Dieu parait sympathique et les humains antipathique, haineux et avides, et pourtant, si on dit qu'un être créateur tout-puissant est responsable et coupable de tout, c'est pas faux ! Il me semble que l'auteur aime tant son personnage principal qu'il en devient drôlement partial en sa faveur, et comme son talent scénaristique et graphique est grand, il fait passer cela à la lecture.
Pas à la relecture ! Si on s'attend à ce que des êtres souffrants et mourants et mimétiques donc lyncheurs soient merveilleux, c'est qu'on se fourre le doigt dans l'œil. Bien sûr, on peut s'en prendre à notre société comme si une autre serait plus avenante, mais bon, les Mayas qui auraient été pacifiques et autres mythes ne sont que des mythes, justement. Je pense qu'une des utilités des dieux est d'éviter de regarder la mort et notre nullité, qu'une des utilités de critiquer une société est de rêver qu'une autre serait meilleure et que l'être humain est bon. Lire cette bd m'a amusé et conforter dans ce désabusement.
Années 70. Dans un village provençal frappé par l'exode rural, le maire fait venir des réfugiés cambodgiens pour relancer les lavanderaies. Antoine, propriétaire bourru marqué par la mort de son fils en Indochine, va retrouver le goût de vivre grâce à sa rencontre avec un jeune orphelin auquel il va s'attacher.
BD sympathique qui sent bon les collines provençales et les villages chers à Pagnol, tout en proposant un récit centré sur l'acceptation de l'étranger et la reconquête de la joie de vivre après le deuil.
J'ai bien aimé le dessin, son encrage soigné et ce parti pris graphique aux nez un peu carrés qui donnent aux visages une vraie singularité tout en les rendant immédiatement reconnaissables. Les décors respirent la Provence, la lumière est chaleureuse, à l'image des paysages. La narration graphique est parfaitement fluide, la lecture très agréable. Visuellement, l'album est une réussite.
Sur le fond, on est dans une chronique humaniste assez classique, entre choc des cultures, racisme ordinaire et réconciliation progressive. Cela fonctionne, sans surprise majeure, avec un déroulé peut-être trop convenu. J'ai aussi trouvé un peu rapide la manière dont le jeune orphelin s'attache à ce héros bougon et fermé : l'évolution d'Antoine est crédible dans son principe, mais le lien affectif se noue sans doute trop vite, comme si le scénario voulait précipiter l'inévitable rédemption. Reste un album sincère et agréable, porté avant tout par son atmosphère et son identité graphique.
C'est le simple nom Alberto Ponticelli (Goodnight paradise - L'Île aux orcs) qui m'a poussé à l'achat de cet album.
Un titre en italien, Blatta, que l'on traduit aisément en découvrant l'insecte sur la couverture.
Un monde en ruine où l'humanité a fait un choix fort face à la surpopulation, celui de ne plus procréer en échange d'une vie éternelle (avec l'aide du clonage). Mais cette vie éternelle a un coût non négligeable puisque l'isolement le plus complet est de rigueur.
On va suivre le quotidien d'un homme, il porte une sorte de scaphandre spatial qu'il ne quitte jamais pour se protéger de l'extérieur. Un quotidien rythmé à une lumière verte qui lui indique qu'il est l'heure de partir travailler ou de rentrer dans ses 10m² qui lui sert de refuge. Un travail passionnant devant un écran où il doit faire un choix, soit appuyer sur la touche « Y » ou la touche « N ». Pour éviter tous doutes, le « Y » pour « Yes » et le « N » pour « No ». Voilà, vous n'en saurez pas plus sur ce monde glauque et oppressant à la narration avare de mots, où notre seule source d'informations est la voix off de ce triste individu. Et vous n'en saurez pas davantage sur ce personnage rongé par la solitude, malgré quelques visions sur son passé. Et puis un jour, une rencontre va bouleverser ses habitudes...
Je comprends où veut en venir Ponticelli à travers ce récit (les conditions d'une vie sans fin), mais le chemin pour y parvenir est trop obscur et hermétique.
Une narration qui repose essentiellement sur le superbe noir et blanc de Ponticelli. Un dessin aux contours pas toujours bien defini qui imprime cette ambiance post-apocalyptique et qui retranscrit à merveille les émotions de notre bonhomme, et cela juste à travers ses différentes postures, un sacré tour de force. Toujours ce savoir-faire dans la mise en page et les cadrages. Le point fort de cette BD.
Alberto Ponticelli est bien meilleur dessinateur que scénariste.
Note réelle : 2,5. Merci à la partie graphique.
Une véritable ode à la nature.
Tout d’abord, je soulignerai la rareté de tomber sur une BD (hors documentaire) proposant tant de précisions scientifiques. Ici, on nomme le vivant car "on protège ce qu'on aime et on aime ce qu'on connaît ". RIP Cousteau.
