Un peu moins de dix ans séparent la mort de Michel Plessix et la publication par Delcourt de l’intégrale de son œuvre maîtresse, « Le Vent dans les saules », adapté d’un livre de Kenneth Grahame. Et tout ça dans une édition « prestige » s’il vous plaît. Ce qui tombe très bien, car cela faisait un petit moment que je voulais découvrir cette « BD jeunesse » qui me faisait régulièrement de l’œil…
D’emblée, je suis tombé sous le charme de cet univers animalier qui ressuscite à merveille l’enfant en nous qui refuse de mourir. Dans une campagne verdoyante, se côtoient toute une ribambelle d’animaux dont les protagonistes principaux sont la taupe Taupe, le rat Rat, le blaireau Blaireau, la loutre Loutre et le crapaud Crapaud. Parfait pour ceux qui ont de problèmes à mémoriser les noms ! Dans sa première partie, l’histoire est simplissime et peu importe s’il ne se passe rien d’exceptionnel, l’authenticité et la bienveillance des personnages remportent l’adhésion. Certains esprits grincheux pourront trouver ça mièvre, et pourtant, par une sorte de magie, la mayonnaise prend très vite. Ces animaux se contentent de se la couler douce en improvisant des pique-nique ou au bord de la rivière ou des balades dans la forêt mystérieuse.
Il faut dire que le dessin de Plessix y est pour beaucoup. Celui-ci fourmille de détails que l’on pourrait passer des heures à scruter. Cet univers champêtre animalier évoque immanquablement les illustrations de Beatrix Potter. Même si de ce côté du Channel, nous n’avons pas forcément été bercé dans notre jeunesse par ses histoires mettant en scène ces petits lapins qui font la joie des enfants britanniques depuis le début du XXe siècle. On précisera juste que les personnages semblent davantage inspirés d’un cartoon de « Disney », avec une certaine drôlerie dans les mimiques.
Les scènes de campagne en pleine floraison sont particulièrement soignées, avec un joli travail sur l’aquarelle, et l’auteur sait parfaitement nous y immerger par des plans larges. On apprécie également les intérieurs « cosy » des demeures tellement « british », qu’on pourra voir comme hommage respectueux de Michel Plessix à Kenneth Grahame. Le point d’orgue de la série, c’est cette rencontre avec un être mythique lors d’une balade nocturne en forêt, dont je ne dirai rien pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte de ceux qui lisent ces lignes. Je me contenterai d’un seul adjectif : merveilleux. Un moment en suspension qui pourrait facilement justifier l’Alph’art décroché à Angoulême en 2000.
Après tous ces éloges, vous penserez sans doute que j’ai adhéré de façon inconditionnelle à cette œuvre. Eh bien malheureusement il n’en est rien, ce qui me désole profondément.
En effet, je dois avouer que la deuxième partie m’a énormément déçu. Principalement à cause du personnage de Crapaud que j’ai fini par trouver insupportable, agaçant au plus haut point, les meilleurs passages étant invariablement ceux où il n’apparaît pas. Et ce n’est pas juste parce que le crapaud est l’un des animaux les plus laids de la création, car même ici il est présentable et porte un beau costume de notable ou plutôt d’héritier… En fait, le richissime batracien est un vrai « cassos » qui ne sert à rien ! Il est imbu de sa personne et semble ne rien faire de ses journées, hormis provoquer des catastrophes et se distinguer par des frasques qui finiront par le conduire en prison. Chaque fois, ses amis rongés par l’inquiétude tentent de le sortir d’un mauvais pas. Quelle patience admirable de leur part !
Et c’est vraiment dans cette seconde partie que tout se gâte, avec des passages très burlesques pas toujours très drôles. C’est répétitif et ça traîne en longueur, on finit par s’ennuyer réellement, alors que cet enchaînement de gags était, j’imagine, censé renforcer l’attention du lecteur. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est la scène des belettes qui ont envahi le château de Crapaud qui m’a réellement achevé. Là encore, une lutte interminable de ses amis pour chasser les sales bestioles a provoqué chez moi quelques bâillements. Si le cadrage était adapté dans une grande partie du récit, les plans larges avec moult détails sont véritablement inadéquats pour des séquences où prime le mouvement.
