Je relis ce diptyque 25 ans après l’avoir découvert, et je passe ma note de 3/5 à 4/5.
Le « making-off » (passionnant) en fin de tome 2 nous apprend que si l’histoire est fictive, elle est inspirée du témoignage du papa de Frank Giroux, ainsi que de leur voyage en Kabylie pour se documenter, et des rencontres faites à cette occasion.
La narration suit Valéra et son équipe à la recherche d’un régiment disparu, et en profite pour nous montrer cette « non-guerre » et ses abus. L’armée française n’est bien entendu pas dépeinte sous son meilleur jour, mais le ton reste juste, les conflits internes sont montrés, et si la population locale nous est présentée comme accueillante et chaleureuse, la barbarie des combattants du FLN n’est pas passé sous silence. Il en résulte une impression de gâchis unilatéral et de traumatisme durable.
La mise en image de Lax est parfaite, les 2 auteurs se sont beaucoup documentés, ont pris beaucoup de photos, la représentation de l’Algerie est donc fidèle… la mise en couleur ocre-jaune complète parfaitement le tableau.
Un diptyque passionnant et essentiel pour quiconque souhaite (re)découvrir cette période trouble de l’Histoire française.
Le procès de Jeanne d'Arc raconté à travers le regard de Pierre Cauchon, l'évêque de Beauvais qui organisa le procès de la Pucelle pour le compte du pouvoir anglais, dans l'espoir d'en tirer prestige, influence et pouvoir.
J'ai trouvé l'album remarquable à plusieurs niveaux. Déjà par son objet même : le grand format met superbement en valeur les planches de Joël Parnotte, dont le dessin est magnifique du début à la fin. Les décors, les visages, les jeux de lumière, les costumes, les ambiances hivernales et oppressantes de Rouen ou des geôles participent à une immersion constante. Chaque page respire le soin et l'ambition. Certaines scènes ont une ampleur presque cinématographique.
Mais ce qui impressionne surtout, c'est l'intelligence du récit. Les auteurs parviennent à trouver un équilibre très fragile : raconter une histoire aussi proche que possible de la réalité historique, en s'appuyant sur les actes du procès et sur des paroles authentifiées par la majorité des historiens, tout en assumant des variations, des réorganisations et des partis pris romanesques destinés à rendre l'ensemble plus vivant, plus incarné et plus dramatique. Cela fonctionne admirablement bien.
Comme le titre l'indique, le récit tourne principalement autour du personnage de Pierre Cauchon. Dès les premières pages, il apparaît comme un notable ambitieux, fin politique, manipulateur et très attaché à son ascension personnelle après la perte de son évêché de Beauvais au profit du camp de Charles VII. C'est un personnage d'abord assez détestable, persuadé de pouvoir utiliser ce procès historique pour renforcer encore sa position auprès des Anglais et de l'Église. Mais toute la force de l'album est justement de faire progressivement évoluer cette image.
Au fil des interrogatoires et des confrontations avec Jeanne d'Arc, sa foi absolue, ses fines réparties et sa conviction inébranlable viennent fissurer les certitudes de Cauchon. Le récit développe alors l'idée qu'il aurait pu, au moins partiellement, être remué moralement par cette rencontre au point d'essayer plus ou moins d'agir en sa faveur. C'est évidemment un parti pris romanesque, mais il est traité avec suffisamment d'intelligence et de nuances pour rester passionnant sans donner l'impression de réécrire brutalement l'Histoire.
Les dialogues sont excellents, souvent brillants, et le récit montre avec beaucoup de subtilité la confrontation entre foi sincère, calcul politique, droit ecclésiastique et luttes d'influence. Toute la mécanique du procès devient captivante. La présence du jeune clerc servant de narrateur renforce encore cette immersion et rappelle beaucoup Le Nom de la Rose dans sa manière d'observer un homme puissant vaciller intérieurement.
J'ai également apprécié certains ajouts fictionnels, notamment le personnage de Louise, la sœur abbesse de Cauchon, incarnation de ses ambitions et de sa cupidité, qui se retrouve progressivement confrontée aux doutes et à l'évolution morale de son frère. Ces ajouts permettent d'incarner les tensions politiques et religieuses sans trahir l'esprit général de l'époque.
