Je découvre enfin cet auteur avec cet album et je jèterai de bon cœur un œil sur son autre production.
Le style carte à gratter est un genre qui ne me touche pas particulièrement mais Thomas Ott maîtrise son sujet.
En fait, la partie graphique est vraiment en adéquation avec le fond, une succession de séquences un peu horrifiques comme des petits contes noirs, le tout dans un N&B et une narration muette qui donne beaucoup d’atmosphère à l’œuvre.
Une lecture rapide mais heureuse pour un exercice originale et intéressant. Un beau livre.
Voilà un documentaire que j’ai vraiment apprécié. Je l’ai trouvé agréable à lire, et très instructif, jamais ennuyeux.
Et pourtant il nous livre une foule d’informations. Sur les algues donc. Leur utilité, ce que l’on pourrait en faire, et les avantages énormes que nous aurions à nous pencher sur leur intérêt. Mais aussi et surtout le fait que les algues et les bienfaits qu’elles peuvent engendrer sont connus depuis des milliers d’années.
Vincent Doumeizel nous livre des informations mêlant Histoire, science, débats de société, économie, médecine. Le récit est donc très riche, quasi exhaustif par rapport au sujet. Une lecture vraiment recommandable.
Lécroart – qui a déjà accompagné plusieurs documentaire BD engagés – nous propose ses personnages habituels. Foin de décors ou détails superflus, on est centré sur ces personnages. Mais cette simplicité convient au récit et ce dessin est très agréable, avec une colorisation aux crayons de couleurs (en tout cas le rendu y fait penser) elle aussi plaisante. Je suis de toute façon gros amateur de son dessin (entre autres).
L’auteur du roman ici adapté – que je n’ai pas lu – a voulu clairement rendre hommage aux victimes d’une « catastrophe minière » ayant eu lieu dans le Nord de la France fin 1974. Vu son texte en introduction, je pense que celle-ci est fidèle au roman originel.
Et je trouve que cet hommage est bien fichu. C’est aussi le cas de l’accusation des « responsables », cherchant les bénéfices au détriment de la sécurité des mineurs, ou des « responsables politiques » faisant des passages éclair pour exprimer la solidarité de la nation, sans jamais faire quoi que ce soit pour rendre leurs discours crédibles.
La narration est plutôt bien faite, avec une montée en tension (jusqu’au procès final), et une famille et surtout un personnage central intriguant jusqu’au bout. Pour entretenir un suspens, et garantir quelques surprises, le récit amène plusieurs rebondissements, qui font leur petit effet – mais qui souffrent quand même de facilités qu’on est prié d’accepter.
Mais la lecture est agréable, le sujet bien traité.
Vive la Commune…
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante toute autre, gagnant en saveur pour le lecteur disposant de notions sur la Commune de Paris. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Jacques Tardi pour le scénario et le dessin. Il s’agit d’une bande dessinée en noir & blanc, comportant vingt-cinq pages, entièrement dépourvue de dialogue. Il s’agit d’un format imposé dans cette collection des éditions Martin de Halleux, inspiré de l’ouvrage 25 images de la passion d'un homme (1918), réalisé par Frans Masereel (1889-1972). Dans cet ouvrage, l’histoire est racontée en 25 gravures sur bois, chacune imprimée comme un dessin en pleine page, sans aucun dialogue non plus. Le premier tome de cette collection est ?La Forêt (Ott) (2020) de Thomas Ott ; celui-ci en est le cinquième. Le bédéaste respecte cette contrainte à la lettre, à raison d’une image par page. Il est également l’auteur avec le scénariste Thomas Vautrin d’une bande dessinée en quatre tome sur la Commune de Paris : Le Cri du Peuple, parus entre 2001 et 2004 à raison d’un volume par an.
Vingt ans en mai 1871. Un homme âgé sort de de chez lui, sa canne à la main. Il a refermé derrière lui la porte métallique de du jardin de son petit pavillon d’un étage. Les volets sont fermés, il n’y a pas de signe de vie à l’intérieur. La végétation du jardin donne l’impression de ne pas avoir été taillée récemment. Sur le trottoir, l’homme regarde à sa droite l’air vaguement inquiet, vérifiant si quelqu’un vient ou s’il est observé. L’homme descend du trottoir, marchant sur la chaussée pavée. De part et d’autre, des maisons basses sans étage, ou avec un unique étage. Au fond de la rue, les bâtiments d’une usine avec deux hautes cheminées crachant une fumée noire avec un panache très droit. Le vieil homme arrive à la gare, et il s’apprête à gravir la dizaine de marches menant à la porte. La voie ferrée passe en hauteur, au niveau du toit de la gare, et un train est en train de partir ou d’arriver.
Le vieil a pu monter dans le train de banlieue, tiré par une locomotive à vapeur. Celui-ci avance sur les rails, toujours sur cette voie en hauteur, passant juste au-dessus du niveau du toit des pavillons, avec des immeubles de quelques étages en arrière-plan. Dans un wagon, le vieil homme est assis dans un compartiment vide, sans expression sur le visage, sa canne à la main, l’étage supérieur des usines défilant à travers les vitres. Il descend à la gare de l’Est de Paris, reconnaissable à sa façade. Il en sort, toujours s’aidant de sa canne, il traverse le parvis pavé. Il rejoint la station de métro par la rue, à l’air libre. Il descend sur le quai de la ligne trois, et attend le prochain métro en direction de la porte de Bagnolet, s’aidant toujours de sa canne pour avancer sur le quai absolument désert. Ayant atteint sa destination, il remonte l’escalier pour sortir à l’air libre par un accès de métro du type Guimard.
