Voilà encore un scénario de Lupano intéressant. Ça n’est sans doute pas son plus original ou son plus complexe, mais la lecture de cette série est vraiment agréable. Il parvient bien à mêler petite et grande Histoire dans ce moment charnière de l’Histoire de France qu’a été la chute du second Empire et la Commune de Paris.
Je ne suis vraiment pas fan du changement de dessinateur dans une même série – et là dessinateurs et coloristes changent à chaque tome ! De plus j’ai été surpris par le gros changement à ce niveau dans le dernier tome – avec qui plus est une police de caractères un chouia trop grosses dans les phylactères (même si je me suis finalement fait au trait de Fourquemin).
Mais bon, ces petits désagréments – pas rédhibitoires – mis à part, la lecture reste plaisante. Chacun des albums peut se lire indépendamment. Même si ça se passe au même endroit et au même moment (Paris durant le siège prussien puis « Versaillais »), nous suivons des personnages différents.
Une passionaria russe, une gamine pleine de vie, et une servante qui s’émancipe occupent successivement le premier rôle.
Car, comme le titre de la série l’indique, Lupano a mis en avant des femmes dans ce récit. Des femmes qui plus est « féministes » avant l’heure, revendicatives. Et Lupano montre bien que, même parmi les révoltés/révolutionnaires (citations de Proudhon à l’appui), le sexisme reste dominant (ne parlons pas des milieux bourgeois et réactionnaires, évidemment scandalisés par les femmes se mêlant aux hommes dans les luttes – voir le procès en fin de troisième tome). Cet aspect est intéressant.
Sinon, chaque album possède des qualités. Le troisième est peut-être celui qui est le moins fluide a priori, avec un procès – statique forcément, avec une héroïne qui reste mutique – qui occupe un très long dernier tiers. Mais ce passage est édifiant, écoeurant (on voit de quel côté penche Lupano), avec les préventions de classe, de sexe, qui méprise les « classes laborieuses et dangereuses). Chaque album met aussi en avant la violence de la semaine sanglante.
Une série réussie.
Un récit feel good qui se laisse lire plutôt agréablement.
La narration est fluide, et les quatre personnages qui se retrouvent, le temps d’une nuit à Paris sont attachants. Ils offrent leurs fêlures au regard des trois autres, dans une équipée plus ou moins sauvage, chacun essayant de guérir certaines frustrations, tentant d’évacuer certains regrets. Cherchant à vivre, malgré tout.
Le fantôme d’Oscar Wilde est évidemment le personnage le plus surprenant, celui qui donne une touche originale qui pimente le récit et l’empêche de rester dans le convenu – ce qui guette parfois, même si on y échappe.
Quelques touches d’humour dans les dialogues, surtout autour du bonhomme fuyant échec sentimental et le fisc, un loser sympathique, qui s’en prend pas mal dans la tronche (au propre comme au figuré).
Quelques facilités aussi. Je ne parle pas du fantôme de Wilde, qu’on accepte facilement. Mais des deux interventions des flics, qui à chaque fois surgissent, gyrophares et sirènes hurlant, face à des délits de fuite et autres comportements dangereux de la part de nos quatre héros, puis qui disparaissent brusquement, sans que nos héros ne semblent risquer quoi que ce soit. Ça fait un peu artificiel quand même.
C’est en tout cas une lecture sympathique.
Quel plaisir de lecture. La série se dévore avec une constance remarquable : rythme soutenu, efficacité feuilletonesque et véritable sens de l’aventure. Si l’on apprécie les récits maritimes historiques, on est pleinement servi. L’approche de la piraterie est volontairement réaliste, loin des fantasmes exotiques : pas de Caraïbes, Hollandais Volant, Malédictions Aztèques mais un cadre crédible, rude, solidement ancré dans son époque.
Le scénario est un atout majeur. L’intrigue est bien ficelée, lisible, et maintient l’intérêt sur la durée. Les personnages gagnent en épaisseur au fil des tomes, sans complexité excessive. Le héros est résolument héroïque, assumé comme tel : ceux qui recherchent une œuvre sombre, profondément nuancée pourront rester à distance. En revanche, pour une aventure efficace, généreuse et très plaisante à lire, la série remplit parfaitement son contrat.
