Parfait ! Les généraux à tête de mort, le noir et blanc qu'on devrait nommer noir blanc et gris ! Et l'histoire ? Parfaite aussi, et tiens, comme dans Mortelune, et quoi qu'on en dise, il n'y a pas de baisse de régime à la fin. Par contre, je concède que c'est le cas dans Little Némo où il y a moins de couleurs, moins d'imagination, peu à peu. L'ai-je seulement mentionné, pris dans la nostalgie de l'époque où je découvrais cette œuvre, et dans le désir de rêves aussi brillants et beaux que Nemo ?
Bref, enfin, je vois pourquoi on prétend qu'il y a une baisse de régime dans Perramus : à un moment, les méchants ne sont plus au pouvoir, et il se fait une quête pour dépasser le traumatisme collectif de la dictature… Je trouve l'idée excellente, mais il me semble que si je devais la décortiquer, je spoilerais quelque peu pour les gens devant découvrir l'œuvre.
Je me conterais de dire qu'il s'agit, au fond, d'une réinterprétation du thème de la relique, déclinée d'une façon musicale et latino-américaine. Oui, latino ! Dans la deuxième partie, on s'ouvre sur tout le continent, et même le monde sans que ce soit forcé. Perramus et ses deux compagnons ont toujours autant de personnalité. Il en faut pour résister aux généraux, soutenir des dialogues avec Borgès et autres aventures. Je ne prétends pas avoir compris toutes les allusions de l'œuvre. Et alors ? Comme avec Corto Maltese, elle rend la connaissance qu'on a plus joyeuse, et incite surtout à savoir et surtout vivre et rêver davantage !
J'ai enfin lu ce que j'ai longtemps désiré, et ce, sans déception. Souvent, dans tous les arts, quel à quoi bon ? Bref, remarquons que le scénariste aurait vu ses idées gâchées avec un dessinateur moindre, et que le dessinateur, sans une histoire digne de ce nom, n'aurait pas été amené à se dépasser. Bande dessinée : le dessin, il est toujours là, et le texte, doivent être valables et si possible, comme ici, plus que valable et se soutenir l'un l'autre. Non, la bande dessinée ne sert pas à dessiner si on ne sait pas dessiner pour refourguer son texte à ceux qui ne veulent pas lire plus que ça. Et d'un autre côté, le dessin n'est pas le paravent d'une histoire débile et de dialogues stupides. Donnons un coup du volumineux Perramus au premier qui coulera l'art séquentiel en en faisant une espèce de sous dessin ou de sous littérature !
J’ai lu l’intégrale du premier cycle et je croyais que la série s’arrêtait là. Je ne sais pas si je lirai la suite, même si ce fut plutôt agréable.
Agréable d’abord par le dessin et l’atmosphère qui s’en dégage. Le trait et la colorisation donnent ce côté suranné que j’ai trouvé délicieux.
Et l’histoire d’Amalia venue en Inde avec son époux nous plonge dans cette époque, ici largement fantasmée, de l’empire britannique et des rajahs. C’est la partie que j’ai préférée, même si l’histoire d’amour entre la belle anglaise et le maharajah est hautement improbable, mon coeur d’artichaut a bien aimé. Quelques personnages intéressants, comme l’ami du couple, mettent un peu de piment dans l’histoire.
Celle de la jeune Emmy n’est pas mal non plus, mais devient plus improbable encore. Il reste néanmoins un peu de cette ambiance avec ses choix de vie.
Je n’aurais peut-être pas dû lire l’intégrale d’une traite, parce que j’ai trouvé, mais c’est personnel, que la troisième génération était de trop. Ses recherches sur sa grand-mère sont trop faciles, trop de coïncidences , et mon intérêt s’est largement émoussé, surtout que l’ambiance n’y est plus vraiment à mes yeux.
Et pour trouver quoi ? Des révélations trop faciles dont je ne suis pas sûre qu’elles collent finalement avec de déroulé des évènements et je n’ai pas eu le courage de refeuilleter pour vérifier.
Voilà, mais c’était beau et se balader dans ces paysages et ces ambiances était charmant.