Bon, ben, y a pas de quoi fouetter un chat… L’auteur applique rigoureusement le dispositif narratif : vingt-cinq images en pleine page, pas un seul mot. Durée de la lecture entre cinq et dix minutes à tout casser, en prenant son temps. L’intrigue : le monsieur âgé se rend au cimetière du Père-Lachaise. Il y arrive. Il pénètre à l’intérieur et il marche dans les allées, avec un but bien précis, en sachant parfaitement comment s’y rendre. Il y parvient, et une silhouette encapuchonnée le rejoint pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure, ce que le lecteur pouvait facilement anticiper. Pas de quoi en écrire une lettre à ses proches, un texto suffira amplement. M’enfin quand même, c’est du Tardi ! La couverture est impeccable : les tombes représentées plus vraies que nature, avec un coup de crayon à l’expressivité surnaturelle, le corbeau pas content au premier plan, à deux doigts d’une expression humaine, et, il faut peut-être un peu de temps pour que le lecteur s’en rende compte, un feuillage qui se transforme en un vol de corbeaux dans une lecture de gauche à droite, total respect pour cette composition. Première planche, première illustration, nouveau coup de maitre : le pavillon de banlieue, l’évocation d’un jardin mal entretenu, la clôture en fer forgé, les pavés parisiens ou équivalents. À nouveau une totale réussite, d’une lecture immédiate, et le personnage à la posture parlante quant à son état d’esprit, et également quant à son état de santé.
Soit… Mais cela ne suffit pas forcément à rassasier l’appétit de lecture du chaland. Ça reste une histoire dont le scénario tient sur un timbre-poste, d’une grande simplicité, même si chaque dessin atteste d’une maîtrise peu commune de son art. Pour commencer, c’est qui ce gugusse proche d’avaler son extrait de naissance ? Cela fait tilt dans l’esprit du lecteur : la réponse est dans le titre. Il s’agit d’un individu qui avait vingt ans en mai 1871. Oui, et alors ? Hé bien, mai 1871, c’est le sujet de la série en quatre tomes intitulée Le cri du peuple, consacrée à la Commune de Paris. Une période de soixante-douze jours, du 18 mars 1871 au 28 mai de la même année, s’achevant par une semaine dite sanglante du 21 au 28 mai. S’il a lu l’introduction, le lecteur comprend quel est cette chapelle funéraire qui constitue l’objectif du déplacement du vieil homme : la tombe d’Adolphe Thiers (1797-1877), au cimetière du Père-Lachaise. S’il ne connaît pas ce monument, le lecteur peut être déconcerté par sa représentation, un immense tombeau, conçu par l'architecte de Alfred-Philibert Aldrophe (1834-1895), avec des sculptures de Henri Chapu et Antonin Mercié, des parties en bronze de Ferdinand Barbedienne. Ce monument funéraire a été inscrit monument historique par arrêté du 21 mars 1983. Cela amène à se rappeler quel rôle a eu Thiers pendant la Commune de Paris, en quoi le cimetière du Père-Lachaise est liée à l’histoire de cette insurrection, ce qui mène alors au mur des Fédérés.
En ayant cette dimension à l’esprit, le regard que le lecteur porte sur chaque illustration change. L’évidence est toujours présente à la découverte de chaque planche, et dans le même temps chacune commence à raconter beaucoup plus que les simples éléments figuratifs et descriptifs. Selon toute vraisemblance, en se fiant au titre, le vieil homme avait vingt ans en mai 1871, il a été le témoin de ces événements, il y a peut-être pris part, il a peut-être été lui-même un Communard. La première image montre donc ce qu’il a pu devenir dans les années 1910, ou 1930, en fonction de l’espérance de vie que le lecteur peut imaginer pour lui. La représentation du pavillon de banlieue devient un témoignage historique de cette époque, dans cette région du monde. Il en va de même pour l’importance de l’usine dont la présence porte en elle une notion de classe sociale, de révolte potentielle des prolétaires. Puis ce train qui relie des quartiers anonymes, dont la voie ferrée en hauteur permet de s’élever au niveau du toit des usines, une vision symbolique. Lorsqu’en planche neuf, le personnage longe un mur du cimetière, le lecteur se demande s’il s’agit du mur des Fédérés. Les planches dix et onze sont consacrées à la distance à parcourir pour parvenir à l’entrée proprement dite, à nouveau une métaphore de l’éloignement du vivant avec ce lieu consacré aux morts. Alors que le vieillard progresse dans les allées, les corbeaux se font plus nombreux, l’accompagnant, se trouvant de part et d’autre, comme s’ils l’accueillaient. Puis la jeune femme souriante rejoint le vieil homme, tenant dans ses main un sablier ailé, une allégorie.
En fonction de sa connaissance des événements de la Commune, le lecteur peut se sentir très à l’aise dans ce qui est montré, ou bien s’interroger sur tel ou tel élément, et aller faire des recherches pour se renseigner plus avant. L’expérience de lecture s’en trouve alors changée. Peut-être a-t-il lu d’autres bandes dessinées consacrées à ce mouvement, par exemple l’étonnante série Les damnés de la Commune de Raphaël Meyssan, trois tomes (2017, 2019, 2019). Il prend alors conscience de tout ce contiennent ces vingt-cinq illustrations. Pour commencer, elles expriment tout l’investissement de l’auteur dans cette période, le sens qu’elle revêt pour lui en termes d’autogestion par le peuple, d’oppression exercée par les Versaillais, de répression militaire pour écraser, annihiler un mouvement populaire qui s’était débarrassé des élites qui avaient abandonné le peuple. Il s’agit d’un hommage émouvant aux Communards. Plus que cela, le vieil homme se rend une dernière fois à la tombe d’Adolphe Thiers, le chef politique qui a négocié le traité de paix avec Bismarck et a réprimé dans le sang l'insurrection de la Commune de Paris. L’individu considéré comme un artisan du massacre des Communards pendant la semaine sanglante. À ce titre, la résolution du récit s’avère tout aussi symbolique, en particulier le fait que le vieil homme se soulage sur le monument. Pour autant, il s’éteint, alors que le monument demeure. Le lecteur peut également l’interpréter comme le fait que le Communard est décédé la tête haute, son honneur intact, alors que le monument se dresse à jamais comme la preuve honteuse de du sacrifice du peuple, et de l’infamie d’un politicien.
