Ayè ! J'ai lu la bestiole, enfin. Et je ne dérogerai pas à la règle pour me lancer moi aussi dans un concert de louanges, histoire de rester dans le thème de cette BD décidément remarquable !
Que ce soit son thème (ou plutôt ses thèmes), sa narration fluide, son scénar ciselé, ou son dessin immersif, il n'y rien à jeter dans Soli Deo gloria. Je tâcherai d'être bref car les aviseurs et zeuses précédent-e-s ont déjà tout dit.
Le thème principal, c'est la musique, c'est évident. Un thème qui ne pouvait que me parler. Mais derrière ça, il y a plusieurs sous-thème, expression totalement impropre car ces thèmes ne sont pas mineurs, ou moins importants : ils sont juste moins évident, moins immédiatement saisissables, et se révèlent à mesure que la lecture progresse. Sans aller plus en profondeur, on citera pêle-mêle celui de la fratrie, de l'absence, de l'inspiration... Bref ! cette œuvre fourmille, ce qui contribue probablement à la rendre si prenante à en juger par les commentaires dithyrambiques.
La narration est claire et ne pose aucun souci de compréhension. Pas une fois il ne m'a été besoin de faire marche arrière avec cette impression d'avoir rater un truc. C'est limpide.
Le scénario est une construction admirable. On sent que tout est réfléchi et savamment pesé. Contrairement à Cleck, cela m'a au contraire beaucoup impressionné car ce n'est pas courant. Et puis on ne voit pas les étais. Ca tourne comme une horloge, et moi, je trouve qu'un mécanisme horloger est quelque chose d'admirable. Comment reprocher à un auteur d'avoir bosser son truc ? A un artisan de chercher la perfection ?... A mesure que la fin arrive, ce roman graphique d'initiation ressert son emprise. La tension monte. J'étais complètement pris dans cette histoire qui ne souffre d'aucun temps mort, avançant à un rythme métronomique, ce qui on en conviendra, pour une œuvre évoquant la musique, est du meilleur effet. Ca monte, ça monte, à l'image du "resurrectio" final ! Mais chuuuut !...
Enfin, le dessin : il est tout bonnement exceptionnel. Il développe une singularité tout en rendant un hommage sincère aux illustrateurs historiques. J'ai par exemple beaucoup pensé à Gustave Doré ! Franchement, j'étais tout entier happé dans l'univers graphique, à plus forte raison parce qu'Edouard Cour développe des petites trouvailles remarquables qui la plupart du temps fonctionnent à merveilles. Il a par exemple parfaitement traduit le son : celui de l'instrument chamanique construit dans un crâne d'ours, ou le son si particulier du clavecin. La classe atomique ! Chapeau bas !
Je m'arrêterai là, me contentant d'ajouter qu'au départ pourtant, j'ai tiqué sur la couverture dorée (Gustave ?) que je trouvais bien trop tape à l’œil pour être sincère. Mais les deux auteurs de Soli Deo Gloria ont su faire plier toutes mes mauvaises langues intérieures. De la bien belle ouvrage !
Un travail remarquable, d’une grande sensibilité. L’album impressionne par la qualité de sa documentation et par la justesse du parallèle entre la fiction et les images historiques : on sent un vrai travail d’immersion, presque de terrain. L’intrigue est prenante sans jamais chercher à s’imposer ; elle sert avant tout un propos plus large où la vie quotidienne, la condition humaine et la dignité des habitants du Dust Bowl deviennent les véritables moteurs du récit.
Les personnages sont traités avec beaucoup de finesse. La dureté du contexte est montrée frontalement mais toujours avec retenue, ce qui renforce l’impact émotionnel. L’aspect didactique est très bien intégré, jamais pesant, et certains thèmes — notamment la relation à la mort — sont abordés avec une subtilité rare, en résonance constante avec l’époque et les situations vécues.
Le rythme volontairement lent fonctionne parfaitement : il laisse le temps à la poussière, au silence et à l’épuisement de s’installer, jusqu’à devenir presque physiques pour le lecteur.
