« Tout, mais pas Beyrouth ! », voilà le cri du cœur de la mère de Mathieu Diez, lorsqu’il lui annonce qu’il postulé pour un poste d’attaché culturel d’ambassade. Et, bien évidemment, c’est ce poste qu’il a décroché, en 2021.
Plusieurs thématiques sont abordées dans ce documentaire aux airs de carnet de voyage. D’abord la découverte d’un pays, que le relatif calme du début de son séjour permet à l’auteur de découvrir. Et le travail d’un attaché culturel, qui réussit à mettre sur pieds plusieurs salons/rencontres d’auteurs, un salon de BD et un autre plus littéraire.
Plusieurs rappels de l’histoire du Liban sont bien amenés. Ils permettent de mieux comprendre ce qui va progressivement se passer, dans une descente en enfers prévisible, pour qui suit l’actualité de la région. En effet, arrivé peu après le désastre de la méga explosion dans le port de Beyrouth, et alors que gabegies et corruption des élites dirigeantes hypothèque le relèvement du pays après la très longue guerre civile des années1970-1980, le dernier tiers du récit est occupé par les conflits dans lesquels le Liban va se trouver entrainé.
Les attaques israéliennes, contre les Hezbollah d’abord, mais rapidement contre les civils libanais de façon quasi indifférencié (bombardements, explosions de « bippers », etc.), tout ceci allant crescendo après l’attaque du Hezbollah contre Israël en octobre 2023.
L’activité culturelle est alors mise en suspens, les familles sont évacuées, et l’auteur lui aussi doit quitter le Liban, les bombes se rapprochant.
On ne peut qu’être inquiet pour les Libanais, car le récit s’arrête avant les bombardements israéliens de ces derniers mois (qui ont tué des milliers de personnes et détruit des quartiers entiers des grandes villes, et rasé de dizaines de villages). Le Liban qui semblait revivre sous les yeux de l’auteur semble reparti dans une spirale infernale, dans l’indifférence internationale, son territoire amputé et ses infrastructures détruites au mépris du droit international.
Le récit est vivant, un peu à la manière d’un Delisle. Pas trop autocentré, une narration dynamique et simple (comme le dessin de Jibé, qui use de plusieurs bichromies pour accompagner ce récit).
Une lecture intéressante.
Watership Down nous conte l'histoire d'un jeune groupe de lapins depuis leur "évasion" de leur garenne originelle à la création de leur propre garenne.
J'ai trouvé l' histoire fort intéressante même si certains passages trainent un peu en longueur.
L'idée de prendre des lapins en héros est vraiment surprenante et osée.
En effet dans l'imaginaire collectif le lapin est une gentille petite bête craintive mais que nenni mon brave, certaines castagnes n'ont rien à envier à des combat d'animaux plus "féroces"
Comme l'indique cac dans son avis l'analogie à la société humaine parait évidente. Il y est question d'émancipation, de lutte de classes, de liberté et de vivre ensemble. Des thèmes universels et qui parlent facilement au plus grand nombre
Toutefois j'ai un petit bémol sur la différenciation des différents protagonistes. Par moment elle n'est vraiment pas évidente et il m'est arrivé de me perdre
De plus si ma lecture fut plaisante je n'ai pas eu non plus ce gout de "reviens-y" qui me permettrait de monter ma note
Note réelle 3.5/5
Dans un univers sombre et brutal, Deathbringer nous plonge dans le destin croisé d’un héros solitaire et d’une héroïne prise dans les rouages d’une forme d’inquisition impitoyable. Entre violence, oppression et quête de vérité, Ismaël Legrand construit un récit de dark fantasy dense et ambitieux, porté par une ambiance fascinante.
Avec Deathbringer, Deathbringer Ismaël Legrand propose une œuvre visuellement magnifique. Son trait est somptueux, détaillé, habité, et donne vie à un univers sombre particulièrement immersif. Chaque planche dégage une vraie puissance graphique, avec une ambiance pesante et une direction artistique qui captivent immédiatement. C’est clairement l’un des grands points forts de l’album.
Le scénario est lui aussi bien ficelé, du moins dans sa première moitié, où l’intrigue se met en place avec clarté et efficacité. On suit avec intérêt ces personnages pris dans un monde brutal dominé par la peur, la violence et une forme d’oppression inquisitoriale. L’univers intrigue, les enjeux se dessinent bien, et l’on se laisse porter avec plaisir.
En revanche, la seconde moitié du récit devient plus complexe à suivre. Les ramifications du scénario se densifient, les personnages se multiplient, et j’ai parfois eu du mal à bien identifier qui était qui et à suivre clairement certains enchaînements narratifs. Peut-être est-ce volontaire pour renforcer la richesse de l’univers, ou peut-être est-ce simplement moi, mais cette partie m’a paru moins fluide que le début.