Certes, a priori, vingt-cinq pages, fussent-elles de Jacques Tardi lui-même, en guise de bande dessinée, ça fait un peu court. La première lecture pour le plaisir le confirme : en quelques minutes le lecteur est venu à bout de l’histoire, avec des dessins certes épatants. Seulement, il a également pu ressentir le battement du cœur de l’auteur dans ces pages. Une implication honnête et entière, pour un sujet qui lui est cher, une indignation intacte à l’encontre d’une répression ignominieuse et sanglante du peuple, un massacre impardonnable. De ce point de vue, ces quelques pages constituent un véritable credo, la quintessence de la façon de voir de Tardi, l’expression la plus pure de sa personnalité.
Bon. Déjà, j’avais lâché l’affaire Thorgal depuis longtemps. Sur plus de quarante volumes, il y a forcément une baisse d’intérêt et le filon commercial trop évident. Du coup, je n’en ai même pas lu assez pour donner un avis pertinent sur la série de base. Quand aux différentes séries parallèles et reprises, j’en ai à peine feuilleté certaines, les resucées de resucées… non merci.
Et voilà qu’on me prête celle-ci ! Enregistrée comme un one-shot, je peux donc donner mon avis.
Eh bien je trouve qu’on est bien dans l’ambiance de la saga, mais simplement il m’a semblé que ça n’apportait rien.
Du grand classique, pas forcément mal fait, mais où j’ai eu l’impression de beaucoup de facilités, de personnages un peu clichés. On récupère des grands classiques : la reine d’un royaume isolé, une jolie fille guerrière, un traitre, un super méchant qui veut le pouvoir sur le monde entier… et évidemment Thorgal doit accomplir (et réussir) une quête là où personne n’a jamais réussi, accompagné de la jolie fille bien entendu
C’est peut-être moi aussi, avec l’âge, je ne suis plus aussi sensible à ce monde fantastique. Et le Thorgal en question commence à me taper sur les nerfs.
Ajouté à cela un dessin plus que correct pour cet univers mais qui ne me fait pas vibrer spécialement.
Trop commercial tout ça, on continue tant que ça rapporte, donc bof.
Je me range à la majorité. Un résultat assez inégal, il y a du tranquille, du très bon et du oubliable, toujours le piège de l’album collectif.
J’adore le héros, j’ai été heureux de le retrouver à travers ces différents hommages, mais malheureusement et comme attendu de l’exercice le résultat se révèle assez anecdotique.
Hormis à de rares exceptions, les parties graphiques ne m’ont pas subjugué, elles m’ont surtout rappelé le génie de Giraud.
Ça reste honnête et sympa, ça m’a surtout donné envie de me replonger dans certains albums de la série mère. La dernière (comme la première) histoire est quand même très chouette, ça lorgne un peu vers Revoir Comanche amenant un joli plus à la mythologie.
"Félicitations Dave, vous venez de poser les mains sur le monolithe de la bande dessinée bis".
La Planète des ombres est une œuvre rare, située à l'intersection parfaite entre le chef-d'œuvre absolu et le nanar cosmique.
Le lecteur (mal)chanceux qui osera s'aventurer dans cette bizarrerie verra notre héros, Mégalus, affronter dans un ordre totalement frénétique : une araignée géante télépathe, des morts-vivants bioniques, une pin-up nymphomane, un vampire tout droit sorti de la Hammer, un sorcier vaudou, des hommes-poissons, un Tyrannosaurus Rex et une gorgone géante. Tout ça... en seulement 41 pages.
Le récit est un véritable laboratoire de série Z. S'y mélangent joyeusement SF, érotisme, épouvante, super-héros et voyage dans le temps à la H.G. Wells. Le plus grand miracle ? L'ensemble reste parfaitement compréhensible sans jamais se prendre au sérieux.
Visuellement, c'est un festival. Le dessin est surchargé à l'excès. C'est kitsch, brillant, totalement foutraque, mais terriblement généreux.
Mégalus, sauve-nous !
Pavel Bart signe sa première BD avec ce "Belle de soie". Il va nous plonger dans un univers moyenâgeux où tous les ingrédients du conte sont présents : conspirations, princes et princesse, mariage arrangé, retournements de situation, épidémie avec la terrible Peste de pierre (elle transforme petit à petit les personnages en pierre), destins tragiques, du mystère et bien sûr un peu de magie. Deux femmes, une mère et sa fille, seront au centre de cette histoire au scénario surprenant. La mère est une tisserande qui produit une étoffe unique, la soie précieuse, celle-ci a la particularité d'être douce, lumineuse et d'une robustesse à toutes épreuves (et bien plus encore, mais ça je vous laisse le découvrir). Elle veut transmettre son savoir à sa fille, mais cette dernière va choisir d'accompagner une duchesse et son fils chez le roi, sa fille doit se choisir un mari. Deux femmes avec la même particularité physique, les yeux vairons, autour desquelles gravitent toute une kyrielle de personnages. Des personnages qui ne veulent pas forcément faire leur bonheur.
