Guillaume Bouzard part dans le désert espagnol pour raconter les coulisses du tournage de la future série Lucky Luke... Mais voilà, c'est Bouzard. Donc on croise bien l'équipe, les décors, quelques acteurs aperçus le temps d'une case, et même Rantanplan, mais le véritable centre du livre reste Bouzard lui-même et sa capacité à être perpétuellement à côté de la plaque.
Je suis un très bon client de son humour et, ici encore, il réussit à me faire franchement rire. Son sens de l'absurde, de l'autodérision et du décalage permanent fonctionne à plein régime : dialogues lunaires, situations inutiles mais savoureuses, gags franchement couillons (quand je dis que je suis bon client, j'ai éclaté de rire au nom de Ranplanplan), et détournement constant du principe même du reportage. Graphiquement, c'est du Bouzard pur jus : expressivité maximale, énergie du trait et mise en scène entièrement au service du comique. J'ai aussi beaucoup aimé les couleurs, réalisées par un trio de coloristes que je ne connaissais pas, qui parviennent à donner une belle chaleur aux décors espagnols : on se croirait au Far West.
Derrière ce faux journal qui n'en est pas vraiment un, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir un léger sentiment de vide, puisqu'on apprend finalement peu de choses sur le tournage lui-même et que Bouzard préfère tourner autour du sujet, digresser, s'égarer volontairement. Mais ce manque de matière réelle fait aussi partie du dispositif comique et, même si je reste avec cette petite impression de creux, cela ne m'a pas empêché de passer un très bon moment. Drôle, potache, très personnel : exactement ce que j'attendais de Bouzard et de son fidèle Rouplouplou.
Une famille terrienne déménage sur une planète alien où tout déraille à cause du chat des voisins, embarqué par erreur.
Même si l'éditeur indique un public cible à partir de 9 ans, c'est clairement tous publics tant c'est réjouissant aussi pour les adultes. On est dans un délire à la Lewis Trondheim : même goût pour un monde absurde, drôle, sans véritable antagoniste, où les personnages évoluent dans une sorte de chaos bon enfant. Le dessin de Dara Nabati est très simple, presque minimaliste, mais il rappelle lui aussi l'esprit de Trondheim. Ce n'est pas une question de ressemblance graphique stricte (quoique les bouilles des personnages ressemblent beaucoup), plutôt une manière d'aborder les choses : formes rondes ou déformées, expressivité immédiate, mise en scène au service du gag et du rythme. La série enchaîne les trouvailles loufoques : des extraterrestres fans de terriens mais terrorisés par un chat, des explications farfelues sur les trous de ver, des concours de bras de fer improbables... C'est frais, barré et franchement amusant.
J'ai passé un bon moment dans ce joyeux n'importe quoi totalement assumé. Peut-être un peu trop vite lu à mon goût, mais suffisamment drôle et inventif pour donner envie de revenir faire un tour sur Terminax. Je ne sais toutefois pas s'il s'agit d'un one-shot ou du début d'une série d'histoires indépendantes.
Je dois avouer que je ne me suis pas encore penché sur Le château des étoiles d’Alice (mais ça viendra).
C’est le nom de Ayroles qui m’a fait craquer et le graphisme originale.
Niveau dessin et couleur, c’est spécial mais maîtrisé, je découvre Étienne Jung, je raffole pas de ce style mais il possède quelque chose. J’ai bien aimé la construction des planches et la narration.
C’est finalement le scénario qui m’a un peu déçu, de l’aventure bien faite mais classique, je suivrai la trilogie mais j’attends le petit plus.
A noter une belle qualité d’ouvrage, le rendu de la couverture est une belle attention de l’éditeur.
MàJ après tome 3 :
Bon je n’ai toujours pas lu Le Château des étoiles mais je crois que je vais vraiment m’y pencher.
J’ai suivi les 2ers tomes de la présente série sans engouement particulier mais son final vient bousculer un peu tout ça. Je l’ai trouvé très réussi.
Au fil de la série, j’ai apprivoisé le trait et couleurs d’Étienne Jung mais il se déchaine dans la dernière droite. J’ai particulièrement apprécié la construction de ses planches, toutes inspirées et élégantes. Il amène beaucoup de magie mais ça ne sera pas la seule réussite de ce dernier tome.
