En bon scénariste amateur de mythologie, de fantastique et de fantasy, Nicolas Jarry nous propose une nouvelle histoire pour la jeunesse qui va aller chercher du côté du fantastique et de la sorcellerie. C'est avec François Gomes au dessin que s'ouvre cette série et que je découvre l'auteur.
Malo, la douzaine, aime trainer en solitaire dans les friches urbaines et la forêt. Fils du flic de service de la ville, pas toujours facile de se faire de vrais amis. Et quand d'autres enfants commencent à être retrouvés plongés dans le comas sans explication, plus question de se balader dehors ! Mais si les adultes ne semblent pas comprendre le pourquoi du comment de ces mystérieux comas, la petite bande que va finir par rejoindre Malo en connait la véritable cause et va devoir lutter pour sauver l'équilibre du monde...
Si les personnages de notre petite troupe sont un brin convenus et la trame principale du récit pas plus révolutionnaire non plus, cette série fourmille de bonnes idées. Cette petite ville, pivot pour des créatures oniriques ou cauchemardesque, semble avoir un lourd passé où le fantastique a pu prendre racine. C'est par touches successives que commence à se dessiner cet univers, porté par le graphisme efficace de François Gomes. J'ai beaucoup aimé la représentation des "familiers" de nos jeunes protagonistes ; entre leur aspect physique et leurs pouvoirs, le lecteur est vite embarqué par cette petite troupe originale. Le premier tome pose donc les bases de cet petit monde en pleine effervescence et se termine en ouvrant sur de nouvelles possibilités et de nouveaux dangers...
Je suis curieux de découvrir la suite de cette histoire
*** Tomes 2 & 3 ***
Après un premier tome très prometteur, la suite et fin de cette série jeunesse tient toutes ses promesses.
C'est même en allant chercher du côté de Lovecraft que nos auteurs nous proposent au final une saga qui gagne en originalité au fil des tomes. Si cet aspect lovecraftien passera sans doute au dessus de la tête des jeunes lecteurs, des graines seront certainement plantées pour leur culture générale, et les adultes amateurs du genre gouteront ces références.
Graphiquement, François Gomes assure un travail efficace qui donne et garde toute son efficacité ; ses créatures sont originales et les décors ne sont pas en reste, surtout la ville. Il assure une parfaite mise en image du scénario de Nicolas Jarry. C'est frais, intriguant, l'aventure omniprésente et les rebondissements bien amenés.
Bref, une série, qui loin de démériter, gagne en bonnes idées et en efficacité au fil de ses trois tomes.
Des superpouvoirs pour quoi faire ?
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Il s'agit d'un récit complet, indépendant de tout autre, initialement paru sous la forme d'une minisérie en 6 épisodes en 2013, écrite par Brian Wood, dessinée et encrée par Ming Doyle et mise en couleurs par Jordie Bellaire.
Dans un futur relativement lointain, Mara Prince est une jeune femme de 17 ans championne de volleyball. Dans ce futur aux réalités économiques peu reluisantes, le sport a pris une importance capitale dans les relations entre les nations, les sommes en jeu sont colossales et les sportifs de haut niveau sont des stars, bénéficiant de contrats mirifiques avec des sponsors, de leur propre chaîne de télévision à leur gloire, etc. Mara Prince est une star parmi les stars, richissime à million, inégalée dans ses capacités. Mais un jour lors d'un match hors tournoi, elle éprouve une étrange sensation lui permettant de se déplacer à une vitesse surhumaine et de passer de l'autre côté du filet pour faire dévier la balle venant juste de quitter les mains de la joueuse au service. Les caméras ont tout enregistré et la notoriété de Mara augmente encore. Par contre son avenir de sportive est compromis. Cette société maudit les tricheurs et les déchoit. Bien vite l'armée s'intéresse à Mara. Il lui reste à décider quoi faire de sa vie avec ses superpouvoirs d'une ampleur incommensurable.
Brian Wood est un scénariste prolifique à la biographie impressionnante. On y trouve aussi bien des histoires pour des franchises comme X-Men (Alpha & Omega ou Primer), Star Wars (In the shadow of Yavin), ou encore Conan (Queen of the black coast). Il a déjà à son actif un grand nombre de séries originales ou d'histoires complètes : The New York Four, la série DMZ, la série de vikings Northlanders ou encore la série The massive (à commencer par Black Pacific). Il propose ici une histoire complète en 1 tome.
Ce récit se décompose en 3 actes distincts : (1) la présentation de Mara en championne exceptionnelle et la société dans laquelle elle évolue, (2) la réaction de cette société à la découverte des pouvoirs de Mara, et (3) le choix de vie de Mara. La première partie laisse une impression mitigée entre reprise d'éléments déjà existants dans notre société (à commencer par le vedettariat sans borne des athlètes de haut niveau, au hasard dans le football), et immersion totale aux côtés de cette jeune femme compétente, motivée et très sympathique, un pur produit de la société dans laquelle elle a grandi et de l'éducation qu'elle a reçu. Brian Wood réussit à faire exister cette Mara et la société qui l'entoure en quelques pages, en montrant à quel point Mara est d'une efficacité exemplaire, et en illustrant la maxime qui veut que l'on se sent seul quand on est au sommet. Il sait montrer en quelques cases l'attachement qui unit Mara à Ingrid Seven, sa seconde dans l'équipe, mais aussi sa meilleure amie et confidente. Il n'y a à aucun moment une trace d'infantilisme ou de mièvrerie dans la manière dont elles se comportent. Ingrid apprécie Mara, elles partagent entre elles leurs expériences (en particulier sur l'art et la manière de maximiser les profits dans leurs contrats avec les sponsors), et il n'y a aucun doute qu'Ingrid a intégré que tant que Mara sera présente, elle sera à jamais la seconde meilleure. Brian Wood sait à partir de quelques dialogues et de quelques pensées intérieures, appuyées par quelques nouvelles brèves donner l'impression au lecteur de connaître les personnages et l'environnement dans lequel ils évoluent.
Brian Wood n'est pas le premier scénariste à imaginer l'apparition de superpouvoirs dans un monde réel ou dans un futur proche (Warren Ellis avec sa trilogie Black Summer/ No hero / Supergod, ou encore John Arcudi avec A God somewhere). Il réussit à rendre la personnalité de Mara Prince très palpable et cohérente, et ses actions imprévisibles. Par contre la relative brièveté de l'histoire ne lui permet pas de développer pleinement les réactions de la société autour d'elle, ces dernières restent à l'état de ressort de l'intrigue, sans réelle épaisseur, sans servir de révélateur de cette société.
Ming Doyle avait déjà adapté 2 livres de Cynthia Leitich Smith : Tantalize: Kieren's Story et Eternal: Zachary's Story. Il approche les dessins avec une optique naturaliste qui donne une apparence très prosaïque à ce qu'il dessine, malgré la composante de science-fiction. D'un certain côté cette façon de dessiner peut décevoir les lecteurs avides de spectaculaire ou de sensationnel, de l'autre elle ancre bien le ton du récit dans une forme de normalité. En particulier il a pris soin de donner une physiologie d'athlète à Mara (pas de poitrine surdimensionnée), ce qui participe pour beaucoup à conférer de la crédibilité au personnage. Les éléments visuels de science fiction restent très discrets : un stade à l'architecture inattendue, un modèle de voiture inhabituel, des tenues vestimentaires sortant de l'ordinaire (en particulier l'uniforme militaire). Doyle s'attache surtout à créer une mise en scène vivante et plausible, transcrivant clairement les actions de chaque personnage. De temps à autre, le lecteur pourra regretter qu'un personnage sur deux ait la bouche entrouverte dans une expression du visage peu parlante et peu naturelle. Quelques scènes souffrent également de décors trop sommaires. Au fil des pages, il devient surprenant que les noms des sponsors n'apparaissent pas de manière plus proéminente dans les images, par exemple sur les tenues des joueuses ou sur les parois des stades.
Brian Wood et Ming Doyle proposent leur version de l'avènement d'un individu avec des superpouvoirs dans une société finalement proche de la nôtre. Ils réussissent à faire en sorte que Mara Prince s'incarne devant les yeux du lecteur ce qui génère son empathie et maintient son intérêt tout au long du récit. Le nombre de pages et les limites de Doyle ne permettent pas à l'environnement d'exister pleinement, ni de développer une approche plus étoffée de l'impact de Mara sur la société. L'histoire se termine de manière claire avec la décision de Mara quant à son avenir, il est possible d'y voir une allégorie sur le jeune adulte affirmant sa propre personnalité, achevant d'entrer dans l'âge adulte.
Je fais partie de cette génération qui a grandi avec la série animée "Avatar le dernier maître de l'air". Je ne manquais aucun épisode lorsque cela passait à la télé et, comme beaucoup, j'ai continué à grandement apprécier la série et son univers en grandissant. Alors, quand j'étais au collège et que l'on m'avait appris qu'il existait des comics étendant l'univers, j'avais sauté sur l'occasion. Bon, en vrai, je n'ai pas pu tout de suite sauté sur l'occasion, car lesdits comics n'ont rejoint "officiellement" nos vertes contrées que dernièrement. Je dis "officiellement", car j'ai tout de même eu recours au travail de traduction d'amateur-ice-s en lignes qui avaient justement décidé de partager les comics aux pays francophones. Cette première édition française est donc pour moi une relecture, ayant déjà lu les six tomes via scans il y a de cela des années.
Les six tomes en question reprennent juste après la fin de la série, il me paraît donc évident qu'il est préférable de connaître la série avant d'entamer la lecture. Chaque album est une histoire propre mais toutes se suivent et forment une narration filée. Le but de cette série est vraiment de proposer la suite d'Avatar (et de raconter les prémisses du monde de Korra, mais ça on en parlera plus tard).
Le premier tome est centré sur la problématique des colonies de la nation du feu sur le territoire du Royaume de la Terre et aborde des questions assez intéressantes, comme "que faire des populations désormais installées ici depuis plusieurs générations ?" et "que faire de son héritage culturel ?".
Le deuxième continue l'un des seuls fils narratifs directement nommés dans la série originale et qui n'avait pas encore reçu de conclusion : qu'est-il arrivé à la mère de Zuko et Azula ? Plus que cela, l'album va même chercher à répondre à une autre question, celle des origines. Les origines d'Ursa, leur mère, mais également de Zuko et d'Azula elleux-même. Sont-iels seulement frères et sœurs ? Sont-ce les liens du sang ou les choix qui forment une famille ? Bref, cet album est souvent considéré comme l'un des meilleurs de la série, je peux comprendre pourquoi.
Le troisième met en face en face les avancées scientifiques/technologiques et les habitudes passées. Le premier ne peut être empêché mais cela est-il pour autant forcément négatif ? Est-ce qu'être trop attaché aux rites anciens ne nous bloquerait pas ? Ou est-ce qu'au contraire les oublier trop vite ne nous mettrait-il pas potentiellement en danger ?
Le quatrième est plus terre à terre puisqu'il s'agit d'une histoire d'esprits démoniaques, d'enlèvements d'enfants et de complots. On s'interroge tout de même encore sur la famille, jusqu'où est-on prêt à aller pour les protéger ?
