3.5
Un bon album qui raconte un procès qui a été important dans la lutte pour légaliser l'avortement en France. Ce qui m'a sauté aux yeux est que tout le long du procès de Marie-Claire Chevalier, une adolescente de 15 ans, est qu'au travers son histoire et celle de sa famille on voit toute la violence que la société peut faire aux femmes: elle a été violée, elle ne veut pas être une mère-fille comme cela a été le cas pour sa mère, la mère qui est le seul parent de la maison et qui vit sur un salaire de misère avec ses filles, les femmes qui ne peuvent pas avoir contrôler sur leur corps....C'est vraiment une histoire triste et c'est intéressant de voir comment ce procès a permis de faire évoluer les mentalités.
Cela dit je comprends les avis moins positifs sur cet album. C'est vrai que plusieurs éléments sont survolés, notamment lorsqu'on fait appelle à des figures féministes. Je pense qu'un lecteur qui ne connait rien à la société française de l'époque pourrait ne pas comprendre certains éléments du scénario. J'ai en tête la scène avec Françoise Giroud qui écrit un article sur l'affaire et un type lambda lui dit que ça pourrait causer des problèmes et elle répond qu'elle s'en fout....Comme on n’explique même pas que Giroud était une des responsables de l'Express à l'époque, on dirait que pour une raison quelconque une journaliste peut écrire tout ce qu'elle veut même si ça attire des problèmes au magazine où elle travaille !
Mais bon cela ne m'a pas trop dérangé vu que j'ai des bonnes connaissances de cette époque et j'ai trouvé que c'était un album passionnant à lire, mais je vois bien les raisons qui pourraient faire en sorte que d'autres lecteurs aiment moins que moi.
3.5
Sans doute le meilleur titre d'Ennis depuis longtemps. Il faut dire qu'il se retient un peu, il y a pas de blagues scratos ou pleins de gores. On est dans un récit sombre et sérieux.
Le point de départ est du déjà vu: soudainement la guerre nucléaire arrive et cela change le destin des personnages qui doivent maintenant survivre. Le récit est prenant malgré que le sujet ne soit pas original. Je pense que cela vient du fait que si les personnages ne sont pas particulièrement attachants, leurs personnalités et leurs réactions faces à un monde post nucléaire sont réalistes et crédibles. J'ai bien aimé les suivre dans ce monde perdu où on ne sait pas plus quoi faire pour survivre et aussi on ne tombe pas dans un sous-Mad Max comme l'aurait fait un scénariste paresseux. Je pense que ce que voulait surtout montrer Ennis est comment évoluerait la mentalité d'un personnage qui était beaucoup optimiste avant la fin du monde tel qu'on le connait. La fin est vraiment sombre.
J'ai aussi bien aimé le dessin et notamment les couleurs qui sont beaucoup moins fades que ce qu'on a l'habitude de voir dans les comics modernes.
C’est une bien cruelle déception que cette revisite des aventures de Lucky Luke par un des auteurs humoristiques que je plaçais dans le haut du panier : Bouzard. Une déception comparable à celle que j’ai ressenti avec « Choco-boys », une autre variation de l’univers du célèbre cow-boy par le bédéaste allemand Ralf König.
Bouzard, qui m’avait tant amusé avec son « Autobiography of me too », est visiblement un fan de Lucky Luke, comme beaucoup d’entre nous. Il s’est attelé ici à la conception d’un scénario en essayant de marier l’univers du héros à sa propre sauce. Si on peut sourire au début des quelques vannes décalées (les digressions sur la brindille, la scène de l’ombre qui suit très lentement le cow-boy lorsqu’il sort du bureau du procureur…), tout cela s’essouffle assez vite au fil des pages. Les gags paraissent faciles et tombent à plat (par exemple les blagues autour du « daltonisme » des Dalton ou l’annonce du mariage de Ma Dalton avec son ravisseur, Phil Defer…).