L’histoire prend enfin son envol (ne vous attendez pas non plus à un truc de fou mais j’ai vraiment aimé), poète, politique, militaire, scientifique … tous les fils narratifs d’Ayroles se rejoignent avec talent. Les seconds rôles sont soignés, la fin est sympathique …
Une trilogie légère et rondement menée, ça vaut bien 1* de plus.
Mon prédécesseur a raison de faire allusion à La Route pour évoquer cet album. Il y a en effet une certaine communauté d’ambiance. Un récit très noir autour d’une sorte de road trip, de voyage désespéré, dans une ambiance post apocalypse souvent asphyxiante – du moins dans la première moitié de l’histoire.
Mais j’ai trouvé cette histoire moins captivante que La Route. Moins forte, aussi moins équilibrée. Moins facile à cerner déjà. En effet, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre ce qui se passait, cette violence incroyable, quasi masochiste. Et lorsqu’un certain espoir renait (ce qui distingue déjà ce récit de La Route), avec cette gamine, ce jardin – qui fait réapparaitre couleurs et « vie », ça n’est pas non plus très clair au niveau narratif.
Il faut dire que le dessin, moderne, dynamique, est aussi un peu limité. Et les nombreuses scènes de bagarre – ou de violence – ne sont pas toujours aisées à suivre.
Un récit intriguant, certes original, mais qui m’a laissé sur quelques questions – et globalement sur ma faim.
Note réelle 2,5/5.
Un western avec des femmes en personnages principaux, je ne suis pas contre ! D'autant que j'ai toujours dis que ce genre d'histoires ne m'intéresse pas spécialement, le western restant un genre que j'aime peu.
Malheureusement, la BD n'est pas franchement bonne à mon gout. C'est une étrange histoire qui nous est raconté, mélange d'histoire familiale et de récit d'une utopie féministe. Enfin, féministe dans le sens où ce sont des femmes qui règnent seules et en maitresses dans ce village, sans pour autant poser des questions sur la place des femmes ou le rôle qu'elles s’octroient contre une société patriarcale. Peu d'hommes traversent le récit et la plupart sans aucune incidence dessus, ne mettant pas en lumière de réflexion ou de questions quant à ces sujets.
Pour le reste, le récit est finalement surtout orienté autour d'une histoire de famille, avec cette jeune femme protégée par les adultes qui va vivre plusieurs drames avant d'en provoquer un. Le récit m'a paru assez froid, notamment parce que je n'étais pas investi dans les relations humaines : lorsque des morts arrivent, je n'étais pas impliqué émotionnellement et j'ai même eu l'impression qu'au final ces morts sont négligées par le récit lui-même. Ce sont surtout des dialogues sur la question de la gestion de cette petite utopie, pas assez développé pour devenir le point central du récit tout en y prenant trop de place pour être anodin. De même la question familiale est étrangement implanté dedans, centrale puisque c'est cet arc qui conclue le récit, mais délaissant pas mal de personnages au final.
En fin de compte, j'ai surtout l'impression d'un récit qui va dans différentes directions mais sans réellement en développer une, avec un final qui ne m'a pas réellement satisfait notamment au vu de ce qui était préparé avant. En fait, j'étais déçu par rapport aux idées qui auraient pu émerger, mais dans ce récit je ne m'y suis pas spécialement retrouvé. C'est une histoire de famille dans un contexte précis de ville cachée avec uniquement des femmes. Je vois le parallèle avec les amazones mais je n'ai pas trouvé que ça apportait grand chose au récit, et finalement je suis assez certain que j'oublierais cette histoire une fois que j'aurais rendu la BD à la bibliothèque.
Je ressors assez mitigé de Spectateurs de Brian K. Vaughan. L’idée de départ est vraiment intéressante, notamment dans la manière dont le récit traite du voyeurisme et de la frontière entre observation et implication. Il y a une vraie volonté de proposer quelque chose de psychologique, presque dérangeant par moments.
