Très bonne série de fantasy, assez classique dans sa structure mais bien plus cohérente et maîtrisée que beaucoup d’œuvres du genre. On est clairement sur un récit initiatique avec prophétie, équilibre du monde et conflit de croyances, mais le choix de suivre les événements depuis les deux mondes apporte un vrai intérêt au scénario et évite une narration trop linéaire. La série soulève aussi quelques réflexions intéressantes autour du dogme, de la foi et de la manière dont les sociétés construisent leurs vérités, même si elle ne pousse pas l’aspect satirique aussi loin qu’un Alim le tanneur par exemple.
Les personnages sont solides et fonctionnent bien dans l’univers proposé, sans forcément révolutionner les archétypes de la fantasy. La vraie force de la série reste surtout la cohérence globale : on sent une direction claire du début à la fin, avec une thématique bien tenue et un récit qui sait où il va. Ce n'est pas toujours le cas en BD fantasy.
Graphiquement, le travail est vraiment réussi. Le dessin repose énormément sur le trait, avec quelque chose de très fin et détaillé plutôt que sur de gros aplats spectaculaires. Les couleurs viennent surtout renforcer les émotions et donner de la vie aux scènes sans jamais écraser le dessin. L’équilibre entre précision du trait et ambiance colorée fonctionne particulièrement bien et donne une identité visuelle assez marquante à la série.
Une série qui plaira surtout aux amateurs de fantasy classique mais intelligente, avec un univers cohérent et une vraie identité graphique.
La Cathédrale des Abymes se situe presque à l’opposé total d’un Lanfeust dans le paysage de la fantasy en BD. Ici, pas de légèreté , pas d’humour et pas de récit bon-enfant : on est sur une fantasy sombre, sérieuse, très chargée visuellement et constamment dans la surenchère épique. Le récit cherche clairement le gigantisme, autant dans ses enjeux que dans sa mise en scène. Cela donne parfois un scénario un peu chaotique ou difficile à suivre, avec une densité qui peut perdre le lecteur par moments.
Au final, ce n’est pourtant pas désagréable du tout. On retrouve beaucoup d’éléments qui rappellent Arrawn dans le ton et l’approche dark fantasy, mais avec un vrai cap supplémentaire sur la partie graphique. Même si le scénario ne m’a pas laissé un souvenir impérissable avec le recul, la série compense largement par son souffle héroïque permanent, son univers extrêmement dense et surtout la variété impressionnante de ses décors, créatures, personnages et scènes. On sent qu’il y a une vraie générosité dans la proposition ; on en a clairement pour son argent.
Le dessin demande un petit temps d’adaptation mais finit par vraiment fonctionner avec l’ambiance générale. Certaines planches frôlent presque la peinture tant le travail visuel est poussé. C’est chargé, parfois excessif, mais totalement cohérent avec cette volonté de proposer une fantasy monumentale et sans retenue. Une série qui parlera surtout aux amateurs de dark fantasy épique et très illustrative plutôt qu’aux lecteurs cherchant un récit parfaitement maîtrisé ou subtil.
Nous sommes sur une planète fraîchement colonisée par ce qui reste de l'espèce humaine, une colonisation qui se fera aux dépens des autochtones. Voici pour les grandes lignes.
Maintenant, penchons-nous sur le personnage principal. L'énergumène criblé de flèches en couverture sur un élan, c'est Goetz, un bâtard né d'une mère terrienne et d'un seigneur local. Que dire de plus sur ce Goetz ? Ben... c'est une ordure de la pire espèce, sans une once de bonté, un guerrier sanguinaire et redouté.
Vous allez me dire, encore un album violent qui ne réjouira que les inconditionnels de sang, de lutte de pouvoir et de batailles. Y a de ça, mais pas que. Ce « Goetz » se veut philosophique aussi, étant donné qu'il s'inspire d'une pièce de Jean-Paul Sartre : le diable et le bon dieu, une œuvre ayant un reître, inspiré de Gotz von Berlichingen, pendant la guerre des paysans allemands au XVIe siècle. Fane transpose l'œuvre originale sur une planète lointaine en associant science-fiction et fantasy, mais c'est bien cette dernière qui prend le dessus. Une BD avec une portée philosophique sur le faux dilemme entre le bien et le mal. La liberté (la vraie) ne serait-elle pas notre bien le plus précieux ? Mais aussi une BD qui fait écho à l'actualité (et à de nombreux autres faits historiques), le vol des terres et de ses matières premières par tous les moyens.
Un album ambitieux qui ne m'a pas totalement convaincu, je suis resté perplexe devant le revirement à 180 degrés de Goetz en quelques cases (son passage du pire des salauds en bon samaritain). De plus, la fluidité de la narration n'est pas toujours au rendez-vous et les personnages manquent de crédibilité par moment. Des reproches qui n'empêchent pas la réflexion, même si cela est trop léger à mon goût.
J'ai apprécié le travail de Didier Cassegrain, en particulier sur la partie Fantasy où son trait puissant et sale est un régal. Un petit bémol sur les décors, ils sont souvent minimalistes.
Les dernières pages sont dédiées à une interview de Fane sur la genèse de son "Goetz".
Un album qui mérite un petit détour.
