Comme pour les autres albums de William Augel chez la Boite à Bulles, le principe consiste ici à imaginer une enfance fantasmée d'Agatha Christie à travers une succession de petites histoires humoristiques et de mini-enquêtes. On retrouve plein de clins d'oeil à son univers futur, à Miss Marple, Hercule Poirot ou certains titres de ses romans, avec aussi quelques énigmes interactives dont le lecteur trouvera la solution en fin d'album.
C'est une BD jeunesse agréable à feuilleter, surtout grâce au dessin de William Augel que j'aime beaucoup. Son trait est à la fois rond, souple et très assuré, avec des personnages immédiatement attachants, des décors simples mais soignés, et une palette de couleurs douces et élégantes qui donne énormément de charme à l'ensemble. Visuellement, c'est un album chaleureux et très plaisant à parcourir.
En revanche, je reste un peu perplexe sur le public réellement visé. D'un côté, l'humour et plusieurs gags sont très enfantins, avec des histoires courtes et des énigmes qui semblent pensées pour des lecteurs de moins de dix ans. Mais à côté de ça, d'autres références ou enquêtes demandent déjà un peu plus d'attention, et surtout le simple fait de s'intéresser à une version romancée de la jeunesse d'Agatha Christie parlera probablement davantage à des lecteurs plus âgés que le ton général de l'album.
Du coup, j'ai parfois eu l'impression d'un léger décalage entre le sujet traité et la manière très jeunesse de l'aborder. Cela reste une lecture sympathique, fraîche et pleine de bonne humeur, mais je suis resté un peu circonspect sur l'équilibre global de l'ensemble.
L’homme que nous suivons a choisi, peu avant le confinement, de vivre plusieurs mois dans un arbre, dans une cabane frugale mais « pensée » qu’il s’est lui-même construit. Pour faire le point sur sa vie (il a dû arrêter son activité d’éleveur – et entre les lignes ont devine que des idées suicidaires lui sont passé par la tête), lui redonner sens. Ce choix est accompagné par sa famille (sa femme et ses enfants), qui vient le voir chaque semaine.
C’est une expérience originale, qui pousse immanquablement le lecteur à se poser des questions sur ses valeurs et sa vie. C’est aussi quelque chose qui pousse à réfléchir sur la société en général, les rapports entretenus avec la nature.
Le récit est ponctué de réflexions plus ou moins philosophiques (mais rien de prise de tête ni d’artificiel), et de jolies planches « naturalistes » : c’est souvent simple, mais beau, et plein d’optimisme, d’empathie pour la vie sous toutes ses formes.
En refermant l’album on a l’impression d’avoir participé à cette « cure ».
Une lecture agréable en tout cas, plaisante et qui fait intelligemment réfléchir – même si je ne me vois pas personnellement jouer à ce point à l’ermite.
Une BD qui m'a surtout laissé perplexe. Je comprends l'intention de proposer une approche absurde et décalée de la Shoah et de l'occupation nazie en Pologne, avec des personnages grotesques ou hybrides au milieu de soldats réalistes, mais je n'ai jamais vraiment réussi à entrer dedans ni à comprendre où les auteurs voulaient m'emmener.
Le mélange entre récit historique sombre et fantaisie loufoque m'a paru forcé, parfois même arbitraire. Entre les personnages à têtes animales, le nain nazi habillé comme un magicien, les situations absurdes et une intrigue qui donne l'impression d'enchaîner des scènes sans vraie progression, j'ai surtout eu une sensation de confusion permanente. L'histoire semble commencer au milieu de quelque chose et se terminer sans véritable conclusion, avec un côté inachevé qui aurait pu être frustrant si je n'étais resté aussi indifférent au reste de l'album.
Le graphisme participe aussi beaucoup à cette impression. Ce dessin réaliste mélangé à des éléments caricaturaux ou totalement décalés m'a rappelé celui de Bloody Mary que je n'avais déjà pas apprécié. Je comprends l'originalité de son étrangeté ou de son audace visuelle, mais personnellement il m'a surtout tenu à distance du récit au lieu de renforcer son impact.
Certaines idées de mise en scène sont originales, mais j'ai trouvé l'ensemble trop nébuleux et démonstratif pour réellement me toucher. L'album donne l'impression d'utiliser l'absurde comme une fin en soi sans réussir à construire quelque chose de cohérent ou émotionnellement fort autour.
