Les derniers avis (47 avis)

Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Trois + Deux = Fiiiiive
Trois + Deux = Fiiiiive

Une BD qui aborde avec tendresse et humour la question de la famille recomposée. On y suit Leila et Julian, en couple depuis six mois, chacun avec des enfants issus de précédentes relations, et craignant de les traumatiser en leur imposant trop vite un nouveau foyer commun. Tout le récit repose sur cette tension entre envie de reconstruction et peur de mal faire. Graphiquement, l'ensemble est agréable, avec un dessin doux qui évoque le style de Clément Oubrerie, dans cette manière souple et légèrement caricaturale de croquer les visages et les attitudes. L'univers visuel est chaleureux et lisible, ce qui accompagne bien le ton global de l'album. L'histoire joue régulièrement sur un registre humoristique, avec des situations qui cherchent à provoquer le sourire plutôt qu'à installer un drame frontal. Il y a une volonté de traiter un sujet potentiellement sensible avec légèreté et bienveillance, et par moments cela fonctionne très bien, notamment dans les interactions entre enfants et adultes, où les décalages de perception sont assez justes. Cependant, j'ai trouvé que la BD oscillait constamment entre deux registres sans toujours trouver son équilibre : d'un côté un roman graphique familial assez naturel dans son approche émotionnelle, et de l'autre une dimension presque didactique, comme si le récit cherchait parfois à expliquer explicitement comment il faut faire ou ne pas faire dans une famille recomposée. Les interventions récurrentes de la copine serveuse, qui surgit pour illustrer les situations à l'aide de boîtes de jeu ou de métaphores très démonstratives, renforcent cette impression. Cela crée une forme de distance, comme si le lecteur était tantôt invité à s'identifier aux personnages, tantôt mis en position d'observateur d'un petit manuel illustré. Certains choix de caractérisation participent aussi à ce flottement. Le père, très caricatural dans sa peur d'affronter la situation et son incapacité à parler clairement à ses filles, finit par devenir un peu agaçant, même si cela peut refléter une réaction parentale plausible dans ce type de contexte. À l'inverse, le garçon, plutôt écolo, calme et bienveillant, est assez sympathique, tandis que la réaction de la fille aînée, farouchement opposée à l'idée de voir son père s'installer avec une nouvelle compagne, m'a paru plus forcée dans sa radicalité. Cette série se situe dans un entre-deux assez particulier : une BD chaleureuse, pleine de bonnes intentions, souvent amusante et tendre, qui traite avec empathie des difficultés de la recomposition familiale, mais qui manque aussi de naturel dans sa narration et dans certains choix scénaristiques. J'ai néanmoins passé un moment globalement agréable, en attendant de voir si les développements ultérieurs permettront à la série de dépasser ce statut un peu introductif et démonstratif pour trouver une plus grande fluidité narrative.

21/05/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Un été loin des hommes
Un été loin des hommes

