Dans un monde où les Kaijus ont disparus, les sentais perdurent encore. S'iels ne se tatanent plus avec des monstres de 50 mètres de haut iels se contentent aujourd'hui d'enchaîner les missions peu glorieuses et les petits boulots ingrats. L'âge de l'héroïsme n'est plus et les jeunes, de tout âge et de tout temps, sont comme toujours perdu-e-s quant au monde dans lequel iels vont devoir apprendre à vivre.
Sous couvert de héros en perdition on nous parle donc surtout de jeunesse qui ne sait pas où elle va et de la peur de l'incertitude face à l'avenir. On nous parle d'anxiété, du conflit entre nos rêves et la réalité, de l'ambiance étouffante d'un écosystème et d'une société notoirement mourant-e-s, on nous parle surtout de gens paumés. J'aime particulièrement cette représentation de cette période de vie particulièrement angoissante où tous les repères du passé volent en éclat et où l'avenir ne nous semble plus qu'une terrible fatalité, d'autant plus lorsque l'on met en lumière que cette période peut durer très longtemps. Après tout, est-on jamais vraiment en contrôle de notre trajectoire de vie et de la réalisation de nos rêves ?
Au delà du simple sujet de la jeunesse en perdition et des angoisses liées à l'avenir, on note également une critique de la culture capitaliste et un propos sur les différences d'impositions de genre au sein de notre société.
C'est du très bon, le dessin de Singelin est toujours bien travaillé, les décors sont fournis et joliment chaotiques, la colorisation n'appuyant que les couleurs vives des sentais est bien trouvées, les personnages sont attachants et intriguants (et celleux qui sont des têtes à claques et/ou des petits cons finis restent réalistes dans leur exécution et leur dégringolade morale reste prenante à voir), … Bref, une série qui se révèle très bonne.
Hâte de lire le troisième et dernier tome !
(Note réelle 3,5)
Bon, je sens que je vais avoir du mal avec cette collection de one-shot de Lemire. Si j’avais quand même trouvé intéressant l’album « Des milliers de plumes noires », « Le passage » m’a clairement laissé de côté.
Je reconnais au scénario, au dessin et à la colorisation le fait d’avoir installé une ambiance noire, angoissante et intrigante. Mais voilà, je trouve que ça ne va pas au-delà, et ici ça ne me suffit pas.
En effet, je n’ai sans doute pas tout saisi (et j’ai compris peu de choses en fait, ça semble partir dans tous les sens, empiler des idées "horrifiques"), mais c’est très très vite lu (peu de texte et d’intrigue), et je trouve l’ensemble assez creux.
Gros bof me concernant.
J'aime beaucoup Jean-Pierre Dionnet quand il écrit dans des magazines ou présente des films. Le journaliste, le passeur, le passionné est souvent passionnant. Malheureusement, ici il me convainc beaucoup moins. Exterminateur 17 repose sur des thèmes que j'adore: androïdes, guerre, quête d'émancipation... mais le récit peine à leur donner du potentiel.
Le principal problème vient selon moi (mais apparemment pas que, à la lectures des autres avis) de la narration. L'histoire manque de rythme, s'étire souvent et donne l'impression de ne jamais être totalement sûre de ce qu'elle veut raconter. Les idées ne sont pas mauvaises, loin de là, mais elles restent à l'état d'ébauche. J'ai régulièrement eu le sentiment de lire un récit davantage fasciné par son univers que par ses personnages.
Heureusement, il y a Bilal (oui je suis retombé dans ma Bilal-sophie après avoir du rangement et feuilleté des tas des bouquins qui ne demandaient que ça, ça se voit à mes derniers avis). Son dessin est déjà impressionnant et l'influence de Moebius saute évidemment aux yeux, que ce soit dans certains décors, les machines ou cette SF typiquement Métal Hurlant des années 70. Même quand le scénario patine, les planches poussent à continuer la lecture.