J’ignore si tout cela vous donnera envie de vous procurer le livre, mais en toute honnêteté, je ne pouvais pas mettre ces gros bémols sous le tapis. Pour moi, c’est presque un cas d’école, une sorte de montagne russe éditoriale. Alors coup de cœur ou pas coup de cœur ? Ni l’un ni l’autre, mais dans le cas présent plutôt un « coup de cœur fendu »… Et un 4 étoiles alors que j'étais bien parti pour en mettre 5... dommage.
Un autre documentaire qui reprend le principe, il me semble inventé ou du moins popularisé par Jul, où on a des textes portant sur un sujet (dans ce cas-ci, des hommes d'affaires) et en complément il y a une BD humoristique qui est là pour détendre l'atmosphère entre deux textes sérieux.
Le problème est que la plupart du temps les gags ne sont pas du tout marrants et une des choses qui m'ennuie le plus sont les bd humoristiques qui ne me font pas rire. Les gags tombent à plat et je ne suis pas particulièrement fan du style du dessinateur. Il reste les textes qui sont des bonnes synthèses de personnalité du monde capitaliste, mais la plupart du temps on dirait le genre d'infos qu'on aurait en regardant leurs pages wikipédia. C'est juste un who's who avec en bonus des gags pas drôles.
Bref, le genre de BD documentaire où seuls les textes servent à quelque chose, et on aurait pu enlever la partie BD sans problème. Pour moi le genre d'album qui semble dévaluer la BD, reléguée à des images qu'on met entre des textes sérieux, dans l'espoir de toucher un très large public trop paresseux pour lire un album sans image.
2.5
Un album dans la moyenne des autres one-shot qui commencent par les mots 'L'incroyable histoire de....''. C'est scénarisé par un spécialiste du sujet, un maitre conférencier en sciences de l'éducation et disons que ça se voit un peu trop.
C'est très verbeux et dense, ce n'est pas un album qui se lit rapidement. Comme souvent avec les documentaires, le propos est intéressant, mais ce n'est pas très captivant à lire. La faute en partie au dessin. Je ne pense pas qu'Eva Rollin soit la dessinatrice idéale pour un documentaire, son trait va bien mieux à une BD humoristique. Parlant d'humour, les tentatives d'humour pour détendre l'atmosphère n'ont pas marché sur moi, et du coup cela a surtout servi à alourdir la narration et me donner plutôt envie d'arrêter de lire l'album.
À lire si on veut voir comment était l'éducation à travers différentes périodes historiques.
L’album est relativement épais, mais la lecture se révèle finalement assez rapide. Mais elle m’a laissé sur ma faim, ou plutôt sur le côté.
Je ne suis a priori pas fan du dessin – des personnages en tout cas – pas exempt de défauts, souvent maladroit (est-ce volontaire ?), avec un rendu proche d’un certain underground (quelques points communs avec le dessin d’auteurs comme Mattt Konture aussi). Quelques scènes et le dessin des personnages renvoient un peu à une esthétique punk.
J’ai davantage accroché aux décors, avec des planches parfois assez sèches, quand d’autres fourmillent de détails. Et d’ailleurs ces décors, avec des touches oniriques, SF, installent une ambiance, qui est la partie que j’ai le plus appréciée durant ma lecture.
Car l’intrigue elle-même m’est apparu obscure. On suit quelques personnages rebelles, dans une cité froide. Mais, comme pour les dessins, ce sont les à-côtés qui m’ont le plus convaincus, tandis que je n’ai pas trop compris l’histoire elle-même.
Je suis doc resté – au niveau du dessin et du récit – sur une dérive, une ambiance, mais personnages et intrigue m’ont échappé. Du coup mon ressenti final est mitigé, et globalement décevant.
Note réelle 2,5/5.
J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce récit, que ce soit au niveau du dessin, de la colorisation, ou de l’intrigue – en grande partie bâtie sur des flash-backs, ayant du mal à m’accrocher à ce personnage féminin un peu spécial (et qui pour son âge a quand même su garder de beaux restes – improbables si on n’y songe sérieusement – vu son expédition en parapente dans Paris !).