Un début de récit très classique qui va vite bifurquer dans une autre direction, puis une autre et encore une autre. Bref, un scénario inventif ponctué de nombreuses surprises, il est difficile de les voir venir. C'est vraiment ces retournements de situations successifs qui m'ont tenu en haleine. Le scénario est bien construit, les petits retours dans le passé permettent d'éclaircir les zones d'ombre. La narration non académique prend le temps de développer les personnages, de brasser de très nombreux thèmes et de faire de brèves références à d'autres contes.
Le dessin aussi est surprenant avec ce trait rêche, souvent statistique et à l'aspect grossier. Pourtant, c'est bien ce dessin et ces tristes couleurs qui rendent crédible cette période féodale. Un visuel avec une vraie patte graphique.
Un artiste à suivre !
Un album qui sort du lot. Je conseille !
"Pensez-vous qu'il suffise d'attacher un fil d'or à la patte d'un être pour que celui-ci vous appartienne ?"
Mouais. Disons que ça se laisse lire. Mais je n’y reviendrai probablement pas.
Il y a quand même trop de facilités et/ou de naïveté dans les grandes comme dans les petites lignes du scénario et de l’intrigue.
La partie SF (qui s’estompe presque entièrement dans le second tome), où les clones accompagnant les voyageurs, le voyage lui-même semblent couler de source.
Mais aussi la partie « antique », qui cherche à reproduire les premières années de la fondation de Rome et de sa civilisation. Cette dernière est en grande partie mythique, mais Sente semble l’avoir quasiment prise au pied de la lettre, en comblant les inévitables vides par des passages pas toujours crédibles (la façon dont la cité de Rema et ses femmes se développe, avec quels moyens ? Pourquoi le roi d’Albalonga peut-il tolérer cette cité concurrente qui visiblement se peuple d’une partie de sa population ?, le viol collectif des Sabins par les femmes de la cité – en lieu et place de « l’enlèvement des Sabines », le tremblement de terre qui détruit l’armée assiégeante sans toucher à la cité, etc.).
La fin, où Tite-Live finit pour Auguste son récit des origines fait un peu « forcé » pour lier ce que nous venons de lire avec ce que nous connaissons de ce récit.
L’affrontement entre les deux « sœurs » est parfois artificiellement grossi.
Le second album est moins original, car la SF en est quasiment absente, mais aussi parce ‘on devine les péripéties, tant elles doivent coller à ce que nous connaissons de la construction mythique de Rome.
Si l’idée de départ semblait séduisante, sa réalisation ne m’a pas enthousiasmé plus que ça.
Note réelle 2,5/5.
Dans l'Amérique des années 50, le père Mils, prêtre d'une petite paroisse, enquête sur une mystérieuse maladie qui défigure plusieurs patients et semble liée à des expérimentations secrètes.
Cette BD respire le classicisme jusque dans l'objet lui-même : couverture, mise en page, phylactères, découpage en gaufrier, tout laisse penser qu'elle date de quelque part entre 1950 et 1980. Le dessin est dans une ligne claire très académique que j'aime beaucoup, quelque part entre Berthet et autres Floc'h. Il y a un vrai charme rétro et une élégance générale très agréable dans les personnages, les voitures, les intérieurs et les ambiances américaines d'époque.
Tout n'est pas irréprochable pour autant. Certains visages sont un peu grossiers, quelques décors paraissent plats et il y a plusieurs soucis d'échelle ou de perspective, notamment avec des voitures qui semblent souvent trop grandes ou trop petites par rapport à leur environnement. Mais honnêtement, je suis prêt à passer au-dessus de ces défauts parce que j'aime le charme de cette ligne claire classique et légèrement désuète.
Le scénario est lui aussi très traditionnel dans sa construction, mélangeant enquête, espionnage, science étrange et fantastique pseudo-scientifique. En revanche, j'ai trouvé originale l'idée d'avoir pour héros un prêtre catholique comme héros. Je n'ai pas le souvenir qu'une autre série BD ait déjà eu cette audace. Et ce n'est pas juste gratuit puisque son statut religieux intervient réellement dans le récit, par exemple lorsqu'il doit interrompre son enquête en pleine urgence parce qu'un mourant réclame une confession. Ce genre de détail apporte une vraie personnalité au personnage.
L'intrigue se suit bien, avec un rythme efficace et une narration plaisante, même si les coïncidences sont parfois un peu faciles. Le père Mils arrive régulièrement exactement au même moment que les antagonistes sur différents lieux-clés, alors que les événements auraient très bien pu se produire dans un ordre totalement différent. Ça affaiblit un peu la crédibilité de l'ensemble.
Par contre, dès la couverture et les premières pages, j'avais immédiatement compris que la légende du Philadelphia Experiment serait au cœur de l'histoire. Du coup, voir cette révélation traitée comme un grand choc final censé surprendre autant le héros que le lecteur m'a laissé un peu froid, simplement parce que le sujet est déjà très connu quand on s'intéresse un minimum à ce type de mythes pseudo-scientifiques (et qu'on a vu le film du même nom en ce qui me concerne).
Malgré cela, j'ai passé un bon moment. C'est une BD au charme rétro assumé, avec un scénario sérieux, bien mené et agréable à suivre, portée par une esthétique de ligne claire qui fonctionne bien sur moi malgré ses imperfections.