Le constat est difficile à admettre quand on apprécie un auteur, mais Bouzard a clairement manqué d’inspiration ici, et on n’y retrouve aucunement la fantaisie dont on le sait capable. Etait-ce une œuvre de commande qui n’arrivait pas au bon moment ? Est-ce parce que l’auteur n’a pas su se fixer une ligne directrice en reprenant sa recette consistant justement à ne pas en avoir ? Avec un scénario totalement incohérent qui serait peut-être inapproprié dans le cas présent, renforçant l’écart avec les narrations si bien ficelées de Goscinny ? Tout cela nous amène à une question : peut-on faire une parodie d’une œuvre déjà humoristique au départ, surtout quand celle-ci est signée des « monstres » du neuvième art tels qu’Uderzo et le précité Goscinny ?
Comme je n’ai pas envie d’enfoncer Bouzard outre mesure, parce que je sais qu’il en a sous le capot, je serai compréhensif en avançant que même les champions se plantent parfois. « Jolly Jumper ne répond plus » est un ratage manifeste selon moi, et mon appréciation n’est relevée que par son style graphique toujours efficace. On notera que si les Dalton sont les copies quasi conformes (et un peu paresseuses) des personnages originaux, Lucky Luke est méconnaissable, doté d’un gros nez qui ne suffit pas à le rendre drôle, et dépourvu de sa brindille qui restait le seul substitut à son mythique mégot, avant que la loi liée à la cigarette n’impose ses diktats à la culture.
En conclusion, on pourrait presque se demander si Jolly Jumper n’a pas décidé de s’enfermer dans le silence parce qu’il désapprouvait le projet… D’autant que le titre est quelque peu trompeur, puisqu’en définitive, ce sont les Dalton qui sont au centre de l’histoire et non le cheval à la crinière blonde… Mais quand je dis que l’auteur en a sous le capot et que l’espoir n’est pas perdu, on pourra le vérifier avec le récent « L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre ». Cette fois consacré au tournage de la série sur Lucky Luke, cet album nous permettra de retrouver l’humour si particulier de Bouzard.
C’est la dernière série conçue par Frank Giroud, qui a scénarisé le premier album, et a sans doute aussi laissé un synopsis suffisamment complet pour que la suite se passe de façon fluide. C’est Laurent Galandon qui s’y est collé.
Ce triptyque se laisse lire assez agréablement. C’est un récit d’aventure où les diverses officines d’espionnages (CIA, KGB, Mossad) joue un rôle essentiel, avec un personnage (ancien ingénieur nazi ayant travaillé sur les V2) est la cible de tous – pour des raisons diverses.
On voyage aussi pas mal. Si le premier album se déroule en Égypte peu après la seconde guerre mondiale, le suivant se passe en URSS et surtout aux États-Unis, tandis que le dernier se passe essentiellement en Argentine (ces deux derniers albums jouant pas mal sur des flash-backs pour aider à comprendre l’implication des divers services secrets).
Le scénario utilise bien le contexte (retombées de la Seconde guerre mondiale, lutte entre URSS et USA durant la guerre froide pour mettre au point un programme de missiles, combats d’Israël pour arrêter et juger d’anciens dignitaires nazis), et cet arrière-plan densifie l’intrigue, par ailleurs assez dynamique.
Les personnages sont plutôt bien campés, et globalement crédibles.
C´'était le commencement d'une longue et belle amitié entre les textes de E. R. Burroughs el les dessins de R. Manning. Nous pourrions nous interroger sur l'intérêt et la nécessité d'un héros si similaire et qui parfois se confond avec son père. Au fil des histoires, nous comprenons le sens de ce personnage, la relation avec ses parents et bien plus encore. Sa croissance et son autonomie, ses propres aventures font partie de l'univers de Burroughs et les dessins de Manning se sont améliorés aussi avec le temps.