Mais finalement je me suis fait au dessin, et l’intrigue a pris corps, avec cette évocation d’un engagement politique de jeunesse qui ressurgit quelques décennies plus tard.
On oublie les quelques facilités scénaristiques (dont celle évoquée plus haut), et le côté un peu « gentil » de certains passages, pour enter dans ce récit mêlant polar et politique, finalement de façon plus classique que je ne le pensais au départ.
La lecture est rapide, et plutôt agréable.
Entre le réalisme d'une Amérique raciste et paranoïaque des années 1950 et la folie d'un récit pulp SF, une poignée d'adolescents plonge dans une succession d'événements absurdes mêlant guerre froide, monstres venus d'ailleurs, robots géants et apocalypse rétro-futuriste.
Ce comics s'inspire à fond des vieux films de SF catastrophe de série B, voire Z. C'est tellement rempli d'idées improbables, de créatures grotesques, de complots, de robots géants et de menaces extraterrestres que j'ai eu l'impression d'assister à une sorte de pastiche du genre. Au delà des classiques de l'invasion extraterrestre des années 1950 et autres Guerre des Mondes, ça ressemble énormément à Mars Attacks!, avec tellement d'éléments similaires que ça s'apparente même parfois plus à un recyclage qu'à un hommage discret. Sauf que là où le film de Burton assumait pleinement son absurdité avec un humour très présent, Duck and Cover se prend beaucoup plus au sérieux dans sa mise en scène, même si j'ai du mal à croire que les auteurs puissent réellement l'être tant certaines situations ou révélations sont ridicules.
Le dessin est ce qui sauve l'ensemble. Rafael Albuquerque livre des planches très maîtrisées, avec une esthétique rétro adaptée au sujet. Les créatures, les machines et l'ambiance générale fonctionnent bien visuellement. Le comics possède une bonne personnalité graphique et certaines scènes sont assez spectaculaires.
En revanche, j'ai beaucoup moins adhéré au scénario. Déjà parce qu'il est extrêmement bavard. Les auteurs semblent incapables de laisser respirer leur récit et noient régulièrement l'action sous des commentaires, des explications ou des retours en arrière consacrés au passé des personnages. Ces développements psychologiques ne m'ont jamais intéressé et cassent le rythme alors que l'histoire aurait gagné à rester dans un registre plus direct et plus assumé de série B décomplexée.
J'ai également eu du mal à m'impliquer dans l'intrigue. Tout paraît tellement gratuit et arbitraire qu'il devient difficile de s'accrocher à une réalité ou à des enjeux précis. Entre les extraterrestres, les robots, les mutations, les complots, les faux-semblants et les révélations successives, j'ai souvent eu l'impression que n'importe quoi pouvait arriver à n'importe quel moment. Cette absence de cadre affaiblit la tension puisque rien ne semble vraiment avoir de conséquences durables.
J'aurais probablement davantage apprécié cette lecture si elle avait pleinement assumé soit son côté délirant et parodique, soit son côté action pure. Les références aux vieux films de science-fiction sont évidentes, mais elles m'ont laissé froid car le récit préfère multiplier les drames personnels et les explications plutôt que de s'amuser avec son propre concept.
Malgré un dessin réussi et une esthétique rétro séduisante, j'ai trouvé l'histoire bavarde, confuse et surtout trop sérieuse dans son idiotie pour réussir à m'emporter.
Le fils d'un montreur d'ours rom découvre les échecs dans les jardins du Luxembourg alors que sa famille, arrivée à Paris sous l'emprise de passeurs mafieux, tente de survivre entre mendicité, vols et vie en bidonville.
C'est un récit fort, original et très prenant, porté par une mise en scène efficace et un dessin qui possède une vraie personnalité.
Le graphisme ne cherche jamais à être joli au sens classique du terme. Les visages sont parfois déformés, les traits tremblés, les couleurs souvent terreuses ou étouffantes, mais l'ensemble dégage une identité visuelle très forte. Les personnages sont extrêmement expressifs, les décors de Paris sont très bons, et les planches marquent par leur atmosphère. C'est un dessin vivant, habité, qui colle parfaitement à l'histoire.
