Je ne sais pas si j’aurais davantage apprécié cet album si je l’avais lu plus jeune (car ça s’adresse quand même en priorité, sinon exclusivement à un jeune lectorat je pense), mais l’adulte que je suis n’y a pas du tout trouvé son compte. Je ne connais pas la série Bec-en-fer, mais Sylvain et Sylvette du même Pesch (Belom l’ayant rejoint sur la fin) n’est clairement pas ma came, même si j’en avais lu quelques-uns, quand j’étais gamin (une relecture étant adulte m’avait rebuté).
Dans une sorte d’introduction, dans laquelle sont présentés les personnages principaux, il y a une claire volonté d’ancrer les gags dans l’Histoire. Mais ceci disparait rapidement. Il faut dire que la structure – des gags en deux ou trois cases – empêche clairement toute ambition « historique » réelle.
Mais ce moyen-âge pour de rire (on est au début du XVème siècle, au temps de la guerre de Cent ans, peu avant Azincourt) ne possède aucune des qualités développées par F’murr ou Peyo dans leurs séries. Les gags sont poussifs, l’humour ne fonctionne pas avec moi en tout cas. Il y a aussi quelques redites (voir le gag de la botte secrète par exemple).
Clairement pas ma came. Et cet album, en plus de mon expérience malheureuse avec Sylvain et Sylvette, ne m’a pas vraiment donné envie de découvrir les albums plus longs de Bec-en-fer !
Didier Tronchet consacre cet album au football amateur, à travers une série de petites scènes d'une page qui racontent ses souvenirs, ses sensations et tout ce qui fait le charme des matchs du dimanche entre copains. Pas le foot pro, pas les stades géants ni le business, mais le terrain vaguement boueux, les équipes bricolées et le simple plaisir de jouer ensemble.
Je précise tout de suite que je ne suis pas du tout foot. Vraiment pas. Je déteste le stéréotype de la soirée pizza-foot entre potes, les très rares fois où j'ai essayé je jouais très mal et je me suis toujours senti complètement étranger à ce sport, sans parler de tout ce que le football professionnel véhicule aujourd'hui (argent, spectacle, médiatisation à outrance), ce qui m'a toujours rebuté. Du coup, je partais avec un a priori certain.
Et pourtant, ça a marché.
Je trouve toujours au dessin de Tronchet un véritable charme. Ce n'est pas beau au sens académique, mais c'est vivant, très humain, avec un chouette travail sur les couleurs. Il colle parfaitement à ces petites scènes de vestiaires, de terrains pourris et de copains qui se chambrent. Surtout, il y a une vraie tendresse partout. L'humour est doux, souvent autodérisoire, jamais méchant.
Ce que j'ai vraiment apprécié, c'est la façon dont il présente le foot comme un prétexte à être ensemble, à partager un même esprit fait de règles, mais aussi de hargne à vouloir gagner sur le terrain et pas forcément dans le reste de la vie. L'amitié, la mauvaise foi bon enfant, la solidarité, le simple bonheur de courir après un ballon comme des gosses. On est à des années-lumière du sport business. Ici, il n'y a que des types un peu nuls, un peu maladroits, mais heureux d'être là. Et cette humanité là, je l'ai trouvée très touchante. Tout autant que cette relation père-fils dont il parle : quel bonheur de partager une passion avec son fils.
Franchement, réussir à me faire apprécier une BD sur le football alors que j'ai toujours détesté l'image que j'avais de ce sport, c'est presque un petit exploit. Rien que pour ça, je considère que c'est une vraie réussite.
Cette BD adapte en bande dessinée des anecdotes réelles recueillies par le blog lamarieeencolere.com, autour des galères, tensions et petites humiliations liées à l'organisation d'un mariage. Je ne le savais pas en commençant ma lecture et je m'attendais plutôt à une suite de gags construits, avec des personnages récurrents ou non.
Le dessin m'a relativement plu. Il m'a rappelé le style de Bernadette Després sur Tom-Tom et Nana : pas spécialement joli ni raffiné, mais expressif, lisible et efficace pour la comédie. J'aime aussi assez le style de cet encrage. Les premières pages m'ont d'ailleurs arraché quelques sourires : j'y retrouvais l'idée de petits gags courts, un peu vachards, qui croquent des situations du quotidien avant le mariage.
Mais plus j'avançais, plus l'intérêt s'est émoussé. Les sujets deviennent de plus en plus anecdotiques, parfois à peine amusants, et j'ai plusieurs fois eu l'impression qu'il n'y avait même plus de chute, simplement le récit d'un événement tel quel, sans véritable angle comique ni mise en scène particulière. Le rythme retombe alors, et ce qui devait ressembler à une succession de gags finit par donner l'impression d'un simple catalogue un peu plat.
Malgré un début plutôt engageant et un dessin sympathique, je me suis trop vite ennuyé. Ça ne tombe jamais dans le mièvre, mais ça manque trop souvent d'originalité ou de véritables trouvailles humoristiques pour vraiment intéresser ou amuser.