Au final reste une grosse impression de lire une œuvre importante (à cette époque, dans le domaine de la SF hexagonale) plus qu'une œuvre réellement réussie. Un laboratoire d'idées intéressant, porté par un Bilal déjà très inspiré, mais qui ne m'a jamais totalement embarqué.
Je pensais surtout trouver une leçon d'histoire sur les dernières secousses de la guerre d'Espagne. En réalité, "Les Phalanges de l'Ordre Noir" est beaucoup plus riche que ça. Christin et Bilal prennent comme point de départ la réapparition d'un groupe franquiste plusieurs décennies après la guerre civile, poussant d'anciens brigadistes internationaux à reprendre du service. Ce qui m'a plu, c'est l'équilibre entre le fond historique et la dimension humaine. Ces anciens combattants ne sont plus les jeunes révolutionnaires d'autrefois. Ils sont âgés, fatigués, parfois dépassés par les événements, mais continuent malgré tout à courir après leurs ennemis d'hier. Il y a quelque chose d'à la fois admirable et un peu ridicule dans cette expédition, et l'album joue constamment sur ce fil. J'y vois une source d'inspiration pour Les Vieux Fourneaux.
On sourit souvent devant cette bande de vieux idéalistes qui s'obstinent à refaire l'Histoire, mais le récit ne se moque jamais vraiment d'eux. Au contraire, il montre avec beaucoup de tendresse ce que deviennent les convictions lorsqu'elles traversent plusieurs décennies. Derrière l'aventure et les rebondissements, c'est aussi une réflexion sur le vieillissement, la fidélité à ses idées et le poids du passé.C'est pourcela que je pense que cet album se savoure pleinement à partir de 40 ans :)
Et puis la manière dont Christin parvient à transmettre un contexte historique et politique assez dense sans jamais donner l'impression de lire un cours magistral, un beau tour de force. Les événements réels enrichissent le récit mais restent toujours au service des personnages. C'est précisément ce mélange qui m'a rendu l'album aussi prenant.
Graphiquement, Bilal est déjà à un niveau remarquable. Ca fourmille de détails et les ambiances mélancoliques collent parfaitement à cette histoire de combattants usés qui refusent de déposer les armes. On comprend alors pourquoi le duo Christin-Bilal a marqué la BD adulte à cette époque.
Bref, une lecture intelligente et humaine, qui réussit à être à la fois une aventure politique, une comédie douce-amère sur une bande de vieux cabossés et une passionnante plongée dans un pan assez méconnu de l'histoire européenne.
Je connais surtout le Bilal des grandes œuvres de SF, parfois fascinantes mais aussi un peu austères ce qui peut bloquer certains lecteurs. Avec Mémoires d'outre-espace, on découvre un auteur beaucoup plus joueur. Ces 8 histoires courtes à la sauce Métal Hurlant misent avant tout sur l'humour noir, l'absurde et la satire, avec des chutes souvent bien trouvées. Tout n'est pas mémorable, forcément, mais l'ensemble est remarquablement homogène. Derrière les extraterrestres, les robots et les explorations spatiales, le côté espiègle d'Enki s'amuse déjà à égratigner le militarisme, le colonialisme et quelques travers bien humains.
J'ai apprécié la simplicité de la proposition: on retrouve les prémices de son univers graphique, mais dans un format léger et très accessible. C'est une de ses facettes que l'on croise moins souvent et qui peut convertir de futurs fans de Bilal.
Ce n'est probablement pas un album indispensable dans sa bibliographie, mais c'est très agréable à lire, pleine d'idées et d'un humour qui a plutôt bien résisté au temps.
3.5
Je m'attendais à une énième déconstruction des contes de fées version "regardez comme tout cela était affreux avant", "non au patriarcat" et tutti quanti. En réalité, Lou Lubie est beaucoup plus maligne que ça. Elle rappelle les origines souvent plus sombres des contes, démonte quelques clichés popularisés par Disney, mais sans jamais tomber dans le procès à charge.
