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Les dernier avis (88739 avis)

Par Blue boy
Note: 3/5
Couverture de la série Grand Orient
Grand Orient

Ceux qui s’attendent à trouver dans cet ouvrage de grandes révélations sur les Francs-Maçons, cette mystérieuse organisation qui a toujours enflammé les esprits et sert régulièrement de marronnier pour la presse à sensation lorsqu’elle n’a rien à se mettre sous la dent, en seront pour leurs frais. Tout au contraire, l’auteur, Jérôme Denis, qui est lui-même entré en maçonnerie à l’âge de 38 ans, a choisi l’angle de l’humour pour brosser un tableau pittoresque et loufoque qui, certes, ne renforcera pas l’aura de la confrérie, mais aura le mérite de fissurer la boîte à fantasmes des complotistes qui pullulent sur les réseaux sociaux. Même les simples curieux et amateurs d’ésotérisme et d’envolées mystiques risquent fort d’être déçus… Les « Francs-Macs » décrits ici nous ressemblent beaucoup, nous les « profanes », avec les mêmes questionnements, les mêmes préoccupations triviales, les mêmes jalousies et les mêmes débats qui traversent la société à laquelle ils appartiennent. De façon espiègle tout en conservant une certaine tendresse, Jérôme Denis commence par s’amuser de la séance d’initiation inaugurale du récit qui tourne rapidement au fiasco burlesque. Dans cette petite obédience qui manque de moyens, on se chamaille à propos des problèmes d’organisation ou administratifs, on panique quant aux manques de chaises ou de muffins pour les « Agapes », on jalouse la consœur recrutée par le Grand Orient, dont les membres, eux-mêmes, tous masculins et (forcément) un brin misogyne, cachent à peine leur mépris envers le « bas de la pyramide », malgré l’esprit égalitaire censé irriguer tous les ordres. Un bien petit monde où chaque ragot ou chaque vacherie est hypocritement ponctuée par l’expression consacrée « en toute fraternité ». La boucle est bouclée vers la fin du récit où l’on constate que plus ils sont haut placés, plus les Francs-Maçons cherchent à masquer leur appartenance à l’organisation. Et pourquoi ça ? Se livreraient-ils à des pratiques inavouables en relation avec des puissances occultes ? La réalité est hélas beaucoup plus prosaïque, de la bouche même de ce politique (anonyme) qui refuse son aide à une « sœur » lui demandant son soutien en vue d’un manifeste sur l’éducation, par peur d’être compromis. Car comme il le dit, « Être Franc-maçon aujourd’hui, c’est la mort politique ». Le serpent qui se mord la queue en somme… Quant à Alexandre Franc, qui avait signé précédemment le documentaire édifiant Guantánamo Kid sur les prisonniers de la guerre en Irak, il illustre plutôt pertinemment ce livre de son trait minimaliste et sobre, tout en sachant restituer avec justesse l’ironie du propos. De même, la mise en page est simple et la colorisation équilibrée. Ce témoignage, au-delà de la drôlerie, nous renseigne davantage sur les pratiques d’une organisation méconnue, à défaut d’une initiation à l’ésotérisme… Bref, que de contradictions chez ces Francs-Maçons qui au final apparaissent d’abord franchouillards avant d’être francs-maçons. Les rapports « fraternels », eux, pourront bien attendre… « Grand Orient » constitue un témoignage inattendu et instructif qui contribue à démystifier une certaine légende née dans la nuit des temps sous l’influence d’une communauté de bâtisseurs prenant leur métier au sérieux. Légende dévoyée au fil des siècles par de grands enfants qui en ont fait un jeu de rôle basé sur des rituels abscons et ne devant sa crédibilité qu’à son passé immémorial.

02/06/2020 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Fils du Soleil
Fils du Soleil