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Cinema Panopticum
Je découvre enfin cet auteur avec cet album et je jèterai de bon cœur un œil sur son autre production. Le style carte à gratter est un genre qui ne me touche pas particulièrement mais Thomas Ott maîtrise son sujet. En fait, la partie graphique est vraiment en adéquation avec le fond, une succession de séquences un peu horrifiques comme des petits contes noirs, le tout dans un N&B et une narration muette qui donne beaucoup d’atmosphère à l’œuvre. Une lecture rapide mais heureuse pour un exercice originale et intéressant. Un beau livre.
La révolution des algues
Voilà un documentaire que j’ai vraiment apprécié. Je l’ai trouvé agréable à lire, et très instructif, jamais ennuyeux. Et pourtant il nous livre une foule d’informations. Sur les algues donc. Leur utilité, ce que l’on pourrait en faire, et les avantages énormes que nous aurions à nous pencher sur leur intérêt. Mais aussi et surtout le fait que les algues et les bienfaits qu’elles peuvent engendrer sont connus depuis des milliers d’années. Vincent Doumeizel nous livre des informations mêlant Histoire, science, débats de société, économie, médecine. Le récit est donc très riche, quasi exhaustif par rapport au sujet. Une lecture vraiment recommandable. Lécroart – qui a déjà accompagné plusieurs documentaire BD engagés – nous propose ses personnages habituels. Foin de décors ou détails superflus, on est centré sur ces personnages. Mais cette simplicité convient au récit et ce dessin est très agréable, avec une colorisation aux crayons de couleurs (en tout cas le rendu y fait penser) elle aussi plaisante. Je suis de toute façon gros amateur de son dessin (entre autres).
Le Jour d'avant
L’auteur du roman ici adapté – que je n’ai pas lu – a voulu clairement rendre hommage aux victimes d’une « catastrophe minière » ayant eu lieu dans le Nord de la France fin 1974. Vu son texte en introduction, je pense que celle-ci est fidèle au roman originel. Et je trouve que cet hommage est bien fichu. C’est aussi le cas de l’accusation des « responsables », cherchant les bénéfices au détriment de la sécurité des mineurs, ou des « responsables politiques » faisant des passages éclair pour exprimer la solidarité de la nation, sans jamais faire quoi que ce soit pour rendre leurs discours crédibles. La narration est plutôt bien faite, avec une montée en tension (jusqu’au procès final), et une famille et surtout un personnage central intriguant jusqu’au bout. Pour entretenir un suspens, et garantir quelques surprises, le récit amène plusieurs rebondissements, qui font leur petit effet – mais qui souffrent quand même de facilités qu’on est prié d’accepter. Mais la lecture est agréable, le sujet bien traité.
20 ans en mai 1871
Vive la Commune… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante toute autre, gagnant en saveur pour le lecteur disposant de notions sur la Commune de Paris. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Jacques Tardi pour le scénario et le dessin. Il s’agit d’une bande dessinée en noir & blanc, comportant vingt-cinq pages, entièrement dépourvue de dialogue. Il s’agit d’un format imposé dans cette collection des éditions Martin de Halleux, inspiré de l’ouvrage 25 images de la passion d'un homme (1918), réalisé par Frans Masereel (1889-1972). Dans cet ouvrage, l’histoire est racontée en 25 gravures sur bois, chacune imprimée comme un dessin en pleine page, sans aucun dialogue non plus. Le premier tome de cette collection est ?La Forêt (Ott) (2020) de Thomas Ott ; celui-ci en est le cinquième. Le bédéaste respecte cette contrainte à la lettre, à raison d’une image par page. Il est également l’auteur avec le scénariste Thomas Vautrin d’une bande dessinée en quatre tome sur la Commune de Paris : Le Cri du Peuple, parus entre 2001 et 2004 à raison d’un volume par an. Vingt ans en mai 1871. Un homme âgé sort de de chez lui, sa canne à la main. Il a refermé derrière lui la porte métallique de du jardin de son petit pavillon d’un étage. Les volets sont fermés, il n’y a pas de signe de vie à l’intérieur. La végétation du jardin donne l’impression de ne pas avoir été taillée récemment. Sur le trottoir, l’homme regarde à sa droite l’air vaguement inquiet, vérifiant si quelqu’un vient ou s’il est observé. L’homme descend du trottoir, marchant sur la chaussée pavée. De part et d’autre, des maisons basses sans étage, ou avec un unique étage. Au fond de la rue, les bâtiments d’une usine avec deux hautes cheminées crachant une fumée noire avec un panache très droit. Le vieil homme arrive à la gare, et il s’apprête à gravir la dizaine de marches menant à la porte. La voie ferrée passe en hauteur, au niveau du toit de la gare, et un train est en train de partir ou d’arriver. Le vieil a pu monter dans le train de banlieue, tiré par une locomotive à vapeur. Celui-ci avance sur les rails, toujours sur cette voie en hauteur, passant juste au-dessus du niveau du toit des pavillons, avec des immeubles de quelques étages en arrière-plan. Dans un wagon, le vieil homme est assis dans un compartiment vide, sans expression sur le visage, sa canne à la main, l’étage supérieur des usines défilant à travers les vitres. Il descend à la gare de l’Est de Paris, reconnaissable à sa façade. Il en sort, toujours s’aidant de sa canne, il traverse le parvis pavé. Il rejoint la station de métro par la rue, à l’air libre. Il descend sur le quai de la ligne trois, et attend le prochain métro en direction de la porte de Bagnolet, s’aidant toujours de sa canne pour avancer sur le quai absolument désert. Ayant atteint sa destination, il remonte l’escalier pour sortir à l’air libre par un accès de métro du type Guimard. Bon, ben, y a pas de quoi fouetter un chat… L’auteur applique rigoureusement le dispositif narratif : vingt-cinq images en pleine page, pas un seul mot. Durée de la lecture entre cinq et dix minutes à tout casser, en prenant son temps. L’intrigue : le monsieur âgé se rend au cimetière du Père-Lachaise. Il y arrive. Il pénètre à l’intérieur et il marche dans les allées, avec un but bien précis, en sachant parfaitement comment s’y rendre. Il y parvient, et une silhouette encapuchonnée le rejoint pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure, ce que le lecteur pouvait facilement anticiper. Pas de quoi en écrire une lettre à ses