Un jeune garçon, visiblement de bonne famille, fuit en train la ville de New York et se retrouve pris sous l'aile d'un vétéran hobo charismatique, Arizona Joe.
On croit au départ que cette série va s'attacher aux aventures de hobos sillonnant clandestinement les États-Unis à la fin du XIXe siècle. Mais on découvre assez vite que ce n'est en réalité qu'un prologue, et que le véritable récit porte sur ce même garçon devenu adulte, revenu dans son riche milieu de banquiers new-yorkais tout en conservant de cette courte errance un goût du risque, des combats clandestins et une fascination persistante pour ces vagabonds du rail.
Le mélange est assez étrange et parfois difficile à cerner. Le personnage principal reste très distant tout au long du récit, parlant peu et laissant beaucoup de zones d'ombre. Comme il ne dit quasiment rien dans toute la partie introductive, il faut avoir lu le résumé de l'album pour bien comprendre les raisons profondes de sa fuite. De la même manière, la relation avec Arizona Joe m'a paru un peu artificielle : on ne saisit pas vraiment pourquoi ce vétéran hobo à l'allure de Richard Bronson s'attache aussi vite à lui, ni pourquoi, une fois adulte, Newland ressent ce besoin permanent de mettre sa vie en danger dans des quartiers présentés comme extrêmement violents voire mortels pour les autres que lui. Ce côté héros romantique, torturé mais constamment protégé par le scénario et sa position sociale, ne m'a pas énormément touché.
En revanche, j'ai trouvé intéressante la plongée dans cette Amérique de la fin du XIXe siècle, qui rappelle déjà celle de la crise de 1929 alors que les grandes fortunes bancaires se construisent sur un pays traversé par des inégalités énormes. Tout l'aspect documentaire sur les hobos, les débuts de Wall Street et cette société fracturée apporte une richesse au récit, d'autant que le dossier en fin d'album est particulièrement instructif.
Graphiquement, Fabrice Meddour livre un beau travail. Les couleurs désaturées sur lesquelles contrastent le roux intense des cheveux du héros lui donnent des petits airs de Sambre, ce qui participe à l'atmosphère mélancolique et poussiéreuse du récit. Et la couverture est très belle.
Ce fut une lecture intéressante et assez atypique, mais je reste un peu à distance du personnage principal et de ses motivations. Je suis curieux malgré tout de voir où les auteurs veulent aller avec le second et dernier tome.
Quand je suis allez chez mon libraire spécialisé je ne m’attendais pas à retrouver cette agneau qui m’est familier.
Ayant joué, et beaucoup apprécié, au jeu vidéo, je n’imaginais pas ne pas acheter cette BD.
Bon…
La lecture m’a un peu déçu. En effet, dans le jeu vidéo, les difficultés sont les suivantes :
- s’agissant d’un Rogue Like, l’objectif est de parcourir un donjon, de tuer des créatures, obtenir des récompenses puis finir par mourir avant de recommencer
- en parallèle de quoi nous avons pour objectif de sauver des animaux en voie d’être sacrifié afin d’en faire des fidèles
- à qui nous devons fournir un foyer, de la nourriture, un nettoyage des excrément (oui oui) et un travail en échange de leur foi et leur force de travail
La narration du jeu nous fais incarner un agneau qui devient sauveur et espoir des siens pour un monde libéré d’une doctrine sanglante.
Autant dire tout de suite que rien (ou presque rien) n’est retenu et que l’on a presque affaire à une œuvre complètement différente. Pas mauvaise. Mais différente.
C’est fois l’agneau devient loup et surtout une menace pour les siens : il n’ont rien à manger ? Tant pis. Ils sont malade ? Tant pis. Il ne veulent rien faire d’autre que prier ? Tant pis.
J’espère que ce premier tome n’était qu’une mauvaise introduction et que la suite saura rattraper tout ça
En revanche l’immense point fort est visuel : tout est bon selon moi. Le dessin, les décors, la couleurs, etc… me donnent envie d’en voir plus et me font mettre une 3ème étoile à cet album
Une belle poésie qui navigue entre plusieurs sujets : la conscience de l’IA, la hiérarchie entre la valeur de la vie humaine et sauvage, les liens familiaux…
Je recommande pour quiconque souhaite passer un bon moment.