C'est peut-être pour donner une certaine atmosphère ? Raté, le dessin est souvent assez moyen, et en plus, baveux ! Mais la bd est sauvée par le scénario : on découvre un aspect du Japon ancien, on s'attache à l'héroïne… La malheureuse ! Soit pour être prostituée, soit pour être artiste, il vaut mieux être belle, et on ne peut dire que ce soit son cas. Mais avec sa farouche volonté d'échapper au sort de prostituée ou de servante, et son amour pour une musique bien plus plaisante que les gens ne le sont avec elle, elle trouve une planche de salut. Elle donne même envie d'écouter sa musique, c'est dire ! Tant qu'à ses amours, je dois avouer que depuis le temps que j'ai lu cette bd, je les ai un peu oublié, commentant cette œuvre parce que tombé dessus à lire des critiques des uns et des autres, au hasard.
L’album est influencé et coédité par la Cité des sciences et de l’industrie, et ça se sent. Au niveau scientifique, mais aussi le côté un peu didactique de l’ensemble. On cherche vraiment à nous faire passer des idées, et à le faire clairement.
L’album propose une narration un peu hétéroclite, décousue, mêlant informations scientifiques, enquêtes et parties plus « romancées ». Mais ce mélange fonctionne très bien. La lecture est fluide, instructive, intéressante.
Le constat est bien sûr amer. Mais les idées qui permettraient de faire évoluer les choses dans le bon sens sont développées dans la seconde moitié de l’album (pour lutter contre « l’éco-anxiété » liée à la prise de conscience des problèmes écologiques et à une sorte de stress lié à notre impuissance ressentie face aux défis.
Avec un dodo comme personnage récurrent, à la fois mascotte et commentateur, nous avons là une lecture revigorante, qui permet de faire le point sur les enjeux environnementaux – et plus largement sociétaux – qui impactent la vie de tous. Et qui sont de plus en plus négligés et recouverts par des discours hypocrites (voir Macron), voire carrément niés et attaqués (de la droite jusqu’à ses extrêmes en passant par les milieux d’affaires ou la FNSEA ou les Trumpistes où qu’ils soient).
La grande quête contre le roi démon est terminée et le groupe de héros se sépare pour reprendre le cours de sa vie. L'elfe mage Frieren, quasi immortelle, voit ses anciens compagnons humains vieillir puis disparaître et, des années plus tard, elle reprend la route pour tenter de comprendre ce qu'elle n'avait pas su percevoir à l'époque : la valeur des liens et du temps partagé.
Ce qui m'a d'abord frappé, c'est le ton très original de la série. On est loin d'un shonen d'action classique : ici, la fantasy sert surtout d'écrin à la nostalgie et à la mélancolie. L'action est souvent éludée, les combats expédiés ou relégués au second plan, au profit de chapitres presque autonomes où il ne se passe finalement pas grand-chose. On suit des rencontres, des souvenirs, des fragments de vie. Cela attise la curiosité, mais il faut accepter un rythme très lent et de nombreux épisodes contemplatifs qui forment chacun un petit récit en soi, sans enjeu dramatique majeur.
Les personnages participent à cette étrangeté. Frieren est impassible, distante, presque froide, et beaucoup gravitent autour d'elle avec la même retenue. À d'autres moments, elle et ses compagnons réagissent au contraire comme des enfants hypersensibles, ce qui crée un contraste parfois déroutant. Cette oscillation donne une identité forte à la série, mais elle rend aussi l'attachement plus difficile : je suis souvent resté à distance émotionnelle de ces personnages dont j'aurais pourtant aimé partager davantage le voyage.
Paradoxalement, les arcs plus longs composés de plusieurs chapitres successifs sont les plus accrocheurs, car ils renouent avec des codes plus typiques du shonen nekketsu : adversaires redoutables, tension plus marquée, et même une sorte de tournoi pour intégrer l'élite des mages. Là, il y a un véritable enjeu, une progression et une dynamique de groupe plus stimulante. Mais ces passages, que je trouve nettement plus prenants, ne suffisent pas à rendre l'ensemble totalement captivant, car il manque une ligne directrice forte qui donnerait en permanence envie de connaître la suite.
Au bout d'une quinzaine de tomes (la publication étant actuellement ralentie en raison de soucis de santé du ou des auteurs), je garde l'impression d'une série singulière, élégante et parfois touchante, mais trop lente, portée par des personnages un peu trop distants et dépourvue d'une tension continue suffisamment affirmée.
J'ai toujours adoré le « petit animal », surtout dessiné par Franquin. Ensuite, j'ai été très déçu par les séries et versions commerciales. Pure exploitation d'une création géniale et auparavant toujours nouvelle. Cette série me réconcilie avec la bête! Les dessins de F. Pé sont excellents (surtout les animaux) et l'histoire, l'époque, les ambiances et clins d'oeil sont très réussis!