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La Prophétie des Deux Mondes
Très bonne série de fantasy, assez classique dans sa structure mais bien plus cohérente et maîtrisée que beaucoup d’œuvres du genre. On est clairement sur un récit initiatique avec prophétie, équilibre du monde et conflit de croyances, mais le choix de suivre les événements depuis les deux mondes apporte un vrai intérêt au scénario et évite une narration trop linéaire. La série soulève aussi quelques réflexions intéressantes autour du dogme, de la foi et de la manière dont les sociétés construisent leurs vérités, même si elle ne pousse pas l’aspect satirique aussi loin qu’un Alim le tanneur par exemple. Les personnages sont solides et fonctionnent bien dans l’univers proposé, sans forcément révolutionner les archétypes de la fantasy. La vraie force de la série reste surtout la cohérence globale : on sent une direction claire du début à la fin, avec une thématique bien tenue et un récit qui sait où il va. Ce n'est pas toujours le cas en BD fantasy. Graphiquement, le travail est vraiment réussi. Le dessin repose énormément sur le trait, avec quelque chose de très fin et détaillé plutôt que sur de gros aplats spectaculaires. Les couleurs viennent surtout renforcer les émotions et donner de la vie aux scènes sans jamais écraser le dessin. L’équilibre entre précision du trait et ambiance colorée fonctionne particulièrement bien et donne une identité visuelle assez marquante à la série. Une série qui plaira surtout aux amateurs de fantasy classique mais intelligente, avec un univers cohérent et une vraie identité graphique.
La Cathédrale des Abymes
La Cathédrale des Abymes se situe presque à l’opposé total d’un Lanfeust dans le paysage de la fantasy en BD. Ici, pas de légèreté , pas d’humour et pas de récit bon-enfant : on est sur une fantasy sombre, sérieuse, très chargée visuellement et constamment dans la surenchère épique. Le récit cherche clairement le gigantisme, autant dans ses enjeux que dans sa mise en scène. Cela donne parfois un scénario un peu chaotique ou difficile à suivre, avec une densité qui peut perdre le lecteur par moments. Au final, ce n’est pourtant pas désagréable du tout. On retrouve beaucoup d’éléments qui rappellent Arrawn dans le ton et l’approche dark fantasy, mais avec un vrai cap supplémentaire sur la partie graphique. Même si le scénario ne m’a pas laissé un souvenir impérissable avec le recul, la série compense largement par son souffle héroïque permanent, son univers extrêmement dense et surtout la variété impressionnante de ses décors, créatures, personnages et scènes. On sent qu’il y a une vraie générosité dans la proposition ; on en a clairement pour son argent. Le dessin demande un petit temps d’adaptation mais finit par vraiment fonctionner avec l’ambiance générale. Certaines planches frôlent presque la peinture tant le travail visuel est poussé. C’est chargé, parfois excessif, mais totalement cohérent avec cette volonté de proposer une fantasy monumentale et sans retenue. Une série qui parlera surtout aux amateurs de dark fantasy épique et très illustrative plutôt qu’aux lecteurs cherchant un récit parfaitement maîtrisé ou subtil.
Goetz
Nous sommes sur une planète fraîchement colonisée par ce qui reste de l'espèce humaine, une colonisation qui se fera aux dépens des autochtones. Voici pour les grandes lignes. Maintenant, penchons-nous sur le personnage principal. L'énergumène criblé de flèches en couverture sur un élan, c'est Goetz, un bâtard né d'une mère terrienne et d'un seigneur local. Que dire de plus sur ce Goetz ? Ben... c'est une ordure de la pire espèce, sans une once de bonté, un guerrier sanguinaire et redouté. Vous allez me dire, encore un album violent qui ne réjouira que les inconditionnels de sang, de lutte de pouvoir et de batailles. Y a de ça, mais pas que. Ce « Goetz » se veut philosophique aussi, étant donné qu'il s'inspire d'une pièce de Jean-Paul Sartre : le diable et le bon dieu, une œuvre ayant un reître, inspiré de Gotz von Berlichingen, pendant la guerre des paysans allemands au XVIe siècle. Fane transpose l'œuvre originale sur une planète lointaine en associant science-fiction et fantasy, mais c'est bien cette dernière qui prend le dessus. Une BD avec une portée philosophique sur le faux dilemme entre le bien et le mal. La liberté (la vraie) ne serait-elle pas notre bien le plus précieux ? Mais aussi une BD qui fait écho à l'actualité (et à de nombreux autres faits historiques), le vol des terres et de ses matières premières par tous les moyens. Un album ambitieux qui ne m'a pas totalement convaincu, je suis resté perplexe devant le revirement à 180 degrés de Goetz en quelques cases (son passage du pire des salauds en bon samaritain). De plus, la fluidité de la narration n'est pas toujours au rendez-vous et les personnages manquent de crédibilité par moment. Des reproches qui n'empêchent pas la réflexion, même si cela est trop léger à mon goût. J'ai apprécié le travail de Didier Cassegrain, en particulier sur la partie Fantasy où son trait puissant et sale est un régal. Un petit bémol sur les décors, ils sont souvent minimalistes. Les dernières pages sont dédiées à une interview de Fane sur la genèse de son "Goetz". Un album qui mérite un petit détour.