Graphiquement, le travail est remarquable. La qualité et surtout la constance du dessin sur un grand nombre de tomes et d’années forcent le respect. Le style initial est maintenu avec rigueur, au bénéfice de la cohérence visuelle et de l’immersion, notamment dans la représentation du monde maritime.
Série solide, à la croisée de l’aventure et de la critique sociale. Le propos sur la folie de l’argent, le cynisme des élites et la fabrication des monstres sociaux est frontal, parfois volontairement immoral ou malsain, mais généralement cohérent avec l’intention du récit. Cette radicalité nourrit la réflexion sans verser dans la provocation gratuite.
Les personnages constituent un point fort : ambivalents, rarement aimables, toujours lisibles dans leurs contradictions. Le cadre viennois puis parisien du début du XXe siècle est particulièrement réussi, avec un contraste net entre faste mondain et misère sociale, qui structure efficacement la narration et son discours.
Graphiquement, l’ensemble est très convaincant. Dessin élégant, décors soignés, personnages expressifs. On perçoit toutefois des variations de style et de traitement d’un tome à l’autre, sans que cela nuise réellement à la lecture globale.
Excellente bande dessinée autour du cyclisme, mais surtout à côté du cyclisme. Le sport sert ici de moteur narratif plus que de sujet central : le cœur du récit est ailleurs, dans le portrait d’une époque rude, d’une région marquée par la montagne, et dans la trajectoire intime d’un homme qui poursuit un rêve presque déraisonnable.
Le scénario est volontairement simple et relativement court, mais traité avec une grande justesse. Tout fonctionne par petites touches : la dureté du quotidien, l’obsession, le courage silencieux. C’est une véritable chasse au rêve dans un monde qui ne fait aucun cadeau, racontée sans emphase ni pathos. Le rythme est particulièrement bien maîtrisé, constant du début à la fin, donnant au récit une impression de solidité et de cohérence rare pour un format aussi resserré.
Le dessin est très beau et parfaitement adapté au propos. Le style légèrement rétro ancre immédiatement l’histoire dans son époque et renforce la dimension historique et humaine du récit. Les ambiances, les paysages et les efforts physiques sont rendus avec beaucoup de sensibilité, au service de l’émotion plutôt que de la démonstration graphique.
Un travail remarquable, d’une grande sensibilité. L’album impressionne par la qualité de sa documentation et par la justesse du parallèle entre la fiction et les images historiques : on sent un vrai travail d’immersion, presque de terrain. L’intrigue est prenante sans jamais chercher à s’imposer ; elle sert avant tout un propos plus large où la vie quotidienne, la condition humaine et la dignité des habitants du Dust Bowl deviennent les véritables moteurs du récit.
Les personnages sont traités avec beaucoup de finesse. La dureté du contexte est montrée frontalement mais toujours avec retenue, ce qui renforce l’impact émotionnel. L’aspect didactique est très bien intégré, jamais pesant, et certains thèmes — notamment la relation à la mort — sont abordés avec une subtilité rare, en résonance constante avec l’époque et les situations vécues.
Le rythme volontairement lent fonctionne parfaitement : il laisse le temps à la poussière, au silence et à l’épuisement de s’installer, jusqu’à devenir presque physiques pour le lecteur.
Graphiquement, c’est superbe. Le dessin est précis, détaillé, parfois saisissant, avec des planches très fortes visuellement. Le traitement de la poussière, omniprésente, est particulièrement réussi, tout comme le travail des couleurs, qui installe une atmosphère à la fois belle, âpre et réaliste. Une œuvre marquante, exigeante et profondément humaine.
Œuvre globalement très réussie, agréable à lire et solidement construite. L’intrigue fonctionne comme un vrai polar, bien ficelé, mais reste clairement centrée sur l’humain plutôt que sur la mécanique de l’enquête. Le cadre barcelonais et le poids du passé familial apportent une densité appréciable sans alourdir le récit.
Le choix narratif des voix du passé – les « Elles » – combiné à l’excentricité de l’héroïne enrichit fortement l’ensemble. Ces éléments donnent de l’épaisseur psychologique aux personnages et renforcent la singularité du récit. Les allers-retours entre présent, souvenirs et strates narratives ajoutent une légère complexité, mais surtout un vrai dynamisme, sans jamais nuire à la lisibilité.
