J'ai trouvé cette lecture à la fois instructive et profondément triste. Instructive parce que Sixtine Dano s'appuie sur de nombreux témoignages réels pour montrer une réalité dont on parle peu : celle de jeunes étudiants qui se tournent vers l'escorting, les mécanismes qui les y conduisent, la manière dont ils rationalisent leurs choix et les conséquences que cela peut avoir sur leur vie. Triste parce que tout ce qui est montré ici entre en collision avec ma propre vision des relations humaines, du couple et du désir.
Graphiquement, l'album est une réussite. Le noir et blanc à l'encre et au fusain est agréable, avec des planches élégantes, parfois même poétiques. Les jeux de lumière, les silences et certaines pages muettes créent une atmosphère particulière qui accompagne bien le récit.
Sur le fond, en revanche, je suis resté à distance de Raphaëlle. Je n'ai jamais réellement réussi à m'attacher à elle. Son approche de l'escorting m'a souvent paru très froide, presque clinique. Le livre montre une jeune femme qui envisage son corps et sa jeunesse comme une ressource dont il faut tirer profit tant qu'il est encore temps, une opportunité économique parmi d'autres. J'ai trouvé cette logique profondément déprimante. Elle m'a donné l'impression d'observer une existence où le capitalisme finit par contaminer jusqu'à l'intimité, le désir et les relations humaines elles-mêmes.
Le récit ne juge jamais son héroïne, ce qui est évidemment un choix délibéré de l'autrice. Mais cette neutralité m'a parfois mis mal à l'aise. Rien n'indique clairement que Raphaëlle n'avait aucune autre option, même si les difficultés financières étudiantes sont bien montrées. Le terme de "choix" paraît donc lui-même imparfait : il y a évidemment des contraintes économiques à l'oeuvre, mais l'album laisse volontairement une grande part d'ambiguïté. Cette absence de prise de position pourra séduire certains lecteurs ; pour ma part, elle a renforcé mon malaise.
J'ai également ressenti une profonde tristesse face à la vision des relations sentimentales qui se dégage de l'ouvrage. Les clients recherchent une présence féminine comme un service marchand parmi d'autres, parfois simplement pour gagner du temps plutôt que d'investir ce temps dans de vraies relations. Les hommes mariés qui fréquentent ces services m'ont également inspiré du mépris, tant cela va à l'encontre de mes principes personnels. Quant aux escorts elles-mêmes, l'ouvrage évoque des séquelles durables, une difficulté à vivre des relations amoureuses normales ou à retrouver un rapport sain au désir. Même lorsque ces conséquences ne sont qu'esquissées, elles m'ont semblé constituer la partie la plus tragique du livre.
Paradoxalement, c'est aussi ce qui rend l'album intéressant. Sixtine Dano montre sans voyeurisme ni sensationnalisme un phénomène de société bien réel. Elle expose des trajectoires, des raisonnements, des compromis et des contradictions. J'aurais toutefois aimé que certains aspects soient davantage approfondis : les motivations réelles des clients, les conséquences psychologiques à long terme, les raisons qui poussent certains à commencer ou à arrêter. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que le récit restait à la surface des choses alors qu'il touchait à des questions extrêmement complexes.
Je referme donc Sibylline avec un sentiment mitigé. C'est un ouvrage beau, sincère et documenté, qui m'a appris des choses. Mais c'est aussi une lecture qui m'a laissé une impression de froideur et de désenchantement. J'y ai vu des personnages qui semblent considérer comme normale une vision du corps, du désir et des relations humaines que je trouve profondément triste. C'est sans doute la force du livre : montrer cette réalité sans chercher à l'adoucir. Mais cette réalité m'a davantage déprimé qu'ému.
C’est une aventure classique. Une bonne aventure destinée avant tout à un public adolescent.
Bien sûr, certains aspects pourraient être critiqués : les antagonistes manquent parfois de profondeur, l’évolution intérieure des héros et leur maturation au cours du voyage auraient pu être davantage développées, l’univers et l’histoire des différentes races ne sont qu’esquissés, et l’idée de cette « maturation magique » aurait pu être exploitée de manière plus originale.
Malgré cela, l’impression générale reste très positive. L’œuvre se lit facilement et avec plaisir, et fonctionne bien en tant qu’histoire cohérente dans la catégorie à laquelle elle appartient.
