J’ai passé un bon moment avec cette BD de SF, surtout grâce à son ambiance très particulière et à son univers lunaire sombre et oppressant. L’histoire démarre sur la Lune, dans une colonie minière isolée où la tension et la violence semblent faire partie du quotidien. Très vite, on suit des personnages pris dans une situation qui dégénère progressivement entre survie, secrets et affrontements, avec en toile de fond une sensation permanente d’hostilité et de fin du monde.
Je me suis laissé embarquer par cette atmosphère pesante et par les mystères que le récit installe petit à petit. Le décor lunaire fonctionne vraiment bien et renforce ce sentiment d’isolement permanent. Il y a quelque chose de brutal et de presque désespéré dans cette histoire, autant dans le ton que dans les visuels.
Visuellement, on sent clairement les influences de Mike Mignola dans le travail de Bones, notamment dans les ombres épaisses, les contrastes marqués et cette manière très brute de composer certaines planches. Ça donne énormément de personnalité à l’ensemble et participe clairement à l’immersion.
Mais malgré toutes ces qualités, je reste un peu frustré en refermant l’album. J’ai eu le sentiment que le récit commençait réellement à décoller quand la fin arrive déjà. Beaucoup d’idées intéressantes auraient mérité davantage de développement, tout comme certains personnages ou enjeux de l’univers.
Au final, ça reste une BD de SF immersive et prometteuse, avec une vraie identité visuelle et une ambiance réussie, mais dont la conclusion arrive beaucoup trop vite à mon goût.
Ken Takakura, adolescent solitaire passionné d'ovnis, et Momo Ayase, lycéenne sûre d'elle fascinée par les fantômes, se lancent un pari absurde qui les plonge dans un monde où paranormal, extraterrestres et yokai s'entrechoquent en permanence. Très vite, leur quotidien bascule dans une succession de combats et de situations totalement incontrôlables, où humour, action et surnaturel se mélangent sans jamais vraiment se stabiliser.
Ce manga est un véritable fourre-tout fantastique-action qui pioche autant dans le folklore japonais que dans les aliens, les kaiju et les délires de conspiration, avec une énergie constamment explosive. L'ensemble fonctionne sur un rythme très nerveux, alternant affrontements spectaculaires, humour souvent efficace et moments de pure absurdité où tout peut partir en chaos d'une case à l'autre. Le dessin est globalement très solide, dynamique, avec une vraie maîtrise des expressions et des scènes d'action, ce qui rend le tout très lisible malgré le côté bordélique assumé.
Ce qui fait aussi beaucoup du charme de la série, c'est son duo principal. L'héroïne, charismatique et attachante, n'hésite pas à flirter ouvertement avec le héros, beaucoup plus introverti et maladroit, ce qui crée une dynamique de romance légère et souvent drôle. Autour d'eux, les personnages s'accumulent au fil des tomes, avec une galerie de figures souvent excentriques mais globalement attachantes, même si certains restent davantage des prétextes à situations qu'autre chose.
Malgré tout, cette lecture reste pour moi surtout un divertissement efficace à l'échelle de chaque tome, mais moins convaincant sur la durée. L'univers est original et généreux, mais aussi très dispersé, sans vraie intrigue globale suffisamment forte pour donner envie d'enchaîner absolument la suite. Tout se mélange en permanence sans jamais vraiment se poser ni se prendre au sérieux, ce qui donne un côté fun mais aussi assez superficiel sur la durée.
C'est donc une série que j'ai trouvée agréable sur le moment, portée par son énergie, son humour et sa mise en scène, mais à laquelle je n'ai pas suffisamment accroché pour avoir envie de lire rapidement la suite. Résultat : j'ai étalé sur plusieurs semaines la lecture de l'intégrale empruntée, et l'ensemble se mélange tellement dans mon esprit qu'il me reste finalement assez peu de choses vraiment marquantes une fois la lecture terminée.
J’ai emprunté cet album au hasard, uniquement intrigué par la couverture, le visage de la fille m’ayant fait penser au dessin d’Ito (j’ai un temps cru avoir en main l’un de ses albums). Mais en fait, même si le fantastique est bien présent, ça ne vire jamais à l’horreur comme dans les récits de Junji Ito.
D’ailleurs, le fantastique est même à peine présent. Le lecteur peut même penser à plusieurs reprises qu’on ne voyage que dans l’imagination d’« Emanon ».
Si en arrière-plan un certain fantastique pimente le récit, ce dernier est un peu trop léger pour rester mémorable. C’est davantage l’ambiance un peu évanescente, pleine de mélancolie, qui domine et constitue le principal attrait de cette histoire.
Une histoire qui se laisse lire, très rapidement, tant le récit est avare de texte et de péripétie. Mais cette lecture n’est pas déplaisante. J’ai un temps cru que la romance entre Emanon et le jeune narrateur allait tourner à une love story sirupeuse à la « Titanic », mais en fait non, et heureusement.
Je finis par le dessin, qui m’avait attiré au départ. Il est très agréable. En fin d’album, quelques planches supplémentaires sont colorisées. Eh bien je préfère le choix fait de n’user que du Noir et Blanc pour le récit, car le rendu est vraiment très bon et beau.
