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Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Tchesmé
Tchesmé

L’ordre et le respect de la hiérarchie ne peuvent pas être corrompus. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Il s’agit du vingt-troisième album de cette série sur les grandes batailles navales. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte pour le scénario et les dessins, avec une mise en couleurs réalisée par Douchka Delitte. Il comporte quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier de huit pages, rédigé par le scénariste, généreusement illustré par des documents d’archives, avec des parties portant les titres suivants : Il était une fois la Grande Catherine, Un jeu de dominos, Puisque c’est la guerre rêvons de grandeur, Une marine russe qui se relève, Et voguent les navires !, Se battre durant trois jours, Encore quelques batailles et puis la paix. On a appelé ce siècle celui des Lumières mais étonnamment, chaque fois qu’une guerre se terminait, on s’empressait d’en provoquer une autre. Dans une humanité qui ne peut se défaire de l’acte guerrier pour faire entendre sa voix, il y aura toujours des hommes prêts à en suivre d’autres. Et dans des temps où il en faut peu pour bouter le feu aux poudres et embraser le monde, le désordre finit toujours par s’étendre au-delà des frontières. L’homme a cette particularité de toujours trouver une raison prétendument légitime pour nuire. Tel le jeu de dominos d’origine chinoise et qui apparaît en Europe vers les années 1960, la guerre russo-ottomane qui a éclatée en octobre 1768 n’a été qu’une des conséquences des troubles qui ont secoué la république des Deux Nations, union du royaume de Pologne avec le grand-duché de Lituanie. À bord du Netron Menia, les servants s’affairent autour des canons pour tirer sur un navire ottoman. Pendant ce temps-là, le marin Piotr a accompagné le lieutenant Alexis Ivanovitch Gortchakoff à la sainte-barbe. Dans cette partie du vaisseau où sont serrés les ustensiles d’artillerie et la poudre, le marin embroche le lieutenant à la suite d’une algarade. Forteresse de Navarin, dans les premiers jours de juin 1770, l’édifice militaire qui garde la baie de Pylos a été érigé par les Ottomans sur les fondations d’un vieux port. Occupée par différentes armées au fil des conflits, la forteresse est reprise en ce mois de juin, par ses bâtisseurs avec l’aide de mercenaires albanais. Des assaillants qui font preuve d’un zèle particulier à l’égard des rebelles grecs qui avaient fait de la forteresse un lieu de résistance ! Sur le navire Netron Menia, un officier observe la scène avec une longue vue commentant qu’il semble que les Ottomans aient repris la forteresse. Il estime qu’il s’agit d’une drôle de guerre qu’ils mènent là : endurer des mois de mer depuis Saint-Pétersbourg pour établir un timide blocus avant de renoncer. Un autre officier lui demande s’ils en sont responsables. Il continue : Les Ottomans refusent de les affronter, ils arrivent, les ennemis fuient les lieux, ils lèvent les ancres et les Ottomans reviennent. Cette fois-ci, l’auteur peintre officiel de la Marine et membre titulaire de l’académie des Arts et Sciences de la Mer, emmène le lecteur en mer Égée dans le troisième tiers du dix-huitième siècle. Comme à son habitude, il donne corps à la reconstitution historique de cette bataille navale en entremêlant les faits, les visions des navires et des points de vue à hauteur de l’individu, exclusivement masculin. La lecture de la bande dessinée peut se suffire à elle-même pour un néophyte sur cette période de l’Histoire dans cette région du globe, ce qui requiert un bon niveau d’attention pour saisir les implications contenues dans les sous-entendus des discussions. Dès la deuxième planche, l’auteur mentionne la guerre russo-ottomane et les troubles qui ont secoué la république des Deux Nations. La première référence renvoie à la sixième guerre qui s’est déroulée de 1768 à 1774 et qui a opposé l’Empire russe à l’Empire ottoman, les premiers essayant d’obtenir un accès à la mer Noire. La seconde évoque un État formé par l'union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie de 1569 à 1795. Par la suite, le scénariste fait aussi bien mention d’événements ponctuels comme la prise de la forteresse de Navarin, que des grands de ce monde, comme Grigori Ivanovitch Orlov (1734-1783) et ses frères Alexeï Grigorievitch (1737-1807) et Fiodor Grigorievitch (1741-1796), de Catherine la Grande (1729-1796, Sophie Frédérique Augusta d'Anhalt-Zerbst). Il met également en scène John Elphinstone (1722-1785), un officier de marine anglais, ayant réellement existé, étant passé en 1768 au service de l’Empire russe. Le lecteur connaisseur de cette période replace sans difficulté ces repères, le néophyte apprécie qu’ils soient étoffés ou développés dans le dossier historique clôturant cet ouvrage, que ce soit le couple de Catherine II et Pierre III, un bref historique des enjeux des précédentes guerre russo-ottomanes, le début de celle qui éclate en 1768, l’état de la marine russe à cette époque, la composition de la flotte ottomane (seize vaisseaux de ligne, six