Pendant ma lecture, j’ai ressenti exactement la même chose que lorsque j’ai lu Les Feux d’Askell. On y retrouve les mêmes sensations d’aventure légère : un danger modéré pour les héros, de l’intrigue, des moments humoristiques qui font réellement sourire, ainsi que des passages romantiques adolescents plutôt bien amenés.
Dans l’ensemble, on croit à ce qui se passe. Les personnages sont bien développés et il est agréable de suivre leur parcours. Les cinq tomes constituent un format idéal pour ce type d’histoire : suffisamment long pour éviter une narration précipitée, mais pas au point de devenir répétitif ou fatigant.
Concernant le dessin, il est net, moderne, réalisé dans un style numérique agréable et efficace.
Il ne faut toutefois pas oublier qu’il s’agit avant tout d’une histoire destinée aux adolescents. Inutile donc de lui appliquer les mêmes exigences qu’à une œuvre visant un public adulte. Dans le cadre d’un récit jeunesse et d’une aventure légère, c’est une réussite.
Je n'ai lu qu'une des BD, et je me rappelle qu'elle m'avait beaucoup plu, il y a bien longtemps. Je trouve que cela préfigure Orbital et serait plus en direction d'un public moins mûr qu'Orbital. Les dessins ? Sous estimés, et le héros me paraît très bien. Dans le cadre d'un monde où un personnage peut régler les problèmes ! C'est souvent de convention dans les aventures, et je ne vois pas pourquoi cela choquerait plus dans la diplomatie que dans les histoires de héros justicier ou en quête, avec des pouvoirs ou du moins une surabondance de muscles ou en tout cas des armes dignes de ce nom.
C’est une aventure classique qui se lit facilement en une soirée, mais qui laisse une impression de frustration : « C’est tout ? Déjà terminé ? »
J’ai pris plaisir à lire cette courte histoire. Même si les principaux rebondissements étaient assez prévisibles, la lecture restait agréable et captivante.
Le monde présenté dans cette BD semble vaste et riche, mais on nous en montre très peu. On nous dit simplement : « voici trois races ; ceux-là sont les oppresseurs, ceux-ci les opprimés, et les troisièmes sont les méchants parce qu’ils sont méchants ». L’univers et son histoire ne sont pratiquement pas développés.
Je comprends qu’il est difficile de faire tenir beaucoup de choses en seulement deux tomes. Mais en terminant le premier volume, j’avais envie d’en lire quatre ou six de plus pour découvrir l’histoire du monde, comprendre son fonctionnement et m’y immerger davantage. Malheureusement, tout se termine déjà dans le deuxième tome.
À mon avis, l’histoire s’adresse plutôt à un public adolescent. Cela reste néanmoins une lecture divertissante, malgré sa très courte durée.
L’histoire n’est pas mauvaise. Mais elle reste très loin du niveau des séries "Mages, Nains, Elfes, Orcs & Gobelins" publiées par Soleil. Que ce soit par la qualité du scénario, la richesse de l’univers ou la profondeur des personnages et de leurs motivations, la comparaison est clairement défavorable à "Trois peuples"
J'ai surtout aimé la blague finale ! L'histoire est courte (trop ?) et se lit bien, c'est une brique de plus dans la légende du Joker. Les dessins de Bolland sont bons et heureusement qu'il a changé les couleurs par rapport à la première version. Elles étaient vraiment horribles !
Mais, une fois de plus, je considère qu'A. Moore est un auteur de bande dessinée surestimé. Et les films basés sur ses histoires sont assez faibles, malgré tant de moyens et de stars hollywoodiennes.
J'aimerais avoir des arguments pour contredire les plus critiques de cette série. Mais je n'y arrive pas, je leur donne même raison : c'est vieux et démodé, les personnages sont rigides et à la mâchoire carrée, les intrigues inexistantes ou réduites à une compétition manichéenne entre les bons et les méchants. Les rivaux sont invraisemblables et grotesques, du Texas Club au Leader ! Michel est toujours trop correct, chevaleresque et bon sportif. Steve Warson fume, boit et est un séducteur invétéré !
Simplement, les passions ne s'expliquent pas, elles se subissent. Ici, elles se sont réunies : la BD et les courses automobiles.