J'aime bien Pauline Aubry ; depuis son premier album, "Les Mutants", elle n'a de cesse de s'intéresser à l'autre, à ses travers, ses penchants, de manière très sensible, respectueuse, sans jugement.
C'est encore une fois le cas ici. Elle parle de ses deux expériences auprès de l'Hôpital Marmottan, à Paris. La première, en accompagnant une sortie "vacances" proposées à des patientes qui essaient de lutter contre leurs addictions et leurs familles. Et la deuxième quelques années plus tard, pour tenter de comprendre, d'approfondir le sujet. Et peut-être, se rend-elle compte en cours de route, pour mettre des mots sur ses démons, ses fêlures à elle. Encore une fois, elle retranscrit le témoignage des patients, des soignants, donne des pistes d'explication (notamment au niveau sanitaire, chimique) des racines de l'addiction. C'est très intéressant, elle nous livre tout ça avec ses mots à elle, sa réinterprétation, sous contrôle bien sûr de plusieurs personnes travaillant à Marmottan.
Elle a toujours ce style graphique si naïf, si expressif, qui parvient à faire passer beaucoup de choses, de par sa fragilité.
Mais une fois les 140 pages de l'album lues, il reste un goût d'inachevé, dont elle-même est consciente. On aurait aimé rentrer un peu plus dans la vie de ces patients, ce qui a provoqué, individuellement, dans leurs parcours, cette situation d'addiction dont ils tentent de sortir. On arait aimé passer plus de temps dans les différents services de l'hôpital, a plus près du quotidien des soignants et des patients. Il n'empêche qu'on a un aperçu assez significatif de l'aspect expérimental des soins prodigués dans cette structure, et qu'on aimerait bien que ce modèle soit repris ailleurs...
Mais qui était donc Marcel Bascoulard ? Un illustre inconnu, dans le vrai sens du terme, puisqu’on ne peut pas dire que le personnage disposait d’une notoriété extraordinaire. Et pourtant. Une fiche Wikipédia lui est bel et bien consacrée. Pour tout habitant de Bourges, avant sa disparition en 1978, il était impossible de ne pas le remarquer dans ses accoutrements féminins — il adorait poser en robe devant les photographes —, il était ce qu’on appelle une figure ! Dans la cité berrichonne, il a même une place à son nom ainsi qu’un buste en bronze, dans le quartier Avaricum qu’il fréquentait souvent.
Mais surtout, Marcel Bascoulard était un artiste, dans le vrai sens du terme également. Sa vie se confondait avec son art, mais il n’était pas fan des honneurs, lui dont le travail a été remarqué dans diverses expositions. Armé de ses crayons et de son carton à dessin, il passait beaucoup de temps à déambuler sur son « étrange tricycle couché », dans les quartiers de Bourges, à dessiner ses rues et ses monuments. On lui commandait ses dessins, ce qui lui permettait de subsister, mais l’homme, attaché à sa liberté de clochard céleste, préférait vivre à l’écart, dans un abri de jardin ou un camion épave, en compagnie de ses chats et de son chien Bobby. S’il était plus connu pour ses représentations réalistes de la ville, sa vraie marotte était l’art abstrait, malheureusement moins rentable sur le plan pécuniaire. Sa plus grande malédiction fut d’avoir pris sous son aile un jeune marginal qui s’était révélé n’être qu’un voyou intéressé par les revenus issus de la vente de ses œuvres, n’hésitant pas à le menacer s’il se montrait réticent. La suite tragique, on la connaît à la lecture du livre…
Ce personnage haut en couleurs détonnait dans le paysage. Il déconcertait le citoyen lambda, effarouchait le bourgeois, et pouvait provoquer la révulsion par le fait qu’il ne se lavait jamais. Il n’aurait pourtant jamais fait de mal à une puce, même une nuée, laquelle le lui rendait bien… mais il ne laissait personne indifférent. Incontestablement fascinant, c’était peut-être sa liberté indomptable — et si voyante ! — qui dérangeait les « honnêtes gens », bien plus que les effluves généreux qu’il laissait dans son sillage.
