Même ressenti que mes prédécesseurs, Gabriele Di Caro est décidément un auteur très intéressant à suivre. Dans le registre « strictement pour adultes », il se démarque indéniablement.
Déjà sa patte graphique est très appréciable , c’est lisible, détaillée et charmant à parcourir, il est à l’aise dans toutes situations et ses personnages féminins sont un ravissement. Et bonus, les passages un rien sulfureux se révèlent bien plus sensuels que graveleux. Bref bien réalisé et bien chouette à parcourir, j’aime bien le style.
L’histoire suit le même chemin, j’apprécie le soin de l’auteur à créer un vrai récit (pour le genre j’entends), il prend le temps de poser son univers, ses personnages, l’époque, l’aspect fantastique m’a bien plu comme les scènes coquines. Ces dernières sont relativement rares mais toutes réussies, je trouve qu’il s’en dégage un côté à la fois principal et secondaire (je me comprends dans la formule) dans leur mise en place, les intentions … donnant pas mal de cachet à l’ouvrage.
Une histoire très belle et bien construite. On la suit avec curiosité et intérêt croissant. J'ai ressenti de l'empathie et de la sympathie pour les personnages. Les dessins sont excellents, surtout les paysages des Alpes valaisannes. Cosey est merveilleux dans les couleurs, les lumières et les ombres des montagnes enneigées. Evolena est également très belle ! Après tant d'années, depuis que j'ai acheté les deux albums, je les ai relus récemment et cela a confirmé que j'avais fait un très bon achat.
J'ai lu presque toutes les histoires et gags de Désiré dans le Journal Tintin. Grand maladroit et gaffeur mais toujours sympathique et enthousiaste, sa silhouette avec la contrebasse et la vieille Citroën fait partie d'une époque d'or du journal. Les dessins de Mittéï sont assez bons, dans le style humoristique. J'essaie d'acquérir l'ensemble complet des intégrales depuis assez longtemps, sans succès.
J’avais découvert cet auteur italien avec l’album La Formule, chez le même éditeur. Je le retrouve ici, avec une histoire qui ne m’a pas vraiment convaincu.
L’idée de mêler des robots à une intrigue érotique, voire pornographique n’est pas nouvelle : La Survivante, B.O. comme un dieu, Sixella, Lilith, ou plus récemment Des vices et des os, avec une réussite très inégale (Janesky et Bienvenu s’en étaient bien mieux tirés que les autres !).
Ici, ça m’a laissé sur ma faim.
Le dessin est lisible, pas désagréable, avec un trait gras et précis. Avare de détails et d’arrière-plans, il se focalise surtout sur les quelques personnages, souvent en gros plan – et bien sûr les nombreuses scènes de sexe.
Mais ces scènes, si elles sont bien représentées, sont bien trop présentes, au détriment d’une intrigue un chouia étoffée. Le rôle des « Réformeurs », les liens distendus entre Coppelius et sa créature (Coppelia donc) auraient mérité d’être développés, pour éviter l’impression de vide et l’enchainement des scènes de cul. Et la quête de Coppelia pour mieux comprendre qui elle est et d’où elle vient, aurait dû permettre de densifier davantage cette histoire.
J’ai lu les deux premiers albums, et je pense que ça va me suffire et que je vais m’arrêter là.
Ça se laisse lire, sans plus pour moi. Mais je conçois que des lecteurs plus jeunes puissent y trouver davantage leur compte.
Au départ sur les premières cases autour de Margotik, je pensais que j’allais lire quelque chose ressemblant une « famille Adams » pour jeunes lecteurs. Mais en fait Margotik, au look néogothique, n’est qu’un personnage « secondaire », seule « mortelle » tolérée par le petit groupe de jeunes zombis qui l’ont adoptée au milieu de leurs aventures de cimetière.
Pour le reste, Cazenove est un vieux routier des strips gags ou histoires courtes, et il sait animer la mécanique des gags. Je lui reconnais des efforts réels pour rester dans la thématique zombi, et ne pas placer des gags interchangeables qui auraient pu se retrouver dans d’autres séries « à thème ».