Mon principal regret concerne toutefois le traitement du comte de Warwick. Le récit en fait un antagoniste brutal, presque caricaturalement cruel et sans scrupule, notamment dans une scène finale très violente qui m'a paru trop hollywoodienne et forcée par rapport au ton jusque-là subtil et crédible de l'album. C'est pratiquement le seul moment où j'ai eu le sentiment que le récit forçait un peu artificiellement le trait dramatique.
J'ai aussi apprécié le dossier historique final et sa démarche d'honnêteté. L'historien ayant participé au projet y détaille les écarts entre les faits établis et les éléments romancés, permettant au lecteur de mieux distinguer ce qui relève des sources historiques et ce qui appartient à l'interprétation des auteurs. C'est d'autant plus intéressant que le procès de Jeanne d'Arc est devenu quasiment immédiatement un objet de propagande politique et religieuse, aussi bien du côté anglais que français, ce qui rend impossible toute certitude absolue sur certains aspects humains ou psychologiques de cette affaire hors norme.
Il faut donc bien voir cet album comme une fiction historique documentée et intelligente, pas comme un ouvrage prétendant imposer une vérité définitive. Cette semi-réhabilitation du personnage de Cauchon est un parti pris auquel chacun adhérera ou non, mais elle donne naissance à un récit passionnant, porté par un dessin somptueux et une mise en scène remarquable. Une lecture dense, captivante et profondément immersive dans l'état d'esprit de cette époque et dans l'intensité extraordinaire de ce procès devenu légendaire.
Si cet album n'est pas en état de Grâce, que Dieu l'y mette, et s'il y est, que Dieu l'y garde.
Je rejoins l'avis de Noirdésir.
C'est typique le genre d'œuvre de jeunesse qui est réédité uniquement parce depuis l'auteur est devenu très connu. Est-ce que ce one-shot aurait été publié en français si le dessinateur avait été un inconnu et pas Tim Sale ? En tout cas, si vous adorez son style vous allez être déçu parce qu'ici il est non seulement encore loin de son style très personnel qu'il a développé ensuite, mais sur plusieurs cases le trait fait franchement amateur. C'est un dessin qu'on retrouvait souvent chez les éditeurs américains indépendant durant les années 80-90. C'est bien de laisser des jeunes auteurs s'exprimer et de faire autre chose que du DC ou du Marvel, mais parfois cela donnait des trucs franchement amateurs.
Quant au scénario, on est dans un polar très stéréotypés où chacun des personnages jouent sont rôles très stéréotypés. Ajoutons qu'en plus le rythme est inutilement long. Sérieux, après avoir seulement lu premier chapitre j'ai eu l'impression que je lisais l'album depuis des heures et que pas grand chose se passait. Je ne veux pas être insultant envers les auteurs, mais on dirait vraiment un film amateur tourné par une bande de potes intellos qui pensent faire une œuvre plus profonde qu'elle ne l'est.
Je ne suis jamais rentré dans ce récit que j'ai fini par feuilleter.
2,5
Un recueil d'histoires d'horreurs courtes et comme c'est toujours le cas avec ce type d'albums, les histoires sont inégales. Déjà, elles souffrent du poids des ans et du fait qu'un lecteur habitué aux histoires qui finissent avec un effet de surprise vont souvent devinés la fin. Au mieux, les histoires étaient correctes sans être mémorables. J'ai souvent trouvé des problèmes au récit et celle qui m'a le plus marqué est que les histoires scénarisées par Alex Toth lui-même semblaient être des introductions à de longues histoires et pas des histoires courtes qui se terminent après quelques pages. Je suis donc resté sur ma faim vu que ses histoires n'auront jamais de suites.
Mais bon il faut dire que souvent l'intérêt de ce type d'histoires vient du dessin et ça tombe bien Alex Toth a la réputation d'être un grand dessinateur. C'est ce ce côté-là que cet album m'a déçu. Je m'attendais bien à ce qu'au niveau du scénario il y allait avoir du moins bon, mais je pensais que j'allais au moins apprécier le dessin comme ce fut le cas avec le one-shot des histoires parus dans Eerie et Creepy dessiné par le talentueux Bernie Wrightson. Il faut dire que les histoires ont été publiés sur différentes périodes de la vie du dessinateur et que parfois il est aidé par un autre dessinateur alors on a droit à différents styles de dessin au fil des pages. Au mieux, c'est bien fait, mais cela ne m'a pas paru extraordinaire. En tout cas, c'est un album qui se laisse lire, sans plus. Peut-être que je suis né trop tard pour bien apprécier ses récits.