Cela n’enlève cependant rien aux grandes qualités de l’album : Deathbringer reste une bande dessinée ambitieuse, portée par un univers fort et surtout par une réalisation graphique exceptionnelle. Même si la narration devient parfois un peu confuse, la beauté des dessins et la noirceur fascinante du monde imaginé par Ismaël Legrand en font une lecture marquante.
Je lui mets finalement un 4, même si au fond ma vraie note serait plutôt 3,5, tant la partie graphique mérite à elle seule de hausser l’appréciation générale.
Je ne connaissais pas l'existence de ce super-héros de l'univers DC Comics. Ce Resurrection Man a la faculté de résurrection (cela semblait évident, je sais) après chacune de ses morts, mais aussi d'acquérir un nouveau super-pouvoir à chaque renaissance. Super-pouvoir en relation avec la cause de sa mort, tandis qu'il perd celui obtenu précédemment. C'est un personnage qui a marqué Ram V lors de son adolescence et cette BD est un hommage. Et quoi de mieux que d'inviter un des créateurs du personnage, Jackson « Butch » Guice devait donc dessiner la première planche de chaque chapitre, ce qu'il fera pour les quatre premiers et en partie pour le cinquième, mais son décès a stoppé cette collaboration. C'est Mike Perkins qui reprend le flambeau pour le dernier chapitre et pour terminer le cinquième.
Ram V nous propose de découvrir les origines de ce super-héros au travers un récit non linéaire qui exploite les engrenages du temps et qui questionne sur la vie (pacte avec le temps). En effet, il meurt, il se réveille, il meurt de nouveau et se réveille encore, encore et encore...
L'histoire est brouillonne et pas toujours simple à suivre. De plus, je ne suis jamais entré complètement dans celle-ci malgré quelques passages touchants. Un personnage auquel je ne me suis pas attaché et qui m'a laissé de marbre. Une conclusion qui rappellera le point de départ d'un film de Stanley Kubrick.
Hormis la première planche de chaque chapitre, c'est Anand RK, dont j'avais apprécié le travail sur Blue in green, qui réalise tout le reste, des crayonnés à l'encrage. Le résultat est convaincant avec ce côté vaporeux, délicat et onirique.
J'aime toujours autant.
Je pense que ce comics est à réserver à ceux qui ont lu les quelques aventures précédentes du personnage.
Un peu sévère au vu des autres avis. J'ai vraiment eu du mal avec cette bande dessinée.
Je ne suis simplement pas arrivé à terminer la lecture de l'histoire (80 pages sur 125). Des personnages déjà vus mille fois, dont on ne connaît au final rien, qui servent juste à faire avancer le récit - et ses deux personnages principaux - pour être dégagés une fois qu'ils ne servent plus, comme dans un film de série B sans relief.
On est dans la science fiction, bien entendu. Mais la science a complètement disparu du scénar. Invraissemblances historiques et de tout genre m'ont rendu l'immersion impossible, rendue déjà compliquée par ces personnages plats, et non exploités, si ce n'est dans leur extrême prouesse à surjouer le cliché (le type qui devient fou et tue tout le monde).
L'histoire n'a pas de fil conducteur réel, sauf celui annoncé dès les premières pages (recherche d'un disparu). On suit ce trop fin fil narratif, sans forme, dans les dédales souterrains où l'on passe un peu du coq à l'âne (d'une salle à l'autre), dans une voyage pseudo-hallucinant mais selon moi ultra-convenu, tant les ressorts habituels - et surtout ceux de la vieille SF remâchés à souhait - sont utilisés.
Rien contre l'aspect graphique en soi. Cependant le dessin, surtout celui des personnages -naïf et peu personnel- n'aide du coup pas à donner du relief à ces personnages et au récit. Ici c'est la couleur et les décors qui retinrent mon attention.
C'est une sensation de texte inutile, qui se veut explicatif, afin de justifier le récit et l'action qui m'a fait lâcher prise. Cela donne une sensation forcée et laborieuse au récit, qui m'a fatigué. Dommage, mes yeux y trouvaient cependant un certain plaisir.
3.5
Moi j'ai bien aimé l'album, mais je comprends la frustration de certains lecteurs car on vend un différent type de récit que ce qu'on nous vend. Personnellement, j'ai fini par accepter que le cadavre trouvé allait jouer un rôle mineur lorsque rendu au tiers du récit le cadavre n'était toujours pas là.
Il faut dire que dès les premières pages j'ai trouvé le récit prenant. J'aime les récits qui montrent différents points de vues et Brubaker réussit cette exercice de style avec brio ! On fait des allers-retours entre plusieurs personnages sans que cela devienne inutilement confus. Tout est clair et précis et au travers les différentes intrigues, les auteurs montrent la tristesse de la vie quotidienne. On est plus dans un roman graphique que dans un polar, d'ailleurs la colorisation est plus claire que dans les autres productions du duo et j’ai bien aimé. C'est bien de voir qu'ils sont capables de se renouveler après autant d'albums en commun, mas je comprends que ceux qui s'attendait à du pur polar vont être déçu.
