Les derniers avis (29 avis)

Couverture de la série L'Enfer Blanc
L'Enfer Blanc

L’avis récent de Vaudou m’a titillé, et la rencontre dans un bac d’occasion de cet album m’a permis de vérifier s’il fallait, comme il l’écrivait à la fin de son avis, lui « donner une seconde chance ». En effet, tous les premiers aviseurs l’avaient durement noté, relevant surtout le côté bordélique du scénario. Disons que pour apprécier cet album, il ne faut pas être réfractaire aux films de série B. La violence exacerbée, le quasi huis clos (une prison perdue au milieu d’immensités glacées), des personnages assez typés (souvent caricaturaux), tout concourt à y faire penser. Et plusieurs aspect ramène à la filmographie de John Carpenter. Bref, c’est à cette aune qu’il faut évaluer cette histoire, ce qui me fait être un tout petit peu moins dur que la majorité de mes prédécesseurs. En effet, plus que de scénario bordélique, je parlerais davantage d’ébauche mal consolidée. Il manque en effet la montée en tension que savait placer Carpenter (voir les intéressants « The Thing » ou « Assaut »), et le scénario enchaine les scènes d’action sans transition, comme si n’avait été publié que le script illustré. C’est dommage, car avec plus de liant – et dans la limite impartie aux séries B – le récit pouvait être plus intéressant. Ce manque de liant est aussi valable pour le personnage de la fille du médecin – dont on devine rapidement qu’elle ne sera qu’un prétexte pour avoir une belle nana en danger au milieu de mâles violents et prédateurs (la couverture met d’ailleurs en avant ses gros talents, alors qu’en fait c’est un personnage très secondaire). Pourquoi pas ? Mais du coup certaines scènes (voir la page 25) font un peu ridicules, avec un érotisme cliché téléphoné qui n’apporte certes pas grand-chose à l’intrigue, mais qui surtout sort de nulle part – et ne mène nulle part non plus, la page suivante évacuant totalement la tension – érotique entre autres – boostée par les trois dernières cases de la page (qui du coup sont un peu risibles). Le dessin use d’un trait gras, qui colle plutôt bien à ce type de récit testostéroné (comme pouvaient le faire nombre d’auteurs hispaniques – voir Ortiz à la même époque sur Hombre par exemple, ou sur Morgan pour rester dans l'univers carcéral crasseux). Le dessin est bon et adapté donc. La colorisation fait plus datée par contre, manque de nuance, est un chouia baveuse parfois. Bref c’est de la série B, qui mise uniquement sur le rythme des bastons/fusillades, mais qui aurait mérité un scénario plus dense. Même le cadre général (pénitencier perdu au milieu de nulle part) n’est finalement pas trop exploité.

26/05/2026 (modifier)
Couverture de la série La lanterne magique
La lanterne magique

Comme il a pu le faire sur d’autres séries érotiques (pour son adaptation du roman « Emmanuelle » par exemple), Crepax nous livre ici un album où l’esthétique joue un rôle central. Je dirais même que sur ce one-shot il est prépondérant. C’est presque un exercice de style, dans lequel l’auteur italien nous présente les fantasmes d’une femme autant que sa capacité à dessiner et à mettre en page (voire en scène) ces fantasmes. Crepax est un auteur clivant, dont l’érotisme quelque peu maniéré est peut-être anachronique (impression sans doute renforcée par le papier un chouia jauni et sentant bien « l’ancien » de l’album que je possède ?), je ne sais pas. Mais ici, plus que « l’intrigue » elle-même (foutraque et secondaire), c’est le travail graphique qui m’a intéressé. Affaire de goûts certainement. Mais, malgré un récit obscur, saccadé, suite de fantasmes (n’attendez pas une histoire linéaire classique !), j’ai bien aimé le travail de Crepax. Non seulement sur les corps (féminins, parfois androgyne). Mais aussi l’esthétique mêlant bdsm (parfois teintée d’un peu d’humour, ou de sadisme baroque, comme dans les pages 36 et 37) et géométrie froide (ce travail « géométrique » étant renforcé par celui sur la mise en pages, la répartition très travaillée et diverse des cases sur les planches). L’aspect érotique – pourtant bien présent – en est presque secondaire. Un album qui a peut-être vieilli (sa rencontre n’est pas forcément courante), mais que j’ai trouvé original et intéressant.

