Lou Lubie revisite le mythe du vampire de façon tout à fait originale et très actuelle. En l’associant habilement au thème de la prédation sexuelle, elle nous fait prendre conscience que ce type de comportement découle d’un système plus global et séculaire légitimant la domination des élites sur l’ensemble de la population. Et là où l’autrice fait preuve d’habileté, c’est qu’elle évite l’écueil du manichéisme en donnant à travers cette fiction la parole aux voix contradictoires tout en les plaçant face à leurs contradictions.
Le fil rouge de l’histoire est l’actrice Violeta Ovidia Lupescu, sorte de double féminin de notre Depardieu national, soupçonnée d’avoir mordu des assistants en toute impunité. Pour mieux coller au contexte, l’intrigue se déroule dans une Transsylvanie contemporaine, où cohabitent humains et vampires sous une façade faussement égalitaire. Lassée de supporter une domination qui ne dit pas son nom, Maggy, après avoir été licenciée par sa supérieure sous prétexte d’ « indocilité », sera conduite à militer dans une association dont l’objectif est d’en finir avec la loi du silence. La morsure infligée à son ami Anghel par un inconnu jouera également beaucoup dans sa décision.
On appréciera la façon dont Lubie brasse plusieurs thèmes très familiers dans notre époque tiraillée entre les positions réactionnaires des uns et les luttes progressistes des autres : la prédation, le harcèlement ou la pédophilie, des actes marquant durablement leurs victimes, qui souvent en ressortent honteuses et hésitent à dénoncer leur agresseur face à une administration peu empathique. On y devinera plusieurs allusions à des interviews et des affaires (principalement dans l’Hexagone) qui ont pris pied dans le débat public ces dernières années et abondamment commentés sur les réseaux sociaux. L’intelligence dont a fait preuve Lou Lubie est, peut-être pour éviter d’être cataloguée comme une « féministe enragée », d’avoir choisi une femme pour représenter les prédateurs (Lupescu) et un jeune homme (Anghel) en tant que victime, mais également de présenter le personnage de Iulia en couple avec une vampire, Andreea, très bien disposée vis-à-vis des idées progressistes.
La ligne claire de Lou Lubie enchante par sa simplicité et son abondance de trouvailles, ne serait-ce que pour la bichromie mettant en avant le rouge carmin (logique, non ?). De façon un brin malicieuse, les vêtements sont inspirés par les broderies traditionnelles roumaines pour nous rappeler où se déroule le récit. Comme à son habitude, l’autrice a conçu mise en page très efficace, appréciable par son dynamisme qui sait maintenir l’attention.
Avec ses personnages attachants, « Saigneurs » est une lecture particulièrement rafraichissante qui jette en même temps une lumière crue sur un système que nous-mêmes avons cautionné et cautionnons encore, de manière plus ou moins consciente, parfois sur des questions en apparence insignifiantes. L’ouvrage fournit de nombreux arguments pour lutter à son niveau contre l’emprise toxique de la « fabrique du consentement » véhiculée par les discours dominants des dominateurs, que ce soit à travers la politique ou les médias « mainstream ». Lou Lubie prend soin de rappeler en fin d’ouvrage quelques statistiques sidérantes, rappelant que le combat est loin d’être terminé : à titre d’exemple, saviez-vous qu’en France, encore aujourd’hui, seulement 1% des violeurs sont condamnés, tandis que l’on dénombre 94 000 victimes de viol par an ?
Il y a trois auteurs à connaître absolument dans la collection Pied Jaloux : Chantal Montellier, Denis Sire et donc Alain Voss.
L'arbre à came, sorti en 1981, est une petite friandise à savourer.
Un jeune loubard, Tiger, se retrouve au coeur d'une conspiration qu'il va chercher à élucider avec ses potes rockers.
Le récit haletant va aussi vite que les motos de l'histoire, on y croise des milices et des extra terrestres, c'est assez jouissif à suivre.
Le dessin est juste exceptionnel, avec ses pages toutes noires et un trait puissant fortement inspiré de Crumb.