Un autre bon polar du duo Brubaker et Phillips.
Ici, les auteurs traitent du sujet de la peur satanique qui a secoué les États-Unis des années 80 et lorsque je vois les théories du complot qui pullule sur le web anglophone, je me dis que les mentalités n'ont malheureusement pas trop changés après plusieurs décennies. La bonne idée est que le récit se passe plusieurs décennies après la fin de la panique et que l'héroïne faisait parti d'un groupe d'enfants qui lors de l'hystérie collective sur les sectes sataniques ont accusé des moniteurs d'une colonie satanique. On voit donc comment cet événement a brisée sa vie parce que ce n'est pas facile d'avoir été médiatiquement connu à 6-7 ans comme une victime de Satan en personne !
Le scénario est prenant et les auteurs ont décidément du talent pour pointer les travers de la société américaine. Comme souvent avec Brubaker l'histoire est bien tordue avec son lot de surprise même si je soupçonnais certaines choses qui se sont révélés exactes. On ne sais jamais ce qui est vrai et qui croire, ce qui va bien avec le thème de la panique satanique vu que dans la vraie vie des enfants qui étaient trop jeunes pour bien comprendre ce qui se passait ont été manipulé par des adultes pour détruire la vie d'autres adultes. Il y a juste la fin un peu abrupte qui m'a moins convaincu que le reste, mais cela reste un bon cru du duo.
Nous sommes donc au XIème siècle, dans une Angleterre qui vient de basculer sous le contrôle de Guillaume le Conquérant, après la bataille d'Hastings. Petite histoire dans la grande histoire, une jeune noble récemment veuve est sauvée par un ex-mercenaire danois sous le charme duquel elle tombe rapidement. Mais celui-ci devient à son tour amoureux d'une autre femme.
On a donc un récit de triangle amoureux avec un fond historique un peu complexe. J'avoue, j'ai dû un peu me renseigner pour remettre un peu les enjeux géopolitiques du moment et de la région. L'ensemble du récit rappelle fortement les drames shakespeariens, et pour cause, c'est là qu'il a puisé son inspiration ou carrément placé des histoires comme Macbeth. Si cette inspiration ou parenté n'est peut-être pas revendique par l'auteur, elle est réelle. Non-dits, trahisons, intrigue resserrée à cinq personnages, cela ressemble bel et bien à une tragédie en trois ou cinq actes. Et les personnages y montrent parfois un double visage, comme la cruauté d'Aelfhild, ou la vaillance au combat de Merwynn. Il y a des choses à creuser au niveau psychanalytique, je pense.
Si le dessin de Félix the Rover n'est pas encore mature, il progresse au long de l'album, comme le souligne justement en préface Mauricet, ami du jeune auteur. Si sa marge de progression est encore importante sur les personnages et les animaux, le côté un peu monolithique des bâtiments m'a semblé assez intéressant, comme la forme très particulière de la Motte, surnom de la forteresse commandée par Aelfhild.
Bref, si on n'est pas face à une BD d'une grande maîtrise, elle porte en elle des promesses pour l'avenir de la carrière de son auteur.
Voilà un récit historique qui m'intéressait d'autant plus que je n'y connaissais à peu près rien : la mission du célèbre prestidigitateur Robert-Houdin en Algérie, au service de la colonisation française. C'est une période que je trouve fascinante et la rencontre entre le monde la magie et le monde militaire ne l'est pas moins.
Mathieu Mariolle, l'auteur de la très réussie trilogie Nautilus, poursuit ici sa réflexion sur la conquête et la soif de pouvoir des hommes politiques et militaires. Disons-le tout de suite, c'est l'aspect le plus convenu d'Artifices, celui qui me fait hésiter quant à l'attribution d'un 4/5 pourtant certainement mérité. On a déjà lu tout ça ailleurs, et la vision de la colonisation reste trop marquée par ce cliché du militaire barbare prêt à tout faire brûler contre des innocents civils qui n'ont rien demandé à personne. Cette vision n'est pas fondamentalement fausse, mais elle nécessite d'être maniée avec un doigté et une délicatesse que Mariolle ne maîtrise que partiellement (à l'inverse du génial Alain Ayroles, par exemple). Certes, il nuance par moments son tableau, notamment avec les personnages de Jules Gachet, écartelé entre ses origines françaises et sa culture algérienne, ou celui, encore plus passionnant, de Nélia, une femme inspirée de la bien réelle Lalla Fatma N'Soumer, une femme qui rejette autant la société patriarcale qui est la sienne que la colonisation française. Ce personnage féminin n'est pas si manichéen qu'il en a l'air de prime abord, et tout l'intérêt de la narration repose sur elle. Mais elle ne parvient pas à effacer la dualité trop convenue entre le pacifiste Houdin et le belliqueux De Neveu. Une dizaine de pages en plus aurait sans doute permis de muscler un peu la réflexion pourtant captivante des auteurs.