proches, un texto suffira amplement. M’enfin quand même, c’est du Tardi ! La couverture est impeccable : les tombes représentées plus vraies que nature, avec un coup de crayon à l’expressivité surnaturelle, le corbeau pas content au premier plan, à deux doigts d’une expression humaine, et, il faut peut-être un peu de temps pour que le lecteur s’en rende compte, un feuillage qui se transforme en un vol de corbeaux dans une lecture de gauche à droite, total respect pour cette composition. Première planche, première illustration, nouveau coup de maitre : le pavillon de banlieue, l’évocation d’un jardin mal entretenu, la clôture en fer forgé, les pavés parisiens ou équivalents. À nouveau une totale réussite, d’une lecture immédiate, et le personnage à la posture parlante quant à son état d’esprit, et également quant à son état de santé. Soit… Mais cela ne suffit pas forcément à rassasier l’appétit de lecture du chaland. Ça reste une histoire dont le scénario tient sur un timbre-poste, d’une grande simplicité, même si chaque dessin atteste d’une maîtrise peu commune de son art. Pour commencer, c’est qui ce gugusse proche d’avaler son extrait de naissance ? Cela fait tilt dans l’esprit du lecteur : la réponse est dans le titre. Il s’agit d’un individu qui avait vingt ans en mai 1871. Oui, et alors ? Hé bien, mai 1871, c’est le sujet de la série en quatre tomes intitulée Le cri du peuple, consacrée à la Commune de Paris. Une période de soixante-douze jours, du 18 mars 1871 au 28 mai de la même année, s’achevant par une semaine dite sanglante du 21 au 28 mai. S’il a lu l’introduction, le lecteur comprend quel est cette chapelle funéraire qui constitue l’objectif du déplacement du vieil homme : la tombe d’Adolphe Thiers (1797-1877), au cimetière du Père-Lachaise. S’il ne connaît pas ce monument, le lecteur peut être déconcerté par sa représentation, un immense tombeau, conçu par l'architecte de Alfred-Philibert Aldrophe (1834-1895), avec des sculptures de Henri Chapu et Antonin Mercié, des parties en bronze de Ferdinand Barbedienne. Ce monument funéraire a été inscrit monument historique par arrêté du 21 mars 1983. Cela amène à se rappeler quel rôle a eu Thiers pendant la Commune de Paris, en quoi le cimetière du Père-Lachaise est liée à l’histoire de cette insurrection, ce qui mène alors au mur des Fédérés. En ayant cette dimension à l’esprit, le regard que le lecteur porte sur chaque illustration change. L’évidence est toujours présente à la découverte de chaque planche, et dans le même temps chacune commence à raconter beaucoup plus que les simples éléments figuratifs et descriptifs. Selon toute vraisemblance, en se fiant au titre, le vieil homme avait vingt ans en mai 1871, il a été le témoin de ces événements, il y a peut-être pris part, il a peut-être été lui-même un Communard. La première image montre donc ce qu’il a pu devenir dans les années 1910, ou 1930, en fonction de l’espérance de vie que le lecteur peut imaginer pour lui. La représentation du pavillon de banlieue devient un témoignage historique de cette époque, dans cette région du monde. Il en va de même pour l’importance de l’usine dont la présence porte en elle une notion de classe sociale, de révolte potentielle des prolétaires. Puis ce train qui relie des quartiers anonymes, dont la voie ferrée en hauteur permet de s’élever au niveau du toit des usines, une vision symbolique. Lorsqu’en planche neuf, le personnage longe un mur du cimetière, le lecteur se demande s’il s’agit du mur des Fédérés. Les planches dix et onze sont consacrées à la distance à parcourir pour parvenir à l’entrée proprement dite, à nouveau une métaphore de l’éloignement du vivant avec ce lieu consacré aux morts. Alors que le vieillard progresse dans les allées, les corbeaux se font plus nombreux, l’accompagnant, se trouvant de part et d’autre, comme s’ils l’accueillaient. Puis la jeune femme souriante rejoint le vieil homme, tenant dans ses main un sablier ailé, une allégorie. En fonction de sa connaissance des événements de la Commune, le lecteur peut se sentir très à l’aise dans ce qui est montré, ou bien s’interroger sur tel ou tel élément, et aller faire des recherches pour se renseigner plus avant. L’expérience de lecture s’en trouve alors changée. Peut-être a-t-il lu d’autres bandes dessinées consacrées à ce mouvement, par exemple l’étonnante série Les damnés de la Commune de Raphaël Meyssan, trois tomes (2017, 2019, 2019). Il prend alors conscience de tout ce contiennent ces vingt-cinq illustrations. Pour commencer, elles expriment tout l’investissement de l’auteur dans cette période, le sens qu’elle revêt pour lui en termes d’autogestion par le peuple, d’oppression exercée par les Versaillais, de répression militaire pour écraser, annihiler un mouvement populaire qui s’était débarrassé des élites qui avaient abandonné le peuple. Il s’agit d’un hommage émouvant aux Communards. Plus que cela, le vieil homme se rend une dernière fois à la tombe d’Adolphe Thiers, le chef politique qui a négocié le traité de paix avec Bismarck et a réprimé dans le sang l'insurrection de la Commune de Paris. L’individu considéré comme un artisan du massacre des Communards pendant la semaine sanglante. À ce titre, la résolution du récit s’avère tout aussi symbolique, en particulier le fait que le vieil homme se soulage sur le monument. Pour autant, il s’éteint, alors que le monument demeure. Le lecteur peut également l’interpréter comme le fait que le Communard est décédé la tête haute, son honneur intact, alors que le monument se dresse à jamais comme la preuve honteuse de du sacrifice du peuple, et de l’infamie d’un politicien. Certes, a priori, vingt-cinq pages, fussent-elles de Jacques Tardi lui-même, en guise de bande dessinée, ça fait un peu court. La première lecture pour le plaisir le confirme : en quelques minutes le lecteur est venu à bout de l’histoire, avec des dessins certes épatants. Seulement, il a également pu ressentir le battement du cœur de l’auteur dans ces pages. Une implication honnête et entière, pour un sujet qui lui est cher, une indignation intacte à l’encontre d’une répression ignominieuse et sanglante du peuple, un massacre impardonnable. De ce point de vue, ces quelques pages constituent un véritable credo, la quintessence de la façon de voir de Tardi, l’expression la plus pure de sa personnalité.
