À l'époque, après avoir lu et tant aimé Les Passagers du vent, j'ai continué à suivre tout ce que Bourgeon faisait. J'ai aimé le dessin plus réaliste et détaillé des Compagnons, mais j'ai été surpris par l'apparition du fantastique dans une série que j'attendais purement historique. Et ce fut une bonne découverte ! Parmi les trois albums, c'est surtout le dernier qui m'a impressionné : la fin tragique de l'écuyer et du chevalier, l'apocalypse de tout un monde. Maudits soient-ils !
Bien que j'aime beaucoup Noé en tant que dessinateur, cette histoire m'a toujours provoqué de l'aversion. Je sais bien qu'il ne faut pas la prendre au sérieux, mais le mélange entre sexe et religiosité brise complètement quelque chose qui aurait pu avoir d'excitant ici.
Tout comme je déteste le fanatisme religieux, l'anticléricalisme ou la moquerie me semblent également répréhensibles. Et, pour couronner le tout, l'apparition du cornard rend l'histoire encore plus ridicule!
J’avais énormément envie d’aimer Apparition dans le ciel de Berlin-Est. Rien que le titre me fascinait. Je m’attendais à une œuvre oppressante, étrange, avec cette sensation de guerre froide permanente, un Berlin-Est paranoïaque écrasé par le poids politique et la peur de l’inconnu. Les premières pages m’ont d’ailleurs vraiment accroché avec cette apparition gigantesque dans le ciel et cette ambiance de tension sourde.
Mais finalement, cette promesse-là disparaît assez vite.
Parce qu’en réalité, une grande partie du récit se déroule dans ce bunker, presque coupé du monde extérieur. Et du coup, tout ce sentiment de Berlin-Est sous pression, de ville enfermée dans la guerre froide, on le ressent finalement très peu passé le premier tiers du récit. C’est probablement ce qui m’a le plus frustré : le décor et le contexte historique semblaient être une force énorme du livre… mais ils deviennent presque secondaires.
L’histoire tourne alors surtout autour des discussions, des réactions face à cette apparition et des réflexions plus symboliques ou philosophiques. Je comprends totalement ce que la BD cherche à faire, mais personnellement, je suis resté à distance. Là où j’attendais une montée de tension, une vraie oppression psychologique ou un vertige fantastique, j’ai surtout eu le sentiment d’un récit très statique.
Et c’est étrange parce que l’idée de départ reste excellente. Cette apparition immense et incompréhensible au-dessus d’une ville enfermée politiquement, c’est un concept ultra fort. Mais j’ai trouvé que la BD exploitait finalement peu son propre potentiel. Elle préfère constamment suggérer plutôt que faire ressentir.
Même les personnages m’ont laissé assez froid. Ils servent surtout le propos et les dialogues, mais je n’ai jamais vraiment créé de lien émotionnel avec eux. Je regardais le récit avancer sans être happé dedans.
Visuellement pourtant, certaines planches fonctionnent très bien. Il y a une vraie maîtrise de l’ambiance, notamment au début avec cette apparition dans le ciel qui possède quelque chose de presque biblique. Mais là encore, j’ai trouvé l’ensemble trop contenu, trop retenu. Comme si la BD refusait d’aller au bout de son étrangeté ou de son émotion.
Au final, ce qui me reste surtout, c’est une frustration énorme. Celle d’un livre avec un titre incroyable, une idée de départ fascinante et un contexte historique ultra fort… mais qui choisit finalement une approche beaucoup plus froide et enfermée que ce que j’espérais.
Pas un mauvais livre. Mais clairement une œuvre dont l’idée m’a davantage marqué que sa lecture elle-même
Dans un chalet de haute montagne servant de décor à une émission culinaire, une série de meurtres frappe les candidats d'un concours de chefs, obligeant la commissaire Magret et son fils Poireau à enquêter.
Lors du lancement de la série, tout laissait penser qu'on allait suivre une succession d'enquêtes humoristiques autour du monde de la cuisine et de la gastronomie. Mais au vu de l'absence de suite depuis des années, il semble malheureusement qu'on n'aura probablement jamais plus que ce seul premier tome.