En réunissant des petits morceaux de puzzle, Frantz Duchazeau est parvenu à composer le portrait passionnant d’un artiste attachant, dans les dernières années de sa vie, un artiste dont on perçoit les blessures remontant à l’enfance et qui ont fait de lui ce qu’il était. C’est ainsi que l’auteur nous immerge dans cette bonne ville de Bourges, dans ses faubourgs et sa campagne environnante, là où l’artiste avait élu domicile. L’histoire se laisse littéralement dévorer, tant l'homme fascine, quand bien même il ne se passe rien d’extraordinaire. On retiendra tout de même la scène cocasse d’un Stéphane Collaro courant frénétiquement après un Bascoulard récalcitrant, n’hésitant pas à salir ses beaux souliers dans la gadoue campagnarde, pour tenter de lui extorquer quelques mots. Comme on pourra s’en rendre compte, la priorité pour Collaro n’était pas tant de rencontrer Bascoulard que d’obtenir l’interview d’une « bête de foire », qui à coup sûr ferait un carton dans son émission de radio.
Duchazeau a opté pour un trait simple et humble, en noir et blanc. Le co-auteur des « Cinq conteurs de Bagdad » ayant pour habitude de dessiner d’un seul jet, oscillant entre dépouillement graphique et minutie des détails, il s’est concentré ici sur les poses et attitudes de Bascoulard, conférant à l’ensemble une belle authenticité. Dans une sorte de communion avec notre clochard céleste, il reprend également à son compte des représentations de Bourges et des environs, en glissant çà et là, une vue de la cathédrale, d’une place avec ses maisons à colombages, ou d’une simple locomotive à vapeur.
« Marcel Bascoulard », c’est le bel hommage à un artiste énigmatique qui souhaitait s’effacer tout en restant visible, à la fois humble et un brin provocateur. Son look improbable faisait tache dans un contexte ultra-conventionnel, comme le révélateur d’une époque où la question de la domination masculine et du féminisme commençait à peine à secouer le débat public. On devra se référer à l’évocation de son père violent pour mieux comprendre.
A titre personnel, j’ai découvert Marcel Bascoulard l’an dernier, le temps d’un week-end à Bourges. Je suis tombé complètement par hasard sur une photo du personnage affichée discrètement dans la vitrine d’un photographe, peut-être là où l’artiste venait poser du temps de son vivant. Je n’en avais jamais entendu parler auparavant, mais mon regard semble avoir été comme aspiré par ce portrait. J’étais donc ravi de la sortie de l’ouvrage qui m’a permis d’en savoir plus, et n’ai pas été déçu, tant s’en faut. J’irais même plus loin, cette bande dessinée est un de mes coups de cœur de ce début d’année.
Ce n’est pas mon livre préféré de M. A. Mathieu... mais j’ai quand même aimé l’idée et certaines séquences de dessins. La figure humaine, les visages en particulier, restent horribles, mais c’est son style! Les jeux de mots ne sont pas mauvais... Je pense que le mystère et la mémoire de l’amitié sont le point fort de l’album, mais ils auraient pu être davantage explorés et développés.
On est clairement sur du très haut niveau. Le travail documentaire est impressionnant, presque vertigineux. Chaque étape du développement de la bombe est disséquée avec précision, chaque arbitrage politique ou scientifique est replacé dans son contexte, et l’ensemble donne une vision d’une rare profondeur sur un moment absolument structurant du XXe siècle. Malgré ses 450 pages, la lecture reste étonnamment fluide : dense, oui, mais jamais réellement indigeste. C’est un véritable documentaire en bande dessinée, remarquablement construit.
Ce qui marque surtout, c’est la finesse du traitement. Le récit évite le manichéisme et montre bien la complexité des intérêts en jeu, les doutes, les contradictions. On regrette toutefois un regard très centré sur le point de vue américain, même si celui-ci reste nuancé. Autre petit manque, plus diffus : il manque peut-être un supplément d’âme, un souffle romanesque ou un charisme plus affirmé de certains personnages pour transformer cette fresque brillante en œuvre inoubliable. C’est admirable, mais presque trop sage.
Graphiquement, le noir et blanc fonctionne parfaitement. Il apporte une dimension rétro cohérente avec le sujet et surtout des contrastes puissants. Certaines planches sont réellement saisissantes. Néanmoins, ici, le fond domine clairement la forme : on retient avant tout la rigueur et l’intelligence du propos.
Une BD historique majeure, brillante et exigeante, qui s’impose comme une référence sur le sujet, même si elle ne provoque pas tout à fait l’étincelle du chef-d’œuvre absolu.