Le cinquième, comme le troisième, traite de l'avancée et de l'industrialisation contre les rites du passé, mais parvient tout de même à se démarquer en traitant également d'une lutte de pouvoir et d'une histoire d'amour.
Le sixième, lui, est beaucoup plus classique, m'a moins convaincue, mais sert surtout à préparer le terrain dans l'univers pour la série animée La Légende de Korra, qui fait suite à tout ceci (bon, suite après plusieurs années intra-diégétiques, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit).
Mon résumé album par album était sans doute très (trop ?) fouillis et pas forcément très explicatif, mais je tenais vraiment à ne pas trop vous en révéler, si ce n'est sur les questionnements et réflexions développés dans ces histoires (l'univers a toujours aimé les réflexions poussées mais simples ramenées à des situations concrètes - concrètes dans un monde de fantasy ici, mais quand-même).
Les dessins ne m'ont pas forcément transcendée, je les trouve acceptables (à noter que le sixième album, bien qu'ayant été dessiné par la même personne ayant fait les autres, a un style assez différent - que je préfère, cela dit).
Conseillerais-je la lecture ? A des personnes ayant vu et apprécié la série d'origine, oui. On reste assez proche du type d'aventures que nos héros vivaient jusque là : des situations politiques et humaines complexes, une forme bon-enfant, des petits passages d'humour (principalement de répliques) et des questionnements moraux en veux-tu en voilà. La qualité est moindre que la série d'origine, la mise en scène différente (forcément, pas le même format), mais toujours de bonne facture.
Pour les personnes n'ayant pas aimé ou ne connaissant pas vraiment la série, non, je ne pense pas que la lecture soit ici très intéressante.
(Noté réelle 3,5)
Ohhhhh mais c'est super mignon, ça !
Cette nouvelle série met donc en scène Souricia, une guerrière-enquêtrice qui protège le royaume de Poétia, menacé par une rat félon. Espérons que la suite de la série sortira de cet argument, mais il ne s'agit pour l'heure que d'un premier tome, et cela permet de poser les bases. On a en effet ce personnage central, probablement un électron libre qui a son franc-parler et ses propres méthodes, son amie la chouette qui joue le rôle de mage/magicienne/et plus si affinités, le roi qui est un peu à côté de ses pompes, ne s'intéressant a priori qu'aux sciences et aux arts, et sa fille, la princesse, beaucoup plus volontaire et les pieds sur terre. Face à eux le méchant (enfin pas tant que ça, Ludo Danjou le nuance dès ce premier tome) rat qui veut prendre le trône, et ses complices, pour l'instant seulement des voleurs ou gredins de bas étage.
Nous sommes dans un décorum fantasy avec de la magie et un chouia de technologie moderne (avec cet inhalateur anti-allergie). dans ce registre Kan-j fait des merveilles, et ses planches sont magnifiques, montrant une belle maturité graphique, autant dans le style animalier que dans les décors, assez variés (même si j'aimerais qu'il aille plus loin) et dans la mise en scène. J'espère d'ailleurs que la suite de cette série, qui s'adresse aux plus jeunes, montrera des décors différents et des créatures qui permettront au dessinateur de bien s'amuser. Hélia est une complice fort efficace aux couleurs, c'est un vrai régal pour les yeux. Il y a les prémices d'un Michel Plessix chez Kan-j.
Voici donc une nouvelle série jeunesse qui démarre bien. On n'a pas le temps de souffler, et même si Souricia progresse vite dans son enquête, c'est suffisamment plaisant pour qu'on aie envie de lire la suite. Ma véritable note est de 3,5/5, mais comme j'aime vraiment beaucoup, j'arrondis à 4.
La vague #metoo, qui a déferlé sur le cinéma américain depuis 2017 n'était bien évidemment pas le signe d'un système récent. Ce système avait court depuis plus de 80 ans, et avant que les abus perpétrés par Weinstein, Epstein & co., bien avant, une femme s'est levée en 1937.
Patricia Douglas, jeune actrice, a été abusée lors d'une soirée privée où les actrices étaient "offertes" aux partenaires financiers et représentants de la MGM. Une pratique déjà courante, et qui a perduré pendant des décennies à Hollywood (et ailleurs). Mais alors qu'elle aurait pu -dû, selon les normes de l'époque- s'écraser, accepter un arrangement financier, Patricia "Patsy" Douglas a décidé de se battre. Le premier combat fut de trouver un avocat qui accepte de la défendre contre la toute-puissante MGM, après avoir réussi à convaincre sa mère. Face à l'opprobre, face au déshonneur, à la campagne de la MGM visant à retourner l'opinion publique et à la diffamer (une fois de plus), elle tient avec force, dans la salle de tribunal où en 1937, elle se retrouve face à celui qui l'a agressée et ceux qui l'ont attaquée de toutes parts.
Depuis ses débuts et Arabico, Halim Mahmoudi a toujours fait preuve d'exigence, de pointillisme, s'attachant à des sujets de société bien graves, pour ne pas dire casse-gueule : l'intégration, une mère adolescente, la guerre en Irak, les écoles Montessori... Une fois encore il montre qu'il a beaucoup travaillé pour retranscrire l'ambiance si particulière de cette époque. Entre les plans "sages des prétoires et les séquences plus "brutes" relatives à l'agression dont a été victime Patricia Douglas, la séquence de l'agression elle-même et les réminiscences qu'elle a pu provoquer. Halim n'en a pas rajouté sur l'histoire, il a décidé de tout raconter, jusqu'au dénouement -surprenant, ou pas- du procès, et les conséquences, sans oublier la citation par Rosanna Arquette devant le tribunal où a lieu le procs Weinstein en 2020.
Patricia Douglas fut la première. Elle en sera pas oubliée, merci à Halim d'avoir pris le temps de faire cet album.
Mon avis sera presque le même que Canarde, auquel je n'aurais rien à ajouter. Comme elle, j'ai pensé après ma lecture à Merel, qui a le même côté, le même esprit. Une ambiance de petite ville, d'endroits moins intéressants que Paris et ces grandes villes. Le tout dans une histoire sans réel début ni fin, si ce n'est une arrivée et un départ.
Camille Jourdy est une autrice que je ne connais pas, mais je vais me pencher sur ses autres productions parce que celle-ci m'a tapé dans l’œil, indéniablement. En tant que tel, c'est presque une histoire caricaturale de cinéma français : petite ville, famille, dialogues abscons, sentiments larvés ... Le tout dans une histoire simple, où se révèlent quelques secrets de famille. Oui, l'histoire est parfaitement clichée, parfaitement dans les traits de ces films qu'on aime détester, et pourtant ... Et pourtant l'autrice tisse lentement une histoire vraie, une histoire pleine de sens mais jamais explicite. Parce que l'essentiel peut se dire en très peu de mots.
Je ne saurais vous dire exactement ce qui fait que ça marche, mais c'est le cas. Le dessin joue des couleurs, lumineuses, pour faire ressortir la vie ordinaire dans sa beauté, sa joie. Alors que le récit lui fait par d'une tristesse, une solitude qui touche chaque personnage que l'on verra. Les contrastes sont nombreux, entre les dessins des cases et certaines planches (ou demi-planches) avec un style graphique différent qui posent une ambiance, un moment, une émotion. Ces arrêts dans la lecture font poser la dimension temps à l'autrice, qui joue sur celui-ci : temps qui passe, temps qui s'arrête, temps qui revient. Le rythme lent des cases s'accorde avec ce sujet, étirant dans la durée ce que les personnages vivent, jusqu'aux rares moments de sincérité qu'ils s'autorisent.
En fait, la BD est parfaitement bien tenue tout du long, sans jamais sortir le grand jeu, sans apothéose, sans climax. C'est juste une lente découverte de ces personnages, tous attachants dans leur solitude. Chacun va exprimer autre chose mais sans jamais que ça ne paraisse grossier, forcé ou fabriqué. Comme dans la vraie vie, c'est par petites touches que tout va se jouer.
Honnêtement, je suis sous le charme de cette BD. Elle est simple mais très belle, très finement exécuté. Je n'ai aucun doute sur le fait que certains vont détester la proposition, pas du tout attiré par le genre, mais si vous acceptez de rentrer dedans elle a toute les chances de vous toucher. C'est parfois aussi simple que ce genre de récit, mais ça suffit pour émouvoir un peu.
J’avais plutôt aimé à l’époque les premiers Star Wars (au passage je n’ai toujours pas compris pourquoi le titre français avait changé l’originel Guerres de l’étoile – que reprend d’ailleurs le titre de cet album), beaucoup moins les suivants. Plus généralement, je suis en grande partie revenu de mon intérêt initial (modéré il est vrai).
Mais cet album m’a quand même captivé. Les auteurs se sont énormément documentés (ce que confirme l’importante bibliographie finale), et sont visiblement des fans de la saga. Qui a marqué sans doute – qu’on le veuille ou non – la culture pop mondiale.
Le principal intérêt de cet album est de montrer la genèse du film, dans la tête de Lucas, puis tous les aléas ayant failli tuer dans l’œuf son projet. Le fonctionnement des studios (avec des dirigeants uniquement focalisés sur les retours immédiats sur investissements qui, voulant gagner sans prendre de risque, vont se retrouver en position de faiblesse dans leurs négociations avec Lucas), tous les détails de la fabrication du premier film (ses différentes moutures, le choix du casting – des acteurs et des « techniciens »), tout ceci est très intéressant.
Comme l’est la présentation de Lucas lui-même, personnage très réservé, peu sociable et communicatif (mais qui a tôt eu de sacrés copains et conseillers dans le « milieu » - Coppola, Spielberg…).
Un roman graphique aux airs de documentaire bien fichu et captivant. Une belle réussite du genre.
Je ne suis pas du tout connaisseur de la mythologie japonaise et j'ai trouvé dans cette série jeunesse une excellente porte d'entrée pour combler mes grandes lacunes et attiser mon intérêt pour cet univers. Stéphane Melchior propose un scénario à deux niveaux de lecture. On suit l'aventure initiatique et épique de la jeune Itchi qui doit apprendre à combattre le Tengu personnage maléfique du folklore japonais. Pour ce faire et réparer sa maladresse bien involontaire, elle doit se rapprocher des yôkai pour utiliser leurs pouvoirs magiques avant qu'ils ne tombent entre les mains du Tengu. Le récit est très fluide et dynamique avec un T1 qui pose très bien les personnages de cet univers lointain pour les non initiés. En effet le plus de ce tome est d'introduire la découverte de la mythologie japonaise en douceur et de façon très accessible pour les ignorants dont je fais partie. Je me suis immédiatement senti à l'aise avec la narration qui s'adresse à un large lectorat. C'est simple mais instructif et l'on sort de la lecture avec le sentiment d'un temps agréable où l'on apprend de la culture.
Le graphisme manga de Loïc Locatelli convient parfaitement au récit. C'est du manga mais en construction franco-belge tant dans le découpage que dans le graphisme et la dynamique des personnages. Pour un lecteur comme moi très réticent aux visages androgynes, lisses et clonés de la littérature japonaise cela me convient parfaitement. De plus j'ai trouvé la mise en couleur extrêmement réussie. Ce contraste des couleurs chaudes et de couleurs froides accompagne idéalement cette lutte entre forces du bien et du mal.