Ainsi, les descriptions et identifications de l’avifaune sont pléthores, bien évidemment hors de portée d’un profane comme je le suis, mais ne nuisent pas à la qualité du récit. On peut survoler les énumérations latines comme y prêter un regard curieux et attentif, cela n’a que peu d’incidence (et heureusement au risque de ne cibler qu’un public membre de la LPO si j’exagère le trait).
Je suppose que cette singularité est le reflet de cette passion de l’auteure ?
Ce premier tome peut finalement se résumer brièvement : le protagoniste perd ses parents à la suite d’un drame familial et se retrouve à fouiller dans le passé de ces derniers dans un besoin de reconstruction personnelle et d’émancipation il me semble.
L’intrigue se met alors doucement en place tout en prenant le temps de bien développer l’univers de l’histoire. J’ai vraiment pris plaisir à découvrir ce lieu à la fois futuriste, poétique, surnaturel et de prime abord utopique.
Ce premier tome s’achève lorsque le lecteur devine l’approche d’un nœud narratif, d’un momentum qui va faire basculer le récit et que le lecteur n’a pu qu’effleurer jusqu’à présent.
C’est très bien joué de la part de l’auteure pour nous projeter avec hâte sur la suite et maintenir cette tension narrative entre les deux opus.
Côté graphisme, il y a à dire tant le dessin m'a déstabilisé.
On retrouve un univers graphique très certainement inspiré de la culture japonaise (manga, animés..) et plus particulièrement de l’œuvre de Miyazaki. De grandes plaines verdoyantes et lumineuses balayées par les vents, des nuits étoilées de campagne… sont autant de symboliques paysagères présentes dans Terre ou Lune et ayant contribuées à la renommée de l'artiste japonais.
Il y a également un côté enfantin dans le trait, notamment pour le traitement des personnages : des visages peu détaillés et similaires dans les expressions, des corps parfois rudimentaires et une quasi absence de mouvement (pour le coup, les oiseaux sont bien plus travaillés que les personnages !).
Cumulé à cela une colorisation assez vive et je me retrouve ainsi plongé dans l’imaginaire de mes livres d’enfance...
Toutefois, avec une lecture plus minutieuse, on se rend compte que le dessin fourmille de détails, notamment au travers des décors (les ciels sont par exemple une grande réussite).
Je ne sais pas si c’est volontaire de la part de l’auteur, mais j’ai ressenti une confusion graphique vis-à-vis du genre des personnages.
J’ai dû attendre des scènes avec des attributs physiques évidents en seconde moitié de lecture pour me rendre compte que je faisais fausse route depuis le tout début avec deux des cinq principaux personnages (et qui plus est portaient des prénoms mixtes).
Si je me questionne sur ce détail c’est que j’ai du mal à voir ce que cela apporte en valeur ajoutée à l’histoire (et que j’ai sans doute un esprit trop cartésien) ?
Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le plus beau coup de crayon à mon goût, mais associé à des choix osés notamment dans la colorisation, le tout forme un ensemble très réussi. Bravo.
C’est avec cette belle promesse à l'esprit et de fortes attentes que je languis la suite de ce récit onirique !
Bon, c'est une histoire pour enfant et je la juge à cette hauteur. Parce qu'on est clairement pas dans un récit qui fera mouche auprès d'un public adulte, qui ne trouvera pas de double sens ni de lecture plus profonde. C'est une BD pour enfant simple et claire dans son message, qui exécute très bien ce qu'elle veut faire et qui n'a pas d'intérêt au-delà de cela. Après, pas besoin d'en exiger plus non plus !
C'est le petit conte pour enfant sur Diana, future Wonder-Woman (mais franchement on s'en fout de qui c'est, ça n'a aucun intérêt narratif supplémentaire) qui n'aime pas le fait d'être seule enfant et s'ennuie. Sa mère ne s'occupe pas d'elle et elle a envie de vivre son enfance en-dehors de tout ces trucs d'adultes qu'elle n'aime pas. Son imagination va palier à ça et faire apparaitre une compagnon de jeu avec qui elle pourra s'amuser, mais les conséquences seront lourdes.
Franchement, on est dans du classique de conte pour enfant, le conflit avec les adultes, la résolution qui fait grandir, la jolie fin réconciliatrice ... Rien de bien neuf mais bien fait, quoi. C'est un peu ce qui est l'atout et la limite de la BD : aucune prise de risques mais une exécution impeccable. Le dessin rond et enfantin, très coloré, s'accorde avec l'histoire et joue sur l'ensemble. Aucun doute que ça plaira aux plus jeunes, mais je ne pense pas le conseiller au-delà du collège.
Bref, une BD pour plus jeunes et qui leur plaira sans doute mais à oublier pour les autres.
J'ai hésité sur ma note, mais le ressenti final est bel et bien que j'ai raté un truc, donc que la BD n'est pas parvenue à me faire comprendre ce qu'elle voulait dire. Et ma note s'en ressent.