Cette BD combine en une unique adaptation des portions de plusieurs nouvelles du recueil Un fils du soleil, de Jack London. Je n'avais jamais entendu parler de ce livre là mais je suis immédiatement tombé sous le charme. Nous sommes plongés dans le même cadre que Corto Maltese dans sa Ballade de la Mer Salée, à savoir le Pacifique Sud et plus précisément les îles Salomon au tout début du 20e siècle. Les mers y sont parcourues par les petits voiliers, ketchs et autres schooners aux équipages indigènes, d'aventuriers commerçants qui se connaissent tous en tant qu'amis et rivaux. Parmi eux, le héros, David Grief a fait fortune par son esprit d'entreprise mais aussi son audace et la réputation qu'il a su se bâtir. Le jour où il apprend qu'une célébrité locale met en vente sa gigantesque collection de perles et qu'il a pris soin de prévenir tous les autres aventuriers sauf Grief, il va forcément être piqué au vif et ne pas se laisser faire. D'autant que vu la personnalité de ce "vendeur de perles", cela cache forcément quelque chose de bien plus gros qu'une simple vente. J'ai adoré cette ambiance et la manière dont l'excellent dessin la soutient. C'est un trait ultra maîtrisé qui fonctionne à merveille tant pour représenter des personnages pleins de vie que des vieux gréements parfaitement réalistes ou des paysages ensoleillés et exotiques. J'ai été complètement plongé dans ce petit univers marin où tout le monde se connait et où les lieux pittoresques rivalisent avec les aventures à chaque nouvelle escale. Fabien Nury a su parfaitement condenser l'essentiel de ces nouvelles pour former un récit autonome qui tient grandement la route, avec ce qu'il faut de profondeur et de mystère pour donner corps à son monde imaginaire et captiver le lecteur tout en lui offrant une belle dose d'action, de grand spectacle et un soupçon de mysticisme. Bravo aux auteurs !

02/06/2020 (modifier)
Couverture de la série 1356 (Révolutions - Quand l'Histoire de France a basculé)
1356 (Révolutions - Quand l'Histoire de France a basculé)

Cette collection d'albums chez Soleil semble être une sorte d'équivalent de Champs d'honneur chez Delcourt, qui proposait une série de batailles célèbres, c'est donc une série-concept ayant de grandes ambitions, et j'ignore si les autres tomes abordent leurs sujets de meilleure façon, mais dans le cas présent, je n'ai pas été séduit ni convaincu par cette approche de la guerre de Cent Ans concernant cette période de 1356. En fait, l'album narre l'après bataille, les événements décrits racontent ce qui s'est passé après 1356, soit entre cette date et 1358. C'est certes un moment charnière avec un basculement de l'Histoire, mais il est très mal expliqué, avec en plus des erreurs flagrantes et des approximations qui m'étonnent quand même dans une Bd de ce type. Dès la page 6 (page figurant en galerie), la narration nous dit : "Ils n'avaient rien appris depuis Azincourt" ; là, c'est gros quand même parce qu'on est censé être en aout 1356, jour du désastre de Poitiers, or Azincourt a eu lieu en 1415 sous Charles VI, je pense que Pécau s'est fourvoyé et a confondu avec Crécy, première désastreuse bataille pour les Français qui a eu lieu en 1346, soit 10 ans avant, et il est vrai que les armées de chevaliers français n'ont pas su tirer la leçon de Crécy, d'où la nouvelle défaite de Poitiers. Ensuite, il est fait allusion au lieu-dit Alexandre, ça m'étonne parce que je connais bien les lieux, il y a même une stèle qui marque l'emplacement de la bataille funeste, mais elle a eu lieu à Nouaillé-Maupertuis, à 20 km de Poitiers, le lieu-dit est donc Maupertuis en 1356. Autre détail qui me frappe et me dérange : le héros, Conan de Nesle est un chevalier breton qui est en réalité un mercenaire ou un auxiliaire qui a mis son épée au service de la France, dans ce cas, je ne vois pas pourquoi il arbore une tunique d'armure marquée des fleurs de lys royales, cet atour étant réservé aux grands chevaliers de la noblesse française, garde rapprochée du roi de France et de l'ost royal, ce détail n'est absolument pas crédible. L'ensemble du scénario s'intéresse à une période concernant le Dauphin Charles (futur Charles V), Charles de Navarre, dit le Mauvais, son cousin qui ne cessera de trahir en passant d'un parti à l'autre, et Étienne Marcel, premier magistrat de la bourgeoisie parisienne, équivalent de nos maires actuels (c'est pourquoi il a sa statue derrière l'Hôtel de Ville de Paris). Le Dauphin se heurte à tous les mécontents, d'abord soutenu par Etienne Marcel, qui ensuite se retourne contre lui en voulant laisser entrer les Navarrais, donc les Anglais dans Paris. Pendant 2 ans, le jeune dauphin doit ruser, louvoyer, promettre et manœuvrer dans une capitale où couve l'émeute. Là dessus, la Jacquerie se déclenche en Picardie et sera sévèrement réprimée en 1358. On aperçoit aussi Robert le Coq, évêque de Laon, au service de Charles le Mauvais, mais son rôle ici n'est que survolé, si bien qu'on est un peu perdu dans cette période qui déjà est compliquée et peu facile à comprendre, alors j'imagine le néophyte qui va mettre les pieds dans cet album, je doute qu'il capte vraiment le fin mot de l'histoire. Je pense aussi que Étienne Marcel qui joue un rôle majeur dans cette période, n'est pas assez mis en avant, et pourtant il trône sur la couverture. Le scénario est donc trop confus et je le regrette, il est empêtré dans des faits et des références historiques peu claires, si bien que le récit manque de fluidité pour comprendre tous les enjeux de ce chaos politique. Honnêtement, je ne vois pas où Pécau cherche à nous emmener, sa description d'une période trouble pour le royaume de France est assez confuse et peu captivante. Son héros Conan de Nesle n'est guère attachant, et c'est lui qui finit par tuer Étienne Marcel ; je rappelle qu'il fut assassiné par un de ses anciens partisans, Jean Maillard, le 31 juillet 1358, et que son corps fut jeté en bas de la Porte Saint-Denis (l'ancienne porte fortifiée, pas celle qu'on voit de nos jours). Là dessus, la fin est un peu expédiée, car Pécau ne sait plus trop où il en est et doit conclure. Tout ceci est regrettable et je le déplore, c'est une période qui aurait été si intéressante (et finalement assez méconnue) si elle avait été abordée de façon plus claire. Toutefois la lecture peut s'avérer sans trop d'ennui, mais ma note réelle est de 2,5/5. Un mot enfin sur le dessin : je ne le trouve pas vraiment joli, mais il est quand même correct et bien documenté, les visages sont hargneux, le sang est très présent, et curieusement, il y a 2 dessinateurs sur cet album, mais il n'y a heureusement pas de rupture de style.