Un premier tome très prometteur, j'attends la suite qui ne devrait tarder (je l'espère).
C'est en découvrant la polémique sur certaines représentations de Ernst que je me suis aperçu ne pas avoir avisé cette série que je connaissais. J'ai donc réemprunté les six numéros de ma BM que j'ai complété par le T11 pour voir les évolutions possibles des personnages graphiquement ou psychologiquement.
Pour ce qui est de la série en général, je tire mon chapeau aux auteurs. Zidrou et Ernst ont pris un vrai risque en abordant cette thématique. Un échec à la suite de maladresses qui auraient blessé des familles ayant vécu ces situations auraient été probablement très mortifère pour l'intégrité morale des auteurs. On ne fait pas de l'humour avec la santé des enfants comme on peut en faire avec des profs ou des cancres. Zidrou est immédiatement dans la justesse du propos et il ne s'écartera jamais de cette ligne qui mixte humour et empathie dans une atmosphère dramatique mais pas larmoyante. Pourtant les auteurs on su me tirer quelques larmes de-ci de-là. Il faut dire que le T4 est particulièrement fort en émotion. Les petits personnages de Zidrou et Ernst renvoient souvent à des situations vécues directement ou indirectement et qui restent ancrées en vous pour la vie durant quelque soit l'âge où vous y étiez confrontés. Les auteurs ont su introduire quelques running gags pour alléger (comme les mugs) une ambiance trop lourde. Les personnages sont cohérents avec une galerie où même les "méchants" (comme la mère d'Evelyne) deviennent gentils. On suit donc Zita pendant un an (entre 13 et 14 ans) pour la retrouver au collège en 3ème dans une scolarité non adaptée. Zidrou s'en sort très bien pour parachuter sa petite Zita dans cet autre univers qui propose d'autres difficultés. Cet ouvrage forme une boucle puisqu'il reprend la correspondance du T1 que Zita faisait à la Mort mais ici pour s'adresser à la Vie. Perso j'aimerais bien que la série s'arrête ici, cela lui donnerait une vraie force d'ensemble.
Ernst propose son graphisme humoristique qu'on lui connait. C'est bien adapté à l'esprit de la série qui met en avant la vie tourbillonnante et bouillonnante de la petite leucémique et de ses copains.
La série a induit la création d'une association qui donne un moment de plaisir aux petits malades et là encore bravo aux auteurs.
Je ne peux pas conclure sans quelques mots sur la polémique qui vise certains dessins de Ernst et ses stéréotypes de la bouche africaine.
Personnellement je trouve difficile d'accuser les auteurs de racisme pour plusieurs raisons. Les quatre premiers tomes travaillent sur cette thématique forte avec la maman d'Evelyne. Le discours des auteurs me semble sans ambiguïté dans ce domaine d'autant plus qu'ils proposent une galerie de personnages multi ethnique et multiculturelle très rafraichissante. Toutefois oui, Ernst utilise des représentations d'un autre âge sur certains de ses personnages noirs (la baronne de la serpillère, l'infirmier dans l'ascenseur, certains enfants jusqu'à Mo dans le T11), c'est regrettable et aurait pu facilement être évité. Ce n'est d'ailleurs pas le cas pour tous comme le prouve le graphisme de Jellilah, de Debrah ou de la maman d'Ayat dans le T5 dont les portraits ne me posent aucun souci. J'aurais préféré que Ernst fasse plus attention à ce point.
Pour finir je trouve cette série audacieuse, originale et elle ne peut pas laisser insensible. Une belle lecture
Une rédemption est possible, mais ça va prendre du temps.
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Ce tome comprend les 12 épisodes de la série de 2004/2005.
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- Thanos: Epiphany : épisodes 1 à 6, initialement parus en 2004, écrits et dessinés par Jim Starlin, avec un encrage d'Al Milgrom, et une mise en couleurs de Christie Scheele. Il est fait mention à plusieurs reprises des événements de Infinity Abyss.
Thanos est assis, au milieu des décombres de la planète Rigel-3 qui était habitée avant qu'il ne la détruise (pour la bonne cause). Il est sur le point de se faire attaquer par une grosse bestiole ailée par commode, quand celle-ci est détruite par Adam Warlock (qui passait par là bien sûr). Les 2 compagnons d'armes ont une discussion à cœur ouvert, au cours de laquelle Thanos rappelle ses origines, et l'histoire commune qui le lie à Warlock. Il déclare vouloir faire amende honorable, et se racheter, en commençant par présenter ses excuses aux rigelliens des autres planètes. Adam Warlock se propose de l'accompagner.
Thanos se rend sur New Rigel-3 où il n'est pas particulièrement bien reçu. Après quelques explications houleuses et brutales, les rigelliens constatent qu'ils ne sont pas en mesure de dissuader Thanos, ni même de le faire payer pour ses crimes. Ils acceptent donc son offre d'aide et l'envoient sur Rigel-18 qui a le déplaisir d'accueillir Galactus sur son sol. Étrangement, le dévoreur de monde n'a pas encore anéanti Rigel-18, se livrant à des préparatifs d'une nature indéterminée.
Jim Starlin a créé Thanos en 1973, et a été son principal auteur pendant quelques années avant de le tuer. Après une brève apparition à l'occasion de la Mort de Captain Marvel, Starlin a fait revenir Thanos à la vie, ainsi que le personnage d'Adam Warlock (les 2 étant liés d'une bien étrange manière, comme les 2 faces d'une même pièce), à l'occasion de The Infinity gauntlet en 1991. Après une période de désamour avec l'éditeur Marvel, Jim Starlin revient à son, ou plutôt ses personnages fétiches en 2002, aboutissant à cette histoire en 6 épisodes, avant de repartir à nouveau fâché.
Le lecteur appréciant les œuvres de Jim Starlin est aux anges, car le créateur est dans une grande forme. Il s'agit donc de la phase suivante dans l'évolution de Thanos qui a définitivement tourné la page de sa volonté de puissance, pour passer à autre chose. Il est mû à la fois par une volonté de faire amende honorable (pas facile quand on se rappelle le nombre d'individus qu'il a occis) et d'augmenter ses connaissances. Dans le premier épisode, Thanos évoque son histoire personnelle, dans le deuxième c'est au tour d'Adam Warlock, et dans le troisième Galactus se souvient de la sienne. Bien sûr il s'agit d'une obligation narrative que de présenter les personnages aux nouveaux lecteurs. Mais même pour les lecteurs plus anciens c'est une source de plaisir étonnante de voir l'aisance et l'élégance avec laquelle Jim Starlin lie les mythologies de ces 3 personnages pour qu'elles fusionnent en un tout harmonieux qui fait sens. Il a l'art et la manière de mettre en valeur ces personnages, en mettant à profit la riche histoire de l'univers partagé Marvel (alors qu'il n'a créé ni Adam Warlock, ni Galactus). À la rigueur le lecteur peut tiquer devant les modalités narratives utilisées : les personnages se parlent à eux-mêmes ou soliloquent à voix haute pour évoquer leur histoire. Le lecteur n'est pas dupe des modalités artificielles de cette exposition, mais elles restent didactiques, synthétiques et éclairantes.
Dès le début, le lecteur se doute bien que l'enjeu du récit ne se limitera pas à voir Thanos tenter la voie de l'humilité, en demandant pardon. Effectivement, dès le deuxième épisode, Galactus intervient, établissant que l'enjeu est au minimum du niveau de la survie de quelques planètes. Sans grande surprise, il apparaît dès le deuxième épisode, qu'en fait l'enjeu est celui de la survie de notre réalité car il y a une autre menace tapie dans l'ombre. Starlin s'amuse un peu quant à son apparition, car ses premières manifestations sont des carrés noirs superposés à une case de temps en temps. Il jouera encore avec le lecteur quand cette entité s'adresse directement à lui en brisant le quatrième mur. Le lecteur sent bien que Starlin s'amuse, et se montre facétieux, sans pour autant obérer l'intensité dramatique de la narration.
Du début à la fin, le lecteur se régale de voir le scénariste jouer avec ses personnages et avec les attentes du lecteur, tout en respectant la thématique principale de Thanos. Pour commencer, la menace à l'échelle de toute la réalité est bien présente, et c'est une nouvelle, comme si Starlin en avait une réserve inépuisable à sa disposition. Ensuite ses personnages préférés sont bien présents : Thanos, Adam Warlock Pip le troll, et même un autre membre de l'Infinity Watch pour une courte séquence. Certes Pip sert à nouveau de bouffon à l'humour bien lourd (et pas très drôle), mais cette fois-ci Thanos y ajoute une couche de sarcasmes bien secs qui révèlent une saveur inattendue chez Pip. Oui, il y a bien une baston homérique entre Galactus et Thanos, à grands coups de poing et de décharges d'énergie, mais là encore avec un sens inattendu qui la rend moins primaire. Et bien sûr, Thanos reste un stratège pour lequel il convient de créer une catégorie à part entière. Le lecteur apprécie de pouvoir anticiper certains de ses coups, et de se faire surprendre par les 2 ou 3 suivants qu'il n'avait pas vu venir. La narration est rendue encore plus savoureuse par une forme d'humilité moqueuse que Thanos pratique sur sa propre personne, loin de toute autocritique, encore plus loin de toute humiliation.
Jim Starlin tient la distance pour les dessins des 6 épisodes, sans signe de fatigue. De la même manière qu'il dispose d'une verve manifeste pour l'intrigue et les soliloques, il s'est investi dans les dessins. Là aussi le lecteur retrouve les spécificités attendues : le corps massif de Thanos, son visage de pierre peu expressif, ses décharges d'énergie balancées par les poings, ou au niveau des yeux. Galactus est régalien dans sa stature. D'un point de vue visuel, Starlin s'amuse également à jouer sur sa taille (ou plutôt sur celle de Thanos qui se met à sa hauteur), et il ose lui ôter son casque, le faisant descendre ainsi de son piédestal.
Pip le troll est toujours aussi ridicule avec son gilet à poche et sa trogne peu avenante. Adam Warlock a conservé sa drôle de coupe de cheveux de Infinity Abyss, ainsi que son costume toujours un peu ténébreux, rehaussé de rouge et d'or. Le temps d'une page, Starlin le redessine même avec son costume d'origine, comme au bon vieux temps (au début de l'épisode 2 pour l'évocation de ses origines). Ainsi le vieux lecteur a droit à ses moments de nostalgie, sans qu'ils n'en deviennent un prétexte. Le dessinateur a conçu une apparence des plus simples pour la nouvelle entité dévorante, et très efficace. Il joue donc avec quelques petits rectangles noirs pour signifier sa présence, pas encore matérialisée dans la dimension 616 de l'univers Marvel.