En plus de ces histoires, il y a toute une saga : la recherche de Korak pour sa bien-aimée Meriem. Mais ce sont d'autres histoires... avec des dessins de F. Thorne, M. Anderson et autres artistes Certaines ont été publiées en France, dans la revue Tarzan Géant, vendue dans les kiosques aux années soixante dix.
Si le titre et les premières pages font évidemment penser à Verne, c’est aussi et avant tout à Kipling que cette série fait référence, avec ces aventures asiatiques, loin des océans en tout cas dans le premier album.
Némo fait son apparition en fin de premier album, et le Nautilus devient central par la suite. Un Némo surprenant, chantre de la nation indienne, luttant contre la colonisation, totalement nihiliste et cherchant à déclencher un conflit entre grandes puissances pour assouvir ses envies de solder les comptes.
Finalement, après avoir lu les trois tomes, c’est le premier qui m’a le plus intéressé. Les autres restent dans la veine d’aventure/espionnage, mais c’est moins crédible, cela joue sur trop de facilités (déjà tout ce qui tourne autour de l’attentat et de la recherche des preuves dans un paquebot coulé en plein port de Bombay force trop notre tolérance au possible), et dans le troisième tome il y a bien trop de retournements de situation, de situations improbables – le Nautilus semble-t-il dans la Seine ? Les bisbilles entre Kimball et Jaya sont aussi un peu lassantes, et la fin de Némo est elle aussi improbable…
Ça se laisse lire, c’est rythmé, et le dessin est plutôt bon, ce qui me fait arrondir aux trois étoiles, mais je n’y ai pas retrouvé le charme de Verne.
Note réelle 2,5/5.
J'aimerais pouvoir donner une meilleure note, mais je n'y arrive pas. L'histoire est un amalgame incompréhensible de mythes grecs et d'aventure contemporaine. Van Hamme en était à ses débuts en tant que scénariste et cela se remarque.
Les dessins de Cuvelier ne sont pas trop mauvais, mais on en ressent les limites. Il voulait être artiste peintre, mais a été obligé de faire de la bande dessinée. Grand dessinateur dans plusieurs séries que j'apprécie beaucoup (Line, Corentin). Il était excellent surtout dans l'anatomie humaine et celle des chevaux en mouvement, ce qui est si difficile! Mais ici, également en raison des limitations de l'époque, le sexe féminin est toujours commodément couvert et tout devient trop forcé et visuellement désagréable. Un érotisme qui ne l'était plus vraiment à cette époque.
J'ai découvert Sala récemment grâce à Le Joueur d'échecs que j'ai absolument a-do-ré. Je n'en dirais pas autant de cet album que je trouve "seulement" très bon, aspect visuel toujours aussi fascinant. Là, on a une multi-biographie réussie savoir celle du héros de la famille, de l'auteur, de sa mère, et accessoirement, des autres. Comment savoir si ce qui fait que je préfère Le joueur d'échec est une fiction supérieure à la réalité ou ma fascination pour les échecs ? Dur à dire.
Puisque je suis là, j'en profite pour inciter à lire Le gambit des étoiles, roman vraiment parfait de Klein. Je dois pourtant reconnaître que Sala fait un sans faute : on voit le poids de la transmission de la tragédie, dans la famille, mais aussi le bonheur d'une vie familiale où l'amour et la liberté règnent, ce qui n'est pas un mince privilège… Et parfois, le drame et le bonheur ne sont pas où on les attend. J'avais peur en ouvrant la bd, je l'ai fermé avec un presque sentiment de plénitude.
Buz Sawier est une série typique de la production américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, exaltant les exploits de l'armée. Je préfère les histoires du personnage après son retour à la vie civile, en tant que détective.
Les dessins sont de très bonne qualité, cependant Roy Crane se plaignait du travail et du temps qu'il passait à dessiner les avions avec tant de détails. Mais il a été invité à la Maison-Blanche pour ses réalisations dans les comics ! Les aventures du héros sont un bon divertissement et ont évolué en termes d'humour, ainsi que dans le rôle de plus en plus important de belles jeunes filles très bien dessinées.