Malgré cela, je trouve que l’exécution ne va pas totalement au bout de ses promesses. Le rythme est parfois inégal et certains développements manquent d’impact émotionnel. J’avais l’impression qu’on pouvait aller encore plus loin dans la tension ou dans la profondeur des personnages.
En revanche, l’aspect graphique est clairement un point fort. Le dessin fonctionne bien et accompagne efficacement l’ambiance du récit, renforçant le côté introspectif et parfois pesant de l’histoire.
Les thèmes sont pertinents et la réflexion est là, mais l’ensemble me laisse un peu sur ma faim. Ce n’est pas une mauvaise lecture, mais ce n’est pas non plus une œuvre qui m’a marqué durablement.
Pas inintéressant, mais c’est quand même une lecture frustrante, dans laquelle j’ai vraiment eu du mal à entrer.
En effet, le sujet est potentiellement intéressant : une famille d’immigrés chinois – que nous suivons sur plusieurs générations, avec ses bisbilles familiales, ses stratégies « d’intégration », ses conflits générationnels.
La matière est là, mais le rendu m’a un peu déçu.
Le dessin est formellement assez minimaliste, froid et parfois maladroit. Il ne permet pas toujours de bien différencier et reconnaître les personnages féminins.
Surtout que les sauts temporels, allers-retours entre différentes périodes, ellipses, sont souvent perturbants pour le lecteur. D’une part parce que ça n’est pas toujours clair. D’autre part parce qu’on aimerait parfois voir comblés ces longs moments (parfois des années !) entre chaque « saut ».
Et du coup on peine à s’attacher aux personnages, voire à l’histoire elle-même, c’est dommage. La narration (et le dessin très « simple » accentue ces difficultés) manque de consistance et de clarté, « assèche » une histoire dans laquelle on n’arrive pas à retrouver « l’humain », le sensible, tout ce que l’auteure – qui s’inspire visiblement de son histoire familiale – a semble-t-il voulu nous faire passer.
Note réelle 2,5/5.
J'ai moi aussi lu la réédition de cet album. Réédition qui contient un dossier fort intéressant sur la réalisation de l'album, mais qui m'a aussi semblé glorifier un récit au final pas très extraordinaire et qui n'aurait sans doute jamais été réédité si le nom des auteurs n'étaient pas connus.
C'est donc un polar comme Berthet on a fait beaucoup dans sa vie. On reconnait son style et j'aime bien. C'est beaucoup plus étonnant de retrouver Foerster dans ce type de récit. En effet, le ton est très classique pendant la majeur partie de l'histoire....jusqu'au dernier tiers où je me suis aperçu que le scénario est beaucoup plus tordu et original que je le croyais. Les dernières pages sont vraiment prenantes, mais le problème est qu'avant toutes les révélations, où on retrouve la patte de Foerster pour les histoires tordus, le déroulement de l'histoire ainsi que les personnages sont trop classiques pour moi. Je pense que c'était voulu de la part des auteurs, prendre des clichés pour ensuite les retournés à la fin, mais cela reste que pendant un bon moment c'est un road trip banal avec un pauvre type qui se fait poursuivre par de mystérieux méchants et par un représentant de la loi sévère et impitoyable.
Je conseillerais un emprunt à la bibliothèque.
Je ne suis a priori pas passionné par l’architecture en elle-même, mais j’ai quand même lu cet album avec plaisir. Il se lit d’ailleurs très rapidement. C’est même sans doute un petit reproche que je ferais aux auteurs que de n’avoir pas plus développée cette histoire. Même si un petit dossier final complète la lecture, il reste l’impression d’avoir effleuré, survolé la vie de cette dame, dont j’ignorais l’existence.
Je suis intéressé par la vie intellectuelle du début du XXème siècle – même si mes préférences vont davantage aux milieux littéraires proches des surréalistes – et le contexte dans lequel se développent les relations entre Eileen Gray et Jean Badovici m’a attiré.
Mais, comme je l’ai écrit plus haut, les milieux intellectuels lesbiens, ou même artistiques auraient mérité d’être plus développés.