Mais au-delà de cette survivance de clichés coloniaux et/ou post-coloniaux, Artifices passionne pour son récit d'aventures merveilleusement mis en images. Je ne connaissais pas le dessinateur Julen Ribas, mais cela m'étonne tant son trait est celui d'un grand dessinateur. J'ai beaucoup pensé à Alex Alice devant ce trait réaliste, doux et envoûtant, mis en valeur par des couleurs chaleureuses. L'Algérie est parfaitement rendue dans sa splendeur et son pouvoir de fascination extrême.
C'est le trait qui convenait le mieux pour mettre en scène l'aspect le plus passionnant de ce récit : le duel entre deux illusions, qui cherchent toutes deux à s'emparer des esprits. Si Robert-Houdin est missionné en Algérie, c'est pour démonter les "miracles" et la "magie" dont usent les marabouts pour séduire les foules et les mettre au service de leur guerre sainte. Or, Robert-Houdin est justement mandaté pour mettre en place une autre forme de "magie" qui servira non plus une idéologie religieuse, mais une idéologie politique. Cette dualité entre deux illusions au service de deux fanatismes différents est parfaitement décrite, et s'appuie judicieusement sur des dialogues certes mal dégrossis mais efficaces. Est-il finalement vraiment légitime de sauver les populations arabes de l'esclavage religieux qui leur est imposé si c'est pour les mettre au service de la République colonisatrice, guère moins inhumaine ? Une réflexion intéressante, qui vient renforcer la réflexion de cette bande dessinée, et atténue légèrement les clichés que j'ai reprochés ci-dessus.
Au bilan, malgré une opposition convenue entre deux personnages principaux trop clichés, j'ai vraiment apprécié la lecture de cet album, très fluide et magnifique à contempler. Le récit nous ouvre une page d'histoire qu'on devine très romancée, mais qui brosse malgré tout avec un certain talent les grands enjeux de la période. Avec encore un petit supplément ou en divisant l'intrigue en deux tomes (qui auraient pu jouer sur les points de vue des personnages), on aurait sans doute eu une bande dessinée majeure. En l'état, cela reste une lecture très plaisante et d'un intérêt qui ne se dément jamais.
Avec « De bonne foi », Marguerite Boutrolle nous offre un huis clos au dessin stylisé et aux thématiques diverses. L’album se lit vite malgré sa forte pagination et s’il n’est pas dénué d’intérêt, il ne m’aura pas autant marqué qu’il l’aurait pu.
L’histoire se déroule en Bretagne à une époque où la peine de mort est toujours d’application même si remise en question. Un anarchiste accusé de meurtre trouve refuge dans une maison isolée occupée par une étudiante en droit revenue dans celle-ci pour réviser. Les deux personnages vont progressivement se dévoiler et on va ainsi découvrir qu’un même traumatisme les relie. Le récit nous interroge de la sorte sur le sens des responsabilités, sur la pertinence de la peine de mort, sur le poids de nos erreurs passées. C’est plutôt pas mal mais pas assez creusé à mon goût. On reste plus dans un récit d’ambiance, pas spécialement oppressant malgré la thématique mais plutôt hors du temps. J’ai eu l’impression d’être dans l’œil du cyclone, ce moment d’accalmie au cœur de la tempête pour deux personnages qui peuvent alors prendre le temps de réfléchir à leurs actes.
Le dessin est particulier, déformant volontiers les perspectives. Ce qui crée une ambiance quelque peu fantastique à un récit pourtant tout ce qu’il y a de plus réaliste. Les grandes illustrations ne sont pas rares et, couplées avec le peu de textes, contribue à rendre la lecture très rapide. La colorisation, avec une palette de couleurs volontairement très réduite, ne fait qu'accentuer la chose. J’émettrai tout de même un gros bémol à propos de la physionomie des personnages dont il est très difficile de déterminer l’âge. L’anarchiste, surtout semble bien plus âgé que ce qu’il devrait être, et cela pose problème lors de certains passages du récit.
A la lecture j'ai eu le sentiment que l'autrice prenait plaisir à dessiner 'sa' Bretagne, multipliant les clins d'œil vis-à-vis des lieux visités. Je n'ai rien contre cette pratique mais, dans le cas présent, l'effet a été contre-productif, cassant l'ambiance de thriller qu'elle cherche à instaurer par ailleurs.
Dans l’ensemble, c’est plutôt pas mal mais un peu léger à mon goût. Je crains d’avoir vite oublier cette histoire. Que cela ne vous empêche pas d’y jeter un œil car il y a du taf et de la qualité.
