Les derniers avis (23 avis)

Par @gods67
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série The Boondocks
The Boondocks

C'est une très bonne série, mais cependant il est impossible de lire le livre. La série, se basse sur la gangstar, le racisme, la violence etc... Deux enfants : Yuey et Riley qui sont au près de leur grand-père pour leurs incroyables aventures J'avais entendu parler de cette série, mais je ne l'avais jamais lue. Puis, lorsque j'ai su qu'il y avait une édition française (dont la traduction s’arrête à octobre 2001 donc il y a encore plein de strips inédits en français), j'ai emprunté les albums. J'ai bien aimé les strips. Certes l'humour est inégal et certains gags ne m'ont pas fait rire, mais cela ne m'a pas dérangé parce que je trouve les personnages attachants. Ils ont tous leurs défauts ou problèmes et cela me fait bien rire. Le fait que les histoires tournent autour des mêmes thèmes ne m'a pas du tout dérangé car l'auteur a beaucoup d'imagination pour faire rire. Les références à la société américaine ne m'ont pas dérangé car je connaissais à peu près toutes ces références. Il n'y a que des gags sur certains candidats de l'élection présidentielle de 2000 que je n'ai pas compris car je connais uniquement Gore, Bush, Cheney et McCain.

27/05/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Eloge de la poussière
Eloge de la poussière

