Les derniers avis (47 avis)

Couverture de la série Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme (L'Homme qui tua Lucky Luke / Wanted Lucky Luke)
Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme (L'Homme qui tua Lucky Luke / Wanted Lucky Luke)

Quel bel hommage au personnage de Morris ! On sent que Mathieu Bonhomme a pris plaisir à réinterpréter ce mythe de la bande dessinée. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le pari est réussi. Comme beaucoup d'aviseurs l'ont indiqué avant moi, le premier tome (qui devait probablement rester initialement un one-shot) est un ton au dessus. L'idée de départ est excellente : Lucky-Luke, l'homme qui tire plus vite que son ombre, est abattu lors d'un duel. Le tome commence par cette scène puis retrace les événements ayant mené à cette issue. Bien qu'on sente dès le départ le retournement de situation arriver, l'ensemble est vraiment percutant, agréable et bourré de clins d’œil. Plus qu'un hommage à Lucky Luke, c'est un véritable hommage au western. Bonhomme s'amuse également et tente d'expliquer à sa manière le fait que Lucky luke soit devenu non fumeur, passant de sa bonne vieille cigarette à un brin d'herbe en 1983. Dans le 2ème tome, un ton en dessous il est vrai, l'auteur aborde le rapport de Lucky Luke aux femmes et place notre héros dans le rôle du chassé, ce dernier ayant une prime sur sa tête. Il introduit également quelques nouveaux personnages comme le cousin des Daltons (qu'on aimerait revoir dans cette réinterprétation!) ou encore le fils de Phil Defer, j'ai nommé Brad Defer ! :) Mais cette histoire de convoi est un peu trop linéaire et convenue à mon goût. Du point de vue des graphismes, Mathieu Bonhomme excelle dans le découpage et dans le cadrage des scènes d'action, rien à redire de ce côté là. Je mettrais juste un petit bémol sur la colorisation qui joue top souvent la carte de la bichromie, nuisant pour moi aux détails des décors et à la profondeurs des cases. Je ne suis pas assez connaisseur du travail de cet auteur pour savoir si c'est typique de ses œuvres mais il est vrai que dans notre cas, ce procédé rappelle aussi celui de la BD d'origine ou plus globalement des BD franco-belges des années 70-80. En conclusion, on en redemande et attendons la suite avec impatience ! (il se murmurerait qu'un troisième tome est en préparation avec des décors enneigés selon les derniers interviews). SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7,5/10 NOTE GLOBALE : 16/20

03/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Les Secrets d'un couple heureux
Les Secrets d'un couple heureux

Mouais. J’ai souvent du mal avec Wolinski, son dessin et son humour, pour lesquels je ne pense pas être le cœur de cible. Ici encore, son dessin est moyen, avec une colorisation un peu baveuse. Mais bon, c’est lisible et sur ce genre de strips/histoires très courtes, ça n’est pas l’aspect le plus important. Autre écueil de cet album – représentatif du « style » Wolinski – c’est que c’est verbeux. Le texte sature parfois les pages (il n’y a pas vraiment de gaufrier traditionnel), et du coup c’est parfois indigeste, et l’humour est aussi parfois noyé dans ce texte. L’ensemble est inégal. Et d’ailleurs, pour confirmer ce que j’écrivais plus haut, les gags qui m’ont le plus amusé sont le plus souvent ceux qui sont les plus directs, qui ont le moins de texte. Si l’on a souvent des discussions « de couple », le cul et/ou l’amour n’occupent pas tout l’espace, Wolinski se lance aussi au travers de ses personnages dans des digressions – politiques par exemple – qui détonnent un peu. Inégal donc, amusant parfois, mais aussi indigeste. Note réelle 2,5/5.