A l'occasion de retrouvailles avec son père suite au décès de sa mère, une jeune femme se souvient de ses vacances familiales en Corse 37 ans auparavant, alors que jeune adolescente elle se découvrait elle-même à peine. Un été loin des hommes est avant tout une œuvre d'atmosphère, portée par le beau travail graphique de Thomas Campi. Son trait doux et semi-réaliste, associé à des couleurs aux allures d'aquarelle ou d'encre diluée, donne énormément de charme à l'ensemble. Les paysages corses baignés de lumière, les scènes de plage, les intérieurs écrasés de chaleur estivale ou les simples moments de vacances possèdent une vraie beauté mélancolique. Les personnages eux-mêmes dégagent quelque chose de tendre et délicat, notamment l'héroïne dont le design fonctionne très bien visuellement. Il y a dans ces planches une capacité à faire ressentir les souvenirs d'été, la lenteur des journées, les sensations diffuses de l'adolescence et cette nostalgie très particulière des vacances familiales des années 80. En revanche, malgré cette réussite graphique évidente, je suis resté assez extérieur au récit et surtout à son héroïne. Frédérique demeure constamment très pudique, presque verrouillée émotionnellement, avec ce visage souvent figé et ce comportement mutique qui rendent difficile un véritable attachement. Je comprends que cette retenue fasse partie du propos et participe au réalisme intime recherché par les autrices, mais cela crée aussi une distance émotionnelle qui m'a empêché d'être réellement touché par ce qu'elle traverse. De manière générale, j'ai trouvé le rythme narratif très dilué, construit davantage sur les sensations, les silences et les impressions que sur une véritable progression dramatique. L'album semble volontairement privilégier les petits gestes, les regards, les flottements de l'été et les émotions contenues, mais cette approche m'a laissé un peu à côté. J'ai eu l'impression de survoler les deux grands axes du récit sans jamais vraiment y entrer : d'un côté la découverte intime de son attirance pour les femmes, de l'autre la peur diffuse du divorce de ses parents. Aucun des deux thèmes ne m'a réellement parlé ou ému, peut-être parce que le traitement reste trop subtil et intériorisé pour moi. Ce que je retiens surtout, c'est une légère nostalgie de jeunesse et de vacances, une sensation diffuse plus qu'un véritable récit marquant. L'ambiance méditerranéenne fonctionne, les souvenirs d'enfance affleurent souvent, mais je suis resté spectateur de cette mélancolie plus que véritablement embarqué avec elle. J'ai aussi parfois eu le sentiment qu'il ne se passait pas énormément de choses, tant l'album repose sur des nuances émotionnelles ténues et des instants suspendus. C'est sans doute une œuvre trop délicate, trop sensible et contemplative pour mon tempérament plus terre à terre, même si je reconnais sans difficulté la qualité de son approche et surtout la beauté de son univers graphique.

21/05/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 3/5
Couverture de la série Méto
Méto

Le dessin loin d'être parfait retranscrit toutefois l'histoire et l'atmosphère, ce qui est l'essentiel. Moi, la couverture m'a plu : une affiche sur une île en vase clos totalitaire se doit d'exprimer la froide oppression qui y règne et a fait son boulot de couverture, savoir m'attirer… Même si on ne manque pas d'histoire de totalitarisme, on peut la lire car elle a une certaine originalité même si je ne vais pas la relire. Le système d'oppression avec ses sortes de castes en formation, le jeu de balle original sont ce qu'il y a de plus saillant.

21/05/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Spirou et Fantasio
Spirou et Fantasio

Le dessin s'est amélioré au fil des ans, à l'image du marsupilami qui à chaque aventure montrait de nouvelles capacités ! Dommage que comme les Schtroumpfs il ait éclipsé les héros de la série mère. Spirou et Fantasio sont de vrais amis, avec leurs disputes, et bien complémentaires, avec le savant comte de Champignac, les habitants du village, le cousin Zantafio, inoubliable dictateur, Seccotine la journaliste à laquelle on ne va pas reprocher de ne pas être très sexuée quand rien ne l'est dans cette série, j'en passe et des meilleures. Cette longue série est malgré tout inégale, mais mérite une très bonne note. J'oubliais les inventions farfelues de Champignac et les belles voitures… Par contre, Zorblub ne vaut pas Zantafio mais imaginons qu'il ait trop bien marché, comme le marsupilamI, il aurait qui sait lui aussi éclipsé nos deux héros.

21/05/2026 (modifier)
Couverture de la série La Fourrière des Animaux
La Fourrière des Animaux