Les automobiles sont belles et fascinantes. Le design des Vaillante, et pas seulement celui des marques concurrentes, a beaucoup de valeur. Après avoir tout dessiné dans les premières histoires, Graton sut s'entourer de grands collaborateurs et certains devinrent des professionnels de renom dans le domaine du design automobile.
Les personnages et les intrigues ne sont pas aussi monolithiques qu'une première lecture rapide pourrait le laisser croire. Il faut tout lire et suivre leur développement : Françoise n'est pas une fillette naïve, simpliste et obéissante !
Après les années 70, j'ai commencé à me détacher progressivement de la série et aussi des courses automobiles. Le sport automobile est devenu trop commercial, les intérêts économiques ont pris le dessus et les gentlemen-drivers ont cessé d’exister. D'autres intérêts et préoccupations me sont apparus, et c'est tant mieux !
Pour ceux qui s'intéressent au sujet, je recommande les intégrales du Lombard : belle édition accompagnée de témoignages et de dossiers sur chaque époque et chaque discipline de la compétition automobile.
P. S. : j'adore aussi ma collection de voitures miniatures à l'échelle 1/43. Les Vaillante y sont présentes et en vedette dans les vitrines.
À la recherche de sa grand-mère disparue, Lynette découvre avec son ami Nino un mystérieux carnet qui leur ouvre les portes d'un monde minuscule caché au cœur de la nature.
Le principal atout de ce premier tome est sans conteste son dessin. Les aquarelles d'Alexis Horellou sont magnifiques et parfaitement adaptées à ce récit d'aventure en pleine nature. Les décors forestiers sont superbes, l'ambiance est immersive et il y a un véritable plaisir à parcourir les pages tant l'univers visuel est séduisant.
J'ai été un peu surpris par la façon dont l'histoire démarre. Les personnages sont lancés dans l'intrigue très rapidement, sans véritable introduction, ce qui peut être légèrement déstabilisant. En contrepartie, cela permet d'entrer rapidement dans le vif du sujet et d'éviter les longueurs puisque la mise en scène est déjà assez aérée pour permettre de mettre en avant le dessin.
L'intrigue est assez classique. Impossible de ne pas penser à Arthur et les Minimoys et d'autres histoires du même genre comme la série BD récente Dina et le millimonde par exemple. Deux enfants miniaturisés, une nature devenue gigantesque, une quête familiale et un monde caché : les ingrédients sont connus. Mais c'est un appel à l'aventure qu'on suit volontiers d'autant qu'il est soutenu par ce beau dessin.
Le premier tome reste toutefois très introductif et assez prévisible. La possibilité pour les héros de retrouver relativement facilement leur taille normale est légèrement original pour ce type d'historie, mais la révélation finale concernant la grand-mère était complètement attendue. On découvre surtout les bases de l'univers sans que l'intrigue ne prenne encore de direction particulièrement surprenante.
Une lecture agréable et visuellement très réussie, portée par de belles aquarelles et un bon sens de l'aventure, même si ce premier volume peine encore à se démarquer des nombreuses œuvres utilisant un concept similaire. J'attends de voir si la suite saura apporter davantage d'originalité à cet univers prometteur.
Comme un sans-abri parti à la recherche de son chien disparu, Yolo enchaîne les digressions, les commentaires sur la société, la politique, l'actualité et les travers de notre époque, dans une adaptation en BD du spectacle d'Aymeric Lompret dessinée par Allan Barte.
Je connaissais Aymeric Lompret de nom, mais je ne crois pas avoir déjà regardé ou écouté un de ses sketchs en entier. Après cette lecture, je pense avoir compris pourquoi : ce n'est tout simplement pas mon type d'humour.
J'ai trouvé la lecture longue, lourde et pénible du début à la fin. Le principe consiste à suivre le flot de pensées du personnage principal, qui rebondit constamment d'un sujet à l'autre pour enchaîner observations sociales, commentaires politiques, absurdités et provocations. Manifestement, beaucoup de lecteurs y voient une verve satirique réjouissante. Pour ma part, je me suis ennuyé. Je n'ai pratiquement jamais souri et plusieurs passages m'ont même agacé.