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« Tout, mais pas Beyrouth ! », voilà le cri du cœur de la mère de Mathieu Diez, lorsqu’il lui annonce qu’il postulé pour un poste d’attaché culturel d’ambassade. Et, bien évidemment, c’est ce poste qu’il a décroché, en 2021. Plusieurs thématiques sont abordées dans ce documentaire aux airs de carnet de voyage. D’abord la découverte d’un pays, que le relatif calme du début de son séjour permet à l’auteur de découvrir. Et le travail d’un attaché culturel, qui réussit à mettre sur pieds plusieurs salons/rencontres d’auteurs, un salon de BD et un autre plus littéraire. Plusieurs rappels de l’histoire du Liban sont bien amenés. Ils permettent de mieux comprendre ce qui va progressivement se passer, dans une descente en enfers prévisible, pour qui suit l’actualité de la région. En effet, arrivé peu après le désastre de la méga explosion dans le port de Beyrouth, et alors que gabegies et corruption des élites dirigeantes hypothèque le relèvement du pays après la très longue guerre civile des années1970-1980, le dernier tiers du récit est occupé par les conflits dans lesquels le Liban va se trouver entrainé. Les attaques israéliennes, contre les Hezbollah d’abord, mais rapidement contre les civils libanais de façon quasi indifférencié (bombardements, explosions de « bippers », etc.), tout ceci allant crescendo après l’attaque du Hezbollah contre Israël en octobre 2023. L’activité culturelle est alors mise en suspens, les familles sont évacuées, et l’auteur lui aussi doit quitter le Liban, les bombes se rapprochant. On ne peut qu’être inquiet pour les Libanais, car le récit s’arrête avant les bombardements israéliens de ces derniers mois (qui ont tué des milliers de personnes et détruit des quartiers entiers des grandes villes, et rasé de dizaines de villages). Le Liban qui semblait revivre sous les yeux de l’auteur semble reparti dans une spirale infernale, dans l’indifférence internationale, son territoire amputé et ses infrastructures détruites au mépris du droit international. Le récit est vivant, un peu à la manière d’un Delisle. Pas trop autocentré, une narration dynamique et simple (comme le dessin de Jibé, qui use de plusieurs bichromies pour accompagner ce récit). Une lecture intéressante.
Watership Down
Watership Down nous conte l'histoire d'un jeune groupe de lapins depuis leur "évasion" de leur garenne originelle à la création de leur propre garenne. J'ai trouvé l' histoire fort intéressante même si certains passages trainent un peu en longueur. L'idée de prendre des lapins en héros est vraiment surprenante et osée. En effet dans l'imaginaire collectif le lapin est une gentille petite bête craintive mais que nenni mon brave, certaines castagnes n'ont rien à envier à des combat d'animaux plus "féroces" Comme l'indique cac dans son avis l'analogie à la société humaine parait évidente. Il y est question d'émancipation, de lutte de classes, de liberté et de vivre ensemble. Des thèmes universels et qui parlent facilement au plus grand nombre Toutefois j'ai un petit bémol sur la différenciation des différents protagonistes. Par moment elle n'est vraiment pas évidente et il m'est arrivé de me perdre De plus si ma lecture fut plaisante je n'ai pas eu non plus ce gout de "reviens-y" qui me permettrait de monter ma note Note réelle 3.5/5
Deathbringer
Dans un univers sombre et brutal, Deathbringer nous plonge dans le destin croisé d’un héros solitaire et d’une héroïne prise dans les rouages d’une forme d’inquisition impitoyable. Entre violence, oppression et quête de vérité, Ismaël Legrand construit un récit de dark fantasy dense et ambitieux, porté par une ambiance fascinante. Avec Deathbringer, Deathbringer Ismaël Legrand propose une œuvre visuellement magnifique. Son trait est somptueux, détaillé, habité, et donne vie à un univers sombre particulièrement immersif. Chaque planche dégage une vraie puissance graphique, avec une ambiance pesante et une direction artistique qui captivent immédiatement. C’est clairement l’un des grands points forts de l’album. Le scénario est lui aussi bien ficelé, du moins dans sa première moitié, où l’intrigue se met en place avec clarté et efficacité. On suit avec intérêt ces personnages pris dans un monde brutal dominé par la peur, la violence et une forme d’oppression inquisitoriale. L’univers intrigue, les enjeux se dessinent bien, et l’on se laisse porter avec plaisir. En revanche, la seconde moitié du récit devient plus complexe à suivre. Les ramifications du scénario se densifient, les personnages se multiplient, et j’ai parfois eu du mal à bien identifier qui était qui et à suivre clairement certains enchaînements narratifs. Peut-être est-ce volontaire pour renforcer la richesse de l’univers, ou peut-être est-ce simplement moi, mais cette partie m’a paru moins fluide que le début. Cela n’enlève cependant rien aux grandes qualités de l’album : Deathbringer reste une bande dessinée ambitieuse, portée par un univers fort et surtout par une réalisation graphique exceptionnelle. Même si la narration devient parfois un peu confuse, la beauté des dessins et la noirceur fascinante du monde imaginé par Ismaël Legrand en font une lecture marquante. Je lui mets finalement un 4, même si au fond ma vraie note serait plutôt 3,5, tant la partie graphique mérite à elle seule de hausser l’appréciation générale.