Je dois avouer qu'hormis La Ferme des animaux, je ne connaissais pas grand chose à l’œuvre et à la vie d'Eric Blair alias George Orwell.
Pierre Christin se lance ici dans la biographie de cet auteur qui ne s'est pas consacré uniquement à l'écriture mais a eu une vie riche et engagée politiquement. Si cet ouvrage a effectivement le mérite, pour le novice que je suis, de mieux faire connaitre cet auteur emblématique de la littérature anglaise, je dois dire que j'en ressors avec un avis un peu mitigé. En effet, tout comme Noirdésir, je trouve que cette biographie est bien trop scolaire et froide pour toucher le lecteur. Cela manque grandement de romance (les amours d'Orwell ou son choix d'adopter ne sont qu'effleurés) et l'auteur n'approfondit pas assez à mon goût les convictions et les désillusions politiques d'Orwell.
C'est dommage, car Christin avait su s'entourer de dessinateurs de renom pour illustrer certaines pages de l'ouvrage (Bilal, Larcenet, Guarnido, etc.) et je trouvais particulièrement pertinent le choix de citer directement quelques passages des œuvres d'Orwell en utilisant le style "machine à écrire" pour ces phylactères afin que le lecteur puisse facilement les discerner.
Côté dessin, on retrouve le même classicisme, c'est plutôt bien réalisé, en noir et blanc, avec quelques touches de couleur, dont je n'ai pas réussi à identifier s'il y a avait réellement une signification voulue. C'est toutefois également un peu trop scolaire pour moi.
Un ouvrage qui a le mérite de mettre en lumière la vie riche du visionnaire que fut George Orwell, créateur entre autre du terme "Big Brother".
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10
NOTE GLOBALE : 13/20
'Dans la tête de Sherlock Holmes' brille surtout, il faut l'avouer, par l'originalité de sa mise en page qui se retrouve jusque dans la première de couverture dont la tête de Sherlock Holmes est découpée, comme une fenêtre ouverte dans l'esprit du célèbre détective. Esthétiquement, tout est parfait, du vieillissement artificiel des pages avec des jaunissements et des taches d'encre, en passant par les cases dont les formes rappellent le sujet de l'intrigue, jusqu'au trait des personnages très original et collant parfaitement à l'esprit de la bande dessinée.
Ici, comme indiqué au dos des ouvrages, tout est voué et dédié au déroulement et à la mécanique de l'enquête. Le parti-pris initial est ainsi d'immerger le lecteur dans la tête de Sherlock Holmes en le faisant pénétrer à l'intérieur de son mental et en déroulant avec lui le fil des indices et des déductions qui en découlent. Cet enchainement est d'ailleurs matérialisé par un fil rouge qui se déroule tout au long des pages des deux tomes composant chaque histoire. L'enquête est également agrémentée de quelques cartes très esthétiques situant les déplacements effectués par le détective et son partenaire, le docteur Watson. Ce duo est d'ailleurs assez comique avec un Sherlock rabrouant régulièrement Watson et se moquant de son manque de flair.
De part l'idée de départ des auteurs, cette série qui, rappelons-le, ne fait que débuter (trois tomes parus à ce jour), possède toutefois le défaut de ses qualités à savoir un certain classicisme dans l'histoire traitée qui pourra manquer, selon certains, de dramaturgie ou de quelques retournements de situations. Mais cela n'a pas été préjudiciable concernant ma lecture. J'ai tout de même une petite préférence pour l'intrique du tome 3 dont l'univers écossais et le mystère du loch Leathan ajoutent à l'ambiance de la BD.
En conclusion, je ne peux attribuer que la note maximale pour saluer l'originalité de la démarche et la qualité de la réalisation. Vivement les prochains tomes !
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 10/10
NOTE GLOBALE : 18/20
Une fin que je n’ai pas forcément saisie dans l’hypothèse où quelque chose est à saisir car c’est bien l’évolution émotionnelle des différents protagonistes qui constituent le cœur de cette histoire.
Ici, le décor (une crique), le background des personnages (médecin, écrivain, migrant, jeune, vieux …ect) ne sont que prétexte pour illustrer cette pièce théâtrale. Il aurait pu en être différemment que cela aurait tout autant fonctionné à mon avis.
On se laisse ainsi volontiers happé par l’enchaînement des péripéties et par les réactions de chacun face à cette situation extraordinaire : de profondes angoisses pour certains, de l’insouciance pour d’autres…
Le début est d’autant plus plaisant que le lecteur a le temps d’analyser ces réactions au fur et à mesure que la scène se charge en intensité émotionnelle.
En revanche, à l’approche d’une chute scénaristique connue, le récit s’emballe trop vite à mon goût et l’on ne peut apprécier à leur juste valeur et dans leur grande diversité l’ensemble des émotions pouvant ressurgir à la veille d’une mort certaine et imminente.