Lorsque les décors sont représentés, ils sont dessinés avec minutie, et Al Milgrom s'est appliqué pour réaliser un encrage tout aussi minutieux. Lorsqu'ils ne sont pas représentés, c'est que la scène se déroule soit dans l'espace, soit sur le plan astral. Contrairement à ses œuvres pour des éditeurs indépendants de la même époque, Starlin bénéficie du travail d'une coloriste professionnelle, aidée par le studio Heroic Age disposant d'une bonne maitrise de l'outil infographique. Ainsi les cieux étoilés sont rehaussés de camaïeux transcrivant les effets de lumière, la dimension psychique présente un fond psychédélique élaboré. Lorsque Galactus met son appareil en fonctionnement, les dessins et les effets infographiques s'amalgament et se complètent pour des effets hypnotisants, peut-être un peu kitchs pour les couleurs, mais transcrivant bien le concept.
Lorsque vient le moment pour Thanos d'affronter Galactus sur le plan psychique, Starlin sort un effet visuel qu'il a déjà employé, mais reconditionné pour cette série, toujours aussi efficace. Quand vient le moment pour Thanos d'affronter Galactus sur le plan physique, Starlin met en scène deux titans et des décharges d'énergie gigantesques (qui suffiraient à alimenter New York pendant une année) attestant de la taille et de la puissance de ces 2 adversaires. Ce n'est pas massif et primordial comme du Jack Kirby, mais c'est tout aussi puissant. Ce n'est pas aussi élancé que du Neal Adams, mais c'est tout aussi cinétique.
En ouvrant ce tome, le lecteur ne sait pas trop à quoi s'attendre. Il a conscience que les plans de Jim Starlin pour la série ont été coupés courts au terme de la première histoire (la suite étant écrite par Keith Giffen). Il éprouve un grand plaisir à découvrir un auteur pleinement investi, avec un humour plus détendu et plus efficace que d'habitude. Les dessins n'ont rien perdu de leur majesté, les mises en page s'adaptent à chaque séquence. Thanos est parfait de bout en bout, stratège dominant la bataille, avec quand même de réelles mises en difficultés. L'enjeu est à l'échelle de la réalité 616, et Adam Warlock se retrouve dans une position inédite qui permet à Thanos de tenir le premier rôle (normal, car c'est sa série). 5 étoiles.
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- Thanos: Samaritan : épisodes 7 à 12, initialement parus en 2004, écrits par Keith Giffen, dessinés par Ron Lim, encrés par Al Milgrom, et mis en couleurs par Chrisie Scheele et Krista Ward. Par la suite, Keith Giffen donnera un rôle secondaire à Thanos dans Annihilation.
Sur une planète isolée (très loin dans l'univers), Thanos arrive à pied dans une ville paumée appelée Frontline, et se rend dans le bureau de la société Omega Core. Les 3 employés présents (Cole, Swad et Kika) réagissent immédiatement en déchargeant leurs armes de service sur lui. Une fois les esprits apaisés, Cole comprend qu'il n'a d'autre choix que d'accepter la requête de Thanos : lui permettre de se rendre sur Kyln.
Kyln est constitué d'un ensemble de satellites artificiels reliés entre eux, servant à capter l'énergie d'une singularité spatiale appelée The Crunch, servant également de prison pour les criminels dangereux (obligés de travailler pour capter ladite énergie), et plus récemment de lieu de pèlerinage pour une religion obscure. Sur place, Thanos rencontre un avatar de la Mort, Gladiator (Kallark, de la Garde Impériale), Peter Quill (qui n'est plus Star-Lord) et une manifestation particulière du Beyonder.
Pour les fans de Jim Starlin, la nouvelle est dure : le créateur de Thanos est parti faire d'autres choses, et il a abandonné sa créature dans les mains d'un autre scénariste. Non seulement, ce ne sera pas du Starlin (oui, il y a des puristes), mais en plus les précédentes occurrences où ce personnage a été pris en main par quelqu'un d'autre l'ont invariablement ramené au statut de supercriminel basique, juste un peu plus puissant que la moyenne, et juste un peu plus cosmique. Cependant Keith Giffen (au départ un dessinateur) dispose déjà en 2004 d'une longue expérience de scénariste sortant des sentiers battus, qu'il s'agisse de son travail avec Paul Levitz sur la Légion des SuperHéros (par exemple The great darkness saga), sur une itération que l'on dit pudiquement différente de la Justice League (Justice League International, avec John-Marc DeMatteis), ou encore tout un tas de miniséries plus inventives les unes que les autres comme Lobo: Portrait of a bastich, The Heckler, Ambush Bug, etc.
Dès le départ, Keith Giffen choisit de ramener Thanos à une dimension plus terre à terre : il est à pied, il a besoin de l'aide d'un être humain (Cole) pour accéder à Kyln, il intègre un groupe de touristes devant The Crunch, il est accompagné par une sorte de petite fée (appelée Skreet) à la langue bien pendue. Effectivement il dispose d'une puissance supérieure quasiment à tout le monde, et il est le personnage central d'une aventure cosmique. Par contre Keith Giffen abandonne le thème sous-jacent de la quête de l'amélioration personnelle, d'ailleurs le lecteur a bien du mal à cerner les motivations de Thanos pour aller voir The Crunch qu'il surnomme la cascade de la Genèse. Il se soumet à la nécessité d'évoquer la personnification de la Mort qui fait une courte apparition.
De fait Keith Giffen développe son récit sur d'autres axes. Dans un premier temps, il pioche dans la mythologie de l'univers partagé Marvel pour nourrir son intrigue. Le lecteur doit disposer d'une connaissance exhaustive des Beyonders (bien au-delà des premières Secret Wars de Jim Shooter) pour espérer comprendre quoi que ce soit à cette histoire de Maker qui est une forme d'incarnation de Beyonder. Il lui est plus facile de reconnaître Gladiator de La Garde Impériale des Shi'ar. À l'issue de cette première partie, le lecteur reste dubitatif quant aux motivations de Thanos, ou à l'aide de Peter Quill. Il est plus intéressé par Skreet, un étrange personnage qualifié de mite du chaos, étant déjà apparue dans un épisode de Marvel Comics Presents numéro 172 de janvier 1995. Une petite recherche lui permet d'avoir la confirmation de ce qu'il subodorait : ce personnage a été créé par Keith Giffen (on n'est jamais mieux servi que par soi-même).
Les épisodes 11 & 12 se placent dans la continuité de la première partie, quand Thanos s'enquiert de savoir quel était l'autre prisonnier détenu dans une cellule d'aussi haute sécurité que Maker. Le scénariste fait preuve d'une bonne connaissance de l'univers partagé Marvel, en allant farfouiller du côté de Galactus pour y trouver une source de développement. Son imagination débridée lui permet de trouver des degrés de liberté dans cette mythologie, sans contredire des éléments passés, sans nécessité que le lecteur ait acquis un savoir encyclopédique en la matière pour apprécier l'aventure. Cette deuxième partie confirme également que Giffen ne souhaite pas faire du sous-Starlin. Il évoque une conséquence de la rencontre entre Thanos et Galactus dans les épisodes 1 à 6, mais Adam Warlock n'est pas de retour et la Mort ne revient pas.
Au fil des pages, le lecteur ressent une étrange impression. Certes Thanos est bien le personnage central du récit, il est également le plus fort, et il fait preuve à une ou deux reprises de ses talents de stratège. Il ne fonce pas dans le tas avant de savoir ce qui se passe (pas comme le premier superhéros venu). Il planifie ses actions avec un ou deux coups d'avance. Néanmoins il a abandonné sa combinaison violette habituelle, et il évolue au milieu de nombreux autres personnages. Skreet (la mite du chaos) lui donne la réplique, permettant au scénarise d'exposer ainsi des informations et des intentions ou des jugements de valeur. Il y a une forme d'humour sarcastique qui s'installe entre eux, rendant Thanos un peu plus accessible que précédemment. Il y a donc les pensionnaires de Kyln, Gladatior et Peter Quill qui disposent d'un temps d'exposition confortable. Giffen en profite aussi pour faire apparaître Oracle, une autre membre de la Garde Impériale Shi'ar. Enfin le lecteur éprouve l'impression que Giffen accorde beaucoup de temps au trio d'Omega Core (Cole, Swad et Kika) comme s'il les destinait à devenir des personnages récurrents.
Le nouveau dessinateur est Ron Lim, un artiste qui a souvent travaillé avec Jim Starlin, à commencer par la trilogie Infinity : The Infinity Gautlet,The Infinity War et The Infinity Crusade. Il dessine un Thanos massif à souhait, avec un visage de pierre peu expressif comme il est d'usage. Il lui a conçu une tenue de pèlerin (à défaut de samaritain) qui mélange une grande étoffe pour la discrétion, avec des éléments plus fonctionnels comme les gants ou les lourdes bottes, sans qu'ils n'en deviennent ostentatoires. Le personnage conserve bien sa présence physique imposante, son sérieux, sa sévérité, son cou de taureau et son nez minuscule. Il semble un peu moins maniaque et psychorigide que quand il est dessiné par Starlin.
Dès la première page, les spécificités de l'approche graphique de Ron Lim sont apparentes. Il ne s'attache pas à dessiner des contours de forme propres sur eux, avec des courbes délicates pour les rendre plus agréables à l'œil. Il préfère des traits de contour un peu plus grossiers, pour leur conserver une sorte de spontanéité. Le résultat n'atteint qu'à moitié son objectif car effectivement les contours apparaissent un peu heurtés, avec des angles disgracieux, mais Lim et Milgrom rajoutent de nombreux traits aussi bien épais que très fins à l'intérieur des surfaces leur donnant un aspect chargé qui va à l'encontre de la volonté de spontanéité.
De fait, la narration visuelle raconte très bien le récit, sans problématique de lisibilité ou de compréhension. Ron Lim intègre un bon niveau de détails que ce soit pour les arrière-plans (permettant de donner du caractère à chaque endroit), pour les accessoires (armes ou accessoires à bord du vaisseau de Galactus), ou pour l'apparence des personnages, tous facilement reconnaissables. Sa façon de dessiner repose sur un degré de simplification qui lui permet de dessiner Skreet nue comme un ver pendant 2 épisodes, sans que cela ne soit indécent, encore moins vulgaire. Le lecteur éprouve donc l'impression que l'artiste s'adresse à de jeunes adolescents plus qu'à des adultes, ses dessins ne sont pas là pour faire apparaître des éléments supplémentaires, mais juste pour donner corps au scénario. Cela se remarque par exemple dans les expressions des visages, dessinées à la va-vite, sans nuance.
Keith Giffen et Ron Lim ont l'intelligence de ne pas essayer de faire du Jim Starlin. Ils respectent les principales caractéristiques du personnage et l'extraient de la mythologie spécifique à Starlin, pour le placer dans une autre bien enracinée dans l'univers partagé Marvel. Ils conservent la dimension cosmique, tout en inventant de nouveaux concepts. À ce titre la prison Kyln connecté à la cascade de la Genèse (The Crunch) en impose à la fois par son originalité et par sa représentation massive. Ils racontent une histoire dont Thanos est bien la figure centrale, intégrant de nombreux autres personnages dont certains (par exemple Cole) disposent d'un temps d'exposition qui semble disproportionné par rapport à leur importance dans l'intrigue. Cela donne à la fois une aventure qui en impose par son ampleur et son inventivité, et aussi une sensation de prologue à ce qui vient par la suite (à savoir Annihilation). 4 étoiles.