Laurent-Frédéric Bollée nous propose ici un bon récit documentaire – et très documenté – sur une catastrophe spatiale qui a marqué les esprits à son époque (1986), l’explosion juste après son décollage de la navette américaine Challenger.
Après une entame présentant l’accident, le récit est conçu comme un flash-back découpé avec un compte à rebours qui, immanquablement (puisqu’on connait le résultat), ne peut que dynamiser le récit en accentuant la tension.
On se familiarise avec les procédures de sélection de l’équipage, avec les questionnements techniques, les enjeux, etc.
Et on se focalise pas mal – comme les journalistes de l’époque – sur l’une des sept astronautes, une civile, professeur, qui était utilisée par la communication pour donner un visage humain et apprécié de l’aventure spatiale américaine (communication du Président Reagan, mais aussi de la NASA).
Bollée remonte pas mal en arrière, et il est intéressant de découvrir les efforts de la NASA pour communiquer, en utilisant en particulier une ancienne actrice de la série Star Trek (qui jouait aussi le jeu de « l’intégration » de la communauté noire…).
Il y a quand même quelques petites longueurs, et le dessin de Spadoni, s’il est généralement lisible, est aussi parfois minimaliste, avec un effacement de certains détails et des visages dont je ne suis pas fan.
J’ai été surpris d’apprendre que les astronautes n’étaient pas morts sur le coup lors de la désintégration de la navette (ce que j’avais toujours cru), ce qui apporte une ultime relance dramatique au récit (même si, là, Bollée a forcément entièrement inventé ce qui a pu se dire ou se faire).
Ma plus belle lecture cette année ! Une BD magnifique à la fois visuellement et dans le message qu’elle porte. Mention spéciale pour la richesse des dessins végétaux. Au fil des pages, on réalise le niveau de recherche et le temps que ça a dû représenter. A lire absolument !
Les Berceuses assassines est pour moi un polar noir remarquable, autant pour son histoire que pour sa construction narrative. Le principe des trois tomes fonctionnant comme trois regards différents sur une même séquence est particulièrement brillant. Chaque album apporte une nouvelle lecture des événements et modifie progressivement notre perception des personnages et de leurs actes. Cette narration fragmentée donne une vraie profondeur au récit et renforce constamment la tension.
L’histoire plonge dans une ambiance noire, mélancolique et presque fataliste, où chaque personnage semble prisonnier de ses choix et de son passé. Mais ce qui m’a surtout marqué, c’est la manière dont le récit joue avec les points de vue. On ne découvre jamais totalement la vérité d’un seul coup : elle se reconstruit morceau par morceau, au fil des versions et des révélations. Cela donne une impression très cinématographique, presque comme un puzzle émotionnel et psychologique.
Le rythme est maîtrisé, avec beaucoup de silences, de non-dits et une tension permanente. La BD ne cherche jamais l’action gratuite ; elle privilégie l’atmosphère, les regards, les blessures intérieures des personnages. On ressent une vraie humanité derrière cette noirceur.
Graphiquement, Ralph Meyer sublime parfaitement cette approche narrative. Son dessin réaliste, les expressions fatiguées des visages, les jeux d’ombres et les décors urbains renforcent cette sensation de polar noir crépusculaire. Chaque case participe à l’ambiance.
Au final, j’ai eu l’impression de lire bien plus qu’une simple enquête policière : une véritable tragédie humaine racontée sous plusieurs angles, avec une narration intelligente et immersive qui donne toute sa force à l’œuvre
Et en plus, elles font ça sans cheffe ni mots.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, de nature autobiographique. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Anaële Hermans pour le scénario, et par Sandrine Revel pour les dessins et les couleurs. Il comprend cent-dix pages de bande dessinée.
Sur la côte atlantique, aux abords d’un village de Galice, une équipe d’une quinzaine de volontaires sont en train de nettoyer les rochers après une marée noire, d’enlever le mazout. Claire s’occupe en particulier d’un rocher qu’elle gratte avec ses gants, étant revêtue d’une combinaison blanche de protection. Sa voisine lui fait observer que ça n’a l’air de rien, mais à la longue ça fait sacrément mal aux bras, elle s’attendait à un autre type de travail. Claire lui répond qu’il faut dire que les images qu’on avait vues à la télé étaient autrement plus impressionnantes, avec ces énormes flaques de pétrole et ces oiseaux mazouté. Une habitante du village indique que les volontaires qui les ont précédées ont fait un boulot extraordinaire. Elle continue : Mais franchement, elles sont au moins aussi méritantes, le travail de fourmi qui leur est demandé est usant. Puis Beatriz signale la fin de la journée de travail : ils vont s’arrêter là pour aujourd’hui, les volontaires peuvent ranger leur matériel dans la camionnette. Elle interpelle Claire en lui disant qu’à un moment il faut savoir s’arrêter.