J’ai beaucoup aimé Les Chants du Cygne Noir. Dès les premières pages, on est plongé dans un univers de space opera rétrofuturiste où les navires quittent Brest comme s’ils allaient traverser l’océan… sauf qu’ici, ils s’arrachent à la gravité pour partir vers l’espace. Cette idée de 19e siècle projeté dans la conquête spatiale fonctionne incroyablement bien, et donne une vraie identité à l’œuvre.
J’ai trouvé le récit très immersif, notamment avec l’histoire de Benesh, marquée par la vengeance après la mort de son frère dans le Raj colonial britannique. Son parcours vers l’éthernef du Baron Cockburn, direction la ceinture d’astéroïdes, mélange quête personnelle, aventure et conflit plus vaste autour des empires et de la conquête du Ring. Il y a un côté très classique dans la structure (vengeance, rencontre de pirates, mentor inattendu), mais c’est justement ce qui rend la lecture fluide et efficace.
Visuellement, c’est impressionnant. Le passage au noir et blanc façon manga est totalement réussi, avec un encrage très maîtrisé, des planches parfois gigantesques dans leur ambition, et d’autres plus intimes et émotionnelles. Le dessin d’Alex Alice garde ce côté presque pictural, très détaillé, qui donne une vraie ampleur aux vaisseaux, à l’espace et aux scènes d’action.
J’ai aussi beaucoup aimé l’ancrage historique dans le Raj britannique, qui donne une profondeur supplémentaire au récit de SF. On sent une vraie envie d’explorer les rapports de domination, les classes sociales et le prolongement du colonialisme dans un futur spatial. J’aurais même aimé que cette partie soit encore plus développée, car elle est vraiment intéressante.
Je n’ai pas lu Le Château des étoiles, mais ça ne m’a pas empêché de rentrer dans l’histoire. Et d’après ce que j’ai compris, on peut très bien découvrir cet univers sans connaître les autres œuvres.
Et franchement, j’ai bien fait de prendre l’édition collector avec le jaspage noir. Ça renforce encore l’ambiance sombre et élégante de l’univers, et l’objet est vraiment jolie.
Oui bon pas vraiment convaincu de la nécessité du bousin. Ça peut être une porte d’entrée pour ceux ne connaissant pas l’histoire (qui ?), mais pour les autres l’ennui l’emportera.
Malgré une partie graphique correcte, c’est plutôt fade à suivre et plat dans la narration. Les personnages ont zéro charisme et les auteurs ne s’autorisent vraiment aucune fantaisie. Donc voilà c’est bien respectueux mais pas vraiment convaincant dans la forme.
Bien trop scolaire donc.
Il y a quand même le dossier final que j’ai bien aimé, les prémices de l’histoire remontant au temps d’Ovide et de Babylone, j’ai appris quelques trucs.
Même si on sort de l’antiquité, cette déclinaison de la collection reste conforme à son style et rendu. Mauvaise pioche pour le présent album mais je reste curieux d’en découvrir d’autres dont le sujet me sera moins familier.
Les éditions Urban se lancent dans une nouvelle collection, « Universal Monsters » qui, comme son nom l’indique, vise à adapter des « monstres » ayant eu une existence cinématographique chez lesdits studios.
Car si bien sûr la trame générale est celle du roman de Mary Shelley, c’est bien l’adaptation en film par Whale en 1931 qui sert ici de modèle – ou plutôt de point de départ. Car Walsh apporte sa touche supplémentaire, en ajoutant un personnage – omniprésent ici –, celui d’un gamin, fils orphelin de l’une des personnes dont le cadavre a servi pour donner naissance à la « créature » (qui, bien sûr, a les traits de Boris Karloff).
Ici, pas de passage au milieu des glaces, avec long flash-back expliquant la quasi folie de Frankenstein. Mais la créature et sa recherche de reconnaissance, sa rupture d’avec son créateur, sont au centre. L’intolérance vis-à-vis de la différence, le questionnement sur la monstruosité, sont aussi au cœur du récit. Voir en particulier les scènes finales, avec la créature brûlée par une foule en colère, alors que le gamin pleure – une scène qui n’est pas sans rappeler la fin de « King Kong » (en tout ça m’y a fait penser).