On est peu de choses. - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute, qui s’apprécie mieux si le lecteur est déjà familier de l’auteur. Son édition originale date de 1995. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins, à l’exception de deux pages réalisées par Charlie Schlingo (1955-2005, Jean-Charles Ninduab). Il comprend soixante pages de bande dessinée en noir & blanc. Un portrait de Louise, réalisé par l’auteur. Est-ce qu’on sait quand un livre commence ? Est-ce aujourd’hui, ici, dans un théâtre antique d’Orange ? Le soleil est chaud, son nez le chatouille, toujours son problème d’allergie aux pollens. Le mistral s’en fout, il secoue les platanes. Vitrolles, Barcelone, Beyrouth, Villars-sur-Var, Paris, Nîmes, Orange, Tokyo, Nice. Il se perd un peu dans ce théâtre qui ressemble à une arène. Il se souvient. Les fesses sur le trottoir, les pieds sur la chaussée, il dessinait la maison d’en face, il en avait parlé au responsable culture de l’ambassade de France qui avait dit : Personne ne dessine dans les rues de cette ville, mais pourquoi pas ! Essayez ! Faites seulement attention aux hommes qui circulent en 4x4, Toyota, Mercedes, ils vont ou reviennent des combats, ils sont très excités, ils tirent sur tout ce qui ne leur semble pas normal. Quelqu’un qui dessine ce n’est pas normal. Naturellement Baudoin n’a pas vu le 4x4 s’arrêter de l’autre côté de la chaussée, dans cette rue de Beyrouth. Un soldat armé descend de l’arrière, le fusil à la main et il s’approche de l’artiste. Il le dévisage, puis il s’en retourne au 4x4. Il revient et il tend une photographie à l’étranger : c’est celle de sa fiancée et il lui demande de la dessiner. Sept ans seulement se sont écoulés. Ce garçon a-t-il survécu à a guerre ? Aime-t-il toujours sa fiancée ? Avait-il ce visage-là, celui représenté dans cette page ? Cette histoire s’enfonce doucement dans l’irréalité. Il arrive à Edmond de ne plus être tout à fait sûr de l’avoir vécue. Edmond avait vingt-trois ans, ce siècle, soixante-cinq. C’est la première fois qu’il aimait vraiment une femme. Il lui semblait impossible qu’un jour il puisse avoir du goût à l’existence sans que son sexe à lui ne soit pas souvent dans le sien à elle. Pourtant un jour ils ont fait l’amour pour la dernière fois. Aujourd’hui il se souvient surtout de son regard, très précisément. De son plaisir en elle, plus rien. En novembre 1993, il se promène avec Jeanne, sa mère. Elle vit depuis quelques mois dans une maison de retraite. Sa tête ne lui permet plus d’être autonome. Il note ce qu’elle dit. Il lui fait remarquer qu’il fait froid aujourd’hui, ce à quoi elle répond : Oh oui quel froid, qu’il ne rentre pas de l’air dans l’estomac, dans le dos, dans les dents. Il lui demande si elle a bien dormi, et elle répond : Oui, oui, il dort le petit, depuis une heure. Il s’enquiert de quel petit il s’agit, et elle répond : Il dort, il marche beaucoup, il est gentil. Elle ajoute : Peut-être oui, peut-être non, il n’y a pas de malheur, elle a de bons cheveux, ils sont bien coiffés. Dans sa bibliothèque, Edmond garde deux objets ayant appartenu à sa mère : une paire de lunettes cassées, une pince à linge que ses doigts ont serrée mille fois. Il fait porter sur ces deux choses une signification qui n’existe pas. Tout commence avec un portrait de la mère de l’auteur, Louise, née en 1910. Puis vient une séquence de trois pages pour laquelle le lecteur finit par comprendre qu’elle se déroule à Beyrouth en 1988. Puis une vision partielle d’une femme allongée nue sur un lit en 1965, puis un autre portrait de Louise réalisé le vingt novembre 1993, sur la même page. Puis une page composée d’un autre portrait de Louise, d’un dessin en bas de page d’une paire de lunette et d’une pince à linge, avec un échange de questions et réponses entre la mère et le fils. Puis un petit tour sur la promenade des Anglais à Nice, puis un homme qui demande à l’artiste de lui représenter son fils à partir d’une photographie et qui trouve que le résultat n’est pas son fils. Puis un saut temporel et spatial jusqu’à Villars-sur-Var, alors que Baudoin est encore un jeune adolescent. Puis un dessin de torero dans une arène, réalisé à l’occasion d’une corrida à Valence en Espagne en mai 1992. Les dessins sont du pur Baudoin : d’épais contours au pinceau, parfois un dessin griffé à la plume, une apparence fruste, parfois proche de l’esquisse, et en même temps une vie extraordinaire, une justesse surnaturelle, la capacité extraordinaire de donner à voir et à ressentir en même temps, qu’il s’agisse de l’ombre chinoise d’un palmier, ou de la vitalité du taureau dans l’arène. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut vite se sentir déstabilisé par ces sauts incessants d’une époque à l’autre, d’un endroit à l’autre, par ces souvenirs d’enfance dont il peut se sentir exclu, par ces variations graphiques d’une page à l’autre, et même parfois au sein de la même planche. Il comprend bien la volonté de l’auteur de donner à voir ses hésitations, les liens logiques existant dans son esprit entre des éléments hétéroclites, n’étant liés ni par l’unité de temps ni par celle de lieu. Comme il a pris l’habitude de le faire depuis plusieurs albums, ce créateur fait apparaître son flux de pensée avec les différents fils qui le composent. Cela se voit par exemple dans les différentes graphies du texte. D’une manière générale, il écrit au pinceau, en lettres capitales, avec une ponctuation allégée (il n’aime pas beaucoup les virgules). Toutefois dès la première planche, il annote le portrait de sa mère, par deux courtes mentions : la première en écriture cursive, la seconde en capitales plus