frégates, treize galères, six chebecs et une trentaine de navires de charge, soit un total de mille trois cents canons), l’issue de la bataille terrestre de Larga en Moldavie, et la suite. Il en va de même pour la composante de la marine : la possibilité pour le connaisseur de voir ces bâtiments en action en conformité avec la réalité historique, ou l’occasion de découvrir à quoi pouvait ressembler une bataille navale à l’époque. Comme d’habitude les dessins des navires enchantent le lecteur. Une illustration en pleine page d’un navire russe pour commencer, au beau milieu de la bataille. Aucun détail ne manque : de la coque au grand mât, les voiles pour parties déchirées par les boulets, la figure de la proue et le beaupré, les innombrables cordages, etc. Ce navire et celui en arrière-plan sont finement détourés avec des traits encrés, et ils ressortent sur la mer qui a été réalisée à la peinture. Ce tome se déroule essentiellement en mer, avec trente-huit pages montrant les navires soit vus de la mer, soit à partir d’un pont ou d’une cabine. Le lecteur en prend également plein les yeux avec deux illustrations en pleine page, et trois en double page. Au fil des séquences, l’artiste représente les hommes d’équipage s’affairant sur les navires pour les activités quotidiennes et lors des affrontements à coup de tirs de canon. Comme d’habitude, les images mettent en évidence qu’il s’agit d’un monde d’hommes. Il faut disposer d’une bonne vue pour entrapercevoir deux silhouettes féminines de loin sur un quai en page seize. Le dessinateur détoure chaque forme un trait de contour à l’encrage fin, pouvant présenter quelques aspérités tranchantes, ce qui donne une sensation d’environnements rudes et âpres, en cohérence avec la dureté et la brutalité de la vie en mer et des batailles. Il s’attache à reproduire avec rigueur les uniformes des militaires, les armes, les équipements et accessoires des vaisseaux. Le lecteur peut voir des êtres humains normaux, avec des attitudes adultes, certains s’attachant à garder leurs distances, d’autres les asticotant, les gradés ayant des postures plus guindées. En regardant les uns et les autres, le lecteur peut voir l’agilité et la force physique nécessaires pour travailler sur le pont, dans les voiles, etc. De la même manière lors de la séquence de quatre pages dans une campagne enneigée d’Ukraine en février 1769, il peut constater la rigueur du climat, comment les soldats luttent contre le froid, les platelages de bois utilisés dans le camp pour se tenir à l’écart l’humidité de la neige, les tensions qui peuvent exister entre les marins, et l’horrible réalité des blessures et mutilations occasionnées par les boulets sur la chair humaine, ainsi que les noyades lors des combats. La mise en couleur repose sur des teintes un peu ternes, accentuant une ambiance réaliste et éprouvante. Conformément au dispositif narratif bien rôdé, adapté depuis le début de la série, l’auteur ancre humainement le récit sur des personnages fictifs, ici un marin prénommé Piotr et un lieutenant appelé Alexis Ivanovitch Gortchakoff. D’un côté, il s’agit d’artifices pour apporter un point de vue à hauteur d’hommes, montrer ce que c’est d’être marin sur un des navires de la flotte russe, servir sous les ordres, supporter les autres marins, remplir la fonction de servant de canon, ou pour le lieutenant comment on peut se retrouver sur un navire sans aucune formation. D’un autre, ils dépassent leur simple valeur fonctionnelle, en évoquant une facette de leur vie ou une autre dans leurs dialogues. De manière inattendue, le lecteur voit ainsi apparaître le thème du rapport au père, et de l’héritage moral qu’il transmet à ses enfants, soit de manière positive, soit de manière négative en donnant le mauvais exemple. Ainsi le récit charrie le principe de reproduction des hiérarchies sociales. Cette idée trouve un écho dans la notion de respect de la hiérarchie militaire qui est abordée par le sergent : trouver le bon équilibre entre obéissance, déférence, distance. Au point qu’il rappelle que : L’ordre et le respect de la hiérarchie ne peuvent pas être corrompus. S’il a lu d’autres tomes de la série, par exemple U-9 (2025) avec Philippe Adamov & Fabio Pezzi, le lecteur est à nouveau frappé par une évidence : ces hommes se battent littéralement au péril de leur vie en conséquence de décisions d’individus qui ne les verront jamais et qui n’ont aucune idée de leurs sacrifices, ou même de leurs conditions de vie. Un tome de plus dans cette collection présentant les mêmes qualités : un grand soin apporté à la reconstitution historique, en particulier les navires, mais aussi les autres éléments militaires et de la vie pragmatique, des cases clairement disposées en bande, une structure efficace jouant avec le fait qu’il s’agit d’événements historiques déjà connus et donc commençant par la scène choc de la fin, et un monde d’hommes. Comme à son habitude, l’auteur dispense élégamment les informations indispensables, et les complète dans le dossier final. Il aborde incidemment d’autres thèmes comme l’héritage psychologique du père vers le fils, ou les formes du respect de la hiérarchie.