C'est une autrice que je ne connaissais pas mais avec un trait intéressant, à défaut d'être mémorable. Il y a une esthétique qui tend parfois vers le glauque dans les visages, notamment la transpiration lors du stress, et qui est parfois dérangeant dans la façon de représenter les choses, surtout lors des rapports au corps qui est une thématique de la BD mais dont je n'ai pas compris l'enjeu.
En fait, c'est surtout que je ne vois pas trop ce que la BD raconte. C'est une jeune femme dans une famille dysfonctionnelle qui veut vivre seule et s'émanciper, tandis que revient son ancienne amie top-modèle et qu'elle semble avoir du mal à s'entendre avec son copain. Sauf qu'au-delà de ça, alors qu'une montée en pression survient et qu'elle fait un geste (symboliquement en couverture de l'album), la BD n'arrive pas à parler de quelque chose de concret. Le soufflé retombe sur une fin réaliste, sans doute, mais qui n'a pas vraiment d'intérêt narratif. J'avais plein de questions sans réponses lorsque j'ai fermé l'album : pourquoi ce rapport avec la mère à la fin, que veut-il dire sur elle, sur elles ? Pourquoi un personnage couche à la fin avec ce type qui semble être problématique, qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi nous montrer ça sans développement ?
Je vois bien un rapport à la sincérité, au mensonge, au corps aussi (il y a une opposition entre la mannequin et celle qui a un corps un peu ordinaire), mais quel est le lien avec le reste ? C'est une histoire de passage à l'âge adulte, des conneries qu'on est prêt à faire quand la vie nous pousse à bout, un commentaire social sur la place des femmes, une réflexion sur la violence ? Tout ça ou rien, on en sait pas plus au final. Tout est trop lent et trop rapide, pas de thématiques claires, pas de liens entre les questions ... J'en ressors plus curieux que satisfait, notamment parce que je ne sais pas du tout ce que l'autrice voulait traiter comme sujet. Soit il y en a trop, soit c'est pas assez développé. Et dans ce cas, je ne peux pas recommander cette lecture.
Cette BD raconte l'AVC du père du personnage et les conséquences sur sa vie, notamment le fait qu'il n'arrive désormais qu'à dire une petite poignée de mots notamment "merveilleux", mot qu'il ne semblait pas employer beaucoup auparavant.
Cookie Kalkaire raconte surtout une histoire de famille, la sienne, avec tous les bouleversements qu'elle connut suite à cet évènement. Cookie Kalkaire est alors au Canada avec sa compagne, son père est remariée, il a une autre fille encore mineure et son ancienne femme ne lui parle plus. Désormais, le père est bloqué sur des mots, a du mal à bouger ses membres et ne peut plus s'exprimer pleinement. Commence le travail de rééducation et la famille doit accepter tout cela.
La BD m'a fait penser à une autre, Silence radio - 36 mois pour me relever d’un AVC, mais avec le point de vue de la famille plutôt que celle de l'intéressé ici. Et on sent les différentes révolutions que cela opère dans la famille, entre la sœur qui grandit d'un coup et trop vite, la réconciliation inattendue avec l'ex-femme et les mouvements de chacun pour se rapprocher. Les tensions débarquent aussi, et la vie avance. La résolution ne sera pas finale, c'est une tranche de vie avec les bouleversements d'un AVC, on finit sur la vie qui continue et certaines choses résolues, d'autres non. La BD s'inscrit aussi sur le temps long, plusieurs années passent avec les chapitres. Au final, c'est une BD sur la famille dans le temps long, une sorte de réconciliation avec le père.
Le dessin de Cookie Kalkaire est assez bon, j'avais noté son travail avec Pénis de table et il est identique ici. Ses touches de couleurs sont maitrisés, le dessin est très expressif et il arrive à faire des passages drôles et d'autres tendres sans jamais exagérer de manière outrancière. C'est une BD agréable à lire, au sujet qui intéressera du monde et que je conseille. Agréable, quoi !
Le projet formaliste en diable expliqué en postface (une volonté narrative d'autonomiser chaque planche pour une possible reconstitution en strips façon comics des 50's) est davantage une curiosité oulipienne qu'une démarche proprement intéressante pour le lecteur, car objectivement peu lisible durant la lecture hormis via sa conséquence rythmique et le sentiment d'une avancée dramatique saccadée. Inversement, l'entrée en matière explicitant le voyage dans le temps est véritablement catastrophique : l'essentiel passe par des dialogues d'une lourdeur incroyable et le vu et revu procédé scénaristique de l'évanouissement.