Graphiquement, le dessin est soigné et très moderne. Les personnages sont immédiatement identifiables, expressifs, bien caractérisés sans tomber dans la caricature. On comprend rapidement leur nature et leur rôle par le seul trait, ce qui sert efficacement la narration et le rythme de lecture.
Tous comme mes prédécesseurs, j'avais lu le roman initial de René Barjavel lorsque j'étais au lycée, roman dont je gardais un bon souvenir bien qu'à l'époque j'étais beaucoup plus attiré par les livres d'épouvante que de SF pure (Stephen King, Graham Masterton, etc.)
Au final, cette adaptation de ce roman par Christian De Metter n'est pas mauvaise en soi mais ne m'a pas transporté outre mesure.
La faute tout d'abord au dessin que j'ai trouvé un peu froid, figé et avec des visages peu expressifs. C'est peut-être voulu par l'auteur afin de renforcer l'ambiance glaciale de cette base scientifique perdue en Antarctique. Le choix des traits des deux corps cryogénisés est également discutables, notamment ceux de la femme, bien trop stéréotypés à mon goût (blonde pulpeuse) et ne collant pas avec le type Amérindiens des personnages masculins. En tout cas, de mémoire, en lisant le roman, je ne m'étais pas imaginé les deux personnages venant du passé avec cette apparence. La colorisation est en revanche beaucoup plus réussie.
S'agissant du scénario, il est très fidèle à celui de l’œuvre initiale. Cette adaptation a toutefois toutes les peines du monde à retranscrire le coup de foudre que connait l'un des scientifiques à la découverte de cette femme originelle cryogénisée. C'est là la principale carence de cette BD qui manque de poésie et de ce petit quelque chose qui fait que le lecteur va s'attacher aux personnages et se plonger corps et âme dans l'histoire. Ce ne fut ainsi pas le cas me concernant. J'ai lu cette BD sans déplaisir mais sans réellement me soucier de ce qui allait advenir des personnages. Quelques ficelles scénaristiques sont également assez faciles à deviner mais j'avais oublié cette très belle fin, comme un hommage au Roméo et Juliette de Shakespeare, qui relève quelque peu l'intérêt de l'ensemble.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10
NOTE GLOBALE : 13/20
Lire et relire Les Gouttes de Dieu, et Mariage, les Gouttes de Dieu, pour être heureux. Avec les gouttes, on a tenté d'apprendre cépage, terroir, et les travail des hommes, ici, le lien entre la cuisine, un art dont on donne quelque lueurs, et vin ! On avait déjà vu des restaurants, mais pas à ce point, et puis il y a... La Chine ! Eh oui, un des juges, un des officiers de l'ordre fondé par le père des deux concurrents au gain de la cave est Chinois, et il est madré, le rusé ! On va en Chine, et surtout, on mange du requin, pas vraiment quelque chose qu'on aurait osé écrire chez nous à cause de ceux qui ne prennent que les ailerons du poisson, condamné à mourir lentement, se balançant au fond des flots !
On croise aussi des tricheurs de compétition, et, ô joie, des choses vraiment subtiles, comme une boisson qu'on peut considérer et comme un vin, et comme un saké ! Le talent de nos héros est très grand, masque de celui des auteurs. Le trait a comme d'habitude parfait, dynamique et précis, personnages bien caractérisés sans exagération, et dessins merveilleux des poétiques descriptions de vins et de plats.
1984 : roman inégalé en BD même si l'auteur a fait mieux que d'autres : des images qui giflent, en laissant hélas de côté le novlangue… Il refuse l'obstacle, il se réfugie dans les seules scènes d'action ! Dans 1985, il fait une suite ce qui est disons, culotté, mais d'un autre côté, facile, on a droit à une Résistance assez développée, à l'affrontement entre frères et à l'illustration de la fausse guerre qu'évoque Orwell dans son œuvre. Reste les images, toujours excellentes… Je pense qu'il fallait soit rester dans le canon, soit montrer comment toute résistance est à la fois larvaire est écrasée de manière plus minable et plus terrible, peut-être du point de vue du Ministère de l'Amour...