Le soir venu, tous les volontaires sont attablés dans une salle commune. Beatriz indique aux convives que Carlos et Marta ont cuisiné un menu complet, il y a du vin et de l’eau sur les tables, s’ils veulent boire autre chose il faudra commander au bar. Et enfin, elle annonce : Voici le caldo gallego. Tout le monde discute. Claire répond à son vis-à-vis qu’après toutes ces années elle n’arrive toujours pas à masquer son accent étrange. Elle est française, elle vient de Lyon, mais elle vit à Madrid depuis huit ans. À une autre table, les volontaires échangent sur les suites pour les responsables de la marée noire. De toute façon, le procès durera des années, comme pour l’Erika. Ça va être difficile de pointer un responsable avec un bateau construit au Japon et immatriculé aux Bahamas, un certificat d’aptitude délivré par des Américains, un armateur libérien, un armement grec… Sans oublier le gouvernement espagnol et sa splendide idée d’éloigner le bateau des côtes au lieu de le remorquer vers le port. Les discussions se poursuivent. Claire indique qu’elle exerce le métier de traductrice : elle traduit beaucoup de poésie, un peu de littérature jeunesse et puis des… Elle hésite cherchant le mot juste, et après avoir cherché un instant : Des essais. Puis elle s’adresse à Beatriz pour savoir si elle accueille des groupes de volontaires tous les week-ends, et un autre demande à Marta si elle nourrit tout ce beau monde depuis trois mois. Ce à quoi elle répond que oui, et elle pense que quand toute cette effervescence retombera, ça va même lui manquer.
S’il a lu le texte de la quatrième de couverture, le lecteur sait déjà dans quelle situation personnelle se trouve Claire, et il relève ses hésitations comme un signe. Sinon, il peut juste y voir la volonté de trouver le mot juste, ce qui fait sens au regard de sa profession de traductrice. Les circonstances feront que le récit reviendra sur une dimension de ce métier et de ce qu’il dit d’une facette de la personnalité du personnage principal. Quoi qu’il en soit, il se sent accueilli auprès d’elle, dans sa tâche de fourmi pour gratter du mazout sur un rocher d’une immense plage, puis faire connaissance avec d’autres volontaires lors du repas dans la salle commune, papoter sur la plage à la nuit tombée avec Beatriz, rentrer chez elle à Madrid et découvrir la multitude de post-it collés sur chaque surface ou presque avec soit le nom de l’objet et éventuellement un court commentaire, soit un extrait de poème de Pablo Neruda (1904-1973) ou de Charles Baudelaire (1821-1867), aller faire les courses, prendre une première leçon à la piscine en vue de pouvoir faire de la plongée, etc. Les dessins dégagent une apparence douce, sans bordure de case, avec des couleurs pastel, des formes réalistes et un peu simplifiées, des personnes calmes et souvent souriantes, affables. La séquence d’ouverture montre bien les volontaires en tenue de protection, ainsi que des rochers noircis, sans sensationnalisme. Les endroits suivants s’avèrent également accueillants dans leur simplicité ou leur banalité.
Le lecteur suit donc Claire dans son quotidien, pour un moment de sa vie qui semble hors du temps, une activité de bénévole, peu de travail, une situation où elle s’interroge sur la suite à donner à sa vie : continuer dans la même voie ou changer. La narration visuelle montre très bien cette vie au quotidien, dans ses aspects banals. L’appartement fonctionnel, pas très grand avec sa grande pièce comprenant le coin cuisine, une table sur laquelle se trouve un ordinateur, un coin salon proche de la baie vitrée avec son canapé et sa table basse. Dans la page suivante, Claire se sert machinalement un café, dans un geste tout à fait naturel. En page vingt, le lecteur la voit hésiter dans le rayon des légumes d’un grand supermarché, où il peut reconnaitre chaque produit. Plus loin, elle est invitée par Beatriz à un repas familial avec le mari et les deux filles, les dessins exprimant le naturel de cette situation, sa dimension organique. Plus loin, elle participe à une fête dans le village galicien : des êtres humains normaux, de la musique, un chant traditionnel, un peu de danse, là encore les cases permettent au lecteur de s’immerger dans ce moment chaleureux, appréciable pour sa qualité conviviale, dépourvu de clinquant ou de moyens extraordinaires. Les couleurs restent douces et la direction d’acteurs relèvent d’un registre naturaliste.
Dans le même temps, le lecteur observe rapidement que la narration visuelle s’aventure régulièrement dans des registres sortant de des cases réalistes sagement alignées en bande. Cela se produit dès les pages quatorze et quinze qui sont en vis-à-vis : un plan de l’appartement en élévation au centre, sept cases en périphérie représentant Claire dans une activité du quotidien en contraste inversé, et une nuée de post-it répartis sur toute la page, pour un effet saisissant transcrivant bien la préoccupation de chaque instant du personnage. Puis vient la séquence dans laquelle les autrices racontent l’accident arrivé à leur personnage : la dessinatrice restreint sa palette, privilégiant un rouge très soutenu et un jaune très vif, par exemple la jeune femme est représentée en rouge pour tous les contours, les cheveux, les traits de visage, etc. Ce dispositif revient lors d’un tête-à-tête entre elle et son conjoint Luis. Plus tard dans un café, Xosé raconte une histoire aux personnes présentes, et la narration visuelle passe en mode texte illustré, avec des cases aux contours arrondis et fluides, et l’histoire sur le blanc de la page. Le lecteur se délecte également de quelques illustrations en pleine page comme une baleine remarquable ou un banc de sardines. Les planches surprennent régulièrement le lecteur par des constructions visuelles en phase avec le reste du récit, et spécifiques pour exprimer une qualité, une sensation, une situation particulière.