La Fourrière des animaux s’inscrit directement dans l’héritage de La Ferme des animaux d’Orwell, dont elle propose une relecture moderne, dense et très actuelle. Le point de départ est simple mais redoutablement efficace : des animaux se révoltent contre les humains qui les enferment et tentent de construire leur propre société, leurs propres règles, leur propre démocratie. Ce récit met en scène une communauté auto-gérée et critique l’autoritarisme (ici, ciblant le trumpisme, là où Orwell fustigeait le stalinisme). Mais Tom King ne se contente jamais d’une lecture frontale ou caricaturale : ce qui l’intéresse, c’est la mécanique du pouvoir. Comment une démocratie naissante porte déjà en elle ses propres fissures, et comment ces fissures s’élargissent sous l’effet de la peur, des ambitions personnelles et des divisions idéologiques. Il y a clairement une lecture politique contemporaine, très ancrée dans les tensions américaines récentes. Le parallèle avec le populisme est évident, et certains lecteurs pourront y voir un rapprochement entre le personnage de Piggy et Donald Trump, sans que le comic ne se limite pour autant à une simple charge dirigée contre une figure précise. Ce qui frappe surtout, c’est la place donnée à la parole. La Fourrière des animaux est un comic très bavard, presque théâtral. Les débats, les discours et les confrontations d’idées structurent entièrement le récit. Par moments, cela peut sembler excessif, presque démonstratif. Mais ce choix est aussi ce qui fait sa force : ici, la démocratie ne se raconte pas, elle se construit et se désagrège sous nos yeux, à travers le langage lui-même. Graphiquement, Peter Gross propose un dessin sobre, précis, sans esbroufe, mais parfaitement maîtrisé. Tout repose sur l’expression, la lisibilité et une atmosphère parfois étouffante qui accompagne parfaitement la tension politique du récit. Et c’est là que la comparaison avec Le Château des animaux devient intéressante. Là où le roman graphique de Xavier Dorison et Félix Delep proposait une fable plus poétique, presque intemporelle dans sa manière d’aborder la tyrannie, La Fourrière des animaux est beaucoup plus frontale, contemporaine et ancrée dans un contexte politique identifiable. Les deux œuvres parlent du pouvoir et de la manière dont il corrompt ou fracture une société, mais avec deux tons opposés : l’un est plus symbolique et contemplatif, l’autre plus discursif et brûlant d’actualité. Au final, La Fourrière des animaux est une œuvre ambitieuse, parfois un peu trop verbeuse, mais cohérente de bout en bout et vraiment marquante. Une fable politique moderne qui laisse volontairement un malaise, parce qu’elle rappelle à quel point les idéaux collectifs peuvent vaciller vite.

20/05/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Génération X - L'intégrale
Génération X - L'intégrale

Dans les années 60, on a eu droit aux X-Men et la série fut arrêtée faute de popularité. On relance la série dans les années 70 avec une nouvelle équipe et le titre a fonctionné et est devenu tellement populaire que dans les années 80 on a fait un spin-off avec une nouvelle équipe composé d'adolescents qui appartenaient à devenir des super-héros et contrôler leurs pouvoirs de mutants. Ses ados ce sont émanciper au début des années 90 alors c'était normal d'avoir une autre équipe de mutants composés de nouveaux personnages adolescents. J'avoue que je connais surtout l'univers des X-Men des années 60-80 alors cette série est remplit de personnages que je ne connaissais pas et je ne sais pas même s'ils sont encore utilisé aujourd'hui. En tout cas, j'ai trouvé que la plupart était un peu attachant même si c'est parfois un peu dur de ce rappeler qui était qui. Les changements de dessinateurs n'aidant pas, certaines ayant des styles radicalement différents. J'ai surtout aimé les moments de détentes qui montraient la vie de tous les jours des personnages ainsi que leurs problèmes. La force de Lobdell est de raconter les relations entres les personnages. L'humour fonctionne bien. Lobdell part parfois dans des délires, et parfois même un peu trop à mon gout (il y a un numéro où Stan Lee est le narrateur !). Une bonne idée est que l'un des deux profs de ce groupe d'ados mutants est Emma Frost qui était une méchante jusqu'à qu'elle se reforme dans les années 90. Évidemment, ce n'est pas parce qu'elle n'est plus dans le camp des méchants qu'elle est une personne agréable et cela donne des moments savoureux. Quant au coté baston des scénarios, c'est correct, mais parfois les scènes de combats sont un peu dur à comprendre et les méchants manquent souvent de charismes. C'est du comics de super-héros pas trop mal, mais on se perds parfois lorsqu'on fait référence à ce qui se passait dans l'univers X-Men de cette période.