03/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Les Infortunes de Madame de Beaufleur
Les Infortunes de Madame de Beaufleur

Je découvre cet auteur italien avec cet album. Si graphiquement il possède un indéniable talent, l’histoire en elle-même – si l’on fait abstraction des scènes de sexe, m’a clairement laissé sur ma faim. Le dessin de Venturi, qui possède quelques accointances avec celui de Magnus, est plutôt bon. Un trait fin, qui use bien du Noir et Blanc, et ne néglige pas les décors (pas toujours présents, mais souvent très détaillés et soignés, c’est même maniéré parfois). Les scènes de sexe sont elles aussi bien présentées. Graphiquement donc, c’est agréable. Le récit quant à lui ne brille pas par son originalité. Le titre fait penser à certains romans de Sade, mais l’intrigue n’en possède ni la force brutale et politique, ni les tensions érotiques violentes. Une belle et riche veuve – madame de Beaufleur donc – est accusée de maricide, et va durant tout l’album chercher à fuir les suites judiciaires, aidée dans sa fuite par des hommes qui tous vont goûter de son hospitalité intime. Hélas, les scènes de sexe s’enchainent en faisant perdre tout intérêt à la trame générale, Venturi plaçant ici à peu près tous les classiques du genre, madame de Beaufleur copulant avec tout ce qui passe à sa portée (de ses protecteurs à une nonne lubrique, en passant par toute une bande de brigands), et ce dans toutes les positions. La tension érotique y perd évidemment en même temps que la crédibilité de l’histoire. Madame de Beaufleur aurait pu être dotée d’une personnalité plus forte et perverse je pense, pour donner plus de densité à l’intrigue. Du sexe en costume (fin du XVIème ou début du XVIIème siècle ?) joli à regarder, mais qui se perd dans les poncifs du genre.

03/01/2026 (modifier)
Par Margot
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Mitsuo
Mitsuo

Cette BD est incroyable ! Un vrai coup de cœur que j'ai lu d'une traite. Tout d'abord, les dessins sont magnifiques. Les personnages sont joliment expressifs et on se laisse submerger par les couleurs. J'aime la frontière floue entre le monde réel et le monde imaginaire. Cela titille l'imaginaire ! L'histoire est fort émouvante, bien amenée et teintée de pointes d'humour que j'ai grandement apprécié. La BD traite un sujet difficile au travers de planches sublimes de couleurs chaleureuses... Ou froide selon l'émotion à transmettre. Je trouve les choix visuels très porteurs et réussis, notamment pour contraster et mettre en relief la détresse des parents... Mais je ne m'étalerai pas plus, je ne veux pas spoiler ! En tant que jeune maman je me suis identifiée à la protagoniste sans aucun mal, et l'histoire m'a émue de par son humanité, me tirant même quelques larmes ! J'ai hâte de lire la suite et espère évidemment un dénouement heureux pour les protagonistes auxquels je me suis déjà attachée.

03/01/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série La Vérité est au fond des rêves
La Vérité est au fond des rêves