J'ai aussi apprécié le regard porté sur les Roms. Le récit ne les idéalise jamais. On les voit voler, faire les poches, mendier de manière organisée, vivre en marge de la société et rester très renfermés sur leur propre communauté face aux Gadjé. Rien n'est édulcoré. Pourtant, on ne peut pas s'empêcher de s'attacher à eux. Derrière leurs défauts et leurs choix parfois discutables, on découvre une véritable famille qui se serre les coudes, affronte ensemble les difficultés et tente simplement de survivre. Chacun existe comme un personnage à part entière, avec son caractère, ses qualités et ses faiblesses. C'est le cas notamment du jeune héros qui est, au départ, un gamin illettré, maladroit, peu à l'aise avec les autres et au regard fuyant comme un animal sauvage, et pour il devient peu à peu très attachant. On a envie que sa famille et lui s'en sortent, tout comme on souhaite les voir échapper à l'engrenage dans lequel ils sont tombés.
Le mélange entre chronique sociale, récit d'exil, découverte du monde des échecs et histoire d'émancipation fonctionne bien. Le parcours de Ciprian apporte une bouffée d'espoir sans faire disparaître la dureté du contexte.
Je reste tout de même un peu réservé sur la conclusion. L'idée qu'un enfant dans sa situation puisse trouver son salut et celui de sa famille grâce à un talent exceptionnel pour les échecs apporte une belle dimension de conte moderne, mais cela paraît aussi un peu trop mignon et romanesque pour être totalement crédible. Cela ne m'a cependant pas empêché d'être emporté par le récit.
Une très jolie lecture, crue mais touchante, portée par des personnages profondément humains et un dessin plein de caractère. Une BD qui parvient à parler de précarité, d'exclusion et de solidarité sans tomber ni dans le misérabilisme ni dans l'idéalisation.
Franchement, un virage vers le manga sans faute !
Alex Alice, dont je ne connaissais pas le travail jusqu'ici, nous offre une leçon en matière d'introduction de série. On commence par une très belle introduction à l'univers de quelques pages, très efficace, une intro rapide de 20 pages terriblement bien dessinées et l'histoire commence directement ! Excellente introduction, on ne perd pas de temps à se perdre dans les détails, on suit l’héroïne vers ce qui va être la grande aventure, le cœur du récit.
Les évènements s'enchainent, la lecture est fluide, le dessin magistral et les personnages très attachants. On a l'impression de voir un excellent blockbuster haletant et palpitant, c'est vraiment réussi.
Un tome 1 avec un rythme effréné qui réussi à prendre le meilleur du manga et de la franco-belge. Une bande dessinée extrêmement contemporaine et qui durera dans le temps, un véritable tour de force.
On a très hâte de voir la suite !
Bonne bd, très beaux dessins mais une histoire poussive qui prend trop de temps à se mettre en place, sans sortir des sentiers battus. On aurait aimé un peu plus de prise de risque.
Dans les faits, le dessin est charmant, avec une ligne efficace, de belles couleurs et un univers attrayant. Cependant, la bd ne m'a pas vraiment plu. J'ia pris du temps à comprendre pourquoi et je pense que c'est un mélange entre le rythme et la profondeur de l'histoire. On a une mise en scène dynamique proche du manga qui cependant prend du coup trop de pages et de temps à mettre en place ses premiers enjeux.
Ceux-ci, en plus sont très classiques et ne surprennent pas tellement, difficile d'être ému dans ces conditions.
Il faudrait être un peu plus exigeant sur le rythme et l'histoire, peut-être moins expliquer les basiques pour aller plus en profondeur dans les enjeux et les éléments. Mieux gérer la pagination pour que les moments de tensions ressortent et les mises en scène dynamiques soient exceptionnelles et ainsi vraiment haletantes.
des idées intéressantes, un dessin formidable mais un album qui manque de densité et de profondeur à mon goût.
Super bd avec un très bel univers et une intrigue prenante mais qui se dévoile lentement.
Je l'ai lue avant de dormir, je n'ai pas pu la lâcher, elle était vraiment prenante. L'univers m'a intrigué et m'a vraiment détendu. Une très belle réussite, à voir pour la suite.