Graphiquement, c’est superbe. Le dessin est précis, détaillé, parfois saisissant, avec des planches très fortes visuellement. Le traitement de la poussière, omniprésente, est particulièrement réussi, tout comme le travail des couleurs, qui installe une atmosphère à la fois belle, âpre et réaliste. Une œuvre marquante, exigeante et profondément humaine.
Lire et relire Les Gouttes de Dieu, et Mariage, les Gouttes de Dieu, pour être heureux. Avec les gouttes, on a tenté d'apprendre cépage, terroir, et les travail des hommes, ici, le lien entre la cuisine, un art dont on donne quelque lueurs, et vin ! On avait déjà vu des restaurants, mais pas à ce point, et puis il y a... La Chine ! Eh oui, un des juges, un des officiers de l'ordre fondé par le père des deux concurrents au gain de la cave est Chinois, et il est madré, le rusé ! On va en Chine, et surtout, on mange du requin, pas vraiment quelque chose qu'on aurait osé écrire chez nous à cause de ceux qui ne prennent que les ailerons du poisson, condamné à mourir lentement, se balançant au fond des flots !
On croise aussi des tricheurs de compétition, et, ô joie, des choses vraiment subtiles, comme une boisson qu'on peut considérer et comme un vin, et comme un saké ! Le talent de nos héros est très grand, masque de celui des auteurs. Le trait a comme d'habitude parfait, dynamique et précis, personnages bien caractérisés sans exagération, et dessins merveilleux des poétiques descriptions de vins et de plats.
Grand Prix Artémisia 2026 mérité ! Je viens de finir la bd empruntée à la Bibliothèque, et je pense que je ne la rendrais que pour l'acheter, et ce alors que je cherche à faire de la place chez moi, c'est dire ! Je ne sais ce qui est le mieux : la manière fantastique de (re)découvrir Descartes et ses successeurs ou les images. Des suppléments ne servent pas à réparer les lacunes comme dans tant de bd ou de dvd, non, on dirait de nouveaux morceaux interprétés par des artistes généreux, quand ils ont chanté tout ce qu'attendait le public.
Si on en vient au visuel, par quoi commencer ? Les os sont encore plus expressifs que dans cette série de bd, Monsieur Mardi Gras Descendres ! Et ce n'est pas peu dire. Mais là, les os expriment la condition de l'être humain qui s'interroge, je suis quoi, à présent, reprenant la fameuse interrogation de Descartes à nouveaux frais.
Et les animaux revendiquent de n'être pas des mécaniques en se plaignant des conséquences de cette supposition, débats et liens se tissent entre le philosophe et ses compagnons animaux moins réduits que lui, ayant tout leur squelette quand il n'a plus que son crâne. Tous ces restes sont rassemblés dans des conditions qu'on suit comme un roman policier. Je ne saurais dire si cette œuvre est en noir et blanc ou en couleur, elle transcende les deux, et pour s'évader peut-être des os, on voit des scènes oniriques où la vie est célébrée. Poétique et amusant : chaque animal voit non midi à sa porte, mais le paradis selon son biotope.
Merveilleux !
Difficile de passer après mes collègues aviseurs, mais je tenais moi aussi à apporter ma pierre à l’édifice critique élogieux qui entoure ce one-shot de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour.
Chaque chapitre narre un épisode de la vie troublée de Hans et Helma. Le ton est très humain, les épreuves se succèdent, la fratrie se soude pour faire front à l’adversité, jusqu’à craquer quand les motivations personnelles rentrent en conflit. Tout est tellement juste, les évènements, les personnages attachants aux personnalités nuancées. La fin est juste parfaite, notamment la double page finale.
Il faut dire que Edouard Cour, qui nous en avait déjà mis plein les mirettes dans sa dernière BD en date ReV, s’est ici surpassé. Le noir et blanc parsemé de couleurs musicales est élégant et surtout d’une maitrise et d’une précision incroyable. J’adore quand le découpage fait partie intégrante de la narration – voir par exemple les hautes cases pour représenter la verticalité de la ville de Laguna Majora, page 156 et 157.
Un sans-faute. Je me joins à la chorale de 5/5.