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Castlewitch
En bon scénariste amateur de mythologie, de fantastique et de fantasy, Nicolas Jarry nous propose une nouvelle histoire pour la jeunesse qui va aller chercher du côté du fantastique et de la sorcellerie. C'est avec François Gomes au dessin que s'ouvre cette série et que je découvre l'auteur. Malo, la douzaine, aime trainer en solitaire dans les friches urbaines et la forêt. Fils du flic de service de la ville, pas toujours facile de se faire de vrais amis. Et quand d'autres enfants commencent à être retrouvés plongés dans le comas sans explication, plus question de se balader dehors ! Mais si les adultes ne semblent pas comprendre le pourquoi du comment de ces mystérieux comas, la petite bande que va finir par rejoindre Malo en connait la véritable cause et va devoir lutter pour sauver l'équilibre du monde... Si les personnages de notre petite troupe sont un brin convenus et la trame principale du récit pas plus révolutionnaire non plus, cette série fourmille de bonnes idées. Cette petite ville, pivot pour des créatures oniriques ou cauchemardesque, semble avoir un lourd passé où le fantastique a pu prendre racine. C'est par touches successives que commence à se dessiner cet univers, porté par le graphisme efficace de François Gomes. J'ai beaucoup aimé la représentation des "familiers" de nos jeunes protagonistes ; entre leur aspect physique et leurs pouvoirs, le lecteur est vite embarqué par cette petite troupe originale. Le premier tome pose donc les bases de cet petit monde en pleine effervescence et se termine en ouvrant sur de nouvelles possibilités et de nouveaux dangers... Je suis curieux de découvrir la suite de cette histoire *** Tomes 2 & 3 *** Après un premier tome très prometteur, la suite et fin de cette série jeunesse tient toutes ses promesses. C'est même en allant chercher du côté de Lovecraft que nos auteurs nous proposent au final une saga qui gagne en originalité au fil des tomes. Si cet aspect lovecraftien passera sans doute au dessus de la tête des jeunes lecteurs, des graines seront certainement plantées pour leur culture générale, et les adultes amateurs du genre gouteront ces références. Graphiquement, François Gomes assure un travail efficace qui donne et garde toute son efficacité ; ses créatures sont originales et les décors ne sont pas en reste, surtout la ville. Il assure une parfaite mise en image du scénario de Nicolas Jarry. C'est frais, intriguant, l'aventure omniprésente et les rebondissements bien amenés. Bref, une série, qui loin de démériter, gagne en bonnes idées et en efficacité au fil de ses trois tomes.
Mara - Plus qu'humaine
Des superpouvoirs pour quoi faire ? - Il s'agit d'un récit complet, indépendant de tout autre, initialement paru sous la forme d'une minisérie en 6 épisodes en 2013, écrite par Brian Wood, dessinée et encrée par Ming Doyle et mise en couleurs par Jordie Bellaire. Dans un futur relativement lointain, Mara Prince est une jeune femme de 17 ans championne de volleyball. Dans ce futur aux réalités économiques peu reluisantes, le sport a pris une importance capitale dans les relations entre les nations, les sommes en jeu sont colossales et les sportifs de haut niveau sont des stars, bénéficiant de contrats mirifiques avec des sponsors, de leur propre chaîne de télévision à leur gloire, etc. Mara Prince est une star parmi les stars, richissime à million, inégalée dans ses capacités. Mais un jour lors d'un match hors tournoi, elle éprouve une étrange sensation lui permettant de se déplacer à une vitesse surhumaine et de passer de l'autre côté du filet pour faire dévier la balle venant juste de quitter les mains de la joueuse au service. Les caméras ont tout enregistré et la notoriété de Mara augmente encore. Par contre son avenir de sportive est compromis. Cette société maudit les tricheurs et les déchoit. Bien vite l'armée s'intéresse à Mara. Il lui reste à décider quoi faire de sa vie avec ses superpouvoirs d'une ampleur incommensurable. Brian Wood est un scénariste prolifique à la biographie impressionnante. On y trouve aussi bien des histoires pour des franchises comme X-Men (Alpha & Omega ou Primer), Star Wars (In the shadow of Yavin), ou encore Conan (Queen of the black coast). Il a déjà à son actif un grand nombre de séries originales ou d'histoires complètes : The New York Four, la série DMZ, la série de vikings Northlanders ou encore la série The massive (à commencer par Black Pacific). Il propose ici une histoire complète en 1 tome. Ce récit se décompose en 3 actes distincts : (1) la présentation de Mara en championne exceptionnelle et la société dans laquelle elle évolue, (2) la réaction de cette société à la découverte des pouvoirs de Mara, et (3) le choix de vie de Mara. La première partie laisse une impression mitigée entre reprise d'éléments déjà existants dans notre société (à commencer par le vedettariat sans borne des athlètes de haut niveau, au hasard dans le football), et immersion totale aux côtés de cette jeune femme compétente, motivée et très sympathique, un pur produit de la société dans laquelle elle a grandi et de l'éducation qu'elle a reçu. Brian Wood réussit à faire exister cette Mara et la société qui l'entoure en quelques pages, en montrant à quel point Mara est d'une efficacité exemplaire, et en illustrant la maxime qui veut que l'on se sent seul quand on est au sommet. Il sait montrer en quelques cases l'attachement qui unit Mara à Ingrid Seven, sa seconde dans l'équipe, mais aussi sa meilleure amie et confidente. Il n'y a à aucun moment une trace d'infantilisme ou de mièvrerie dans la manière dont elles se comportent. Ingrid apprécie Mara, elles partagent entre elles leurs expériences (en particulier sur l'art et la manière de maximiser les profits dans leurs contrats avec les sponsors), et il n'y a aucun doute qu'Ingrid a intégré que tant que Mara sera présente, elle sera à jamais la seconde meilleure. Brian Wood sait à partir de quelques dialogues et de quelques pensées intérieures, appuyées par quelques nouvelles brèves donner l'impression au lecteur de connaître les personnages et l'environnement dans lequel ils évoluent. Brian Wood n'est pas le premier scénariste à imaginer l'apparition de superpouvoirs dans un monde réel ou dans un futur proche (Warren Ellis avec sa trilogie Black Summer/ No hero / Supergod, ou encore John Arcudi avec A God somewhere). Il réussit à rendre la personnalité de Mara Prince très palpable et cohérente, et ses actions imprévisibles. Par contre la relative brièveté de l'histoire ne lui permet pas de développer pleinement les réactions de la société autour d'elle, ces dernières restent à l'état de ressort de l'intrigue, sans réelle épaisseur, sans servir de révélateur de cette société. Ming Doyle avait déjà adapté 2 livres de Cynthia Leitich Smith : Tantalize: Kieren's Story et Eternal: Zachary's Story. Il approche les dessins avec une optique naturaliste qui donne une apparence très prosaïque à ce qu'il dessine, malgré la composante de science-fiction. D'un certain côté cette façon de dessiner peut décevoir les lecteurs avides de spectaculaire ou de sensationnel, de l'autre elle ancre bien le ton du récit dans une forme de normalité. En particulier il a pris soin de donner une physiologie d'athlète à Mara (pas de poitrine surdimensionnée), ce qui participe pour beaucoup à conférer de la crédibilité au personnage. Les éléments visuels de science fiction restent très discrets : un stade à l'architecture inattendue, un modèle de voiture inhabituel, des tenues vestimentaires sortant de l'ordinaire (en particulier l'uniforme militaire). Doyle s'attache surtout à créer une mise en scène vivante et plausible, transcrivant clairement les actions de chaque personnage. De temps à autre, le lecteur pourra regretter qu'un personnage sur deux ait la bouche entrouverte dans une expression du visage peu parlante et peu naturelle. Quelques scènes souffrent également de décors trop sommaires. Au fil des pages, il devient surprenant que les noms des sponsors n'apparaissent pas de manière plus proéminente dans les images, par exemple sur les tenues des joueuses ou sur les parois des stades. Brian Wood et Ming Doyle proposent leur version de l'avènement d'un individu avec des superpouvoirs dans une société finalement proche de la nôtre. Ils réussissent à faire en sorte que Mara Prince s'incarne devant les yeux du lecteur ce qui génère son empathie et maintient son intérêt tout au long du récit. Le nombre de pages et les limites de Doyle ne permettent pas à l'environnement d'exister pleinement, ni de développer une approche plus étoffée de l'impact de Mara sur la société. L'histoire se termine de manière claire avec la décision de Mara quant à son avenir, il est possible d'y voir une allégorie sur le jeune adulte affirmant sa propre personnalité, achevant d'entrer dans l'âge adulte.