La seule chose qui m'empêche de mettre la note maximale, c'est que l'idée du scénario n'est pas originale. C'est en effet une adaptation libre du film culte "Invasion of the body snatchers" réalisé par Kaufman en 1978.
Ce n'est pas étonnant, l'imaginaire de Voss trouve majoritairement son inspiration dans l'emprunt et la parodie d'autres œuvres.
Une des meilleures publications de cette collection.
Un shonen qui montre bien l'importance du dessin...
Alors c'est un manga qui fait parti d'un sous-genre du isekai: ceux qui montre le héros revenir d'un monde de fantasy et il y en a peu de ce genre pour l'instant alors c'est encore un peu original (la plupart du temps s'est plus un histoire du type des créatures fantastiques comme par exemple des elfes se retrouvent dans notre monde). Les auteurs ont la bonne idée de montré ce qui arrive lorsqu'on a été emmené dans un autre monde lorsqu'on est jeune. Ça sert à quoi d'avoir sauvé un autre monde si dans le notre on se retrouve a 18 ans sans expérience de travail pertinent et avec pour seul diplôme l'école élémentaire ?
Évidemment, le personnage principal va finir par trouver un groupe secret de magiciens et va finir par les rejoindre. Honnêtement, si le scénario contient des stéréotypes typique des mangas calibrés pour les ados, il est pas trop mal...Seulement le dessin est vraiment mauvais. Je suis surpris de voir qu'il y a deux dessinateurs, mais peut-être que le fait que c'est un travail à quatre mains expliquent la mauvaise qualité. La mise en scène n’est pas terrible. Les scènes d'actions sont difficiles à suivre et les scènes d'humours tombent à l'eau alors que les gags sont souvent bien trouvés. Ajoutons à cela qu'il y a du fanservice, mais les filles ne sont pas du tout sexy, la fille que le héros aime ressemble d'ailleurs à une poupée gonflable !
Franchement, si ça avait été des romans, j'aurais surement trouvé ça correct et mis une note moyenne. J'ai tellement pas accroché au dessin que j'ai abandonné au deuxième tome.
Une première remarque pour commencer : je ne sais pas si c'est Chantal Montellier ou une autre personne des Humas qui validait ses couvertures, mais elles appartiennent au panthéon de la bd indépendante des années 80.
Ici le style de Montellier est en parfaite adéquation avec le propos. Une rupture amoureuse et en parallèle une interrogation sur la condition d'artiste.
C'est très punk, très contemporain aussi.
L'histoire n'est pas dure à suivre mais les partis pris esthétiques peuvent être plus ou moins appréciés en fonction du lecteur.
C'est dans les œuvres à lire si on apprécie l'auteure.
2.5
Encore une adaptation d'un light novel qui se passe dans un monde de fantasy inspiré des jeux de rôles. Il y a vraiment peu d'originalité dans cette série, les personnages étant des archétypes qu'on a vu des centaines de fois. Mention spécial pour l'amie d'enfance du héros qui est amoureuse de lui, qui jalouse et possessive et aussi elle une poitrine plate alors les filles à gros seins la rendre furieuse ! En plus, le dessin est vraiment moyen.
Malgré tout, j'ai lu les 4 premiers tomes, qui forment le premier arc de la série, sans trop de problème. Certaines scènes plus humoristiques marchent bien et j'ai été surpris par l'évolution psychologique du héros. Depuis quelques années, il y a eu plusieurs light novels où le héros est traité comme une merde par les autres personnages et il devient un gros méchant qui fait des trucs horribles et c'est justifié par le scénario même si le héros fait les pires trucs imaginables. Ici, le héros a été maltraité par son ancienne équipe et au fil d'aller abuser tout se qui bouge, il a peu confiance en lui même s'il possède un grand potentiel et il est surpris lorsqu'on est gentil avec lui. Je trouve ça rafraichissant même si je ne trouve pas son histoire particulièrement captivante. En fait, j'ai surtout accroché à la sous-intrigue tournant autour de l'ancienne équipe du héros. Ils ont engagé une nouvelle équipière pour le remplacer et celle-ci va vite se rendre compte qu'il y a quelques choses d'étrange et de toxique dans ce groupe.