02/06/2020 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Joker / Mask
Joker / Mask

3.5 Une bonne surprise. J'adore le Joker et j'aime le Mask, mais j'avais peur de tomber sur un truc commercial pas marrant alors qu'en fait c'est bien fait et même rigolo. Paradoxalement, il est dit à plusieurs reprises que le Joker n'est plus marrant depuis qu'il porte le Mask alors que je trouvais que plusieurs gags étaient marrants. La bonne idée du récit est que durant une bonne majorité du récit Batman est trop affaibli pour combattre et du coup il est pris pour mort et on voit comment le Joker trouve de nouveaux moyens pour s'amuser. Le scénario utilise bien les personnages et met bien en avant le côté artistique du Joker qui est souvent mis de côté par les scénaristes de comics modernes sans imagination, qui pensent que le Joker existe seulement pour tuer des gens de manière violente et peu amusante. Je préfère nettement lorsqu'on voit le Joker discuter ce qui est rigolo ou non, et comment faire pour varier son émission de télévision. Le scénariste montre bien les différences entre le Joker et le Mask qui est un personnage plus 'cartoon'. Bref, un des meilleurs crossover que j'ai lus en comics, et un bon divertissement en ce qui me concerne.

02/06/2020 (modifier)
Couverture de la série Hammerfall
Hammerfall

Le cadre dans lequel se déroule cette histoire est relativement original, dans ce haut moyen-âge en mutation, à la fin du VIIIème siècle. Runberg a bâti une intrigue imbriquant Francs du roi Charlemagne, divers clans vikings, des Saxons et, fantastique oblige, des divinités ou peuples fantasmés nordiques. Le premier album est plutôt engageant – et le lexique qui l’accompagne en introduction est bien fichu et donne une patine de sérieux à l’ensemble, tout en éclaircissant quelques points pour le lecteur qui ne connaitrait pas le contexte de l’époque. Si je suis rentré facilement dans cette histoire, j’ai trouvé qu’au bout d’un moment elle trainait un peu en longueur, perdant et intérêt et clarté au fur et à mesure que nous avancions dans l’intrigue (et que Charlemagne et le monde carolingien perdaient en importance dans celle-ci en fait). Surtout, à partir du deuxième tome, le fantastique prédomine trop, au détriment d’aventures médiévales qui pouvaient se suffire. Et le dernier tome est à cet égard bien trop obscur (j’avais parfois du mal à suivre certains passages – il devient de plus en plus dur de savoir qui est qui, dans quel lieu nous nous trouvons, les allers-retours incessants entre divers théâtres d’opération et la multiplicité des intervenants gênant la compréhension), et le fantastique teinté de mythologie devient trop prégnant, déséquilibre beaucoup trop l’histoire, tout en la rendant moins aisée à suivre. Au final, même si j’ai aimé le départ et une partie de l’histoire, et si le dessin de Talijancic est plutôt bon, dynamique et agréable, je sors quelque peu frustré de ma lecture. La richesse du contexte suffisait je pense à bâtir une aventure qu’il aurait fallu ne pas alourdir avec une surdose de fantastique.