Un inspecteur de police mène une enquête autour de la mort de Pier Paolo Pasolini, une investigation qui le plonge peu à peu dans un entrelacs de faits, de souvenirs et de visions où sa propre identité semble se confondre avec celle du cinéaste.
Le dessin m’a laissé une impression globalement propre et de qualité, avec une vraie maîtrise et une lecture fluide des planches. Mais cette impression est contrebalancée par une certaine raideur des personnages et du trait, qui donne parfois un côté figé à l’ensemble.
L’histoire démarre comme un polar noir assez classique et bien construit, dans une ambiance elle aussi propre et posée. Puis progressivement, le récit bascule dans quelque chose de plus trouble, en mêlant réalité, enquête et flashbacks autour de Pasolini. On se retrouve dans un va-et-vient permanent où les frontières deviennent floues, avec des évocations quasi fantomatiques de Pasolini, au point qu’on ne sait plus si l’on suit le détective, le cinéaste, ou une forme de fusion des deux.
Ce brouillage finit par contaminer les motivations des personnages. Le détective semble s’aliéner peu à peu, obsédé par son enquête, jusqu’à adopter un comportement de plus en plus stéréotypé, notamment dans sa manière de séduire les femmes croisées, alors même qu’il a une jeune et belle épouse amoureuse de lui. Cette dérive rend son parcours de moins en moins lisible.
La conclusion arrive finalement de façon assez plate, sans réel impact, sans que l’on sache vraiment quoi retenir des enjeux ou des trajectoires. À force de mélanger les niveaux de lecture et de brouiller les repères, j’ai fini par être complètement perdu dans le récit.
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Bobigny 1972
3.5 Un bon album qui raconte un procès qui a été important dans la lutte pour légaliser l'avortement en France. Ce qui m'a sauté aux yeux est que tout le long du procès de Marie-Claire Chevalier, une adolescente de 15 ans, est qu'au travers son histoire et celle de sa famille on voit toute la violence que la société peut faire aux femmes: elle a été violée, elle ne veut pas être une mère-fille comme cela a été le cas pour sa mère, la mère qui est le seul parent de la maison et qui vit sur un salaire de misère avec ses filles, les femmes qui ne peuvent pas avoir contrôler sur leur corps....C'est vraiment une histoire triste et c'est intéressant de voir comment ce procès a permis de faire évoluer les mentalités. Cela dit je comprends les avis moins positifs sur cet album. C'est vrai que plusieurs éléments sont survolés, notamment lorsqu'on fait appelle à des figures féministes. Je pense qu'un lecteur qui ne connait rien à la société française de l'époque pourrait ne pas comprendre certains éléments du scénario. J'ai en tête la scène avec Françoise Giroud qui écrit un article sur l'affaire et un type lambda lui dit que ça pourrait causer des problèmes et elle répond qu'elle s'en fout....Comme on n’explique même pas que Giroud était une des responsables de l'Express à l'époque, on dirait que pour une raison quelconque une journaliste peut écrire tout ce qu'elle veut même si ça attire des problèmes au magazine où elle travaille ! Mais bon cela ne m'a pas trop dérangé vu que j'ai des bonnes connaissances de cette époque et j'ai trouvé que c'était un album passionnant à lire, mais je vois bien les raisons qui pourraient faire en sorte que d'autres lecteurs aiment moins que moi.