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Perramus
Parfait ! Les généraux à tête de mort, le noir et blanc qu'on devrait nommer noir blanc et gris ! Et l'histoire ? Parfaite aussi, et tiens, comme dans Mortelune, et quoi qu'on en dise, il n'y a pas de baisse de régime à la fin. Par contre, je concède que c'est le cas dans Little Némo où il y a moins de couleurs, moins d'imagination, peu à peu. L'ai-je seulement mentionné, pris dans la nostalgie de l'époque où je découvrais cette œuvre, et dans le désir de rêves aussi brillants et beaux que Nemo ? Bref, enfin, je vois pourquoi on prétend qu'il y a une baisse de régime dans Perramus : à un moment, les méchants ne sont plus au pouvoir, et il se fait une quête pour dépasser le traumatisme collectif de la dictature… Je trouve l'idée excellente, mais il me semble que si je devais la décortiquer, je spoilerais quelque peu pour les gens devant découvrir l'œuvre. Je me conterais de dire qu'il s'agit, au fond, d'une réinterprétation du thème de la relique, déclinée d'une façon musicale et latino-américaine. Oui, latino ! Dans la deuxième partie, on s'ouvre sur tout le continent, et même le monde sans que ce soit forcé. Perramus et ses deux compagnons ont toujours autant de personnalité. Il en faut pour résister aux généraux, soutenir des dialogues avec Borgès et autres aventures. Je ne prétends pas avoir compris toutes les allusions de l'œuvre. Et alors ? Comme avec Corto Maltese, elle rend la connaissance qu'on a plus joyeuse, et incite surtout à savoir et surtout vivre et rêver davantage ! J'ai enfin lu ce que j'ai longtemps désiré, et ce, sans déception. Souvent, dans tous les arts, quel à quoi bon ? Bref, remarquons que le scénariste aurait vu ses idées gâchées avec un dessinateur moindre, et que le dessinateur, sans une histoire digne de ce nom, n'aurait pas été amené à se dépasser. Bande dessinée : le dessin, il est toujours là, et le texte, doivent être valables et si possible, comme ici, plus que valable et se soutenir l'un l'autre. Non, la bande dessinée ne sert pas à dessiner si on ne sait pas dessiner pour refourguer son texte à ceux qui ne veulent pas lire plus que ça. Et d'un autre côté, le dessin n'est pas le paravent d'une histoire débile et de dialogues stupides. Donnons un coup du volumineux Perramus au premier qui coulera l'art séquentiel en en faisant une espèce de sous dessin ou de sous littérature !
India Dreams
J’ai lu l’intégrale du premier cycle et je croyais que la série s’arrêtait là. Je ne sais pas si je lirai la suite, même si ce fut plutôt agréable. Agréable d’abord par le dessin et l’atmosphère qui s’en dégage. Le trait et la colorisation donnent ce côté suranné que j’ai trouvé délicieux. Et l’histoire d’Amalia venue en Inde avec son époux nous plonge dans cette époque, ici largement fantasmée, de l’empire britannique et des rajahs. C’est la partie que j’ai préférée, même si l’histoire d’amour entre la belle anglaise et le maharajah est hautement improbable, mon coeur d’artichaut a bien aimé. Quelques personnages intéressants, comme l’ami du couple, mettent un peu de piment dans l’histoire. Celle de la jeune Emmy n’est pas mal non plus, mais devient plus improbable encore. Il reste néanmoins un peu de cette ambiance avec ses choix de vie. Je n’aurais peut-être pas dû lire l’intégrale d’une traite, parce que j’ai trouvé, mais c’est personnel, que la troisième génération était de trop. Ses recherches sur sa grand-mère sont trop faciles, trop de coïncidences , et mon intérêt s’est largement émoussé, surtout que l’ambiance n’y est plus vraiment à mes yeux. Et pour trouver quoi ? Des révélations trop faciles dont je ne suis pas sûre qu’elles collent finalement avec de déroulé des évènements et je n’ai pas eu le courage de refeuilleter pour vérifier. Voilà, mais c’était beau et se balader dans ces paysages et ces ambiances était charmant.