petites et plus fines. Sur la deuxième planche, le lecteur retrouve l’écriture en majuscules au pinceau, ainsi que des annotations apportant des précisions sur le lieu où réside l’artiste, une autre sur une plante verte (en minuscule et cursive) indiquant que : À l’endroit où un enfant, une femme, un passant avaient été tués, les Beyrouthins déposaient un caoutchouc, une plante dans un tonneau. En page cinq et six, il utilise des textes tapés à la machine, dans lesquels il rajoute quelques mots à la main en cursive. À partir du passage où il raconte l’embolie cérébrale de son père, il lui arrive également de raturer des mots qui deviennent noircis et illisibles pour le lecteur. La narration visuelle présente elle aussi des singularités hétéroclites, à l’évidence exprimant les idiosyncrasies de l’auteur, ainsi que la diversité de ses sensations et de ses états d’esprit. Des cases avec bordures et alignées en bande, des cases sans bordure, des cases en inserts, un portrait en pleine page, des collages comme la carte d’identité de son père, ou un extrait d’un dictionnaire pour la définition du mot Mouche, des cases avec un texte accolé à l’extérieur de la bordure, des cases comme collées sur une illustration, etc. Et même deux pages d’une autre bande dessinée réalisée par Charlie Schlingo, ou encore sept pages en miniature extraites de Passe le temps (1982) parce que Baudoin souhaite expliquer en quoi il s’est permis un écart avec la réalité des faits, et pour quelle raison. De manière similaire, il joue également avec les registres graphiques, allant d’un croquis pour représenter sa mère, à des cases à la plume jouant avec différents registres picturaux comme l’expressionnisme ou le cubisme. Par exemple, il cite explicitement Alberto Giocometti (1901-1966). Une véritable aventure artistique. S’il s’agit d’une découverte pour lui, le lecteur peut se trouver décontenancé par cette succession de scénettes et de réflexions qui semblent sauter sur coq à l’âne, au gré de la fantaisie de l’esprit de l’auteur… ce qui lui donne déjà un fil directeur. Ce papillonnage apparent se fait sur la logique des associations d’idées de Baudoin. S’il est déjà familier d’autres ouvrages de cet auteur, le lecteur identifie sa manière à lui de mettre en lumière le phénomène de simultanéité : rapprocher des faits ou des événements pour les juxtaposer dans un effet de coexistence, pour souligner la variété de l’existence, de l’expérience humaine, et la part d’arbitraire qui y préside. Avec cette idée en tête, la balade d’une localisation à l’autre fait sens : Vitrolles, Barcelone, Beyrouth, Villars-sur-Var, Paris, Nîmes, Orange, Tokyo, Nice. Il remarque également qu’il n’y a pas de répétition au fil de la succession de moments, finalement pas si épars que ça, et même en rien erratique. La narration lui apparaît alors comme un assemblage sophistiqué, un flux de pensée re-structuré, ré-articulé, pouvant aussi bien s’envisager comme une approche pour suggérer au lecteur (et à l’auteur lui-même) toute la vie intérieure de sa mère, c’est-à-dire des processus cognitifs et émotionnels invisibles pour ses interlocuteurs (ce qui peut leur faire dire que : C’est comme si quelqu’un avait débranché deux ou trois fils dans son cerveau.) et l’existence en fait d’une logique invisible et bien réelle dans l’esprit de Louise. Dans le même temps, l’auteur expose des souvenirs qui lui appartiennent, et non ceux de sa mère, qu’il transcrit de son mieux, avec sa sensibilité. Le lecteur sent s’y dégager deux thèmes principaux. Edmond est confronté à la sénescence de sa mère, à sa mortalité, ce qui lui fait se souvenir de cette fois où il avait assisté à l’embolie cérébrale de son père, un autre instant au cours duquel la mortalité de son parent était devenue tangible et traumatisante. De fil en aiguille, cela le ramène à un souvenir qu’il avait raconté dans une précédente bande dessinée : la mort d’un chien. Il avait sciemment transformé la vérité, car cette dernière lui semblait trop atroce à raconter. Le thème de la mortalité s’accompagne de celui du souvenir. En les racontant, l’auteur fait l’expérience de façon répétée que certaines circonstances se sont déjà effacées de son esprit, certaines sensations. Des détails lui échappent, alors que sur le moment il était convaincu qu’il s’en souviendrait toute sa vie. La mémoire s’étiole et se transforme. Pour finir, Edmond fait observer les vagues à Mathilde, en commentant. Il lui demande de bien regarder les vagues qui arrivent, d’en choisir une, de rester avec elle jusqu’à ce qu’elle vienne mourir ici sur la digue. Ça y est. Cette vague était. Il n’y en avait jamais eu une comme elle. Il n’y en aura plus jamais. D’autres lui ressembleront, mais plus jamais exactement identique. Elles sont toutes uniques. Pas le temps de les peindre de les dessiner. On aurait pu la photographier, la filmer… Mais comment avec un film reproduire la densité de l’air qu’elle déplaçait, l’espèce de poids qu’elle faisait remonter des profondeurs, la totalité de l’horizon d’où elle arrivait ? Cette poussière dont il est fait éloge fait référence au fait qu’on est poussière, et qu’on retournera à la poussière. L’auteur réalise une reconstitution de la mémoire sur la base du flux de pensée, de l’association d’idées, de la mémoire fragmentée de sa mère, abordant les thèmes de la mortalité, de la mémoire qui s’étiole et du souvenir imparfait et incomplet que l’on peut conserver d’un autre être humain. Il met en œuvre une narration visuelle d’apparence hétéroclite qui lui permet de montrer différentes facettes de ce questionnement et des expériences de vie qui le nourrissent. Extraordinaire.