26/05/2026 (modifier)
Couverture de la série Sauvage (Rosalia Radosti)
Sauvage (Rosalia Radosti)

Un conte qui plaira surtout à un lectorat jeune (ou adolescent). Car l’adulte que je suis l’a trouvé un peu « léger » en matière d’intrigue, et aussi un peu trop linéaire et prévisible. Une jeune princesse rebelle et à forte personnalité finit par se marier après avoir eu la visite de tout ce que la Terre pouvait lui proposer comme prétendants. Elle choisit un beau prince rencontré par hasard. Et la belle histoire tourne au cauchemar… Ça se laisse lire, mais ça manque de surprise et d’aspérité donc. Le dessin est assez beau (j’ai juste été surpris par le rendu de la peau, des visages en particulier, qui donne à certains personnages des airs de poupée de porcelaine). Les couleurs sont belles aussi. L’aspect graphique est soigné. Une intrigue classique, simple, bien dessinée. Le public visé y trouvera son compte.

26/05/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Hegemon
Hegemon

L'Hegemon est le puissant stratège qui règne par la force sur un empire humain ayant assimilé par la force une autre race alien qu'il a écrasée lors d'une bataille légendaire. Mais après sa mort suspecte, qui menace de déstabiliser toute la galaxie, un scientifique est chargé d'enquêter sur ce qui pourrait bien masquer une crise politique et cosmique bien plus vaste. C'est une BD de space opera qui m'a laissé un sentiment étrangement mitigé, d'abord parce que je suis un peu surpris de la voir sortir alors que j'avais en tête que les projets des Humanoïdes Associés étaient largement en pause ou abandonnés, ce qui donne déjà une impression un peu flottante avant même la lecture. Sur le fond, on est clairement dans un mélange très ambitieux de space opera politique et d'enquête impériale, avec des influences assez visibles allant de Dune à Star Wars, en passant par Mass Effect ou Warhammer 40K. Le problème, c'est que tout cela donne surtout une impression de déjà-vu. L'univers est riche, mais il ne dégage pas grand-chose de vraiment neuf, comme si l'album empilait des codes connus sans parvenir à les dépasser. Le récit lui-même est structuré en chapitres assez autonomes, ce qui accentue une sensation de fragmentation. J'ai eu des moments d'accroche, notamment quand l'aspect enquête policière autour du scientifique et de la responsable sécurité se met en place, mais cette piste est assez vite diluée puis abandonnée. À l'inverse, certaines directions plus mythologiques ou cosmologiques apparaissent brutalement, avec une avalanche de noms et de concepts, pour ensuite disparaître sans réelle conséquence. De même, l'arrivée d'éléments plus spectaculaires comme une bataille impliquant des méchas géants sortis du chapeau donne l'impression d'un récit qui change de direction en permanence, sans véritable colonne vertébrale claire. Visuellement, j'ai aussi un ressenti partagé. Le dessin est impressionnant par endroits dans le détail des décors et du matériel SF, mais la colorisation très numérique, presque kitsch, avec un encrage parfois plaqué, donne une esthétique un peu datée, pas toujours très harmonieuse. J'ai eu l'impression d'un projet très chargé en intentions mais encore instable dans sa construction, comme si le scénario était encore en phase de réalisation ou de collage d'idées quand l'album a commencé à être dessiné et qu'il a fallu ensuite lui donner une conclusion rapide et finalement assez plate. C'est assez déroutant et inégal. Je reste perplexe sur ce que cette BD cherche à être, mais je n'ai pas passé un mauvais moment. Note : 2,5/5

26/05/2026 (modifier)
Couverture de la série Hors scène
Hors scène

Mon premier album de cet auteur et si je ne reviendrai par sur ce présent tome, je reste toutefois curieux de découvrir ses autres productions. J’ai trouvé sa mise en page très fluide et agréable, à mon sens le gros point fort de l’album. On sent un certain talent pour « étirer le temps », l’observation et l’anodin. J’ai bien aimé ses cases carrées et comment il arrive à jouer avec sa narration en variant leurs tailles. Sauf que ça n’a pas été assez pour me captiver totalement. Pour cela il aurait fallut un peu de fond à l’histoire, ingrédient que je n’ai pas retrouvé ici. A mon goût, on est bien trop dans la chronique adolescente lambda, ça ne décolle jamais et notre protagoniste principal ne se révèle pas spécialement attachant. Au final, je cherche à identifier ce que l’auteur souhaitait vraiment mettre en avant, le mal-être de la jeunesse, la perte de l’innocence, l’ennui … ? Il n’y a pas de fin ou de chute comme dans Dix Secondes Bref trop quotidien pour moi, il doit y avoir une certaine poésie mais qui n’a pas su me toucher. 2,5