La Guerre (Ennis)
3.5 Sans doute le meilleur titre d'Ennis depuis longtemps. Il faut dire qu'il se retient un peu, il y a pas de blagues scratos ou pleins de gores. On est dans un récit sombre et sérieux. Le point de départ est du déjà vu: soudainement la guerre nucléaire arrive et cela change le destin des personnages qui doivent maintenant survivre. Le récit est prenant malgré que le sujet ne soit pas original. Je pense que cela vient du fait que si les personnages ne sont pas particulièrement attachants, leurs personnalités et leurs réactions faces à un monde post nucléaire sont réalistes et crédibles. J'ai bien aimé les suivre dans ce monde perdu où on ne sait pas plus quoi faire pour survivre et aussi on ne tombe pas dans un sous-Mad Max comme l'aurait fait un scénariste paresseux. Je pense que ce que voulait surtout montrer Ennis est comment évoluerait la mentalité d'un personnage qui était beaucoup optimiste avant la fin du monde tel qu'on le connait. La fin est vraiment sombre. J'ai aussi bien aimé le dessin et notamment les couleurs qui sont beaucoup moins fades que ce qu'on a l'habitude de voir dans les comics modernes.
Lucky Luke - Jolly Jumper ne répond plus
C’est une bien cruelle déception que cette revisite des aventures de Lucky Luke par un des auteurs humoristiques que je plaçais dans le haut du panier : Bouzard. Une déception comparable à celle que j’ai ressenti avec « Choco-boys », une autre variation de l’univers du célèbre cow-boy par le bédéaste allemand Ralf König. Bouzard, qui m’avait tant amusé avec son « Autobiography of me too », est visiblement un fan de Lucky Luke, comme beaucoup d’entre nous. Il s’est attelé ici à la conception d’un scénario en essayant de marier l’univers du héros à sa propre sauce. Si on peut sourire au début des quelques vannes décalées (les digressions sur la brindille, la scène de l’ombre qui suit très lentement le cow-boy lorsqu’il sort du bureau du procureur…), tout cela s’essouffle assez vite au fil des pages. Les gags paraissent faciles et tombent à plat (par exemple les blagues autour du « daltonisme » des Dalton ou l’annonce du mariage de Ma Dalton avec son ravisseur, Phil Defer…). Le constat est difficile à admettre quand on apprécie un auteur, mais Bouzard a clairement manqué d’inspiration ici, et on n’y retrouve aucunement la fantaisie dont on le sait capable. Etait-ce une œuvre de commande qui n’arrivait pas au bon moment ? Est-ce parce que l’auteur n’a pas su se fixer une ligne directrice en reprenant sa recette consistant justement à ne pas en avoir ? Avec un scénario totalement incohérent qui serait peut-être inapproprié dans le cas présent, renforçant l’écart avec les narrations si bien ficelées de Goscinny ? Tout cela nous amène à une question : peut-on faire une parodie d’une œuvre déjà humoristique au départ, surtout quand celle-ci est signée des « monstres » du neuvième art tels qu’Uderzo et le précité Goscinny ? Comme je n’ai pas envie d’enfoncer Bouzard outre mesure, parce que je sais qu’il en a sous le capot, je serai compréhensif en avançant que même les champions se plantent parfois. « Jolly Jumper ne répond plus » est un ratage manifeste selon moi, et mon appréciation n’est relevée que par son style graphique toujours efficace. On notera que si les Dalton sont les copies quasi conformes (et un peu paresseuses) des personnages originaux, Lucky Luke est méconnaissable, doté d’un gros nez qui ne suffit pas à le rendre drôle, et dépourvu de sa brindille qui restait le seul substitut à son mythique mégot, avant que la loi liée à la cigarette n’impose ses diktats à la culture. En conclusion, on pourrait presque se demander si Jolly Jumper n’a pas décidé de s’enfermer dans le silence parce qu’il désapprouvait le projet… D’autant que le titre est quelque peu trompeur, puisqu’en définitive, ce sont les Dalton qui sont au centre de l’histoire et non le cheval à la crinière blonde… Mais quand je dis que l’auteur en a sous le capot et que l’espoir n’est pas perdu, on pourra le vérifier avec le récent « L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre ». Cette fois consacré au tournage de la série sur Lucky Luke, cet album nous permettra de retrouver l’humour si particulier de Bouzard.