27/05/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5
Couverture de la série Comanche
Comanche

Comanche est ma série préférée dans la catégorie western avec des bulles. Les points forts de la série sont nombreux : - la psychologie et l'évolution du personnage principal "Red Dust" qui est remarquablement travaillée. Il se construit en réaction à son époque et ses drames personnels. - les dialogues qui ne nous prennent pas pour des idiots. - la qualité des intrigues - Les dessins d'Hermann à tomber. On a souvent droit à de belles grandes cases qui font la moitié d'une planche. Les points faibles : aucun Les premières aventures servent à constituer l'équipe du ranch et sont déjà passionnantes. Les trois tomes suivants sont des classiques. Greg approfondit le traitement de ses personnages, tandis qu'Hermann nous éblouit par sa mise en scène. Le tome 6 fait office de récréation avec un ton plus léger et on enchaîne avec deux autres masterclass, "Doigt du diable" et "Les shériffs". Les deux derniers albums dessinés par Hermann sont des enquêtes qui manquent un peu de souffle. Tome 1 : **** Tome 2 : **** Tome 3 : ***** Tome 4 : ***** Tome 5 : ***** Tome 6 : *** Tome 7 : ***** Tome 8 : ***** Tome 9 : **** Tome 10 : *** Greg et Hermann, sûrement une des plus belles associations du 9eme art. Une bande qui a conservé toute sa part de modernité. Indispensable.

26/05/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5
Couverture de la série Inside Moebius
Inside Moebius

Une autobiographie des dernières années et jours d'un dessinateur génial... en bande dessinée. Inclassable, délirant, émouvant, c'est beau et les mots nous manquent a tous... Je ne conseille ni la lecture ni l'achat sauf qu'aux inconditionnels de Moebius. Les dessins et les textes sont improvisés, spontanés, surtout au commencement. Mais l'édition est vraiment belle! L'autobiographie peut souvent tomber dans un exercice de justification personnelle ou d'hypocrisie. Ce n'est pas le cas ici, je crois. Après tant d'années, j'aime de plus en plus ces livres. C'est Giraud/Moebius dans son authenticité la plus dénudée. J'avais lu des interviews peu de temps avant : ses peurs et ses émois, ses passions et ses plaisirs, ses renoncements et ses regrets aussi. Tout cela se retrouve transposé dans cette œuvre, à travers les dessins, et c'est ici le plus important, je pense !

25/03/2015 (MAJ le 26/05/2026) (modifier)
Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Voyage en Italie
Le Voyage en Italie

« Le Voyage en Italie » fut ma première BD de Cosey. Je lui avais attribué la note maximale suite à ma première lecture en 2003… Je relis ce diptyque 23 ans après, et ma note reste à 5/5. Il s’agit pour moi du « roman graphique » parfait… une histoire incroyablement humaine, une galerie de personnages complexes et attachants, et une intrigue « road movie » dépaysante et prenante. L’amitié qui lie les protagonistes est contagieuse, et on se sent investi dans le succès de leur projet d’adoption, on vibre avec eux… la fin, elle, est juste parfaite. Cette toute dernière planche m’émeut toujours autant, je la trouve tellement triste. « Le Voyage en Italie » fut aussi mon introduction au dessin de Cosey, que j’ai ensuite admiré dans ses autres œuvres (à commencer par le superbe A la recherche de Peter Pan). J’adore son style typé ligne claire et très détaillé, et ces couleurs pastelles. Un sans-faute en ce qui me concerne, que j’ai eu la chance de découvrir dans la collection « Horizons », à 5.50 euros l’album couverture souple !

30/07/2003 (MAJ le 25/05/2026) (modifier)
Couverture de la série La Fourrière des Animaux
La Fourrière des Animaux