Mais bon, quelques sourires, une lecture pas déplaisante, mais pas non plus trop emballante.
Dessin et colorisation sont très efficaces, et le rendu est très expressif.
La couverture du premier tome est trompeuse : c'est le moins mauvais de l'œuvre. Tout le reste est trop sombre et triste ! Je n'ai jamais vu des êtres humains aussi laids que Tarzan et Jane dans cette série : des visages aux corps et à leurs positions, tout est désagréable. Le récit répète une fois de plus le premier roman du héros, sans créativité ni talent. Je n'ai lu que le premier tome, mais je le déconseille vivement. La déception a été si grande que j'ai honte au nom de Tarzan !
Ce recueil de Didier Convard rassemble plusieurs histoires courtes majoritairement orientées science-fiction, souvent autour du voyage temporel et des enquêtes du CEHIT (Centre d'Etudes Historiques Inter-Temporels), même si quelques récits n'ont rien à voir et basculent davantage dans le fantastique pur. On sent bien le goût des années 70-80 pour la SF métaphysique, les paradoxes temporels, les futurs décadents et les récits un peu crépusculaires où l'humanité semble toujours proche de sa perte.
Honnêtement, les scénarios sont assez inégaux. Ce sont des histoires très courtes, souvent construites autour d'une idée unique ou d'une petite chute à rebondissement. Certaines sont franchement prévisibles, d'autres paraissent aujourd'hui très classiques voire déjà vues maintes fois, mais un ou deux récits m'ont quand même un peu surpris. Globalement, c'est de la SF très basique, parfois naïve, avec ce petit parfum désuet typique d'une époque où l'on mélangeait encore sans complexe space opera, fantastique, érotisme, pessimisme nucléaire et réflexions vaguement métaphysiques dans quelques pages seulement.
Mais l'intérêt principal de l'album, pour moi, vient surtout du dessin de Didier Convard. On le sent encore un peu immature par moments, pas totalement débarrassé de ses influences, mais j'aime beaucoup la clarté de son trait et l'élégance très académique de ses personnages comme de ses décors. On est quelque part entre Eddy Paape et André Juillard, avec qui il a d'ailleurs beaucoup collaboré. Il y a une vraie lisibilité, un goût du décor rétro-futuriste et une manière très classique mais agréable de mettre en scène les personnages. Même quand les scénarios restent mineurs, le dessin donne souvent envie de continuer.
Ce n'est certainement pas un grand classique oublié de la science-fiction en BD, et beaucoup d'idées paraîtront aujourd'hui désuettes, mais en amateur de SF ancienne j'ai pris un plaisir amusé à parcourir ces récits. Leur côté rétro, parfois maladroit mais sincère, fonctionne un peu comme un témoignage d'une certaine bande dessinée de science-fiction française entre la fin des années 70 et le début des années 80.
Subjectivement – une image belle et éclatante dans le style de l’art numérique, mais qui ne décroche pas les étoiles… Bien sûr, ce dessin anguleux et tranchant, aux couleurs digitales vives, a ses amateurs, et moi aussi je l’ai apprécié. Cependant, par endroits, les personnages présentent des proportions étranges : mains, corps, yeux… La bouche s’ouvre parfois en cri sur 180 degrés, au point qu’on pourrait y glisser trois Big Mac empilés – je comprends que c’est un procédé artistique, mais ce n’est pas vraiment à mon goût. Ceux qui n’aiment pas non plus l’hypertrophie des proportions au service de la dynamique risquent de ne pas apprécier.
Quant au scénario, il n’y a pas grand-chose à en dire… Il sert surtout de toile de fond aux interactions romantiques entre les personnages. L’introduction épique promettait d’être ample et sérieuse, mais tout s’est réduit à des combats banals, sans intrigue particulière. C’est un peu décevant après avoir lu les critiques enthousiastes du public américain : en le découvrant, j’ai compris qu’il s’agissait d’une histoire assez faible, même si elle reste intéressante.