02/06/2020 (modifier)
Couverture de la série Diosamante
Diosamante

Je me fais la même réflexion pour chaque série de Jodorowski : il en a usé des dessinateurs ! Mais il a eu le chic (la chance ou le talent je ne sais pas) de toujours être accompagné par un très bon, voire excellent dessinateur – ce qui aide quand même ! Et là, force m’est de reconnaître que c’est un des meilleurs dans son genre avec Gal. Je n’ai lu que l’album reprenant le premier tome, et la partie du second déjà dessinée par Gal avant son décès, et ne connais pas la vision développée ensuite par Kordey : outre que je n’apprécie généralement pas ce genre de changement en cours de série, le scénario de Jodo ne m’a de toute façon pas donné envie de continuer. Pour revenir sur le travail de Gal (dont j’avais admiré le trait sur « Les armées du conquérant » - et certaines planches ici en sont proches par les thèmes abordés), il est méticuleux, d’une finesse rare, et ne mégotte vraiment pas sur les détails : les planches sont vraiment très riches. Même si je le préfère en Noir et Blanc, son travail est ici bien accompagné par une colorisation assez chouette, accentuant le réalisme du dessin, lui donnant de l’ampleur, renforçant le côté baroque et maniéré de l’ensemble. Alors, l’histoire concoctée par Jodo… Enfin l’histoire, c’est un bien grand mot, car j’ai eu du mal à discerner une intrigue digne de ce nom, en tout cas je n’en ai pas compris grand-chose. Et beaucoup de dialogues m’ont paru creux ou ridicules. Bref, au bout d’un moment, je me suis quasiment contenté des images – très belles -, finissant l’album comme s’il était muet. Un très beau plumage, qui embellit un ramage nettement moins attirant.

02/06/2020 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5
Couverture de la série Planplan culcul
Planplan culcul

Elle s'était attaquée aux livres pour enfants avec un second degré adulte savoureux par Anna et Froga. Elle a retourné les codes du buddy movie policier avec le Commissaire Toumi et révélé au grand jour l'absurdité du quotidien dans l'entreprise des Coucous Bouzon. Mais avant de livrer sa vision loufoque de l'héroic fantasy dans Boule de Feu, Anouk Ricard est passée par la case porno de la poilante et bandante collection BD Cul des Requins Marteaux. Que l'on soit fan de son trait naïf et de son humour tranchant comme la personne rédigeant cette chronique ou que l'on soit réfractaire aux animaux concons et culcul de l'autrice, beaucoup ont du être intrigués de la retrouver dans "Planplan culcul" et sur la même étagère en librairie que Manara ou Crepax ! Bien sûr Anouk Ricard nous livre une parodie du bon film de boules avec plombiers, réparateurs, flics et même aliens avec la répartie habituelle de ses personnages. Ici les courbes féminines ne sont pas forcément aussi rebondies que celles dessinées par Serpieri mais qu'il s'agisse d'une chatte ou d'une grenouille grimée en infirmière, on a de quoi bien se marrer. Et du cul dans tout cela ? Et bien il y en a ! Si les 20 premières pages sont remarquablement sages, le rythme s’accélère avec les situations les plus incongrues. Grosso modo, on part de polissonneries à une histoire de cadavre à planquer et d'invasion extra-terrestre. Si on y ajoute une apparition inoubliable d'une certaine chanteuse populaire et d'un duo de flics aussi teubés au sens propre comme au figuré, on se demande comment ce joyeux bordel se maintient. C'est d'ailleurs peut-être là que le bat blesse, Anouk Ricard s'amuse et nous régale par la même occasion, on perçoit également que la plupart des scènes sont quasi improvisées et posées bout à bout. L'ensemble a au moins le mérite de ne jamais nous laisser entrevoir ce qui pourra bien s'y passer deux pages plus loin. Le décalage créé entre les dessins et les propos reste la plus grande force de ce petit album qui se lit bien trop vite mais qui confirme le don inoui de sa créatrice à tout détourner pour nous faire rigoler. Pari modeste ici mais néanmoins réussi. Note réelle : 3,5/5 arrondi à 4 pour dérider l'avis d'Erik :)