L'idée du duo formé par la commissaire Magret et son fils Hercule Poireau était pourtant plutôt amusante à la base. Le fait que cette commissaire autoritaire appelle son fils par des petits surnoms affectueux au milieu d'une enquête aurait pu créer une vraie dynamique comique. Mais au final, cet aspect reste très peu exploité tant le fils ne sert à rien dans l'enquête et parait même assez couillon sans amener d'humour pour autant. Dommage, car la mère policière est assez attachante, elle.
Cette unique enquête parue fonctionne comme une reprise des Dix Petits Nègres d'Agatha Christie transposée dans l'univers des émissions culinaires façon Top Chef. Sa lecture est plaisante sur une bonne partie du récit. Le huis clos enneigé, les candidats éliminés un par un, les références à Poirot et Maigret, tout cela se lit facilement et avec un certain plaisir. Le dessin de Serge Carrère aide beaucoup d'ailleurs : il est solide, lisible, expressif et globalement très agréable à suivre malgré quelques personnages un peu figés par moments.
Le problème vient surtout de la résolution. Comme l'histoire reprend clairement la mécanique des Dix Petits Nègres, je m'attendais à une explication finale un peu brillante ou ingénieuse. Or la révélation tombe platement, avec un élément nouveau sorti un peu de nulle part qui donne l'impression d'une solution facile plutôt qu'habilement préparée. Cela rend la fin assez décevante après une enquête pourtant sympathique à suivre.
C'est une enquête policière jeunesse plutôt agréable et sans prétention, avec un bon dessin et quelques idées amusantes, mais aussi beaucoup de potentiel sous-exploité. C'est dommage, parce que malgré ses défauts, j'ai quand même pris un certain plaisir à lire l'album et j'aurais été curieux de voir ce que la série aurait pu donner sur plusieurs enquêtes.
Une famille d'ours polaires contrainte de quitter sa banquise à cause du réchauffement climatique se retrouve embarquée dans une longue dérive pleine de rencontres et d'aventures à travers des territoires toujours plus éloignés de son monde d'origine.
Au départ, la série donne l'impression d'être une succession de petites histoires humoristiques autour d'un papa ours polaire maladroit essayant de survivre avec ses deux oursons. Ces premiers récits très courts sont clairement pensés pour un jeune public, avec un humour parfois très enfantin qui ne m'a pas toujours fait rire, notamment les gags répétitifs autour de Brigitte la phoque qui humilie constamment le pauvre Pol. Cela m'a souvent rappelé les vieux dessins animés à la Titi et Grosminet ou Bip Bip et le Coyote, où l'on finit par vouloir soutenir le prédateur tant il sert de victime permanente.
Heureusement, dès la fin du premier tome puis surtout dans les suivants, la série évolue vers une véritable aventure au long cours. Le groupe dérive loin de sa banquise, découvre d'autres environnements et finit même par rappeler par moments le principe des films Madagascar, avec des animaux perdus loin de leur habitat naturel. Brigitte devient alors une vraie alliée de la famille, ce qui fait disparaître une bonne partie du côté irritant des débuts.
Le dessin est sympathique et plutôt bien maîtrisé. Les premiers tomes paraissent forcément un peu pauvres en décors entre glace et océan, mais l'univers devient plus varié et généreux au fil de l'aventure. Le trait reste souple, lisible et expressif, dans un style très animation jeunesse.
Toute la série véhicule aussi des messages écologiques très appuyés autour du réchauffement climatique, de la pollution plastique ou de la destruction des océans. Ce n'est pas très subtil, mais cela a le mérite d'être clair et accessible pour de jeunes lecteurs.
Même si l'humour pur des débuts ne m'a pas vraiment convaincu, j'ai trouvé la série plus agréable une fois son vrai fil narratif installé. Elle reste avant tout destinée aux enfants, mais l'ensemble devient assez attachant et plaisant à suivre.