Resurrection Man
Je ne connaissais pas l'existence de ce super-héros de l'univers DC Comics. Ce Resurrection Man a la faculté de résurrection (cela semblait évident, je sais) après chacune de ses morts, mais aussi d'acquérir un nouveau super-pouvoir à chaque renaissance. Super-pouvoir en relation avec la cause de sa mort, tandis qu'il perd celui obtenu précédemment. C'est un personnage qui a marqué Ram V lors de son adolescence et cette BD est un hommage. Et quoi de mieux que d'inviter un des créateurs du personnage, Jackson « Butch » Guice devait donc dessiner la première planche de chaque chapitre, ce qu'il fera pour les quatre premiers et en partie pour le cinquième, mais son décès a stoppé cette collaboration. C'est Mike Perkins qui reprend le flambeau pour le dernier chapitre et pour terminer le cinquième. Ram V nous propose de découvrir les origines de ce super-héros au travers un récit non linéaire qui exploite les engrenages du temps et qui questionne sur la vie (pacte avec le temps). En effet, il meurt, il se réveille, il meurt de nouveau et se réveille encore, encore et encore... L'histoire est brouillonne et pas toujours simple à suivre. De plus, je ne suis jamais entré complètement dans celle-ci malgré quelques passages touchants. Un personnage auquel je ne me suis pas attaché et qui m'a laissé de marbre. Une conclusion qui rappellera le point de départ d'un film de Stanley Kubrick. Hormis la première planche de chaque chapitre, c'est Anand RK, dont j'avais apprécié le travail sur Blue in green, qui réalise tout le reste, des crayonnés à l'encrage. Le résultat est convaincant avec ce côté vaporeux, délicat et onirique. J'aime toujours autant. Je pense que ce comics est à réserver à ceux qui ont lu les quelques aventures précédentes du personnage.
Satanie (Voyage en Satanie)
Un peu sévère au vu des autres avis. J'ai vraiment eu du mal avec cette bande dessinée. Je ne suis simplement pas arrivé à terminer la lecture de l'histoire (80 pages sur 125). Des personnages déjà vus mille fois, dont on ne connaît au final rien, qui servent juste à faire avancer le récit - et ses deux personnages principaux - pour être dégagés une fois qu'ils ne servent plus, comme dans un film de série B sans relief. On est dans la science fiction, bien entendu. Mais la science a complètement disparu du scénar. Invraissemblances historiques et de tout genre m'ont rendu l'immersion impossible, rendue déjà compliquée par ces personnages plats, et non exploités, si ce n'est dans leur extrême prouesse à surjouer le cliché (le type qui devient fou et tue tout le monde). L'histoire n'a pas de fil conducteur réel, sauf celui annoncé dès les premières pages (recherche d'un disparu). On suit ce trop fin fil narratif, sans forme, dans les dédales souterrains où l'on passe un peu du coq à l'âne (d'une salle à l'autre), dans une voyage pseudo-hallucinant mais selon moi ultra-convenu, tant les ressorts habituels - et surtout ceux de la vieille SF remâchés à souhait - sont utilisés. Rien contre l'aspect graphique en soi. Cependant le dessin, surtout celui des personnages -naïf et peu personnel- n'aide du coup pas à donner du relief à ces personnages et au récit. Ici c'est la couleur et les décors qui retinrent mon attention. C'est une sensation de texte inutile, qui se veut explicatif, afin de justifier le récit et l'action qui m'a fait lâcher prise. Cela donne une sensation forcée et laborieuse au récit, qui m'a fatigué. Dommage, mes yeux y trouvaient cependant un certain plaisir.
Là où gisait le corps
3.5 Moi j'ai bien aimé l'album, mais je comprends la frustration de certains lecteurs car on vend un différent type de récit que ce qu'on nous vend. Personnellement, j'ai fini par accepter que le cadavre trouvé allait jouer un rôle mineur lorsque rendu au tiers du récit le cadavre n'était toujours pas là. Il faut dire que dès les premières pages j'ai trouvé le récit prenant. J'aime les récits qui montrent différents points de vues et Brubaker réussit cette exercice de style avec brio ! On fait des allers-retours entre plusieurs personnages sans que cela devienne inutilement confus. Tout est clair et précis et au travers les différentes intrigues, les auteurs montrent la tristesse de la vie quotidienne. On est plus dans un roman graphique que dans un polar, d'ailleurs la colorisation est plus claire que dans les autres productions du duo et j’ai bien aimé. C'est bien de voir qu'ils sont capables de se renouveler après autant d'albums en commun, mas je comprends que ceux qui s'attendait à du pur polar vont être déçu.