Reste une histoire d’amour – et une création originale, une maison créée par Gray pour elle et son amant, dans une Côte d’Azur encore presque vierge de touristes. Et l’amertume d’une femme qui s’est sentie trahie en tant que femme, mais aussi – et surtout – en tant que créatrice. En cela j’ai surtout retenu de cet album le côté mesquin, égocentrique, mégalomane et détestable de Le Corbusier, qui a saccagé la création de Gray avec ses peintures, pour ensuite laisser entendre que cette maison était son œuvre.
Une lecture intéressante, mais aussi frustrante, car un peu « légère ». Mais c’est aussi l’occasion de redécouvrir une femme oubliée des livres d’histoire de l’art ou d’architecture…
Note réelle 2,5/5.
Cela fait longtemps que j'ai lu un recueil des histoires de Foerster paru chez Fluide Glacial et d'ailleurs je n'en ai pas lu beaucoup. Tout ça pour dire que je ne suis pas le plus familier avec ce type de production de cet auteur et je ne sais pas trop si je n'ai pas accroché aux histoires présentes dans cet album parce que ne sont pas les meilleurs de l'auteur ou tout simplement parce que je n'aime plus ce type de récits. Je penche un peu pour la première solution parce que je me rappel encore de plusieurs histoires courtes que j'avais bien aimé alors que je ne les ai pas lu depuis plus de 10 ans alors que je doute un peu être capable de me rappeler les histoires de ce recueil d'ici l'an prochain.
On retrouve la patte de Foerster dans ses histoires raconté par une créature du type qu'on retrouve dans les récits de Lovecraft. Les histoires sont tordues et mets en vedette des gens qui font fassent à des événements horribles. Un problème est que cela devient un peu répétitif de voir le corps des gens changés à cause d'un événement fantastique. Il y a même une histoire, celle avec la vieille qui utilise des jeunes hommes pour se déplacer, qui m'a rappelé une autre histoire de Foerster avec un thème similaire et qui était bien mieux. J'ai aussi trouvé la construction de certaines histoires un peu trop laborieuses. En tout cas, je n'ai pris aucun plaisir à lire cet album.
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Guillaume Bouzard part dans le désert espagnol pour raconter les coulisses du tournage de la future série Lucky Luke... Mais voilà, c'est Bouzard. Donc on croise bien l'équipe, les décors, quelques acteurs aperçus le temps d'une case, et même Rantanplan, mais le véritable centre du livre reste Bouzard lui-même et sa capacité à être perpétuellement à côté de la plaque. Je suis un très bon client de son humour et, ici encore, il réussit à me faire franchement rire. Son sens de l'absurde, de l'autodérision et du décalage permanent fonctionne à plein régime : dialogues lunaires, situations inutiles mais savoureuses, gags franchement couillons (quand je dis que je suis bon client, j'ai éclaté de rire au nom de Ranplanplan), et détournement constant du principe même du reportage. Graphiquement, c'est du Bouzard pur jus : expressivité maximale, énergie du trait et mise en scène entièrement au service du comique. J'ai aussi beaucoup aimé les couleurs, réalisées par un trio de coloristes que je ne connaissais pas, qui parviennent à donner une belle chaleur aux décors espagnols : on se croirait au Far West. Derrière ce faux journal qui n'en est pas vraiment un, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir un léger sentiment de vide, puisqu'on apprend finalement peu de choses sur le tournage lui-même et que Bouzard préfère tourner autour du sujet, digresser, s'égarer volontairement. Mais ce manque de matière réelle fait aussi partie du dispositif comique et, même si je reste avec cette petite impression de creux, cela ne m'a pas empêché de passer un très bon moment. Drôle, potache, très personnel : exactement ce que j'attendais de Bouzard et de son fidèle Rouplouplou.