Je pensais sincèrement que le catch ne pouvait plus rien provoquer chez moi. C’était un vieux souvenir d’enfance, un truc regardé plus jeune avec fascination avant de passer à autre chose. Et puis je suis tombé sur Do a Powerbomb!.
Et là, je me suis pris une chaise émotionnelle en pleine tête.
Je me foutais complètement du catch avant d’ouvrir ce livre. Enfin… du catch d’aujourd’hui. Pourtant, en lisant cette BD, j’ai retrouvé des sensations que je croyais enterrées depuis longtemps. Cette capacité à être happé par quelque chose de plus grand que nature, de bruyant, de spectaculaire, mais aussi d’étrangement humain.
Ce qui me reste après la lecture, ce n’est même pas l’histoire en elle-même. Sur le papier, elle est presque simple : un être démoniaque propose une seconde chance, une résurrection sous condition, en échange d’un tournoi aussi absurde que brutal. Dit comme ça, presque rien de vraiment original. Mais entre les mains de Daniel Warren Johnson, cette idée devient une explosion d’émotions, de fureur et d’humanité. Il aborde des thèmes qui lui tienne à coeur, une histoire de transmission, de douleur, de famille, de deuil. Mais Daniel Warren Johnson transforme ça en quelque chose de viscéral. J’ai eu l’impression qu’il ne dessinait pas des scènes : il expulsait des émotions directement sur les pages.
Rarement une BD m’a donné cette sensation de mouvement. Pas juste de l’action. Du mouvement vivant. Les corps explosent, les cordes vibrent, les impacts résonnent presque physiquement. Par moments, je ne lisais plus les combats : je les ressentais. Chaque coup semble avoir un poids absurde, chaque projection paraît capable de casser les cases elles-mêmes. Il y a des planches où j’avais l’impression que le livre allait trembler dans mes mains.
Et pourtant, au milieu de cette violence spectaculaire, ce sont les détails qui m’ont le plus marqué. Un regard épuisé. Une posture qui s’effondre. Une expression cachée derrière un masque grotesque. Des mains crispées. Des visages déformés par l’effort ou la peine. DWJ dessine les émotions comme d’autres dessinent des explosions : avec excès, avec rage, avec sincérité.
C’est probablement ça qui m’a autant touché : l’absence totale de cynisme. La BD ne cherche jamais à être “maligne” ou distante. Elle ose être excessive, mélodramatique, bruyante, émotive. Et moi, je me suis laissé embarquer sans résistance.
Je crois même que ce que j’ai préféré, ce n’est pas le catch, ni les combats, ni même l’histoire. C’est cette énergie permanente. Cette impression qu’un auteur balance tout ce qu’il a dans chaque page, chaque trait, chaque impact. Comme s’il dessinait sans filtre, directement avec les tripes.
Je lui mets un immense 5/5. Pas parce qu’elle révolutionne son récit, mais parce qu’elle m’a rappelé qu’une BD peut encore me frapper en plein ventre. Et honnêtement, ça fait du bien.
Le premier tome est très bon, mais la série souffre de quelques problèmes dans son édition française. Les dessins de John Buscema nous présentent un Tarzan puissant, parfois furieux (rappelant Conan !) et le grand format met en valeur son talent artistique ; le cycle d'Opar est excellent.
Cependant, lorsque les encres passent à T. de Zuniga ou R. Mesina, on ne ressent plus la même force brute. Tout se détériore a partir du deuxième tome, lorsque John transmet le relais à son frère Sal, les intrigues sont de plus en plus courtes et l'histoire reste incomplète au troisième tome dans l'édition française.
Voilà une très bonne biographie d’un personnage qui a atteint un statut mythique pour pas mal de monde durant la guerre froide (sa photo trônant dans nombre de chambres d’étudiants). Une biographie qui prend le temps d’installer le personnage.
Jon Lee Anderson a fait un gros travail de recherche, ça se sent. Mais la narration est fluide et il n’y a rien d’indigeste dans ce récit – pourtant un gros pavé de plus de 400 pages !