Sibylline est une bande dessinée remarquable par la justesse de son regard. Le récit aborde un thème lourd et délicat sans jamais tomber dans la provocation facile ni la satire appuyée. L’autrice choisit une approche frontale mais nuancée, exposant avec finesse les zones de lumière et d’ombre de cette double vie, dans un traitement profondément respectueux et humain. Le propos dépasse rapidement le simple cadre de la prostitution pour interroger des thèmes plus larges comme le pouvoir, l’amour, les rapports de domination et le besoin de reconnaissance.
Le scénario se distingue par son réalisme et sa sobriété. Tout repose sur l’observation, sur de petites situations crédibles et sur des personnages extrêmement bien écrits. Raphaëlle est attachante, complexe, jamais idéalisée ni jugée. L’identification est immédiate, non parce que l’on partage son vécu, mais parce que ses motivations et ses contradictions sont parfaitement lisibles. Cette proximité émotionnelle est clairement l’un des grands points forts de l’album.
Graphiquement, le dessin est superbe et sert le récit avec une grande intelligence. Élégant, précis, sensible, il sublime l’histoire sans jamais l’écraser. La mise en scène est fluide, les ambiances sont maîtrisées, et chaque planche renforce la dimension intime du récit. On est face à une œuvre modeste en apparence, mais d’une grande précision, qui gagne énormément à être lue avec attention.
Sibylline n’est pas une œuvre clinquante ou démonstrative, mais une bande dessinée d’orfèvre : discrète, profondément juste, et d’une grande maturité narrative et graphique.
Œuvre remarquable, à la fois exigeante et profondément maîtrisée. L’entrée dans le récit m'a demandé un temps d’adaptation, tant sur le principe narratif que sur le dessin, mais une fois ce cap franchi, l’ensemble s’impose avec une évidence rare. Le choix de raconter l’Histoire depuis un point fixe — celui d’un tableau — est particulièrement pertinent. Ce regard immobile, contraint mais lucide, permet une lecture originale et puissante du XX? siècle, sans jamais tomber dans l’artifice.
Le scénario est solidement étayé sur le plan historique, avec une dimension presque pédagogique, mais toujours à la bonne dose. Le récit reste rythmé, fluide, et parvient à rendre les époques successives très lisibles à travers des fragments de vies, des situations, des silences. Les personnages, bien que souvent croisés brièvement, existent réellement, et l’on comprend beaucoup sans que tout soit montré ou appuyé.
Graphiquement, le style n'est pas forcément ma tasse de thé au niveau purement esthétique, mais il s’impose rapidement comme totalement cohérent avec le propos. Le dessin est expressif, artistique, parfois brut, et évoque volontairement l’univers de la peinture et du tableau. Ce choix renforce le fond et donne une vraie identité à l’ensemble.
Certains albums ne s’annoncent pas, ils s’imposent. Celui-ci fait partie de ces œuvres que l’on découvre presque par accident et qui, dès les premières pages, créent une forme d’évidence. Tout commence par une image saisissante, une scène ample et puissante, qui capte immédiatement l’attention et donne envie d’aller plus loin.
Une liberté rare, perceptible à chaque étape de la lecture. Le récit ne cherche jamais à suivre une recette ou à cocher des cases. Il avance avec assurance, prend des risques, assume ses partis pris et construit un univers dense, cohérent, parfois déroutant, toujours sincère. Cette approche donne au scénario une personnalité forte, loin des schémas narratifs trop souvent recyclés.
Visuellement, l’album impressionne par son ambition. Le dessin ne se contente pas d’illustrer le récit : il le porte, l’enrichit, le rend crédible. Les décors, les personnages, les scènes d’action comme les moments plus calmes participent à une immersion totale. Chaque plan semble pensé pour servir l’atmosphère et renforcer la sensation de monde vivant.
Au final, Le Coup du Maître s’impose comme une œuvre singulière, exigeante et généreuse, qui démontre que la bande dessinée sur le jeu de rôle peut encore surprendre en dehors des sentiers balisés. Un album marquant, qui laisse une vraie empreinte une fois refermé.