Le dessin est intéressant, mais parfois un peu trop grossier, manquant de détail et de finesse (affaire de goût sans doute).
Une énième adaptation d’une histoire très connue, mais qui présente quand même suffisamment d’originalité pour intéresser les amateurs du mythe.
Je me retrouve pas mal dans l’avis de Blue Boy, et c’est vrai que j’attendais – au niveau scénario, narration et dessin – quelque chose de sans doute plus affirmé, enlevé.
Mais je serai un chouia moins dur que lui pour l’évaluer.
D’abord parce que le sujet est intéressant : étudier, à la façon d’un baroudeur – très hippies années 70 – les plantes un peu partout dans le monde, rencontrer les populations locales, leurs savoir, pour mieux connaître la pharmacopée, sans pour autant piller ces connaissances autochtones ancestrales (comme peuvent le faire nombre de laboratoires pharmaceutiques !). Œuvre louable et intéressante, dans un bon état d’esprit.
Il y a aussi un effort pédagogique, au-delà de l’aspect biographique autour de la personnalité de Jacques Fleurentiin – et de l’hommage rendu par ce dernier à son « maître », Jean-Marie Pelt. J’ai aussi bien aimé apprendre des choses sur ces liens qui pouvaient encore se nouer dans certaines régions (Afghanistan, Yemen et « occident »), sur la possibilité de fortement concurrencer sur pas mal de maladies la pharmacopée « moderne » et celle transmise de générations en générations, ou expérimentée au fil de quelques hasards dans des coins perdus du globe.
Reste qu’effectivement c’est décousu, que le dessin ne permet pas toujours de reconnaitre tous les personnages, et que peut-être j’attendais plus d’émotions à la lecture de cet album. Il est quand même instructif, et met en avant des personnes et des idées estimables. Ce qui est déjà beaucoup.
Un album embarqué au hasard dans ma médiathèque. Bon, pas complètement au hasard, car le titre, la couverture et les premières pages feuilletées m’ont fait penser aux albums de Benjamin Renner (« Le grand méchant renard », mais surtout l’excellent « Un bébé à livrer »). Et je dois dire que la comparaison est sans doute pour beaucoup dans la relative déception ressentie durant cette lecture.
En effet, l’humour absurde, con, mais souvent très réussi et punchy de Renner est clairement plus efficace et régulier que celui d’Adrien Poissier. Car il y a ici des longueurs, et des passages quelconques. Et un humour parfois poussif. Mou, trop mou, alors que je m’attendais (espérais) quelque chose de bien déjanté, tendance cartoon à la Tex Avery.
Je ne sais pas non plus quel est le public visé. Sans doute jeune ou adolescent en priorité, ça passe peut-être moins la barrière de l’âge que les albums de Renner.
Bon, ceci étant dit, ça se laisse quand même lire. Il y a des passages sympas. L’histoire de ces deux volatiles, qui ont quitté leur ferme pour éviter de finir dans un bouillon, et qui cherche des formations, du boulot (avec une chute qui ne va pas leur convenir !...) possède un certain potentiel décalé, qui est par moments exploité gentiment.
Le dessin est minimaliste (pas de gaufrier, peu de décor, personnages rapidement esquissés, etc.), mais fluide et efficace. Par contre je trouve très réussis les deux zigottos qui font office de héros. Avec un minimum de moyens, Poissier les rend très expressifs, et souvent leurs simples tronches, avec leurs gros yeux, amènent le sourire et sauve certaines pages.
Note réelle 2,5/5.
J'ai déjà lu des histoires de Zentner plus inspirées. Elles se laissent lire mais manquent, pour la plupart, de suspense ou d'imprévisibilité. « Carmen » et « Comédies » se distinguent un peu. Le dessin de Pellejero, à cette époque, rappelle beaucoup celui d'autres auteurs hispaniques et sud-américains comme Mandrafina ou Altuna, principalement les expressions des personnages. Avec un trait fin et en noir et blanc, il est très différent de celui des périodes ultérieures. Je pense que le thème Radio, fréquence modulée, n'a pas été suffisamment exploré ou développé. Il ne fonctionne ici maintes fois que comme un bruit de fond ou parasite.