Le sommeil vint. Et avec le sommeil l’illumination… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre… mais pas de la démarche ésotérique du scénariste. Son édition originale date de 1993. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, et par Jean-Jacques Chaubin pour les dessins et les couleurs. Il comporte quarante-six pages de bande dessinée. Il a bénéficié d’une introduction de deux pages, écrite par le scénariste en août 1992, à Vincennes. Il explique les circonstances dans lesquelles il a rencontré le dessinateur qui lui a déclaré qu’il était prêt à lui donner son âme pour une histoire. Fatigué d’écrire des histoires pour son soixantième anniversaire, l’auteur s’est dit : On dessine généralement une aventure, pourquoi ne pas publier pour une fois l’aventure du dessin ? Il décide alors de donner cinq thèmes au dessinateur, autant d’exercice que l’artiste devait garder à l’esprit en permanence, jusqu’au rêve qui lui donnerait la solution. Un jeune homme est étendu nu sur les draps du lit, assis sur son séant, les jambes repliées vers lui. De gros insectes parcourent son corps. Il se souvient que son ami lui avait prêté sa chambre, et lui avait demandé de prendre soin de ses insectes tropicaux. Ceux-ci aimaient dormir dans le lit avec lui. Le jeune homme aimait bien ça. Ils étaient si beaux et si gentils. Surtout les gros brillants aux longues mandibules. Il faisait très attention à ne pas leur faire mal. Au fil des nuits leur présence se faisait de plus en plus insistante et pour dormir. Il essayait de les sortir du lit. Mais il s’aperçut bien vite qu’ils aimaient la chaleur de son corps et surtout le creux de ses cuisses. Une nuit il fut tiré du sommeil par un plaisir interdit. Il les sentit agrippés à ses fesses, titillant son anus avec insistance. Il supposait que l’odeur les avait attirés et il serra l’anus en pensant qu’ils pourraient s’y introduire. Et comme à chaque fois qu’il les repoussait ils revenaient au galop, il finit par se lever. Il remarquait dans la chambre quelques vivariums abandonnés. Lorsqu’il ouvrit le plus gros, une puanteur lui monta aux narines, sur la mousse humide pourrissaient du soja et un serpent mort. Malgré l’envie, il ne put se résoudre à les mettre là-dedans. Les chiens. Un jeune garçon est dominé par la silhouette de trois adultes lui disant qu’il ne peut pas venir avec eux, car il n’y a plus de place dans l’avion, il viendra au prochain voyage. L’enfant se met à pleurer car il ne veut pas rester seul. Lorsqu’il rouvre les yeux après se les être frottés, il est devenu un adulte, au sommet d’un bloc béton de deux mètres et des chiens accourent vers lui. Il sent sa mâchoire se transformer jusqu’à ce que d’immenses crocs lui poussent. Les chiens commencent à bondir sur le bloc et il s’apprête à les déchiqueter. Puis finalement il s’oblige à fermer sa propre bouche avec un geste de la main. Les chiens sautent sur lui. - Révélation. Dans une pièce avec une grande baie vitrée, un homme parle avec son jeune fils, tous les deux assis sur une chaise. Un autre attend son tour. Enfin, c’est à lui et l’homme lui parle du Yin et du Yang, lui tient des propos qui ont trait à la divination. Le lecteur peut se retrouver un peu déconcerté après avoir terminé cet album : pas très sûr de ce qu’il a lu. Une sorte de suite de sketchs, le premier une forme de sexualité déviante avec des insectes (exotiques, qui plus est) en quatre pages, le second une forme de rite de passage à l’adulte avec le choix de la défiance et de l’agressivité ou de la bienveillance en quatre pages, le troisième une révélation restant tue en trois pages, le quatrième entre religion et perte d’identité, le cinquième une confrontation avec la mort en cinq pages, puis une étrange promenade onirique dans quatre monuments emblématiques de Paris en dix pages, et enfin un voyage dans l’océan, l’antichambre de la mort, un village dans des collines vertes, un vol dans l’espace en treize pages. Pas facile de savoir quoi retirer de ces séquences, si ce n’est que le voyage semble plus important que la destination. La narration visuelle s’avère plutôt agréable, avec une évolution des techniques entre le début et la fin, partant de formes détourées par un trait de contour qui rehausse également les reliefs, également accentués par une technique de couleur directe. Au fur et à mesure, les dessins gagnent en substance, et en précision. Les arrière-plans passent de camaïeux travaillés à des décors en trois dimensions consistants, versant régulièrement dans l’expressionnisme pour renforcer l’évolution de l’état psychique des personnages. Sous réserve qu’il ait lu l’introduction, le lecteur peut retirer plus de ces lectures que le premier degré des histoires, et la sensibilité psychologique ou mystique. Le scénariste explique que la réalisation de cet album est une expérience qui a duré trois ans. Ayant été sollicité par le dessinateur, il raconte que : Chaque page de cet album a été rêvée. Premier exercice : Rentre chez toi et souviens-toi du premier rêve sexuel que tu feras. C’est l’histoire des insectes. Second exercice : Dessine une angoisse qui mette en jeu tes émotions. C’est celle des Chiens. Troisième exercice : Traiter un sujet intellectuel sans énoncer aucune idée. C’est le livre du Yin et du Yang. Quatrième exercice : Dessine un cauchemar purement digestif. C’est le rêve des Monstres et du Chocolat. Avec lui s’est achevé le premier stade de l’expérience. Jean-Jacques avait donné corps à ses fantasmes sexuels, émotionnels, physiologiques et intellectuels. Le moment était venu de faire le point sur la liberté qu’il avait acquise. Je lui dis donc qu’il n’y aurait pas de cinquième thème. Il pouvait dessiner ce qu’il voulait. Chaubin confronté à l’angoisse de l’homme libre ! De cette angoisse est née la lentille qu’il met dans son œil, le cinquième rêve de l’album. […] Extrait de l’introduction d’Alejandro Jodorowsky. Ainsi à l’occasion de son anniversaire pour ses soixante ans en 1989, l’auteur décide d’accéder à la demande pressante d’un jeune artiste, tout en la transformant en une expérience d’écriture pour lui, une expérience de création pour les deux, et une expérience de vie pour l’artiste. Le lecteur peut alors envisager cet album comme l’aventure du dessin, ou plutôt l’aventure de leur collaboration, c’est-à-dire entre un mentor et un novice, ou au moins un homme plus jeune et moins expérimenté. Sous cet angle, la première histoire devient une métaphore de leur relation. Sans grande surprise, Jodorowsky motive l’apprenti avec une histoire sexuelle, et celui-ci répond en se montrant provocateur, avec ces insectes, ce plaisir physique entre déviance et marginalité, en tout cas transgressif. Il se montre explicite avec cette image mémorable des insectes cherchant à s’introduire dans le corps de l’homme par son anus, il se montre également sans fard en représentant la nudité masculine sans hypocrisie. Pour clore ce rêve, un mystérieux personnage intervient, s’occupe des insectes, sans se montrer le moins du monde gêné par la nudité de son hôte. Le jeune artiste s’est mis à nu devant le sage expérimenté et a tout fait pour l’épater avec une situation provocatrice et honnête. En gardant à l’esprit que chaque séquence a été réalisée l’une après l’autre, avec plusieurs mois s’écoulant entre, le lecteur se dit qu’il peut les envisager comme une progression dans le développement de la relation créatrice unissant les deux auteurs. La deuxième histoire semble plus accessible : une angoisse qui mette en jeu les émotions, l’enfant se retrouvant dans une position où il est seul sans la tutelle de ses parents, envahi par le sentiment d’inquiétude et même de terreur face au monde inconnu qu’il perçoit comme étant hostile, et réagissant pour s’y adapter afin d’y faire face. La narration visuelle raconte à elle seule l’histoire dépourvue de parole, avec seulement quelques grondements. Un beau conte sur le choix donné à l’individu quant à son attitude face aux autres. La troisième histoire a dû donner du fil à retordre à l’artiste avec un point de départ paradoxal : une histoire intellectuelle sans énoncer aucune idée (pas loin du sadisme comme exigence), l’artiste s’en tire admirablement bien, avec des images centrées sur le personnage, soulignant que tout est perçu à partir de lui, de manière égocentrée. L’artiste continue de progresser avec l’histoire suivante, alors que l’idée du scénariste apparaît plus nébuleuse, et sa concrétisation plus cryptique. Enfin, le dessinateur raconte sa découverte de sa mortalité, dans une histoire métaphorique, véhiculant une ou deux images religieuses, s’achevant par une chute permettant d’inscrire le récit dans un mouvement cyclique, une très belle maîtrise des volumes, des effets de perspective et d’un visage démoniaque. Les deux histoires finales apparaissent plus ambitieuses en termes de pagination, et d’approche conceptuelle. Le lecteur apprécie le voyage onirique qui l’emmène depuis l’Hôtel-Dieu au ministère des Finances à Paris, en passant par le Panthéon et les Catacombes. Il ne s’attendait pas à croiser Batman avec ses oreilles pointues et sa cape gothique, ou à assister à un don de sperme dans le détail. Il retrouve l’inclination du scénariste pour l’alchimie (l’or sous le mercure) et pour le tarot (une séance avec les cartes de la Tempérance, du Diable, du Vit, et d’autres encore plus explicitement sexuelles, pas présentes dans tous les tarots), avec des dessins jouant à glisser du réalisme vers l’abstraction géométrique pour une balade étrange. La dernière histoire prend la forme d’un voyage, une élévation spirituelle classique dans ses étapes, parsemée de références alchimiques et ésotériques avec une touche de science-fiction, et de nécessité pour l’individu d’embrasser son côté obscur afin de pouvoir grandir, du pur Jodorowsky. Le lecteur découvre au fil de huit séquences en quoi la vérité se trouve au fond des rêves. Il voit sous ses yeux, l’artiste grandir en termes de techniques et de qualité narrative, ce qui correspond à l’ambition du scénariste de mettre en scène l’aventure du dessin, plutôt que de lui faire dessiner des aventures. Il retrouve certains thèmes favoris du scénariste comme la spiritualité et la sexualité, ainsi que la transgression pour pouvoir progresser mentalement. Une lecture déroutante, plus intelligible à la lumière de la nature de l’intention du scénariste, plus facile d’accès au lecteur familier du scénariste, exotique et étrange, avec des visuels empruntant à une imagerie entre le fantastique et la science-fiction. Pour les complétistes de l’œuvre de Jodorowsky.