La force de ce livre joliment édité, c'est justement ce recul. L'autrice reconnaît les aspects parfois problématiques de certains récits, tout en expliquant pourquoi ils ont traversé les siècles et continuent de nous parler aujourd'hui. Derrière les versions, les époques et les adaptations, on retrouve des histoires profondément universelles. Le tout est porté par une vulgarisation exemplaire : c'est documenté, drôle, vivant et extrêmement facile à lire. Les plus de 200 pages défilent toutes seules grâce à un ton léger et un dessin simple mais très efficace.
Au final, une BD documentaire aussi instructive que divertissante, qui donne envie de redécouvrir les contes plutôt que de les condamner. Et rien que pour ça, c'est une belle réussite.
Je ne connaissais pas du tout cette miss Greene (seulement un peu plus de choses sur J.P. Morgan), et ne connaissais qu’imparfaitement cette histoire de « passing » (des personnes blanches d’aspect, mais ayant de très lointains ancêtres « noirs », qui se font « passer » pour blanches, alors qu’une simple « goutte » de sang noir vous faisait basculer dans l’opprobre et les discriminations).
C’est le principal attrait de cet album que de nous rendre palpable cet état de fait, mais aussi cette personne, qui a semble-t-il joué un rôle important dans le marché de l’art et de la bibliophilie ancienne durant la première moitié du XXème siècle, dirigeant la collection du milliardaire Morgan, qui lui faisait totalement confiance.
Le dessin fait le travail, et l’album est instructif.
Mais, ceci étant, je n’ai jamais été réellement emballé par cette lecture. Je respecte la force de caractère de Greene, mais je ne me suis pas attaché à elle : trop froide, et aussi trop dans les hautes sphères de la bourgeoisie pour qu’elle m’intéresse vraiment.
De plus, la narration est un peu mollassonne.
Une lecture intéressante, mais pas captivante donc.
La narration est factuelle – et délivre des informations intéressantes – mais elle n'est jamais très emballante. Idem pour le dessin, qui donne un rendu proche de photographies retravaillées souvent, assez froid.
Du coup je ne sais pas si la BD proprement dite apporte quelque chose de plus ou de mieux qu’un bouquin ou un article du Monde diplomatique ?
En tout cas elle a le mérite d’exister, et de toucher un public plus large que les médiums évoqués plus haut.
Car la lecture est intéressante, restituant sur le long terme les relations entre la France et la Syrie, en se focalisant sur la période durant laquelle la famille El Assad (Hafez, puis Bachar) est au pouvoir.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, si les Assad sont restés assez fidèles et droits dans leurs politiques (qui consiste à tout faire pour garder le pouvoir en Syrie, et à le contrôler au Liban), les hommes politiques français ont pas mal louvoyé. Entre le cynisme (ou l’aveuglement ?) de Mitterrand, le copinage de Chirac avec Hariri, l’affairisme et les magouilles de Sarkozy – pour ne citer que les exemples les plus flagrants – la France et sa « politique étrangère » ne sort pas grandi de cette enquête.
Une enquête qui éclaire la plupart des vagues d’attentats ayant frappé la France depuis les années 1980, quasiment toutes liées (à des degrés divers) à la Syrie.
Évidemment les derniers chapitres, rédigés fin 2023-début 2024, sont à réévalué avec la chute d’El Assad et l’évolution de la situation en Syrie, mais aussi avec les guerres entre Israël et tous ses voisins.
Mais pour le reste, malgré une forme un peu austère, c’est un bon travail, complet et étayé (même si les articles du Monde diplomatique que je me rappelle avoir lus sur le sujet ne sont pas cités, une importante bibliographie complète avantageusement l’album en conclusion de celui-ci).
Note réelle 3,5/5.
Oger poursuit sa « collection » d’auteur amoureux du Far West, avec toujours une thématique, ici ce sont les femmes qui sont à l’honneur. Et pas forcément les plus connues (de moi en tout cas). Ainsi, pas de Calamity Jane ou de Cynthia Ann Parker, que l’on aurait pu attendre parmi les femmes évoquées ici.
Le « fil rouge » reliant toutes les histoires est assez artificiel (dans les années 1970, une femme enquête et rencontre une vieille indienne, qui lui raconte les plus ou moins hauts faits de quelques « femmes de l’ouest ».