Il faut dire déjà que graphiquement c’est très agréable à lire. Le dessin de José Hernandez est très bon, un trait réaliste plaisant (avec parfois des « flous » ressemblant à des photos retravaillée). Et j’ai aussi beaucoup aimé sa colorisation, aux tons brumeux et cuivrés. Un rendu attrayant.
La première partie montre Ernesto Guevara durant sa « formation politique », sa prise conscience durant ses voyages en Amérique latine, qui vont le familiariser avec les injustices, l’idée révolutionnaire. Et sa rencontre avec les frères Castro va faire le reste.
Puis, une fois la Révolution victorieuse, vient le temps de « l’institutionnalisation », des désillusions, des « disparitions » parmi le premier cercle révolutionnaire. Et la pression mise par les États-Unis – et aussi par l’URSS dans un autre registre.
Enfin la mise à l’écart du Che et son départ de Cuba pour répandre la Révolution partout ailleurs, au Congo, et surtout dans toute l’Amérique latine.
La vie privée du Che reste ici mineure – elle l’a aussi sûrement été en réalité, s’effaçant derrière le « devoir » révolutionnaire d’une sorte d’idéaliste. Un homme qui en tout cas n’a jamais renié ou trahi ses idéaux de jeunesse, même s’il n’a pu faire advenir la Révolution et la société dont il rêvait.
Un album très recommandable pour tous ceux qui s’intéressent à cette période et à ce personnage charismatique et pourtant qui ne recherchait ni les honneurs ni les projecteurs.
J'ai lu les deux premiers tomes et j'ai trouvé le résultat correct sans plus.
C'est une comédie romantique avec une idée bien débile: une jeune fille bien gentille et féminine qui semble être une héroïne de shojo se retrouve dans un lycée où tout le monde est un délinquant balaise. On s’attend donc à une comédie basé sur le contraste entre l'héroïne et l'environnement qui l'entoure, mais très vite on tombe dans la comédie romantique basique lorsque l'héroïne croise son ami d'enfance timide et faible qui est devenu le plus fort de l'école. On va retrouver les ingrédients de tous comédies romantiques comme l'arrivée de rivaux amoureux (dont bien sur le beau garçon riche). Ajoutons aussi d'autres clichés comme le personnage qui veut être le boss du lycée et rate tout comme un gros loser.
Ça se laisse lire et j'ai souvent souris, mais les situations sentent souvent le déjà vu comme si l'auteur avait une liste de toutes les situations qu'on doit voir dans un manga de ce genre. Le truc le plus original est que c'est l'héroïne qui rentre dans une salle pendant que les garçons se changent ! Du coup même si c'est un peu sympathique, c'est pas non plus passionnant à moins d'être un lecteur novice en matière de mangas. Le dessin est pas trop mal.
J'ai découvert Sala récemment grâce à Joueur d'échecs que j'ai absolument a-do-ré. Je n'en dirais pas autant de cet album que je trouve "seulement" très bon, aspect visuel toujours aussi fascinant. Là, on a une multi-biographie réussie savoir celle du héros de la famille, de l'auteur, de sa mère, et accessoirement, des autres. Comment savoir si ce qui fait que je préfère Le joueur d'échec est une fiction supérieure à la réalité ou ma fascination pour les échecs ? Dur à dire.
Puisque je suis là, j'en profite pour inciter à lire Le gambit des étoiles, roman vraiment parfait de Klein. Je dois pourtant reconnaître que Sala fait un sans faute : on voit le poids de la transmission de la tragédie, dans la famille, mais aussi le bonheur d'une vie familiale où l'amour et la liberté règnent, ce qui n'est pas un mince privilège… Et parfois, le drame et le bonheur ne sont pas où on les attend. J'avais peur en ouvrant la bd, je l'ai fermé avec un presque sentiment de plénitude.