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Le Vent dans les Saules
Un peu moins de dix ans séparent la mort de Michel Plessix et la publication par Delcourt de l’intégrale de son œuvre maîtresse, « Le Vent dans les saules », adapté d’un livre de Kenneth Grahame. Et tout ça dans une édition « prestige » s’il vous plaît. Ce qui tombe très bien, car cela faisait un petit moment que je voulais découvrir cette « BD jeunesse » qui me faisait régulièrement de l’œil… D’emblée, je suis tombé sous le charme de cet univers animalier qui ressuscite à merveille l’enfant en nous qui refuse de mourir. Dans une campagne verdoyante, se côtoient toute une ribambelle d’animaux dont les protagonistes principaux sont la taupe Taupe, le rat Rat, le blaireau Blaireau, la loutre Loutre et le crapaud Crapaud. Parfait pour ceux qui ont de problèmes à mémoriser les noms ! Dans sa première partie, l’histoire est simplissime et peu importe s’il ne se passe rien d’exceptionnel, l’authenticité et la bienveillance des personnages remportent l’adhésion. Certains esprits grincheux pourront trouver ça mièvre, et pourtant, par une sorte de magie, la mayonnaise prend très vite. Ces animaux se contentent de se la couler douce en improvisant des pique-nique ou au bord de la rivière ou des balades dans la forêt mystérieuse. Il faut dire que le dessin de Plessix y est pour beaucoup. Celui-ci fourmille de détails que l’on pourrait passer des heures à scruter. Cet univers champêtre animalier évoque immanquablement les illustrations de Beatrix Potter. Même si de ce côté du Channel, nous n’avons pas forcément été bercé dans notre jeunesse par ses histoires mettant en scène ces petits lapins qui font la joie des enfants britanniques depuis le début du XXe siècle. On précisera juste que les personnages semblent davantage inspirés d’un cartoon de « Disney », avec une certaine drôlerie dans les mimiques. Les scènes de campagne en pleine floraison sont particulièrement soignées, avec un joli travail sur l’aquarelle, et l’auteur sait parfaitement nous y immerger par des plans larges. On apprécie également les intérieurs « cosy » des demeures tellement « british », qu’on pourra voir comme hommage respectueux de Michel Plessix à Kenneth Grahame. Le point d’orgue de la série, c’est cette rencontre avec un être mythique lors d’une balade nocturne en forêt, dont je ne dirai rien pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte de ceux qui lisent ces lignes. Je me contenterai d’un seul adjectif : merveilleux. Un moment en suspension qui pourrait facilement justifier l’Alph’art décroché à Angoulême en 2000. Après tous ces éloges, vous penserez sans doute que j’ai adhéré de façon inconditionnelle à cette œuvre. Eh bien malheureusement il n’en est rien, ce qui me désole profondément. En effet, je dois avouer que la deuxième partie m’a énormément déçu. Principalement à cause du personnage de Crapaud que j’ai fini par trouver insupportable, agaçant au plus haut point, les meilleurs passages étant invariablement ceux où il n’apparaît pas. Et ce n’est pas juste parce que le crapaud est l’un des animaux les plus laids de la création, car même ici il est présentable et porte un beau costume de notable ou plutôt d’héritier… En fait, le richissime batracien est un vrai « cassos » qui ne sert à rien ! Il est imbu de sa personne et semble ne rien faire de ses journées, hormis provoquer des catastrophes et se distinguer par des frasques qui finiront par le conduire en prison. Chaque fois, ses amis rongés par l’inquiétude tentent de le sortir d’un mauvais pas. Quelle patience admirable de leur part ! Et c’est vraiment dans cette seconde partie que tout se gâte, avec des passages très burlesques pas toujours très drôles. C’est répétitif et ça traîne en longueur, on finit par s’ennuyer réellement, alors que cet enchaînement de gags était, j’imagine, censé renforcer l’attention du lecteur. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est la scène des belettes qui ont envahi le château de Crapaud qui m’a réellement achevé. Là encore, une lutte interminable de ses amis pour chasser les sales bestioles a provoqué chez moi quelques bâillements. Si le cadrage était adapté dans une grande partie du récit, les plans larges avec moult détails sont véritablement inadéquats pour des séquences où prime le mouvement. J’ignore si tout cela vous donnera envie de vous procurer le livre, mais en toute honnêteté, je ne pouvais pas mettre ces gros bémols sous le tapis. Pour moi, c’est presque un cas d’école, une sorte de montagne russe éditoriale. Alors coup de cœur ou pas coup de cœur ? Ni l’un ni l’autre, mais dans le cas présent plutôt un « coup de cœur fendu »… Et un 4 étoiles alors que j'étais bien parti pour en mettre 5... dommage.