D’autres séquences sortent visuellement de l’ordinaire : toutes celles consacrées à la mer, celles de plongée, et aussi celles évoquant une baleine, les sardines, ou une pieuvre. L’illustration de couverture donne un exemple représentatif du jeu sur les couleurs pour faire vivre ces moments superbes. Le lecteur y prête attention pas comme un moment de la tranche de vie du personnage, et également pour leur caractère symbolique. Le professeur du club de plongée explique que le corps humain est magnifiquement adapté à la plongée. Le lecteur le prend au premier degré, et aussi comme une capacité d’évoluer dans un autre environnement, la possibilité pour Claire de sortir de son environnement de vie professionnel pour pouvoir évoluer dans un autre. L’histoire de Xosé, presque un conte, met en avant l’interdépendance et la solidarité mutuellement bénéfique, l’importance de la parole donnée. Puis Antonio évoque le cas singulier d’une baleine surnommée cinquante-deux hertz, un cas unique : la fréquence de ses chants s’élève à cinquante-deux hertz alors que celle de ses congénères atteint entre douze et quinze hertz, ce qui induit une communication impossible et une grande solitude. Le lecteur voit facilement l’analogie avec Antonio lui-même (il l’explicite), et sa transposition à Claire. Plus tard, Beatriz et elle observent un banc de sardines lors d’une plongée. La première développe certaines caractéristiques comportementales de ces bancs. Entre autres : Elles sont mêmes capables de stratégie, si un requin les attaque, par exemple, elles forment parfois une sorte de boule autour de sa tête, ou se séparent en deux groupes pour le déconcerter… Et en plus, elles font ça sans cheffe ni mots. À nouveau l’analogie avec la situation de la traductrice apparaît facilement, montrant une possibilité d’adaptation pour elle, et pouvant également se lire comme une stratégie des citoyens contre les grosses compagnies pétrolières.
Une tranche de vie dans sa banalité la plus quotidienne d’une jeune femme qui doit repenser son mode de vie à la suite d’un accident cardiovasculaire. Des scènes banales, entre personnes sans éclat, avec une narration visuelle en phase. Et aussi ce que ce quotidien ordinaire peut contenir d’extraordinaire, que ce soit de la plongée sous-marine ou une fête dans un café avec un petit orchestre, et des dessins qui révèlent alors bien d’autres saveurs, exprimant toute la richesse de ces moments, et leur caractère unique. Le lecteur éprouve immédiatement de la sympathie pour cet être humain en situation de détresse, ne sachant pas trop comment réintégrer une vie normale, ni ce qu’elle pourrait être, totalement sous le charme de la narration visuelle, et des expressions banales de solidarité. Formidable.
Le colon blanc originel, le mec se prends pour le sauveur des noirs hystériques, la bd est insupportable. Il se présente comme le médiateur providentiel entre la pauvre police qui fait seulement son métier (bichette ?) et les pauvres noirs qui n'ont pas d'argent et qui s'énervent facilement (il ne savent pas se contenir holala), bref le syndrome du sauveur blanc, mais dans un train.
À moins d'un an de la présidentielle, François Ruffin se croit encore capable de gagner cette élection, ce dont je doute très fortement.
Tragique au sens propre sur le tragique de l'esclavage : unité de temps, d'action et de lieu, leur abandon sur une île déserte. Les dessins et les dialogues sont à la hauteur du challenge de représenter cette histoire sur laquelle j'avais lu un livre en n'imaginant certes pas qu'elle serait un jour dessinée, et si bien dessinée pour s'encrer, s'ancrer dans les esprits !
J'espère que cela contribuera à préserver la mémoire d'un esclavage qui n'est hélas pas aboli partout, et qui est complétement démonétisé ailleurs quand des gens prétendent à la moindre contrariété qu'ils sont des esclaves. Pauvres petits choux ! Les esclaves sont des gens réifiés, par le droit, par les traitements qu'ils subissent, et je trouve admirable que les Robinson se soient conduit en héros sur leur île, après ce qu'ils ont traversé. Eh oui, j'espère que cela ne polluera pas les songeries romantiques, mais les îles désertes ont plus souvent été des lieux de relégation que d'évasion et de rêve.
Il y a plusieurs mangas policiers que j'aime bien et j'ai commencé ce manga avec optimisme..et j'ai arrêté après deux tomes alors que j'ai emprunté les 6 premiers tomes de la série.
Il faut dire que le ton de la série est différent de ce que j'avais imaginé. On est plus dans un manga feel good où rien de bien grave se produit et même lorsqu'on dirait que ça pourrait mal finir on va avoir droit à un beau happy ending. On est pas dans un manga où on va enquêter sur des meurtres et en plus les enquêtes sont courtes, d'un à trois chapitres. À la limite, cela serait passable si au moins les récits avaient un peu d'intérêt, mais non je me suis ennuyé. Les deux personnages principaux et leur relation qui, on le devine, va finir en romance, m'ont laissé totalement indifférent. Rien ne m'a fait accrocher au scénario.
Quant au dessin, il est correct, mais sans personnalité.