C’est le prétexte à une douzaine d’histoire présentant autant de femmes.
Thématique oblige j’imagine, Oger s’est entouré quasiment exclusivement de dessinatrice (seul Paul Gastine pour l’intro et la conclusion, et François Boucq pour une histoire, font exception).
Il y a donc moins de « pointures » habituées au western que dans les premiers albums de cette « collection ». Pourquoi pas ?
Mais toutes les dessinatrices ne m’ont pas convaincu (affaires de goût).
Comme tous les projets de ce genre, l’album souffre de l’éclectisme des préposées au dessin (je ne suis a priori pas fan de ce genre de mélange dans un même album). Mais aussi du peu de pages parfois allouées à chaque histoire. Et, probablement que ça joue aussi, Oger doit commencer à manquer d’inspiration. En tout cas si l’album se laisse lire, il ne m’a clairement pas enthousiasmé.
Mais je lui reconnais néanmoins un grand mérite, à savoir de mettre sur le devant des femmes, souvent occultées dans l’Histoire, particulièrement celle du « Far West ». Celle aussi de rappeler en fin d’album le scandale de la stérilisation forcée de dizaines de milliers de femmes amérindiennes (et ce jusqu’à il n’y a pas si longtemps).
Histoires courtes d’humour coquin. Elles pourraient tout aussi bien être classées dans le genre érotique, je pense. J’apprécie beaucoup le trait de Alfonso Font, élégant et bien défini. J’ai lu l’édition Himalaya, avec les couleurs originales et sans l'épisode ajouté dans l’édition Tabou. Toujours avec des bimbos aux formes généreuses et provocantes, les hommes font ici une triste figure, y compris le lamentable Tarzan. À mon avis, les intrigues sont trop prévisibles et j’ai eu du mal à esquisser un sourire.
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Shin Zero
Dans un monde où les Kaijus ont disparus, les sentais perdurent encore. S'iels ne se tatanent plus avec des monstres de 50 mètres de haut iels se contentent aujourd'hui d'enchaîner les missions peu glorieuses et les petits boulots ingrats. L'âge de l'héroïsme n'est plus et les jeunes, de tout âge et de tout temps, sont comme toujours perdu-e-s quant au monde dans lequel iels vont devoir apprendre à vivre. Sous couvert de héros en perdition on nous parle donc surtout de jeunesse qui ne sait pas où elle va et de la peur de l'incertitude face à l'avenir. On nous parle d'anxiété, du conflit entre nos rêves et la réalité, de l'ambiance étouffante d'un écosystème et d'une société notoirement mourant-e-s, on nous parle surtout de gens paumés. J'aime particulièrement cette représentation de cette période de vie particulièrement angoissante où tous les repères du passé volent en éclat et où l'avenir ne nous semble plus qu'une terrible fatalité, d'autant plus lorsque l'on met en lumière que cette période peut durer très longtemps. Après tout, est-on jamais vraiment en contrôle de notre trajectoire de vie et de la réalisation de nos rêves ? Au delà du simple sujet de la jeunesse en perdition et des angoisses liées à l'avenir, on note également une critique de la culture capitaliste et un propos sur les différences d'impositions de genre au sein de notre société. C'est du très bon, le dessin de Singelin est toujours bien travaillé, les décors sont fournis et joliment chaotiques, la colorisation n'appuyant que les couleurs vives des sentais est bien trouvées, les personnages sont attachants et intriguants (et celleux qui sont des têtes à claques et/ou des petits cons finis restent réalistes dans leur exécution et leur dégringolade morale reste prenante à voir), … Bref, une série qui se révèle très bonne. Hâte de lire le troisième et dernier tome ! (Note réelle 3,5)
Le Mythe de l’ossuaire - Le Passage
Bon, je sens que je vais avoir du mal avec cette collection de one-shot de Lemire. Si j’avais quand même trouvé intéressant l’album « Des milliers de plumes noires », « Le passage » m’a clairement laissé de côté. Je reconnais au scénario, au dessin et à la colorisation le fait d’avoir installé une ambiance noire, angoissante et intrigante. Mais voilà, je trouve que ça ne va pas au-delà, et ici ça ne me suffit pas. En effet, je n’ai sans doute pas tout saisi (et j’ai compris peu de choses en fait, ça semble partir dans tous les sens, empiler des idées "horrifiques"), mais c’est très très vite lu (peu de texte et d’intrigue), et je trouve l’ensemble assez creux. Gros bof me concernant.
