Perramus
Perramus est une allégorie sombre et oppressive sur la dictature militaire argentine. C'est une grande fresque qui nous fait suivre les pérégrinations de trois personnages en quête d'histoire et d'aventures dans un univers dominé par les régimes totalitaires et la censure.
Amnésie Amnesty International Argentine Auteurs argentins Best of 1980-1989 Circus Dictatures et répression Le Premier Futuropolis (1972-1994) Les meilleures séries courtes
Perramus, un jour, s'enfuit en laissant ses amis à la merci des millitaires. En fait, il ne s'appelle pas encore Perramus. Dans un bar perdu, on lui propose l'oubli, il accepte. Dès lors, il devient Perramus, l'homme sans passé. Au cours de ses pérégrinations, il rencontre Canelone, le négro, puis l'ennemi et enfin Borges, l'aveugle, le maître poète de Santa Maria. La dictature fait rage et menace l'âme de Santa Maria que les trois hommes vont tenter de sauver. De la lune au solitaire en passant par Mimile et le révérend, nos trois comparses se perdent dans une Santa Maria, rongée par la dictature militaire...
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Genre
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| Date de parution | Octobre 1986 |
| Statut histoire | Série terminée 4 tomes parus |
Les avis
Parfait ! Les généraux à tête de mort, le noir et blanc qu'on devrait nommer noir blanc et gris ! Et l'histoire ? Parfaite aussi, et tiens, comme dans Mortelune, et quoi qu'on en dise, il n'y a pas de baisse de régime à la fin. Par contre, je concède que c'est le cas dans Little Némo où il y a moins de couleurs, moins d'imagination, peu à peu. L'ai-je seulement mentionné, pris dans la nostalgie de l'époque où je découvrais cette œuvre, et dans le désir de rêves aussi brillants et beaux que Nemo ? Bref, enfin, je vois pourquoi on prétend qu'il y a une baisse de régime dans Perramus : à un moment, les méchants ne sont plus au pouvoir, et il se fait une quête pour dépasser le traumatisme collectif de la dictature… Je trouve l'idée excellente, mais il me semble que si je devais la décortiquer, je spoilerais quelque peu pour les gens devant découvrir l'œuvre. Je me conterais de dire qu'il s'agit, au fond, d'une réinterprétation du thème de la relique, déclinée d'une façon musicale et latino-américaine. Oui, latino ! Dans la deuxième partie, on s'ouvre sur tout le continent, et même le monde sans que ce soit forcé. Perramus et ses deux compagnons ont toujours autant de personnalité. Il en faut pour résister aux généraux, soutenir des dialogues avec Borges et autres aventures. Je ne prétends pas avoir compris toutes les allusions de l'œuvre. Et alors ? Comme avec Corto Maltese, elle rend la connaissance qu'on a plus joyeuse, et incite surtout à savoir et surtout vivre et rêver davantage ! J'ai enfin lu ce que j'ai longtemps désiré, et ce, sans déception. Souvent, dans tous les arts, quel à quoi bon ? Bref, remarquons que le scénariste aurait vu ses idées gâchées avec un dessinateur moindre, et que le dessinateur, sans une histoire digne de ce nom, n'aurait pas été amené à se dépasser. Bande dessinée : le dessin, il est toujours là, et le texte, doivent être valables et si possible, comme ici, plus que valable et se soutenir l'un l'autre. Non, la bande dessinée ne sert pas à dessiner si on ne sait pas dessiner pour refourguer son texte à ceux qui ne veulent pas lire plus que ça. Et d'un autre côté, le dessin n'est pas le paravent d'une histoire débile et de dialogues stupides. Donnons un coup du volumineux Perramus au premier qui coulera l'art séquentiel en en faisant une espèce de sous dessin ou de sous littérature !
3.5 Je réécris mon avis après avoir enfin lu l'intégrale paru chez Futuropolis. Un très bel album qui mets bien en valeur le dessin de Breccia, mais comme il est gros cela m'a prit deux jours pour le lire parce que j'avais pas envie d'essayer de lire ce mastodonte dans l'autobus ou au travail durant mes pauses ! Il faut pas être allergique aux récits étrangers pour aimer cette série parce qu'on est dans un univers onirique remplit de symboles, pas du tout dans un monde réaliste. Je trouve que c'est le genre de série qui est parfait pour le style très particulier de Breccia. Son dessin étrange en noir et blanc crée une atmosphère étrange et oppressante ce qui est parfaite pour un récit dénonçant la dictature militaire. En plus, l'impression de Futuropolis est très bonne (dans mes souvenirs, l'album paru chez Glénat comportait des cases un peu difficile à déchiffrer). J'ai surtout aimé les moments satiriques comportant de l'humour noir et les dialogues sont souvent savoureux. Bien sur, par moment je ne savais pas trop où les auteurs voulaient en venir, mais ce n'est pas trop grave parce que j'ai globalement aimé ma lecture. Il n'y a que la quatrième partie qui m'a semblé un peu plus faible que les autres. En tout cas, à lire si on aime les récits étranges qui sortent de l'ordinaire.