Terminax Conquis - Le Fléau cosmique
Une famille terrienne déménage sur une planète alien où tout déraille à cause du chat des voisins, embarqué par erreur. Même si l'éditeur indique un public cible à partir de 9 ans, c'est clairement tous publics tant c'est réjouissant aussi pour les adultes. On est dans un délire à la Lewis Trondheim : même goût pour un monde absurde, drôle, sans véritable antagoniste, où les personnages évoluent dans une sorte de chaos bon enfant. Le dessin de Dara Nabati est très simple, presque minimaliste, mais il rappelle lui aussi l'esprit de Trondheim. Ce n'est pas une question de ressemblance graphique stricte (quoique les bouilles des personnages ressemblent beaucoup), plutôt une manière d'aborder les choses : formes rondes ou déformées, expressivité immédiate, mise en scène au service du gag et du rythme. La série enchaîne les trouvailles loufoques : des extraterrestres fans de terriens mais terrorisés par un chat, des explications farfelues sur les trous de ver, des concours de bras de fer improbables... C'est frais, barré et franchement amusant. J'ai passé un bon moment dans ce joyeux n'importe quoi totalement assumé. Peut-être un peu trop vite lu à mon goût, mais suffisamment drôle et inventif pour donner envie de revenir faire un tour sur Terminax. Je ne sais toutefois pas s'il s'agit d'un one-shot ou du début d'une série d'histoires indépendantes.
Les Chimères de Vénus
Je dois avouer que je ne me suis pas encore penché sur Le château des étoiles d’Alice (mais ça viendra). C’est le nom de Ayroles qui m’a fait craquer et le graphisme originale. Niveau dessin et couleur, c’est spécial mais maîtrisé, je découvre Étienne Jung, je raffole pas de ce style mais il possède quelque chose. J’ai bien aimé la construction des planches et la narration. C’est finalement le scénario qui m’a un peu déçu, de l’aventure bien faite mais classique, je suivrai la trilogie mais j’attends le petit plus. A noter une belle qualité d’ouvrage, le rendu de la couverture est une belle attention de l’éditeur. MàJ après tome 3 : Bon je n’ai toujours pas lu Le Château des étoiles mais je crois que je vais vraiment m’y pencher. J’ai suivi les 2ers tomes de la présente série sans engouement particulier mais son final vient bousculer un peu tout ça. Je l’ai trouvé très réussi. Au fil de la série, j’ai apprivoisé le trait et couleurs d’Étienne Jung mais il se déchaine dans la dernière droite. J’ai particulièrement apprécié la construction de ses planches, toutes inspirées et élégantes. Il amène beaucoup de magie mais ça ne sera pas la seule réussite de ce dernier tome. L’histoire prend enfin son envol (ne vous attendez pas non plus à un truc de fou mais j’ai vraiment aimé), poète, politique, militaire, scientifique … tous les fils narratifs d’Ayroles se rejoignent avec talent. Les seconds rôles sont soignés, la fin est sympathique … Une trilogie légère et rondement menée, ça vaut bien 1* de plus.
Délivrance
Mon prédécesseur a raison de faire allusion à La Route pour évoquer cet album. Il y a en effet une certaine communauté d’ambiance. Un récit très noir autour d’une sorte de road trip, de voyage désespéré, dans une ambiance post apocalypse souvent asphyxiante – du moins dans la première moitié de l’histoire. Mais j’ai trouvé cette histoire moins captivante que La Route. Moins forte, aussi moins équilibrée. Moins facile à cerner déjà. En effet, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre ce qui se passait, cette violence incroyable, quasi masochiste. Et lorsqu’un certain espoir renait (ce qui distingue déjà ce récit de La Route), avec cette gamine, ce jardin – qui fait réapparaitre couleurs et « vie », ça n’est pas non plus très clair au niveau narratif. Il faut dire que le dessin, moderne, dynamique, est aussi un peu limité. Et les nombreuses scènes de bagarre – ou de violence – ne sont pas toujours aisées à suivre. Un récit intriguant, certes original, mais qui m’a laissé sur quelques questions – et globalement sur ma faim. Note réelle 2,5/5.