J'ai plutôt aimé ma lecture qui y intègre des personnages réels comme Louis Riel dans différents récits autour de Luke. Bien sûr le graphisme de Brüno est particulier, on a un Luke qui fait très jeune mais on s'y fait en quelques pages. Pour autant l'humour est peu présent, Lucky Luke lui-même est assez transparent et parfois faillible, il subit plus qu'il n'est acteur de ces aventures.
J'ai déjà pu entendre ses chroniques et voir un spectacle d'Aymeric Lompret mais pas Yolo dont c'est ici l'adaptation en bande dessinée. On suit un sans-abri qui arrive à Paris en blablacar conduit par un facho. On ne sait pas grand chose sur son parcours de vie, tout ce qu'on voit est qu'il cherche son chien. Ou bien il parle tout seul pour tromper la solitude. Tout l'album est d'ailleurs un quasi monologue, comme un one man show mais dans la rue. Sauf qu'on n'a pas la voix et l'intonation de Lompret.
Le dessin est simple disons, mais on ne vient pas chercher un graphisme incroyable, on reconnait bien les différentes cibles telles que Hanouna, Pascal Praud, Gad Elmaleh ou l'abbé Pierre entre autres. Pas particulièrement hilarant et certaines blagues seront obsolètes à court terme mais ça plaira aux fans de l'auteur et de son humour parfois corrosif envers la droite. Le travail salarié c'est pour les abrutis et tous les patrons sont des nazis qui s'enrichissent sur leurs dos, les proprios profitent des locataires etc. Même si c'est un discours que je n'approuve pas forcément, l'ensemble se lit bien.
Je ne sais pas ce que Sophie Adriansen a mis d’elle-même dans le personnage d’Alix (ou plutôt ce qu’elle a mis de sa mère dans celle d’Alix !), mais j’imagine (à tort ?) qu’il y a peut-être quelque chose d’autobiographique dans ce récit.
Un récit qui prend le temps d’installer le « problème », de le marteler, de façon répétitive, tant le comportement de la mède d’Alix s’apparente à un harcèlement systématique. Une dépréciation des autres, une accumulation d’idées et de mots négatifs, de mauvaises ondes, qui finissent par saper le moral de celle qui reçoit en pleine figure ces baffes virtuelles. L’album affirme que 20 % de la population aurait grandi aux côtés d’un parent aussi « toxique ». Ça n’a heureusement pas été mon cas (et je n’en connais pas non plus), mais ça fait froid dans le dos, tant c’est destructeur.
Le dessin use d’un trait léger, qui évacue souvent détails et décors. Pas forcément mon truc, mais il est lisible et fluide. Et le choix de ne faire apparaitre la mère toxique uniquement sous la forme d’une ombre, un personnage tout noir au visage sans trait, est plutôt bon.
Le récit est intéressant, et le « problème » est traité de façon agréable.
Tehem nous propose un récit intéressant, souvent amusant (jamais d’éclats de rire, mais on sourit souvent – en particulier au détriment des préventions de l’aristo, qui peine pas mal à s’adapter à une situation où il n’est plus avantagé d’office par une particule).
L’intrigue fait penser à du Swift (« Le voyage de Gulliver »), du Voltaire (« Candide » ou « Histoire des voyages de Scarmentado » – pour la partie sur l’inversion des termes de l’esclavage par exemple), mais aussi à pas mal de récits de voyage – plus ou moins fantasmés et édifiants ou à vertu philosophique des siècles passés.
Émilien, un jeune noble se lance dans le commerce de « nègres », mais son navire négrier fait naufrage. Lui et une servante esclave, Prudence, s’échoue sur une île inconnue. Rapidement séparés, nous les suivons alternativement (avec la vision des mêmes moments d’autres personnages) dans leurs aventures pour « survivre », dans une jungle où les bestioles et les peuples inconnus et originaux sont autant de menaces, auxquelles ils s’adaptent plus ou moins bien.
L’histoire se laisse lire agréablement – et rapidement. Tehem nous propose une sorte de conte philosophique qui peut se lire à plusieurs niveaux. Une lecture plaisante et recommandable, avec un dessin simple, mais fluide, qui accompagne bien le récit.