26/05/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série C'était la guerre des tranchées
C'était la guerre des tranchées

J’étais un peu passé à côté de cet album lors d’une première lecture en 2002, déstabilisé par ce choix narratif qui consiste à passer d’un personnage à un autre, plutôt que de se concentrer sur un protagoniste unique. Je relis l’album en 2026, et je monte ma note d’un point. Tardi capture parfaitement cette boucherie insensée que fut la Première Guerre Mondiale. Sa violence, son cynisme, la marche en avant du progrès industriel pour inventer de nouvelles façons de massacrer la jeunesse. L’auteur choisit de ne rien expliquer, pas de leçon d’Histoire, de cartes explicatives, de géopolitique. Il montre, tout simplement. Certaines scènes sont à la limite du supportable. Le choix narratif dont je parle ci-dessus renforce encore plus cette impression de massacre à la chaine. Le noir et blanc de l’auteur fonctionne parfaitement pour ce genre d’histoire. Il est détaillé et maitrisé, et la représentation des personnages et de leurs émotions apporte une puissance inouïe au récit. Une lecture difficile de par son contenu, mais indispensable pour se rappeler du calvaire vécu par des millions de jeunes hommes, il y a à peine plus de 100 ans.

28/06/2002 (MAJ le 26/05/2026) (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Les P'tits Vétos dingos
Les P'tits Vétos dingos

Les aventures de Charlie et Théo, deux enfants issus d'une famille de vétérinaires, qui se retrouvent à résoudre des enquêtes animalières improbables entre grenouilles exotiques, disparitions d'éléphants, trafic d'animaux et protection des écosystèmes. Même si cela reste clairement une série pensée avant tout pour de jeunes lecteurs autour de 7 à 10 ans, j'ai trouvé l'ensemble plutôt sympathique et plus malin que ce que je craignais au départ. L'idée de départ assez originale : mélanger enquêtes jeunesse et univers vétérinaire apporte un petit angle différent aux habituelles BD de détectives pour enfants. Derrière les intrigues volontairement farfelues, il y a souvent un fond écologique ou animalier plutôt pertinent, autour des espèces menacées, des écosystèmes ou du trafic animal, sans que cela devienne trop pesant. Le dessin est très simple, rond et coloré, avec un côté très "journal de Mickey" ou dessin animé jeunesse assumé, mais ça fonctionne bien dans ce registre là. Les personnages sont immédiatement identifiables, les albums se lisent facilement et le ton reste léger et dynamique. Les scénarios reposent évidemment sur beaucoup de facilités et certaines situations sont très tirées par les cheveux, mais j'ai été surpris de voir que les enquêtes ne se laissent pas toujours deviner immédiatement. Certaines attisent même un peu la curiosité et tiennent relativement la route dans leur logique interne, même si les résolutions restent forcément très enfantines et simplifiées. Ce n'est pas une série que j'aborderais avec les mêmes attentes qu'une BD tout public ou adulte évidemment, mais dans son créneau petite jeunesse, j'ai trouvé ça plutôt efficace et suffisamment inventif pour passer un bon moment.

26/05/2026 (modifier)
Par Cacal69
Note: 3/5
Couverture de la série Dimwood
Dimwood

Voici l'ultime œuvre de Richard Corben, et comme souvent, celle-ci reprend tous les codes du récit d'horreur. On va y retrouver une forêt inquiétante, une sordide demeure, un sinistre cimetière, des monstres horribles et une jeune femme au milieu de cet imbroglio. La touche de nouveauté sera ce champignon aux effets destructeurs. Je disais donc la dernière œuvre de Corben, il n'a pas pu la terminer complètement puisque Beth Corben Reed et José Villarrubia réaliseront la colorisation des pages 98 à 120 (on ne s'aperçoit pas du passage de témoin). Un déroulé très classique qui ne surprendra guère les aficionados du genre. Le rythme et les rebondissements (souvent prévisibles) sont maîtrisés. Par contre, la narration est à l'ancienne avec ce petit goût désuet des années 70, ce qui pourra en rebuter certains. Il fallait bien que notre héroïne se retrouve les seins à l'air (le pêcher mignon de Corben) ce qui déclenchera la seule touche d'humour de l'album : « heureusement je n'ai pas perdu mon pantalon ». Pour ses dernières planches, Richard Corben nous fait étalage de son talent. Un style inimitable qui m'émerveille à chaque fois. Toujours ces visages expressifs taillés dans un rectangle et ces corps aux postures théâtrales et parfois improbables. Les couleurs made in Corben sont un ravissement. Cette fois-ci la mise en page est plus éclatée que d'ordinaire. Le GROS point fort de ce comics. On est loin du chef-d’œuvre, mais je conseille aux inconditionnels du Maître.