Malgré ces deux premières planches d'une finesse pachydermique, une intrigue d'espionnage nous faisant avaler bien des couleuvres et un humour certes pertinent mais répétitif, car toujours basé sur l'observation ironique d'un quotidien des années 50's par un regard façonné en 2025 (l'on ne retrouve pas ici le sel des dialogues d'un Lapinot, multipliant les bons mots, mais toujours en liaison avec une intrigue avançant en partie grâce à eux) ; bref, malgré tous ces défauts, la lecture demeure agréable. L'hommage (aux strips, aux illustrations à l'ancienne, à l'espionnage, à notre représentation des années 50's, à Audrey Hepburn...) est sincère, le rythme d'une originalité intrigante, le principe du voyage dans le temps forcément ludique, le petit monde des actrices en devenir toujours intéressant, l'humour féministe malgré tout plaisant.
Oublions tout ce que cette BD aurait pu être et retenons honnêtement le plaisir de la lire.
Été 1966. Dans le petit village de Saint-Allaire vit Anna Soulette, jeune femme qui attise les convoitises. Autour d'elle se nouent jalousies amoureuses, rivalités de village et soupçons liés à un magot caché, sur fond de chronique rurale teintée de polar.
J'ai passé un agréable moment de lecture. Sans être révolutionnaire, l'album fonctionne grâce à son mélange de comédie rurale, de satire sociale et de léger suspense, le tout rythmé par des chapitres introduits par des textes malicieux. Les personnages sont très typés, parfois à la limite de la caricature, mais ils donnent chair à cette France des années 60 reconstituée avec soin. Les dialogues regorgent de bons mots et de sous-entendus, et l'on sent que le scénariste et romancier Franck Bouysse prend plaisir à ciseler ses formules.
Graphiquement, le trait expressif de Daniel Casanave, allié aux couleurs fraîches et lumineuses de Claire Champion, apporte une touche moderne à cet univers rétro. L'ensemble dégage une belle lumière et un charme certain, entre tendresse et ironie.
L'intrigue reste assez simple et sa résolution m'a semblé un peu facile, presque tombée de nulle part. Il y a une enquête policière, même si elle est annexe au récit principal, et elle est résolue grâce à un indice que j'ai eu l'impression de ne jamais avoir vu auparavant (hormis sa découverte), désignant un coupable dont rien ne laissait présager les motivations ni le passage à l'acte. Quant à la conclusion de l'intrigue principale, elle est heureuse et apaisée, ce qui a le mérite de déjouer les attentes, mais elle m'a également paru trop commode au regard des ombres qui planaient jusque-là. Tout semblait annoncer un basculement vers le drame : racisme ordinaire, avidité, rancœurs familiales, haines tenaces... Cette tension constante m'a d'ailleurs empêché de goûter pleinement la douceur supposée de ce village, qui aurait autrement eu tout pour me séduire.
Je ressors donc relativement diverti de ma lecture, ayant apprécié la part ensoleillée de son ambiance et de ses dialogues truculents, mais étant resté plus réservé face à sa tension dramatique et à la rapidité de sa résolution.
Récemment, j'ai découvert la quasi-totalité des films de Jean Yanne, que je ne connaissais pour ainsi dire pas. Excellente découverte de cet humour d'une autre époque, parfait reflet de ladite époque ! En apprenant qu'il avait fait deux bandes dessinées avec Tito Topin, dessinateur de plusieurs génériques mémorables de ses films, je me suis précipité dessus.
Là encore, Les Dossiers du B.I.D.E. sont le parfait reflet d'une époque. Déjà graphiquement, il n'y a qu'à regarder une seule page, Topin abuse largement du style psychédélique. Tout est ultra-flash, aucun trait n'est droit, le dessinateur s'échappe de la réalité dès qu'il le peut, ce qui - à mon sens - rencontre vite ses limites dans une bande dessinée, où la narration du récit nécessite une cohérence minimale. Ici, c'est parfois difficile à suivre, ou juste lassant, dans la mesure où ça n'est vraiment pas un style graphique auquel j'adhère.
Cela dit, on retrouve complètement l'esprit de Jean Yanne au scénario, et là, pour le coup, j'adhère bien davantage. Les dialogues sont truffés de calembours tous plus nuls (et donc hilarants) les uns que les autres. Au-delà de ça, Yanne s'amuse comme toujours à dézinguer toutes les institutions de son époque avec une acidité qui fait du bien. C'est décapant, mais jamais véritablement méchant, on sent bien que l'auteur tire sur des institutions, des groupes, des symboles, mais jamais sur les personnes en elles-mêmes. Impression renforcée par le recours à l'absurde (très poussé) qui atténue la charge politique qu'on aurait pu voir dans ces récits.
Même si je préférerais toujours les films de Yanne, particulièrement ses deux sommets que sont Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et surtout le génialissime Moi y'en a vouloir des sous, je n'ai donc pas détesté la lecture de ces deux bandes dessinées, même si je pense que, finalement, elles auraient eu plus de portée avec un dessin plus classique. Mais pour les amateurs de l'humour "yannesque", c'est à lire.