La Fourrière des animaux s’inscrit directement dans l’héritage de La Ferme des animaux d’Orwell, dont elle propose une relecture moderne, dense et très actuelle. Le point de départ est simple mais redoutablement efficace : des animaux se révoltent contre les humains qui les enferment et tentent de construire leur propre société, leurs propres règles, leur propre démocratie. Ce récit met en scène une communauté auto-gérée et critique l’autoritarisme (ici, ciblant le trumpisme, là où Orwell fustigeait le stalinisme). Mais Tom King ne se contente jamais d’une lecture frontale ou caricaturale : ce qui l’intéresse, c’est la mécanique du pouvoir. Comment une démocratie naissante porte déjà en elle ses propres fissures, et comment ces fissures s’élargissent sous l’effet de la peur, des ambitions personnelles et des divisions idéologiques. Il y a clairement une lecture politique contemporaine, très ancrée dans les tensions américaines récentes. Le parallèle avec le populisme est évident, et certains lecteurs pourront y voir un rapprochement entre le personnage de Piggy et Donald Trump, sans que le comic ne se limite pour autant à une simple charge dirigée contre une figure précise. Ce qui frappe surtout, c’est la place donnée à la parole. La Fourrière des animaux est un comic très bavard, presque théâtral. Les débats, les discours et les confrontations d’idées structurent entièrement le récit. Par moments, cela peut sembler excessif, presque démonstratif. Mais ce choix est aussi ce qui fait sa force : ici, la démocratie ne se raconte pas, elle se construit et se désagrège sous nos yeux, à travers le langage lui-même. Graphiquement, Peter Gross propose un dessin sobre, précis, sans esbroufe, mais parfaitement maîtrisé. Tout repose sur l’expression, la lisibilité et une atmosphère parfois étouffante qui accompagne parfaitement la tension politique du récit. Et c’est là que la comparaison avec Le Château des animaux devient intéressante. Là où le roman graphique de Xavier Dorison et Félix Delep proposait une fable plus poétique, presque intemporelle dans sa manière d’aborder la tyrannie, La Fourrière des animaux est beaucoup plus frontale, contemporaine et ancrée dans un contexte politique identifiable. Les deux œuvres parlent du pouvoir et de la manière dont il corrompt ou fracture une société, mais avec deux tons opposés : l’un est plus symbolique et contemplatif, l’autre plus discursif et brûlant d’actualité. Au final, La Fourrière des animaux est une œuvre ambitieuse, parfois un peu trop verbeuse, mais cohérente de bout en bout et vraiment marquante. Une fable politique moderne qui laisse volontairement un malaise, parce qu’elle rappelle à quel point les idéaux collectifs peuvent vaciller vite.