Gros coup de cœur. Le scénario avance avec une limpidité remarquable : il ne cherche pas l’effet de surprise artificiel mais construit, pas à pas, une trajectoire dont l’issue paraît inéluctable. Cette progression maîtrisée donne au récit une tension constante, presque fataliste, qui renforce son impact. Le conte se déploie dans un univers crédible, mêlant lieux et noms inventés mais immédiatement lisibles, créant un miroir troublant avec notre réalité sans jamais tomber dans la démonstration appuyée.
Les personnages sont le cœur du livre : profondément humains, complexes, crédibles dans leurs contradictions et leurs dérives. Leur évolution, dans un contexte sombre et radicalisé, est décrite avec une justesse rare. La noirceur du propos n’est jamais gratuite ; elle s’inscrit dans un monde cohérent, dur, mais sans morale surlignée. Tout paraît à sa place, ce qui rend l’ensemble d’autant plus marquant.
Graphiquement, l’album impressionne. Le noir et blanc puissant, proche du fusain, alterne avec intelligence entre douceur et violence, accompagnant parfaitement les états émotionnels du récit. L’usage ponctuel de la couleur pour la musique est une idée brillante, à la fois discrète et signifiante. La cohérence visuelle est totale, jusque dans la conception des pages et l’identité graphique globale de l’ouvrage.
Je trouve que cette œuvre est parfaite : on voit et la tragédie de la guerre en général, et la bêtise de ne pas tenir compte de l'état des soldats au nom d'une stratégie fumeuse contre laquelle se dresse un officier qui finit exécuté. On n'en sent pas moins chaque personnage, l'après-guerre et les femmes, excusez du peu ! Il y a même une poésie de la nostalgie de la paix, du bonheur et de l'amour hantant la guerre, de même que la guerre hante cette harmonie. Je lis que cette œuvre est une suite ? Mais elle se suffit à elle-même. Je lis qu'il n'y a pas de plan large ? A quoi bon pour le propos d'Une après-midi d'été ? On ne dénonce pas la guerre de masse, on ne célèbre pas les Orages d'acier, on reste à hauteur d'hommes tentant de faire ce qu'ils estiment leur devoir, survivre, aimer, encore, et mourir.
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Soli Deo Gloria
Ayè ! J'ai lu la bestiole, enfin. Et je ne dérogerai pas à la règle pour me lancer moi aussi dans un concert de louanges, histoire de rester dans le thème de cette BD décidément remarquable ! Que ce soit son thème (ou plutôt ses thèmes), sa narration fluide, son scénar ciselé, ou son dessin immersif, il n'y rien à jeter dans Soli Deo gloria. Je tâcherai d'être bref car les aviseurs et zeuses précédent-e-s ont déjà tout dit. Le thème principal, c'est la musique, c'est évident. Un thème qui ne pouvait que me parler. Mais derrière ça, il y a plusieurs sous-thème, expression totalement impropre car ces thèmes ne sont pas mineurs, ou moins importants : ils sont juste moins évident, moins immédiatement saisissables, et se révèlent à mesure que la lecture progresse. Sans aller plus en profondeur, on citera pêle-mêle celui de la fratrie, de l'absence, de l'inspiration... Bref ! cette œuvre fourmille, ce qui contribue probablement à la rendre si prenante à en juger par les commentaires dithyrambiques. La narration est claire et ne pose aucun souci de compréhension. Pas une fois il ne m'a été besoin de faire marche arrière avec cette impression d'avoir rater un truc. C'est limpide. Le scénario est une construction admirable. On sent que tout est réfléchi et savamment pesé. Contrairement à Cleck, cela m'a au contraire beaucoup impressionné car ce n'est pas courant. Et puis on ne voit pas les étais. Ca tourne comme une horloge, et moi, je trouve qu'un mécanisme horloger est quelque chose d'admirable. Comment reprocher à un auteur d'avoir bosser son truc ? A un artisan de chercher la perfection ?... A mesure que la fin arrive, ce roman graphique d'initiation ressert son emprise. La tension monte. J'étais complètement pris dans cette histoire qui ne souffre d'aucun temps mort, avançant à un rythme métronomique, ce qui on en conviendra, pour une œuvre évoquant la musique, est du meilleur effet. Ca monte, ça monte, à l'image du "resurrectio" final ! Mais chuuuut !... Enfin, le dessin : il est tout bonnement exceptionnel. Il développe une singularité tout en rendant un hommage sincère aux illustrateurs historiques. J'ai par exemple beaucoup pensé à Gustave Doré ! Franchement, j'étais tout entier happé dans l'univers graphique, à plus forte raison parce qu'Edouard Cour développe des petites trouvailles remarquables qui la plupart du temps fonctionnent à merveilles. Il a par exemple parfaitement traduit le son : celui de l'instrument chamanique construit dans un crâne d'ours, ou le son si particulier du clavecin. La classe atomique ! Chapeau bas ! Je m'arrêterai là, me contentant d'ajouter qu'au départ pourtant, j'ai tiqué sur la couverture dorée (Gustave ?) que je trouvais bien trop tape à l’œil pour être sincère. Mais les deux auteurs de Soli Deo Gloria ont su faire plier toutes mes mauvaises langues intérieures. De la bien belle ouvrage !