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Les Petits Génies - Little Agatha Christie
Comme pour les autres albums de William Augel chez la Boite à Bulles, le principe consiste ici à imaginer une enfance fantasmée d'Agatha Christie à travers une succession de petites histoires humoristiques et de mini-enquêtes. On retrouve plein de clins d'oeil à son univers futur, à Miss Marple, Hercule Poirot ou certains titres de ses romans, avec aussi quelques énigmes interactives dont le lecteur trouvera la solution en fin d'album. C'est une BD jeunesse agréable à feuilleter, surtout grâce au dessin de William Augel que j'aime beaucoup. Son trait est à la fois rond, souple et très assuré, avec des personnages immédiatement attachants, des décors simples mais soignés, et une palette de couleurs douces et élégantes qui donne énormément de charme à l'ensemble. Visuellement, c'est un album chaleureux et très plaisant à parcourir. En revanche, je reste un peu perplexe sur le public réellement visé. D'un côté, l'humour et plusieurs gags sont très enfantins, avec des histoires courtes et des énigmes qui semblent pensées pour des lecteurs de moins de dix ans. Mais à côté de ça, d'autres références ou enquêtes demandent déjà un peu plus d'attention, et surtout le simple fait de s'intéresser à une version romancée de la jeunesse d'Agatha Christie parlera probablement davantage à des lecteurs plus âgés que le ton général de l'album. Du coup, j'ai parfois eu l'impression d'un léger décalage entre le sujet traité et la manière très jeunesse de l'aborder. Cela reste une lecture sympathique, fraîche et pleine de bonne humeur, mais je suis resté un peu circonspect sur l'équilibre global de l'ensemble.
Par la force des arbres
L’homme que nous suivons a choisi, peu avant le confinement, de vivre plusieurs mois dans un arbre, dans une cabane frugale mais « pensée » qu’il s’est lui-même construit. Pour faire le point sur sa vie (il a dû arrêter son activité d’éleveur – et entre les lignes ont devine que des idées suicidaires lui sont passé par la tête), lui redonner sens. Ce choix est accompagné par sa famille (sa femme et ses enfants), qui vient le voir chaque semaine. C’est une expérience originale, qui pousse immanquablement le lecteur à se poser des questions sur ses valeurs et sa vie. C’est aussi quelque chose qui pousse à réfléchir sur la société en général, les rapports entretenus avec la nature. Le récit est ponctué de réflexions plus ou moins philosophiques (mais rien de prise de tête ni d’artificiel), et de jolies planches « naturalistes » : c’est souvent simple, mais beau, et plein d’optimisme, d’empathie pour la vie sous toutes ses formes. En refermant l’album on a l’impression d’avoir participé à cette « cure ». Une lecture agréable en tout cas, plaisante et qui fait intelligemment réfléchir – même si je ne me vois pas personnellement jouer à ce point à l’ermite.
Achtung Zelig !
Une BD qui m'a surtout laissé perplexe. Je comprends l'intention de proposer une approche absurde et décalée de la Shoah et de l'occupation nazie en Pologne, avec des personnages grotesques ou hybrides au milieu de soldats réalistes, mais je n'ai jamais vraiment réussi à entrer dedans ni à comprendre où les auteurs voulaient m'emmener. Le mélange entre récit historique sombre et fantaisie loufoque m'a paru forcé, parfois même arbitraire. Entre les personnages à têtes animales, le nain nazi habillé comme un magicien, les situations absurdes et une intrigue qui donne l'impression d'enchaîner des scènes sans vraie progression, j'ai surtout eu une sensation de confusion permanente. L'histoire semble commencer au milieu de quelque chose et se terminer sans véritable conclusion, avec un côté inachevé qui aurait pu être frustrant si je n'étais resté aussi indifférent au reste de l'album. Le graphisme participe aussi beaucoup à cette impression. Ce dessin réaliste mélangé à des éléments caricaturaux ou totalement décalés m'a rappelé celui de Bloody Mary que je n'avais déjà pas apprécié. Je comprends l'originalité de son étrangeté ou de son audace visuelle, mais personnellement il m'a surtout tenu à distance du récit au lieu de renforcer son impact. Certaines idées de mise en scène sont originales, mais j'ai trouvé l'ensemble trop nébuleux et démonstratif pour réellement me toucher. L'album donne l'impression d'utiliser l'absurde comme une fin en soi sans réussir à construire quelque chose de cohérent ou émotionnellement fort autour.