La Maison des impies
Un autre bon polar du duo Brubaker et Phillips. Ici, les auteurs traitent du sujet de la peur satanique qui a secoué les États-Unis des années 80 et lorsque je vois les théories du complot qui pullule sur le web anglophone, je me dis que les mentalités n'ont malheureusement pas trop changés après plusieurs décennies. La bonne idée est que le récit se passe plusieurs décennies après la fin de la panique et que l'héroïne faisait parti d'un groupe d'enfants qui lors de l'hystérie collective sur les sectes sataniques ont accusé des moniteurs d'une colonie satanique. On voit donc comment cet événement a brisée sa vie parce que ce n'est pas facile d'avoir été médiatiquement connu à 6-7 ans comme une victime de Satan en personne ! Le scénario est prenant et les auteurs ont décidément du talent pour pointer les travers de la société américaine. Comme souvent avec Brubaker l'histoire est bien tordue avec son lot de surprise même si je soupçonnais certaines choses qui se sont révélés exactes. On ne sais jamais ce qui est vrai et qui croire, ce qui va bien avec le thème de la panique satanique vu que dans la vraie vie des enfants qui étaient trop jeunes pour bien comprendre ce qui se passait ont été manipulé par des adultes pour détruire la vie d'autres adultes. Il y a juste la fin un peu abrupte qui m'a moins convaincu que le reste, mais cela reste un bon cru du duo.
Les Cendres du Nord
Nous sommes donc au XIème siècle, dans une Angleterre qui vient de basculer sous le contrôle de Guillaume le Conquérant, après la bataille d'Hastings. Petite histoire dans la grande histoire, une jeune noble récemment veuve est sauvée par un ex-mercenaire danois sous le charme duquel elle tombe rapidement. Mais celui-ci devient à son tour amoureux d'une autre femme. On a donc un récit de triangle amoureux avec un fond historique un peu complexe. J'avoue, j'ai dû un peu me renseigner pour remettre un peu les enjeux géopolitiques du moment et de la région. L'ensemble du récit rappelle fortement les drames shakespeariens, et pour cause, c'est là qu'il a puisé son inspiration ou carrément placé des histoires comme Macbeth. Si cette inspiration ou parenté n'est peut-être pas revendique par l'auteur, elle est réelle. Non-dits, trahisons, intrigue resserrée à cinq personnages, cela ressemble bel et bien à une tragédie en trois ou cinq actes. Et les personnages y montrent parfois un double visage, comme la cruauté d'Aelfhild, ou la vaillance au combat de Merwynn. Il y a des choses à creuser au niveau psychanalytique, je pense. Si le dessin de Félix the Rover n'est pas encore mature, il progresse au long de l'album, comme le souligne justement en préface Mauricet, ami du jeune auteur. Si sa marge de progression est encore importante sur les personnages et les animaux, le côté un peu monolithique des bâtiments m'a semblé assez intéressant, comme la forme très particulière de la Motte, surnom de la forteresse commandée par Aelfhild. Bref, si on n'est pas face à une BD d'une grande maîtrise, elle porte en elle des promesses pour l'avenir de la carrière de son auteur.
Artifices
Voilà un récit historique qui m'intéressait d'autant plus que je n'y connaissais à peu près rien : la mission du célèbre prestidigitateur Robert-Houdin en Algérie, au service de la colonisation française. C'est une période que je trouve fascinante et la rencontre entre le monde la magie et le monde militaire ne l'est pas moins. Mathieu Mariolle, l'auteur de la très réussie trilogie Nautilus, poursuit ici sa réflexion sur la conquête et la soif de pouvoir des hommes politiques et militaires. Disons-le tout de suite, c'est l'aspect le plus convenu d'Artifices, celui qui me fait hésiter quant à l'attribution d'un 4/5 pourtant certainement mérité. On a déjà lu tout ça ailleurs, et la vision de la colonisation reste trop marquée par ce cliché du militaire barbare prêt à tout faire brûler contre des innocents civils qui n'ont rien demandé à personne. Cette vision n'est pas fondamentalement fausse, mais elle nécessite d'être maniée avec un doigté et une délicatesse que Mariolle ne maîtrise que partiellement (à l'inverse du génial Alain Ayroles, par exemple). Certes, il nuance par moments son tableau, notamment avec les personnages de Jules Gachet, écartelé entre ses origines françaises et sa culture algérienne, ou celui, encore plus passionnant, de Nélia, une femme inspirée de la bien réelle Lalla Fatma N'Soumer, une femme qui rejette autant la société patriarcale qui est la sienne que la colonisation française. Ce personnage féminin n'est pas si manichéen qu'il en a l'air de prime abord, et tout l'intérêt de la narration repose sur elle. Mais elle ne