J'ai un avis assez mitigé sur ce comics, mais pas vraiment négatif. J'ai pris un certain plaisir à le lire par moments, surtout grâce à son ambiance et à son identité graphique très fortes. Christian Ward offre un travail visuel vraiment réussi, notamment dans la représentation des différentes couches spectrales et de cette maison hantée transformée en espèce de machine métaphysique. Il y a des images marquantes et toute cette idée d'un riche occultiste prêt à expérimenter sur l'âme humaine pour vaincre la mort m'a rappelé les expériences de Burgess et de son amant au début de la série Sandman. On retrouve ce mélange de pseudo-science, d'occultisme et d'obsession amoureuse qui finit par tout corrompre.
Les dialogues sont globalement bons, le déroulement des actes aussi, et malgré quelques longueurs j'ai trouvé l'ensemble prenant. Toutefois, j'ai trouvé qu'il y avait un peu trop de flashbacks. Certains sont utiles et nourrissent bien la relation entre l'occultiste et son compagnon, mais à force le récit finit par se disperser et ralentir inutilement son rythme. Ça délaie la sauce plus que ça ne l'enrichit.
J'ai bien aimé le duo principal. La relation entre les deux femmes fonctionne plutôt bien, justement parce qu'elles semblent au départ enfermées dans des archétypes un peu faciles avant de brusquement s'inverser. Au début, Janie, la jeune mère, paraît presque fade et un peu idiote, mais dès qu'il est question de retrouver son enfant, elle devient nettement plus volontaire, courageuse et active. Ce basculement là, lui, fonctionne.
En revanche, j'ai moins été convaincu par Vesper. Son changement de personnalité est trop brutal. Elle est introduite comme une jeune femme hautaine, mystérieuse et intimidante, censée être bien renseignée sur cette maison et sur ce qui s'y trouve, puis dès que les événements commencent elle se transforme en adolescente fragile et craintive. Ça sonne faux, d'autant plus qu'elle aurait théoriquement dû comprendre presque immédiatement ce qu'il s'était réellement passé dans cette maison. Le lecteur, lui, le devine quasiment immédiatement, ce qui rend la révélation finale beaucoup trop prévisible, à tel point que je croisais les doigts en vain pour que ce ne soit pas si évident.
Et puis je n'ai pas aimé la toute fin. Le châtiment brutal qui frappe sans raison valable l'un des protagonistes m'a paru inutilement cruel et presque banal dans sa manière de chercher une dernière touche d'horreur choc. Le récit était plus intéressant quand il jouait sur le malaise, les couches spectrales, l'obsession amoureuse et la peur de la mort que lorsqu'il bascule dans une conclusion plus grossièrement punitive.
Bref, un comics qui m'a séduit par sa forme, son ambiance, certaines idées visuelles et son mélange d'horreur occulte et de pseudo-science, mais qui m'a aussi frustré par une révélation finale beaucoup trop prévisible, plusieurs facilités narratives et quelques flashbacks de trop.
Note : 2,5/5
Dans un futur proche, une journaliste accompagne une unité d'élite de Marines envoyée explorer Terminus, une mystérieuse planète censée abriter des entités extraterrestres incompréhensibles. Mais quelques minutes après leur arrivée, toute l'équipe militaire est massacrée et la journaliste se retrouve seule au milieu d'un monde aussi hostile qu'étrange.
Le début m'a d'ailleurs surpris et même un peu amusé. La BD prend quelques pages pour nous présenter toute une escouade de commandos, avec le profil et les spécialités de chacun, exactement comme si on préparait un grand récit militaire de SF à la Aliens... avant de tous les faire tuer presque immédiatement dans une scène qui rappelle fortement l'attaque du fort dans Starship Troopers. J'ai trouvé ce faux départ plutôt efficace, parce qu'il crée une bonne rupture de ton et laisse penser qu'on va partir vers quelque chose d'imprévisible et de radicalement étrange.
Le problème, c'est qu'après cette introduction réussie, le récit bascule très vite vers une sorte de fantasy mystique spatiale finalement beaucoup plus classique et beaucoup moins dépaysante que promis. On nous promettait un royaume quantique incompréhensible, étranger à l'humanité, mais on se retrouve finalement face à une civilisation humanoïde assez banale, avec tyran oppresseur, esclaves, caste dominante et élue providentielle. Toute l'étrangeté annoncée finit par ressembler à une vieille aventure de science-fantasy façon Flash Gordon, avec ses peuples exotiques vaguement mystiques et ses symboles ésotériques qui donnent surtout l'impression de faire mystérieux sans vraiment l'être.