Exterminateur 17
J'aime beaucoup Jean-Pierre Dionnet quand il écrit dans des magazines ou présente des films. Le journaliste, le passeur, le passionné est souvent passionnant. Malheureusement, ici il me convainc beaucoup moins. Exterminateur 17 repose sur des thèmes que j'adore: androïdes, guerre, quête d'émancipation... mais le récit peine à leur donner du potentiel. Le principal problème vient selon moi (mais apparemment pas que, à la lectures des autres avis) de la narration. L'histoire manque de rythme, s'étire souvent et donne l'impression de ne jamais être totalement sûre de ce qu'elle veut raconter. Les idées ne sont pas mauvaises, loin de là, mais elles restent à l'état d'ébauche. J'ai régulièrement eu le sentiment de lire un récit davantage fasciné par son univers que par ses personnages. Heureusement, il y a Bilal (oui je suis retombé dans ma Bilal-sophie après avoir du rangement et feuilleté des tas des bouquins qui ne demandaient que ça, ça se voit à mes derniers avis). Son dessin est déjà impressionnant et l'influence de Moebius saute évidemment aux yeux, que ce soit dans certains décors, les machines ou cette SF typiquement Métal Hurlant des années 70. Même quand le scénario patine, les planches poussent à continuer la lecture. Au final reste une grosse impression de lire une œuvre importante (à cette époque, dans le domaine de la SF hexagonale) plus qu'une œuvre réellement réussie. Un laboratoire d'idées intéressant, porté par un Bilal déjà très inspiré, mais qui ne m'a jamais totalement embarqué.
Les Phalanges de l'ordre noir
Je pensais surtout trouver une leçon d'histoire sur les dernières secousses de la guerre d'Espagne. En réalité, "Les Phalanges de l'Ordre Noir" est beaucoup plus riche que ça. Christin et Bilal prennent comme point de départ la réapparition d'un groupe franquiste plusieurs décennies après la guerre civile, poussant d'anciens brigadistes internationaux à reprendre du service. Ce qui m'a plu, c'est l'équilibre entre le fond historique et la dimension humaine. Ces anciens combattants ne sont plus les jeunes révolutionnaires d'autrefois. Ils sont âgés, fatigués, parfois dépassés par les événements, mais continuent malgré tout à courir après leurs ennemis d'hier. Il y a quelque chose d'à la fois admirable et un peu ridicule dans cette expédition, et l'album joue constamment sur ce fil. J'y vois une source d'inspiration pour Les Vieux Fourneaux. On sourit souvent devant cette bande de vieux idéalistes qui s'obstinent à refaire l'Histoire, mais le récit ne se moque jamais vraiment d'eux. Au contraire, il montre avec beaucoup de tendresse ce que deviennent les convictions lorsqu'elles traversent plusieurs décennies. Derrière l'aventure et les rebondissements, c'est aussi une réflexion sur le vieillissement, la fidélité à ses idées et le poids du passé.C'est pourcela que je pense que cet album se savoure pleinement à partir de 40 ans :) Et puis la manière dont Christin parvient à transmettre un contexte historique et politique assez dense sans jamais donner l'impression de lire un cours magistral, un beau tour de force. Les événements réels enrichissent le récit mais restent toujours au service des personnages. C'est précisément ce mélange qui m'a rendu l'album aussi prenant. Graphiquement, Bilal est déjà à un niveau remarquable. Ca fourmille de détails et les ambiances mélancoliques collent parfaitement à cette histoire de combattants usés qui refusent de déposer les armes. On comprend alors pourquoi le duo Christin-Bilal a marqué la BD adulte à cette époque. Bref, une lecture intelligente et humaine, qui réussit à être à la fois une aventure politique, une comédie douce-amère sur une bande de vieux cabossés et une passionnante plongée dans un pan assez méconnu de l'histoire européenne.