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Azrayen'
Je relis ce diptyque 25 ans après l’avoir découvert, et je passe ma note de 3/5 à 4/5. Le « making-off » (passionnant) en fin de tome 2 nous apprend que si l’histoire est fictive, elle est inspirée du témoignage du papa de Frank Giroux, ainsi que de leur voyage en Kabylie pour se documenter, et des rencontres faites à cette occasion. La narration suit Valéra et son équipe à la recherche d’un régiment disparu, et en profite pour nous montrer cette « non-guerre » et ses abus. L’armée française n’est bien entendu pas dépeinte sous son meilleur jour, mais le ton reste juste, les conflits internes sont montrés, et si la population locale nous est présentée comme accueillante et chaleureuse, la barbarie des combattants du FLN n’est pas passé sous silence. Il en résulte une impression de gâchis unilatéral et de traumatisme durable. La mise en image de Lax est parfaite, les 2 auteurs se sont beaucoup documentés, ont pris beaucoup de photos, la représentation de l’Algerie est donc fidèle… la mise en couleur ocre-jaune complète parfaitement le tableau. Un diptyque passionnant et essentiel pour quiconque souhaite (re)découvrir cette période trouble de l’Histoire française.
Cauchon... ou l'homme qui tua Jeanne d'Arc
Le procès de Jeanne d'Arc raconté à travers le regard de Pierre Cauchon, l'évêque de Beauvais qui organisa le procès de la Pucelle pour le compte du pouvoir anglais, dans l'espoir d'en tirer prestige, influence et pouvoir. J'ai trouvé l'album remarquable à plusieurs niveaux. Déjà par son objet même : le grand format met superbement en valeur les planches de Joël Parnotte, dont le dessin est magnifique du début à la fin. Les décors, les visages, les jeux de lumière, les costumes, les ambiances hivernales et oppressantes de Rouen ou des geôles participent à une immersion constante. Chaque page respire le soin et l'ambition. Certaines scènes ont une ampleur presque cinématographique. Mais ce qui impressionne surtout, c'est l'intelligence du récit. Les auteurs parviennent à trouver un équilibre très fragile : raconter une histoire aussi proche que possible de la réalité historique, en s'appuyant sur les actes du procès et sur des paroles authentifiées par la majorité des historiens, tout en assumant des variations, des réorganisations et des partis pris romanesques destinés à rendre l'ensemble plus vivant, plus incarné et plus dramatique. Cela fonctionne admirablement bien. Comme le titre l'indique, le récit tourne principalement autour du personnage de Pierre Cauchon. Dès les premières pages, il apparaît comme un notable ambitieux, fin politique, manipulateur et très attaché à son ascension personnelle après la perte de son évêché de Beauvais au profit du camp de Charles VII. C'est un personnage d'abord assez détestable, persuadé de pouvoir utiliser ce procès historique pour renforcer encore sa position auprès des Anglais et de l'Église. Mais toute la force de l'album est justement de faire progressivement évoluer cette image. Au fil des interrogatoires et des confrontations avec Jeanne d'Arc, sa foi absolue, ses fines réparties et sa conviction inébranlable viennent fissurer les certitudes de Cauchon. Le récit développe alors l'idée qu'il aurait pu, au moins partiellement, être remué moralement par cette rencontre au point d'essayer plus ou moins d'agir en sa faveur. C'est évidemment un parti pris romanesque, mais il est traité avec suffisamment d'intelligence et de nuances pour rester passionnant sans donner l'impression de réécrire brutalement l'Histoire. Les dialogues sont excellents, souvent brillants, et le récit montre avec beaucoup de subtilité la confrontation entre foi sincère, calcul politique, droit ecclésiastique et luttes d'influence. Toute la mécanique du procès devient captivante. La présence du jeune clerc servant de narrateur renforce encore cette immersion et rappelle beaucoup Le Nom de la Rose dans sa manière d'observer un homme puissant vaciller intérieurement. J'ai également apprécié certains ajouts fictionnels, notamment le personnage de Louise, la sœur abbesse de Cauchon, incarnation de ses ambitions et de sa cupidité, qui se retrouve progressivement confrontée aux doutes et à l'évolution morale de son frère. Ces ajouts permettent d'incarner les tensions politiques et religieuses sans trahir l'esprit général de l'époque. Mon principal regret concerne toutefois le traitement du comte de Warwick. Le récit en fait un antagoniste