Jours de sable
Un travail remarquable, d’une grande sensibilité. L’album impressionne par la qualité de sa documentation et par la justesse du parallèle entre la fiction et les images historiques : on sent un vrai travail d’immersion, presque de terrain. L’intrigue est prenante sans jamais chercher à s’imposer ; elle sert avant tout un propos plus large où la vie quotidienne, la condition humaine et la dignité des habitants du Dust Bowl deviennent les véritables moteurs du récit. Les personnages sont traités avec beaucoup de finesse. La dureté du contexte est montrée frontalement mais toujours avec retenue, ce qui renforce l’impact émotionnel. L’aspect didactique est très bien intégré, jamais pesant, et certains thèmes — notamment la relation à la mort — sont abordés avec une subtilité rare, en résonance constante avec l’époque et les situations vécues. Le rythme volontairement lent fonctionne parfaitement : il laisse le temps à la poussière, au silence et à l’épuisement de s’installer, jusqu’à devenir presque physiques pour le lecteur. Graphiquement, c’est superbe. Le dessin est précis, détaillé, parfois saisissant, avec des planches très fortes visuellement. Le traitement de la poussière, omniprésente, est particulièrement réussi, tout comme le travail des couleurs, qui installe une atmosphère à la fois belle, âpre et réaliste. Une œuvre marquante, exigeante et profondément humaine.
Mariage - Les Gouttes de Dieu
Lire et relire Les Gouttes de Dieu, et Mariage, les Gouttes de Dieu, pour être heureux. Avec les gouttes, on a tenté d'apprendre cépage, terroir, et les travail des hommes, ici, le lien entre la cuisine, un art dont on donne quelque lueurs, et vin ! On avait déjà vu des restaurants, mais pas à ce point, et puis il y a... La Chine ! Eh oui, un des juges, un des officiers de l'ordre fondé par le père des deux concurrents au gain de la cave est Chinois, et il est madré, le rusé ! On va en Chine, et surtout, on mange du requin, pas vraiment quelque chose qu'on aurait osé écrire chez nous à cause de ceux qui ne prennent que les ailerons du poisson, condamné à mourir lentement, se balançant au fond des flots ! On croise aussi des tricheurs de compétition, et, ô joie, des choses vraiment subtiles, comme une boisson qu'on peut considérer et comme un vin, et comme un saké ! Le talent de nos héros est très grand, masque de celui des auteurs. Le trait a comme d'habitude parfait, dynamique et précis, personnages bien caractérisés sans exagération, et dessins merveilleux des poétiques descriptions de vins et de plats.