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Voilà encore un scénario de Lupano intéressant. Ça n’est sans doute pas son plus original ou son plus complexe, mais la lecture de cette série est vraiment agréable. Il parvient bien à mêler petite et grande Histoire dans ce moment charnière de l’Histoire de France qu’a été la chute du second Empire et la Commune de Paris. Je ne suis vraiment pas fan du changement de dessinateur dans une même série – et là dessinateurs et coloristes changent à chaque tome ! De plus j’ai été surpris par le gros changement à ce niveau dans le dernier tome – avec qui plus est une police de caractères un chouia trop grosses dans les phylactères (même si je me suis finalement fait au trait de Fourquemin). Mais bon, ces petits désagréments – pas rédhibitoires – mis à part, la lecture reste plaisante. Chacun des albums peut se lire indépendamment. Même si ça se passe au même endroit et au même moment (Paris durant le siège prussien puis « Versaillais »), nous suivons des personnages différents. Une passionaria russe, une gamine pleine de vie, et une servante qui s’émancipe occupent successivement le premier rôle. Car, comme le titre de la série l’indique, Lupano a mis en avant des femmes dans ce récit. Des femmes qui plus est « féministes » avant l’heure, revendicatives. Et Lupano montre bien que, même parmi les révoltés/révolutionnaires (citations de Proudhon à l’appui), le sexisme reste dominant (ne parlons pas des milieux bourgeois et réactionnaires, évidemment scandalisés par les femmes se mêlant aux hommes dans les luttes – voir le procès en fin de troisième tome). Cet aspect est intéressant. Sinon, chaque album possède des qualités. Le troisième est peut-être celui qui est le moins fluide a priori, avec un procès – statique forcément, avec une héroïne qui reste mutique – qui occupe un très long dernier tiers. Mais ce passage est édifiant, écoeurant (on voit de quel côté penche Lupano), avec les préventions de classe, de sexe, qui méprise les « classes laborieuses et dangereuses). Chaque album met aussi en avant la violence de la semaine sanglante. Une série réussie.
La Nuit est belle
Un récit feel good qui se laisse lire plutôt agréablement. La narration est fluide, et les quatre personnages qui se retrouvent, le temps d’une nuit à Paris sont attachants. Ils offrent leurs fêlures au regard des trois autres, dans une équipée plus ou moins sauvage, chacun essayant de guérir certaines frustrations, tentant d’évacuer certains regrets. Cherchant à vivre, malgré tout. Le fantôme d’Oscar Wilde est évidemment le personnage le plus surprenant, celui qui donne une touche originale qui pimente le récit et l’empêche de rester dans le convenu – ce qui guette parfois, même si on y échappe. Quelques touches d’humour dans les dialogues, surtout autour du bonhomme fuyant échec sentimental et le fisc, un loser sympathique, qui s’en prend pas mal dans la tronche (au propre comme au figuré). Quelques facilités aussi. Je ne parle pas du fantôme de Wilde, qu’on accepte facilement. Mais des deux interventions des flics, qui à chaque fois surgissent, gyrophares et sirènes hurlant, face à des délits de fuite et autres comportements dangereux de la part de nos quatre héros, puis qui disparaissent brusquement, sans que nos héros ne semblent risquer quoi que ce soit. Ça fait un peu artificiel quand même. C’est en tout cas une lecture sympathique.
L'Epervier
Quel plaisir de lecture. La série se dévore avec une constance remarquable : rythme soutenu, efficacité feuilletonesque et véritable sens de l’aventure. Si l’on apprécie les récits maritimes historiques, on est pleinement servi. L’approche de la piraterie est volontairement réaliste, loin des fantasmes exotiques : pas de Caraïbes, Hollandais Volant, Malédictions Aztèques mais un cadre crédible, rude, solidement ancré dans son époque. Le scénario est un atout majeur. L’intrigue est bien ficelée, lisible, et maintient l’intérêt sur la durée. Les personnages gagnent en épaisseur au fil des tomes, sans complexité excessive. Le héros est résolument héroïque, assumé comme tel : ceux qui recherchent une œuvre sombre, profondément nuancée pourront rester à distance. En revanche, pour une aventure efficace, généreuse et très plaisante à lire, la série remplit parfaitement son contrat. Graphiquement, le travail est remarquable. La qualité et surtout la constance du dessin sur un grand nombre de tomes et d’années forcent le respect. Le style initial est maintenu avec rigueur, au bénéfice de la cohérence visuelle et de l’immersion, notamment dans la représentation du monde maritime.