brutal, presque caricaturalement cruel et sans scrupule, notamment dans une scène finale très violente qui m'a paru trop hollywoodienne et forcée par rapport au ton jusque-là subtil et crédible de l'album. C'est pratiquement le seul moment où j'ai eu le sentiment que le récit forçait un peu artificiellement le trait dramatique. J'ai aussi apprécié le dossier historique final et sa démarche d'honnêteté. L'historien ayant participé au projet y détaille les écarts entre les faits établis et les éléments romancés, permettant au lecteur de mieux distinguer ce qui relève des sources historiques et ce qui appartient à l'interprétation des auteurs. C'est d'autant plus intéressant que le procès de Jeanne d'Arc est devenu quasiment immédiatement un objet de propagande politique et religieuse, aussi bien du côté anglais que français, ce qui rend impossible toute certitude absolue sur certains aspects humains ou psychologiques de cette affaire hors norme. Il faut donc bien voir cet album comme une fiction historique documentée et intelligente, pas comme un ouvrage prétendant imposer une vérité définitive. Cette semi-réhabilitation du personnage de Cauchon est un parti pris auquel chacun adhérera ou non, mais elle donne naissance à un récit passionnant, porté par un dessin somptueux et une mise en scène remarquable. Une lecture dense, captivante et profondément immersive dans l'état d'esprit de cette époque et dans l'intensité extraordinaire de ce procès devenu légendaire. Si cet album n'est pas en état de Grâce, que Dieu l'y mette, et s'il y est, que Dieu l'y garde.
Billi 99
Je rejoins l'avis de Noirdésir. C'est typique le genre d'œuvre de jeunesse qui est réédité uniquement parce depuis l'auteur est devenu très connu. Est-ce que ce one-shot aurait été publié en français si le dessinateur avait été un inconnu et pas Tim Sale ? En tout cas, si vous adorez son style vous allez être déçu parce qu'ici il est non seulement encore loin de son style très personnel qu'il a développé ensuite, mais sur plusieurs cases le trait fait franchement amateur. C'est un dessin qu'on retrouvait souvent chez les éditeurs américains indépendant durant les années 80-90. C'est bien de laisser des jeunes auteurs s'exprimer et de faire autre chose que du DC ou du Marvel, mais parfois cela donnait des trucs franchement amateurs. Quant au scénario, on est dans un polar très stéréotypés où chacun des personnages jouent sont rôles très stéréotypés. Ajoutons qu'en plus le rythme est inutilement long. Sérieux, après avoir seulement lu premier chapitre j'ai eu l'impression que je lisais l'album depuis des heures et que pas grand chose se passait. Je ne veux pas être insultant envers les auteurs, mais on dirait vraiment un film amateur tourné par une bande de potes intellos qui pensent faire une œuvre plus profonde qu'elle ne l'est. Je ne suis jamais rentré dans ce récit que j'ai fini par feuilleter.
Eerie & Creepy présentent Alex Toth
2,5 Un recueil d'histoires d'horreurs courtes et comme c'est toujours le cas avec ce type d'albums, les histoires sont inégales. Déjà, elles souffrent du poids des ans et du fait qu'un lecteur habitué aux histoires qui finissent avec un effet de surprise vont souvent devinés la fin. Au mieux, les histoires étaient correctes sans être mémorables. J'ai souvent trouvé des problèmes au récit et celle qui m'a le plus marqué est que les histoires scénarisées par Alex Toth lui-même semblaient être des introductions à de longues histoires et pas des histoires courtes qui se terminent après quelques pages. Je suis donc resté sur ma faim vu que ses histoires n'auront jamais de suites. Mais bon il faut dire que souvent l'intérêt de ce type d'histoires vient du dessin et ça tombe bien Alex Toth a la réputation d'être un grand dessinateur. C'est ce ce côté-là que cet album m'a déçu. Je m'attendais bien à ce qu'au niveau du scénario il y allait avoir du moins bon, mais je pensais que j'allais au moins apprécier le dessin comme ce fut le cas avec le one-shot des histoires parus dans Eerie et Creepy dessiné par le talentueux Bernie Wrightson. Il faut dire que les histoires ont été publiés sur différentes périodes de la vie du dessinateur et que parfois il est aidé par un autre dessinateur alors on a droit à différents styles de dessin au fil des pages. Au mieux, c'est bien fait, mais cela ne m'a pas paru extraordinaire. En tout cas, c'est un album qui se laisse lire, sans plus. Peut-être que je suis né trop tard pour bien apprécier ses récits.