Thorgal Saga - De givre et de feu
Bon. Déjà, j’avais lâché l’affaire Thorgal depuis longtemps. Sur plus de quarante volumes, il y a forcément une baisse d’intérêt et le filon commercial trop évident. Du coup, je n’en ai même pas lu assez pour donner un avis pertinent sur la série de base. Quand aux différentes séries parallèles et reprises, j’en ai à peine feuilleté certaines, les resucées de resucées… non merci. Et voilà qu’on me prête celle-ci ! Enregistrée comme un one-shot, je peux donc donner mon avis. Eh bien je trouve qu’on est bien dans l’ambiance de la saga, mais simplement il m’a semblé que ça n’apportait rien. Du grand classique, pas forcément mal fait, mais où j’ai eu l’impression de beaucoup de facilités, de personnages un peu clichés. On récupère des grands classiques : la reine d’un royaume isolé, une jolie fille guerrière, un traitre, un super méchant qui veut le pouvoir sur le monde entier… et évidemment Thorgal doit accomplir (et réussir) une quête là où personne n’a jamais réussi, accompagné de la jolie fille bien entendu C’est peut-être moi aussi, avec l’âge, je ne suis plus aussi sensible à ce monde fantastique. Et le Thorgal en question commence à me taper sur les nerfs. Ajouté à cela un dessin plus que correct pour cet univers mais qui ne me fait pas vibrer spécialement. Trop commercial tout ça, on continue tant que ça rapporte, donc bof.
Sur la piste de Blueberry
Je me range à la majorité. Un résultat assez inégal, il y a du tranquille, du très bon et du oubliable, toujours le piège de l’album collectif. J’adore le héros, j’ai été heureux de le retrouver à travers ces différents hommages, mais malheureusement et comme attendu de l’exercice le résultat se révèle assez anecdotique. Hormis à de rares exceptions, les parties graphiques ne m’ont pas subjugué, elles m’ont surtout rappelé le génie de Giraud. Ça reste honnête et sympa, ça m’a surtout donné envie de me replonger dans certains albums de la série mère. La dernière (comme la première) histoire est quand même très chouette, ça lorgne un peu vers Revoir Comanche amenant un joli plus à la mythologie.
Mégalus (Une aventure de)
"Félicitations Dave, vous venez de poser les mains sur le monolithe de la bande dessinée bis". La Planète des ombres est une œuvre rare, située à l'intersection parfaite entre le chef-d'œuvre absolu et le nanar cosmique. Le lecteur (mal)chanceux qui osera s'aventurer dans cette bizarrerie verra notre héros, Mégalus, affronter dans un ordre totalement frénétique : une araignée géante télépathe, des morts-vivants bioniques, une pin-up nymphomane, un vampire tout droit sorti de la Hammer, un sorcier vaudou, des hommes-poissons, un Tyrannosaurus Rex et une gorgone géante. Tout ça... en seulement 41 pages. Le récit est un véritable laboratoire de série Z. S'y mélangent joyeusement SF, érotisme, épouvante, super-héros et voyage dans le temps à la H.G. Wells. Le plus grand miracle ? L'ensemble reste parfaitement compréhensible sans jamais se prendre au sérieux. Visuellement, c'est un festival. Le dessin est surchargé à l'excès. C'est kitsch, brillant, totalement foutraque, mais terriblement généreux. Mégalus, sauve-nous !