La Tête de mort venue de Suède
Grand Prix Artémisia 2026 mérité ! Je viens de finir la bd empruntée à la Bibliothèque, et je pense que je ne la rendrais que pour l'acheter, et ce alors que je cherche à faire de la place chez moi, c'est dire ! Je ne sais ce qui est le mieux : la manière fantastique de (re)découvrir Descartes et ses successeurs ou les images. Des suppléments ne servent pas à réparer les lacunes comme dans tant de bd ou de dvd, non, on dirait de nouveaux morceaux interprétés par des artistes généreux, quand ils ont chanté tout ce qu'attendait le public. Si on en vient au visuel, par quoi commencer ? Les os sont encore plus expressifs que dans cette série de bd, Monsieur Mardi Gras Descendres ! Et ce n'est pas peu dire. Mais là, les os expriment la condition de l'être humain qui s'interroge, je suis quoi, à présent, reprenant la fameuse interrogation de Descartes à nouveaux frais. Et les animaux revendiquent de n'être pas des mécaniques en se plaignant des conséquences de cette supposition, débats et liens se tissent entre le philosophe et ses compagnons animaux moins réduits que lui, ayant tout leur squelette quand il n'a plus que son crâne. Tous ces restes sont rassemblés dans des conditions qu'on suit comme un roman policier. Je ne saurais dire si cette œuvre est en noir et blanc ou en couleur, elle transcende les deux, et pour s'évader peut-être des os, on voit des scènes oniriques où la vie est célébrée. Poétique et amusant : chaque animal voit non midi à sa porte, mais le paradis selon son biotope. Merveilleux !
Soli Deo Gloria
Difficile de passer après mes collègues aviseurs, mais je tenais moi aussi à apporter ma pierre à l’édifice critique élogieux qui entoure ce one-shot de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour. Chaque chapitre narre un épisode de la vie troublée de Hans et Helma. Le ton est très humain, les épreuves se succèdent, la fratrie se soude pour faire front à l’adversité, jusqu’à craquer quand les motivations personnelles rentrent en conflit. Tout est tellement juste, les évènements, les personnages attachants aux personnalités nuancées. La fin est juste parfaite, notamment la double page finale. Il faut dire que Edouard Cour, qui nous en avait déjà mis plein les mirettes dans sa dernière BD en date ReV, s’est ici surpassé. Le noir et blanc parsemé de couleurs musicales est élégant et surtout d’une maitrise et d’une précision incroyable. J’adore quand le découpage fait partie intégrante de la narration – voir par exemple les hautes cases pour représenter la verticalité de la ville de Laguna Majora, page 156 et 157. Un sans-faute. Je me joins à la chorale de 5/5.
Sibylline - Chroniques d'une escort girl
Sibylline est une bande dessinée remarquable par la justesse de son regard. Le récit aborde un thème lourd et délicat sans jamais tomber dans la provocation facile ni la satire appuyée. L’autrice choisit une approche frontale mais nuancée, exposant avec finesse les zones de lumière et d’ombre de cette double vie, dans un traitement profondément respectueux et humain. Le propos dépasse rapidement le simple cadre de la prostitution pour interroger des thèmes plus larges comme le pouvoir, l’amour, les rapports de domination et le besoin de reconnaissance. Le scénario se distingue par son réalisme et sa sobriété. Tout repose sur l’observation, sur de petites situations crédibles et sur des personnages extrêmement bien écrits. Raphaëlle est attachante, complexe, jamais idéalisée ni jugée. L’identification est immédiate, non parce que l’on partage son vécu, mais parce que ses motivations et ses contradictions sont parfaitement lisibles. Cette proximité émotionnelle est clairement l’un des grands points forts de l’album. Graphiquement, le dessin est superbe et sert le récit avec une grande intelligence. Élégant, précis, sensible, il sublime l’histoire sans jamais l’écraser. La mise en scène est fluide, les ambiances sont maîtrisées, et chaque planche renforce la dimension intime du récit. On est face à une œuvre modeste en apparence, mais d’une grande précision, qui gagne énormément à être lue avec attention. Sibylline n’est pas une œuvre clinquante ou démonstrative, mais une bande dessinée d’orfèvre : discrète, profondément juste, et d’une grande maturité narrative et graphique.
Deux Filles nues
Œuvre remarquable, à la fois exigeante et profondément maîtrisée. L’entrée dans le récit m'a demandé un temps d’adaptation, tant sur le principe narratif que sur le dessin, mais une fois ce cap franchi, l’ensemble s’impose avec une évidence rare. Le choix de raconter l’Histoire depuis un point fixe — celui d’un tableau — est particulièrement pertinent. Ce regard immobile, contraint mais lucide, permet une lecture originale et puissante du XX? siècle, sans jamais tomber dans l’artifice. Le scénario est solidement étayé sur le plan historique, avec une dimension presque pédagogique, mais toujours à la bonne dose. Le récit reste rythmé, fluide, et parvient à rendre les époques successives très lisibles à travers des fragments de vies, des situations, des silences. Les personnages, bien que souvent croisés brièvement, existent réellement, et l’on comprend beaucoup sans que tout soit montré ou appuyé. Graphiquement, le style n'est pas forcément ma tasse de thé au niveau purement esthétique, mais il s’impose rapidement comme totalement cohérent avec le propos. Le dessin est expressif, artistique, parfois brut, et évoque volontairement l’univers de la peinture et du tableau. Ce choix renforce le fond et donne une vraie identité à l’ensemble.