20/05/2026 (modifier)
Couverture de la série Première Dame
Première Dame

Avec cet album, Tronchet me surprend ! Et il m’a quelque peu laissé perplexe. J’ai en effet été tiraillé entre plusieurs ressentis. D’abord la comédie romantique sirupeuse qui pointe rapidement le bout de son nez. Et ensuite – ou en même temps (pour citer un président qui a, avec d’autres pu en partie servir d’exemple pour le personnage de Thierry Langlois) – des personnages et situations qui se rapprochent parfois trop de la caricature, qui nous imposent trop de facilités scénaristiques. Tronchet a mixé dans son scénario et certains de ses personnages pas mal d’influences et de personnages politiques réels (Macron, Sarkozy, Hollande pour les présidents, et le ministre de l’Intérieur sans scrupule et aux dents longues Lombard rappelle immanquablement Darmanin – ou Sarkozy de nouveau). Quant aux communicants, ils peuvent tous prétendre avoir servi de source d’inspiration, tant Tronchet n’a hélas pas eu besoin de pousser loin la caricature. Malgré le côté trop facile des oppositions de style, Tronchet parvient quand même à nous proposer une intrigue qui se laisse lire. Agréablement. Avec quelques passages amusants. Et, mine de rien, le sérieux émerge. La critique des débats anesthésiants des chaines d’info, des « plans com’ » des arrivistes de tous bord, mais aussi le vide sidéral du « débat politique », qui se focalise sur des personnes, sur des oppositions de façade, pour occulter des problèmes plus cruciaux (inégalités, pauvreté, etc.), tout ceci reste palpable, malgré une intrigue qui a priori tente régulièrement de les recouvrir d’une couche de ridicule naïf (voir l’occupation d’une église avec des sans-papiers, qui fait penser à celle accompagnée par l’actrice Emmanuelle Béart il y a une trentaine d’années – ça se termine mieux pour Victoria Coraly que pour Emmanuelle Béart pour sa carrière !). Si l’on fait abstraction de pas mal de naïveté (Tronchet n’évoque pas l’influence – énorme et cruciale – des « milieux d’affaires » et des médias qui leur sont subordonnés), il y a quelques moments jouissifs, et l’album est lu avec plaisir (le dessin de Peyraud, simple et dynamique, se révèle parfois pour accompagner cette virée décalée dans les arcanes du pouvoir français). Dans certaines idées de la trame – et dans la naïveté aussi – ça m’a parfois fait penser à l’opposition entre De Funès et Girardot dans le navet « La zizanie »… Finalement, pour mieux apprécier cette histoire, le plus simple est sans doute de ne pas la prendre au sérieux…

20/05/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Lohris des Dawnhills
Lohris des Dawnhills

J'avais découvert Lohris des Dawnhills à l'époque dans Shogun Mag (plus précisément Shogun Seinen), et j'avais préféré attendre que la série se développe davantage avant de me prononcer, car tout paraissait alors encore très introductif. À l'époque déjà, je n'étais pas convaincu par le dessin, que je trouvais assez brouillon, comme trop vite exécuté, mais le scénario me semblait prometteur, porté par des idées originales mêlant steampunk, tensions industrielles et dimension mystique animiste. L'ensemble posait des bases riches, avec un vrai potentiel de saga, à la frontière entre récit politique, familial et mythologique. Le premier tome en album contient davantage de contenu que ce qui était paru en magazine, mais l'histoire reste toujours introductive, laissant encore beaucoup d'éléments en suspens et un récit inachevé. Le problème est que, alors même que les auteurs avaient visiblement déjà bien avancé la réalisation du deuxième tome (la série complète était prévue en deux cycles de deux tomes), il n'y aura jamais de suite, du fait de l'abandon par Les Humanoïdes Associés, comme de nombreuses autres productions issues de la période Shogun Mag. Cet album se révèle du coup un simple fragment d'univers, frustrant le lecteur par son absence de résolution. Il en résulte une œuvre graphiquement moyenne mais intéressante dans ses intentions, avec un monde riche et hybride, qui restera sans doute à jamais à l'état de promesse inaboutie.