Geisha ou Le jeu du shamisen
C'est peut-être pour donner une certaine atmosphère ? Raté, le dessin est souvent assez moyen, et en plus, baveux ! Mais la bd est sauvée par le scénario : on découvre un aspect du Japon ancien, on s'attache à l'héroïne… La malheureuse ! Soit pour être prostituée, soit pour être artiste, il vaut mieux être belle, et on ne peut dire que ce soit son cas. Mais avec sa farouche volonté d'échapper au sort de prostituée ou de servante, et son amour pour une musique bien plus plaisante que les gens ne le sont avec elle, elle trouve une planche de salut. Elle donne même envie d'écouter sa musique, c'est dire ! Tant qu'à ses amours, je dois avouer que depuis le temps que j'ai lu cette bd, je les ai un peu oublié, commentant cette œuvre parce que tombé dessus à lire des critiques des uns et des autres, au hasard.
Le Meilleur des deux mondes
L’album est influencé et coédité par la Cité des sciences et de l’industrie, et ça se sent. Au niveau scientifique, mais aussi le côté un peu didactique de l’ensemble. On cherche vraiment à nous faire passer des idées, et à le faire clairement. L’album propose une narration un peu hétéroclite, décousue, mêlant informations scientifiques, enquêtes et parties plus « romancées ». Mais ce mélange fonctionne très bien. La lecture est fluide, instructive, intéressante. Le constat est bien sûr amer. Mais les idées qui permettraient de faire évoluer les choses dans le bon sens sont développées dans la seconde moitié de l’album (pour lutter contre « l’éco-anxiété » liée à la prise de conscience des problèmes écologiques et à une sorte de stress lié à notre impuissance ressentie face aux défis. Avec un dodo comme personnage récurrent, à la fois mascotte et commentateur, nous avons là une lecture revigorante, qui permet de faire le point sur les enjeux environnementaux – et plus largement sociétaux – qui impactent la vie de tous. Et qui sont de plus en plus négligés et recouverts par des discours hypocrites (voir Macron), voire carrément niés et attaqués (de la droite jusqu’à ses extrêmes en passant par les milieux d’affaires ou la FNSEA ou les Trumpistes où qu’ils soient).
Frieren
La grande quête contre le roi démon est terminée et le groupe de héros se sépare pour reprendre le cours de sa vie. L'elfe mage Frieren, quasi immortelle, voit ses anciens compagnons humains vieillir puis disparaître et, des années plus tard, elle reprend la route pour tenter de comprendre ce qu'elle n'avait pas su percevoir à l'époque : la valeur des liens et du temps partagé. Ce qui m'a d'abord frappé, c'est le ton très original de la série. On est loin d'un shonen d'action classique : ici, la fantasy sert surtout d'écrin à la nostalgie et à la mélancolie. L'action est souvent éludée, les combats expédiés ou relégués au second plan, au profit de chapitres presque autonomes où il ne se passe finalement pas grand-chose. On suit des rencontres, des souvenirs, des fragments de vie. Cela attise la curiosité, mais il faut accepter un rythme très lent et de nombreux épisodes contemplatifs qui forment chacun un petit récit en soi, sans enjeu dramatique majeur. Les personnages participent à cette étrangeté. Frieren est impassible, distante, presque froide, et beaucoup gravitent autour d'elle avec la même retenue. À d'autres moments, elle et ses compagnons réagissent au contraire comme des enfants hypersensibles, ce qui crée un contraste parfois déroutant. Cette oscillation donne une identité forte à la série, mais elle rend aussi l'attachement plus difficile : je suis souvent resté à distance émotionnelle de ces personnages dont j'aurais pourtant aimé partager davantage le voyage. Paradoxalement, les arcs plus longs composés de plusieurs chapitres successifs sont les plus accrocheurs, car ils renouent avec des codes plus typiques du shonen nekketsu : adversaires redoutables, tension plus marquée, et même une sorte de tournoi pour intégrer l'élite des mages. Là, il y a un véritable enjeu, une progression et une dynamique de groupe plus stimulante. Mais ces passages, que je trouve nettement plus prenants, ne suffisent pas à rendre l'ensemble totalement captivant, car il manque une ligne directrice forte qui donnerait en permanence envie de connaître la suite. Au bout d'une quinzaine de tomes (la publication étant actuellement ralentie en raison de soucis de santé du ou des auteurs), je garde l'impression d'une série singulière, élégante et parfois touchante, mais trop lente, portée par des personnages un peu trop distants et dépourvue d'une tension continue suffisamment affirmée.
Le Marsupilami de Frank Pé et Zidrou - La Bête
J'ai toujours adoré le « petit animal », surtout dessiné par Franquin. Ensuite, j'ai été très déçu par les séries et versions commerciales. Pure exploitation d'une création géniale et auparavant toujours nouvelle. Cette série me réconcilie avec la bête! Les dessins de F. Pé sont excellents (surtout les animaux) et l'histoire, l'époque, les ambiances et clins d'oeil sont très réussis!