L'héroïne elle-même devient assez vite difficile à suivre. En moins d'un mois, elle apprend la langue locale, s'intègre à la population, comprend les croyances du peuple, est considérée comme une sorte de messie, vit des expériences mystiques et organiques parfois assez glauques, semble saisir intuitivement des enjeux que le lecteur ne comprend pas, puis finit par combattre le grand méchant avec des pouvoirs sortis de nulle part. Le récit donne l'impression que les auteurs sautent directement d'une idée à une autre sans construire réellement les étapes intermédiaires.
L'ensemble est bourré de facilités et de clichés du genre. Le scénario semble vouloir parler de colonialisme, de militarisme humain, de domination, d'ouverture à l'autre et de spiritualité, avec des réminiscences d'Apocalypse Now, mais c'est aussi superficiel qu'abscons. On nous explique que l'humanité détruit tout ce qu'elle touche... tout en résolvant toute l'histoire par la violence, les combats et les affrontements spectaculaires. Il y a un décalage entre les intentions philosophiques du récit et sa manière très bourrine de raconter les choses.
Visuellement, c'est plutôt réussi. Le dessin possède une personnalité rétro de science-fantasy, avec des architectures organiques et des créatures étranges. Certaines images évoquent du Kirby ou du Moebius mais là encore la mise en scène reste souvent plus illustrative qu'inspirée.
J'ai eu l'impression d'un album plein d'ambition et d'influences qui ne parvient pas à en faire quelque chose de cohérent ou de profond. Ça se lit facilement, il y a quelques bons moments visuels, mais plus le récit avance, plus il devient confus, convenu et artificiellement mystique. Et le message final est décevant.
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Le Fruit le plus doux
Même ressenti que mes prédécesseurs, Gabriele Di Caro est décidément un auteur très intéressant à suivre. Dans le registre « strictement pour adultes », il se démarque indéniablement. Déjà sa patte graphique est très appréciable , c’est lisible, détaillée et charmant à parcourir, il est à l’aise dans toutes situations et ses personnages féminins sont un ravissement. Et bonus, les passages un rien sulfureux se révèlent bien plus sensuels que graveleux. Bref bien réalisé et bien chouette à parcourir, j’aime bien le style. L’histoire suit le même chemin, j’apprécie le soin de l’auteur à créer un vrai récit (pour le genre j’entends), il prend le temps de poser son univers, ses personnages, l’époque, l’aspect fantastique m’a bien plu comme les scènes coquines. Ces dernières sont relativement rares mais toutes réussies, je trouve qu’il s’en dégage un côté à la fois principal et secondaire (je me comprends dans la formule) dans leur mise en place, les intentions … donnant pas mal de cachet à l’ouvrage.
A la recherche de Peter Pan
Une histoire très belle et bien construite. On la suit avec curiosité et intérêt croissant. J'ai ressenti de l'empathie et de la sympathie pour les personnages. Les dessins sont excellents, surtout les paysages des Alpes valaisannes. Cosey est merveilleux dans les couleurs, les lumières et les ombres des montagnes enneigées. Evolena est également très belle ! Après tant d'années, depuis que j'ai acheté les deux albums, je les ai relus récemment et cela a confirmé que j'avais fait un très bon achat.
L'Indésirable Désiré
J'ai lu presque toutes les histoires et gags de Désiré dans le Journal Tintin. Grand maladroit et gaffeur mais toujours sympathique et enthousiaste, sa silhouette avec la contrebasse et la vieille Citroën fait partie d'une époque d'or du journal. Les dessins de Mittéï sont assez bons, dans le style humoristique. J'essaie d'acquérir l'ensemble complet des intégrales depuis assez longtemps, sans succès.