02/06/2020 (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5
Couverture de la série Nemo
Nemo

Il n'est pas toujours si aisé d'adapter un classique de la littérature. C'est pourtant le pari de Brüno à l'aube des années 2000 alors qu'il n'était pas encore la superstar des Tyler Cross de Fabien Nury ou de ses nombreuses fructueuses collaborations avec Appollo. En se réappropriant le récit maritime de Jules Verne, 20 000 lieues sous les mers, Brüno prend le pari de simplifier l'histoire sur la première moitié pour mieux s'en détourner dans une seconde partie qui scandalisera les puristes mais ravira les audacieux. En effet après tout, son récit fleuve de 160 pages s'appelle Nemo comme le fameux Capitaine du Nautilus et ne conserve pas le titre d'origine ce qui aurait pu nous mettre la puce à l'oreille. Il s'agira en effet de la même aventure connue de tous mais sur une voie parallèle. Les personnages sont perçus différemment mais les rôles principaux restent identiques : on y trouve le Professeur Aronnax qui sera émerveillé par la technique et les découvertes aquatiques, Ned Land, l'homme de main épris de liberté et le sage domestique féru de culture, le bien nommé Conseil. Et évidemment Nemo représenté comme le diable ou le mal absolu dans ses premières apparitions mais surtout un redoutable tacticien ou calculateur au remarquable sang froid quelque soit le danger. Et il s'en passe des choses sur ses 4 tomes dessinés de main de maître par un auteur qui signait ici sa première grosse réussite sur près de 160 pages, un dépaysement total dans un monde bleu silencieux enchanteur mais également parfois terne comme pour mieux distinguer le monde du Nautilus de la civilisation au dessus constamment belliqueuse et agressive. Le dessin de Brüno est comme toujours toujours aussi lisible dans le découpage que dans le trait simple mais précis. Chaque menace utilise un fond rouge comme pour contraster avec le bleu vert marin, Nemo communique avec son équipage constitué de clones par des signalisations ou onomatopées. Le résultat est à la fois intriguant et séduisant. Et lorsque l'on s'éloigne du récit d'origine par quelques artifices surprenants qu'il serait bien dommage de relever ici, c'est pour mieux nous en imprimer la rétine et la mémoire par une certaine forme de mélancolie dont seul Brüno a le secret et qu'il utilise savamment. Il est à noter que les couleurs de Laurence Croix sont réussies mais que l'intégrale en noir & blanc remontée pour une édition dite à l'italienne est tout aussi savoureuse mais quelque soit la version que vous lirez, attendez vous à un petit chef d'oeuvre ni plus ni moins.