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Blood Moon (Lowreader présente)
J’ai passé un bon moment avec cette BD de SF, surtout grâce à son ambiance très particulière et à son univers lunaire sombre et oppressant. L’histoire démarre sur la Lune, dans une colonie minière isolée où la tension et la violence semblent faire partie du quotidien. Très vite, on suit des personnages pris dans une situation qui dégénère progressivement entre survie, secrets et affrontements, avec en toile de fond une sensation permanente d’hostilité et de fin du monde. Je me suis laissé embarquer par cette atmosphère pesante et par les mystères que le récit installe petit à petit. Le décor lunaire fonctionne vraiment bien et renforce ce sentiment d’isolement permanent. Il y a quelque chose de brutal et de presque désespéré dans cette histoire, autant dans le ton que dans les visuels. Visuellement, on sent clairement les influences de Mike Mignola dans le travail de Bones, notamment dans les ombres épaisses, les contrastes marqués et cette manière très brute de composer certaines planches. Ça donne énormément de personnalité à l’ensemble et participe clairement à l’immersion. Mais malgré toutes ces qualités, je reste un peu frustré en refermant l’album. J’ai eu le sentiment que le récit commençait réellement à décoller quand la fin arrive déjà. Beaucoup d’idées intéressantes auraient mérité davantage de développement, tout comme certains personnages ou enjeux de l’univers. Au final, ça reste une BD de SF immersive et prometteuse, avec une vraie identité visuelle et une ambiance réussie, mais dont la conclusion arrive beaucoup trop vite à mon goût.
Dandadan
Ken Takakura, adolescent solitaire passionné d'ovnis, et Momo Ayase, lycéenne sûre d'elle fascinée par les fantômes, se lancent un pari absurde qui les plonge dans un monde où paranormal, extraterrestres et yokai s'entrechoquent en permanence. Très vite, leur quotidien bascule dans une succession de combats et de situations totalement incontrôlables, où humour, action et surnaturel se mélangent sans jamais vraiment se stabiliser. Ce manga est un véritable fourre-tout fantastique-action qui pioche autant dans le folklore japonais que dans les aliens, les kaiju et les délires de conspiration, avec une énergie constamment explosive. L'ensemble fonctionne sur un rythme très nerveux, alternant affrontements spectaculaires, humour souvent efficace et moments de pure absurdité où tout peut partir en chaos d'une case à l'autre. Le dessin est globalement très solide, dynamique, avec une vraie maîtrise des expressions et des scènes d'action, ce qui rend le tout très lisible malgré le côté bordélique assumé. Ce qui fait aussi beaucoup du charme de la série, c'est son duo principal. L'héroïne, charismatique et attachante, n'hésite pas à flirter ouvertement avec le héros, beaucoup plus introverti et maladroit, ce qui crée une dynamique de romance légère et souvent drôle. Autour d'eux, les personnages s'accumulent au fil des tomes, avec une galerie de figures souvent excentriques mais globalement attachantes, même si certains restent davantage des prétextes à situations qu'autre chose. Malgré tout, cette lecture reste pour moi surtout un divertissement efficace à l'échelle de chaque tome, mais moins convaincant sur la durée. L'univers est original et généreux, mais aussi très dispersé, sans vraie intrigue globale suffisamment forte pour donner envie d'enchaîner absolument la suite. Tout se mélange en permanence sans jamais vraiment se poser ni se prendre au sérieux, ce qui donne un côté fun mais aussi assez superficiel sur la durée. C'est donc une série que j'ai trouvée agréable sur le moment, portée par son énergie, son humour et sa mise en scène, mais à laquelle je n'ai pas suffisamment accroché pour avoir envie de lire rapidement la suite. Résultat : j'ai étalé sur plusieurs semaines la lecture de l'intégrale empruntée, et l'ensemble se mélange tellement dans mon esprit qu'il me reste finalement assez peu de choses vraiment marquantes une fois la lecture terminée.
Souvenirs d'Emanon
J’ai emprunté cet album au hasard, uniquement intrigué par la couverture, le visage de la fille m’ayant fait penser au dessin d’Ito (j’ai un temps cru avoir en main l’un de ses albums). Mais en fait, même si le fantastique est bien présent, ça ne vire jamais à l’horreur comme dans les récits de Junji Ito. D’ailleurs, le fantastique est même à peine présent. Le lecteur peut même penser à plusieurs reprises qu’on ne voyage que dans l’imagination d’« Emanon ». Si en arrière-plan un certain fantastique pimente le récit, ce dernier est un peu trop léger pour rester mémorable. C’est davantage l’ambiance un peu évanescente, pleine de mélancolie, qui domine et constitue le principal attrait de cette histoire. Une histoire qui se laisse lire, très rapidement, tant le récit est avare de texte et de péripétie. Mais cette lecture n’est pas déplaisante. J’ai un temps cru que la romance entre Emanon et le jeune narrateur allait tourner à une love story sirupeuse à la « Titanic », mais en fait non, et heureusement. Je finis par le dessin, qui m’avait attiré au départ. Il est très agréable. En fin d’album, quelques planches supplémentaires sont colorisées. Eh bien je préfère le choix fait de n’user que du Noir et Blanc pour le récit, car le rendu est vraiment très bon et beau.