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Dieu en personne
Dieu parait sympathique et les humains antipathique, haineux et avides, et pourtant, si on dit qu'un être créateur tout-puissant est responsable et coupable de tout, c'est pas faux ! Il me semble que l'auteur aime tant son personnage principal qu'il en devient drôlement partial en sa faveur, et comme son talent scénaristique et graphique est grand, il fait passer cela à la lecture. Pas à la relecture ! Si on s'attend à ce que des êtres souffrants et mourants et mimétiques donc lyncheurs soient merveilleux, c'est qu'on se fourre le doigt dans l'œil. Bien sûr, on peut s'en prendre à notre société comme si une autre serait plus avenante, mais bon, les Mayas qui auraient été pacifiques et autres mythes ne sont que des mythes, justement. Je pense qu'une des utilités des dieux est d'éviter de regarder la mort et notre nullité, qu'une des utilités de critiquer une société est de rêver qu'une autre serait meilleure et que l'être humain est bon. Lire cette bd m'a amusé et conforter dans ce désabusement.
Des Étrangers dans les lavandes
Années 70. Dans un village provençal frappé par l'exode rural, le maire fait venir des réfugiés cambodgiens pour relancer les lavanderaies. Antoine, propriétaire bourru marqué par la mort de son fils en Indochine, va retrouver le goût de vivre grâce à sa rencontre avec un jeune orphelin auquel il va s'attacher. BD sympathique qui sent bon les collines provençales et les villages chers à Pagnol, tout en proposant un récit centré sur l'acceptation de l'étranger et la reconquête de la joie de vivre après le deuil. J'ai bien aimé le dessin, son encrage soigné et ce parti pris graphique aux nez un peu carrés qui donnent aux visages une vraie singularité tout en les rendant immédiatement reconnaissables. Les décors respirent la Provence, la lumière est chaleureuse, à l'image des paysages. La narration graphique est parfaitement fluide, la lecture très agréable. Visuellement, l'album est une réussite. Sur le fond, on est dans une chronique humaniste assez classique, entre choc des cultures, racisme ordinaire et réconciliation progressive. Cela fonctionne, sans surprise majeure, avec un déroulé peut-être trop convenu. J'ai aussi trouvé un peu rapide la manière dont le jeune orphelin s'attache à ce héros bougon et fermé : l'évolution d'Antoine est crédible dans son principe, mais le lien affectif se noue sans doute trop vite, comme si le scénario voulait précipiter l'inévitable rédemption. Reste un album sincère et agréable, porté avant tout par son atmosphère et son identité graphique.
Blatta
C'est le simple nom Alberto Ponticelli (Goodnight paradise - L'Île aux orcs) qui m'a poussé à l'achat de cet album. Un titre en italien, Blatta, que l'on traduit aisément en découvrant l'insecte sur la couverture. Un monde en ruine où l'humanité a fait un choix fort face à la surpopulation, celui de ne plus procréer en échange d'une vie éternelle (avec l'aide du clonage). Mais cette vie éternelle a un coût non négligeable puisque l'isolement le plus complet est de rigueur. On va suivre le quotidien d'un homme, il porte une sorte de scaphandre spatial qu'il ne quitte jamais pour se protéger de l'extérieur. Un quotidien rythmé à une lumière verte qui lui indique qu'il est l'heure de partir travailler ou de rentrer dans ses 10m² qui lui sert de refuge. Un travail passionnant devant un écran où il doit faire un choix, soit appuyer sur la touche « Y » ou la touche « N ». Pour éviter tous doutes, le « Y » pour « Yes » et le « N » pour « No ». Voilà, vous n'en saurez pas plus sur ce monde glauque et oppressant à la narration avare de mots, où notre seule source d'informations est la voix off de ce triste individu. Et vous n'en saurez pas davantage sur ce personnage rongé par la solitude, malgré quelques visions sur son passé. Et puis un jour, une rencontre va bouleverser ses habitudes... Je comprends où veut en venir Ponticelli à travers ce récit (les conditions d'une vie sans fin), mais le chemin pour y parvenir est trop obscur et hermétique. Une narration qui repose essentiellement sur le superbe noir et blanc de Ponticelli. Un dessin aux contours pas toujours bien defini qui imprime cette ambiance post-apocalyptique et qui retranscrit à merveille les émotions de notre bonhomme, et cela juste à travers ses différentes postures, un sacré tour de force. Toujours ce savoir-faire dans la mise en page et les cadrages. Le point fort de cette BD. Alberto Ponticelli est bien meilleur dessinateur que scénariste. Note réelle : 2,5. Merci à la partie graphique.