02/06/2020 (modifier)
Couverture de la série Zaroff
Zaroff

Comme d’autres avant moi, je n’ai jamais lu le roman ni vu son adaptation filmique. Le nom du personnage éponyme m’évoquait vaguement quelque chose sans trop savoir de quoi il en retournait. Mais il n’y a pas besoin de s’être déjà immergé dans le bouquin ou le film pour apprécier cette suite non officielle, c’est exactement le même principe que sur Long John Silver avec une histoire qui prend pour point de départ un « et si... ». En l’occurrence ici, et si le tueur Zaroff avait survécu au piège tendu par sa proie Sanger Rainsford, que serait-il advenu de lui ? Eh bien visiblement il a toujours ses mauvaises habitudes. Nouveau terrain de chasse, de nouveaux sbires, mais la passion de la chasse à l’homme est toujours là (enfin disons qu'il a besoin d'un stimuli mais comme Rocky Balboa dans le 6ème film, la bête "est toujours là, au fond"). C’est donc sur sa nouvelle île, à la géographie totalement fantastique mais j’y reviendrai, que le comte s’adonne au plaisir sadique de traquer et buter des proies humaines qui ont eu le malheur de s’aventurer trop prêt de son île sauvage. Pour éviter la redite, le scénariste Sylvain Runberg apporte un élément rocambolesque à cette suite : cette fois-ci le chasseur devient la proie, devra survivre et triompher de ses adversaires (je vous épargne le spoiler du pourquoi du comment). C’est plutôt marrant car j’imagine que dans le média de base il est plutôt perçu comme le méchant, bien que le personnage fascine déjà à ce moment là. Mais cette fois on le suit de prêt, on vit les évènements de son point de vu, et sans aller jusqu’à dire qu’on éprouve de la sympathie pour lui, on est amené à mieux comprendre ce qui le motive, sa nature profonde. Tous sont des pourris dans cette histoire, à l’exception de la famille de Zaroff, car oui, le diable a une sœur et des nièces, et il a même des principes ! On ne touche pas aux siens. Il me fait penser à ces génocidaires, certains tueurs en séries qui démontrent qu’on peut être la pire des raclures, l’homme est un loup pour l’homme, et en même temps avoir une facette d’homme cultivé, très courtois, qui présente bien etc. Donc voilà, le récit fait son taf niveau divertissement et en plus ce n’est pas dénué de fond, je me suis bien marré. Graphiquement je savais à quoi m’attendre avec Miville-Deschênes qui est au sommet de son art ici. Je crois que pour lui aussi cette aventure représente un superbe terrain de jeu, lui qui adore dessiner des animaux, il s’en donne à cœur joie avec toute cette faune sauvage. L’île du comte Zaroff serait inspiré de l’île de King Kong que ça ne m’étonnerait pas. C’est un jungle luxuriante avec tout un tas de bestioles, mais à la géographie improbable : ça monte, ça descend, il y a des chutes d’eau, des ravins, des crevasses de plusieurs centaines de mètres, des marais de crocodiles, des grottes souterraines, une plage, etc. Un vrai décor fantastique propice à l’aventure et au suspens car du coup ce n’est pas seulement de l’homme dont il faut se méfier. J’apprécie beaucoup le style de ce québécois, au trait bien rond, net et semi-réaliste. De même que sa coloration, pour moi le plus impressionnant chez lui, un vrai travail d’artistes, c’est beau quoi, il joue subtilement avec sa palette, c’est du old school au pinceau et cela se voit. Une bien bel objet à exposer dans sa bibliothèque tel un trophée de chasse. Un scénario honnête et plutôt bien torché, servi par un dessin sublime et dynamique, que demander de plus ?

01/06/2020 (modifier)
Couverture de la série Parodies
Parodies

Je n'avais pas non plus avisé cette série de gags irrévérencieux et coquins que j'ai retrouvés dans les numéros de Circus en 1987, ils correspondent aux 2 premiers tomes, je n'ai donc pas vu de gags du troisième tome lorsque les héros ont vieilli de 20 ans. Pas grand chose à en dire sinon que je suis un peu plus indulgent que mes collègues posteurs, certes ces gags n'ont pas un effet humoristique dévastateur, certains sont même ratés (comme celui de Gaston Lagaffe), mais d'autres font leur petit effet et présentent un érotisme gentillet, je crois que le but n'est pas d'émoustiller de jeunes lecteurs ou de choquer par des postures scabreuses, ou encore de faire rire à gorge déployée, ce qui compte c'est surtout l'esprit de désacralisation sur des héros de BD qu'on connait très sages depuis notre enfance, et puis l'ensemble reste globalement amusant et joyeux, c'est l'essentiel. Voir Colombe Tiredaile ou Natacha à poil, c'est pas mal (même si ces 2 héroïnes sont déjà érotiques par définition physique), voir Barelli avoir envie de baiser sa copine, Pierre Tombal version hard, l'Agent 212 en trip vicieux, Theti Chéri en tenue très légère et un peu nympho, Buck Danny se dévergonder dès l'enfance, ou Turk et De Groot verser dans les sous-entendus subtils avec leur Léonard... c'est plutôt amusant, et le plus étonnant, c'est que les vrais auteurs de ces Bd franco-belges classiques, pour la plupart de séries jeunesse, n'ont pas hésité à se parodier eux-mêmes en se prêtant au jeu sans retenue. Parmi mes préférées de ces turpitudes sexy, j'ai trouvé celles de Germain et nous, Natacha et de Léonard (avec le point de vue du chat) parmi les meilleures, j'en arrive même à presque préférer cette série de gags à ceux des Pastiches de Brunel qui sont souvent peu recherchés.

01/06/2020 (modifier)