Avatar - Le dernier maître de l'air
Je fais partie de cette génération qui a grandi avec la série animée "Avatar le dernier maître de l'air". Je ne manquais aucun épisode lorsque cela passait à la télé et, comme beaucoup, j'ai continué à grandement apprécier la série et son univers en grandissant. Alors, quand j'étais au collège et que l'on m'avait appris qu'il existait des comics étendant l'univers, j'avais sauté sur l'occasion. Bon, en vrai, je n'ai pas pu tout de suite sauté sur l'occasion, car lesdits comics n'ont rejoint "officiellement" nos vertes contrées que dernièrement. Je dis "officiellement", car j'ai tout de même eu recours au travail de traduction d'amateur-ice-s en lignes qui avaient justement décidé de partager les comics aux pays francophones. Cette première édition française est donc pour moi une relecture, ayant déjà lu les six tomes via scans il y a de cela des années. Les six tomes en question reprennent juste après la fin de la série, il me paraît donc évident qu'il est préférable de connaître la série avant d'entamer la lecture. Chaque album est une histoire propre mais toutes se suivent et forment une narration filée. Le but de cette série est vraiment de proposer la suite d'Avatar (et de raconter les prémisses du monde de Korra, mais ça on en parlera plus tard). Le premier tome est centré sur la problématique des colonies de la nation du feu sur le territoire du Royaume de la Terre et aborde des questions assez intéressantes, comme "que faire des populations désormais installées ici depuis plusieurs générations ?" et "que faire de son héritage culturel ?". Le deuxième continue l'un des seuls fils narratifs directement nommés dans la série originale et qui n'avait pas encore reçu de conclusion : qu'est-il arrivé à la mère de Zuko et Azula ? Plus que cela, l'album va même chercher à répondre à une autre question, celle des origines. Les origines d'Ursa, leur mère, mais également de Zuko et d'Azula elleux-même. Sont-iels seulement frères et sœurs ? Sont-ce les liens du sang ou les choix qui forment une famille ? Bref, cet album est souvent considéré comme l'un des meilleurs de la série, je peux comprendre pourquoi. Le troisième met en face en face les avancées scientifiques/technologiques et les habitudes passées. Le premier ne peut être empêché mais cela est-il pour autant forcément négatif ? Est-ce qu'être trop attaché aux rites anciens ne nous bloquerait pas ? Ou est-ce qu'au contraire les oublier trop vite ne nous mettrait-il pas potentiellement en danger ? Le quatrième est plus terre à terre puisqu'il s'agit d'une histoire d'esprits démoniaques, d'enlèvements d'enfants et de complots. On s'interroge tout de même encore sur la famille, jusqu'où est-on prêt à aller pour les protéger ? Le cinquième, comme le troisième, traite de l'avancée et de l'industrialisation contre les rites du passé, mais parvient tout de même à se démarquer en traitant également d'une lutte de pouvoir et d'une histoire d'amour. Le sixième, lui, est beaucoup plus classique, m'a moins convaincue, mais sert surtout à préparer le terrain dans l'univers pour la série animée La Légende de Korra, qui fait suite à tout ceci (bon, suite après plusieurs années intra-diégétiques, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit). Mon résumé album par album était sans doute très (trop ?) fouillis et pas forcément très explicatif, mais je tenais vraiment à ne pas trop vous en révéler, si ce n'est sur les questionnements et réflexions développés dans ces histoires (l'univers a toujours aimé les réflexions poussées mais simples ramenées à des situations concrètes - concrètes dans un monde de fantasy ici, mais quand-même). Les dessins ne m'ont pas forcément transcendée, je les trouve acceptables (à noter que le sixième album, bien qu'ayant été dessiné par la même personne ayant fait les autres, a un style assez différent - que je préfère, cela dit). Conseillerais-je la lecture ? A des personnes ayant vu et apprécié la série d'origine, oui. On reste assez proche du type d'aventures que nos héros vivaient jusque là : des situations politiques et humaines complexes, une forme bon-enfant, des petits passages d'humour (principalement de répliques) et des questionnements moraux en veux-tu en voilà. La qualité est moindre que la série d'origine, la mise en scène différente (forcément, pas le même format), mais toujours de bonne facture. Pour les personnes n'ayant pas aimé ou ne connaissant pas vraiment la série, non, je ne pense pas que la lecture soit ici très intéressante. (Noté réelle 3,5)
Souricia et le géant de la clairière
Ohhhhh mais c'est super mignon, ça ! Cette nouvelle série met donc en scène Souricia, une guerrière-enquêtrice qui protège le royaume de Poétia, menacé par une rat félon. Espérons que la suite de la série sortira de cet argument, mais il ne s'agit pour l'heure que d'un premier tome, et cela permet de poser les bases. On a en effet ce personnage central, probablement un électron libre qui a son franc-parler et ses propres méthodes, son amie la chouette qui joue le rôle de mage/magicienne/et plus si affinités, le roi qui est un peu à côté de ses pompes, ne s'intéressant a priori qu'aux sciences et aux arts, et sa fille, la princesse, beaucoup plus volontaire et les pieds sur terre. Face à eux le méchant (enfin pas tant que ça, Ludo Danjou le nuance dès ce premier tome) rat qui veut prendre le trône, et ses complices, pour l'instant seulement des voleurs ou gredins de bas étage. Nous sommes dans un décorum fantasy avec de la magie et un chouia de technologie moderne (avec cet inhalateur anti-allergie). dans ce registre Kan-j fait des merveilles, et ses planches sont magnifiques, montrant une belle maturité graphique, autant dans le style animalier que dans les décors, assez variés (même si j'aimerais qu'il aille plus loin) et dans la mise en scène. J'espère d'ailleurs que la suite de cette série, qui s'adresse aux plus jeunes, montrera des décors différents et des créatures qui permettront au dessinateur de bien s'amuser. Hélia est une complice fort efficace aux couleurs, c'est un vrai régal pour les yeux. Il y a les prémices d'un Michel Plessix chez Kan-j. Voici donc une nouvelle série jeunesse qui démarre bien. On n'a pas le temps de souffler, et même si Souricia progresse vite dans son enquête, c'est suffisamment plaisant pour qu'on aie envie de lire la suite. Ma véritable note est de 3,5/5, mais comme j'aime vraiment beaucoup, j'arrondis à 4.
Seule contre Hollywood
La vague #metoo, qui a déferlé sur le cinéma américain depuis 2017 n'était bien évidemment pas le signe d'un système récent. Ce système avait court depuis plus de 80 ans, et avant que les abus perpétrés par Weinstein, Epstein & co., bien avant, une femme s'est levée en 1937. Patricia Douglas, jeune actrice, a été abusée lors d'une soirée privée où les actrices étaient "offertes" aux partenaires financiers et représentants de la MGM. Une pratique déjà courante, et qui a perduré pendant des décennies à Hollywood (et ailleurs). Mais alors qu'elle aurait pu -dû, selon les normes de l'époque- s'écraser, accepter un arrangement financier, Patricia "Patsy" Douglas a décidé de se battre. Le premier combat fut de trouver un avocat qui accepte de la défendre contre la toute-puissante MGM, après avoir réussi à convaincre sa mère. Face à l'opprobre, face au déshonneur, à la campagne de la MGM visant à retourner l'opinion publique et à la diffamer (une fois de plus), elle tient avec force, dans la salle de tribunal où en 1937, elle se retrouve face à celui qui l'a agressée et ceux qui l'ont attaquée de toutes parts. Depuis ses débuts et Arabico, Halim Mahmoudi a toujours fait preuve d'exigence, de pointillisme, s'attachant à des sujets de société bien graves, pour ne pas dire casse-gueule : l'intégration, une mère adolescente, la guerre en Irak, les écoles Montessori... Une fois encore il montre qu'il a beaucoup travaillé pour retranscrire l'ambiance si particulière de cette époque. Entre les plans "sages des prétoires et les séquences plus "brutes" relatives à l'agression dont a été victime Patricia Douglas, la séquence de l'agression elle-même et les réminiscences qu'elle a pu provoquer. Halim n'en a pas rajouté sur l'histoire, il a décidé de tout raconter, jusqu'au dénouement -surprenant, ou pas- du procès, et les conséquences, sans oublier la citation par Rosanna Arquette devant le tribunal où a lieu le procs Weinstein en 2020. Patricia Douglas fut la première. Elle en sera pas oubliée, merci à Halim d'avoir pris le temps de faire cet album.
Juliette - Les Fantômes reviennent au Printemps
Mon avis sera presque le même que Canarde, auquel je n'aurais rien à ajouter. Comme elle, j'ai pensé après ma lecture à Merel, qui a le même côté, le même esprit. Une ambiance de petite ville, d'endroits moins intéressants que Paris et ces grandes villes. Le tout dans une histoire sans réel début ni fin, si ce n'est une arrivée et un départ. Camille Jourdy est une autrice que je ne connais pas, mais je vais me pencher sur ses autres productions parce que celle-ci m'a tapé dans l’œil, indéniablement. En tant que tel, c'est presque une histoire caricaturale de cinéma français : petite ville, famille, dialogues abscons, sentiments larvés ... Le tout dans une histoire simple, où se révèlent quelques secrets de famille. Oui, l'histoire est parfaitement clichée, parfaitement dans les traits de ces films qu'on aime détester, et pourtant ... Et pourtant l'autrice tisse lentement une histoire vraie, une histoire pleine de sens mais jamais explicite. Parce que l'essentiel peut se dire en très peu de mots. Je ne saurais vous dire exactement ce qui fait que ça marche, mais c'est le cas. Le dessin joue des couleurs, lumineuses, pour faire ressortir la vie ordinaire dans sa beauté, sa joie. Alors que le récit lui fait par d'une tristesse, une solitude qui touche chaque personnage que l'on verra. Les contrastes sont nombreux, entre les dessins des cases et certaines planches (ou demi-planches) avec un style graphique différent qui posent une ambiance, un moment, une émotion. Ces arrêts dans la lecture font poser la dimension temps à l'autrice, qui joue sur celui-ci : temps qui passe, temps qui s'arrête, temps qui revient. Le rythme lent des cases s'accorde avec ce sujet, étirant dans la durée ce que les personnages vivent, jusqu'aux rares moments de sincérité qu'ils s'autorisent. En fait, la BD est parfaitement bien tenue tout du long, sans jamais sortir le grand jeu, sans apothéose, sans climax. C'est juste une lente découverte de ces personnages, tous attachants dans leur solitude. Chacun va exprimer autre chose mais sans jamais que ça ne paraisse grossier, forcé ou fabriqué. Comme dans la vraie vie, c'est par petites touches que tout va se jouer. Honnêtement, je suis sous le charme de cette BD. Elle est simple mais très belle, très finement exécuté. Je n'ai aucun doute sur le fait que certains vont détester la proposition, pas du tout attiré par le genre, mais si vous acceptez de rentrer dedans elle a toute les chances de vous toucher. C'est parfois aussi simple que ce genre de récit, mais ça suffit pour émouvoir un peu.
Les Guerres de Lucas
J’avais plutôt aimé à l’époque les premiers Star Wars (au passage je n’ai toujours pas compris pourquoi le titre français avait changé l’originel Guerres de l’étoile – que reprend d’ailleurs le titre de cet album), beaucoup moins les suivants. Plus généralement, je suis en grande partie revenu de mon intérêt initial (modéré il est vrai). Mais cet album m’a quand même captivé. Les auteurs se sont énormément documentés (ce que confirme l’importante bibliographie finale), et sont visiblement des fans de la saga. Qui a marqué sans doute – qu’on le veuille ou non – la culture pop mondiale. Le principal intérêt de cet album est de montrer la genèse du film, dans la tête de Lucas, puis tous les aléas ayant failli tuer dans l’œuf son projet. Le fonctionnement des studios (avec des dirigeants uniquement focalisés sur les retours immédiats sur investissements qui, voulant gagner sans prendre de risque, vont se retrouver en position de faiblesse dans leurs négociations avec Lucas), tous les détails de la fabrication du premier film (ses différentes moutures, le choix du casting – des acteurs et des « techniciens »), tout ceci est très intéressant. Comme l’est la présentation de Lucas lui-même, personnage très réservé, peu sociable et communicatif (mais qui a tôt eu de sacrés copains et conseillers dans le « milieu » - Coppola, Spielberg…). Un roman graphique aux airs de documentaire bien fichu et captivant. Une belle réussite du genre.
Itchi et les 1000 yôkai
Je ne suis pas du tout connaisseur de la mythologie japonaise et j'ai trouvé dans cette série jeunesse une excellente porte d'entrée pour combler mes grandes lacunes et attiser mon intérêt pour cet univers. Stéphane Melchior propose un scénario à deux niveaux de lecture. On suit l'aventure initiatique et épique de la jeune Itchi qui doit apprendre à combattre le Tengu personnage maléfique du folklore japonais. Pour ce faire et réparer sa maladresse bien involontaire, elle doit se rapprocher des yôkai pour utiliser leurs pouvoirs magiques avant qu'ils ne tombent entre les mains du Tengu. Le récit est très fluide et dynamique avec un T1 qui pose très bien les personnages de cet univers lointain pour les non initiés. En effet le plus de ce tome est d'introduire la découverte de la mythologie japonaise en douceur et de façon très accessible pour les ignorants dont je fais partie. Je me suis immédiatement senti à l'aise avec la narration qui s'adresse à un large lectorat. C'est simple mais instructif et l'on sort de la lecture avec le sentiment d'un temps agréable où l'on apprend de la culture. Le graphisme manga de Loïc Locatelli convient parfaitement au récit. C'est du manga mais en construction franco-belge tant dans le découpage que dans le graphisme et la dynamique des personnages. Pour un lecteur comme moi très réticent aux visages androgynes, lisses et clonés de la littérature japonaise cela me convient parfaitement. De plus j'ai trouvé la mise en couleur extrêmement réussie. Ce contraste des couleurs chaudes et de couleurs froides accompagne idéalement cette lutte entre forces du bien et du mal. Un premier tome très prometteur, j'attends la suite qui ne devrait tarder (je l'espère).