24/01/2026 (modifier)
Par Brodeck
Note: 2/5
Couverture de la série Le Mètre des Caraïbes
Le Mètre des Caraïbes

Une bd loin d'être aussi réussie que la production précédente du duo Lupano Chemineau, La Bibliomule de Cordoue . Un humour poussif pour ne pas dire forcé, des répliques qui tombent à plat, un récit emprunté, bancal et une fin abrupte, l'ensemble manque d'intérêt et de consistance. L'auteur, pour tenter de nous convaincre du ton délicieusement malicieux et désinvolte de son histoire, use du comique de répétition jusqu'à la corde, le récit avance comme un poulet (des montagnes) sans tête - je reconnais que ces batraciens étaient plutôt amusants -, accumule les personnages sans intérêt, les gags prévisibles, les révélations qui n'en sont pas et semble s'autosatisfaire de ce petit plaisir iconoclaste ( " je n'ai en fait rien à vous révéler et je trouve ça tellement drôle " ). La colorisation, le trait ne permettent pas non plus de rattraper l'ensemble. Un peu l'impression pour le coup que le nom a fait la bd. Note réelle : 2,5 voire 3 si vous aimez cet humour. Pendant ce temps, Les aventuriers de l'Urraca, pourtant superbe récit de pirates, qui a du coffre bien sûr, des choses à raconter, un souffle épique et poétique, un ton joliment mélancolique, a sans doute lui déjà disparu des étals.

24/01/2026 (modifier)
Couverture de la série The Moon is following us
The Moon is following us

Mouais. Gros bof me concernant pour cette série, à laquelle je n’ai jamais vraiment accroché. Le dessin tout d’abord, assez brouillon, inégal, et souvent avec un rendu un peu bâclé (comme ces visages quasi effacés dès qu’on s’éloigne du gros plan. Ensuite l’histoire, qui m’a elle aussi paru brouillonne, désordonnée, et aussi peu emballante. Quelques accointances avec « Alice au pays des merveilles », avec cette intrigue qui se déroule dans les rêves d’une gamine, dans lesquelles ses jouets surarmés, et ses parents inquiets (qui arrivent à pénétrer dans cet espace !) livrent un combat épique avec des forces du mal. Peu emballant, parfois difficile à suivre (dessin et narration pas toujours clairs). Mais aussi des dialogues parfois mièvres (entre les deux parents), ou stupides (les deux parents dialoguant à voix haute tout en s’approchant par surprise d’un ennemi !?). Une lecture poussive, que j’oublierai assez vite je pense.

23/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Fidji
Fidji

Avec Fidji, Jean-Luc Cano nous propose un road-trip haletant, porté sur l'action, qu'on a du mal à refermer avant d'en connaitre l'issue. Il est ici question d'amitié, de temps qui passe et de la difficulté de passer de l'adolescence à l'âge adulte. Ce qui marque en premier lieu, c'est la qualité graphique de cette BD parsemée de nombreuses cases en pleines pages du plus bel effet. Le trait de Pierre-Denis Goux est vraiment très dynamique, précis et fin, offrant au lecteur des scènes avec beaucoup de mouvements. Les cadrages alternant paysages, gros plans sur les visages ou le regard des personnages sont particulièrement habiles. Enfin, j'ai également beaucoup apprécié la mise en couleurs de Julia Pinchuk qui colle parfaitement avec les différentes ambiances des chapitres composant cette BD (avec une mention spéciale pour la couverture que je trouve très belle). C'est donc quasiment un sans-faute à ce niveau. Je suis à peine plus mitigé concernant le scénario car j'ai senti venir la chute finale, une cinquantaine de pages avant la fin. Et je trouve ce genre de ficelle un peu éculée depuis les films tels que Fight Club. Malgré tout, et bien que les réactions de nos deux héros soient parfois agaçantes, l'histoire se lit sans déplaisir, la narration étant fluide et les péripéties s'enchainant de manière très rythmée. Un agréable moment de lecture. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 15,5/20