La Vie extraordinaire d'Arizona Joe
Un jeune garçon, visiblement de bonne famille, fuit en train la ville de New York et se retrouve pris sous l'aile d'un vétéran hobo charismatique, Arizona Joe. On croit au départ que cette série va s'attacher aux aventures de hobos sillonnant clandestinement les États-Unis à la fin du XIXe siècle. Mais on découvre assez vite que ce n'est en réalité qu'un prologue, et que le véritable récit porte sur ce même garçon devenu adulte, revenu dans son riche milieu de banquiers new-yorkais tout en conservant de cette courte errance un goût du risque, des combats clandestins et une fascination persistante pour ces vagabonds du rail. Le mélange est assez étrange et parfois difficile à cerner. Le personnage principal reste très distant tout au long du récit, parlant peu et laissant beaucoup de zones d'ombre. Comme il ne dit quasiment rien dans toute la partie introductive, il faut avoir lu le résumé de l'album pour bien comprendre les raisons profondes de sa fuite. De la même manière, la relation avec Arizona Joe m'a paru un peu artificielle : on ne saisit pas vraiment pourquoi ce vétéran hobo à l'allure de Richard Bronson s'attache aussi vite à lui, ni pourquoi, une fois adulte, Newland ressent ce besoin permanent de mettre sa vie en danger dans des quartiers présentés comme extrêmement violents voire mortels pour les autres que lui. Ce côté héros romantique, torturé mais constamment protégé par le scénario et sa position sociale, ne m'a pas énormément touché. En revanche, j'ai trouvé intéressante la plongée dans cette Amérique de la fin du XIXe siècle, qui rappelle déjà celle de la crise de 1929 alors que les grandes fortunes bancaires se construisent sur un pays traversé par des inégalités énormes. Tout l'aspect documentaire sur les hobos, les débuts de Wall Street et cette société fracturée apporte une richesse au récit, d'autant que le dossier en fin d'album est particulièrement instructif. Graphiquement, Fabrice Meddour livre un beau travail. Les couleurs désaturées sur lesquelles contrastent le roux intense des cheveux du héros lui donnent des petits airs de Sambre, ce qui participe à l'atmosphère mélancolique et poussiéreuse du récit. Et la couverture est très belle. Ce fut une lecture intéressante et assez atypique, mais je reste un peu à distance du personnage principal et de ses motivations. Je suis curieux malgré tout de voir où les auteurs veulent aller avec le second et dernier tome.
Cult of the Lamb
Quand je suis allez chez mon libraire spécialisé je ne m’attendais pas à retrouver cette agneau qui m’est familier. Ayant joué, et beaucoup apprécié, au jeu vidéo, je n’imaginais pas ne pas acheter cette BD. Bon… La lecture m’a un peu déçu. En effet, dans le jeu vidéo, les difficultés sont les suivantes : - s’agissant d’un Rogue Like, l’objectif est de parcourir un donjon, de tuer des créatures, obtenir des récompenses puis finir par mourir avant de recommencer - en parallèle de quoi nous avons pour objectif de sauver des animaux en voie d’être sacrifié afin d’en faire des fidèles - à qui nous devons fournir un foyer, de la nourriture, un nettoyage des excrément (oui oui) et un travail en échange de leur foi et leur force de travail La narration du jeu nous fais incarner un agneau qui devient sauveur et espoir des siens pour un monde libéré d’une doctrine sanglante. Autant dire tout de suite que rien (ou presque rien) n’est retenu et que l’on a presque affaire à une œuvre complètement différente. Pas mauvaise. Mais différente. C’est fois l’agneau devient loup et surtout une menace pour les siens : il n’ont rien à manger ? Tant pis. Ils sont malade ? Tant pis. Il ne veulent rien faire d’autre que prier ? Tant pis. J’espère que ce premier tome n’était qu’une mauvaise introduction et que la suite saura rattraper tout ça En revanche l’immense point fort est visuel : tout est bon selon moi. Le dessin, les décors, la couleurs, etc… me donnent envie d’en voir plus et me font mettre une 3ème étoile à cet album
Karl
Une belle poésie qui navigue entre plusieurs sujets : la conscience de l’IA, la hiérarchie entre la valeur de la vie humaine et sauvage, les liens familiaux… Je recommande pour quiconque souhaite passer un bon moment.