Donc voilà c'est pas le manga du siècle et je ne sais pas trop si j'ai envie de lire la suite, mais j'ai vu bien pire dans le même genre.
Delcourt réédite cette série en version colorisée, et annonce également la sortie des 3 tomes : L'affaire des hommes disparus, en premier lieu, puis L'ermite maudit et Le secret de la soucoupe qui devraient suivre ensuite. Le concept de la série est plutôt interessant et prometteur : Hobtown, petite ville de 2000 habitants au coeur des années 90, des lycéens forment un club des détectives amateurs et s'attèlent à résoudre les petits mystères locaux. Et ils seront évidemment en première ligne lorsque 6 hommes disparaissent mystérieusement en quelques mois.
Il s'ensuit une enquête sur plus de 300 pages. Forcément avec une telle densité il y a pas mal d'idées, qui se traduisent par pas mal de pistes à exploiter pour nos jeunes détectives. Et presque un peu trop en fait. L'histoire est dense, tout n'est pas assez clairement expliqué, quelques non dits parsement régulièrement les différents chapitres. Il y a quelques longueurs. Mais surtout tout n'est pas limpide. Beaucoup de personnages secondaires, certains raisonnements, certaines péripéties ne sont pas clairs et amènent un petit doute sur la compréhension globale de notre enquête. On se dit que telle petite ellipse est volontaire et qu'on aura des explications dans le chapitre suivant... mais en fait non, on ne reviendra pas dessus.
Il y a une très petite touche de fantastique (une des héroïnes à des sortes de prémonitions, tandis que par moment on nous suggèrent l'apparition d'une espèce d'homme nain, mi elfe mi on sait pas trop quoi). C'est pas hyper bien vu, ça sème le doute sur la plausibilité de notre histoire.
Tous ces petits démonl sont dommageable car une fois le récit terminé, on voit bien qu'il y avait de chouettes idées. Mais pas assez bien exploitées malheureusement, car pas mise en valeur par une narration un peu trop complexe par moment.
Pour une fois, j'ai lu avec plaisir et sans le sentiment de déroger, une suite de Blake et Mortimer ! Il faut dire que j'adore le dessin d'un des auteurs des Cités obscures ! François Schuiten, qui a illustré Les jardins statuaires et autres romans de Jacques Abeille, montre encore qu'il est bien digne de ce classique méconnu. Comme j'incite tout le monde à lire le Cycle des Contrées, et pour les plus libertins, celui des Chambres !
Or donc dans l'œuvre dérivée de Jacobs son dessin d'architecture, mais pas seulement, ne déroge pas dans ce Blake et Mortimer. Que dire qui n'ait pas été déjà dit sur le fond de l'aventure ? Eh bien, que cette histoire éclaircit certaines choses des péripéties canon de Blake et Mortimer en Egypte, certes, mais qu'elle compense par d'autres mystères. J'aime l'incursion en Belgique, et le fait qu'il y ait une femme, une ville en ruine où des gens vivent et le rôle des rêves. Je rappelle donc cette pyramide ensevelie sous l'oubli au bon souvenir des bdéphiles !
On est au début des années 80, la publication des Naufragés du temps est doucement en train de se terminer et Gillon éprouve à cette epoque le besoin de changer de registre.
Ce sera d'abord Les Leviathans publié en 1982 et donc Moby Dick en 1983, l'adaptation d'un classique du roman d'aventures.
C'est Ollivier Jean qui adapte l'oeuvre d'Hermann Melville.
Le choix de Gillon au dessin est assez logique au regard de son expérience acquise dans les années 70 avec "Jérémie", autre aventure se déroulant sur les mers.
La narration d'Ollivier est de qualité et respecte bien le récit original.
Le trait de Gillon est parfois un peu trop statique pour dessiner une aventure aussi tumultueuse, mais il réussit très bien son capitaine Achab. On a l'impression de revoir un peu l'incarnation tourmentée de Grégory Peck dans le film éponyme de John Huston.