Hippolyte
Un western avec des femmes en personnages principaux, je ne suis pas contre ! D'autant que j'ai toujours dis que ce genre d'histoires ne m'intéresse pas spécialement, le western restant un genre que j'aime peu. Malheureusement, la BD n'est pas franchement bonne à mon gout. C'est une étrange histoire qui nous est raconté, mélange d'histoire familiale et de récit d'une utopie féministe. Enfin, féministe dans le sens où ce sont des femmes qui règnent seules et en maitresses dans ce village, sans pour autant poser des questions sur la place des femmes ou le rôle qu'elles s’octroient contre une société patriarcale. Peu d'hommes traversent le récit et la plupart sans aucune incidence dessus, ne mettant pas en lumière de réflexion ou de questions quant à ces sujets. Pour le reste, le récit est finalement surtout orienté autour d'une histoire de famille, avec cette jeune femme protégée par les adultes qui va vivre plusieurs drames avant d'en provoquer un. Le récit m'a paru assez froid, notamment parce que je n'étais pas investi dans les relations humaines : lorsque des morts arrivent, je n'étais pas impliqué émotionnellement et j'ai même eu l'impression qu'au final ces morts sont négligées par le récit lui-même. Ce sont surtout des dialogues sur la question de la gestion de cette petite utopie, pas assez développé pour devenir le point central du récit tout en y prenant trop de place pour être anodin. De même la question familiale est étrangement implanté dedans, centrale puisque c'est cet arc qui conclue le récit, mais délaissant pas mal de personnages au final. En fin de compte, j'ai surtout l'impression d'un récit qui va dans différentes directions mais sans réellement en développer une, avec un final qui ne m'a pas réellement satisfait notamment au vu de ce qui était préparé avant. En fait, j'étais déçu par rapport aux idées qui auraient pu émerger, mais dans ce récit je ne m'y suis pas spécialement retrouvé. C'est une histoire de famille dans un contexte précis de ville cachée avec uniquement des femmes. Je vois le parallèle avec les amazones mais je n'ai pas trouvé que ça apportait grand chose au récit, et finalement je suis assez certain que j'oublierais cette histoire une fois que j'aurais rendu la BD à la bibliothèque.
Spectateurs
Je ressors assez mitigé de Spectateurs de Brian K. Vaughan. L’idée de départ est vraiment intéressante, notamment dans la manière dont le récit traite du voyeurisme et de la frontière entre observation et implication. Il y a une vraie volonté de proposer quelque chose de psychologique, presque dérangeant par moments. Malgré cela, je trouve que l’exécution ne va pas totalement au bout de ses promesses. Le rythme est parfois inégal et certains développements manquent d’impact émotionnel. J’avais l’impression qu’on pouvait aller encore plus loin dans la tension ou dans la profondeur des personnages. En revanche, l’aspect graphique est clairement un point fort. Le dessin fonctionne bien et accompagne efficacement l’ambiance du récit, renforçant le côté introspectif et parfois pesant de l’histoire. Les thèmes sont pertinents et la réflexion est là, mais l’ensemble me laisse un peu sur ma faim. Ce n’est pas une mauvaise lecture, mais ce n’est pas non plus une œuvre qui m’a marqué durablement.
Baume du tigre
Pas inintéressant, mais c’est quand même une lecture frustrante, dans laquelle j’ai vraiment eu du mal à entrer. En effet, le sujet est potentiellement intéressant : une famille d’immigrés chinois – que nous suivons sur plusieurs générations, avec ses bisbilles familiales, ses stratégies « d’intégration », ses conflits générationnels. La matière est là, mais le rendu m’a un peu déçu. Le dessin est formellement assez minimaliste, froid et parfois maladroit. Il ne permet pas toujours de bien différencier et reconnaître les personnages féminins. Surtout que les sauts temporels, allers-retours entre différentes périodes, ellipses, sont souvent perturbants pour le lecteur. D’une part parce que ça n’est pas toujours clair. D’autre part parce qu’on aimerait parfois voir comblés ces longs moments (parfois des années !) entre chaque « saut ». Et du coup on peine à s’attacher aux personnages, voire à l’histoire elle-même, c’est dommage. La narration (et le dessin très « simple » accentue ces difficultés) manque de consistance et de clarté, « assèche » une histoire dans laquelle on n’arrive pas à retrouver « l’humain », le sensible, tout ce que l’auteure – qui s’inspire visiblement de son histoire familiale – a semble-t-il voulu nous faire passer. Note réelle 2,5/5.