Boule à zéro
C'est en découvrant la polémique sur certaines représentations de Ernst que je me suis aperçu ne pas avoir avisé cette série que je connaissais. J'ai donc réemprunté les six numéros de ma BM que j'ai complété par le T11 pour voir les évolutions possibles des personnages graphiquement ou psychologiquement. Pour ce qui est de la série en général, je tire mon chapeau aux auteurs. Zidrou et Ernst ont pris un vrai risque en abordant cette thématique. Un échec à la suite de maladresses qui auraient blessé des familles ayant vécu ces situations auraient été probablement très mortifère pour l'intégrité morale des auteurs. On ne fait pas de l'humour avec la santé des enfants comme on peut en faire avec des profs ou des cancres. Zidrou est immédiatement dans la justesse du propos et il ne s'écartera jamais de cette ligne qui mixte humour et empathie dans une atmosphère dramatique mais pas larmoyante. Pourtant les auteurs on su me tirer quelques larmes de-ci de-là. Il faut dire que le T4 est particulièrement fort en émotion. Les petits personnages de Zidrou et Ernst renvoient souvent à des situations vécues directement ou indirectement et qui restent ancrées en vous pour la vie durant quelque soit l'âge où vous y étiez confrontés. Les auteurs ont su introduire quelques running gags pour alléger (comme les mugs) une ambiance trop lourde. Les personnages sont cohérents avec une galerie où même les "méchants" (comme la mère d'Evelyne) deviennent gentils. On suit donc Zita pendant un an (entre 13 et 14 ans) pour la retrouver au collège en 3ème dans une scolarité non adaptée. Zidrou s'en sort très bien pour parachuter sa petite Zita dans cet autre univers qui propose d'autres difficultés. Cet ouvrage forme une boucle puisqu'il reprend la correspondance du T1 que Zita faisait à la Mort mais ici pour s'adresser à la Vie. Perso j'aimerais bien que la série s'arrête ici, cela lui donnerait une vraie force d'ensemble. Ernst propose son graphisme humoristique qu'on lui connait. C'est bien adapté à l'esprit de la série qui met en avant la vie tourbillonnante et bouillonnante de la petite leucémique et de ses copains. La série a induit la création d'une association qui donne un moment de plaisir aux petits malades et là encore bravo aux auteurs. Je ne peux pas conclure sans quelques mots sur la polémique qui vise certains dessins de Ernst et ses stéréotypes de la bouche africaine. Personnellement je trouve difficile d'accuser les auteurs de racisme pour plusieurs raisons. Les quatre premiers tomes travaillent sur cette thématique forte avec la maman d'Evelyne. Le discours des auteurs me semble sans ambiguïté dans ce domaine d'autant plus qu'ils proposent une galerie de personnages multi ethnique et multiculturelle très rafraichissante. Toutefois oui, Ernst utilise des représentations d'un autre âge sur certains de ses personnages noirs (la baronne de la serpillère, l'infirmier dans l'ascenseur, certains enfants jusqu'à Mo dans le T11), c'est regrettable et aurait pu facilement être évité. Ce n'est d'ailleurs pas le cas pour tous comme le prouve le graphisme de Jellilah, de Debrah ou de la maman d'Ayat dans le T5 dont les portraits ne me posent aucun souci. J'aurais préféré que Ernst fasse plus attention à ce point. Pour finir je trouve cette série audacieuse, originale et elle ne peut pas laisser insensible. Une belle lecture
Thanos - Le Samaritain
Une rédemption est possible, mais ça va prendre du temps. - Ce tome comprend les 12 épisodes de la série de 2004/2005. - - Thanos: Epiphany : épisodes 1 à 6, initialement parus en 2004, écrits et dessinés par Jim Starlin, avec un encrage d'Al Milgrom, et une mise en couleurs de Christie Scheele. Il est fait mention à plusieurs reprises des événements de Infinity Abyss. Thanos est assis, au milieu des décombres de la planète Rigel-3 qui était habitée avant qu'il ne la détruise (pour la bonne cause). Il est sur le point de se faire attaquer par une grosse bestiole ailée par commode, quand celle-ci est détruite par Adam Warlock (qui passait par là bien sûr). Les 2 compagnons d'armes ont une discussion à cœur ouvert, au cours de laquelle Thanos rappelle ses origines, et l'histoire commune qui le lie à Warlock. Il déclare vouloir faire amende honorable, et se racheter, en commençant par présenter ses excuses aux rigelliens des autres planètes. Adam Warlock se propose de l'accompagner. Thanos se rend sur New Rigel-3 où il n'est pas particulièrement bien reçu. Après quelques explications houleuses et brutales, les rigelliens constatent qu'ils ne sont pas en mesure de dissuader Thanos, ni même de le faire payer pour ses crimes. Ils acceptent donc son offre d'aide et l'envoient sur Rigel-18 qui a le déplaisir d'accueillir Galactus sur son sol. Étrangement, le dévoreur de monde n'a pas encore anéanti Rigel-18, se livrant à des préparatifs d'une nature indéterminée. Jim Starlin a créé Thanos en 1973, et a été son principal auteur pendant quelques années avant de le tuer. Après une brève apparition à l'occasion de la Mort de Captain Marvel, Starlin a fait revenir Thanos à la vie, ainsi que le personnage d'Adam Warlock (les 2 étant liés d'une bien étrange manière, comme les 2 faces d'une même pièce), à l'occasion de The Infinity gauntlet en 1991. Après une période de désamour avec l'éditeur Marvel, Jim Starlin revient à son, ou plutôt ses personnages fétiches en 2002, aboutissant à cette histoire en 6 épisodes, avant de repartir à nouveau fâché. Le lecteur appréciant les œuvres de Jim Starlin est aux anges, car le créateur est dans une grande forme. Il s'agit donc de la phase suivante dans l'évolution de Thanos qui a définitivement tourné la page de sa volonté de puissance, pour passer à autre chose. Il est mû à la fois par une volonté de faire amende honorable (pas facile quand on se rappelle le nombre d'individus qu'il a occis) et d'augmenter ses connaissances. Dans le premier épisode, Thanos évoque son histoire personnelle, dans le deuxième c'est au tour d'Adam Warlock, et dans le troisième Galactus se souvient de la sienne. Bien sûr il s'agit d'une obligation narrative que de présenter les personnages aux nouveaux lecteurs. Mais même pour les lecteurs plus anciens c'est une source de plaisir étonnante de voir l'aisance et l'élégance avec laquelle Jim Starlin lie les mythologies de ces 3 personnages pour qu'elles fusionnent en un tout harmonieux qui fait sens. Il a l'art et la manière de mettre en valeur ces personnages, en mettant à profit la riche histoire de l'univers partagé Marvel (alors qu'il n'a créé ni Adam Warlock, ni Galactus). À la rigueur le lecteur peut tiquer devant les modalités narratives utilisées : les personnages se parlent à eux-mêmes ou soliloquent à voix haute pour évoquer leur histoire. Le lecteur n'est pas dupe des modalités artificielles de cette exposition, mais elles restent didactiques, synthétiques et éclairantes. Dès le début, le lecteur se doute bien que l'enjeu du récit ne se limitera pas à voir Thanos tenter la voie de l'humilité, en demandant pardon. Effectivement, dès le deuxième épisode, Galactus intervient, établissant que l'enjeu est au minimum du niveau de la survie de quelques planètes. Sans grande surprise, il apparaît dès le deuxième épisode, qu'en fait l'enjeu est celui de la survie de notre réalité car il y a une autre menace tapie dans l'ombre. Starlin s'amuse un peu quant à son apparition, car ses premières manifestations sont des carrés noirs superposés à une case de temps en temps. Il jouera encore avec le lecteur quand cette entité s'adresse directement à lui en brisant le quatrième mur. Le lecteur sent bien que Starlin s'amuse, et se montre facétieux, sans pour autant obérer l'intensité dramatique de la narration. Du début à la fin, le lecteur se régale de voir le scénariste jouer avec ses personnages et avec les attentes du lecteur, tout en respectant la thématique principale de Thanos. Pour commencer, la menace à l'échelle de toute la réalité est bien présente, et c'est une nouvelle, comme si Starlin en avait une réserve inépuisable à sa disposition. Ensuite ses personnages préférés sont bien présents : Thanos, Adam Warlock Pip le troll, et même un autre membre de l'Infinity Watch pour une courte séquence. Certes Pip sert à nouveau de bouffon à l'humour bien lourd (et pas très drôle), mais cette fois-ci Thanos y ajoute une couche de sarcasmes bien secs qui révèlent une saveur inattendue chez Pip. Oui, il y a bien une baston homérique entre Galactus et Thanos, à grands coups de poing et de décharges d'énergie, mais là encore avec un sens inattendu qui la rend moins primaire. Et bien sûr, Thanos reste un stratège pour lequel il convient de créer une catégorie à part entière. Le lecteur apprécie de pouvoir anticiper certains de ses coups, et de se faire surprendre par les 2 ou 3 suivants qu'il n'avait pas vu venir. La narration est rendue encore plus savoureuse par une forme d'humilité moqueuse que Thanos pratique sur sa propre personne, loin de toute autocritique, encore plus loin de toute humiliation. Jim Starlin tient la distance pour les dessins des 6 épisodes, sans signe de fatigue. De la même manière qu'il dispose d'une verve manifeste pour l'intrigue et les soliloques, il s'est investi dans les dessins. Là aussi le lecteur retrouve les spécificités attendues : le corps massif de Thanos, son visage de pierre peu expressif, ses décharges d'énergie balancées par les poings, ou au niveau des yeux. Galactus est régalien dans sa stature. D'un point de vue visuel, Starlin s'amuse également à jouer sur sa taille (ou plutôt sur celle de Thanos qui se met à sa hauteur), et il ose lui ôter son casque, le faisant descendre ainsi de son piédestal. Pip le troll est toujours aussi ridicule avec son gilet à poche et sa trogne peu avenante. Adam Warlock a conservé sa drôle de coupe de cheveux de Infinity Abyss, ainsi que son costume toujours un peu ténébreux, rehaussé de rouge et d'or. Le temps d'une page, Starlin le redessine même avec son costume d'origine, comme au bon vieux temps (au début de l'épisode 2 pour l'évocation de ses origines). Ainsi le vieux lecteur a droit à ses moments de nostalgie, sans qu'ils n'en deviennent un prétexte. Le dessinateur a conçu une apparence des plus simples pour la nouvelle entité dévorante, et très efficace. Il joue donc avec quelques petits rectangles noirs pour signifier sa présence, pas encore matérialisée dans la dimension 616 de l'univers Marvel. Lorsque les décors sont représentés, ils sont dessinés avec minutie, et Al Milgrom s'est appliqué pour réaliser un encrage tout aussi minutieux. Lorsqu'ils ne sont pas représentés, c'est que la scène se déroule soit dans l'espace, soit sur le plan astral. Contrairement à ses œuvres pour des éditeurs indépendants de la même époque, Starlin bénéficie du travail d'une coloriste professionnelle, aidée par le studio Heroic Age disposant d'une bonne maitrise de l'outil infographique. Ainsi