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Les Compagnons du Crépuscule
À l'époque, après avoir lu et tant aimé Les Passagers du vent, j'ai continué à suivre tout ce que Bourgeon faisait. J'ai aimé le dessin plus réaliste et détaillé des Compagnons, mais j'ai été surpris par l'apparition du fantastique dans une série que j'attendais purement historique. Et ce fut une bonne découverte ! Parmi les trois albums, c'est surtout le dernier qui m'a impressionné : la fin tragique de l'écuyer et du chevalier, l'apocalypse de tout un monde. Maudits soient-ils !
Le Couvent infernal
Bien que j'aime beaucoup Noé en tant que dessinateur, cette histoire m'a toujours provoqué de l'aversion. Je sais bien qu'il ne faut pas la prendre au sérieux, mais le mélange entre sexe et religiosité brise complètement quelque chose qui aurait pu avoir d'excitant ici. Tout comme je déteste le fanatisme religieux, l'anticléricalisme ou la moquerie me semblent également répréhensibles. Et, pour couronner le tout, l'apparition du cornard rend l'histoire encore plus ridicule!
Apparition dans le ciel de Berlin-Est
J’avais énormément envie d’aimer Apparition dans le ciel de Berlin-Est. Rien que le titre me fascinait. Je m’attendais à une œuvre oppressante, étrange, avec cette sensation de guerre froide permanente, un Berlin-Est paranoïaque écrasé par le poids politique et la peur de l’inconnu. Les premières pages m’ont d’ailleurs vraiment accroché avec cette apparition gigantesque dans le ciel et cette ambiance de tension sourde. Mais finalement, cette promesse-là disparaît assez vite. Parce qu’en réalité, une grande partie du récit se déroule dans ce bunker, presque coupé du monde extérieur. Et du coup, tout ce sentiment de Berlin-Est sous pression, de ville enfermée dans la guerre froide, on le ressent finalement très peu passé le premier tiers du récit. C’est probablement ce qui m’a le plus frustré : le décor et le contexte historique semblaient être une force énorme du livre… mais ils deviennent presque secondaires. L’histoire tourne alors surtout autour des discussions, des réactions face à cette apparition et des réflexions plus symboliques ou philosophiques. Je comprends totalement ce que la BD cherche à faire, mais personnellement, je suis resté à distance. Là où j’attendais une montée de tension, une vraie oppression psychologique ou un vertige fantastique, j’ai surtout eu le sentiment d’un récit très statique. Et c’est étrange parce que l’idée de départ reste excellente. Cette apparition immense et incompréhensible au-dessus d’une ville enfermée politiquement, c’est un concept ultra fort. Mais j’ai trouvé que la BD exploitait finalement peu son propre potentiel. Elle préfère constamment suggérer plutôt que faire ressentir. Même les personnages m’ont laissé assez froid. Ils servent surtout le propos et les dialogues, mais je n’ai jamais vraiment créé de lien émotionnel avec eux. Je regardais le récit avancer sans être happé dedans. Visuellement pourtant, certaines planches fonctionnent très bien. Il y a une vraie maîtrise de l’ambiance, notamment au début avec cette apparition dans le ciel qui possède quelque chose de presque biblique. Mais là encore, j’ai trouvé l’ensemble trop contenu, trop retenu. Comme si la BD refusait d’aller au bout de son étrangeté ou de son émotion. Au final, ce qui me reste surtout, c’est une frustration énorme. Celle d’un livre avec un titre incroyable, une idée de départ fascinante et un contexte historique ultra fort… mais qui choisit finalement une approche beaucoup plus froide et enfermée que ce que j’espérais. Pas un mauvais livre. Mais clairement une œuvre dont l’idée m’a davantage marqué que sa lecture elle-même
Les Savoureuses enquêtes d'Hercule Poireau et du commissaire Magret