23/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Last Hero Inuyashiki
Last Hero Inuyashiki

Pour une fois, le superhéros n'est ni un jeune, ni un savant, mais un vieux dévalué par sa famille d'ingrats. La réalité sociale est très perceptible dans les situations, dialogues, dessins. Le vieux tombe sur son devoir encore plus étonné qu'un Hobbit sur un anneau de pouvoir, mais il n'en est pas corrompu, seulement un peu dépassé, au début. Pour moi, le vrai sujet du manga est l'inviable sagesse d'un ignoré. Parmi tant, il rend le monde un peu meilleur, si héros, il va jusqu'au bout, sans faire de phrase. Digne de figurer comme sage si des superhéros plus tourmentés se cherchent quelqu'un qui sait écouter les autres.

23/01/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Le Petit Pape Pie 3,14
Le Petit Pape Pie 3,14

Le nouveau pape vient d'être élu : c'est un brave représentant de Dieu sur Terre, souriant et bienveillant, mais il est aussi tout petit. Outre cette incongruité finalement pas bien grave, ce personnage légèrement enfantin qui voit le bien en toute chose et est presque toujours accompagné de son grand cardinal garde du corps va être confronté à des situations touchant gentiment à l'absurde, voire au loufoque. Cette série m'a laissé une impression assez partagée. J'aime beaucoup Boucq, pour son dessin comme pour l'originalité de ses univers visuels et humoristiques. Et ici, rien à reprocher au dessin, qui est de très bonne qualité. Son trait caricatural et expressif fonctionne très bien dans ce registre humoristique, d'autant plus avec une colorisation lumineuse qui apporte une vraie légèreté à l'ensemble. Côté scénario, le début de la série m'a plutôt intrigué. J'étais curieux de voir ce que l'auteur allait faire de ce petit pape. Les premiers chapitres au Vatican sont sympathiques, mais pas hilarants. Par la suite, la fonction papale du héros devient de moins en moins centrale, tant on le voit embarqué dans des situations loufoques qui n'ont plus grand-chose à voir avec son statut, si ce n'est son comportement impassible et bienveillant, ainsi que sa propension à distribuer des bénédictions en toutes circonstances. L'humour est volontairement bon enfant, respectueux, jamais vraiment mordant, ce qui explique sans doute pourquoi certaines histoires tombent un peu à plat. Boucq y injecte une bonne dose d'absurde et de poésie, avec quelques idées inspirées, mais on reste le plus souvent dans le registre de l'amusant plutôt que du franchement drôle, même si j'ai tout de même ri face à la réaction excessivement outrée du cardinal Gontrand lorsqu'un SDF ose toucher la robe du pape. C'est une lecture sympathique mais très inégale, avec quelques chapitres un peu poussifs et un humour qui manque d'impact. Mon impression reste globalement positive, essentiellement grâce au dessin et parce que j'apprécie beaucoup Boucq, mais pour le reste, je n'ai pas été enthousiasmé.

23/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Hermiston
Hermiston

Je ne connaissais pas ce roman en partie inachevé de Stevenson. Harambat explique en fin d’album (j’ai lu l’histoire dans l’intégrale des deux tomes) ce qui lui a permis de conclure le récit, à partir de notes de l’auteur. Disons que cette conclusion ne trahit pas ce qui précède, et se révèle « crédible ». Mais bon, je suis resté en partie à côté de ce récit. Les landes écossaises me plaisent a priori, mais ici elles n’ont pas permis de contrebalancer un récit un peu mollasson (surtout dans le premier tome) et qui reste finalement très – trop – classique (en particulier ce qui concerne les questionnements moraux du héros, et son affrontement avec son magistrat de père). Quant au dessin, le trait moderne et « jeté » n’est pas inintéressant, mais il est parfois un chouia trop brouillon, un peu maladroit. Une petite déception me concernant. Note réelle 2,5/5.