Le Visage du Créateur
Laurent-Frédéric Bollée nous propose ici un bon récit documentaire – et très documenté – sur une catastrophe spatiale qui a marqué les esprits à son époque (1986), l’explosion juste après son décollage de la navette américaine Challenger. Après une entame présentant l’accident, le récit est conçu comme un flash-back découpé avec un compte à rebours qui, immanquablement (puisqu’on connait le résultat), ne peut que dynamiser le récit en accentuant la tension. On se familiarise avec les procédures de sélection de l’équipage, avec les questionnements techniques, les enjeux, etc. Et on se focalise pas mal – comme les journalistes de l’époque – sur l’une des sept astronautes, une civile, professeur, qui était utilisée par la communication pour donner un visage humain et apprécié de l’aventure spatiale américaine (communication du Président Reagan, mais aussi de la NASA). Bollée remonte pas mal en arrière, et il est intéressant de découvrir les efforts de la NASA pour communiquer, en utilisant en particulier une ancienne actrice de la série Star Trek (qui jouait aussi le jeu de « l’intégration » de la communauté noire…). Il y a quand même quelques petites longueurs, et le dessin de Spadoni, s’il est généralement lisible, est aussi parfois minimaliste, avec un effacement de certains détails et des visages dont je ne suis pas fan. J’ai été surpris d’apprendre que les astronautes n’étaient pas morts sur le coup lors de la désintégration de la navette (ce que j’avais toujours cru), ce qui apporte une ultime relance dramatique au récit (même si, là, Bollée a forcément entièrement inventé ce qui a pu se dire ou se faire).
Verts
Ma plus belle lecture cette année ! Une BD magnifique à la fois visuellement et dans le message qu’elle porte. Mention spéciale pour la richesse des dessins végétaux. Au fil des pages, on réalise le niveau de recherche et le temps que ça a dû représenter. A lire absolument !
Berceuse assassine
Les Berceuses assassines est pour moi un polar noir remarquable, autant pour son histoire que pour sa construction narrative. Le principe des trois tomes fonctionnant comme trois regards différents sur une même séquence est particulièrement brillant. Chaque album apporte une nouvelle lecture des événements et modifie progressivement notre perception des personnages et de leurs actes. Cette narration fragmentée donne une vraie profondeur au récit et renforce constamment la tension. L’histoire plonge dans une ambiance noire, mélancolique et presque fataliste, où chaque personnage semble prisonnier de ses choix et de son passé. Mais ce qui m’a surtout marqué, c’est la manière dont le récit joue avec les points de vue. On ne découvre jamais totalement la vérité d’un seul coup : elle se reconstruit morceau par morceau, au fil des versions et des révélations. Cela donne une impression très cinématographique, presque comme un puzzle émotionnel et psychologique. Le rythme est maîtrisé, avec beaucoup de silences, de non-dits et une tension permanente. La BD ne cherche jamais l’action gratuite ; elle privilégie l’atmosphère, les regards, les blessures intérieures des personnages. On ressent une vraie humanité derrière cette noirceur. Graphiquement, Ralph Meyer sublime parfaitement cette approche narrative. Son dessin réaliste, les expressions fatiguées des visages, les jeux d’ombres et les décors urbains renforcent cette sensation de polar noir crépusculaire. Chaque case participe à l’ambiance. Au final, j’ai eu l’impression de lire bien plus qu’une simple enquête policière : une véritable tragédie humaine racontée sous plusieurs angles, avec une narration intelligente et immersive qui donne toute sa force à l’œuvre
Lointains mes mots
Et en plus, elles font ça sans cheffe ni mots. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, de nature autobiographique. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Anaële Hermans pour le scénario, et par Sandrine Revel pour les dessins et les couleurs. Il comprend cent-dix pages de bande dessinée. Sur la côte atlantique, aux abords d’un village de Galice, une équipe d’une quinzaine de volontaires sont en train de nettoyer les rochers après une marée noire, d’enlever le mazout. Claire s’occupe en particulier d’un rocher qu’elle gratte avec ses gants, étant revêtue d’une combinaison blanche de protection. Sa voisine lui fait observer que ça n’a l’air de rien, mais à la longue ça fait sacrément mal aux bras, elle s’attendait à un autre type de travail. Claire lui répond qu’il faut dire que les images qu’on avait vues à la télé étaient autrement plus impressionnantes, avec ces énormes flaques de pétrole et ces oiseaux mazouté. Une habitante du village indique que les volontaires qui les ont précédées ont fait un boulot extraordinaire. Elle continue : Mais franchement, elles sont au moins aussi méritantes, le travail de fourmi qui leur est demandé est usant. Puis Beatriz signale la fin de la journée de travail : ils vont s’arrêter là pour aujourd’hui, les volontaires peuvent ranger leur matériel dans la camionnette. Elle interpelle Claire en lui disant qu’à un moment il faut savoir s’arrêter. Le soir venu, tous les volontaires sont attablés dans une salle commune. Beatriz indique aux convives que Carlos et Marta ont cuisiné un menu complet, il y a du vin et de l’eau sur les tables, s’ils veulent boire autre chose il faudra commander au bar. Et enfin, elle annonce : Voici