Dakota 1880
J'ai plutôt aimé ma lecture qui y intègre des personnages réels comme Louis Riel dans différents récits autour de Luke. Bien sûr le graphisme de Brüno est particulier, on a un Luke qui fait très jeune mais on s'y fait en quelques pages. Pour autant l'humour est peu présent, Lucky Luke lui-même est assez transparent et parfois faillible, il subit plus qu'il n'est acteur de ces aventures.
Yolo
J'ai déjà pu entendre ses chroniques et voir un spectacle d'Aymeric Lompret mais pas Yolo dont c'est ici l'adaptation en bande dessinée. On suit un sans-abri qui arrive à Paris en blablacar conduit par un facho. On ne sait pas grand chose sur son parcours de vie, tout ce qu'on voit est qu'il cherche son chien. Ou bien il parle tout seul pour tromper la solitude. Tout l'album est d'ailleurs un quasi monologue, comme un one man show mais dans la rue. Sauf qu'on n'a pas la voix et l'intonation de Lompret. Le dessin est simple disons, mais on ne vient pas chercher un graphisme incroyable, on reconnait bien les différentes cibles telles que Hanouna, Pascal Praud, Gad Elmaleh ou l'abbé Pierre entre autres. Pas particulièrement hilarant et certaines blagues seront obsolètes à court terme mais ça plaira aux fans de l'auteur et de son humour parfois corrosif envers la droite. Le travail salarié c'est pour les abrutis et tous les patrons sont des nazis qui s'enrichissent sur leurs dos, les proprios profitent des locataires etc. Même si c'est un discours que je n'approuve pas forcément, l'ensemble se lit bien.
Chère Maman - Les mères aussi peuvent être toxiques
Je ne sais pas ce que Sophie Adriansen a mis d’elle-même dans le personnage d’Alix (ou plutôt ce qu’elle a mis de sa mère dans celle d’Alix !), mais j’imagine (à tort ?) qu’il y a peut-être quelque chose d’autobiographique dans ce récit. Un récit qui prend le temps d’installer le « problème », de le marteler, de façon répétitive, tant le comportement de la mède d’Alix s’apparente à un harcèlement systématique. Une dépréciation des autres, une accumulation d’idées et de mots négatifs, de mauvaises ondes, qui finissent par saper le moral de celle qui reçoit en pleine figure ces baffes virtuelles. L’album affirme que 20 % de la population aurait grandi aux côtés d’un parent aussi « toxique ». Ça n’a heureusement pas été mon cas (et je n’en connais pas non plus), mais ça fait froid dans le dos, tant c’est destructeur. Le dessin use d’un trait léger, qui évacue souvent détails et décors. Pas forcément mon truc, mais il est lisible et fluide. Et le choix de ne faire apparaitre la mère toxique uniquement sous la forme d’une ombre, un personnage tout noir au visage sans trait, est plutôt bon. Le récit est intéressant, et le « problème » est traité de façon agréable.
Les Grandes Personnes - Récits du naufrage de la Belle Héloïse
Tehem nous propose un récit intéressant, souvent amusant (jamais d’éclats de rire, mais on sourit souvent – en particulier au détriment des préventions de l’aristo, qui peine pas mal à s’adapter à une situation où il n’est plus avantagé d’office par une particule). L’intrigue fait penser à du Swift (« Le voyage de Gulliver »), du Voltaire (« Candide » ou « Histoire des voyages de Scarmentado » – pour la partie sur l’inversion des termes de l’esclavage par exemple), mais aussi à pas mal de récits de voyage – plus ou moins fantasmés et édifiants ou à vertu philosophique des siècles passés. Émilien, un jeune noble se lance dans le commerce de « nègres », mais son navire négrier fait naufrage. Lui et une servante esclave, Prudence, s’échoue sur une île inconnue. Rapidement séparés, nous les suivons alternativement (avec la vision des mêmes moments d’autres personnages) dans leurs aventures pour « survivre », dans une jungle où les bestioles et les peuples inconnus et originaux sont autant de menaces, auxquelles ils s’adaptent plus ou moins bien. L’histoire se laisse lire agréablement – et rapidement. Tehem nous propose une sorte de conte philosophique qui peut se lire à plusieurs niveaux. Une lecture plaisante et recommandable, avec un dessin simple, mais fluide, qui accompagne bien le récit.