23/01/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 2/5
Couverture de la série Deryn Du
Deryn Du

Il s'agit d'un exercice de style ou plutôt d'un défi : une BD peut-elle générer de la peur ? Guillaume Sorel crée une histoire policière particulièrement macabre. Les crimes horribles s'enchaînent dans un village gallois de bord de mer, le serial killer s'annonce désireux de choquer via un spectaculaire revendiqué. Mais l'invraisemblance des crimes interroge : est-ce l’œuvre d'un déséquilibré (dans ce cas, comment s'y prend-t-il pour assassiner puis mettre en scène de la sorte ses perversités, sans être remarqué) ? Ou bien une vengeance divine ? Le fantastique s'invite peu à peu, à moins que ce ne soit la folie. Avec son dessin toujours aussi puissant, Sorel ménage des respirations : la journée, un jeune scientifique enquête, parcourant la plage et les champs de blé aux coquelicots. Mais la tension s'immisce toujours rapidement, via une population locale inquiète et soupçonneuse ou des visions d'enfants déstabilisantes. La nuit, l'horreur reprend le dessus, un nouveau crime surgit, l'enquête avance dans une direction qui terrifie le héros. Malheureusement, force est de constater que Sorel échoue dans son ambition initiale (générer de la peur) mais aussi dans celle minimale (entretenir un récit policier fantastique haletant). L'enquête avance rapidement et de manière fortuite, le fantastique devient évident et peu enthousiasmant (les éléments pertinents étant découverts trop tardivement pour enrichir l'intrigue). Du côté de la peur, l'usage d'éléments purement cinématographiques interpellent : le plan de coupe sur l'enfant, les yeux brillants dans la nuit, la figuration des actes horribles ou leur volontaire mise hors-champ et la figuration de la terreur sur les visages des héros. Pourquoi ces éléments-là ne fonctionnent-ils pas ? Je crains qu'il ne faille pas uniquement accuser le "média BD" et l'impossibilité pour l'auteur de gérer le rythme de lecture de son lecteur. Sorel n'a pas assez misé sur son découpage, joué des changements de page pour suspendre l'horreur (visage horrifié en dernière case d'une page de droite, explication -ou non- après avoir tourné la page). Il n'a pas non plus essayé de créer une ambiance sonore particulière, sauf avec ces bulles en rose difficiles à interpréter en termes de voix et de décibels. Un loupé très intéressant, fort bien dessiné : une lecture pertinente tout autant que décevante.

23/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Punk à sein
Punk à sein

Il y a quelques années, en pleine période d'écriture d'une de ses bandes-dessinées, Magali Le Huche a découvert qu'elle avait un cancer du sein. Une maladie dégénérative bien connue, de nom en tant cas, qui atteint une femme sur six en moyenne (et qui d'ailleurs attaque sans se soucier du sexe ou du genre), un mal rependu et qui pourtant nous parait presque toujours inconnu, incommensurable aussi. Une sorte de fantôme dont on ne pourrait échapper. Magali Le Huche, comme beaucoup de gens, a vu sa vie, sa vision d'elle-même, son rapport au corps voler en éclat, du jour au lendemain, et nous partage dans cet album son parcours, sa remontée. On pourrait se dire naïvement que ce genre de témoignage pullule mais je trouve chacune des itérations nécessaires. Dans cet album comme dans de nombreux précédents témoignages (et sans aucun doute dans la myriade qui suivront), ce n'est pas le caractère scientifique, vulgarisateur qui est intéressant, c'est le fait que le discours, l'expérience est personnelle, vivante et unique. Magali Le Huche nous partage son expérience, à la fois similaire à tant d'autres et, malgré tout, bien unique. On réalise pleinement, comme elle-même le dit dans l'album, que ce ne sont pas toujours les autres à qui ce genre de choses arrivent. Sur la deuxième moitié de l'album on a même droit à de courtes (mais toujours intéressantes) apartés sur la vie d'autres personnes vivant la même expérience qu'elle et de qui elle s'est rapprochée suite à la découverte de son cancer. Tout ça c'est bien, vous entends-je dire (c'est faux, je ne vous entends pas, tout ceci est écrit à l'avance), mais quel est donc la touche unique de ce témoignage ? Déjà sa forme, puisque l'on retrouve le dessin simple et expressif de Magali Le Huche, ainsi que sa tendance à rendre chaotique la narration en brisant les "cases" de la bande-dessinée et en multipliant les apartés et les digressions qui lui viennent parfois sur le tas ; mais il y a aussi le fond, puisque qu'au delà de nous parler de son cancer du sein elle nous dresse ici une sorte d'étude d'elle-même dans sa globalité lors de cette période. Son rapport à la musique, notamment, nous parlant de sa fascination pour les Beatles dans sa tendre jeunesse mais aussi (et surtout) de sa redécouverte du groupe The Clash, l'un des premiers groupes de Punk, et sa soudaine fascination pour Joe Strummer, sa vie, ses idéaux, ce qu'il représentait. Le parallèle entre la lutte contre un système oppressant et la réappropriation, la revendication de son corps est assez bien trouvée, je trouve. Un album intéressant. Pas mon préféré dans son genre, il faut dire que je ne suis pas la plus sensible au style narratif de Magali Le Huche, mais je reconnais aisément que l'œuvre est de bonne facture et, surtout, comme dit plus haut, toujours on ne peut plus nécessaire.