Plongée en addicto
J'aime bien Pauline Aubry ; depuis son premier album, "Les Mutants", elle n'a de cesse de s'intéresser à l'autre, à ses travers, ses penchants, de manière très sensible, respectueuse, sans jugement. C'est encore une fois le cas ici. Elle parle de ses deux expériences auprès de l'Hôpital Marmottan, à Paris. La première, en accompagnant une sortie "vacances" proposées à des patientes qui essaient de lutter contre leurs addictions et leurs familles. Et la deuxième quelques années plus tard, pour tenter de comprendre, d'approfondir le sujet. Et peut-être, se rend-elle compte en cours de route, pour mettre des mots sur ses démons, ses fêlures à elle. Encore une fois, elle retranscrit le témoignage des patients, des soignants, donne des pistes d'explication (notamment au niveau sanitaire, chimique) des racines de l'addiction. C'est très intéressant, elle nous livre tout ça avec ses mots à elle, sa réinterprétation, sous contrôle bien sûr de plusieurs personnes travaillant à Marmottan. Elle a toujours ce style graphique si naïf, si expressif, qui parvient à faire passer beaucoup de choses, de par sa fragilité. Mais une fois les 140 pages de l'album lues, il reste un goût d'inachevé, dont elle-même est consciente. On aurait aimé rentrer un peu plus dans la vie de ces patients, ce qui a provoqué, individuellement, dans leurs parcours, cette situation d'addiction dont ils tentent de sortir. On arait aimé passer plus de temps dans les différents services de l'hôpital, a plus près du quotidien des soignants et des patients. Il n'empêche qu'on a un aperçu assez significatif de l'aspect expérimental des soins prodigués dans cette structure, et qu'on aimerait bien que ce modèle soit repris ailleurs...
Bascoulard
Mais qui était donc Marcel Bascoulard ? Un illustre inconnu, dans le vrai sens du terme, puisqu’on ne peut pas dire que le personnage disposait d’une notoriété extraordinaire. Et pourtant. Une fiche Wikipédia lui est bel et bien consacrée. Pour tout habitant de Bourges, avant sa disparition en 1978, il était impossible de ne pas le remarquer dans ses accoutrements féminins — il adorait poser en robe devant les photographes —, il était ce qu’on appelle une figure ! Dans la cité berrichonne, il a même une place à son nom ainsi qu’un buste en bronze, dans le quartier Avaricum qu’il fréquentait souvent. Mais surtout, Marcel Bascoulard était un artiste, dans le vrai sens du terme également. Sa vie se confondait avec son art, mais il n’était pas fan des honneurs, lui dont le travail a été remarqué dans diverses expositions. Armé de ses crayons et de son carton à dessin, il passait beaucoup de temps à déambuler sur son « étrange tricycle couché », dans les quartiers de Bourges, à dessiner ses rues et ses monuments. On lui commandait ses dessins, ce qui lui permettait de subsister, mais l’homme, attaché à sa liberté de clochard céleste, préférait vivre à l’écart, dans un abri de jardin ou un camion épave, en compagnie de ses chats et de son chien Bobby. S’il était plus connu pour ses représentations réalistes de la ville, sa vraie marotte était l’art abstrait, malheureusement moins rentable sur le plan pécuniaire. Sa plus grande malédiction fut d’avoir pris sous son aile un jeune marginal qui s’était révélé n’être qu’un voyou intéressé par les revenus issus de la vente de ses œuvres, n’hésitant pas à le menacer s’il se montrait réticent. La suite tragique, on la connaît à la lecture du livre… Ce personnage haut en couleurs détonnait dans le paysage. Il déconcertait le citoyen lambda, effarouchait le bourgeois, et pouvait provoquer la révulsion par le fait qu’il ne se lavait jamais. Il n’aurait pourtant jamais fait de mal à une puce, même une nuée, laquelle le lui rendait bien… mais il ne laissait personne indifférent. Incontestablement fascinant, c’était peut-être sa liberté indomptable — et si voyante ! — qui dérangeait les « honnêtes gens », bien plus que les effluves généreux qu’il laissait dans son sillage. En réunissant des petits morceaux de puzzle, Frantz Duchazeau est parvenu à composer le portrait passionnant d’un artiste attachant, dans les dernières années de sa vie, un artiste dont on perçoit les blessures remontant à l’enfance et qui ont fait de lui ce qu’il était. C’est ainsi que l’auteur nous immerge dans