dans un vieux rose et noir, le résultat est éblouissant. Une planche typée manga fera son apparition. Une mise en page surprenante. Un voyage graphique. Un album qui se termine par une playlist éclectique. Une BD qui ne fera pas l'unanimité. Les esprits cartésiens, vous pouvez passer votre chemin. Gros coup de cœur graphique.
Le Plus mauvais groupe du monde
Au premier abord, cette série peut provoquer du rejet. Les dessins, surtout les personnages principaux, sont laids et ont toujours l'air tristes, voire profondément malheureux. Et la bichromie n’arrange rien ici ! Un groupe de musiciens incompétents, chacun jouant de son côté... heureusement que cette BD n'a pas de son ! Ensuite, toutes les deux pages, on a droit à la présentation de nouveaux personnages, des hurluberlus chacun avec des occupations toujours plus délirantes et absurdes. Cela rappelle tous les grands maîtres du conte surréaliste et même plus encore. La BD est très culte (?!), les références littéraires et artistiques sont presque infinies. Mais cela peut constituer une limite pour les lecteurs qui ne veulent pas trop réfléchir ou enquêter. En termes de limites, je me demande aussi si J. C. Fernandes aurait dû prolonger autant la série. Mais pour ceux qui aiment, pas de soucis, tout est dans le monde le plus aberrant possible. P. S. : Fernandes a réussi à faire des histoires avec des dessins encore plus horribles que ceux-ci, et elles sont publiées ! Par contre, il a écrit quelques textes qui ont été dessinés par d'autres auteurs et qui présentent beaucoup d'intérêt et de beauté.
Le Dernier des Mohicans (Glénat)
Encore jeune, j'ai lu le livre de Fenimore Cooper et plus tard j'ai vu le film de Michael Mann, avec des acteurs que j'adore. Depuis, je cherche une version BD qui rende justice à ma représentation mentale des personnages, de l'action et de l'intrigue. Je continue ma quête… L'adaptation du Dernier des Mohicans par Marc Bourque et Marcel Uderzo (frère D’Albert) peine à restituer la richesse du roman. Si le dessin parait agréable, le récit souffre d'un excès de simplification. En cherchant à condenser une intrigue complexe dans en bande dessinée, l'adaptation sacrifie plusieurs scènes importantes et tombe dans la superficialité. Les dessins de M. Uderzo peinent aussi à convaincre totalement. Le style manque de personnalité et semble souvent figé, ce qui réduit l'intensité dramatique de l'histoire. Les expressions des personnages paraissent répétitives et peu naturelles, rendant difficile l'attachement. De plus, certaines scènes d'action souffrent d'un manque de dynamisme, avec une mise en page qui ne parvient pas toujours à transmettre le rythme ou la tension, bien que le travail soit techniquement correct. Mais ce que je n'arrive vraiment pas à surmonter et à pardonner, c'est le personnage de « Yeux-d'aigle » ou « Longue-Carabine »: il a toujours la même expression ou attitude, quoi qu'il arrive tout au long de l'histoire ! Sir Daniel Day-Lewis, tu me manques! La guerre entre Anglais et Français en Amérique du Nord au XVIIIe siècle, la « guerre de Sept Ans », a fait des victimes, surtout parmi les Amérindiens : Hurons, Iroquois et pas seulement. La mort d'Uncas m'a toujours beaucoup attristé, mais cela finit par avoir du sens par rapport à toute cette tragédie, tant individuelle que collective et surtout historique. L’auteur de l’œuvre originale avait sa position bien définie dès le départ et cette BD s’y conforme sans rien remettre en question, malgré le dossier final. Là, au moins, une certaine remise en question critique devrait être présente.