23/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Fantasy - Yourcenar / Alma
Fantasy - Yourcenar / Alma

Les avis élogieux m'avaient poussé à intégrer cet album dans la liste de souhaits, un matériel de qualité, des couleurs chatoyantes, une promesse d'aventure, tant de choses qui partaient bien. Et le premier récit rentre dans l'aventure avec des codes fantasy avec réussite. Les personnages parlent peu, la société matriarcale présentée donne envie de s'y intéresser plus mais nous ne pourrons pas car nous voici déjà en quête. les codes du genre sont là, il n'y a pas vraiment de surprise et difficile de s'attacher aux personnages, un peu quand même à ce paladin servant noblement la cause. Si l'on n'avait pas déjà compris, un peu de texte assez artificiel vient nous expliciter les piliers basés sur des faux semblants de la société que l'on a quitté, un survivant bien peu crédible étant donnés les dangers rencontrés offre un porte de sortie et sans qu'on l'ai vraiment compris notre héroïne accomplit son geste de bravoure avec une froideur qui fait peur et ne nous aide pas à l'apprécier. Le dessin a servi le propos, voyons maintenant l'autre facette. Si le choix de l'autre personnage m'a surpris, la découverte de cet autre matriarcat est plus verbeux et hélas ce n'est pas une réussite car les textes sont remplis de redondances, très plats et franchement lourds par moments. On va retrouver tous les poncifs qu'il est de bon ton de promouvoir dans notre actualité : le patriarcat c'est moche, le lesbianisme c'est bien, les anciens raisonnent comme des fachos qui ne comprennent rien au monde actuel, sont trop ancrés sur leurs valeurs passéistes et corrompent une belle jeunesse pour qui la vérité doit se trouver en eux. Et on en ajoute des couches... Pff s'il n'y avait ce dessin magnifique en particulier un découpage franchement emballant, la mise en couleur étant réussie mais un poil trop saturée à mon goût, j'aurai fermé le livre depuis longtemps. Milles ans passent et c'est peu dire que de ire qu'on les sent bien passer en tant que lecteur, arrive ce qui unit les deux récits et même à ce moment où une attente d'amour aussi longue et idéale pourrait trouver un climax d'émotions, on n'a que des platitudes navrantes ce qui donne l’impression de voir des personnages qui surjouent. Enfin la chute qui réunit les deux récits et le vieux ringard qui dans un clin d’œil ultime avait bien raison dans sa prédiction à croire que tant d'effort pour montrer de magnifiques matriarcats finalement aussi remplis des mêmes limites que les autres modèles ! Mais là je m'égare et taquine un poil le manifeste qui ne veut probablement adouber cette interprétation. Cette seconde partie est écœurante, j'ai rarement été aussi dégouté d'une BD et même certains ici m'ont semblé meilleurs. Au final dur de donner un avis global, car autant la première partie serait entre un bof et un pas mal avec de bonnes choses sous exploitées au détriment d'autres sans intérêt tandis que la seconde me plonge dans une perplexité sur la vacuité en BD. Je n'ai vraiment pas aimé le scénario et les personnages ainsi que les textes, mais le dessin et l'environnement créé méritent mieux allons donc pour le bof, j'aurai tendance à penser que cet auteur devrait s'associer avec un scénariste pour donner le meilleur de lui même

23/01/2026 (modifier)