Dans un chalet de haute montagne servant de décor à une émission culinaire, une série de meurtres frappe les candidats d'un concours de chefs, obligeant la commissaire Magret et son fils Poireau à enquêter. Lors du lancement de la série, tout laissait penser qu'on allait suivre une succession d'enquêtes humoristiques autour du monde de la cuisine et de la gastronomie. Mais au vu de l'absence de suite depuis des années, il semble malheureusement qu'on n'aura probablement jamais plus que ce seul premier tome. L'idée du duo formé par la commissaire Magret et son fils Hercule Poireau était pourtant plutôt amusante à la base. Le fait que cette commissaire autoritaire appelle son fils par des petits surnoms affectueux au milieu d'une enquête aurait pu créer une vraie dynamique comique. Mais au final, cet aspect reste très peu exploité tant le fils ne sert à rien dans l'enquête et parait même assez couillon sans amener d'humour pour autant. Dommage, car la mère policière est assez attachante, elle. Cette unique enquête parue fonctionne comme une reprise des Dix Petits Nègres d'Agatha Christie transposée dans l'univers des émissions culinaires façon Top Chef. Sa lecture est plaisante sur une bonne partie du récit. Le huis clos enneigé, les candidats éliminés un par un, les références à Poirot et Maigret, tout cela se lit facilement et avec un certain plaisir. Le dessin de Serge Carrère aide beaucoup d'ailleurs : il est solide, lisible, expressif et globalement très agréable à suivre malgré quelques personnages un peu figés par moments. Le problème vient surtout de la résolution. Comme l'histoire reprend clairement la mécanique des Dix Petits Nègres, je m'attendais à une explication finale un peu brillante ou ingénieuse. Or la révélation tombe platement, avec un élément nouveau sorti un peu de nulle part qui donne l'impression d'une solution facile plutôt qu'habilement préparée. Cela rend la fin assez décevante après une enquête pourtant sympathique à suivre. C'est une enquête policière jeunesse plutôt agréable et sans prétention, avec un bon dessin et quelques idées amusantes, mais aussi beaucoup de potentiel sous-exploité. C'est dommage, parce que malgré ses défauts, j'ai quand même pris un certain plaisir à lire l'album et j'aurais été curieux de voir ce que la série aurait pu donner sur plusieurs enquêtes.
Pol polaire
Une famille d'ours polaires contrainte de quitter sa banquise à cause du réchauffement climatique se retrouve embarquée dans une longue dérive pleine de rencontres et d'aventures à travers des territoires toujours plus éloignés de son monde d'origine. Au départ, la série donne l'impression d'être une succession de petites histoires humoristiques autour d'un papa ours polaire maladroit essayant de survivre avec ses deux oursons. Ces premiers récits très courts sont clairement pensés pour un jeune public, avec un humour parfois très enfantin qui ne m'a pas toujours fait rire, notamment les gags répétitifs autour de Brigitte la phoque qui humilie constamment le pauvre Pol. Cela m'a souvent rappelé les vieux dessins animés à la Titi et Grosminet ou Bip Bip et le Coyote, où l'on finit par vouloir soutenir le prédateur tant il sert de victime permanente. Heureusement, dès la fin du premier tome puis surtout dans les suivants, la série évolue vers une véritable aventure au long cours. Le groupe dérive loin de sa banquise, découvre d'autres environnements et finit même par rappeler par moments le principe des films Madagascar, avec des animaux perdus loin de leur habitat naturel. Brigitte devient alors une vraie alliée de la famille, ce qui fait disparaître une bonne partie du côté irritant des débuts. Le dessin est sympathique et plutôt bien maîtrisé. Les premiers tomes paraissent forcément un peu pauvres en décors entre glace et océan, mais l'univers devient plus varié et généreux au fil de l'aventure. Le trait reste souple, lisible et expressif, dans un style très animation jeunesse. Toute la série véhicule aussi des messages écologiques très appuyés autour du réchauffement climatique, de la pollution plastique ou de la destruction des océans. Ce n'est pas très subtil, mais cela a le mérite d'être clair et accessible pour de jeunes lecteurs. Même si l'humour pur des débuts ne m'a pas vraiment convaincu, j'ai trouvé la série plus agréable une fois son vrai fil narratif installé. Elle reste avant tout destinée aux enfants, mais l'ensemble devient assez attachant et plaisant à suivre.