20/05/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Karl
Karl

Il aimait davantage les objets que les humains. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2026. Il a été réalisé par Cyril Bonin pour le scénario, les dessins et la mise en couleurs. Il comprend cent-deux pages de bande dessinée. Dans une région montagneuse encore sauvage, des feux à éclat clignotent au beau milieu de la route. La police et une ambulance sont sur place. Ils constatent l’accident de la route : une voiture encastrée dans un arbre sur le côté, au volant un androïde, à l’arrière un homme âgé mort. Les journaux titrent : Décès de Charles Brooks, président directeur général de la Crown-Bank dans un accident de voiture. À la mise en terre, une dizaine de personnes sont présentes, toutes habillées de noir. Alors que Magda Brooks, la fille du défunt s’éloigne à la fin de la cérémonie, un homme l’aborde : il espère qu’elle a été satisfaite de leurs services. Il ajoute que son père avait déjà pris toutes ses dispositions et qu’ils se sont efforcés de les respecter. Elle le remercie et lui assure que c’était très bien. Il lui remet un petit sachet contenant les effets personnels dont il lui avait parlé au téléphone, et lui tend les clés de la maison. Il l’assure une dernière fois de toutes ses condoléances. Magda reprend la route dans sa petite voiture et se rend à la propriété de son père. Elle se gare devant après avoir passé les grilles, et elle pénètre à l’intérieur avec sa petite valise à la main. Magda Brooks dépose sa valise dans l’entrée, puis elle pousse la porte et rentre dans le salon. Elle touche délicatement la sculpture de la colonne sans fin, tout en remarquant le projecteur de film sur son trépied. Elle jette un coup d’œil aux autres objets de collection présents, touchant délicatement le pavillon d’un phonographe, puis la Danaïde, et enfin le bord du piano. Elle pénètre dans le bureau de son père, jetant un coup d’œil sur sa table de travail, et notant l’exemplaire de The Fountainhead. Elle s’arrête devant une grande masse, plus haute qu’elle et elle en descend la fermeture éclair de la housse, découvrant la tête, puis le torse de l’androïde. Elle est interrompue dans son geste par le bruit d’une voiture arrivant, puis celui de la sonnette. Elle va ouvrir : un homme avec une belle prestance se présente, il s’appelle Lars Olsen, c’est lui qui lui a téléphoné il y a deux jours. L’expert en cybernétique, elle avait oublié qu’il devait venir. Elle le fait entrer. Il lui présente ses condoléances. Puis il lui expose la raison de sa visite : comme il lui a expliqué au téléphone, la Crown Bank envisage de poursuivre en justice la Randall Company, la société qui a mis au point l’androïde au service de son père avant son décès. Elle répond qu’elle est au courant, les membres du bureau directeur lui en ont fait part afin de savoir si elle s’associait à leur démarche, et elle leur a répondu que non, que cela ne changeait pas ce qui s’est passé. Ils lui ont dit qu’ils allaient encore y réfléchir. Il reprend : En effet, le rapport de police était des plus succincts, c’est pourquoi une enquête plus approfondie des circonstances exactes de l’accident a été ordonnée. Leur décision dépendra des résultats de cette enquête. Une bande dessinée immédiatement agréable. Elle s’ouvre avec trois cases de la largeur de la page montrant un paysage sauvage de montagne, une simple route à deux voies, une dans chaque sens, un travelling avant qui fait comprendre que le lecteur se rapproche du lieu où se trouve la situation d’intérêt, et une colorisation discrètement expressionniste. Le ciel pourrait être de cette couleur bleutée… mais pas tout à fait, il tire un peu sur le vert. Les flancs de montagnes pourraient prendre cette nuance de brun… qui semble toutefois subir légèrement l’effet bleu aigue-marine, voire turquoise. Cette sensibilité dans les couleurs s’exprime de différentes manières : les couleurs un peu assombries et en même temps pastel lors des séances d’audience dans le tribunal, rendant par ricochet beaucoup plus lumineuses les couleurs dans la prison, le roux de la biche, etc. Baignant dans cette lumière douce, l’esprit du lecteur relève parfois une touche qui ressort : le rouge franc des feuilles d’automne dans un arbuste, un visage devenu vert dans un éclairage artificiel, la jolie couleur claire d’une rose, le bleu clair intense de deux papillons, l’orange intense d’une banquette dans un café… Et les deux petits points blancs faisant office d’yeux pour Karl. Deux tout petits cercles blancs qui ne s’éteignent plus une fois qu’il a été réactivé par la jeune femme. Un regard indéchiffrable et aussi insondable. Happé dans ce décor naturel qui semble hors du temps, le lecteur ressent une douce curiosité : Qui va-t-il rencontrer ? Une jeune femme tranquille et assurée. Quel est l’enjeu ? Déterminer la nature profonde d’un androïde calme et posé. Où va l’emmener le récit ? Dans des endroits calmes et reposants, même les séances au tribunal se déroulent dans une ambiance feutrée. Quels événements vont le surprendre ? Des séquences racontées dans la durée, avec certes un accident de voiture, toutefois son effet est désamorcé car le récit débute avec les conséquences immédiates, la mort d’un homme âgé sur la banquette arrière. Une narration qui laisse le lecteur s’installer, prendre son temps, adopter le rythme qu’il souhaite en particulier lors des vingt-six pages muettes qui parsèment l’ouvrage. Il fait bon arriver tout seul, avec Magda Brooks, à la propriété de son père, et entrer tranquillement dans une pièce, pouvoir regarder autour de soi. Puis prendre une tasse de thé, après le départ de l’expert en cybernétique, appuyé contre le montant de la porte vitrée, en admirant le jardin. Puis se promener dans ce jardin en admirant la végétation le mug chaud entre les mains, le poser sur la table de jardin, puis se mettre à ramasser les feuilles tranquillement. En page cinquante et un, jardinier à son rythme avec l’aide Karl, dans une page muette. Jardiner tout aussi tranquillement quelques décennies plus tard, toujours en compagnie de Karl, puis prendre une boisson fraiche dans un fauteuil de jardin en osier, en écoutant de la musique. Et puis cette séquence magnifique de quatre pages dans laquelle Karl marche dans les bois, s’arrête pour examiner la mousse sur le tronc d’un arbre, et regarde voleter deux