Mémoires d'outre-espace
Je connais surtout le Bilal des grandes œuvres de SF, parfois fascinantes mais aussi un peu austères ce qui peut bloquer certains lecteurs. Avec Mémoires d'outre-espace, on découvre un auteur beaucoup plus joueur. Ces 8 histoires courtes à la sauce Métal Hurlant misent avant tout sur l'humour noir, l'absurde et la satire, avec des chutes souvent bien trouvées. Tout n'est pas mémorable, forcément, mais l'ensemble est remarquablement homogène. Derrière les extraterrestres, les robots et les explorations spatiales, le côté espiègle d'Enki s'amuse déjà à égratigner le militarisme, le colonialisme et quelques travers bien humains. J'ai apprécié la simplicité de la proposition: on retrouve les prémices de son univers graphique, mais dans un format léger et très accessible. C'est une de ses facettes que l'on croise moins souvent et qui peut convertir de futurs fans de Bilal. Ce n'est probablement pas un album indispensable dans sa bibliographie, mais c'est très agréable à lire, pleine d'idées et d'un humour qui a plutôt bien résisté au temps. 3.5
Et à la fin, ils meurent
Je m'attendais à une énième déconstruction des contes de fées version "regardez comme tout cela était affreux avant", "non au patriarcat" et tutti quanti. En réalité, Lou Lubie est beaucoup plus maligne que ça. Elle rappelle les origines souvent plus sombres des contes, démonte quelques clichés popularisés par Disney, mais sans jamais tomber dans le procès à charge. La force de ce livre joliment édité, c'est justement ce recul. L'autrice reconnaît les aspects parfois problématiques de certains récits, tout en expliquant pourquoi ils ont traversé les siècles et continuent de nous parler aujourd'hui. Derrière les versions, les époques et les adaptations, on retrouve des histoires profondément universelles. Le tout est porté par une vulgarisation exemplaire : c'est documenté, drôle, vivant et extrêmement facile à lire. Les plus de 200 pages défilent toutes seules grâce à un ton léger et un dessin simple mais très efficace. Au final, une BD documentaire aussi instructive que divertissante, qui donne envie de redécouvrir les contes plutôt que de les condamner. Et rien que pour ça, c'est une belle réussite.
Le Secret de Miss Greene
Je ne connaissais pas du tout cette miss Greene (seulement un peu plus de choses sur J.P. Morgan), et ne connaissais qu’imparfaitement cette histoire de « passing » (des personnes blanches d’aspect, mais ayant de très lointains ancêtres « noirs », qui se font « passer » pour blanches, alors qu’une simple « goutte » de sang noir vous faisait basculer dans l’opprobre et les discriminations). C’est le principal attrait de cet album que de nous rendre palpable cet état de fait, mais aussi cette personne, qui a semble-t-il joué un rôle important dans le marché de l’art et de la bibliophilie ancienne durant la première moitié du XXème siècle, dirigeant la collection du milliardaire Morgan, qui lui faisait totalement confiance. Le dessin fait le travail, et l’album est instructif. Mais, ceci étant, je n’ai jamais été réellement emballé par cette lecture. Je respecte la force de caractère de Greene, mais je ne me suis pas attaché à elle : trop froide, et aussi trop dans les hautes sphères de la bourgeoisie pour qu’elle m’intéresse vraiment. De plus, la narration est un peu mollassonne. Une lecture intéressante, mais pas captivante donc.