parvient pas à effacer la dualité trop convenue entre le pacifiste Houdin et le belliqueux De Neveu. Une dizaine de pages en plus aurait sans doute permis de muscler un peu la réflexion pourtant captivante des auteurs. Mais au-delà de cette survivance de clichés coloniaux et/ou post-coloniaux, Artifices passionne pour son récit d'aventures merveilleusement mis en images. Je ne connaissais pas le dessinateur Julen Ribas, mais cela m'étonne tant son trait est celui d'un grand dessinateur. J'ai beaucoup pensé à Alex Alice devant ce trait réaliste, doux et envoûtant, mis en valeur par des couleurs chaleureuses. L'Algérie est parfaitement rendue dans sa splendeur et son pouvoir de fascination extrême. C'est le trait qui convenait le mieux pour mettre en scène l'aspect le plus passionnant de ce récit : le duel entre deux illusions, qui cherchent toutes deux à s'emparer des esprits. Si Robert-Houdin est missionné en Algérie, c'est pour démonter les "miracles" et la "magie" dont usent les marabouts pour séduire les foules et les mettre au service de leur guerre sainte. Or, Robert-Houdin est justement mandaté pour mettre en place une autre forme de "magie" qui servira non plus une idéologie religieuse, mais une idéologie politique. Cette dualité entre deux illusions au service de deux fanatismes différents est parfaitement décrite, et s'appuie judicieusement sur des dialogues certes mal dégrossis mais efficaces. Est-il finalement vraiment légitime de sauver les populations arabes de l'esclavage religieux qui leur est imposé si c'est pour les mettre au service de la République colonisatrice, guère moins inhumaine ? Une réflexion intéressante, qui vient renforcer la réflexion de cette bande dessinée, et atténue légèrement les clichés que j'ai reprochés ci-dessus. Au bilan, malgré une opposition convenue entre deux personnages principaux trop clichés, j'ai vraiment apprécié la lecture de cet album, très fluide et magnifique à contempler. Le récit nous ouvre une page d'histoire qu'on devine très romancée, mais qui brosse malgré tout avec un certain talent les grands enjeux de la période. Avec encore un petit supplément ou en divisant l'intrigue en deux tomes (qui auraient pu jouer sur les points de vue des personnages), on aurait sans doute eu une bande dessinée majeure. En l'état, cela reste une lecture très plaisante et d'un intérêt qui ne se dément jamais.
De bonne foi
Avec « De bonne foi », Marguerite Boutrolle nous offre un huis clos au dessin stylisé et aux thématiques diverses. L’album se lit vite malgré sa forte pagination et s’il n’est pas dénué d’intérêt, il ne m’aura pas autant marqué qu’il l’aurait pu. L’histoire se déroule en Bretagne à une époque où la peine de mort est toujours d’application même si remise en question. Un anarchiste accusé de meurtre trouve refuge dans une maison isolée occupée par une étudiante en droit revenue dans celle-ci pour réviser. Les deux personnages vont progressivement se dévoiler et on va ainsi découvrir qu’un même traumatisme les relie. Le récit nous interroge de la sorte sur le sens des responsabilités, sur la pertinence de la peine de mort, sur le poids de nos erreurs passées. C’est plutôt pas mal mais pas assez creusé à mon goût. On reste plus dans un récit d’ambiance, pas spécialement oppressant malgré la thématique mais plutôt hors du temps. J’ai eu l’impression d’être dans l’œil du cyclone, ce moment d’accalmie au cœur de la tempête pour deux personnages qui peuvent alors prendre le temps de réfléchir à leurs actes. Le dessin est particulier, déformant volontiers les perspectives. Ce qui crée une ambiance quelque peu fantastique à un récit pourtant tout ce qu’il y a de plus réaliste. Les grandes illustrations ne sont pas rares et, couplées avec le peu de textes, contribue à rendre la lecture très rapide. La colorisation, avec une palette de couleurs volontairement très réduite, ne fait qu'accentuer la chose. J’émettrai tout de même un gros bémol à propos de la physionomie des personnages dont il est très difficile de déterminer l’âge. L’anarchiste, surtout semble bien plus âgé que ce qu’il devrait être, et cela pose problème lors de certains passages du récit. A la lecture j'ai eu le sentiment que l'autrice prenait plaisir à dessiner 'sa' Bretagne, multipliant les clins d'œil vis-à-vis des lieux visités. Je n'ai rien contre cette pratique mais, dans le cas présent, l'effet a été contre-productif, cassant l'ambiance de thriller qu'elle cherche à instaurer par ailleurs. Dans l’ensemble, c’est plutôt pas mal mais un peu léger à mon goût. Je crains d’avoir vite oublier cette histoire. Que cela ne vous empêche pas d’y jeter un œil car il y a du taf et de la qualité.