Les couleurs sont correctes mais n'atteigne pas la qualité des naufragés du temps.
Sans atteindre des sommets, une lecture agréable et une bande de Gillon à redécouvrir.
J'ai toujours considéré cette série comme très mauvaise, une perturbation, un bug, dans (A Suivre) que j'adorais. Trop artificiel et kitsch sans rédemption pour le dessin. Également conventionnel dans le prétendu érotisme et l'idée de liberté! Les images de la nature et surtout des bâtiments semblent tirées de photographies... et Violette n'a jamais correspondu à mon image de femme... cette série ne me plaisait déjà plus à l'époque et je demande pardon a ceux qui aiment, mais je pense qu'elle a très mal vieilli.
Chantal Montellier cite Genet, Guyotat et Virgina Wolf dans sa préface, on s'attend donc à une lecture assez exigeante...
Montellier était une artiste engagée (à bâbord), les histoires parlent de féminisme, d'homosexualité, de causes sociales.
Certains récits sont abscons, d'autres tombent dans la dénonciation un peu cliché. Mais quand Montellier s'aventure dans les eaux de la SF, c'est toujours à ce moment que ça devient intéressant :
La troisième guerre mondiale a commencé. Dans sa chambre, un homme décide de se suicider suite à une rupture amoureuse. Des passants regardent vers le ciel et se mettent à crier. La dernière image c'est celle de l'homme avec un pistolet dans la bouche, momifiée par l'explosion nucléaire.
Voilà, c'est ça Chantal Montellier, la capacité à atteindre parfois l'excellence en quelques pages.
Contrairement à mon compère du dessous, je trouve que le dessin a conservé toute sa modernité. Un style unique, une sorte d'enfant bizarre de Maruo et Tardi.
Une lecture réservée à quelques initiés et curieux.
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Saigneurs
Lou Lubie revisite le mythe du vampire de façon tout à fait originale et très actuelle. En l’associant habilement au thème de la prédation sexuelle, elle nous fait prendre conscience que ce type de comportement découle d’un système plus global et séculaire légitimant la domination des élites sur l’ensemble de la population. Et là où l’autrice fait preuve d’habileté, c’est qu’elle évite l’écueil du manichéisme en donnant à travers cette fiction la parole aux voix contradictoires tout en les plaçant face à leurs contradictions. Le fil rouge de l’histoire est l’actrice Violeta Ovidia Lupescu, sorte de double féminin de notre Depardieu national, soupçonnée d’avoir mordu des assistants en toute impunité. Pour mieux coller au contexte, l’intrigue se déroule dans une Transsylvanie contemporaine, où cohabitent humains et vampires sous une façade faussement égalitaire. Lassée de supporter une domination qui ne dit pas son nom, Maggy, après avoir été licenciée par sa supérieure sous prétexte d’ « indocilité », sera conduite à militer dans une association dont l’objectif est d’en finir avec la loi du silence. La morsure infligée à son ami Anghel par un inconnu jouera également beaucoup dans sa décision. On appréciera la façon dont Lubie brasse plusieurs thèmes très familiers dans notre époque tiraillée entre les positions réactionnaires des uns et les luttes progressistes des autres : la prédation, le harcèlement ou la pédophilie, des actes marquant durablement leurs victimes, qui souvent en ressortent honteuses et hésitent à dénoncer leur agresseur face à une administration peu empathique. On y devinera plusieurs allusions à des interviews et des affaires (principalement dans l’Hexagone) qui ont pris pied dans le débat public ces dernières années et abondamment commentés sur les réseaux sociaux. L’intelligence dont a fait preuve Lou Lubie est, peut-être pour éviter d’être cataloguée comme une « féministe enragée », d’avoir choisi une femme pour représenter les prédateurs (Lupescu) et un jeune homme (Anghel) en tant que victime, mais également de présenter le personnage de Iulia en couple avec une vampire, Andreea, très bien