Paris-Damas - Liaisons mortelles
La narration est factuelle – et délivre des informations intéressantes – mais elle n'est jamais très emballante. Idem pour le dessin, qui donne un rendu proche de photographies retravaillées souvent, assez froid. Du coup je ne sais pas si la BD proprement dite apporte quelque chose de plus ou de mieux qu’un bouquin ou un article du Monde diplomatique ? En tout cas elle a le mérite d’exister, et de toucher un public plus large que les médiums évoqués plus haut. Car la lecture est intéressante, restituant sur le long terme les relations entre la France et la Syrie, en se focalisant sur la période durant laquelle la famille El Assad (Hafez, puis Bachar) est au pouvoir. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, si les Assad sont restés assez fidèles et droits dans leurs politiques (qui consiste à tout faire pour garder le pouvoir en Syrie, et à le contrôler au Liban), les hommes politiques français ont pas mal louvoyé. Entre le cynisme (ou l’aveuglement ?) de Mitterrand, le copinage de Chirac avec Hariri, l’affairisme et les magouilles de Sarkozy – pour ne citer que les exemples les plus flagrants – la France et sa « politique étrangère » ne sort pas grandi de cette enquête. Une enquête qui éclaire la plupart des vagues d’attentats ayant frappé la France depuis les années 1980, quasiment toutes liées (à des degrés divers) à la Syrie. Évidemment les derniers chapitres, rédigés fin 2023-début 2024, sont à réévalué avec la chute d’El Assad et l’évolution de la situation en Syrie, mais aussi avec les guerres entre Israël et tous ses voisins. Mais pour le reste, malgré une forme un peu austère, c’est un bon travail, complet et étayé (même si les articles du Monde diplomatique que je me rappelle avoir lus sur le sujet ne sont pas cités, une importante bibliographie complète avantageusement l’album en conclusion de celui-ci). Note réelle 3,5/5.
Women of the west
Oger poursuit sa « collection » d’auteur amoureux du Far West, avec toujours une thématique, ici ce sont les femmes qui sont à l’honneur. Et pas forcément les plus connues (de moi en tout cas). Ainsi, pas de Calamity Jane ou de Cynthia Ann Parker, que l’on aurait pu attendre parmi les femmes évoquées ici. Le « fil rouge » reliant toutes les histoires est assez artificiel (dans les années 1970, une femme enquête et rencontre une vieille indienne, qui lui raconte les plus ou moins hauts faits de quelques « femmes de l’ouest ». C’est le prétexte à une douzaine d’histoire présentant autant de femmes. Thématique oblige j’imagine, Oger s’est entouré quasiment exclusivement de dessinatrice (seul Paul Gastine pour l’intro et la conclusion, et François Boucq pour une histoire, font exception). Il y a donc moins de « pointures » habituées au western que dans les premiers albums de cette « collection ». Pourquoi pas ? Mais toutes les dessinatrices ne m’ont pas convaincu (affaires de goût). Comme tous les projets de ce genre, l’album souffre de l’éclectisme des préposées au dessin (je ne suis a priori pas fan de ce genre de mélange dans un même album). Mais aussi du peu de pages parfois allouées à chaque histoire. Et, probablement que ça joue aussi, Oger doit commencer à manquer d’inspiration. En tout cas si l’album se laisse lire, il ne m’a clairement pas enthousiasmé. Mais je lui reconnais néanmoins un grand mérite, à savoir de mettre sur le devant des femmes, souvent occultées dans l’Histoire, particulièrement celle du « Far West ». Celle aussi de rappeler en fin d’album le scandale de la stérilisation forcée de dizaines de milliers de femmes amérindiennes (et ce jusqu’à il n’y a pas si longtemps).
Carmen Bond
Histoires courtes d’humour coquin. Elles pourraient tout aussi bien être classées dans le genre érotique, je pense. J’apprécie beaucoup le trait de Alfonso Font, élégant et bien défini. J’ai lu l’édition Himalaya, avec les couleurs originales et sans l'épisode ajouté dans l’édition Tabou. Toujours avec des bimbos aux formes généreuses et provocantes, les hommes font ici une triste figure, y compris le lamentable Tarzan. À mon avis, les intrigues sont trop prévisibles et j’ai eu du mal à esquisser un sourire.