papillons. Un instant dont la magie fragile s’exprime par la narration visuelle délicate. Le lecteur voit bien que l’artiste a mûrement réfléchi à son approche visuelle : la finesse de la silhouette de Magda Brooks et le respect qui lui est porté, sans sexualisation, sans pour autant masquer sa féminité. La silhouette plus carrée de Lars Olsen, bien découplé, solidement charpenté, pour un contraste marqué avec la fille du banquier. La silhouette humanoïde massive de Karl, avec ses joints lui offrant la liberté de mouvements nécessaire, son revêtement métallique à la fois mat et laissant deviner une forme de brillance sous-jacente, ses deux petits yeux blancs tout ronds, et encore plus discret la minuscule lumière orange sur le côté de sa tête, indiquant qu’il est en fonctionnement. Le lecteur se rend compte qu’en dehors des intervenants dans les deux scènes de procès et des figurants dans le café pris dans un restaurant, il n’y a pas d’autres personnages. Les paysages et les intérieurs bénéficient également d’un soin dans leur conception et leur représentation. Le salon encombré des objets collections et choisis par Charles Brooks, l’aménagement de la chambre de Magda et ses peluches, la cuisine et ses ustensiles, le mobilier de jardin et les outils de jardinages, renouvelés entre le début du récit (table et chaises métalliques) et sa fin (table en bois et fauteuils en osier), les chaises à haut dossier des juges et des jurés, les parois aseptisées de la prison, etc. À une ou deux reprises, le lecteur peut voir les rues de la ville quand la jeune femme se rend au tribunal en voiture, avec deux drones flottant à deux étages de hauteur, des artefacts technologiques en cohérence avec l’existence d’un androïde aussi sophistiqué que Karl. Et bien sûr la beauté de la nature, que ce soit le jardin ou les bois à proximité de la propriété des Brooks. Sous le charme de la narration visuelle, des personnages, des paysages, le lecteur se laisse porter, découvrant Karl dès la page quatorze, comprenant son rôle dans l’accident de voiture, relevant les comportements qui sortent de sa programmation. Une intrigue qui porte à la fois sur les circonstances de l’accident et le degré de responsabilité de Karl, ainsi que sur la question de fond de savoir s’il a développé une conscience ou s’il s’en trouve pourvu pour une raison exogène. Une réflexion sur l’intelligence artificielle ? Certes c’est à la mode, mais ici les prémisses différent sur un point fondamental : cette intelligence artificielle dispose d’un corps, ce qui la rapproche encore plus de l’expérience humaine. En effet l’auteur évoque quelques points technologiques spécifiques, dans ce registre entre anticipation et science-fiction : un être mécanique et électronique dispose finalement de connaissances et d’expériences très proches de celles d’un être humain. Il semble inéluctable qu’il développe une sensibilité au contact des êtres humains qu’il côtoie et qu’il observe, ne serait-ce que par un phénomène de mimétisme. La question se trouve au cœur de l’intrigue, puisque l’accident est survenu alors que Karl a fait l’expérience de ce qu’il nomme la beauté, une expérience très humaine. L’auteur reste dans le domaine du roman, avec une touche de science-fiction (cet androïde dit Life Companion, sans prétention de faire œuvre de projection dans le futur ou de thèse philosophique sur la nature de la conscience. Au fil des échanges, le lecteur relève plusieurs éléments singuliers. Les références culturelles : l’œuvre de Constantin de Brancusi (1876-1952, Constantin Brâncu?i) avec Colonne sans fin (1938), Danaïde (1913), ainsi que la présence du roman La Source vive (1943, The Fountainhead) de Ayn Rand (1905-1982). Il identifie également le film montré dans le salon avec le vieux modèle de projecteur : L’aventure de Madame Muir (1947, The Ghost and Mrs. Muir) réalisé par Joseph L. Mankiewicz (1909-1993). Il note en passant que Magda Brooks travaille dans un centre pour personnes atteintes de TSA ou Troubles du Spectre Autistique. Ces différents éléments attirent son attention et orientent son point de vue. Il relève successivement qu’il est question du nom de l’androïde, qu’il faut s’adresser directement à lui pour l’activer, que Karl fait preuve d’initiatives, qu’il ne peut pas mentir (sauf peut-être par omission ?), qu’il pose des questions pouvant s’interpréter comme de la curiosité, même si son regard reste inexpressif et insondable. Ses particularités continuent d’affleurer : un modèle réputé infaillible, sa fascination pour le vol de deux papillons, son initiative d’aider Magda, etc. Rapidement, le lecteur en vient à le considérer en fonction de la manière dont se comporte Magda avec l’androïde. Il se pose des questions à son endroit comme il le ferait pour un être humain : Quelles sont ses motivations ? Comment interpréter les anomalies qui ont été découvertes par Lars Olsen parmi les données de Karl ? Comment qualifier ce qui le traverse, une sorte d’envie, de soif d’apprendre, de connaître, d’exister ? La question de la conscience est abordée par le prisme romanesque, aussi puissante et complexe que si elle était analysée dans une thèse philosophique. Karl dispose-t-il d’une liberté de pensée, ou cela relève-t-il de mimétisme grâce à ses capteurs sensoriels et son accès à toute la bibliothèque de l’humanité ? Par la force des choses, le lecteur se retrouve en empathie avec Magda Brooks, se calant sur son comportement, elle qui est très sensible aux questions relationnelles, qui travaille dans un centre pour personnes atteintes de troubles du spectre autistique. Point de vue qui rend d’autant plus floue la notion d’humanité et de conscience, de la manière dont elle se manifeste. Une jeune femme hérite d’un androïde dont la fonction est d’être un compagnon de vie, très sophistiqué. La narration visuelle exhale une force de séduction douce et bienveillante, irrésistible, par ses personnages sympathiques, des paysages calmes et accueillants, et l’étrangeté déstabilisante de Karl, sans être menaçante. Le lecteur adopte le point de vue de Magda Brooks, ouverte d’esprit, sensible à la personnalité de Karl, qu’il s’agisse d’une propriété artificielle produite par la sophistication de sa technologie, ou d’un comportement authentique quand bien même il provient d’un être synthétique. Formidable, beau comme une biche et délicat comme un vol de papillon.

