Dans cette adaptation d'un roman d'Eugène Sue, on suit l'ascension puis la destinée d'un marin sans scrupules qui, après avoir pris le commandement de son navire, embrasse une vie de piraterie sous le signe de la violence et de la cupidité, au mépris d'une prophétie annonçant sa mort prochaine.
Sur la forme, il y a peu de choses à reprocher à l'album. Le dessin d'Alessandro Corbettini est de qualité, avec de belles compositions, des navires impressionnants et une ambiance maritime réussie. Le choix du noir et blanc, réalisé à l'encre, confère à l'ensemble une belle élégance graphique et une identité visuelle affirmée. En revanche, j'ai parfois trouvé que ce parti pris accentuait encore davantage une atmosphère déjà très sombre. L'ensemble est constamment baigné dans une noirceur qui finit par alourdir le récit plus qu'elle ne le sert.
Quoi qu'il en soit, c'est davantage sur le fond que je suis resté à distance. Je n'ai pas réussi à me passionner pour Kernok ni pour son parcours. Le personnage est volontairement brutal, cynique et peu attachant, mais je ne lui ai pas trouvé suffisamment d'épaisseur pour m'investir émotionnellement dans son destin. Quant à l'intrigue, elle suit son cours sans véritable surprise et ne m'a jamais vraiment captivé.
La narration, assez abondante, renforce d'ailleurs cette impression. On sent que l'adaptation reste proche du roman d'origine, mais cela se traduit par un récit parfois un peu bavard et pas toujours aussi dynamique qu'on pourrait l'espérer pour une histoire de pirates.
Je retiens surtout la qualité du travail graphique et l'ambiance qui s'en dégage. Sur ce plan, l'album est incontestablement réussi. En revanche, ni l'histoire ni son personnage principal ne sont parvenus à susciter chez moi un véritable intérêt, ce qui fait que cette lecture, malgré ses qualités formelles, ne m'aura pas particulièrement marqué.
Trois personnages m'intéressent : le de droite Albert, et les deux de gauche, l'un un peu idéaliste gnian-gnian comme Albert, l'autre plus déplaisant. J'aime bien la scène où les deux idéalistes opposés invoquent je ne sais plus quelle statue républicaine dans la rue. Chacun pense porter la vraie croix, pardon, être le vrai dépositaire des valeurs de la République. Emouvant mais un peu comique : dans la bd la République n'est pas en danger, ce sont en vérité les illuminés des deux camps qui pourraient la mettre en danger, d'ailleurs… Mais tous souffrent : Albert des humiliations du quotidien, d'attente qu'un changement politique ne le transcende, du gentil gauchiste on ne sait pas la vie, mais en tout cas la frustration de faire en partie pour de l'argent ce qui devrait s'accomplir par idéal. L'autre porte un regard noir sur la vie que je pense assez lucide mais dont il se sert pour agresser tout le monde en déstabilisant les autres. Oui, en donnant la vie à des enfants, on leur donne aussi la mort… Malgré ce fond de sauce assez âpre et je ne sais plus trop quelle enquête policière, on lit tout ça en souriant grâce à l'aspect comique dont j'ai parlé et aux dessins assez ronds, tendres, sans oublier les couleurs assez douces.
La ballade de Johnny est la première série d'Eric Puech publiée chez Comics USA. Puech était encore seul aux manettes, il s'adjoindra parfois les services de scénaristes par la suite pour se concentrer sur le dessin.
On retrouve un schéma narratif récurrent , c'est à dire les derniers instants d'une cavale au pays du hamburger avec une fin rythmée par le bruit des balles.
On retrouve aussi l'esthétique pulp très identifiable chez Puech, avec cette obsession des belles voitures et des armes à feu.
Une bande sans prétention aucune qui fait le boulot.
Un autre polar japonais avec les qualités et les défauts que l'on retrouve souvent dans ce type de manga.
Parmi les qualités, il y a l'idée de départ qui est bien trouvée : un gamin qui vit avec sa petite sœur et qui a une mère qui les laisse souvent sans surveillances plusieurs jours de suites à échanger de corps avec un criminel qui a aucun problème pour tuer et qui est recherché à la fois par la police et d'anciens complices. Comment va-t-il se sortir de cette situation et va-t-il être capable de sauver sa petite sœur qui vit maintenant avec un dangereux psychopathe ?