les cieux étoilés sont rehaussés de camaïeux transcrivant les effets de lumière, la dimension psychique présente un fond psychédélique élaboré. Lorsque Galactus met son appareil en fonctionnement, les dessins et les effets infographiques s'amalgament et se complètent pour des effets hypnotisants, peut-être un peu kitchs pour les couleurs, mais transcrivant bien le concept. Lorsque vient le moment pour Thanos d'affronter Galactus sur le plan psychique, Starlin sort un effet visuel qu'il a déjà employé, mais reconditionné pour cette série, toujours aussi efficace. Quand vient le moment pour Thanos d'affronter Galactus sur le plan physique, Starlin met en scène deux titans et des décharges d'énergie gigantesques (qui suffiraient à alimenter New York pendant une année) attestant de la taille et de la puissance de ces 2 adversaires. Ce n'est pas massif et primordial comme du Jack Kirby, mais c'est tout aussi puissant. Ce n'est pas aussi élancé que du Neal Adams, mais c'est tout aussi cinétique. En ouvrant ce tome, le lecteur ne sait pas trop à quoi s'attendre. Il a conscience que les plans de Jim Starlin pour la série ont été coupés courts au terme de la première histoire (la suite étant écrite par Keith Giffen). Il éprouve un grand plaisir à découvrir un auteur pleinement investi, avec un humour plus détendu et plus efficace que d'habitude. Les dessins n'ont rien perdu de leur majesté, les mises en page s'adaptent à chaque séquence. Thanos est parfait de bout en bout, stratège dominant la bataille, avec quand même de réelles mises en difficultés. L'enjeu est à l'échelle de la réalité 616, et Adam Warlock se retrouve dans une position inédite qui permet à Thanos de tenir le premier rôle (normal, car c'est sa série). 5 étoiles. - - Thanos: Samaritan : épisodes 7 à 12, initialement parus en 2004, écrits par Keith Giffen, dessinés par Ron Lim, encrés par Al Milgrom, et mis en couleurs par Chrisie Scheele et Krista Ward. Par la suite, Keith Giffen donnera un rôle secondaire à Thanos dans Annihilation. Sur une planète isolée (très loin dans l'univers), Thanos arrive à pied dans une ville paumée appelée Frontline, et se rend dans le bureau de la société Omega Core. Les 3 employés présents (Cole, Swad et Kika) réagissent immédiatement en déchargeant leurs armes de service sur lui. Une fois les esprits apaisés, Cole comprend qu'il n'a d'autre choix que d'accepter la requête de Thanos : lui permettre de se rendre sur Kyln. Kyln est constitué d'un ensemble de satellites artificiels reliés entre eux, servant à capter l'énergie d'une singularité spatiale appelée The Crunch, servant également de prison pour les criminels dangereux (obligés de travailler pour capter ladite énergie), et plus récemment de lieu de pèlerinage pour une religion obscure. Sur place, Thanos rencontre un avatar de la Mort, Gladiator (Kallark, de la Garde Impériale), Peter Quill (qui n'est plus Star-Lord) et une manifestation particulière du Beyonder. Pour les fans de Jim Starlin, la nouvelle est dure : le créateur de Thanos est parti faire d'autres choses, et il a abandonné sa créature dans les mains d'un autre scénariste. Non seulement, ce ne sera pas du Starlin (oui, il y a des puristes), mais en plus les précédentes occurrences où ce personnage a été pris en main par quelqu'un d'autre l'ont invariablement ramené au statut de supercriminel basique, juste un peu plus puissant que la moyenne, et juste un peu plus cosmique. Cependant Keith Giffen (au départ un dessinateur) dispose déjà en 2004 d'une longue expérience de scénariste sortant des sentiers battus, qu'il s'agisse de son travail avec Paul Levitz sur la Légion des SuperHéros (par exemple The great darkness saga), sur une itération que l'on dit pudiquement différente de la Justice League (Justice League International, avec John-Marc DeMatteis), ou encore tout un tas de miniséries plus inventives les unes que les autres comme Lobo: Portrait of a bastich, The Heckler, Ambush Bug, etc. Dès le départ, Keith Giffen choisit de ramener Thanos à une dimension plus terre à terre : il est à pied, il a besoin de l'aide d'un être humain (Cole) pour accéder à Kyln, il intègre un groupe de touristes devant The Crunch, il est accompagné par une sorte de petite fée (appelée Skreet) à la langue bien pendue. Effectivement il dispose d'une puissance supérieure quasiment à tout le monde, et il est le personnage central d'une aventure cosmique. Par contre Keith Giffen abandonne le thème sous-jacent de la quête de l'amélioration personnelle, d'ailleurs le lecteur a bien du mal à cerner les motivations de Thanos pour aller voir The Crunch qu'il surnomme la cascade de la Genèse. Il se soumet à la nécessité d'évoquer la personnification de la Mort qui fait une courte apparition. De fait Keith Giffen développe son récit sur d'autres axes. Dans un premier temps, il pioche dans la mythologie de l'univers partagé Marvel pour nourrir son intrigue. Le lecteur doit disposer d'une connaissance exhaustive des Beyonders (bien au-delà des premières Secret Wars de Jim Shooter) pour espérer comprendre quoi que ce soit à cette histoire de Maker qui est une forme d'incarnation de Beyonder. Il lui est plus facile de reconnaître Gladiator de La Garde Impériale des Shi'ar. À l'issue de cette première partie, le lecteur reste dubitatif quant aux motivations de Thanos, ou à l'aide de Peter Quill. Il est plus intéressé par Skreet, un étrange personnage qualifié de mite du chaos, étant déjà apparue dans un épisode de Marvel Comics Presents numéro 172 de janvier 1995. Une petite recherche lui permet d'avoir la confirmation de ce qu'il subodorait : ce personnage a été créé par Keith Giffen (on n'est jamais mieux servi que par soi-même). Les épisodes 11 & 12 se placent dans la continuité de la première partie, quand Thanos s'enquiert de savoir quel était l'autre prisonnier détenu dans une cellule d'aussi haute sécurité que Maker. Le scénariste fait preuve d'une bonne connaissance de l'univers partagé Marvel, en allant farfouiller du côté de Galactus pour y trouver une source de développement. Son imagination débridée lui permet de trouver des degrés de liberté dans cette mythologie, sans contredire des éléments passés, sans nécessité que le lecteur ait acquis un savoir encyclopédique en la matière pour apprécier l'aventure. Cette deuxième partie confirme également que Giffen ne souhaite pas faire du sous-Starlin. Il évoque une conséquence de la rencontre entre Thanos et Galactus dans les épisodes 1 à 6, mais Adam Warlock n'est pas de retour et la Mort ne revient pas. Au fil des pages, le lecteur ressent une étrange impression. Certes Thanos est bien le personnage central du récit, il est également le plus fort, et il fait preuve à une ou deux reprises de ses talents de stratège. Il ne fonce pas dans le tas avant de savoir ce qui se passe (pas comme le premier superhéros venu). Il planifie ses actions avec un ou deux coups d'avance. Néanmoins il a abandonné sa combinaison violette habituelle, et il évolue au milieu de nombreux autres personnages. Skreet (la mite du chaos) lui donne la réplique, permettant au scénarise d'exposer ainsi des informations et des intentions ou des jugements de valeur. Il y a une forme d'humour sarcastique qui s'installe entre eux, rendant Thanos un peu plus accessible que précédemment. Il y a donc les pensionnaires de Kyln, Gladatior et Peter Quill qui disposent d'un temps d'exposition confortable. Giffen en profite aussi pour faire apparaître Oracle, une autre membre de la Garde Impériale Shi'ar. Enfin le lecteur éprouve l'impression que Giffen accorde beaucoup de temps au trio d'Omega Core (Cole, Swad et Kika) comme s'il les destinait à devenir des personnages récurrents. Le nouveau dessinateur est Ron Lim, un artiste qui a souvent travaillé avec Jim Starlin, à commencer par la trilogie Infinity : The Infinity Gautlet,The Infinity War et The Infinity Crusade. Il dessine un Thanos massif à souhait, avec un visage de pierre peu expressif comme il est d'usage. Il lui a conçu une tenue de pèlerin (à défaut de samaritain) qui mélange une grande étoffe pour la discrétion, avec des éléments plus fonctionnels comme les gants ou les lourdes bottes, sans qu'ils n'en deviennent ostentatoires. Le personnage conserve bien sa présence physique imposante, son sérieux, sa sévérité, son cou de taureau et son nez minuscule. Il semble un peu moins maniaque et psychorigide que quand il est dessiné par Starlin. Dès la première page, les spécificités de l'approche graphique de Ron Lim sont apparentes. Il ne s'attache pas à dessiner des contours de forme propres sur eux, avec des courbes délicates pour les rendre plus agréables à l'œil. Il préfère des traits de contour un peu plus grossiers, pour leur conserver une sorte de spontanéité. Le résultat n'atteint qu'à moitié son objectif car effectivement les contours apparaissent un peu heurtés, avec des angles disgracieux, mais Lim et Milgrom rajoutent de nombreux traits aussi bien épais que très fins à l'intérieur des surfaces leur donnant un aspect chargé qui va à l'encontre de la volonté de spontanéité. De fait, la narration visuelle raconte très bien le récit, sans problématique de lisibilité ou de compréhension. Ron Lim intègre un bon niveau de détails que ce soit pour les arrière-plans (permettant de donner du caractère à chaque endroit), pour les accessoires (armes ou accessoires à bord du vaisseau de Galactus), ou pour l'apparence des personnages, tous facilement reconnaissables. Sa façon de dessiner repose sur un degré de simplification qui lui permet de dessiner Skreet nue comme un ver pendant 2 épisodes, sans que cela ne soit indécent, encore moins vulgaire. Le lecteur éprouve donc l'impression que l'artiste s'adresse à de jeunes adolescents plus qu'à des adultes, ses dessins ne sont pas là pour faire apparaître des éléments supplémentaires, mais juste pour donner corps au scénario. Cela se remarque par exemple dans les expressions des visages, dessinées à la va-vite, sans nuance. Keith Giffen et Ron Lim ont l'intelligence de ne pas essayer de faire du Jim Starlin. Ils respectent les principales caractéristiques du personnage et l'extraient de la mythologie spécifique à Starlin, pour le placer dans une autre bien enracinée dans l'univers partagé Marvel. Ils conservent la dimension cosmique, tout en inventant de nouveaux concepts. À ce titre la prison Kyln connecté à la cascade de la Genèse (The Crunch) en impose à la fois par son originalité et par sa représentation massive. Ils racontent une histoire dont Thanos est bien la figure centrale, intégrant de nombreux autres personnages dont certains (par exemple Cole) disposent d'un temps d'exposition qui semble disproportionné par rapport à leur importance dans l'intrigue. Cela donne à la fois une aventure qui en impose par son ampleur et son inventivité, et aussi une sensation de prologue à ce qui vient par la suite (à savoir Annihilation). 4 étoiles.