Belle de soie
Pavel Bart signe sa première BD avec ce "Belle de soie". Il va nous plonger dans un univers moyenâgeux où tous les ingrédients du conte sont présents : conspirations, princes et princesse, mariage arrangé, retournements de situation, épidémie avec la terrible Peste de pierre (elle transforme petit à petit les personnages en pierre), destins tragiques, du mystère et bien sûr un peu de magie. Deux femmes, une mère et sa fille, seront au centre de cette histoire au scénario surprenant. La mère est une tisserande qui produit une étoffe unique, la soie précieuse, celle-ci a la particularité d'être douce, lumineuse et d'une robustesse à toutes épreuves (et bien plus encore, mais ça je vous laisse le découvrir). Elle veut transmettre son savoir à sa fille, mais cette dernière va choisir d'accompagner une duchesse et son fils chez le roi, sa fille doit se choisir un mari. Deux femmes avec la même particularité physique, les yeux vairons, autour desquelles gravitent toute une kyrielle de personnages. Des personnages qui ne veulent pas forcément faire leur bonheur. Un début de récit très classique qui va vite bifurquer dans une autre direction, puis une autre et encore une autre. Bref, un scénario inventif ponctué de nombreuses surprises, il est difficile de les voir venir. C'est vraiment ces retournements de situations successifs qui m'ont tenu en haleine. Le scénario est bien construit, les petits retours dans le passé permettent d'éclaircir les zones d'ombre. La narration non académique prend le temps de développer les personnages, de brasser de très nombreux thèmes et de faire de brèves références à d'autres contes. Le dessin aussi est surprenant avec ce trait rêche, souvent statistique et à l'aspect grossier. Pourtant, c'est bien ce dessin et ces tristes couleurs qui rendent crédible cette période féodale. Un visuel avec une vraie patte graphique. Un artiste à suivre ! Un album qui sort du lot. Je conseille ! "Pensez-vous qu'il suffise d'attacher un fil d'or à la patte d'un être pour que celui-ci vous appartienne ?"
Omula et Rema
Mouais. Disons que ça se laisse lire. Mais je n’y reviendrai probablement pas. Il y a quand même trop de facilités et/ou de naïveté dans les grandes comme dans les petites lignes du scénario et de l’intrigue. La partie SF (qui s’estompe presque entièrement dans le second tome), où les clones accompagnant les voyageurs, le voyage lui-même semblent couler de source. Mais aussi la partie « antique », qui cherche à reproduire les premières années de la fondation de Rome et de sa civilisation. Cette dernière est en grande partie mythique, mais Sente semble l’avoir quasiment prise au pied de la lettre, en comblant les inévitables vides par des passages pas toujours crédibles (la façon dont la cité de Rema et ses femmes se développe, avec quels moyens ? Pourquoi le roi d’Albalonga peut-il tolérer cette cité concurrente qui visiblement se peuple d’une partie de sa population ?, le viol collectif des Sabins par les femmes de la cité – en lieu et place de « l’enlèvement des Sabines », le tremblement de terre qui détruit l’armée assiégeante sans toucher à la cité, etc.). La fin, où Tite-Live finit pour Auguste son récit des origines fait un peu « forcé » pour lier ce que nous venons de lire avec ce que nous connaissons de ce récit. L’affrontement entre les deux « sœurs » est parfois artificiellement grossi. Le second album est moins original, car la SF en est quasiment absente, mais aussi parce ‘on devine les péripéties, tant elles doivent coller à ce que nous connaissons de la construction mythique de Rome. Si l’idée de départ semblait séduisante, sa réalisation ne m’a pas enthousiasmé plus que ça. Note réelle 2,5/5.
Le Croiseur fantôme
Dans l'Amérique des années 50, le père Mils, prêtre d'une petite paroisse, enquête sur une mystérieuse maladie qui défigure plusieurs patients et semble liée à des expérimentations secrètes. Cette BD respire le classicisme jusque dans l'objet lui-même : couverture, mise en page, phylactères, découpage en gaufrier, tout laisse penser qu'elle date de quelque part entre 1950 et 1980. Le dessin est dans une ligne claire très académique que j'aime beaucoup, quelque part entre Berthet et autres Floc'h. Il y a un vrai charme rétro et une élégance générale très agréable dans les personnages, les voitures, les intérieurs et les ambiances américaines d'époque. Tout n'est pas irréprochable pour autant. Certains visages sont un peu grossiers, quelques décors paraissent plats et il y a plusieurs soucis d'échelle ou de perspective, notamment avec des voitures qui semblent souvent trop grandes ou trop petites par rapport à leur environnement. Mais honnêtement, je suis prêt à passer au-dessus de ces défauts parce que j'aime le charme de cette ligne claire classique et légèrement désuète. Le scénario est lui aussi très traditionnel dans sa construction, mélangeant enquête, espionnage, science étrange et fantastique pseudo-scientifique. En revanche, j'ai trouvé originale l'idée d'avoir pour héros un prêtre catholique comme héros. Je n'ai pas le souvenir qu'une autre série BD ait déjà eu cette audace. Et ce n'est pas juste gratuit puisque son statut religieux intervient réellement dans le récit, par exemple lorsqu'il doit interrompre son enquête en pleine urgence parce qu'un mourant réclame une confession. Ce genre de détail apporte une vraie personnalité au personnage. L'intrigue se suit bien, avec un rythme efficace et une narration plaisante, même si les coïncidences sont parfois un peu faciles. Le père Mils arrive régulièrement exactement au même moment que les antagonistes sur différents lieux-clés, alors que les événements auraient très bien pu se produire dans un ordre totalement différent. Ça affaiblit un peu la crédibilité de l'ensemble. Par contre, dès la couverture et les premières pages, j'avais immédiatement compris que la légende du Philadelphia Experiment serait au cœur de l'histoire. Du coup, voir cette révélation traitée comme un grand choc final censé surprendre autant le héros que le lecteur m'a laissé un peu froid, simplement parce que le sujet est déjà très connu quand on s'intéresse un minimum à ce type de mythes pseudo-scientifiques (et qu'on a vu le film du même nom en ce qui me concerne). Malgré cela, j'ai passé un bon moment. C'est une BD au charme rétro assumé, avec un scénario sérieux, bien mené et agréable à suivre, portée par une esthétique de ligne claire qui fonctionne bien sur moi malgré ses imperfections.