La Ligue des capitalistes extraordinaires
Un autre documentaire qui reprend le principe, il me semble inventé ou du moins popularisé par Jul, où on a des textes portant sur un sujet (dans ce cas-ci, des hommes d'affaires) et en complément il y a une BD humoristique qui est là pour détendre l'atmosphère entre deux textes sérieux. Le problème est que la plupart du temps les gags ne sont pas du tout marrants et une des choses qui m'ennuie le plus sont les bd humoristiques qui ne me font pas rire. Les gags tombent à plat et je ne suis pas particulièrement fan du style du dessinateur. Il reste les textes qui sont des bonnes synthèses de personnalité du monde capitaliste, mais la plupart du temps on dirait le genre d'infos qu'on aurait en regardant leurs pages wikipédia. C'est juste un who's who avec en bonus des gags pas drôles. Bref, le genre de BD documentaire où seuls les textes servent à quelque chose, et on aurait pu enlever la partie BD sans problème. Pour moi le genre d'album qui semble dévaluer la BD, reléguée à des images qu'on met entre des textes sérieux, dans l'espoir de toucher un très large public trop paresseux pour lire un album sans image.
L'Incroyable Histoire de l'éducation
2.5 Un album dans la moyenne des autres one-shot qui commencent par les mots 'L'incroyable histoire de....''. C'est scénarisé par un spécialiste du sujet, un maitre conférencier en sciences de l'éducation et disons que ça se voit un peu trop. C'est très verbeux et dense, ce n'est pas un album qui se lit rapidement. Comme souvent avec les documentaires, le propos est intéressant, mais ce n'est pas très captivant à lire. La faute en partie au dessin. Je ne pense pas qu'Eva Rollin soit la dessinatrice idéale pour un documentaire, son trait va bien mieux à une BD humoristique. Parlant d'humour, les tentatives d'humour pour détendre l'atmosphère n'ont pas marché sur moi, et du coup cela a surtout servi à alourdir la narration et me donner plutôt envie d'arrêter de lire l'album. À lire si on veut voir comment était l'éducation à travers différentes périodes historiques.
Metadoggoz
L’album est relativement épais, mais la lecture se révèle finalement assez rapide. Mais elle m’a laissé sur ma faim, ou plutôt sur le côté. Je ne suis a priori pas fan du dessin – des personnages en tout cas – pas exempt de défauts, souvent maladroit (est-ce volontaire ?), avec un rendu proche d’un certain underground (quelques points communs avec le dessin d’auteurs comme Mattt Konture aussi). Quelques scènes et le dessin des personnages renvoient un peu à une esthétique punk. J’ai davantage accroché aux décors, avec des planches parfois assez sèches, quand d’autres fourmillent de détails. Et d’ailleurs ces décors, avec des touches oniriques, SF, installent une ambiance, qui est la partie que j’ai le plus appréciée durant ma lecture. Car l’intrigue elle-même m’est apparu obscure. On suit quelques personnages rebelles, dans une cité froide. Mais, comme pour les dessins, ce sont les à-côtés qui m’ont le plus convaincus, tandis que je n’ai pas trop compris l’histoire elle-même. Je suis doc resté – au niveau du dessin et du récit – sur une dérive, une ambiance, mais personnages et intrigue m’ont échappé. Du coup mon ressenti final est mitigé, et globalement décevant. Note réelle 2,5/5.