le caldo gallego. Tout le monde discute. Claire répond à son vis-à-vis qu’après toutes ces années elle n’arrive toujours pas à masquer son accent étrange. Elle est française, elle vient de Lyon, mais elle vit à Madrid depuis huit ans. À une autre table, les volontaires échangent sur les suites pour les responsables de la marée noire. De toute façon, le procès durera des années, comme pour l’Erika. Ça va être difficile de pointer un responsable avec un bateau construit au Japon et immatriculé aux Bahamas, un certificat d’aptitude délivré par des Américains, un armateur libérien, un armement grec… Sans oublier le gouvernement espagnol et sa splendide idée d’éloigner le bateau des côtes au lieu de le remorquer vers le port. Les discussions se poursuivent. Claire indique qu’elle exerce le métier de traductrice : elle traduit beaucoup de poésie, un peu de littérature jeunesse et puis des… Elle hésite cherchant le mot juste, et après avoir cherché un instant : Des essais. Puis elle s’adresse à Beatriz pour savoir si elle accueille des groupes de volontaires tous les week-ends, et un autre demande à Marta si elle nourrit tout ce beau monde depuis trois mois. Ce à quoi elle répond que oui, et elle pense que quand toute cette effervescence retombera, ça va même lui manquer. S’il a lu le texte de la quatrième de couverture, le lecteur sait déjà dans quelle situation personnelle se trouve Claire, et il relève ses hésitations comme un signe. Sinon, il peut juste y voir la volonté de trouver le mot juste, ce qui fait sens au regard de sa profession de traductrice. Les circonstances feront que le récit reviendra sur une dimension de ce métier et de ce qu’il dit d’une facette de la personnalité du personnage principal. Quoi qu’il en soit, il se sent accueilli auprès d’elle, dans sa tâche de fourmi pour gratter du mazout sur un rocher d’une immense plage, puis faire connaissance avec d’autres volontaires lors du repas dans la salle commune, papoter sur la plage à la nuit tombée avec Beatriz, rentrer chez elle à Madrid et découvrir la multitude de post-it collés sur chaque surface ou presque avec soit le nom de l’objet et éventuellement un court commentaire, soit un extrait de poème de Pablo Neruda (1904-1973) ou de Charles Baudelaire (1821-1867), aller faire les courses, prendre une première leçon à la piscine en vue de pouvoir faire de la plongée, etc. Les dessins dégagent une apparence douce, sans bordure de case, avec des couleurs pastel, des formes réalistes et un peu simplifiées, des personnes calmes et souvent souriantes, affables. La séquence d’ouverture montre bien les volontaires en tenue de protection, ainsi que des rochers noircis, sans sensationnalisme. Les endroits suivants s’avèrent également accueillants dans leur simplicité ou leur banalité. Le lecteur suit donc Claire dans son quotidien, pour un moment de sa vie qui semble hors du temps, une activité de bénévole, peu de travail, une situation où elle s’interroge sur la suite à donner à sa vie : continuer dans la même voie ou changer. La narration visuelle montre très bien cette vie au quotidien, dans ses aspects banals. L’appartement fonctionnel, pas très grand avec sa grande pièce comprenant le coin cuisine, une table sur laquelle se trouve un ordinateur, un coin salon proche de la baie vitrée avec son canapé et sa table basse. Dans la page suivante, Claire se sert machinalement un café, dans un geste tout à fait naturel. En page vingt, le lecteur la voit hésiter dans le rayon des légumes d’un grand supermarché, où il peut reconnaitre chaque produit. Plus loin, elle est invitée par Beatriz à un repas familial avec le mari et les deux filles, les dessins exprimant le naturel de cette situation, sa dimension organique. Plus loin, elle participe à une fête dans le village galicien : des êtres humains normaux, de la musique, un chant traditionnel, un peu de danse, là encore les cases permettent au lecteur de s’immerger dans ce moment chaleureux, appréciable pour sa qualité conviviale, dépourvu de clinquant ou de moyens extraordinaires. Les couleurs restent douces et la direction d’acteurs relèvent d’un registre naturaliste. Dans le même temps, le lecteur observe rapidement que la narration visuelle s’aventure régulièrement dans des registres sortant de des cases réalistes sagement alignées en bande. Cela se produit dès les pages quatorze et quinze qui sont en vis-à-vis : un plan de l’appartement en élévation au centre, sept cases en périphérie représentant Claire dans une activité du quotidien en contraste inversé, et une nuée de post-it répartis sur toute la page, pour un effet saisissant transcrivant bien la préoccupation de chaque instant du personnage. Puis vient la séquence dans laquelle les autrices racontent l’accident arrivé à leur personnage : la dessinatrice restreint sa palette, privilégiant un rouge très soutenu et un jaune très vif, par exemple la jeune femme est représentée en rouge pour tous les contours, les cheveux, les traits de visage, etc. Ce dispositif revient lors d’un tête-à-tête entre elle et son conjoint Luis. Plus tard dans un café, Xosé raconte une histoire aux personnes présentes, et la narration visuelle passe en mode texte illustré, avec des cases aux contours arrondis et fluides, et l’histoire sur le blanc de la page. Le lecteur se délecte également de quelques illustrations en pleine page comme une baleine remarquable ou un banc de sardines. Les