Les Chants du Cygne Noir
J’ai beaucoup aimé Les Chants du Cygne Noir. Dès les premières pages, on est plongé dans un univers de space opera rétrofuturiste où les navires quittent Brest comme s’ils allaient traverser l’océan… sauf qu’ici, ils s’arrachent à la gravité pour partir vers l’espace. Cette idée de 19e siècle projeté dans la conquête spatiale fonctionne incroyablement bien, et donne une vraie identité à l’œuvre. J’ai trouvé le récit très immersif, notamment avec l’histoire de Benesh, marquée par la vengeance après la mort de son frère dans le Raj colonial britannique. Son parcours vers l’éthernef du Baron Cockburn, direction la ceinture d’astéroïdes, mélange quête personnelle, aventure et conflit plus vaste autour des empires et de la conquête du Ring. Il y a un côté très classique dans la structure (vengeance, rencontre de pirates, mentor inattendu), mais c’est justement ce qui rend la lecture fluide et efficace. Visuellement, c’est impressionnant. Le passage au noir et blanc façon manga est totalement réussi, avec un encrage très maîtrisé, des planches parfois gigantesques dans leur ambition, et d’autres plus intimes et émotionnelles. Le dessin d’Alex Alice garde ce côté presque pictural, très détaillé, qui donne une vraie ampleur aux vaisseaux, à l’espace et aux scènes d’action. J’ai aussi beaucoup aimé l’ancrage historique dans le Raj britannique, qui donne une profondeur supplémentaire au récit de SF. On sent une vraie envie d’explorer les rapports de domination, les classes sociales et le prolongement du colonialisme dans un futur spatial. J’aurais même aimé que cette partie soit encore plus développée, car elle est vraiment intéressante. Je n’ai pas lu Le Château des étoiles, mais ça ne m’a pas empêché de rentrer dans l’histoire. Et d’après ce que j’ai compris, on peut très bien découvrir cet univers sans connaître les autres œuvres. Et franchement, j’ai bien fait de prendre l’édition collector avec le jaspage noir. Ça renforce encore l’ambiance sombre et élégante de l’univers, et l’objet est vraiment jolie.
Roméo et Juliette (La sagesse des mythes, contes et légendes)
Oui bon pas vraiment convaincu de la nécessité du bousin. Ça peut être une porte d’entrée pour ceux ne connaissant pas l’histoire (qui ?), mais pour les autres l’ennui l’emportera. Malgré une partie graphique correcte, c’est plutôt fade à suivre et plat dans la narration. Les personnages ont zéro charisme et les auteurs ne s’autorisent vraiment aucune fantaisie. Donc voilà c’est bien respectueux mais pas vraiment convaincant dans la forme. Bien trop scolaire donc. Il y a quand même le dossier final que j’ai bien aimé, les prémices de l’histoire remontant au temps d’Ovide et de Babylone, j’ai appris quelques trucs. Même si on sort de l’antiquité, cette déclinaison de la collection reste conforme à son style et rendu. Mauvaise pioche pour le présent album mais je reste curieux d’en découvrir d’autres dont le sujet me sera moins familier.
Frankenstein (Walsh)
Les éditions Urban se lancent dans une nouvelle collection, « Universal Monsters » qui, comme son nom l’indique, vise à adapter des « monstres » ayant eu une existence cinématographique chez lesdits studios. Car si bien sûr la trame générale est celle du roman de Mary Shelley, c’est bien l’adaptation en film par Whale en 1931 qui sert ici de modèle – ou plutôt de point de départ. Car Walsh apporte sa touche supplémentaire, en ajoutant un personnage – omniprésent ici –, celui d’un gamin, fils orphelin de l’une des personnes dont le cadavre a servi pour donner naissance à la « créature » (qui, bien sûr, a les traits de Boris Karloff). Ici, pas de passage au milieu des glaces, avec long flash-back expliquant la quasi folie de Frankenstein. Mais la créature et sa recherche de reconnaissance, sa rupture d’avec son créateur, sont au centre. L’intolérance vis-à-vis de la différence, le questionnement sur la monstruosité, sont aussi au cœur du récit. Voir en particulier les scènes finales, avec la créature brûlée par une foule en colère, alors que le gamin pleure – une scène qui n’est pas sans rappeler la fin de « King Kong » (en tout ça m’y a fait penser). Le dessin est intéressant, mais parfois un peu trop grossier, manquant de détail et de finesse (affaire de goût sans doute). Une énième adaptation d’une histoire très connue, mais qui présente quand même suffisamment d’originalité pour intéresser les amateurs du mythe.