disposée vis-à-vis des idées progressistes. La ligne claire de Lou Lubie enchante par sa simplicité et son abondance de trouvailles, ne serait-ce que pour la bichromie mettant en avant le rouge carmin (logique, non ?). De façon un brin malicieuse, les vêtements sont inspirés par les broderies traditionnelles roumaines pour nous rappeler où se déroule le récit. Comme à son habitude, l’autrice a conçu mise en page très efficace, appréciable par son dynamisme qui sait maintenir l’attention. Avec ses personnages attachants, « Saigneurs » est une lecture particulièrement rafraichissante qui jette en même temps une lumière crue sur un système que nous-mêmes avons cautionné et cautionnons encore, de manière plus ou moins consciente, parfois sur des questions en apparence insignifiantes. L’ouvrage fournit de nombreux arguments pour lutter à son niveau contre l’emprise toxique de la « fabrique du consentement » véhiculée par les discours dominants des dominateurs, que ce soit à travers la politique ou les médias « mainstream ». Lou Lubie prend soin de rappeler en fin d’ouvrage quelques statistiques sidérantes, rappelant que le combat est loin d’être terminé : à titre d’exemple, saviez-vous qu’en France, encore aujourd’hui, seulement 1% des violeurs sont condamnés, tandis que l’on dénombre 94 000 victimes de viol par an ?
L'Arbre à came
Il y a trois auteurs à connaître absolument dans la collection Pied Jaloux : Chantal Montellier, Denis Sire et donc Alain Voss. L'arbre à came, sorti en 1981, est une petite friandise à savourer. Un jeune loubard, Tiger, se retrouve au coeur d'une conspiration qu'il va chercher à élucider avec ses potes rockers. Le récit haletant va aussi vite que les motos de l'histoire, on y croise des milices et des extra terrestres, c'est assez jouissif à suivre. Le dessin est juste exceptionnel, avec ses pages toutes noires et un trait puissant fortement inspiré de Crumb. La seule chose qui m'empêche de mettre la note maximale, c'est que l'idée du scénario n'est pas originale. C'est en effet une adaptation libre du film culte "Invasion of the body snatchers" réalisé par Kaufman en 1978. Ce n'est pas étonnant, l'imaginaire de Voss trouve majoritairement son inspiration dans l'emprunt et la parodie d'autres œuvres. Une des meilleures publications de cette collection.
Profession Héros
Un shonen qui montre bien l'importance du dessin... Alors c'est un manga qui fait parti d'un sous-genre du isekai: ceux qui montre le héros revenir d'un monde de fantasy et il y en a peu de ce genre pour l'instant alors c'est encore un peu original (la plupart du temps s'est plus un histoire du type des créatures fantastiques comme par exemple des elfes se retrouvent dans notre monde). Les auteurs ont la bonne idée de montré ce qui arrive lorsqu'on a été emmené dans un autre monde lorsqu'on est jeune. Ça sert à quoi d'avoir sauvé un autre monde si dans le notre on se retrouve a 18 ans sans expérience de travail pertinent et avec pour seul diplôme l'école élémentaire ? Évidemment, le personnage principal va finir par trouver un groupe secret de magiciens et va finir par les rejoindre. Honnêtement, si le scénario contient des stéréotypes typique des mangas calibrés pour les ados, il est pas trop mal...Seulement le dessin est vraiment mauvais. Je suis surpris de voir qu'il y a deux dessinateurs, mais peut-être que le fait que c'est un travail à quatre mains expliquent la mauvaise qualité. La mise en scène n’est pas terrible. Les scènes d'actions sont difficiles à suivre et les scènes d'humours tombent à l'eau alors que les gags sont souvent bien trouvés. Ajoutons à cela qu'il y a du fanservice, mais les filles ne sont pas du tout sexy, la fille que le héros aime ressemble d'ailleurs à une poupée gonflable ! Franchement, si ça avait été des romans, j'aurais surement trouvé ça correct et mis une note moyenne. J'ai tellement pas accroché au dessin que j'ai abandonné au deuxième tome.