L'Invisible
J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce récit, que ce soit au niveau du dessin, de la colorisation, ou de l’intrigue – en grande partie bâtie sur des flash-backs, ayant du mal à m’accrocher à ce personnage féminin un peu spécial (et qui pour son âge a quand même su garder de beaux restes – improbables si on n’y songe sérieusement – vu son expédition en parapente dans Paris !). Mais finalement je me suis fait au dessin, et l’intrigue a pris corps, avec cette évocation d’un engagement politique de jeunesse qui ressurgit quelques décennies plus tard. On oublie les quelques facilités scénaristiques (dont celle évoquée plus haut), et le côté un peu « gentil » de certains passages, pour enter dans ce récit mêlant polar et politique, finalement de façon plus classique que je ne le pensais au départ. La lecture est rapide, et plutôt agréable.
Duck and Cover
Entre le réalisme d'une Amérique raciste et paranoïaque des années 1950 et la folie d'un récit pulp SF, une poignée d'adolescents plonge dans une succession d'événements absurdes mêlant guerre froide, monstres venus d'ailleurs, robots géants et apocalypse rétro-futuriste. Ce comics s'inspire à fond des vieux films de SF catastrophe de série B, voire Z. C'est tellement rempli d'idées improbables, de créatures grotesques, de complots, de robots géants et de menaces extraterrestres que j'ai eu l'impression d'assister à une sorte de pastiche du genre. Au delà des classiques de l'invasion extraterrestre des années 1950 et autres Guerre des Mondes, ça ressemble énormément à Mars Attacks!, avec tellement d'éléments similaires que ça s'apparente même parfois plus à un recyclage qu'à un hommage discret. Sauf que là où le film de Burton assumait pleinement son absurdité avec un humour très présent, Duck and Cover se prend beaucoup plus au sérieux dans sa mise en scène, même si j'ai du mal à croire que les auteurs puissent réellement l'être tant certaines situations ou révélations sont ridicules. Le dessin est ce qui sauve l'ensemble. Rafael Albuquerque livre des planches très maîtrisées, avec une esthétique rétro adaptée au sujet. Les créatures, les machines et l'ambiance générale fonctionnent bien visuellement. Le comics possède une bonne personnalité graphique et certaines scènes sont assez spectaculaires. En revanche, j'ai beaucoup moins adhéré au scénario. Déjà parce qu'il est extrêmement bavard. Les auteurs semblent incapables de laisser respirer leur récit et noient régulièrement l'action sous des commentaires, des explications ou des retours en arrière consacrés au passé des personnages. Ces développements psychologiques ne m'ont jamais intéressé et cassent le rythme alors que l'histoire aurait gagné à rester dans un registre plus direct et plus assumé de série B décomplexée. J'ai également eu du mal à m'impliquer dans l'intrigue. Tout paraît tellement gratuit et arbitraire qu'il devient difficile de s'accrocher à une réalité ou à des enjeux précis. Entre les extraterrestres, les robots, les mutations, les complots, les faux-semblants et les révélations successives, j'ai souvent eu l'impression que n'importe quoi pouvait arriver à n'importe quel moment. Cette absence de cadre affaiblit la tension puisque rien ne semble vraiment avoir de conséquences durables. J'aurais probablement davantage apprécié cette lecture si elle avait pleinement assumé soit son côté délirant et parodique, soit son côté action pure. Les références aux vieux films de science-fiction sont évidentes, mais elles m'ont laissé froid car le récit préfère multiplier les drames personnels et les explications plutôt que de s'amuser avec son propre concept. Malgré un dessin réussi et une esthétique rétro séduisante, j'ai trouvé l'histoire bavarde, confuse et surtout trop sérieuse dans son idiotie pour réussir à m'emporter.