Même si je pense qu’il ne sert à rien d’essayer de détricoter plus que ce que les auteurs ont bien voulu nous laisser voir, je suis toutefois sceptique quant à certains élements secondaires qui n’apportent rien au récit et qui, au contraire, sont venus parasiter l’histoire :
Quid des saignements de nez ? (au passage pas évident à distinguer en NetB avec les ombres projetées de la végétation sur un visage).
Quid de la femme morte (noyée ?) au tout début du récit ?
Quid du fils de l’hôtelier qui fait une soudaine et très brève interruption dans le récit ??
Quid d’une ombre aperçue au loin à travers les rochers ???
Le dessin est toujours sympa avec Peeters mais pour le coup j’ai moins accroché que d’autres BD dont il est à la manœuvre.
En bref, une BD agréable qui questionne sur les relations intra/interpersonelles, sur la relation au temps ainsi que sur l’importance de l’instant présent.
Une BD tout aussi déroutante que son titre ! Et que de difficultés à poser sur papier mon ressenti.
Avec du recul, le dessin est bon voire très bon si l’on se concentre plus particulièrement sur les corps.
C’est davantage la colorisation au feutre qui peut perturber.
Les couleurs sont criardes mais cela colle plutôt bien à l’environnement global du récit (sans détour, tranché..).
Le travail de colorisation sur les ombres est parfois un peu léger : de grands aplats avec des coloris inadaptés et disposés de manière hasardeuse sur les visages et/ou chevelures.
En soit, rien de bien méchant au regard des deux gros bémols que j’ai noté :
- L’identification d’un personnage d’une scène à l’autre ou pire, lors d’une même scène.
En effet, les choix de l’auteur de mettre en avant des visages informes (surtout lors de scènes familiales avec beaucoup de personnes), de couper ces visages par le cadrage ainsi que de ne pas réutiliser (délibérément (?)) d’une case à l’autre la même palette de couleurs propre à un personnage (cheveux, teinte de peau, habits…) sont autant d’obstacles à la reconnaissance des personnages.
- L’identification de la parole avec une lecture pas toujours intuitive des bulles : un sens prioritaire de lecture plutôt de haut en bas que de gauche à droite, des bulles éloignées de leur source et bien souvent dépourvues de direction.
Et quand ces deux problèmes se cumulent, alors là jackpot !
Je ne vous dis pas la difficulté à se reconstituer les échanges. J’ai parfois dû m’y reprendre à 3 ou 4 fois pour bien comprendre qui dit quoi…
Côté narration, j’ai trouvé le traitement de l’histoire déséquilibré.
Après recherche, le roman sur lequel repose cette BD a été construit comme un triptyque. Et même si j’ai plus perçu cette BD comme un diptyque, je comprends donc mieux le choix de Sylvain Bordesoules de respecter cette construction narrative.
La première partie du récit est lente.
Elle pose les bases afin de bien appréhender l’environnement dans lequel les personnages évoluent. Pour cela, la narration s’appuie sur un enchaînement de scènes du quotidien ayant lieu durant l’été qui précède l’entrée au collège de notre protagoniste et de son pote de tous les combats.
On y découvre une violence normalisée dans les relations sociales et plus généralement dans la relation au vivant. La violence pour rompre l’ennui, la violence pour tromper ses peurs ?
A L’inverse, la narration s’accélère en seconde moitié de récit.
Cette fois-ci, elle se repose davantage sur des événements clés de la jeune vie du protagoniste, tout d’abord durant ses années collèges et ensuite lors de la période internat au lycée.
C’est d’ailleurs cette toute dernière tranche de vie (années lycée) qui me laisse malheureusement sur ma faim.
Comme grogro avant moi, j’ai eu l’impression que l’auteur s’empêtrait et que le chemin à suivre s’obscurcissait à l’approche de la fin du récit.
J’ai par exemple fini par perdre le sens de la représentation allégorique du chien (présente pourtant depuis le tout début du récit).
Pour résumé très brièvement : une narration encore trop brouillonne dans sa construction (1ère BD de l’auteur si je me réfère au site) mais qui ne laisse personne indifférent de par les thématiques abordées et le traitement de ces dernières.
Une histoire touchante, et il me semble, crue de vérités.
Note réelle : 3.5 / 5
Eu égard à mes précédentes lectures de ces deux auteurs, j’attendais beaucoup de Lemire, et j’étais plus dubitatif concernant la participation de Kindt. J’étais en tout cas curieux de voir ce que leur collaboration pouvait donner au niveau scénario.
Eh bien je n’ai pas été convaincu ou captivé par cet album. Dessin et colorisation – pas exempts de défauts pour le premier – sont peut-être ce qui passe le mieux pour moi. Une ambiance SF/polar foutraque, avec un rendu très sombre, énormément de planches muettes où Rubin se lâche. Pas désagréable.
Mais pour ce qui est de l’intrigue, elle m’a laissé de côté. Déjà elle est quand même minimaliste, il ne se passe réellement pas grand-chose, le tout étant narré de façon très linéaire – malgré quelques artifices de pure forme.