La Guerre invisible
C’est la dernière série conçue par Frank Giroud, qui a scénarisé le premier album, et a sans doute aussi laissé un synopsis suffisamment complet pour que la suite se passe de façon fluide. C’est Laurent Galandon qui s’y est collé. Ce triptyque se laisse lire assez agréablement. C’est un récit d’aventure où les diverses officines d’espionnages (CIA, KGB, Mossad) joue un rôle essentiel, avec un personnage (ancien ingénieur nazi ayant travaillé sur les V2) est la cible de tous – pour des raisons diverses. On voyage aussi pas mal. Si le premier album se déroule en Égypte peu après la seconde guerre mondiale, le suivant se passe en URSS et surtout aux États-Unis, tandis que le dernier se passe essentiellement en Argentine (ces deux derniers albums jouant pas mal sur des flash-backs pour aider à comprendre l’implication des divers services secrets). Le scénario utilise bien le contexte (retombées de la Seconde guerre mondiale, lutte entre URSS et USA durant la guerre froide pour mettre au point un programme de missiles, combats d’Israël pour arrêter et juger d’anciens dignitaires nazis), et cet arrière-plan densifie l’intrigue, par ailleurs assez dynamique. Les personnages sont plutôt bien campés, et globalement crédibles.
Korak, le fils de Tarzan
C´'était le commencement d'une longue et belle amitié entre les textes de E. R. Burroughs el les dessins de R. Manning. Nous pourrions nous interroger sur l'intérêt et la nécessité d'un héros si similaire et qui parfois se confond avec son père. Au fil des histoires, nous comprenons le sens de ce personnage, la relation avec ses parents et bien plus encore. Sa croissance et son autonomie, ses propres aventures font partie de l'univers de Burroughs et les dessins de Manning se sont améliorés aussi avec le temps. En plus de ces histoires, il y a toute une saga : la recherche de Korak pour sa bien-aimée Meriem. Mais ce sont d'autres histoires... avec des dessins de F. Thorne, M. Anderson et autres artistes Certaines ont été publiées en France, dans la revue Tarzan Géant, vendue dans les kiosques aux années soixante dix.
Nautilus
Si le titre et les premières pages font évidemment penser à Verne, c’est aussi et avant tout à Kipling que cette série fait référence, avec ces aventures asiatiques, loin des océans en tout cas dans le premier album. Némo fait son apparition en fin de premier album, et le Nautilus devient central par la suite. Un Némo surprenant, chantre de la nation indienne, luttant contre la colonisation, totalement nihiliste et cherchant à déclencher un conflit entre grandes puissances pour assouvir ses envies de solder les comptes. Finalement, après avoir lu les trois tomes, c’est le premier qui m’a le plus intéressé. Les autres restent dans la veine d’aventure/espionnage, mais c’est moins crédible, cela joue sur trop de facilités (déjà tout ce qui tourne autour de l’attentat et de la recherche des preuves dans un paquebot coulé en plein port de Bombay force trop notre tolérance au possible), et dans le troisième tome il y a bien trop de retournements de situation, de situations improbables – le Nautilus semble-t-il dans la Seine ? Les bisbilles entre Kimball et Jaya sont aussi un peu lassantes, et la fin de Némo est elle aussi improbable… Ça se laisse lire, c’est rythmé, et le dessin est plutôt bon, ce qui me fait arrondir aux trois étoiles, mais je n’y ai pas retrouvé le charme de Verne. Note réelle 2,5/5.