26/05/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série J'ai toujours rêvé d'être un fermier
J'ai toujours rêvé d'être un fermier

Le récit personnel de l'auteur qui revient s'installer dans ses Landes natales pour retaper une ancienne métairie et y construire, saison après saison, une vie plus proche de la terre, entre travaux agricoles, apprentissage des gestes ruraux et réflexion sur sa place dans ce monde. C'est un album qui marque surtout par son ambiance et son dessin, que j'ai trouvé élégant et évocateur. Le trait est simple mais assuré, avec des paysages de campagne et de nature bien rendus, une vraie douceur dans les couleurs et une atmosphère globale qui colle à cette idée de retour à la terre. Visuellement, j'ai trouvé ça réussi et assez apaisant. Sur le fond, le propos me parle beaucoup. Cette envie de revenir à une vie plus proche de la nature, de retaper une ferme, de tendre vers une forme d'autonomie et d'harmonie avec le vivant fait écho à quelque chose que je partage. L'album montre bien aussi, à travers ce quotidien de travaux, de saisons et de transmissions, à quel point ce type de projet est à la fois riche de sens mais aussi très exigeant. Il y a quelque chose d'intimidant dans ce qu'il implique concrètement, surtout quand on n'a pas déjà les bases ou un entourage qui maîtrise ces savoir-faire, comme l'auteur. En revanche, j'ai eu plus de mal avec la forme du récit. Le texte est très présent, parfois presque trop explicatif, avec un côté journal de bord ou réflexion continue sur ce qu'il faut faire et pourquoi, qui m'a parfois donné l'impression d'un déroulé un peu didactique. A l'inverse, certains passages sont très introspectifs ou philosophiques, mais au détriment d'une narration vraiment incarnée ou fluide. Du coup, j'ai régulièrement décroché, malgré mon intérêt pour le sujet. J'ai trouvé ça beau et sincère, avec un vrai sujet et une vraie cohérence, mais la lecture m'a paru assez laborieuse car il manque une vraie histoire plutôt qu'une forme de contemplation mi explicative mi philosophique.

26/05/2026 (modifier)
Couverture de la série La Gosse
La Gosse

La Gosse est à l’origine un récit autobiographique dans lequel Nadia Daam parle de sa relation avec sa fille, qu’elle élève seule depuis sa séparation avec le père de celle-ci. L’histoire débute au moment du décès du père en question et se découpe en de multiples chapitres de longueurs variées. Dans ceux-ci l’autrice aborde différents sujets avec un regard naturellement féminin. Cati Baur adapte ce récit avec beaucoup de talent, parvenant à offrir une mise en page variée et inventive alors que le sujet tourne très vite autour des mêmes questionnements, des mêmes thématiques. C’est vivant, tendre, enjoué, empli d’émotions. Je suis de sexe masculin et je n’ai pas d’enfant. La vision qu’offre Nadia Daam de sa relation avec sa fille aurait donc pu très largement me passer au-dessus de la tête, mais grâce à la mise en page de Cati Baur, je me suis pris au jeu. J’ai écouté cette mère inquiète pour sa fille, désireuse de l’accompagner au mieux, pas parfaite, consciente de ses limites ou de ses incohérences. J’ai trouvé ce récit aussi sincère qu’instructif. Plus que « La Gosse », j’aurais d’ailleurs appelé ce récit « Une Mère » tant le sujet, pour moi, est bien plus la mère que la fille. Il est, en tous les cas éclairant même si, comme le dit l’autrice, cette famille ne peut représenter une généralité… mais toute famille n’est-elle pas unique ? Ce que l’on transmet dépend de ce qu’on a vécu, de la manière dont on l’a vécu, de notre sexe, de notre époque, de notre classe sociale. Ce récit est donc celui d’une mère, avec son histoire, son passé, ses angoisses, sa culture, son intelligence. C’est un témoignage touchant de sincérité. Vraiment pas mal du tout, alors que la thématique aurait vraiment très rapidement pu m’endormir. Une lecture que je conseille très vivement aux personnes intéressées par ce sujet… et que je ne déconseillerai certainement pas aux autres (dont je faisais partie).

26/05/2026 (modifier)