Les magouilles des Dieux, et pas mal de détails m’ont aussi échappé. Mais j’avoue n’avoir pas fait d’effort pour tout raccrocher, tant ma lecture – rapide au demeurant, ç c’est déjà ça – m’a ennuyé.
Gros bof donc. Je n’ai à aucun moment retrouvé ce qui souvent chez Lemire dynamise ses récits, une certaine poésie, un étrange virant au merveilleux. Ça n’est pas ma came.
Je découvre ici un Delisle éloigné de ce que je connais majoritairement de lui. C’est évidemment beaucoup moins autocentré. Mais, cet album possède quand même des qualités documentaires qu’on retrouve dans plusieurs de ses productions.
En tout cas, au-delà d’une biographie d’Eadweard Muybridge, de sa relation avec la magnat californien Stanford, c’est un pan d’Histoire entier que Delisle nous fait découvrir, à savoir le cheminement, lent mais s’accélérant, qui va mener à l’invention, au développement de la photographie, puis du cinéma (toutes les principales figures – américaines, mais surtout françaises – apparaissent donc dans cet album).
Un album très riche donc, mais avec une narration fluide, aérée, glissant régulièrement les photos originales pour compléter le récit. On ne s’ennuie jamais, et on est captivé par cette histoire, bien au-delà du personnage de Muybridge.
Comme tout le monde, je connaissais ses célèbres photographies décomposant le mouvement d’animaux, d’hommes. J’avais découvert le bonhomme et Stanford avec l’album Le Maître de California Hill. Mais ce dernier était centré sur Stanford, et ses relations avec Muybridge, tandis que l’album de Delisle est plus complet et ambitieux – par là même plus intéressant.
J’ajoute que son dessin est lui aussi agréable, dynamique, simple et efficace. Mention spéciale pour la conclusion, et la façon dont Delisle nous présente la mort (crise cardiaque) de Muybridge.
Un bel album, instructif et plaisant à lire.
Le Familistère de Guise est une utopie sociale qui a fonctionné pour de bon pendant près d'un siècle. Créée grâce à la fortune, à l'intelligence et au bon cœur de Jean-Baptiste Godin, il a offert un lieu d'habitation parfaitement équilibré et organisé à des centaines de familles ouvrières qui pouvaient bénéficier ainsi de l'accès aux bienfaits de la richesse sans être riches. JD Morvan prend pour base cette merveille d'architecture et de société pour imaginer une intrigue où l'une des protégées de Godin, issue du monde de la petite criminalité, va répliquer ce même concept de familistère au cœur de Paris pour créer une utopie de Cour des Miracles alimentée par le crime, s'attirant par là même la haine des plus radicaux soutiens du projet initial de Godin.
C'est un scénario taillé sur mesure pour le dessinateur Romain Rousseaux Perin qui est issu du monde de l'architecture et de la sociologie. Si son dessin des personnages est simplement bien, ses représentations des bâtiments, intérieurs et extérieurs, et des vues de Paris et d'ailleurs sont purement impressionnantes. Cela commence par une vue épatante du Paris de 1861, puis plus tard une incroyable vue plongeante en fish-eye du familistère de la Truanderie. Et cela continue comme ça, avec un tel soin du détail dans les décors qu'on sent que l'auteur s'est véritablement fait plaisir. Rien que pour ça et pour que la (re)découverte du Familistère de Guise, cela vaut le coup de la lecture.
L'intrigue pour sa part a la belle qualité de mettre en avant ce fameux endroit et la merveille architecturale et sociale qu'il représentait, malheureusement maintenue par une ressource économique qui ne pouvait pas être éternelle. Et c'est justement pour trouver une source de revenus inépuisable que JD Morvan et son personnage principal ont imaginé l'obtenir du crime organisé. S'ensuit une histoire de vengeance punitive, de kidnapping et d'hypnotisme qui est un peu plus tirée par les cheveux, notamment motivée par un fils de Jean-Baptiste Godin qui est présenté en personnage détestable (alors qu'a priori il n'était que simplement médiocre dans la vraie vie). On y trouve un peu trop de facilités qui rabaissent les bonnes qualités du reste de l'histoire et de l'idée même de la baser sur le concept de ces familistères.
En outre, alors que l'intrigue tient relativement la route jusqu'à la fin du second tome, elle se conclut de manière très abrupte par un retournement de situation qui survient dans les toutes dernières pages et qui manque fortement de logique et de constance par rapport au reste du récit. Bref, une fin qui se veut tragique et forte mais qui déçoit en fait singulièrement, comme si elle avait dû être expédiée en trois pages au lieu d'un troisième tome complet.
En définitive, il y a donc du très bon et du franchement moins bon dans cette série qui a toutefois l'intérêt de faire découvrir aux lecteurs ce fameux Familistère.