L'Oeil du chasseur
J'ai moi aussi lu la réédition de cet album. Réédition qui contient un dossier fort intéressant sur la réalisation de l'album, mais qui m'a aussi semblé glorifier un récit au final pas très extraordinaire et qui n'aurait sans doute jamais été réédité si le nom des auteurs n'étaient pas connus. C'est donc un polar comme Berthet on a fait beaucoup dans sa vie. On reconnait son style et j'aime bien. C'est beaucoup plus étonnant de retrouver Foerster dans ce type de récit. En effet, le ton est très classique pendant la majeur partie de l'histoire....jusqu'au dernier tiers où je me suis aperçu que le scénario est beaucoup plus tordu et original que je le croyais. Les dernières pages sont vraiment prenantes, mais le problème est qu'avant toutes les révélations, où on retrouve la patte de Foerster pour les histoires tordus, le déroulement de l'histoire ainsi que les personnages sont trop classiques pour moi. Je pense que c'était voulu de la part des auteurs, prendre des clichés pour ensuite les retournés à la fin, mais cela reste que pendant un bon moment c'est un road trip banal avec un pauvre type qui se fait poursuivre par de mystérieux méchants et par un représentant de la loi sévère et impitoyable. Je conseillerais un emprunt à la bibliothèque.
Eileen Gray - Une maison sous le soleil
Je ne suis a priori pas passionné par l’architecture en elle-même, mais j’ai quand même lu cet album avec plaisir. Il se lit d’ailleurs très rapidement. C’est même sans doute un petit reproche que je ferais aux auteurs que de n’avoir pas plus développée cette histoire. Même si un petit dossier final complète la lecture, il reste l’impression d’avoir effleuré, survolé la vie de cette dame, dont j’ignorais l’existence. Je suis intéressé par la vie intellectuelle du début du XXème siècle – même si mes préférences vont davantage aux milieux littéraires proches des surréalistes – et le contexte dans lequel se développent les relations entre Eileen Gray et Jean Badovici m’a attiré. Mais, comme je l’ai écrit plus haut, les milieux intellectuels lesbiens, ou même artistiques auraient mérité d’être plus développés. Reste une histoire d’amour – et une création originale, une maison créée par Gray pour elle et son amant, dans une Côte d’Azur encore presque vierge de touristes. Et l’amertume d’une femme qui s’est sentie trahie en tant que femme, mais aussi – et surtout – en tant que créatrice. En cela j’ai surtout retenu de cet album le côté mesquin, égocentrique, mégalomane et détestable de Le Corbusier, qui a saccagé la création de Gray avec ses peintures, pour ensuite laisser entendre que cette maison était son œuvre. Une lecture intéressante, mais aussi frustrante, car un peu « légère ». Mais c’est aussi l’occasion de redécouvrir une femme oubliée des livres d’histoire de l’art ou d’architecture… Note réelle 2,5/5.
Le Nécronomickey - Le Livre des destins maudits
Cela fait longtemps que j'ai lu un recueil des histoires de Foerster paru chez Fluide Glacial et d'ailleurs je n'en ai pas lu beaucoup. Tout ça pour dire que je ne suis pas le plus familier avec ce type de production de cet auteur et je ne sais pas trop si je n'ai pas accroché aux histoires présentes dans cet album parce que ne sont pas les meilleurs de l'auteur ou tout simplement parce que je n'aime plus ce type de récits. Je penche un peu pour la première solution parce que je me rappel encore de plusieurs histoires courtes que j'avais bien aimé alors que je ne les ai pas lu depuis plus de 10 ans alors que je doute un peu être capable de me rappeler les histoires de ce recueil d'ici l'an prochain. On retrouve la patte de Foerster dans ses histoires raconté par une créature du type qu'on retrouve dans les récits de Lovecraft. Les histoires sont tordues et mets en vedette des gens qui font fassent à des événements horribles. Un problème est que cela devient un peu répétitif de voir le corps des gens changés à cause d'un événement fantastique. Il y a même une histoire, celle avec la vieille qui utilise des jeunes hommes pour se déplacer, qui m'a rappelé une autre histoire de Foerster avec un thème similaire et qui était bien mieux. J'ai aussi trouvé la construction de certaines histoires un peu trop laborieuses. En tout cas, je n'ai pris aucun plaisir à lire cet album.