Rupture
Une première remarque pour commencer : je ne sais pas si c'est Chantal Montellier ou une autre personne des Humas qui validait ses couvertures, mais elles appartiennent au panthéon de la bd indépendante des années 80. Ici le style de Montellier est en parfaite adéquation avec le propos. Une rupture amoureuse et en parallèle une interrogation sur la condition d'artiste. C'est très punk, très contemporain aussi. L'histoire n'est pas dure à suivre mais les partis pris esthétiques peuvent être plus ou moins appréciés en fonction du lecteur. C'est dans les œuvres à lire si on apprécie l'auteure.
Magical Buffs - L'éveil de l'enchanteur polyvalent
2.5 Encore une adaptation d'un light novel qui se passe dans un monde de fantasy inspiré des jeux de rôles. Il y a vraiment peu d'originalité dans cette série, les personnages étant des archétypes qu'on a vu des centaines de fois. Mention spécial pour l'amie d'enfance du héros qui est amoureuse de lui, qui jalouse et possessive et aussi elle une poitrine plate alors les filles à gros seins la rendre furieuse ! En plus, le dessin est vraiment moyen. Malgré tout, j'ai lu les 4 premiers tomes, qui forment le premier arc de la série, sans trop de problème. Certaines scènes plus humoristiques marchent bien et j'ai été surpris par l'évolution psychologique du héros. Depuis quelques années, il y a eu plusieurs light novels où le héros est traité comme une merde par les autres personnages et il devient un gros méchant qui fait des trucs horribles et c'est justifié par le scénario même si le héros fait les pires trucs imaginables. Ici, le héros a été maltraité par son ancienne équipe et au fil d'aller abuser tout se qui bouge, il a peu confiance en lui même s'il possède un grand potentiel et il est surpris lorsqu'on est gentil avec lui. Je trouve ça rafraichissant même si je ne trouve pas son histoire particulièrement captivante. En fait, j'ai surtout accroché à la sous-intrigue tournant autour de l'ancienne équipe du héros. Ils ont engagé une nouvelle équipière pour le remplacer et celle-ci va vite se rendre compte qu'il y a quelques choses d'étrange et de toxique dans ce groupe. Donc voilà c'est pas le manga du siècle et je ne sais pas trop si j'ai envie de lire la suite, mais j'ai vu bien pire dans le même genre.
Les Mystères de Hobtown
Delcourt réédite cette série en version colorisée, et annonce également la sortie des 3 tomes : L'affaire des hommes disparus, en premier lieu, puis L'ermite maudit et Le secret de la soucoupe qui devraient suivre ensuite. Le concept de la série est plutôt interessant et prometteur : Hobtown, petite ville de 2000 habitants au coeur des années 90, des lycéens forment un club des détectives amateurs et s'attèlent à résoudre les petits mystères locaux. Et ils seront évidemment en première ligne lorsque 6 hommes disparaissent mystérieusement en quelques mois. Il s'ensuit une enquête sur plus de 300 pages. Forcément avec une telle densité il y a pas mal d'idées, qui se traduisent par pas mal de pistes à exploiter pour nos jeunes détectives. Et presque un peu trop en fait. L'histoire est dense, tout n'est pas assez clairement expliqué, quelques non dits parsement régulièrement les différents chapitres. Il y a quelques longueurs. Mais surtout tout n'est pas limpide. Beaucoup de personnages secondaires, certains raisonnements, certaines péripéties ne sont pas clairs et amènent un petit doute sur la compréhension globale de notre enquête. On se dit que telle petite ellipse est volontaire et qu'on aura des explications dans le chapitre suivant... mais en fait non, on ne reviendra pas dessus. Il y a une très petite touche de fantastique (une des héroïnes à des sortes de prémonitions, tandis que par moment on nous suggèrent l'apparition d'une espèce d'homme nain, mi elfe mi on sait pas trop quoi). C'est pas hyper bien vu, ça sème le doute sur la plausibilité de notre histoire. Tous ces petits démonl sont dommageable car une fois le récit terminé, on voit bien qu'il y avait de chouettes idées. Mais pas assez bien exploitées malheureusement, car pas mise en valeur par une narration un peu trop complexe par moment.