Note : 2,5/5
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Bec-en-fer (Bélom/Pesch)
Je ne sais pas si j’aurais davantage apprécié cet album si je l’avais lu plus jeune (car ça s’adresse quand même en priorité, sinon exclusivement à un jeune lectorat je pense), mais l’adulte que je suis n’y a pas du tout trouvé son compte. Je ne connais pas la série Bec-en-fer, mais Sylvain et Sylvette du même Pesch (Belom l’ayant rejoint sur la fin) n’est clairement pas ma came, même si j’en avais lu quelques-uns, quand j’étais gamin (une relecture étant adulte m’avait rebuté). Dans une sorte d’introduction, dans laquelle sont présentés les personnages principaux, il y a une claire volonté d’ancrer les gags dans l’Histoire. Mais ceci disparait rapidement. Il faut dire que la structure – des gags en deux ou trois cases – empêche clairement toute ambition « historique » réelle. Mais ce moyen-âge pour de rire (on est au début du XVème siècle, au temps de la guerre de Cent ans, peu avant Azincourt) ne possède aucune des qualités développées par F’murr ou Peyo dans leurs séries. Les gags sont poussifs, l’humour ne fonctionne pas avec moi en tout cas. Il y a aussi quelques redites (voir le gag de la botte secrète par exemple). Clairement pas ma came. Et cet album, en plus de mon expérience malheureuse avec Sylvain et Sylvette, ne m’a pas vraiment donné envie de découvrir les albums plus longs de Bec-en-fer !
Footballeur du dimanche
Didier Tronchet consacre cet album au football amateur, à travers une série de petites scènes d'une page qui racontent ses souvenirs, ses sensations et tout ce qui fait le charme des matchs du dimanche entre copains. Pas le foot pro, pas les stades géants ni le business, mais le terrain vaguement boueux, les équipes bricolées et le simple plaisir de jouer ensemble. Je précise tout de suite que je ne suis pas du tout foot. Vraiment pas. Je déteste le stéréotype de la soirée pizza-foot entre potes, les très rares fois où j'ai essayé je jouais très mal et je me suis toujours senti complètement étranger à ce sport, sans parler de tout ce que le football professionnel véhicule aujourd'hui (argent, spectacle, médiatisation à outrance), ce qui m'a toujours rebuté. Du coup, je partais avec un a priori certain. Et pourtant, ça a marché. Je trouve toujours au dessin de Tronchet un véritable charme. Ce n'est pas beau au sens académique, mais c'est vivant, très humain, avec un chouette travail sur les couleurs. Il colle parfaitement à ces petites scènes de vestiaires, de terrains pourris et de copains qui se chambrent. Surtout, il y a une vraie tendresse partout. L'humour est doux, souvent autodérisoire, jamais méchant. Ce que j'ai vraiment apprécié, c'est la façon dont il présente le foot comme un prétexte à être ensemble, à partager un même esprit fait de règles, mais aussi de hargne à vouloir gagner sur le terrain et pas forcément dans le reste de la vie. L'amitié, la mauvaise foi bon enfant, la solidarité, le simple bonheur de courir après un ballon comme des gosses. On est à des années-lumière du sport business. Ici, il n'y a que des types un peu nuls, un peu maladroits, mais heureux d'être là. Et cette humanité là, je l'ai trouvée très touchante. Tout autant que cette relation père-fils dont il parle : quel bonheur de partager une passion avec son fils. Franchement, réussir à me faire apprécier une BD sur le football alors que j'ai toujours détesté l'image que j'avais de ce sport, c'est presque un petit exploit. Rien que pour ça, je considère que c'est une vraie réussite.
La Mariée en colère
Cette BD adapte en bande dessinée des anecdotes réelles recueillies par le blog lamarieeencolere.com, autour des galères, tensions et petites humiliations liées à l'organisation d'un mariage. Je ne le savais pas en commençant ma lecture et je m'attendais plutôt à une suite de gags construits, avec des personnages récurrents ou non. Le dessin m'a relativement plu. Il m'a rappelé le style de Bernadette Després sur Tom-Tom et Nana : pas spécialement joli ni raffiné, mais expressif, lisible et efficace pour la comédie. J'aime aussi assez le style de cet encrage. Les premières pages m'ont d'ailleurs arraché quelques sourires : j'y retrouvais l'idée de petits gags courts, un peu vachards, qui croquent des situations du quotidien avant le mariage. Mais plus j'avançais, plus l'intérêt s'est émoussé. Les sujets deviennent de plus en plus anecdotiques, parfois à peine amusants, et j'ai plusieurs fois eu l'impression qu'il n'y avait même plus de chute, simplement le récit d'un événement tel quel, sans véritable angle comique ni mise en scène particulière. Le rythme retombe alors, et ce qui devait ressembler à une succession de gags finit par donner l'impression d'un simple catalogue un peu plat. Malgré un début plutôt engageant et un dessin sympathique, je me suis trop vite ennuyé. Ça ne tombe jamais dans le mièvre, mais ça manque trop souvent d'originalité ou de véritables trouvailles humoristiques pour vraiment intéresser ou amuser.