planches surprennent régulièrement le lecteur par des constructions visuelles en phase avec le reste du récit, et spécifiques pour exprimer une qualité, une sensation, une situation particulière. D’autres séquences sortent visuellement de l’ordinaire : toutes celles consacrées à la mer, celles de plongée, et aussi celles évoquant une baleine, les sardines, ou une pieuvre. L’illustration de couverture donne un exemple représentatif du jeu sur les couleurs pour faire vivre ces moments superbes. Le lecteur y prête attention pas comme un moment de la tranche de vie du personnage, et également pour leur caractère symbolique. Le professeur du club de plongée explique que le corps humain est magnifiquement adapté à la plongée. Le lecteur le prend au premier degré, et aussi comme une capacité d’évoluer dans un autre environnement, la possibilité pour Claire de sortir de son environnement de vie professionnel pour pouvoir évoluer dans un autre. L’histoire de Xosé, presque un conte, met en avant l’interdépendance et la solidarité mutuellement bénéfique, l’importance de la parole donnée. Puis Antonio évoque le cas singulier d’une baleine surnommée cinquante-deux hertz, un cas unique : la fréquence de ses chants s’élève à cinquante-deux hertz alors que celle de ses congénères atteint entre douze et quinze hertz, ce qui induit une communication impossible et une grande solitude. Le lecteur voit facilement l’analogie avec Antonio lui-même (il l’explicite), et sa transposition à Claire. Plus tard, Beatriz et elle observent un banc de sardines lors d’une plongée. La première développe certaines caractéristiques comportementales de ces bancs. Entre autres : Elles sont mêmes capables de stratégie, si un requin les attaque, par exemple, elles forment parfois une sorte de boule autour de sa tête, ou se séparent en deux groupes pour le déconcerter… Et en plus, elles font ça sans cheffe ni mots. À nouveau l’analogie avec la situation de la traductrice apparaît facilement, montrant une possibilité d’adaptation pour elle, et pouvant également se lire comme une stratégie des citoyens contre les grosses compagnies pétrolières. Une tranche de vie dans sa banalité la plus quotidienne d’une jeune femme qui doit repenser son mode de vie à la suite d’un accident cardiovasculaire. Des scènes banales, entre personnes sans éclat, avec une narration visuelle en phase. Et aussi ce que ce quotidien ordinaire peut contenir d’extraordinaire, que ce soit de la plongée sous-marine ou une fête dans un café avec un petit orchestre, et des dessins qui révèlent alors bien d’autres saveurs, exprimant toute la richesse de ces moments, et leur caractère unique. Le lecteur éprouve immédiatement de la sympathie pour cet être humain en situation de détresse, ne sachant pas trop comment réintégrer une vie normale, ni ce qu’elle pourrait être, totalement sous le charme de la narration visuelle, et des expressions banales de solidarité. Formidable.
Les Aventures de François Ruffin, député-reporter
Le colon blanc originel, le mec se prends pour le sauveur des noirs hystériques, la bd est insupportable. Il se présente comme le médiateur providentiel entre la pauvre police qui fait seulement son métier (bichette ?) et les pauvres noirs qui n'ont pas d'argent et qui s'énervent facilement (il ne savent pas se contenir holala), bref le syndrome du sauveur blanc, mais dans un train. À moins d'un an de la présidentielle, François Ruffin se croit encore capable de gagner cette élection, ce dont je doute très fortement.
Les Esclaves oubliés de Tromelin
Tragique au sens propre sur le tragique de l'esclavage : unité de temps, d'action et de lieu, leur abandon sur une île déserte. Les dessins et les dialogues sont à la hauteur du challenge de représenter cette histoire sur laquelle j'avais lu un livre en n'imaginant certes pas qu'elle serait un jour dessinée, et si bien dessinée pour s'encrer, s'ancrer dans les esprits ! J'espère que cela contribuera à préserver la mémoire d'un esclavage qui n'est hélas pas aboli partout, et qui est complétement démonétisé ailleurs quand des gens prétendent à la moindre contrariété qu'ils sont des esclaves. Pauvres petits choux ! Les esclaves sont des gens réifiés, par le droit, par les traitements qu'ils subissent, et je trouve admirable que les Robinson se soient conduit en héros sur leur île, après ce qu'ils ont traversé. Eh oui, j'espère que cela ne polluera pas les songeries romantiques, mais les îles désertes ont plus souvent été des lieux de relégation que d'évasion et de rêve.
My Dear Detective
Il y a plusieurs mangas policiers que j'aime bien et j'ai commencé ce manga avec optimisme..et j'ai arrêté après deux tomes alors que j'ai emprunté les 6 premiers tomes de la série. Il faut dire que le ton de la série est différent de ce que j'avais imaginé. On est plus dans un manga feel good où rien de bien grave se produit et même lorsqu'on dirait que ça pourrait mal finir on va avoir droit à un beau happy ending. On est pas dans un manga où on va enquêter sur des meurtres et en plus les enquêtes sont courtes, d'un à trois chapitres. À la limite, cela serait passable si au moins les récits avaient un peu d'intérêt, mais non je me suis ennuyé. Les deux personnages principaux et leur relation qui, on le devine, va finir en romance, m'ont laissé totalement indifférent. Rien ne m'a fait accrocher au scénario. Quant au dessin, il est correct, mais sans personnalité.