Coppelia
J’avais découvert cet auteur italien avec l’album La Formule, chez le même éditeur. Je le retrouve ici, avec une histoire qui ne m’a pas vraiment convaincu. L’idée de mêler des robots à une intrigue érotique, voire pornographique n’est pas nouvelle : La Survivante, B.O. comme un dieu, Sixella, Lilith, ou plus récemment Des vices et des os, avec une réussite très inégale (Janesky et Bienvenu s’en étaient bien mieux tirés que les autres !). Ici, ça m’a laissé sur ma faim. Le dessin est lisible, pas désagréable, avec un trait gras et précis. Avare de détails et d’arrière-plans, il se focalise surtout sur les quelques personnages, souvent en gros plan – et bien sûr les nombreuses scènes de sexe. Mais ces scènes, si elles sont bien représentées, sont bien trop présentes, au détriment d’une intrigue un chouia étoffée. Le rôle des « Réformeurs », les liens distendus entre Coppelius et sa créature (Coppelia donc) auraient mérité d’être développés, pour éviter l’impression de vide et l’enchainement des scènes de cul. Et la quête de Coppelia pour mieux comprendre qui elle est et d’où elle vient, aurait dû permettre de densifier davantage cette histoire.
Tizombi
J’ai lu les deux premiers albums, et je pense que ça va me suffire et que je vais m’arrêter là. Ça se laisse lire, sans plus pour moi. Mais je conçois que des lecteurs plus jeunes puissent y trouver davantage leur compte. Au départ sur les premières cases autour de Margotik, je pensais que j’allais lire quelque chose ressemblant une « famille Adams » pour jeunes lecteurs. Mais en fait Margotik, au look néogothique, n’est qu’un personnage « secondaire », seule « mortelle » tolérée par le petit groupe de jeunes zombis qui l’ont adoptée au milieu de leurs aventures de cimetière. Pour le reste, Cazenove est un vieux routier des strips gags ou histoires courtes, et il sait animer la mécanique des gags. Je lui reconnais des efforts réels pour rester dans la thématique zombi, et ne pas placer des gags interchangeables qui auraient pu se retrouver dans d’autres séries « à thème ». Mais bon, quelques sourires, une lecture pas déplaisante, mais pas non plus trop emballante. Dessin et colorisation sont très efficaces, et le rendu est très expressif.
Tarzan (Bec)
La couverture du premier tome est trompeuse : c'est le moins mauvais de l'œuvre. Tout le reste est trop sombre et triste ! Je n'ai jamais vu des êtres humains aussi laids que Tarzan et Jane dans cette série : des visages aux corps et à leurs positions, tout est désagréable. Le récit répète une fois de plus le premier roman du héros, sans créativité ni talent. Je n'ai lu que le premier tome, mais je le déconseille vivement. La déception a été si grande que j'ai honte au nom de Tarzan !
Sur les ailes du temps
Ce recueil de Didier Convard rassemble plusieurs histoires courtes majoritairement orientées science-fiction, souvent autour du voyage temporel et des enquêtes du CEHIT (Centre d'Etudes Historiques Inter-Temporels), même si quelques récits n'ont rien à voir et basculent davantage dans le fantastique pur. On sent bien le goût des années 70-80 pour la SF métaphysique, les paradoxes temporels, les futurs décadents et les récits un peu crépusculaires où l'humanité semble toujours proche de sa perte. Honnêtement, les scénarios sont assez inégaux. Ce sont des histoires très courtes, souvent construites autour d'une idée unique ou d'une petite chute à rebondissement. Certaines sont franchement prévisibles, d'autres paraissent aujourd'hui très classiques voire déjà vues maintes fois, mais un ou deux récits m'ont quand même un peu surpris. Globalement, c'est de la SF très basique, parfois naïve, avec ce petit parfum désuet typique d'une époque où l'on mélangeait encore sans complexe space opera, fantastique, érotisme, pessimisme nucléaire et réflexions vaguement métaphysiques dans quelques pages seulement. Mais l'intérêt principal de l'album, pour moi, vient surtout du dessin de Didier Convard. On le sent encore un peu immature par moments, pas totalement débarrassé de ses influences, mais j'aime beaucoup la clarté de son trait et l'élégance très académique de ses personnages comme de ses décors. On est quelque part entre Eddy Paape et André Juillard, avec qui il a d'ailleurs beaucoup collaboré. Il y a une vraie lisibilité, un goût du décor rétro-futuriste et une manière très classique mais agréable de mettre en scène les personnages. Même quand les scénarios restent mineurs, le dessin donne souvent envie de continuer. Ce n'est certainement pas un grand classique oublié de la science-fiction en BD, et beaucoup d'idées paraîtront aujourd'hui désuettes, mais en amateur de SF ancienne j'ai pris un plaisir amusé à parcourir ces récits. Leur côté rétro, parfois maladroit mais sincère, fonctionne un peu comme un témoignage d'une certaine bande dessinée de science-fiction française entre la fin des années 70 et le début des années 80.