20/05/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Compagnons du Crépuscule
Les Compagnons du Crépuscule

Je suis fan du travail de François Bourgeon… j’adore Les Passagers du vent, et dans une moindre mesure Le Cycle de Cyann. J’étais pourtant complètement passé à côté des Compagnons du Crépuscule lors d’une première lecture douloureuse en 2001, allouant la note de 2/5. Je me décide de relire cette série du haut de mes 50 ans, et comme vous pouvez le voir, la note est passée à 4/5 ! Les deux premiers tomes proposent des aventures « médiévales fantastiques » mêlant rêve et réalité, et c’est sur ce point que j’avais bloqué en première lecture, notamment pour le tome 2. Ce dernier mêle rêve et réalité mais également deux époques, et la lecture est ardue… j’ai pourtant réussi à me laisser porter sans forcément essayer de tout comprendre, et je dois avouer avoir pris un certain plaisir à suivre cette galerie de personnages attachants. Et puis vient ce 3eme tome à la pagination élevée, véritable apothéose scénaristique… je l’avais déjà apprécié lors de ma première lecture, mais je me suis régalé lors de cette relecture. L’intrigue est complexe, il y a beaucoup de personnages, la lecture doit être attentive, certes, mais elle est intéressante et beaucoup plus réaliste que les deux premiers tomes (le fantastique onirique est presque complétement absent). La fin est réussie et m’a beaucoup ému. Et puis le dessin de Bourgeon atteint des sommets, notamment sur les vues architecturales… un délice pour les yeux. Une relecture fructueuse, et un coup de cœur.

04/11/2001 (MAJ le 20/05/2026) (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Blanche neige (Delcourt)
Blanche neige (Delcourt)

Cette adaptation de Blanche-Neige marque par la qualité de son travail visuel. Le dessin de Nathalie Vessillier, associé aux couleurs de Rozenn Grosjean, offre un univers vraiment charmant, riche en motifs, en forêts stylisées et en ambiances saisonnières très soignées. L'ensemble a un côté presque illustratif, légèrement figé par moments, comme si certaines planches privilégiaient la contemplation à la dynamique de la bande dessinée, mais ça reste malgré tout fluide et très agréable à parcourir. Certaines séquences panoramiques ou contemplatives sont particulièrement réussies et donnent une vraie identité à l'album. C'est aussi par cette lecture que je découvre réellement la version complète du conte des frères Grimm, et je mesure à quel point l'adaptation de Disney en a simplifié et adouci la structure. Le conte d'origine apparaît ici plus dense, plus abrupt, presque plus aventureux et moderne dans ses enchaînements, même si cette modernité tient surtout à la manière dont il est réinterprété graphiquement et narrativement dans cet album. On retrouve d'ailleurs une forme de réalisme sous le merveilleux, ainsi qu'un ton globalement plus proche du conte brut que de sa version édulcorée. Les nains, rebaptisés et individualisés, sont une réussite : ils possèdent une vraie identité, entre codes d'heroïc-fantasy et design volontairement attendrissant, presque disneyien par endroits, sans tomber dans la caricature. Cet équilibre fonctionne bien et apporte de la personnalité au groupe. En revanche, je n'ai pas été totalement embarqué sur le plan de la lecture. La narration très présente en cartouches prend trop souvent le dessus sur l'action et crée une distance avec le récit. L'ensemble devient plus descriptif que véritablement incarné, ce qui atténue l'implication émotionnelle. À cela s'ajoute le sentiment que le conte original, ainsi mis en scène, montre ses limites dans certaines logiques internes : il est difficile de comprendre les motivations de l'acharnement de la reine une fois son objectif initial atteint, et certaines de ses tentatives semblent artificiellement peu efficaces. Dans cette version très soignée visuellement, ces incohérences ressortent davantage. De même, la fin autour de la pomme et de son expulsion est difficile à percevoir sans connaître déjà l'histoire, ce qui donne une conclusion un peu moins lisible qu'elle ne devrait l'être. C'est donc une adaptation très réussie sur le plan graphique et fidèle dans son esprit au conte des Grimm, modernisée dans sa mise en scène et très agréable à regarder, mais dont la narration trop présente et certaines limites du récit d'origine m'ont empêché d'adhérer totalement.

20/05/2026 (modifier)