Blake et Mortimer - Le Dernier Pharaon
Pour une fois, j'ai lu avec plaisir et sans le sentiment de déroger, une suite de Blake et Mortimer ! Il faut dire que j'adore le dessin d'un des auteurs des Cités obscures ! François Schuiten, qui a illustré Les jardins statuaires et autres romans de Jacques Abeille, montre encore qu'il est bien digne de ce classique méconnu. Comme j'incite tout le monde à lire le Cycle des Contrées, et pour les plus libertins, celui des Chambres ! Or donc dans l'œuvre dérivée de Jacobs son dessin d'architecture, mais pas seulement, ne déroge pas dans ce Blake et Mortimer. Que dire qui n'ait pas été déjà dit sur le fond de l'aventure ? Eh bien, que cette histoire éclaircit certaines choses des péripéties canon de Blake et Mortimer en Egypte, certes, mais qu'elle compense par d'autres mystères. J'aime l'incursion en Belgique, et le fait qu'il y ait une femme, une ville en ruine où des gens vivent et le rôle des rêves. Je rappelle donc cette pyramide ensevelie sous l'oubli au bon souvenir des bdéphiles !
Moby Dick (Gillon)
On est au début des années 80, la publication des Naufragés du temps est doucement en train de se terminer et Gillon éprouve à cette epoque le besoin de changer de registre. Ce sera d'abord Les Leviathans publié en 1982 et donc Moby Dick en 1983, l'adaptation d'un classique du roman d'aventures. C'est Ollivier Jean qui adapte l'oeuvre d'Hermann Melville. Le choix de Gillon au dessin est assez logique au regard de son expérience acquise dans les années 70 avec "Jérémie", autre aventure se déroulant sur les mers. La narration d'Ollivier est de qualité et respecte bien le récit original. Le trait de Gillon est parfois un peu trop statique pour dessiner une aventure aussi tumultueuse, mais il réussit très bien son capitaine Achab. On a l'impression de revoir un peu l'incarnation tourmentée de Grégory Peck dans le film éponyme de John Huston. Les couleurs sont correctes mais n'atteigne pas la qualité des naufragés du temps. Sans atteindre des sommets, une lecture agréable et une bande de Gillon à redécouvrir.
Tendre Violette
J'ai toujours considéré cette série comme très mauvaise, une perturbation, un bug, dans (A Suivre) que j'adorais. Trop artificiel et kitsch sans rédemption pour le dessin. Également conventionnel dans le prétendu érotisme et l'idée de liberté! Les images de la nature et surtout des bâtiments semblent tirées de photographies... et Violette n'a jamais correspondu à mon image de femme... cette série ne me plaisait déjà plus à l'époque et je demande pardon a ceux qui aiment, mais je pense qu'elle a très mal vieilli.
Lectures
Chantal Montellier cite Genet, Guyotat et Virgina Wolf dans sa préface, on s'attend donc à une lecture assez exigeante... Montellier était une artiste engagée (à bâbord), les histoires parlent de féminisme, d'homosexualité, de causes sociales. Certains récits sont abscons, d'autres tombent dans la dénonciation un peu cliché. Mais quand Montellier s'aventure dans les eaux de la SF, c'est toujours à ce moment que ça devient intéressant : La troisième guerre mondiale a commencé. Dans sa chambre, un homme décide de se suicider suite à une rupture amoureuse. Des passants regardent vers le ciel et se mettent à crier. La dernière image c'est celle de l'homme avec un pistolet dans la bouche, momifiée par l'explosion nucléaire. Voilà, c'est ça Chantal Montellier, la capacité à atteindre parfois l'excellence en quelques pages. Contrairement à mon compère du dessous, je trouve que le dessin a conservé toute sa modernité. Un style unique, une sorte d'enfant bizarre de Maruo et Tardi. Une lecture réservée à quelques initiés et curieux.