Epoxy
J'aimerais pouvoir donner une meilleure note, mais je n'y arrive pas. L'histoire est un amalgame incompréhensible de mythes grecs et d'aventure contemporaine. Van Hamme en était à ses débuts en tant que scénariste et cela se remarque. Les dessins de Cuvelier ne sont pas trop mauvais, mais on en ressent les limites. Il voulait être artiste peintre, mais a été obligé de faire de la bande dessinée. Grand dessinateur dans plusieurs séries que j'apprécie beaucoup (Line, Corentin). Il était excellent surtout dans l'anatomie humaine et celle des chevaux en mouvement, ce qui est si difficile! Mais ici, également en raison des limitations de l'époque, le sexe féminin est toujours commodément couvert et tout devient trop forcé et visuellement désagréable. Un érotisme qui ne l'était plus vraiment à cette époque.
Le Poids des héros
J'ai découvert Sala récemment grâce à Le Joueur d'échecs que j'ai absolument a-do-ré. Je n'en dirais pas autant de cet album que je trouve "seulement" très bon, aspect visuel toujours aussi fascinant. Là, on a une multi-biographie réussie savoir celle du héros de la famille, de l'auteur, de sa mère, et accessoirement, des autres. Comment savoir si ce qui fait que je préfère Le joueur d'échec est une fiction supérieure à la réalité ou ma fascination pour les échecs ? Dur à dire. Puisque je suis là, j'en profite pour inciter à lire Le gambit des étoiles, roman vraiment parfait de Klein. Je dois pourtant reconnaître que Sala fait un sans faute : on voit le poids de la transmission de la tragédie, dans la famille, mais aussi le bonheur d'une vie familiale où l'amour et la liberté règnent, ce qui n'est pas un mince privilège… Et parfois, le drame et le bonheur ne sont pas où on les attend. J'avais peur en ouvrant la bd, je l'ai fermé avec un presque sentiment de plénitude.
Buz Sawyer
Buz Sawier est une série typique de la production américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, exaltant les exploits de l'armée. Je préfère les histoires du personnage après son retour à la vie civile, en tant que détective. Les dessins sont de très bonne qualité, cependant Roy Crane se plaignait du travail et du temps qu'il passait à dessiner les avions avec tant de détails. Mais il a été invité à la Maison-Blanche pour ses réalisations dans les comics ! Les aventures du héros sont un bon divertissement et ont évolué en termes d'humour, ainsi que dans le rôle de plus en plus important de belles jeunes filles très bien dessinées.
Pasolini - Pig ! Pig ! Pig !
Un inspecteur de police mène une enquête autour de la mort de Pier Paolo Pasolini, une investigation qui le plonge peu à peu dans un entrelacs de faits, de souvenirs et de visions où sa propre identité semble se confondre avec celle du cinéaste. Le dessin m’a laissé une impression globalement propre et de qualité, avec une vraie maîtrise et une lecture fluide des planches. Mais cette impression est contrebalancée par une certaine raideur des personnages et du trait, qui donne parfois un côté figé à l’ensemble. L’histoire démarre comme un polar noir assez classique et bien construit, dans une ambiance elle aussi propre et posée. Puis progressivement, le récit bascule dans quelque chose de plus trouble, en mêlant réalité, enquête et flashbacks autour de Pasolini. On se retrouve dans un va-et-vient permanent où les frontières deviennent floues, avec des évocations quasi fantomatiques de Pasolini, au point qu’on ne sait plus si l’on suit le détective, le cinéaste, ou une forme de fusion des deux. Ce brouillage finit par contaminer les motivations des personnages. Le détective semble s’aliéner peu à peu, obsédé par son enquête, jusqu’à adopter un comportement de plus en plus stéréotypé, notamment dans sa manière de séduire les femmes croisées, alors même qu’il a une jeune et belle épouse amoureuse de lui. Cette dérive rend son parcours de moins en moins lisible. La conclusion arrive finalement de façon assez plate, sans réel impact, sans que l’on sache vraiment quoi retenir des enjeux ou des trajectoires. À force de mélanger les niveaux de lecture et de brouiller les repères, j’ai fini par être complètement perdu dans le récit.