L'intrigue est pas mal, mais malheureusement on tombe aussi dans les travers des polars à la japonaise. J'ai rien contre un scénario qui contient une ou deux grosses coïncidences, mais plus on avançait dans les tomes et plus je trouvais qu'il y en avait un peu trop. On tombe aussi dans des facilités scénaristiques et encore une fois plus on avance dans le scénario, plus je trouvais que ça devenait un peu trop gros la manière dont le héros réussit à toujours se sortir du pétrin. J'ai trouvé passionnant les trois premiers tomes et j'ai un peu décroché avec les deux derniers tomes qui tombent parfois dans le n'importe quoi.
Au final, ça se laisse lire, mais je suis un peu déçu de la tournure qu'a pris un scénario qui m'avais bien accroché au début. Quant au dessin, c'est typiquement le genre de style qu'on trouve dans ce genre de seinen et c'est correct.
Fernández a déjà vingt ans de carrière derrière lui lorsqu’il réalise cette adaptation en couleurs du roman de Bram Stoker pour la version espagnole du magazine Creepy.
Son récit respecte scrupuleusement l'œuvre originale, là où le Dracula (Bess) de Georges Bess me semble moderniser excessivement les dialogues.
Graphiquement, l'album impressionne par une technique maîtresse de la peinture à l'huile et un découpage de qualité qui évite de tomber dans un académisme trop classique. De nombreuses images restent profondément marquantes : la première apparition du cocher, la découverte du château, le navire du comte fendant une mer déchaînée vers l'Angleterre, les attaques du comte sur Lucy, la purification de cette dernière par Van Helsing... Chacun de ces passages clés a fait l'objet d'un soin minutieux.
Mais la grande force de cette œuvre est aussi sa faiblesse : par moments, le récit peut donner une impression statique. Et puis il manque le charisme de Peter Cushing pour interpréter Van Helsing...
J'avais trouvé le Dracula de Bess soporifique et trop consensuel, et j'ai retrouvé dans cette superbe version la noirceur et l'ambiance gothique du mythe originel.
A l’heure où montent les intolérances, où le racisme s’exprime de manière de plus en plus décomplexée, il est bon de voir publié ce type d’ouvrage. Le co-auteur Feurat Alani a eu un parcours exemplaire. Lui qui a grandi dans ces célèbres tours « Pablo-Picasso » de Nanterre, est parvenu à s’extirper de cette cité dont la réputation s’est dangereusement dégradée au fil des crises successives depuis les années 70, comme beaucoup d’autres en France, alors qu’à l’époque elles symbolisaient pour beaucoup les contours d’un futur idyllique.
Feurat Alani, accompagné d’Ulysse Gry au dessin, se sont livrés à un vrai travail de journalistes de terrain , dans un tout autre style que leurs consœurs et confrères qui eux se contentent de produire pour les grands médias des micros-trottoirs dans des quartiers tranquilles, leurs missions les plus risquées étant de se rendre dans les zones inondées ou ravagées par les feux de forêt... Car ici, à Nanterre, c’est un incendie d’une toute autre nature qui s’est propagé dans les banlieues de France et de Navarre, après la mort du jeune Nahel abattu froidement par un policier lors d'un contrôle alors qu’il conduisait une voiture sans permis. C’est la révolte d’une jeunesse qui s’est exprimée, une jeunesse souvent issue de l’immigration par leurs parents ou grands-parents, une jeunesse qui a manqué le fameux ascenseur social.
On appréciera la démarche de Feurat Alani, qui nous aide à comprendre que ces jeunes ne correspondent pas à l’image qu’on essaie de donner d’eux, que les choses ne sont pas si simples et ne se résument pas aux slogans racistes et caricaturaux des partis xénophobes. Ce reportage en immersion nous donne à voir un autre visage de cette banlieue vilipendée par les opportunistes de la politique, cette banlieue que les JT évoquent seulement pour susciter le peur et favoriser l’audimat. Des lieux qui, malgré leur laideur, ont su conserver des valeurs d’entraide et de solidarité permettant à chacun de survivre, où même les clochards ont droit à un regard bienveillant et retrouvent un peu de la dignité qui leur est refusée dans les beaux quartiers. Et on est reconnaissant à Feurat de nous avoir montré cette facette beaucoup moins effrayante que l’image souvent véhiculée à travers les médias « officiels », une perspective différente qui tente de restituer la réalité sans l’enjoliver ni l’accentuer, mais qui donne un peu d’espoir dans un monde de plus en plus déshumanisé par une technologie envahissante et atomisante, voulant que chacun reste chez soi à passer des heures à pianoter sur son clavier. Un miroir qui pourrait bien changer notre regard et nous pousser à une remise en cause. Car dans ces banlieues, il se passe beaucoup de choses, et les gens ont l’air bien vivant, sans doute plus qu'ailleurs.