Parti pour découvrir un monument de la bd , un symbole de la bd engagée contre les régimes totalitaires, je suis à la fin de ma lecture enchanté par les premiers tomes et déçu par le dernier tome de la série. Un sentiment final mitigé mais Perramus est globalement une bd à lire absolument. Ce réquisitoire contre toutes les juntes militaires d’Amérique du Sud mises en place pour combattre le communisme dénoncent les dérives des pays dirigés par des militaires. Les auteurs prennent comme exemple leur propre pays, l'Argentine victime d'un dictature de 1976 à 1983, ils témoignent de l'impact sur la population. Ce récit nous fait vivre et comprendre la peur des habitants traqués. Un héros qui décide d'oublier pour survivre dans cette société. Le dessin orignal en noir et blanc est tellement réussi qu'il donne encore plus de force au message envoyé par l'auteur. Les visages, les décors sont comme le scénario aux frontières du réel et de l'irréel pour dénoncer les crimes de la junte au pouvoir. La complémentarité entre le scénariste et le dessinateur nous transporte dans une ambiance oppressante, dans un monde déshumanisé où les événements nous paraissent irréels et les auteurs exploitent avec talent ces situations pour faire évoluer leurs personnages aux frontières du réel. Merci à Futuropolis pour la réédition en intégrale de la série.
Première découverte d'Alberto Breccia, dessinateur argentin dont j'avais entendu parler surtout pour Mort Cinder et L'Eternaute, mais je n'avais jamais été tenté, et ce n'est pas avec "Perramus" que ça va m'encourager. C'est le genre de Bd que je n'aime pas et que j'ai du mal à comprendre, en plus celle-ci est très difficile d'accès et surtout peu lisible au niveau graphique, ce noir & blanc en forme d'aquarelle, un peu mouvant par endroits et qui change d'aspect, ce n'est pas ce que j'aime en bande dessinée. Je me risque même à dire que c'est assez hideux, pas du tout esthétique, picturalement, il y a sans doute une recherche, mai j'aime pas du tout. J'ai vaguement compris qu'il s'agit d'une charge et d'un règlement de comptes sur une époque abominable d'un pays d'Amérique du Sud indéterminé, mais qui en filigrane désigne l'Argentine d'autrefois, car à travers ce récit, les auteurs démontent les rouages d'un régime totalitaire qui règne par la terreur, c'est un récit fort et très réaliste, mais ce n'est pas du tout pour moi. Si je n'avais pas eu l'occasion de le lire dans les numéros de Circus de 1985, je crois que je serais resté ignorant de cette Bd, ça n'aurait certes pas été une perte pour moi, mais c'est bien pour ma culture BD que je l'ai découvert.
Pour commencer j'ai eu un peu de mal avec le dessin, trop abstrait, il est parfois très difficile de distinguer les personnages, les décors. Et pourtant c'est impressionnant de maîtrise, c'est sombre, chaque planche est une peinture. Le premier ouvrage regroupe les 2 premiers tomes, il est composé de 2 fois 8 chapitres. Cela ouvre sur un homme qui choisit une compagne pour la nuit : l'oubli. Et au réveil il ne se souvient plus qui il est, il prendra le nom de Perramus, qui est écrit sur un manteau dont il hérita d'un capitaine écossais lui aussi passé par la chambre de l'oubli. Il va par la suite être embarqué sur un navire pour y débarquer des cadavres en pleine mer, puis se retrouver au milieu d'une ville de décor de cinéma où un type bien loufoque sur les bords tourne des bandes annonces de films qu'il ne réalisera jamais. On croise les mots de peuple, révolution et les représentants du pouvoir le visage émacié personnifiés par la Mort encagoulée ou porteur d'un képi militaire. Perramus vit plein de péripéties à la rencontre de Borges, et dans la deuxième partie enquête à travers la ville sur son étoile à 6 pointes et cherche les 6 personnages d'une partition musicale dans la capitale. Les textes de cet ouvrage font partie de ces points forts. J'ai bien aimé ce passage, 2 candidats discourant « - Nous réclamons la poursuite de l'oppression sous une même botte uniforme et familière - le passage de la botte à la chaussure ne signifie pas changement mais variante. Je vous promets la même oppression sans changement. » Ensemble : « choisissez entre oui et oui, entre je et moi, entre nous, soyez libres de choisir le pied. » C'est assurément une critique déguisée de la société de l'époque par ses 2 auteurs. Une histoire difficile d'accès mais à voir.