Le Coup du Maître
Certains albums ne s’annoncent pas, ils s’imposent. Celui-ci fait partie de ces œuvres que l’on découvre presque par accident et qui, dès les premières pages, créent une forme d’évidence. Tout commence par une image saisissante, une scène ample et puissante, qui capte immédiatement l’attention et donne envie d’aller plus loin. Une liberté rare, perceptible à chaque étape de la lecture. Le récit ne cherche jamais à suivre une recette ou à cocher des cases. Il avance avec assurance, prend des risques, assume ses partis pris et construit un univers dense, cohérent, parfois déroutant, toujours sincère. Cette approche donne au scénario une personnalité forte, loin des schémas narratifs trop souvent recyclés. Visuellement, l’album impressionne par son ambition. Le dessin ne se contente pas d’illustrer le récit : il le porte, l’enrichit, le rend crédible. Les décors, les personnages, les scènes d’action comme les moments plus calmes participent à une immersion totale. Chaque plan semble pensé pour servir l’atmosphère et renforcer la sensation de monde vivant. Au final, Le Coup du Maître s’impose comme une œuvre singulière, exigeante et généreuse, qui démontre que la bande dessinée sur le jeu de rôle peut encore surprendre en dehors des sentiers balisés. Un album marquant, qui laisse une vraie empreinte une fois refermé.
Soli Deo Gloria
Gros coup de cœur. Le scénario avance avec une limpidité remarquable : il ne cherche pas l’effet de surprise artificiel mais construit, pas à pas, une trajectoire dont l’issue paraît inéluctable. Cette progression maîtrisée donne au récit une tension constante, presque fataliste, qui renforce son impact. Le conte se déploie dans un univers crédible, mêlant lieux et noms inventés mais immédiatement lisibles, créant un miroir troublant avec notre réalité sans jamais tomber dans la démonstration appuyée. Les personnages sont le cœur du livre : profondément humains, complexes, crédibles dans leurs contradictions et leurs dérives. Leur évolution, dans un contexte sombre et radicalisé, est décrite avec une justesse rare. La noirceur du propos n’est jamais gratuite ; elle s’inscrit dans un monde cohérent, dur, mais sans morale surlignée. Tout paraît à sa place, ce qui rend l’ensemble d’autant plus marquant. Graphiquement, l’album impressionne. Le noir et blanc puissant, proche du fusain, alterne avec intelligence entre douceur et violence, accompagnant parfaitement les états émotionnels du récit. L’usage ponctuel de la couleur pour la musique est une idée brillante, à la fois discrète et signifiante. La cohérence visuelle est totale, jusque dans la conception des pages et l’identité graphique globale de l’ouvrage.
Une après-midi d'été
Je trouve que cette œuvre est parfaite : on voit et la tragédie de la guerre en général, et la bêtise de ne pas tenir compte de l'état des soldats au nom d'une stratégie fumeuse contre laquelle se dresse un officier qui finit exécuté. On n'en sent pas moins chaque personnage, l'après-guerre et les femmes, excusez du peu ! Il y a même une poésie de la nostalgie de la paix, du bonheur et de l'amour hantant la guerre, de même que la guerre hante cette harmonie. Je lis que cette œuvre est une suite ? Mais elle se suffit à elle-même. Je lis qu'il n'y a pas de plan large ? A quoi bon pour le propos d'Une après-midi d'été ? On ne dénonce pas la guerre de masse, on ne célèbre pas les Orages d'acier, on reste à hauteur d'hommes tentant de faire ce qu'ils estiment leur devoir, survivre, aimer, encore, et mourir.