Le trait d’Ulysse Gry est simple et stylisé, mais surtout il respire l’authenticité. On sent une recherche élaborée dans la mise en page et c’est une belle poésie qu’il nous offre à plusieurs reprises. La page 19 représentant les fameuses tours « Pablo-Picasso » sous la lune est tout à fait remarquable. Ces tours semblent vivantes sous le crayon de Gry, évoquant les célèbres moais de l’île de Pâques. Cette patte poétique semble transcender le délabrement et la violence visuelle des lieux, bref, elle contribue à apaiser la cité pour permettre d'entrevoir l’espoir.
Cette BD est à découvrir absolument, parce qu’elle fait office de porte-voix à des populations qu’on n'entend guère habituellement, des populations souvent anonymisées, déshumanisées, et par ricochet stigmatisées, par les forts qui aiment à s’en prendre aux plus fragiles en leur donnant à des fins opportunistes le rôle de bouc émissaires pour tous les problèmes socio-économiques. Feurat Alani, « l’enfant du pays », l’a fait à sa façon, modestement, mais le message est bien passé. Parce que cette BD parle aussi de transmission entre les générations, l’essentiel étant ne pas oublier qu’il y a encore une cinquantaine d’années, à Nanterre, à la place de ces tours aujourd’hui si mal en point, se trouvait le plus grand bidonville de l'Hexagone, où s’entassaient ces immigrés qui ont construit la France d’après-guerre. La République finira bien par comprendre un jour, on l'espère, que les pratiques coloniales, qui se sont perpétuées dans les banlieues jusqu'à aujourd'hui, doivent prendre fin et qu'il faut changer d'ère.
J’ai préféré cette adaptation à celle de L'Île du Docteur Moreau pourtant on y trouve les mêmes qualités et défauts.
Qualités dans la partie graphique, j’ai même préféré le travail que propose Mathieu Moreau. Très sympa à parcourir, propre et efficace, on sent le soin.
Niveau récit, c’est tout aussi « moisi », on sent le poids des âges sur l’histoire. On ne s’embête pas de psychologie, ça va vite et il y a un côté un peu naïf ou niais qui ressort. Reste que j’aime bien les histoires temporelles et que j’ai pas envie d’être trop regardant dans le cas présent, en plus le petit twist me plaît bien.
Sympa et bien réalisé.
Cette bande dessinée documentaire sur Géronimo, le célèbre chef de guerre apache, est une véritable réussite. Malgré ses 400 pages, le récit est si bien rythmé qu'on ne voit pas le temps passer. L'histoire s'articule autour du colonel Stephen Melvil Barrett, venu recueillir les mémoires de Géronimo à la prison de Fort Hill. Ces confidences donnent lieu à des flashbacks captivants, entrecoupés de moments d'échange plus légers, voire drôles, entre les deux hommes.
Tout comme Ro, j'ai particulièrement apprécié l'impartialité du scénario, qui évite le piège du cliché manichéen opposant les "méchants colons" aux "gentils indiens". L'album est d'ailleurs très instructif, notamment sur les relations commerciales qui persistaient entre Blancs, Mexicains et Amérindiens au milieu des conflits.
Côté graphisme, même si le style n'est pas mon préféré, le dessin reste efficace et les visages sont bien identifiables. Enfin, l'intégration de photos d'époque est une excellente idée qui renforce l'immersion historique.
Une œuvre à lire.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 9/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6/10
NOTE GLOBALE : 15/20
Je connaissais l’histoire grâce au film des 90s avec Val Kilmer et Brando … et j’avoue que ça ne m’avait pas laissé un grand souvenir.
La BD suivra le même chemin, vite lu vite oublié.
La partie graphique n’est pas en cause, elle s’avère même plutôt agréable. Couleurs, trait et cadrages m’ont plutôt interpellé positivement, du bon travail.