Le Fils de l'Ursari
Le fils d'un montreur d'ours rom découvre les échecs dans les jardins du Luxembourg alors que sa famille, arrivée à Paris sous l'emprise de passeurs mafieux, tente de survivre entre mendicité, vols et vie en bidonville. C'est un récit fort, original et très prenant, porté par une mise en scène efficace et un dessin qui possède une vraie personnalité. Le graphisme ne cherche jamais à être joli au sens classique du terme. Les visages sont parfois déformés, les traits tremblés, les couleurs souvent terreuses ou étouffantes, mais l'ensemble dégage une identité visuelle très forte. Les personnages sont extrêmement expressifs, les décors de Paris sont très bons, et les planches marquent par leur atmosphère. C'est un dessin vivant, habité, qui colle parfaitement à l'histoire. J'ai aussi apprécié le regard porté sur les Roms. Le récit ne les idéalise jamais. On les voit voler, faire les poches, mendier de manière organisée, vivre en marge de la société et rester très renfermés sur leur propre communauté face aux Gadjé. Rien n'est édulcoré. Pourtant, on ne peut pas s'empêcher de s'attacher à eux. Derrière leurs défauts et leurs choix parfois discutables, on découvre une véritable famille qui se serre les coudes, affronte ensemble les difficultés et tente simplement de survivre. Chacun existe comme un personnage à part entière, avec son caractère, ses qualités et ses faiblesses. C'est le cas notamment du jeune héros qui est, au départ, un gamin illettré, maladroit, peu à l'aise avec les autres et au regard fuyant comme un animal sauvage, et pour il devient peu à peu très attachant. On a envie que sa famille et lui s'en sortent, tout comme on souhaite les voir échapper à l'engrenage dans lequel ils sont tombés. Le mélange entre chronique sociale, récit d'exil, découverte du monde des échecs et histoire d'émancipation fonctionne bien. Le parcours de Ciprian apporte une bouffée d'espoir sans faire disparaître la dureté du contexte. Je reste tout de même un peu réservé sur la conclusion. L'idée qu'un enfant dans sa situation puisse trouver son salut et celui de sa famille grâce à un talent exceptionnel pour les échecs apporte une belle dimension de conte moderne, mais cela paraît aussi un peu trop mignon et romanesque pour être totalement crédible. Cela ne m'a cependant pas empêché d'être emporté par le récit. Une très jolie lecture, crue mais touchante, portée par des personnages profondément humains et un dessin plein de caractère. Une BD qui parvient à parler de précarité, d'exclusion et de solidarité sans tomber ni dans le misérabilisme ni dans l'idéalisation.
Les Chants du Cygne Noir
Franchement, un virage vers le manga sans faute ! Alex Alice, dont je ne connaissais pas le travail jusqu'ici, nous offre une leçon en matière d'introduction de série. On commence par une très belle introduction à l'univers de quelques pages, très efficace, une intro rapide de 20 pages terriblement bien dessinées et l'histoire commence directement ! Excellente introduction, on ne perd pas de temps à se perdre dans les détails, on suit l’héroïne vers ce qui va être la grande aventure, le cœur du récit. Les évènements s'enchainent, la lecture est fluide, le dessin magistral et les personnages très attachants. On a l'impression de voir un excellent blockbuster haletant et palpitant, c'est vraiment réussi. Un tome 1 avec un rythme effréné qui réussi à prendre le meilleur du manga et de la franco-belge. Une bande dessinée extrêmement contemporaine et qui durera dans le temps, un véritable tour de force. On a très hâte de voir la suite !
Yojimbot
Bonne bd, très beaux dessins mais une histoire poussive qui prend trop de temps à se mettre en place, sans sortir des sentiers battus. On aurait aimé un peu plus de prise de risque. Dans les faits, le dessin est charmant, avec une ligne efficace, de belles couleurs et un univers attrayant. Cependant, la bd ne m'a pas vraiment plu. J'ia pris du temps à comprendre pourquoi et je pense que c'est un mélange entre le rythme et la profondeur de l'histoire. On a une mise en scène dynamique proche du manga qui cependant prend du coup trop de pages et de temps à mettre en place ses premiers enjeux. Ceux-ci, en plus sont très classiques et ne surprennent pas tellement, difficile d'être ému dans ces conditions. Il faudrait être un peu plus exigeant sur le rythme et l'histoire, peut-être moins expliquer les basiques pour aller plus en profondeur dans les enjeux et les éléments. Mieux gérer la pagination pour que les moments de tensions ressortent et les mises en scène dynamiques soient exceptionnelles et ainsi vraiment haletantes. des idées intéressantes, un dessin formidable mais un album qui manque de densité et de profondeur à mon goût.
Terre ou Lune
Super bd avec un très bel univers et une intrigue prenante mais qui se dévoile lentement. Je l'ai lue avant de dormir, je n'ai pas pu la lâcher, elle était vraiment prenante. L'univers m'a intrigué et m'a vraiment détendu. Une très belle réussite, à voir pour la suite.