Do a powerbomb !
Je pensais sincèrement que le catch ne pouvait plus rien provoquer chez moi. C’était un vieux souvenir d’enfance, un truc regardé plus jeune avec fascination avant de passer à autre chose. Et puis je suis tombé sur Do a Powerbomb!. Et là, je me suis pris une chaise émotionnelle en pleine tête. Je me foutais complètement du catch avant d’ouvrir ce livre. Enfin… du catch d’aujourd’hui. Pourtant, en lisant cette BD, j’ai retrouvé des sensations que je croyais enterrées depuis longtemps. Cette capacité à être happé par quelque chose de plus grand que nature, de bruyant, de spectaculaire, mais aussi d’étrangement humain. Ce qui me reste après la lecture, ce n’est même pas l’histoire en elle-même. Sur le papier, elle est presque simple : un être démoniaque propose une seconde chance, une résurrection sous condition, en échange d’un tournoi aussi absurde que brutal. Dit comme ça, presque rien de vraiment original. Mais entre les mains de Daniel Warren Johnson, cette idée devient une explosion d’émotions, de fureur et d’humanité. Il aborde des thèmes qui lui tienne à coeur, une histoire de transmission, de douleur, de famille, de deuil. Mais Daniel Warren Johnson transforme ça en quelque chose de viscéral. J’ai eu l’impression qu’il ne dessinait pas des scènes : il expulsait des émotions directement sur les pages. Rarement une BD m’a donné cette sensation de mouvement. Pas juste de l’action. Du mouvement vivant. Les corps explosent, les cordes vibrent, les impacts résonnent presque physiquement. Par moments, je ne lisais plus les combats : je les ressentais. Chaque coup semble avoir un poids absurde, chaque projection paraît capable de casser les cases elles-mêmes. Il y a des planches où j’avais l’impression que le livre allait trembler dans mes mains. Et pourtant, au milieu de cette violence spectaculaire, ce sont les détails qui m’ont le plus marqué. Un regard épuisé. Une posture qui s’effondre. Une expression cachée derrière un masque grotesque. Des mains crispées. Des visages déformés par l’effort ou la peine. DWJ dessine les émotions comme d’autres dessinent des explosions : avec excès, avec rage, avec sincérité. C’est probablement ça qui m’a autant touché : l’absence totale de cynisme. La BD ne cherche jamais à être “maligne” ou distante. Elle ose être excessive, mélodramatique, bruyante, émotive. Et moi, je me suis laissé embarquer sans résistance. Je crois même que ce que j’ai préféré, ce n’est pas le catch, ni les combats, ni même l’histoire. C’est cette énergie permanente. Cette impression qu’un auteur balance tout ce qu’il a dans chaque page, chaque trait, chaque impact. Comme s’il dessinait sans filtre, directement avec les tripes. Je lui mets un immense 5/5. Pas parce qu’elle révolutionne son récit, mais parce qu’elle m’a rappelé qu’une BD peut encore me frapper en plein ventre. Et honnêtement, ça fait du bien.
Tarzan (Buscema)
Le premier tome est très bon, mais la série souffre de quelques problèmes dans son édition française. Les dessins de John Buscema nous présentent un Tarzan puissant, parfois furieux (rappelant Conan !) et le grand format met en valeur son talent artistique ; le cycle d'Opar est excellent. Cependant, lorsque les encres passent à T. de Zuniga ou R. Mesina, on ne ressent plus la même force brute. Tout se détériore a partir du deuxième tome, lorsque John transmet le relais à son frère Sal, les intrigues sont de plus en plus courtes et l'histoire reste incomplète au troisième tome dans l'édition française.