Terre ou Lune
Une véritable ode à la nature. Tout d’abord, je soulignerai la rareté de tomber sur une BD (hors documentaire) proposant tant de précisions scientifiques. Ici, on nomme le vivant car "on protège ce qu'on aime et on aime ce qu'on connaît ". RIP Cousteau. Ainsi, les descriptions et identifications de l’avifaune sont pléthores, bien évidemment hors de portée d’un profane comme je le suis, mais ne nuisent pas à la qualité du récit. On peut survoler les énumérations latines comme y prêter un regard curieux et attentif, cela n’a que peu d’incidence (et heureusement au risque de ne cibler qu’un public membre de la LPO si j’exagère le trait). Je suppose que cette singularité est le reflet de cette passion de l’auteure ? Ce premier tome peut finalement se résumer brièvement : le protagoniste perd ses parents à la suite d’un drame familial et se retrouve à fouiller dans le passé de ces derniers dans un besoin de reconstruction personnelle et d’émancipation il me semble. L’intrigue se met alors doucement en place tout en prenant le temps de bien développer l’univers de l’histoire. J’ai vraiment pris plaisir à découvrir ce lieu à la fois futuriste, poétique, surnaturel et de prime abord utopique. Ce premier tome s’achève lorsque le lecteur devine l’approche d’un nœud narratif, d’un momentum qui va faire basculer le récit et que le lecteur n’a pu qu’effleurer jusqu’à présent. C’est très bien joué de la part de l’auteure pour nous projeter avec hâte sur la suite et maintenir cette tension narrative entre les deux opus. Côté graphisme, il y a à dire tant le dessin m'a déstabilisé. On retrouve un univers graphique très certainement inspiré de la culture japonaise (manga, animés..) et plus particulièrement de l’œuvre de Miyazaki. De grandes plaines verdoyantes et lumineuses balayées par les vents, des nuits étoilées de campagne… sont autant de symboliques paysagères présentes dans Terre ou Lune et ayant contribuées à la renommée de l'artiste japonais. Il y a également un côté enfantin dans le trait, notamment pour le traitement des personnages : des visages peu détaillés et similaires dans les expressions, des corps parfois rudimentaires et une quasi absence de mouvement (pour le coup, les oiseaux sont bien plus travaillés que les personnages !). Cumulé à cela une colorisation assez vive et je me retrouve ainsi plongé dans l’imaginaire de mes livres d’enfance... Toutefois, avec une lecture plus minutieuse, on se rend compte que le dessin fourmille de détails, notamment au travers des décors (les ciels sont par exemple une grande réussite). Je ne sais pas si c’est volontaire de la part de l’auteur, mais j’ai ressenti une confusion graphique vis-à-vis du genre des personnages. J’ai dû attendre des scènes avec des attributs physiques évidents en seconde moitié de lecture pour me rendre compte que je faisais fausse route depuis le tout début avec deux des cinq principaux personnages (et qui plus est portaient des prénoms mixtes). Si je me questionne sur ce détail c’est que j’ai du mal à voir ce que cela apporte en valeur ajoutée à l’histoire (et que j’ai sans doute un esprit trop cartésien) ? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le plus beau coup de crayon à mon goût, mais associé à des choix osés notamment dans la colorisation, le tout forme un ensemble très réussi. Bravo. C’est avec cette belle promesse à l'esprit et de fortes attentes que je languis la suite de ce récit onirique !
Diana princesse des amazones
Bon, c'est une histoire pour enfant et je la juge à cette hauteur. Parce qu'on est clairement pas dans un récit qui fera mouche auprès d'un public adulte, qui ne trouvera pas de double sens ni de lecture plus profonde. C'est une BD pour enfant simple et claire dans son message, qui exécute très bien ce qu'elle veut faire et qui n'a pas d'intérêt au-delà de cela. Après, pas besoin d'en exiger plus non plus ! C'est le petit conte pour enfant sur Diana, future Wonder-Woman (mais franchement on s'en fout de qui c'est, ça n'a aucun intérêt narratif supplémentaire) qui n'aime pas le fait d'être seule enfant et s'ennuie. Sa mère ne s'occupe pas d'elle et elle a envie de vivre son enfance en-dehors de tout ces trucs d'adultes qu'elle n'aime pas. Son imagination va palier à ça et faire apparaitre une compagnon de jeu avec qui elle pourra s'amuser, mais les conséquences seront lourdes. Franchement, on est dans du classique de conte pour enfant, le conflit avec les adultes, la résolution qui fait grandir, la jolie fin réconciliatrice ... Rien de bien neuf mais bien fait, quoi. C'est un peu ce qui est l'atout et la limite de la BD : aucune prise de risques mais une exécution impeccable. Le dessin rond et enfantin, très coloré, s'accorde avec l'histoire et joue sur l'ensemble. Aucun doute que ça plaira aux plus jeunes, mais je ne pense pas le conseiller au-delà du collège. Bref, une BD pour plus jeunes et qui leur plaira sans doute mais à oublier pour les autres.