Je ne sais pas dans quelle mesure cela vient de l'adaptation en bande dessinée. Peut-être que sur scène, avec le rythme, les silences, les intonations et la diction de Lompret, certains gags fonctionnent mieux. N'ayant pas vu le spectacle, je ne peux pas en juger. Mais sous cette forme, j'ai eu l'impression de lire une succession de monologues et de digressions qui peinent à trouver leur rythme.
Il faut aussi reconnaître que l'album coche à peu près toutes les cases de ce qui me fait généralement décrocher en humour : beaucoup de politique, beaucoup d'actualité, beaucoup de satire sociale et de commentaires sur le monde contemporain. Ce sont des sujets qui me barbent presque toujours. Associés à ce style très particulier fait de passages du coq à l'âne et d'accumulation de remarques grinçantes, le résultat n'a vraiment pas fonctionné sur moi.
Le dessin d'Allan Barte fait correctement le travail et accompagne bien cette avalanche de texte, mais il reste très au service du spectacle d'origine et n'a pas suffi à compenser mon désintérêt pour le fond.
Bref, je suis complètement passé à côté. J'imagine que les amateurs d'Aymeric Lompret pourront y retrouver son univers et sa voix, mais en ce qui me concerne, cette lecture a surtout confirmé que son humour n'était pas fait pour moi.
D. Quichotte de Cervantes est un monument de la littérature universelle, à plusieurs niveaux de lecture. Ici, il est réduit à son côté anecdotique de rêveur, ce qui est très peu ! Le dessin d'Eisner est toujours bon, surtout dans les expressions des personnages, mais les couleurs horribles le défigurent. Bref, c'est un des travaux les moins heureux de l'auteur.
Je découvre enfin cet auteur avec cet album et je jèterai de bon cœur un œil sur son autre production.
Le style carte à gratter est un genre qui ne me touche pas particulièrement mais Thomas Ott maîtrise son sujet.
En fait, la partie graphique est vraiment en adéquation avec le fond, une succession de séquences un peu horrifiques comme des petits contes noirs, le tout dans un N&B et une narration muette qui donne beaucoup d’atmosphère à l’œuvre.
Une lecture rapide mais heureuse pour un exercice originale et intéressant. Un beau livre.
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Sibylline - Chroniques d'une escort girl
J'ai trouvé cette lecture à la fois instructive et profondément triste. Instructive parce que Sixtine Dano s'appuie sur de nombreux témoignages réels pour montrer une réalité dont on parle peu : celle de jeunes étudiants qui se tournent vers l'escorting, les mécanismes qui les y conduisent, la manière dont ils rationalisent leurs choix et les conséquences que cela peut avoir sur leur vie. Triste parce que tout ce qui est montré ici entre en collision avec ma propre vision des relations humaines, du couple et du désir. Graphiquement, l'album est une réussite. Le noir et blanc à l'encre et au fusain est agréable, avec des planches élégantes, parfois même poétiques. Les jeux de lumière, les silences et certaines pages muettes créent une atmosphère particulière qui accompagne bien le récit. Sur le fond, en revanche, je suis resté à distance de Raphaëlle. Je n'ai jamais réellement réussi à m'attacher à elle. Son approche de l'escorting m'a souvent paru très froide, presque clinique. Le livre montre une jeune femme qui envisage son corps et sa jeunesse comme une ressource dont il faut tirer profit tant qu'il est encore temps, une opportunité économique parmi d'autres. J'ai trouvé cette logique profondément déprimante. Elle m'a donné l'impression d'observer une existence où le capitalisme finit par contaminer jusqu'à l'intimité, le désir et les relations humaines elles-mêmes. Le récit ne juge jamais son héroïne, ce qui est évidemment un choix délibéré de l'autrice. Mais cette neutralité m'a parfois mis mal à l'aise. Rien n'indique clairement que Raphaëlle n'avait aucune autre option, même si les difficultés financières étudiantes sont bien montrées. Le terme de "choix" paraît donc lui-même imparfait : il y a évidemment des contraintes économiques à l'oeuvre, mais l'album laisse volontairement une grande part d'ambiguïté. Cette absence de prise de position pourra séduire