C’est vraiment l'histoire qui pèche. Je ne dis pas à l’époque de sa sortie mais aujourd’hui je trouve que ça sent bien le moisi. Le sujet a été depuis, vue maintes fois et de façon mieux approfondi. Je trouve que l’on reste trop en surface ici, ça va vite on ne s’attarde pas et donc ne s’attache pas aux personnages.
Le message perd bien en force du coup, dommage.
Je suis un peu dur en ne mettant que 2*, ça reste une adaptation honnête d’un récit un peu ampoulé avec le temps. Pour les curieux de découvrir l’origine (?) du mythe du savant fou jouant avec la génétique, figure que l’on retrouvera dans de nombreuses œuvres par la suite.
Dans un royaume imaginaire d'Asie centrale, le prince Baratine et son bouffon Molgaga vivent une succession de petites aventures humoristiques reposant sur leurs échanges, leurs maladresses et diverses situations burlesques.
Je ne dirais pas que c'est une mauvaise série, mais je pense surtout que je ne l'ai pas découverte au bon moment. Je l'aurais sans doute davantage appréciée si je l'avais lue enfant dans les années 1960 ou 1970. Aujourd'hui, en la découvrant avec un regard d'adulte et sans le facteur nostalgie, j'ai eu plus de mal à entrer dans cet univers.
On sent qu'il s'agit d'une bande dessinée jeunesse marquée par son époque. Elle m'a fait penser à un mélange entre Le Magicien et Dicentim le petit franc, avec ce côté conte humoristique un peu naïf. L'ensemble est sympathique, les personnages sont attachants et certaines situations prêtent à sourire, mais le rythme est assez mou et la narration trop bavarde à mon goût. Les dialogues prennent souvent le pas sur l'action et donnent une impression de lenteur qui finit par faire retomber l'intérêt.
Le dessin de Claire Bretécher est déjà reconnaissable et fonctionne correctement dans ce registre, même si son un style ne m'a jamais tellement plu.
Ce n'est pas une mauvaise lecture, simplement une œuvre qui me paraît avoir davantage de valeur pour ceux qui auraient pu la connaitre dans leur enfance que pour un lecteur adulte comme moi qui la découvre aujourd'hui.
Note : 2,5/5
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Kernok le pirate
Dans cette adaptation d'un roman d'Eugène Sue, on suit l'ascension puis la destinée d'un marin sans scrupules qui, après avoir pris le commandement de son navire, embrasse une vie de piraterie sous le signe de la violence et de la cupidité, au mépris d'une prophétie annonçant sa mort prochaine. Sur la forme, il y a peu de choses à reprocher à l'album. Le dessin d'Alessandro Corbettini est de qualité, avec de belles compositions, des navires impressionnants et une ambiance maritime réussie. Le choix du noir et blanc, réalisé à l'encre, confère à l'ensemble une belle élégance graphique et une identité visuelle affirmée. En revanche, j'ai parfois trouvé que ce parti pris accentuait encore davantage une atmosphère déjà très sombre. L'ensemble est constamment baigné dans une noirceur qui finit par alourdir le récit plus qu'elle ne le sert. Quoi qu'il en soit, c'est davantage sur le fond que je suis resté à distance. Je n'ai pas réussi à me passionner pour Kernok ni pour son parcours. Le personnage est volontairement brutal, cynique et peu attachant, mais je ne lui ai pas trouvé suffisamment d'épaisseur pour m'investir émotionnellement dans son destin. Quant à l'intrigue, elle suit son cours sans véritable surprise et ne m'a jamais vraiment captivé. La narration, assez abondante, renforce d'ailleurs cette impression. On sent que l'adaptation reste proche du roman d'origine, mais cela se traduit par un récit parfois un peu bavard et pas toujours aussi dynamique qu'on pourrait l'espérer pour une histoire de pirates. Je retiens surtout la qualité du travail graphique et l'ambiance qui s'en dégage. Sur ce plan, l'album est incontestablement réussi. En revanche, ni l'histoire ni son personnage principal ne sont parvenus à susciter chez moi un véritable intérêt, ce qui fait que cette lecture, malgré ses qualités formelles, ne m'aura pas particulièrement marqué.