20/05/2026 (modifier)
Par Chartreux
Note: 5/5
Couverture de la série Blacksad
Blacksad

Il y a pléthore d'avis positif pour Blacksad justifiés, et en rajouter un n'est pas forcément utile. Mais je clame mon admiration pour cette série dont certains tomes sont exceptionnels, qui m'a remis dans le droit chemin de la lecture de BD il y a 5 ans, alors que je l'avais déserté. Une série indispensable dans une bibliothèque, qui se dévore autant sur le plan graphique que narratif.

19/05/2026 (modifier)
Par tnerual96
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Walking Dead
Walking Dead

The Walking Dead est une série que j’ai adoré du début à la fin. C’est même le genre de comics que l’on peut relire entièrement sans perdre ce qui le rend aussi prenant. J’ai acheté l'édition "Prestige" en 16 tomes et je l’ai relue une seconde fois avec toujours autant de plaisir. Ce que j’aime particulièrement, c’est à quel point tout paraît naturel dans la narration. Les événements, les relations entre les personnages, les conflits… tout s’enchaîne de manière fluide sans donner l’impression de forcer artificiellement le drame. Même les moments plus calmes restent intéressants parce qu’ils servent vraiment à construire les personnages et leur évolution. L’ambiance est aussi l’un des énormes points forts du comics. Ce n’est pas juste une histoire de zombies : c’est surtout une série sur la survie, la peur, l’usure psychologique et les relations humaines dans un monde détruit. On finit par s’attacher énormément aux personnages, justement parce qu’ils paraissent humains avec leurs qualités, leurs erreurs et leurs contradictions. Et même en connaissant déjà les grands événements lors de ma seconde lecture, le comics reste toujours aussi efficace. C’est pour moi la preuve que la série repose avant tout sur la qualité de son écriture et de ses personnages, pas seulement sur les rebondissements ou les morts marquantes. 5/5

18/05/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Valérian
Valérian

J'ai commencé à admirer cette série dans Pilote dans les années 60 et ensuite dans l'hebdomadaire Tintim portugais des années 70 ! Pour moi, c'est LA série de science-fiction de référence, très en avance sur toutes les autres. J'adore presque tout et il est difficile d'entrer dans les détails, mais je vais essayer un peu : l'apocalypse et la vie sur Terre après, les voyages dans le temps, les mondes extraterrestres, l'empire des mille planètes, les oiseaux du Seigneur, la maladresse de Valérian et la compétence de Laureline pour le compenser. Tout est très bon et étonnant ! Les récits et les dessins ont été une énorme influence sur le cinéma, sans qu'elle ait été reconnue nombreuses fois: George Lucas, Ridley Scott, Luc Besson... Mézières disait qu'il ne savait pas dessiner et ressentait beaucoup de difficultés, les mains des personnages, par exemple. Mais je pense qu'il s'en est très bien sorti, ses vaisseaux spatiaux sont impressionnants ! J'ai eu quelques difficultés avec certains épisodes et personnages : la sainte trinité... les paradoxes spatio-temporels, je vais encore essayer de les comprendre mieux. À la fin de tout, je reste aussi idiot et amoureux de Laureline, tout comme les shingouz.

16/05/2026 (modifier)