certains lecteurs ; pour ma part, elle a renforcé mon malaise. J'ai également ressenti une profonde tristesse face à la vision des relations sentimentales qui se dégage de l'ouvrage. Les clients recherchent une présence féminine comme un service marchand parmi d'autres, parfois simplement pour gagner du temps plutôt que d'investir ce temps dans de vraies relations. Les hommes mariés qui fréquentent ces services m'ont également inspiré du mépris, tant cela va à l'encontre de mes principes personnels. Quant aux escorts elles-mêmes, l'ouvrage évoque des séquelles durables, une difficulté à vivre des relations amoureuses normales ou à retrouver un rapport sain au désir. Même lorsque ces conséquences ne sont qu'esquissées, elles m'ont semblé constituer la partie la plus tragique du livre. Paradoxalement, c'est aussi ce qui rend l'album intéressant. Sixtine Dano montre sans voyeurisme ni sensationnalisme un phénomène de société bien réel. Elle expose des trajectoires, des raisonnements, des compromis et des contradictions. J'aurais toutefois aimé que certains aspects soient davantage approfondis : les motivations réelles des clients, les conséquences psychologiques à long terme, les raisons qui poussent certains à commencer ou à arrêter. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que le récit restait à la surface des choses alors qu'il touchait à des questions extrêmement complexes. Je referme donc Sibylline avec un sentiment mitigé. C'est un ouvrage beau, sincère et documenté, qui m'a appris des choses. Mais c'est aussi une lecture qui m'a laissé une impression de froideur et de désenchantement. J'y ai vu des personnages qui semblent considérer comme normale une vision du corps, du désir et des relations humaines que je trouve profondément triste. C'est sans doute la force du livre : montrer cette réalité sans chercher à l'adoucir. Mais cette réalité m'a davantage déprimé qu'ému.
Angor
C’est une aventure classique. Une bonne aventure destinée avant tout à un public adolescent. Bien sûr, certains aspects pourraient être critiqués : les antagonistes manquent parfois de profondeur, l’évolution intérieure des héros et leur maturation au cours du voyage auraient pu être davantage développées, l’univers et l’histoire des différentes races ne sont qu’esquissés, et l’idée de cette « maturation magique » aurait pu être exploitée de manière plus originale. Malgré cela, l’impression générale reste très positive. L’œuvre se lit facilement et avec plaisir, et fonctionne bien en tant qu’histoire cohérente dans la catégorie à laquelle elle appartient. Pendant ma lecture, j’ai ressenti exactement la même chose que lorsque j’ai lu Les Feux d’Askell. On y retrouve les mêmes sensations d’aventure légère : un danger modéré pour les héros, de l’intrigue, des moments humoristiques qui font réellement sourire, ainsi que des passages romantiques adolescents plutôt bien amenés. Dans l’ensemble, on croit à ce qui se passe. Les personnages sont bien développés et il est agréable de suivre leur parcours. Les cinq tomes constituent un format idéal pour ce type d’histoire : suffisamment long pour éviter une narration précipitée, mais pas au point de devenir répétitif ou fatigant. Concernant le dessin, il est net, moderne, réalisé dans un style numérique agréable et efficace. Il ne faut toutefois pas oublier qu’il s’agit avant tout d’une histoire destinée aux adolescents. Inutile donc de lui appliquer les mêmes exigences qu’à une œuvre visant un public adulte. Dans le cadre d’un récit jeunesse et d’une aventure légère, c’est une réussite.
Yann le Migrateur
Je n'ai lu qu'une des BD, et je me rappelle qu'elle m'avait beaucoup plu, il y a bien longtemps. Je trouve que cela préfigure Orbital et serait plus en direction d'un public moins mûr qu'Orbital. Les dessins ? Sous estimés, et le héros me paraît très bien. Dans le cadre d'un monde où un personnage peut régler les problèmes ! C'est souvent de convention dans les aventures, et je ne vois pas pourquoi cela choquerait plus dans la diplomatie que dans les histoires de héros justicier ou en quête, avec des pouvoirs ou du moins une surabondance de muscles ou en tout cas des armes dignes de ce nom.