Orwell
Je dois avouer qu'hormis La Ferme des animaux, je ne connaissais pas grand chose à l’œuvre et à la vie d'Eric Blair alias George Orwell. Pierre Christin se lance ici dans la biographie de cet auteur qui ne s'est pas consacré uniquement à l'écriture mais a eu une vie riche et engagée politiquement. Si cet ouvrage a effectivement le mérite, pour le novice que je suis, de mieux faire connaitre cet auteur emblématique de la littérature anglaise, je dois dire que j'en ressors avec un avis un peu mitigé. En effet, tout comme Noirdésir, je trouve que cette biographie est bien trop scolaire et froide pour toucher le lecteur. Cela manque grandement de romance (les amours d'Orwell ou son choix d'adopter ne sont qu'effleurés) et l'auteur n'approfondit pas assez à mon goût les convictions et les désillusions politiques d'Orwell. C'est dommage, car Christin avait su s'entourer de dessinateurs de renom pour illustrer certaines pages de l'ouvrage (Bilal, Larcenet, Guarnido, etc.) et je trouvais particulièrement pertinent le choix de citer directement quelques passages des œuvres d'Orwell en utilisant le style "machine à écrire" pour ces phylactères afin que le lecteur puisse facilement les discerner. Côté dessin, on retrouve le même classicisme, c'est plutôt bien réalisé, en noir et blanc, avec quelques touches de couleur, dont je n'ai pas réussi à identifier s'il y a avait réellement une signification voulue. C'est toutefois également un peu trop scolaire pour moi. Un ouvrage qui a le mérite de mettre en lumière la vie riche du visionnaire que fut George Orwell, créateur entre autre du terme "Big Brother". SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10 NOTE GLOBALE : 13/20
Dans la tête de Sherlock Holmes
'Dans la tête de Sherlock Holmes' brille surtout, il faut l'avouer, par l'originalité de sa mise en page qui se retrouve jusque dans la première de couverture dont la tête de Sherlock Holmes est découpée, comme une fenêtre ouverte dans l'esprit du célèbre détective. Esthétiquement, tout est parfait, du vieillissement artificiel des pages avec des jaunissements et des taches d'encre, en passant par les cases dont les formes rappellent le sujet de l'intrigue, jusqu'au trait des personnages très original et collant parfaitement à l'esprit de la bande dessinée. Ici, comme indiqué au dos des ouvrages, tout est voué et dédié au déroulement et à la mécanique de l'enquête. Le parti-pris initial est ainsi d'immerger le lecteur dans la tête de Sherlock Holmes en le faisant pénétrer à l'intérieur de son mental et en déroulant avec lui le fil des indices et des déductions qui en découlent. Cet enchainement est d'ailleurs matérialisé par un fil rouge qui se déroule tout au long des pages des deux tomes composant chaque histoire. L'enquête est également agrémentée de quelques cartes très esthétiques situant les déplacements effectués par le détective et son partenaire, le docteur Watson. Ce duo est d'ailleurs assez comique avec un Sherlock rabrouant régulièrement Watson et se moquant de son manque de flair. De part l'idée de départ des auteurs, cette série qui, rappelons-le, ne fait que débuter (trois tomes parus à ce jour), possède toutefois le défaut de ses qualités à savoir un certain classicisme dans l'histoire traitée qui pourra manquer, selon certains, de dramaturgie ou de quelques retournements de situations. Mais cela n'a pas été préjudiciable concernant ma lecture. J'ai tout de même une petite préférence pour l'intrique du tome 3 dont l'univers écossais et le mystère du loch Leathan ajoutent à l'ambiance de la BD. En conclusion, je ne peux attribuer que la note maximale pour saluer l'originalité de la démarche et la qualité de la réalisation. Vivement les prochains tomes ! SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 10/10 NOTE GLOBALE : 18/20
Château de sable
Une fin que je n’ai pas forcément saisie dans l’hypothèse où quelque chose est à saisir car c’est bien l’évolution émotionnelle des différents protagonistes qui constituent le cœur de cette histoire. Ici, le décor (une crique), le background des personnages (médecin, écrivain, migrant, jeune, vieux …ect) ne sont que prétexte pour illustrer cette pièce théâtrale. Il aurait pu en être différemment que cela aurait tout autant fonctionné à mon avis. On se laisse ainsi volontiers happé par l’enchaînement des péripéties et par les réactions de chacun face à cette situation extraordinaire : de profondes angoisses pour certains, de l’insouciance pour d’autres… Le début est d’autant plus plaisant que le lecteur a le temps d’analyser ces réactions au fur et à mesure que la scène se charge en intensité émotionnelle. En revanche, à l’approche d’une chute scénaristique connue, le récit s’emballe trop vite à mon goût et l’on ne peut apprécier à leur juste valeur et dans leur grande diversité l’ensemble des émotions pouvant ressurgir à la veille d’une mort certaine et imminente. Même si je pense qu’il ne sert à rien d’essayer de détricoter plus que ce que les auteurs ont bien voulu nous laisser voir, je suis toutefois sceptique quant à certains élements secondaires qui n’apportent rien au récit et qui, au contraire, sont venus parasiter l’histoire : Quid des saignements de nez ? (au passage pas évident à distinguer en NetB avec les ombres projetées de la végétation sur un visage). Quid de la femme morte (noyée ?) au tout début du récit ? Quid du fils de l’hôtelier qui fait une soudaine et très brève interruption dans le récit ?? Quid d’une ombre aperçue au loin à travers les rochers ??? Le dessin est toujours sympa avec Peeters mais pour le coup j’ai moins accroché que d’autres BD dont il est à la manœuvre. En bref, une BD agréable qui questionne sur les relations intra/interpersonelles, sur la relation au temps ainsi que sur l’importance de l’instant présent.