Bottled
J'ai hésité sur ma note, mais le ressenti final est bel et bien que j'ai raté un truc, donc que la BD n'est pas parvenue à me faire comprendre ce qu'elle voulait dire. Et ma note s'en ressent. C'est une autrice que je ne connaissais pas mais avec un trait intéressant, à défaut d'être mémorable. Il y a une esthétique qui tend parfois vers le glauque dans les visages, notamment la transpiration lors du stress, et qui est parfois dérangeant dans la façon de représenter les choses, surtout lors des rapports au corps qui est une thématique de la BD mais dont je n'ai pas compris l'enjeu. En fait, c'est surtout que je ne vois pas trop ce que la BD raconte. C'est une jeune femme dans une famille dysfonctionnelle qui veut vivre seule et s'émanciper, tandis que revient son ancienne amie top-modèle et qu'elle semble avoir du mal à s'entendre avec son copain. Sauf qu'au-delà de ça, alors qu'une montée en pression survient et qu'elle fait un geste (symboliquement en couverture de l'album), la BD n'arrive pas à parler de quelque chose de concret. Le soufflé retombe sur une fin réaliste, sans doute, mais qui n'a pas vraiment d'intérêt narratif. J'avais plein de questions sans réponses lorsque j'ai fermé l'album : pourquoi ce rapport avec la mère à la fin, que veut-il dire sur elle, sur elles ? Pourquoi un personnage couche à la fin avec ce type qui semble être problématique, qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi nous montrer ça sans développement ? Je vois bien un rapport à la sincérité, au mensonge, au corps aussi (il y a une opposition entre la mannequin et celle qui a un corps un peu ordinaire), mais quel est le lien avec le reste ? C'est une histoire de passage à l'âge adulte, des conneries qu'on est prêt à faire quand la vie nous pousse à bout, un commentaire social sur la place des femmes, une réflexion sur la violence ? Tout ça ou rien, on en sait pas plus au final. Tout est trop lent et trop rapide, pas de thématiques claires, pas de liens entre les questions ... J'en ressors plus curieux que satisfait, notamment parce que je ne sais pas du tout ce que l'autrice voulait traiter comme sujet. Soit il y en a trop, soit c'est pas assez développé. Et dans ce cas, je ne peux pas recommander cette lecture.
Merveilleux !
Cette BD raconte l'AVC du père du personnage et les conséquences sur sa vie, notamment le fait qu'il n'arrive désormais qu'à dire une petite poignée de mots notamment "merveilleux", mot qu'il ne semblait pas employer beaucoup auparavant. Cookie Kalkaire raconte surtout une histoire de famille, la sienne, avec tous les bouleversements qu'elle connut suite à cet évènement. Cookie Kalkaire est alors au Canada avec sa compagne, son père est remariée, il a une autre fille encore mineure et son ancienne femme ne lui parle plus. Désormais, le père est bloqué sur des mots, a du mal à bouger ses membres et ne peut plus s'exprimer pleinement. Commence le travail de rééducation et la famille doit accepter tout cela. La BD m'a fait penser à une autre, Silence radio - 36 mois pour me relever d’un AVC, mais avec le point de vue de la famille plutôt que celle de l'intéressé ici. Et on sent les différentes révolutions que cela opère dans la famille, entre la sœur qui grandit d'un coup et trop vite, la réconciliation inattendue avec l'ex-femme et les mouvements de chacun pour se rapprocher. Les tensions débarquent aussi, et la vie avance. La résolution ne sera pas finale, c'est une tranche de vie avec les bouleversements d'un AVC, on finit sur la vie qui continue et certaines choses résolues, d'autres non. La BD s'inscrit aussi sur le temps long, plusieurs années passent avec les chapitres. Au final, c'est une BD sur la famille dans le temps long, une sorte de réconciliation avec le père. Le dessin de Cookie Kalkaire est assez bon, j'avais noté son travail avec Pénis de table et il est identique ici. Ses touches de couleurs sont maitrisés, le dessin est très expressif et il arrive à faire des passages drôles et d'autres tendres sans jamais exagérer de manière outrancière. C'est une BD agréable à lire, au sujet qui intéressera du monde et que je conseille. Agréable, quoi !
Green Witch Village
Le projet formaliste en diable expliqué en postface (une volonté narrative d'autonomiser chaque planche pour une possible reconstitution en strips façon comics des 50's) est davantage une curiosité oulipienne qu'une démarche proprement intéressante pour le lecteur, car objectivement peu lisible durant la lecture hormis via sa conséquence rythmique et le sentiment d'une avancée dramatique saccadée. Inversement, l'entrée en matière explicitant le voyage dans le temps est véritablement catastrophique : l'essentiel passe par des dialogues d'une lourdeur incroyable et le vu et revu procédé scénaristique de l'évanouissement. Malgré ces deux premières planches d'une finesse pachydermique, une intrigue d'espionnage nous faisant avaler bien des couleuvres et un humour certes pertinent mais répétitif, car toujours basé sur l'observation ironique d'un quotidien des années 50's par un regard façonné en 2025 (l'on ne retrouve pas ici le sel des dialogues d'un Lapinot, multipliant les bons mots, mais toujours en liaison avec une intrigue avançant en partie grâce à eux) ; bref, malgré tous ces défauts, la lecture demeure agréable. L'hommage (aux strips, aux illustrations à l'ancienne, à l'espionnage, à notre représentation des années 50's, à Audrey Hepburn...) est sincère, le rythme d'une originalité intrigante, le principe du voyage dans le temps forcément ludique, le petit monde des actrices en devenir toujours intéressant, l'humour féministe malgré tout plaisant. Oublions tout ce que cette BD aurait pu être et retenons honnêtement le plaisir de la lire.