Trois peuples
C’est une aventure classique qui se lit facilement en une soirée, mais qui laisse une impression de frustration : « C’est tout ? Déjà terminé ? » J’ai pris plaisir à lire cette courte histoire. Même si les principaux rebondissements étaient assez prévisibles, la lecture restait agréable et captivante. Le monde présenté dans cette BD semble vaste et riche, mais on nous en montre très peu. On nous dit simplement : « voici trois races ; ceux-là sont les oppresseurs, ceux-ci les opprimés, et les troisièmes sont les méchants parce qu’ils sont méchants ». L’univers et son histoire ne sont pratiquement pas développés. Je comprends qu’il est difficile de faire tenir beaucoup de choses en seulement deux tomes. Mais en terminant le premier volume, j’avais envie d’en lire quatre ou six de plus pour découvrir l’histoire du monde, comprendre son fonctionnement et m’y immerger davantage. Malheureusement, tout se termine déjà dans le deuxième tome. À mon avis, l’histoire s’adresse plutôt à un public adolescent. Cela reste néanmoins une lecture divertissante, malgré sa très courte durée. L’histoire n’est pas mauvaise. Mais elle reste très loin du niveau des séries "Mages, Nains, Elfes, Orcs & Gobelins" publiées par Soleil. Que ce soit par la qualité du scénario, la richesse de l’univers ou la profondeur des personnages et de leurs motivations, la comparaison est clairement défavorable à "Trois peuples"
Killing Joke (Batman - The Killing Joke/Rire et Mourir/Souriez !)
J'ai surtout aimé la blague finale ! L'histoire est courte (trop ?) et se lit bien, c'est une brique de plus dans la légende du Joker. Les dessins de Bolland sont bons et heureusement qu'il a changé les couleurs par rapport à la première version. Elles étaient vraiment horribles ! Mais, une fois de plus, je considère qu'A. Moore est un auteur de bande dessinée surestimé. Et les films basés sur ses histoires sont assez faibles, malgré tant de moyens et de stars hollywoodiennes.
Michel Vaillant
J'aimerais avoir des arguments pour contredire les plus critiques de cette série. Mais je n'y arrive pas, je leur donne même raison : c'est vieux et démodé, les personnages sont rigides et à la mâchoire carrée, les intrigues inexistantes ou réduites à une compétition manichéenne entre les bons et les méchants. Les rivaux sont invraisemblables et grotesques, du Texas Club au Leader ! Michel est toujours trop correct, chevaleresque et bon sportif. Steve Warson fume, boit et est un séducteur invétéré ! Simplement, les passions ne s'expliquent pas, elles se subissent. Ici, elles se sont réunies : la BD et les courses automobiles. Les automobiles sont belles et fascinantes. Le design des Vaillante, et pas seulement celui des marques concurrentes, a beaucoup de valeur. Après avoir tout dessiné dans les premières histoires, Graton sut s'entourer de grands collaborateurs et certains devinrent des professionnels de renom dans le domaine du design automobile. Les personnages et les intrigues ne sont pas aussi monolithiques qu'une première lecture rapide pourrait le laisser croire. Il faut tout lire et suivre leur développement : Françoise n'est pas une fillette naïve, simpliste et obéissante ! Après les années 70, j'ai commencé à me détacher progressivement de la série et aussi des courses automobiles. Le sport automobile est devenu trop commercial, les intérêts économiques ont pris le dessus et les gentlemen-drivers ont cessé d’exister. D'autres intérêts et préoccupations me sont apparus, et c'est tant mieux ! Pour ceux qui s'intéressent au sujet, je recommande les intégrales du Lombard : belle édition accompagnée de témoignages et de dossiers sur chaque époque et chaque discipline de la compétition automobile. P. S. : j'adore aussi ma collection de voitures miniatures à l'échelle 1/43. Les Vaillante y sont présentes et en vedette dans les vitrines.