L'Été des charognes
Une BD tout aussi déroutante que son titre ! Et que de difficultés à poser sur papier mon ressenti. Avec du recul, le dessin est bon voire très bon si l’on se concentre plus particulièrement sur les corps. C’est davantage la colorisation au feutre qui peut perturber. Les couleurs sont criardes mais cela colle plutôt bien à l’environnement global du récit (sans détour, tranché..). Le travail de colorisation sur les ombres est parfois un peu léger : de grands aplats avec des coloris inadaptés et disposés de manière hasardeuse sur les visages et/ou chevelures. En soit, rien de bien méchant au regard des deux gros bémols que j’ai noté : - L’identification d’un personnage d’une scène à l’autre ou pire, lors d’une même scène. En effet, les choix de l’auteur de mettre en avant des visages informes (surtout lors de scènes familiales avec beaucoup de personnes), de couper ces visages par le cadrage ainsi que de ne pas réutiliser (délibérément (?)) d’une case à l’autre la même palette de couleurs propre à un personnage (cheveux, teinte de peau, habits…) sont autant d’obstacles à la reconnaissance des personnages. - L’identification de la parole avec une lecture pas toujours intuitive des bulles : un sens prioritaire de lecture plutôt de haut en bas que de gauche à droite, des bulles éloignées de leur source et bien souvent dépourvues de direction. Et quand ces deux problèmes se cumulent, alors là jackpot ! Je ne vous dis pas la difficulté à se reconstituer les échanges. J’ai parfois dû m’y reprendre à 3 ou 4 fois pour bien comprendre qui dit quoi… Côté narration, j’ai trouvé le traitement de l’histoire déséquilibré. Après recherche, le roman sur lequel repose cette BD a été construit comme un triptyque. Et même si j’ai plus perçu cette BD comme un diptyque, je comprends donc mieux le choix de Sylvain Bordesoules de respecter cette construction narrative. La première partie du récit est lente. Elle pose les bases afin de bien appréhender l’environnement dans lequel les personnages évoluent. Pour cela, la narration s’appuie sur un enchaînement de scènes du quotidien ayant lieu durant l’été qui précède l’entrée au collège de notre protagoniste et de son pote de tous les combats. On y découvre une violence normalisée dans les relations sociales et plus généralement dans la relation au vivant. La violence pour rompre l’ennui, la violence pour tromper ses peurs ? A L’inverse, la narration s’accélère en seconde moitié de récit. Cette fois-ci, elle se repose davantage sur des événements clés de la jeune vie du protagoniste, tout d’abord durant ses années collèges et ensuite lors de la période internat au lycée. C’est d’ailleurs cette toute dernière tranche de vie (années lycée) qui me laisse malheureusement sur ma faim. Comme grogro avant moi, j’ai eu l’impression que l’auteur s’empêtrait et que le chemin à suivre s’obscurcissait à l’approche de la fin du récit. J’ai par exemple fini par perdre le sens de la représentation allégorique du chien (présente pourtant depuis le tout début du récit). Pour résumé très brièvement : une narration encore trop brouillonne dans sa construction (1ère BD de l’auteur si je me réfère au site) mais qui ne laisse personne indifférent de par les thématiques abordées et le traitement de ces dernières. Une histoire touchante, et il me semble, crue de vérités. Note réelle : 3.5 / 5
Cosmic detective
Eu égard à mes précédentes lectures de ces deux auteurs, j’attendais beaucoup de Lemire, et j’étais plus dubitatif concernant la participation de Kindt. J’étais en tout cas curieux de voir ce que leur collaboration pouvait donner au niveau scénario. Eh bien je n’ai pas été convaincu ou captivé par cet album. Dessin et colorisation – pas exempts de défauts pour le premier – sont peut-être ce qui passe le mieux pour moi. Une ambiance SF/polar foutraque, avec un rendu très sombre, énormément de planches muettes où Rubin se lâche. Pas désagréable. Mais pour ce qui est de l’intrigue, elle m’a laissé de côté. Déjà elle est quand même minimaliste, il ne se passe réellement pas grand-chose, le tout étant narré de façon très linéaire – malgré quelques artifices de pure forme. Les magouilles des Dieux, et pas mal de détails m’ont aussi échappé. Mais j’avoue n’avoir pas fait d’effort pour tout raccrocher, tant ma lecture – rapide au demeurant, ç c’est déjà ça – m’a ennuyé. Gros bof donc. Je n’ai à aucun moment retrouvé ce qui souvent chez Lemire dynamise ses récits, une certaine poésie, un étrange virant au merveilleux. Ça n’est pas ma came.