L'Assassin qu'elle mérite
Série solide, à la croisée de l’aventure et de la critique sociale. Le propos sur la folie de l’argent, le cynisme des élites et la fabrication des monstres sociaux est frontal, parfois volontairement immoral ou malsain, mais généralement cohérent avec l’intention du récit. Cette radicalité nourrit la réflexion sans verser dans la provocation gratuite. Les personnages constituent un point fort : ambivalents, rarement aimables, toujours lisibles dans leurs contradictions. Le cadre viennois puis parisien du début du XXe siècle est particulièrement réussi, avec un contraste net entre faste mondain et misère sociale, qui structure efficacement la narration et son discours. Graphiquement, l’ensemble est très convaincant. Dessin élégant, décors soignés, personnages expressifs. On perçoit toutefois des variations de style et de traitement d’un tome à l’autre, sans que cela nuise réellement à la lecture globale.
L'Aigle sans orteils
Excellente bande dessinée autour du cyclisme, mais surtout à côté du cyclisme. Le sport sert ici de moteur narratif plus que de sujet central : le cœur du récit est ailleurs, dans le portrait d’une époque rude, d’une région marquée par la montagne, et dans la trajectoire intime d’un homme qui poursuit un rêve presque déraisonnable. Le scénario est volontairement simple et relativement court, mais traité avec une grande justesse. Tout fonctionne par petites touches : la dureté du quotidien, l’obsession, le courage silencieux. C’est une véritable chasse au rêve dans un monde qui ne fait aucun cadeau, racontée sans emphase ni pathos. Le rythme est particulièrement bien maîtrisé, constant du début à la fin, donnant au récit une impression de solidité et de cohérence rare pour un format aussi resserré. Le dessin est très beau et parfaitement adapté au propos. Le style légèrement rétro ancre immédiatement l’histoire dans son époque et renforce la dimension historique et humaine du récit. Les ambiances, les paysages et les efforts physiques sont rendus avec beaucoup de sensibilité, au service de l’émotion plutôt que de la démonstration graphique.
Jours de sable
Un travail remarquable, d’une grande sensibilité. L’album impressionne par la qualité de sa documentation et par la justesse du parallèle entre la fiction et les images historiques : on sent un vrai travail d’immersion, presque de terrain. L’intrigue est prenante sans jamais chercher à s’imposer ; elle sert avant tout un propos plus large où la vie quotidienne, la condition humaine et la dignité des habitants du Dust Bowl deviennent les véritables moteurs du récit. Les personnages sont traités avec beaucoup de finesse. La dureté du contexte est montrée frontalement mais toujours avec retenue, ce qui renforce l’impact émotionnel. L’aspect didactique est très bien intégré, jamais pesant, et certains thèmes — notamment la relation à la mort — sont abordés avec une subtilité rare, en résonance constante avec l’époque et les situations vécues. Le rythme volontairement lent fonctionne parfaitement : il laisse le temps à la poussière, au silence et à l’épuisement de s’installer, jusqu’à devenir presque physiques pour le lecteur. Graphiquement, c’est superbe. Le dessin est précis, détaillé, parfois saisissant, avec des planches très fortes visuellement. Le traitement de la poussière, omniprésente, est particulièrement réussi, tout comme le travail des couleurs, qui installe une atmosphère à la fois belle, âpre et réaliste. Une œuvre marquante, exigeante et profondément humaine.
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Œuvre globalement très réussie, agréable à lire et solidement construite. L’intrigue fonctionne comme un vrai polar, bien ficelé, mais reste clairement centrée sur l’humain plutôt que sur la mécanique de l’enquête. Le cadre barcelonais et le poids du passé familial apportent une densité appréciable sans alourdir le récit. Le choix narratif des voix du passé – les « Elles » – combiné à l’excentricité de l’héroïne enrichit fortement l’ensemble. Ces éléments donnent de l’épaisseur psychologique aux personnages et renforcent la singularité du récit. Les allers-retours entre présent, souvenirs et strates narratives ajoutent une légère complexité, mais surtout un vrai dynamisme, sans jamais nuire à la lisibilité. Graphiquement, le dessin est soigné et très moderne. Les personnages sont immédiatement identifiables, expressifs, bien caractérisés sans tomber dans la caricature. On comprend rapidement leur nature et leur rôle par le seul trait, ce qui sert efficacement la narration et le rythme de lecture.