Les Enfants de Microscopia
À la recherche de sa grand-mère disparue, Lynette découvre avec son ami Nino un mystérieux carnet qui leur ouvre les portes d'un monde minuscule caché au cœur de la nature. Le principal atout de ce premier tome est sans conteste son dessin. Les aquarelles d'Alexis Horellou sont magnifiques et parfaitement adaptées à ce récit d'aventure en pleine nature. Les décors forestiers sont superbes, l'ambiance est immersive et il y a un véritable plaisir à parcourir les pages tant l'univers visuel est séduisant. J'ai été un peu surpris par la façon dont l'histoire démarre. Les personnages sont lancés dans l'intrigue très rapidement, sans véritable introduction, ce qui peut être légèrement déstabilisant. En contrepartie, cela permet d'entrer rapidement dans le vif du sujet et d'éviter les longueurs puisque la mise en scène est déjà assez aérée pour permettre de mettre en avant le dessin. L'intrigue est assez classique. Impossible de ne pas penser à Arthur et les Minimoys et d'autres histoires du même genre comme la série BD récente Dina et le millimonde par exemple. Deux enfants miniaturisés, une nature devenue gigantesque, une quête familiale et un monde caché : les ingrédients sont connus. Mais c'est un appel à l'aventure qu'on suit volontiers d'autant qu'il est soutenu par ce beau dessin. Le premier tome reste toutefois très introductif et assez prévisible. La possibilité pour les héros de retrouver relativement facilement leur taille normale est légèrement original pour ce type d'historie, mais la révélation finale concernant la grand-mère était complètement attendue. On découvre surtout les bases de l'univers sans que l'intrigue ne prenne encore de direction particulièrement surprenante. Une lecture agréable et visuellement très réussie, portée par de belles aquarelles et un bon sens de l'aventure, même si ce premier volume peine encore à se démarquer des nombreuses œuvres utilisant un concept similaire. J'attends de voir si la suite saura apporter davantage d'originalité à cet univers prometteur.
Yolo
Comme un sans-abri parti à la recherche de son chien disparu, Yolo enchaîne les digressions, les commentaires sur la société, la politique, l'actualité et les travers de notre époque, dans une adaptation en BD du spectacle d'Aymeric Lompret dessinée par Allan Barte. Je connaissais Aymeric Lompret de nom, mais je ne crois pas avoir déjà regardé ou écouté un de ses sketchs en entier. Après cette lecture, je pense avoir compris pourquoi : ce n'est tout simplement pas mon type d'humour. J'ai trouvé la lecture longue, lourde et pénible du début à la fin. Le principe consiste à suivre le flot de pensées du personnage principal, qui rebondit constamment d'un sujet à l'autre pour enchaîner observations sociales, commentaires politiques, absurdités et provocations. Manifestement, beaucoup de lecteurs y voient une verve satirique réjouissante. Pour ma part, je me suis ennuyé. Je n'ai pratiquement jamais souri et plusieurs passages m'ont même agacé. Je ne sais pas dans quelle mesure cela vient de l'adaptation en bande dessinée. Peut-être que sur scène, avec le rythme, les silences, les intonations et la diction de Lompret, certains gags fonctionnent mieux. N'ayant pas vu le spectacle, je ne peux pas en juger. Mais sous cette forme, j'ai eu l'impression de lire une succession de monologues et de digressions qui peinent à trouver leur rythme. Il faut aussi reconnaître que l'album coche à peu près toutes les cases de ce qui me fait généralement décrocher en humour : beaucoup de politique, beaucoup d'actualité, beaucoup de satire sociale et de commentaires sur le monde contemporain. Ce sont des sujets qui me barbent presque toujours. Associés à ce style très particulier fait de passages du coq à l'âne et d'accumulation de remarques grinçantes, le résultat n'a vraiment pas fonctionné sur moi. Le dessin d'Allan Barte fait correctement le travail et accompagne bien cette avalanche de texte, mais il reste très au service du spectacle d'origine et n'a pas suffi à compenser mon désintérêt pour le fond. Bref, je suis complètement passé à côté. J'imagine que les amateurs d'Aymeric Lompret pourront y retrouver son univers et sa voix, mais en ce qui me concerne, cette lecture a surtout confirmé que son humour n'était pas fait pour moi.
Le Dernier Chevalier
D. Quichotte de Cervantes est un monument de la littérature universelle, à plusieurs niveaux de lecture. Ici, il est réduit à son côté anecdotique de rêveur, ce qui est très peu ! Le dessin d'Eisner est toujours bon, surtout dans les expressions des personnages, mais les couleurs horribles le défigurent. Bref, c'est un des travaux les moins heureux de l'auteur.
Cinema Panopticum
Je découvre enfin cet auteur avec cet album et je jèterai de bon cœur un œil sur son autre production. Le style carte à gratter est un genre qui ne me touche pas particulièrement mais Thomas Ott maîtrise son sujet. En fait, la partie graphique est vraiment en adéquation avec le fond, une succession de séquences un peu horrifiques comme des petits contes noirs, le tout dans un N&B et une narration muette qui donne beaucoup d’atmosphère à l’œuvre. Une lecture rapide mais heureuse pour un exercice originale et intéressant. Un beau livre.