cette bonne ville de Bourges, dans ses faubourgs et sa campagne environnante, là où l’artiste avait élu domicile. L’histoire se laisse littéralement dévorer, tant l'homme fascine, quand bien même il ne se passe rien d’extraordinaire. On retiendra tout de même la scène cocasse d’un Stéphane Collaro courant frénétiquement après un Bascoulard récalcitrant, n’hésitant pas à salir ses beaux souliers dans la gadoue campagnarde, pour tenter de lui extorquer quelques mots. Comme on pourra s’en rendre compte, la priorité pour Collaro n’était pas tant de rencontrer Bascoulard que d’obtenir l’interview d’une « bête de foire », qui à coup sûr ferait un carton dans son émission de radio. Duchazeau a opté pour un trait simple et humble, en noir et blanc. Le co-auteur des « Cinq conteurs de Bagdad » ayant pour habitude de dessiner d’un seul jet, oscillant entre dépouillement graphique et minutie des détails, il s’est concentré ici sur les poses et attitudes de Bascoulard, conférant à l’ensemble une belle authenticité. Dans une sorte de communion avec notre clochard céleste, il reprend également à son compte des représentations de Bourges et des environs, en glissant çà et là, une vue de la cathédrale, d’une place avec ses maisons à colombages, ou d’une simple locomotive à vapeur. « Marcel Bascoulard », c’est le bel hommage à un artiste énigmatique qui souhaitait s’effacer tout en restant visible, à la fois humble et un brin provocateur. Son look improbable faisait tache dans un contexte ultra-conventionnel, comme le révélateur d’une époque où la question de la domination masculine et du féminisme commençait à peine à secouer le débat public. On devra se référer à l’évocation de son père violent pour mieux comprendre. A titre personnel, j’ai découvert Marcel Bascoulard l’an dernier, le temps d’un week-end à Bourges. Je suis tombé complètement par hasard sur une photo du personnage affichée discrètement dans la vitrine d’un photographe, peut-être là où l’artiste venait poser du temps de son vivant. Je n’en avais jamais entendu parler auparavant, mais mon regard semble avoir été comme aspiré par ce portrait. J’étais donc ravi de la sortie de l’ouvrage qui m’a permis d’en savoir plus, et n’ai pas été déçu, tant s’en faut. J’irais même plus loin, cette bande dessinée est un de mes coups de cœur de ce début d’année.
Le Dessin
Ce n’est pas mon livre préféré de M. A. Mathieu... mais j’ai quand même aimé l’idée et certaines séquences de dessins. La figure humaine, les visages en particulier, restent horribles, mais c’est son style! Les jeux de mots ne sont pas mauvais... Je pense que le mystère et la mémoire de l’amitié sont le point fort de l’album, mais ils auraient pu être davantage explorés et développés.
La Bombe
On est clairement sur du très haut niveau. Le travail documentaire est impressionnant, presque vertigineux. Chaque étape du développement de la bombe est disséquée avec précision, chaque arbitrage politique ou scientifique est replacé dans son contexte, et l’ensemble donne une vision d’une rare profondeur sur un moment absolument structurant du XXe siècle. Malgré ses 450 pages, la lecture reste étonnamment fluide : dense, oui, mais jamais réellement indigeste. C’est un véritable documentaire en bande dessinée, remarquablement construit. Ce qui marque surtout, c’est la finesse du traitement. Le récit évite le manichéisme et montre bien la complexité des intérêts en jeu, les doutes, les contradictions. On regrette toutefois un regard très centré sur le point de vue américain, même si celui-ci reste nuancé. Autre petit manque, plus diffus : il manque peut-être un supplément d’âme, un souffle romanesque ou un charisme plus affirmé de certains personnages pour transformer cette fresque brillante en œuvre inoubliable. C’est admirable, mais presque trop sage. Graphiquement, le noir et blanc fonctionne parfaitement. Il apporte une dimension rétro cohérente avec le sujet et surtout des contrastes puissants. Certaines planches sont réellement saisissantes. Néanmoins, ici, le fond domine clairement la forme : on retient avant tout la rigueur et l’intelligence du propos. Une BD historique majeure, brillante et exigeante, qui s’impose comme une référence sur le sujet, même si elle ne provoque pas tout à fait l’étincelle du chef-d’œuvre absolu.