La Gloire d'Albert
Trois personnages m'intéressent : le de droite Albert, et les deux de gauche, l'un un peu idéaliste gnian-gnian comme Albert, l'autre plus déplaisant. J'aime bien la scène où les deux idéalistes opposés invoquent je ne sais plus quelle statue républicaine dans la rue. Chacun pense porter la vraie croix, pardon, être le vrai dépositaire des valeurs de la République. Emouvant mais un peu comique : dans la bd la République n'est pas en danger, ce sont en vérité les illuminés des deux camps qui pourraient la mettre en danger, d'ailleurs… Mais tous souffrent : Albert des humiliations du quotidien, d'attente qu'un changement politique ne le transcende, du gentil gauchiste on ne sait pas la vie, mais en tout cas la frustration de faire en partie pour de l'argent ce qui devrait s'accomplir par idéal. L'autre porte un regard noir sur la vie que je pense assez lucide mais dont il se sert pour agresser tout le monde en déstabilisant les autres. Oui, en donnant la vie à des enfants, on leur donne aussi la mort… Malgré ce fond de sauce assez âpre et je ne sais plus trop quelle enquête policière, on lit tout ça en souriant grâce à l'aspect comique dont j'ai parlé et aux dessins assez ronds, tendres, sans oublier les couleurs assez douces.
La Ballade de Johnny
La ballade de Johnny est la première série d'Eric Puech publiée chez Comics USA. Puech était encore seul aux manettes, il s'adjoindra parfois les services de scénaristes par la suite pour se concentrer sur le dessin. On retrouve un schéma narratif récurrent , c'est à dire les derniers instants d'une cavale au pays du hamburger avec une fin rythmée par le bruit des balles. On retrouve aussi l'esthétique pulp très identifiable chez Puech, avec cette obsession des belles voitures et des armes à feu. Une bande sans prétention aucune qui fait le boulot.
Reflection
Un autre polar japonais avec les qualités et les défauts que l'on retrouve souvent dans ce type de manga. Parmi les qualités, il y a l'idée de départ qui est bien trouvée : un gamin qui vit avec sa petite sœur et qui a une mère qui les laisse souvent sans surveillances plusieurs jours de suites à échanger de corps avec un criminel qui a aucun problème pour tuer et qui est recherché à la fois par la police et d'anciens complices. Comment va-t-il se sortir de cette situation et va-t-il être capable de sauver sa petite sœur qui vit maintenant avec un dangereux psychopathe ? L'intrigue est pas mal, mais malheureusement on tombe aussi dans les travers des polars à la japonaise. J'ai rien contre un scénario qui contient une ou deux grosses coïncidences, mais plus on avançait dans les tomes et plus je trouvais qu'il y en avait un peu trop. On tombe aussi dans des facilités scénaristiques et encore une fois plus on avance dans le scénario, plus je trouvais que ça devenait un peu trop gros la manière dont le héros réussit à toujours se sortir du pétrin. J'ai trouvé passionnant les trois premiers tomes et j'ai un peu décroché avec les deux derniers tomes qui tombent parfois dans le n'importe quoi. Au final, ça se laisse lire, mais je suis un peu déçu de la tournure qu'a pris un scénario qui m'avais bien accroché au début. Quant au dessin, c'est typiquement le genre de style qu'on trouve dans ce genre de seinen et c'est correct.
Dracula (Fernandez)
Fernández a déjà vingt ans de carrière derrière lui lorsqu’il réalise cette adaptation en couleurs du roman de Bram Stoker pour la version espagnole du magazine Creepy. Son récit respecte scrupuleusement l'œuvre originale, là où le Dracula (Bess) de Georges Bess me semble moderniser excessivement les dialogues. Graphiquement, l'album impressionne par une technique maîtresse de la peinture à l'huile et un découpage de qualité qui évite de tomber dans un académisme trop classique. De nombreuses images restent profondément marquantes : la première apparition du cocher, la découverte du château, le navire du comte fendant une mer déchaînée vers l'Angleterre, les attaques du comte sur Lucy, la purification de cette dernière par Van Helsing... Chacun de ces passages clés a fait l'objet d'un soin minutieux. Mais la grande force de cette œuvre est aussi sa faiblesse : par moments, le récit peut donner une impression statique. Et puis il manque le charisme de Peter Cushing pour interpréter Van Helsing... J'avais trouvé le Dracula de Bess soporifique et trop consensuel, et j'ai retrouvé dans cette superbe version la noirceur et l'ambiance gothique du mythe originel.