Pour une fraction de seconde - La vie mouvementée d'Eadweard Muybridge
Je découvre ici un Delisle éloigné de ce que je connais majoritairement de lui. C’est évidemment beaucoup moins autocentré. Mais, cet album possède quand même des qualités documentaires qu’on retrouve dans plusieurs de ses productions. En tout cas, au-delà d’une biographie d’Eadweard Muybridge, de sa relation avec la magnat californien Stanford, c’est un pan d’Histoire entier que Delisle nous fait découvrir, à savoir le cheminement, lent mais s’accélérant, qui va mener à l’invention, au développement de la photographie, puis du cinéma (toutes les principales figures – américaines, mais surtout françaises – apparaissent donc dans cet album). Un album très riche donc, mais avec une narration fluide, aérée, glissant régulièrement les photos originales pour compléter le récit. On ne s’ennuie jamais, et on est captivé par cette histoire, bien au-delà du personnage de Muybridge. Comme tout le monde, je connaissais ses célèbres photographies décomposant le mouvement d’animaux, d’hommes. J’avais découvert le bonhomme et Stanford avec l’album Le Maître de California Hill. Mais ce dernier était centré sur Stanford, et ses relations avec Muybridge, tandis que l’album de Delisle est plus complet et ambitieux – par là même plus intéressant. J’ajoute que son dessin est lui aussi agréable, dynamique, simple et efficace. Mention spéciale pour la conclusion, et la façon dont Delisle nous présente la mort (crise cardiaque) de Muybridge. Un bel album, instructif et plaisant à lire.
Rue de la Grande Truanderie
Le Familistère de Guise est une utopie sociale qui a fonctionné pour de bon pendant près d'un siècle. Créée grâce à la fortune, à l'intelligence et au bon cœur de Jean-Baptiste Godin, il a offert un lieu d'habitation parfaitement équilibré et organisé à des centaines de familles ouvrières qui pouvaient bénéficier ainsi de l'accès aux bienfaits de la richesse sans être riches. JD Morvan prend pour base cette merveille d'architecture et de société pour imaginer une intrigue où l'une des protégées de Godin, issue du monde de la petite criminalité, va répliquer ce même concept de familistère au cœur de Paris pour créer une utopie de Cour des Miracles alimentée par le crime, s'attirant par là même la haine des plus radicaux soutiens du projet initial de Godin. C'est un scénario taillé sur mesure pour le dessinateur Romain Rousseaux Perin qui est issu du monde de l'architecture et de la sociologie. Si son dessin des personnages est simplement bien, ses représentations des bâtiments, intérieurs et extérieurs, et des vues de Paris et d'ailleurs sont purement impressionnantes. Cela commence par une vue épatante du Paris de 1861, puis plus tard une incroyable vue plongeante en fish-eye du familistère de la Truanderie. Et cela continue comme ça, avec un tel soin du détail dans les décors qu'on sent que l'auteur s'est véritablement fait plaisir. Rien que pour ça et pour que la (re)découverte du Familistère de Guise, cela vaut le coup de la lecture. L'intrigue pour sa part a la belle qualité de mettre en avant ce fameux endroit et la merveille architecturale et sociale qu'il représentait, malheureusement maintenue par une ressource économique qui ne pouvait pas être éternelle. Et c'est justement pour trouver une source de revenus inépuisable que JD Morvan et son personnage principal ont imaginé l'obtenir du crime organisé. S'ensuit une histoire de vengeance punitive, de kidnapping et d'hypnotisme qui est un peu plus tirée par les cheveux, notamment motivée par un fils de Jean-Baptiste Godin qui est présenté en personnage détestable (alors qu'a priori il n'était que simplement médiocre dans la vraie vie). On y trouve un peu trop de facilités qui rabaissent les bonnes qualités du reste de l'histoire et de l'idée même de la baser sur le concept de ces familistères. En outre, alors que l'intrigue tient relativement la route jusqu'à la fin du second tome, elle se conclut de manière très abrupte par un retournement de situation qui survient dans les toutes dernières pages et qui manque fortement de logique et de constance par rapport au reste du récit. Bref, une fin qui se veut tragique et forte mais qui déçoit en fait singulièrement, comme si elle avait dû être expédiée en trois pages au lieu d'un troisième tome complet. En définitive, il y a donc du très bon et du franchement moins bon dans cette série qui a toutefois l'intérêt de faire découvrir aux lecteurs ce fameux Familistère. Note : 2,5/5