Les Affamés du crépuscule
Subjectivement – une image belle et éclatante dans le style de l’art numérique, mais qui ne décroche pas les étoiles… Bien sûr, ce dessin anguleux et tranchant, aux couleurs digitales vives, a ses amateurs, et moi aussi je l’ai apprécié. Cependant, par endroits, les personnages présentent des proportions étranges : mains, corps, yeux… La bouche s’ouvre parfois en cri sur 180 degrés, au point qu’on pourrait y glisser trois Big Mac empilés – je comprends que c’est un procédé artistique, mais ce n’est pas vraiment à mon goût. Ceux qui n’aiment pas non plus l’hypertrophie des proportions au service de la dynamique risquent de ne pas apprécier. Quant au scénario, il n’y a pas grand-chose à en dire… Il sert surtout de toile de fond aux interactions romantiques entre les personnages. L’introduction épique promettait d’être ample et sérieuse, mais tout s’est réduit à des combats banals, sans intrigue particulière. C’est un peu décevant après avoir lu les critiques enthousiastes du public américain : en le découvrant, j’ai compris qu’il s’agissait d’une histoire assez faible, même si elle reste intéressante.
Spectregraph
J'ai un avis assez mitigé sur ce comics, mais pas vraiment négatif. J'ai pris un certain plaisir à le lire par moments, surtout grâce à son ambiance et à son identité graphique très fortes. Christian Ward offre un travail visuel vraiment réussi, notamment dans la représentation des différentes couches spectrales et de cette maison hantée transformée en espèce de machine métaphysique. Il y a des images marquantes et toute cette idée d'un riche occultiste prêt à expérimenter sur l'âme humaine pour vaincre la mort m'a rappelé les expériences de Burgess et de son amant au début de la série Sandman. On retrouve ce mélange de pseudo-science, d'occultisme et d'obsession amoureuse qui finit par tout corrompre. Les dialogues sont globalement bons, le déroulement des actes aussi, et malgré quelques longueurs j'ai trouvé l'ensemble prenant. Toutefois, j'ai trouvé qu'il y avait un peu trop de flashbacks. Certains sont utiles et nourrissent bien la relation entre l'occultiste et son compagnon, mais à force le récit finit par se disperser et ralentir inutilement son rythme. Ça délaie la sauce plus que ça ne l'enrichit. J'ai bien aimé le duo principal. La relation entre les deux femmes fonctionne plutôt bien, justement parce qu'elles semblent au départ enfermées dans des archétypes un peu faciles avant de brusquement s'inverser. Au début, Janie, la jeune mère, paraît presque fade et un peu idiote, mais dès qu'il est question de retrouver son enfant, elle devient nettement plus volontaire, courageuse et active. Ce basculement là, lui, fonctionne. En revanche, j'ai moins été convaincu par Vesper. Son changement de personnalité est trop brutal. Elle est introduite comme une jeune femme hautaine, mystérieuse et intimidante, censée être bien renseignée sur cette maison et sur ce qui s'y trouve, puis dès que les événements commencent elle se transforme en adolescente fragile et craintive. Ça sonne faux, d'autant plus qu'elle aurait théoriquement dû comprendre presque immédiatement ce qu'il s'était réellement passé dans cette maison. Le lecteur, lui, le devine quasiment immédiatement, ce qui rend la révélation finale beaucoup trop prévisible, à tel point que je croisais les doigts en vain pour que ce ne soit pas si évident. Et puis je n'ai pas aimé la toute fin. Le châtiment brutal qui frappe sans raison valable l'un des protagonistes m'a paru inutilement cruel et presque banal dans sa manière de chercher une dernière touche d'horreur choc. Le récit était plus intéressant quand il jouait sur le malaise, les couches spectrales, l'obsession amoureuse et la peur de la mort que lorsqu'il bascule dans une conclusion plus grossièrement punitive. Bref, un comics qui m'a séduit par sa forme, son ambiance, certaines idées visuelles et son mélange d'horreur occulte et de pseudo-science, mais qui m'a aussi frustré par une révélation finale beaucoup trop prévisible, plusieurs facilités narratives et quelques flashbacks de trop. Note : 2,5/5
Si vous lisez ça, je suis déjà morte...