Nanterre avant l'orage
A l’heure où montent les intolérances, où le racisme s’exprime de manière de plus en plus décomplexée, il est bon de voir publié ce type d’ouvrage. Le co-auteur Feurat Alani a eu un parcours exemplaire. Lui qui a grandi dans ces célèbres tours « Pablo-Picasso » de Nanterre, est parvenu à s’extirper de cette cité dont la réputation s’est dangereusement dégradée au fil des crises successives depuis les années 70, comme beaucoup d’autres en France, alors qu’à l’époque elles symbolisaient pour beaucoup les contours d’un futur idyllique. Feurat Alani, accompagné d’Ulysse Gry au dessin, se sont livrés à un vrai travail de journalistes de terrain , dans un tout autre style que leurs consœurs et confrères qui eux se contentent de produire pour les grands médias des micros-trottoirs dans des quartiers tranquilles, leurs missions les plus risquées étant de se rendre dans les zones inondées ou ravagées par les feux de forêt... Car ici, à Nanterre, c’est un incendie d’une toute autre nature qui s’est propagé dans les banlieues de France et de Navarre, après la mort du jeune Nahel abattu froidement par un policier lors d'un contrôle alors qu’il conduisait une voiture sans permis. C’est la révolte d’une jeunesse qui s’est exprimée, une jeunesse souvent issue de l’immigration par leurs parents ou grands-parents, une jeunesse qui a manqué le fameux ascenseur social. On appréciera la démarche de Feurat Alani, qui nous aide à comprendre que ces jeunes ne correspondent pas à l’image qu’on essaie de donner d’eux, que les choses ne sont pas si simples et ne se résument pas aux slogans racistes et caricaturaux des partis xénophobes. Ce reportage en immersion nous donne à voir un autre visage de cette banlieue vilipendée par les opportunistes de la politique, cette banlieue que les JT évoquent seulement pour susciter le peur et favoriser l’audimat. Des lieux qui, malgré leur laideur, ont su conserver des valeurs d’entraide et de solidarité permettant à chacun de survivre, où même les clochards ont droit à un regard bienveillant et retrouvent un peu de la dignité qui leur est refusée dans les beaux quartiers. Et on est reconnaissant à Feurat de nous avoir montré cette facette beaucoup moins effrayante que l’image souvent véhiculée à travers les médias « officiels », une perspective différente qui tente de restituer la réalité sans l’enjoliver ni l’accentuer, mais qui donne un peu d’espoir dans un monde de plus en plus déshumanisé par une technologie envahissante et atomisante, voulant que chacun reste chez soi à passer des heures à pianoter sur son clavier. Un miroir qui pourrait bien changer notre regard et nous pousser à une remise en cause. Car dans ces banlieues, il se passe beaucoup de choses, et les gens ont l’air bien vivant, sans doute plus qu'ailleurs. Le trait d’Ulysse Gry est simple et stylisé, mais surtout il respire l’authenticité. On sent une recherche élaborée dans la mise en page et c’est une belle poésie qu’il nous offre à plusieurs reprises. La page 19 représentant les fameuses tours « Pablo-Picasso » sous la lune est tout à fait remarquable. Ces tours semblent vivantes sous le crayon de Gry, évoquant les célèbres moais de l’île de Pâques. Cette patte poétique semble transcender le délabrement et la violence visuelle des lieux, bref, elle contribue à apaiser la cité pour permettre d'entrevoir l’espoir. Cette BD est à découvrir absolument, parce qu’elle fait office de porte-voix à des populations qu’on n'entend guère habituellement, des populations souvent anonymisées, déshumanisées, et par ricochet stigmatisées, par les forts qui aiment à s’en prendre aux plus fragiles en leur donnant à des fins opportunistes le rôle de bouc émissaires pour tous les problèmes socio-économiques. Feurat Alani, « l’enfant du pays », l’a fait à sa façon, modestement, mais le message est bien passé. Parce que cette BD parle aussi de transmission entre les générations, l’essentiel étant ne pas oublier qu’il y a encore une cinquantaine d’années, à Nanterre, à la place de ces tours aujourd’hui si mal en point, se trouvait le plus grand bidonville de l'Hexagone, où s’entassaient ces immigrés qui ont construit la France d’après-guerre. La République finira bien par comprendre un jour, on l'espère, que les pratiques coloniales, qui se sont perpétuées dans les banlieues jusqu'à aujourd'hui, doivent prendre fin et qu'il faut changer d'ère.