Dans un pays inconnu, mais dont on comprend bien vite qu'il s'agit d'un pays d'Amérique du Sud, surgit un jour un personnage dont on ne sait rien, surgi de nulle part, mais qui va peu à peu retrouver son identité. La police parait en revanche savoir beaucoup de choses à son sujet. Comme l'ont fait Orwell dans "1984" ou Vargas Llosa dans "La Fête au Bouc", Breccia et Sasturain dénoncent les rouages des régimes totalitaires, et notamment ceux d'une Amérique du Sud en proie aux dictatures dans les années soixante-dix. La cible est bien entendu le régime des colonels Argentins dont la principale activité consiste à faire disparaître le moindre de ses opposants. Dans cette série, directement en prise avec la réalité, apparaissent ainsi tour à tour Borges, Peron, Carlos Gardel et Henri Kissinger le diplomate américain, prix Nobel de la paix, mais également l'incarnation de la duplicité de la politique étrangère américaine. Le Style de Breccia est ici totalement différent de celui utilisé dans Mort Cinder : le gris apparaît au milieu du noir et blanc, le crayon cède la place aux collages et à la peinture dans des cases qui sont de véritables tableaux. Breccia démontre ainsi toute la richesse de son style et prouve de nouveau qu'il est un maître de la bande dessinée, malheureusement trop méconnu du grand public. Une série à conseiller d'urgence pour ceux qui ont aimé Partie de chasse de Bilal, ou le Maus d'Art Spiegelman et qui aiment lorsque l'histoire est abordée avec talent par la bande dessinée.
Une histoire assez difficile d'accès. Le postulat ?... Un homme qui a perdu la mémoire et ne sait même plus son nom. Un seul élément d'identification éventuel : une étiquette sur son blouson avec la mention "Perramus". L'homme se cherche mais essaie aussi de comprendre les éléments de la vie qui l'entoure. C'est tout ?... c'est tout... OUI MAIS !... Cette histoire est peut-être la seule a avoir été créée et -surtout- publiée en Argentine, alors sous la coupe d'une junte militaire où il ne faisait vraiment pas très bon d'attaquer le régime en place. Et pourtant, les auteurs l'ont fait. Le récit est rempli de références et de situations -c'est vrai difficiles de compréhension pour les "non initiés"-. Les auteurs vont également faire intervenir des personnages très connus -et aussi médiatisés- de cette époque : Henry Kissinger (n° 2 des USA à l'époque), Juan Peron, l'écrivain Jorge Borges. Plus qu'un descriptif de cette recherche de la mémoire, "Perramus" est aussi une ode à la quête de la liberté, de la vérité surtout. Heureusement, les dirigeants de cette junte n'ont pas compris ce cri lancé par les auteurs, cette sorte de soif de faire connaître l'Argentine martyrisée d'alors (il faut dire que leur histoire se passe dans un pays d'Amérique du Sud non cité). Tant mieux pour Sasturain et Breccia. Ils ont osé lancer un énorme cri d'alarme au monde. Et même si ce cri d'alors n'a pas été -et de loin- entendu par tous, cette oeuvre se résume quand même en des termes qui parfois sont très difficiles à ne pas être censurés : "avoir osé"... Et c'est tout à leur honneur...
Il est assez drôle de lire certaines critiques concernant les albums de Breccia. Toutes reconnaissent en cet auteur un des monstres de la bande dessinée, ainsi qu' un talent graphique peut-être jamais égalé. D'où certains commentaires blasés concernant Breccia : pourquoi s'attacher à lire des albums frôlant la perfection, où il n'y a pas grand chose à redire (en fait rien), quand il est si jouissif de mettre le doigt sur la pauvreté et les lacunes d'une grandes partie des BD actuelles... Que voulez-vous,le "génie", ça lasse... Ainsi va "Perramus", génial, fabuleux, grave. A la fois témoignage et réquisitoire, portrait d'une Argentine riche en couleurs (pour un travail en noir et blanc...) refusant d'abdiquer. C'est bien LE chef d'oeuvre de ma BDthèque. Je plains les pauvres auteurs actuels. Avec un tel héritage, je réfléchirais à deux fois avant de me lancer dans la realisation d'albums. Un constat S'IMPOSE : Mieux vaut oublier Breccia, et ce dans l'intérêt général (malheureusement je n'y arrive pas...).
Il est vrai que Breccia, c'est d'une puissance graphique sans équivalent. Mais malheureusement l'impression de Glénat n'est pas toujours terrible et comme le dessinateur ne privilégie pas la lisibilité, c'est parfois un peu énervant. Mais quel qualité de scénario, on est loin du réalisme français, tout est onirique et symbolique. On se croirait dans les meilleurs Fellini.
Chef d'oeuvre, chef d'oeuvre. Perramus est un véritable roman, fascinant, troublant, captivant, émouvant... du grand art. L'univers sombre et opressant de la dictature est rendu de main de maître; avec des ambiances qui nous rapellent celle des meilleurs albums de Corto Maltese. Le dessin, en aquarelle noire et blanche, est quant à lui fantastique, pictural, superbe et en parfaite adéquation avec l'univers de la BD (j'ai envie de dire, du roman). Il est à signaler que l'album, réédité à l'occasion des trente ans de Glénat sous une jaquette spéciale, avait été primé en 1989 par Amnesty International comme meilleur livre sur les droits de l'homme.
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