Che - Une vie révolutionnaire
Voilà une très bonne biographie d’un personnage qui a atteint un statut mythique pour pas mal de monde durant la guerre froide (sa photo trônant dans nombre de chambres d’étudiants). Une biographie qui prend le temps d’installer le personnage. Jon Lee Anderson a fait un gros travail de recherche, ça se sent. Mais la narration est fluide et il n’y a rien d’indigeste dans ce récit – pourtant un gros pavé de plus de 400 pages ! Il faut dire déjà que graphiquement c’est très agréable à lire. Le dessin de José Hernandez est très bon, un trait réaliste plaisant (avec parfois des « flous » ressemblant à des photos retravaillée). Et j’ai aussi beaucoup aimé sa colorisation, aux tons brumeux et cuivrés. Un rendu attrayant. La première partie montre Ernesto Guevara durant sa « formation politique », sa prise conscience durant ses voyages en Amérique latine, qui vont le familiariser avec les injustices, l’idée révolutionnaire. Et sa rencontre avec les frères Castro va faire le reste. Puis, une fois la Révolution victorieuse, vient le temps de « l’institutionnalisation », des désillusions, des « disparitions » parmi le premier cercle révolutionnaire. Et la pression mise par les États-Unis – et aussi par l’URSS dans un autre registre. Enfin la mise à l’écart du Che et son départ de Cuba pour répandre la Révolution partout ailleurs, au Congo, et surtout dans toute l’Amérique latine. La vie privée du Che reste ici mineure – elle l’a aussi sûrement été en réalité, s’effaçant derrière le « devoir » révolutionnaire d’une sorte d’idéaliste. Un homme qui en tout cas n’a jamais renié ou trahi ses idéaux de jeunesse, même s’il n’a pu faire advenir la Révolution et la société dont il rêvait. Un album très recommandable pour tous ceux qui s’intéressent à cette période et à ce personnage charismatique et pourtant qui ne recherchait ni les honneurs ni les projecteurs.
La Belle et le Badass
J'ai lu les deux premiers tomes et j'ai trouvé le résultat correct sans plus. C'est une comédie romantique avec une idée bien débile: une jeune fille bien gentille et féminine qui semble être une héroïne de shojo se retrouve dans un lycée où tout le monde est un délinquant balaise. On s’attend donc à une comédie basé sur le contraste entre l'héroïne et l'environnement qui l'entoure, mais très vite on tombe dans la comédie romantique basique lorsque l'héroïne croise son ami d'enfance timide et faible qui est devenu le plus fort de l'école. On va retrouver les ingrédients de tous comédies romantiques comme l'arrivée de rivaux amoureux (dont bien sur le beau garçon riche). Ajoutons aussi d'autres clichés comme le personnage qui veut être le boss du lycée et rate tout comme un gros loser. Ça se laisse lire et j'ai souvent souris, mais les situations sentent souvent le déjà vu comme si l'auteur avait une liste de toutes les situations qu'on doit voir dans un manga de ce genre. Le truc le plus original est que c'est l'héroïne qui rentre dans une salle pendant que les garçons se changent ! Du coup même si c'est un peu sympathique, c'est pas non plus passionnant à moins d'être un lecteur novice en matière de mangas. Le dessin est pas trop mal.
Le Poids des héros
J'ai découvert Sala récemment grâce à Joueur d'échecs que j'ai absolument a-do-ré. Je n'en dirais pas autant de cet album que je trouve "seulement" très bon, aspect visuel toujours aussi fascinant. Là, on a une multi-biographie réussie savoir celle du héros de la famille, de l'auteur, de sa mère, et accessoirement, des autres. Comment savoir si ce qui fait que je préfère Le joueur d'échec est une fiction supérieure à la réalité ou ma fascination pour les échecs ? Dur à dire. Puisque je suis là, j'en profite pour inciter à lire Le gambit des étoiles, roman vraiment parfait de Klein. Je dois pourtant reconnaître que Sala fait un sans faute : on voit le poids de la transmission de la tragédie, dans la famille, mais aussi le bonheur d'une vie familiale où l'amour et la liberté règnent, ce qui n'est pas un mince privilège… Et parfois, le drame et le bonheur ne sont pas où on les attend. J'avais peur en ouvrant la bd, je l'ai fermé avec un presque sentiment de plénitude.