La Machine à explorer le Temps (Glénat)
J’ai préféré cette adaptation à celle de L'Île du Docteur Moreau pourtant on y trouve les mêmes qualités et défauts. Qualités dans la partie graphique, j’ai même préféré le travail que propose Mathieu Moreau. Très sympa à parcourir, propre et efficace, on sent le soin. Niveau récit, c’est tout aussi « moisi », on sent le poids des âges sur l’histoire. On ne s’embête pas de psychologie, ça va vite et il y a un côté un peu naïf ou niais qui ressort. Reste que j’aime bien les histoires temporelles et que j’ai pas envie d’être trop regardant dans le cas présent, en plus le petit twist me plaît bien. Sympa et bien réalisé.
Géronimo - Mémoires d'un résistant apache
Cette bande dessinée documentaire sur Géronimo, le célèbre chef de guerre apache, est une véritable réussite. Malgré ses 400 pages, le récit est si bien rythmé qu'on ne voit pas le temps passer. L'histoire s'articule autour du colonel Stephen Melvil Barrett, venu recueillir les mémoires de Géronimo à la prison de Fort Hill. Ces confidences donnent lieu à des flashbacks captivants, entrecoupés de moments d'échange plus légers, voire drôles, entre les deux hommes. Tout comme Ro, j'ai particulièrement apprécié l'impartialité du scénario, qui évite le piège du cliché manichéen opposant les "méchants colons" aux "gentils indiens". L'album est d'ailleurs très instructif, notamment sur les relations commerciales qui persistaient entre Blancs, Mexicains et Amérindiens au milieu des conflits. Côté graphisme, même si le style n'est pas mon préféré, le dessin reste efficace et les visages sont bien identifiables. Enfin, l'intégration de photos d'époque est une excellente idée qui renforce l'immersion historique. Une œuvre à lire. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 9/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6/10 NOTE GLOBALE : 15/20
L'Île du Docteur Moreau
Je connaissais l’histoire grâce au film des 90s avec Val Kilmer et Brando … et j’avoue que ça ne m’avait pas laissé un grand souvenir. La BD suivra le même chemin, vite lu vite oublié. La partie graphique n’est pas en cause, elle s’avère même plutôt agréable. Couleurs, trait et cadrages m’ont plutôt interpellé positivement, du bon travail. C’est vraiment l'histoire qui pèche. Je ne dis pas à l’époque de sa sortie mais aujourd’hui je trouve que ça sent bien le moisi. Le sujet a été depuis, vue maintes fois et de façon mieux approfondi. Je trouve que l’on reste trop en surface ici, ça va vite on ne s’attarde pas et donc ne s’attache pas aux personnages. Le message perd bien en force du coup, dommage. Je suis un peu dur en ne mettant que 2*, ça reste une adaptation honnête d’un récit un peu ampoulé avec le temps. Pour les curieux de découvrir l’origine (?) du mythe du savant fou jouant avec la génétique, figure que l’on retrouvera dans de nombreuses œuvres par la suite.
Baratine et Molgaga
Dans un royaume imaginaire d'Asie centrale, le prince Baratine et son bouffon Molgaga vivent une succession de petites aventures humoristiques reposant sur leurs échanges, leurs maladresses et diverses situations burlesques. Je ne dirais pas que c'est une mauvaise série, mais je pense surtout que je ne l'ai pas découverte au bon moment. Je l'aurais sans doute davantage appréciée si je l'avais lue enfant dans les années 1960 ou 1970. Aujourd'hui, en la découvrant avec un regard d'adulte et sans le facteur nostalgie, j'ai eu plus de mal à entrer dans cet univers. On sent qu'il s'agit d'une bande dessinée jeunesse marquée par son époque. Elle m'a fait penser à un mélange entre Le Magicien et Dicentim le petit franc, avec ce côté conte humoristique un peu naïf. L'ensemble est sympathique, les personnages sont attachants et certaines situations prêtent à sourire, mais le rythme est assez mou et la narration trop bavarde à mon goût. Les dialogues prennent souvent le pas sur l'action et donnent une impression de lenteur qui finit par faire retomber l'intérêt. Le dessin de Claire Bretécher est déjà reconnaissable et fonctionne correctement dans ce registre, même si son un style ne m'a jamais tellement plu. Ce n'est pas une mauvaise lecture, simplement une œuvre qui me paraît avoir davantage de valeur pour ceux qui auraient pu la connaitre dans leur enfance que pour un lecteur adulte comme moi qui la découvre aujourd'hui. Note : 2,5/5