Eté brûlant à Saint-Allaire
Été 1966. Dans le petit village de Saint-Allaire vit Anna Soulette, jeune femme qui attise les convoitises. Autour d'elle se nouent jalousies amoureuses, rivalités de village et soupçons liés à un magot caché, sur fond de chronique rurale teintée de polar. J'ai passé un agréable moment de lecture. Sans être révolutionnaire, l'album fonctionne grâce à son mélange de comédie rurale, de satire sociale et de léger suspense, le tout rythmé par des chapitres introduits par des textes malicieux. Les personnages sont très typés, parfois à la limite de la caricature, mais ils donnent chair à cette France des années 60 reconstituée avec soin. Les dialogues regorgent de bons mots et de sous-entendus, et l'on sent que le scénariste et romancier Franck Bouysse prend plaisir à ciseler ses formules. Graphiquement, le trait expressif de Daniel Casanave, allié aux couleurs fraîches et lumineuses de Claire Champion, apporte une touche moderne à cet univers rétro. L'ensemble dégage une belle lumière et un charme certain, entre tendresse et ironie. L'intrigue reste assez simple et sa résolution m'a semblé un peu facile, presque tombée de nulle part. Il y a une enquête policière, même si elle est annexe au récit principal, et elle est résolue grâce à un indice que j'ai eu l'impression de ne jamais avoir vu auparavant (hormis sa découverte), désignant un coupable dont rien ne laissait présager les motivations ni le passage à l'acte. Quant à la conclusion de l'intrigue principale, elle est heureuse et apaisée, ce qui a le mérite de déjouer les attentes, mais elle m'a également paru trop commode au regard des ombres qui planaient jusque-là. Tout semblait annoncer un basculement vers le drame : racisme ordinaire, avidité, rancœurs familiales, haines tenaces... Cette tension constante m'a d'ailleurs empêché de goûter pleinement la douceur supposée de ce village, qui aurait autrement eu tout pour me séduire. Je ressors donc relativement diverti de ma lecture, ayant apprécié la part ensoleillée de son ambiance et de ses dialogues truculents, mais étant resté plus réservé face à sa tension dramatique et à la rapidité de sa résolution.
Les Dossiers du B.I.D.E.
Récemment, j'ai découvert la quasi-totalité des films de Jean Yanne, que je ne connaissais pour ainsi dire pas. Excellente découverte de cet humour d'une autre époque, parfait reflet de ladite époque ! En apprenant qu'il avait fait deux bandes dessinées avec Tito Topin, dessinateur de plusieurs génériques mémorables de ses films, je me suis précipité dessus. Là encore, Les Dossiers du B.I.D.E. sont le parfait reflet d'une époque. Déjà graphiquement, il n'y a qu'à regarder une seule page, Topin abuse largement du style psychédélique. Tout est ultra-flash, aucun trait n'est droit, le dessinateur s'échappe de la réalité dès qu'il le peut, ce qui - à mon sens - rencontre vite ses limites dans une bande dessinée, où la narration du récit nécessite une cohérence minimale. Ici, c'est parfois difficile à suivre, ou juste lassant, dans la mesure où ça n'est vraiment pas un style graphique auquel j'adhère. Cela dit, on retrouve complètement l'esprit de Jean Yanne au scénario, et là, pour le coup, j'adhère bien davantage. Les dialogues sont truffés de calembours tous plus nuls (et donc hilarants) les uns que les autres. Au-delà de ça, Yanne s'amuse comme toujours à dézinguer toutes les institutions de son époque avec une acidité qui fait du bien. C'est décapant, mais jamais véritablement méchant, on sent bien que l'auteur tire sur des institutions, des groupes, des symboles, mais jamais sur les personnes en elles-mêmes. Impression renforcée par le recours à l'absurde (très poussé) qui atténue la charge politique qu'on aurait pu voir dans ces récits. Même si je préférerais toujours les films de Yanne, particulièrement ses deux sommets que sont Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et surtout le génialissime Moi y'en a vouloir des sous, je n'ai donc pas détesté la lecture de ces deux bandes dessinées, même si je pense que, finalement, elles auraient eu plus de portée avec un dessin plus classique. Mais pour les amateurs de l'humour "yannesque", c'est à lire.