La Nuit des Temps
Tous comme mes prédécesseurs, j'avais lu le roman initial de René Barjavel lorsque j'étais au lycée, roman dont je gardais un bon souvenir bien qu'à l'époque j'étais beaucoup plus attiré par les livres d'épouvante que de SF pure (Stephen King, Graham Masterton, etc.) Au final, cette adaptation de ce roman par Christian De Metter n'est pas mauvaise en soi mais ne m'a pas transporté outre mesure. La faute tout d'abord au dessin que j'ai trouvé un peu froid, figé et avec des visages peu expressifs. C'est peut-être voulu par l'auteur afin de renforcer l'ambiance glaciale de cette base scientifique perdue en Antarctique. Le choix des traits des deux corps cryogénisés est également discutables, notamment ceux de la femme, bien trop stéréotypés à mon goût (blonde pulpeuse) et ne collant pas avec le type Amérindiens des personnages masculins. En tout cas, de mémoire, en lisant le roman, je ne m'étais pas imaginé les deux personnages venant du passé avec cette apparence. La colorisation est en revanche beaucoup plus réussie. S'agissant du scénario, il est très fidèle à celui de l’œuvre initiale. Cette adaptation a toutefois toutes les peines du monde à retranscrire le coup de foudre que connait l'un des scientifiques à la découverte de cette femme originelle cryogénisée. C'est là la principale carence de cette BD qui manque de poésie et de ce petit quelque chose qui fait que le lecteur va s'attacher aux personnages et se plonger corps et âme dans l'histoire. Ce ne fut ainsi pas le cas me concernant. J'ai lu cette BD sans déplaisir mais sans réellement me soucier de ce qui allait advenir des personnages. Quelques ficelles scénaristiques sont également assez faciles à deviner mais j'avais oublié cette très belle fin, comme un hommage au Roméo et Juliette de Shakespeare, qui relève quelque peu l'intérêt de l'ensemble. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10 NOTE GLOBALE : 13/20
Mariage - Les Gouttes de Dieu
Lire et relire Les Gouttes de Dieu, et Mariage, les Gouttes de Dieu, pour être heureux. Avec les gouttes, on a tenté d'apprendre cépage, terroir, et les travail des hommes, ici, le lien entre la cuisine, un art dont on donne quelque lueurs, et vin ! On avait déjà vu des restaurants, mais pas à ce point, et puis il y a... La Chine ! Eh oui, un des juges, un des officiers de l'ordre fondé par le père des deux concurrents au gain de la cave est Chinois, et il est madré, le rusé ! On va en Chine, et surtout, on mange du requin, pas vraiment quelque chose qu'on aurait osé écrire chez nous à cause de ceux qui ne prennent que les ailerons du poisson, condamné à mourir lentement, se balançant au fond des flots ! On croise aussi des tricheurs de compétition, et, ô joie, des choses vraiment subtiles, comme une boisson qu'on peut considérer et comme un vin, et comme un saké ! Le talent de nos héros est très grand, masque de celui des auteurs. Le trait a comme d'habitude parfait, dynamique et précis, personnages bien caractérisés sans exagération, et dessins merveilleux des poétiques descriptions de vins et de plats.
Journal de 1985
1984 : roman inégalé en BD même si l'auteur a fait mieux que d'autres : des images qui giflent, en laissant hélas de côté le novlangue… Il refuse l'obstacle, il se réfugie dans les seules scènes d'action ! Dans 1985, il fait une suite ce qui est disons, culotté, mais d'un autre côté, facile, on a droit à une Résistance assez développée, à l'affrontement entre frères et à l'illustration de la fausse guerre qu'évoque Orwell dans son œuvre. Reste les images, toujours excellentes… Je pense qu'il fallait soit rester dans le canon, soit montrer comment toute résistance est à la fois larvaire est écrasée de manière plus minable et plus terrible, peut-être du point de vue du Ministère de l'Amour...