L'Homme qui aimait les plantes
Je me retrouve pas mal dans l’avis de Blue Boy, et c’est vrai que j’attendais – au niveau scénario, narration et dessin – quelque chose de sans doute plus affirmé, enlevé. Mais je serai un chouia moins dur que lui pour l’évaluer. D’abord parce que le sujet est intéressant : étudier, à la façon d’un baroudeur – très hippies années 70 – les plantes un peu partout dans le monde, rencontrer les populations locales, leurs savoir, pour mieux connaître la pharmacopée, sans pour autant piller ces connaissances autochtones ancestrales (comme peuvent le faire nombre de laboratoires pharmaceutiques !). Œuvre louable et intéressante, dans un bon état d’esprit. Il y a aussi un effort pédagogique, au-delà de l’aspect biographique autour de la personnalité de Jacques Fleurentiin – et de l’hommage rendu par ce dernier à son « maître », Jean-Marie Pelt. J’ai aussi bien aimé apprendre des choses sur ces liens qui pouvaient encore se nouer dans certaines régions (Afghanistan, Yemen et « occident »), sur la possibilité de fortement concurrencer sur pas mal de maladies la pharmacopée « moderne » et celle transmise de générations en générations, ou expérimentée au fil de quelques hasards dans des coins perdus du globe. Reste qu’effectivement c’est décousu, que le dessin ne permet pas toujours de reconnaitre tous les personnages, et que peut-être j’attendais plus d’émotions à la lecture de cet album. Il est quand même instructif, et met en avant des personnes et des idées estimables. Ce qui est déjà beaucoup.
Betty et Polo
Un album embarqué au hasard dans ma médiathèque. Bon, pas complètement au hasard, car le titre, la couverture et les premières pages feuilletées m’ont fait penser aux albums de Benjamin Renner (« Le grand méchant renard », mais surtout l’excellent « Un bébé à livrer »). Et je dois dire que la comparaison est sans doute pour beaucoup dans la relative déception ressentie durant cette lecture. En effet, l’humour absurde, con, mais souvent très réussi et punchy de Renner est clairement plus efficace et régulier que celui d’Adrien Poissier. Car il y a ici des longueurs, et des passages quelconques. Et un humour parfois poussif. Mou, trop mou, alors que je m’attendais (espérais) quelque chose de bien déjanté, tendance cartoon à la Tex Avery. Je ne sais pas non plus quel est le public visé. Sans doute jeune ou adolescent en priorité, ça passe peut-être moins la barrière de l’âge que les albums de Renner. Bon, ceci étant dit, ça se laisse quand même lire. Il y a des passages sympas. L’histoire de ces deux volatiles, qui ont quitté leur ferme pour éviter de finir dans un bouillon, et qui cherche des formations, du boulot (avec une chute qui ne va pas leur convenir !...) possède un certain potentiel décalé, qui est par moments exploité gentiment. Le dessin est minimaliste (pas de gaufrier, peu de décor, personnages rapidement esquissés, etc.), mais fluide et efficace. Par contre je trouve très réussis les deux zigottos qui font office de héros. Avec un minimum de moyens, Poissier les rend très expressifs, et souvent leurs simples tronches, avec leurs gros yeux, amènent le sourire et sauve certaines pages. Note réelle 2,5/5.
FM
J'ai déjà lu des histoires de Zentner plus inspirées. Elles se laissent lire mais manquent, pour la plupart, de suspense ou d'imprévisibilité. « Carmen » et « Comédies » se distinguent un peu. Le dessin de Pellejero, à cette époque, rappelle beaucoup celui d'autres auteurs hispaniques et sud-américains comme Mandrafina ou Altuna, principalement les expressions des personnages. Avec un trait fin et en noir et blanc, il est très différent de celui des périodes ultérieures. Je pense que le thème Radio, fréquence modulée, n'a pas été suffisamment exploré ou développé. Il ne fonctionne ici maintes fois que comme un bruit de fond ou parasite.