Dans un futur proche, une journaliste accompagne une unité d'élite de Marines envoyée explorer Terminus, une mystérieuse planète censée abriter des entités extraterrestres incompréhensibles. Mais quelques minutes après leur arrivée, toute l'équipe militaire est massacrée et la journaliste se retrouve seule au milieu d'un monde aussi hostile qu'étrange. Le début m'a d'ailleurs surpris et même un peu amusé. La BD prend quelques pages pour nous présenter toute une escouade de commandos, avec le profil et les spécialités de chacun, exactement comme si on préparait un grand récit militaire de SF à la Aliens... avant de tous les faire tuer presque immédiatement dans une scène qui rappelle fortement l'attaque du fort dans Starship Troopers. J'ai trouvé ce faux départ plutôt efficace, parce qu'il crée une bonne rupture de ton et laisse penser qu'on va partir vers quelque chose d'imprévisible et de radicalement étrange. Le problème, c'est qu'après cette introduction réussie, le récit bascule très vite vers une sorte de fantasy mystique spatiale finalement beaucoup plus classique et beaucoup moins dépaysante que promis. On nous promettait un royaume quantique incompréhensible, étranger à l'humanité, mais on se retrouve finalement face à une civilisation humanoïde assez banale, avec tyran oppresseur, esclaves, caste dominante et élue providentielle. Toute l'étrangeté annoncée finit par ressembler à une vieille aventure de science-fantasy façon Flash Gordon, avec ses peuples exotiques vaguement mystiques et ses symboles ésotériques qui donnent surtout l'impression de faire mystérieux sans vraiment l'être. L'héroïne elle-même devient assez vite difficile à suivre. En moins d'un mois, elle apprend la langue locale, s'intègre à la population, comprend les croyances du peuple, est considérée comme une sorte de messie, vit des expériences mystiques et organiques parfois assez glauques, semble saisir intuitivement des enjeux que le lecteur ne comprend pas, puis finit par combattre le grand méchant avec des pouvoirs sortis de nulle part. Le récit donne l'impression que les auteurs sautent directement d'une idée à une autre sans construire réellement les étapes intermédiaires. L'ensemble est bourré de facilités et de clichés du genre. Le scénario semble vouloir parler de colonialisme, de militarisme humain, de domination, d'ouverture à l'autre et de spiritualité, avec des réminiscences d'Apocalypse Now, mais c'est aussi superficiel qu'abscons. On nous explique que l'humanité détruit tout ce qu'elle touche... tout en résolvant toute l'histoire par la violence, les combats et les affrontements spectaculaires. Il y a un décalage entre les intentions philosophiques du récit et sa manière très bourrine de raconter les choses. Visuellement, c'est plutôt réussi. Le dessin possède une personnalité rétro de science-fantasy, avec des architectures organiques et des créatures étranges. Certaines images évoquent du Kirby ou du Moebius mais là encore la mise en scène reste souvent plus illustrative qu'inspirée. J'ai eu l'impression d'un album plein d'ambition et d'influences qui ne parvient pas à en faire quelque chose de cohérent ou de profond. Ça se lit facilement, il y a quelques bons moments visuels, mais plus le récit avance, plus il devient confus, convenu et artificiellement mystique. Et le message final est décevant.