03/01/2026 (modifier)
Par Ubrald
Note: 4/5
Couverture de la série La Trilogie Berlinoise
La Trilogie Berlinoise

La trilogie berlinoise est une série de romans policiers adaptés en bd, se déroulant avant et après la seconde guerre mondiale. 1. Le premier tome se situe pendant l’avènement du nazisme en 1936, 2. Le deuxième tome se déroule juste avant la guerre en 1938, 3. Le troisième tome (pas encore paru en bd) se déroule après la défaite de l’Allemagne en 1947. Nous suivons les enquêtes de Bernie Gunther, ex policier devenu détective privé, à Berlin dans la société allemande en train de sombrer dans le nazisme de par ses peurs, ses convictions, ses silences et ses compromissions, de ceux qui étaient jusque-là des gens comme tout un chacun. On ne peut alors manquer de penser au concept de « banalité du mal » développé par la philosophe Hannah Arendt. Les deux premiers tomes sont de qualité égale même si j’ai une préférence pour l’ambiance du premier un peu plus policière. En lisant, je me disais que ce détective privé, ce ton cynique, philosophe et désabusé, ce goût pour la castagne, cet imper, c’est vraiment du Philippe Marlowe, pas à Los Angeles dans les années 40 mais à Berlin dans les années 30. Puis, je me suis aperçu en fin d’album que l’éditeur faisait ce parallèle avec le héros de Chandler sur le quatrième de couverture. Le contexte historique est vraiment bien rendu, on sent l’inexorable chute de Berlin dans le nazisme, plusieurs figures sombres du troisième Reich, Himmler, Heydrich, Göring, Streicher, etc. interviennent dans les enquêtes. La grande histoire est ainsi mêlée aux histoires policières. Je pensais aussi que tout cela paraissant tellement réaliste, l’auteur devait être allemand, alors que l’œuvre originale est d’un auteur britannique, Philip Kerr, né en Ecosse qui s’est considérablement documenté sur cette période. Il dira : « Pour moi (…) Berlin dans les années 20, c'était la ville la plus libérale d'Europe » et « Je voulais comprendre comment le nazisme était apparu là et l'impact qu'il avait eu sur l'Allemand ordinaire ». Un dessin ligne claire dont je pensais au début qu’il ne serait peut-être pas assez expressif, mais qui en fait fonctionne très bien, lumineux, pur et très fluide. Bref, double plaisir : enquêtes policières & Histoire.

03/01/2026 (modifier)
Couverture de la série LaoWai
LaoWai

Une série d’aventure historique « exotique », qui se déroule en Chine au crépuscule de l’Empire, alors que les puissances occidentales – ici Anglais et Français – commencent à se partager le contrôle de l’Empire moribond sous des motifs assez hypocrites (je n’ai juste pas trop compris pourquoi la France de Napoléon III s’était investie à ce point dans une opération qui la voit d’un bout à l’autre à la remorque des Anglais – qui sont les seuls en plus à contrôler le commerce de l’opium via leur Empire des Indes, et donc à avoir de réels intérêts à défendre : de fait, le chef de l’expédition française est ici souvent ridicule de suivisme qui ne s’assume pas). Il y a pas mal de choses sympathiques dans ce récit, même si d’autres aspects m’ont moins captivé, et si le dernier album m’a plutôt laissé sur ma faim (j’ai lu la série d’une traite dans l’intégrale parue récemment). Le dessin de Besse est plutôt réussi, que ce soit pour les personnages ou les décors. Sans être hyper détaillé, il est expressif et dynamique, globalement plaisant. Le récit est assez rythmé, et le scénario de Bollée et Alcante lorgne vers l’aventure hollywoodienne classique (rapprochement qui me vient sans doute des films « Les 44 jours de Pékin » ou « La canonnière du Yang-Tsé » - qui s’intéresse à une période légèrement postérieure). Mais il y a quand même quelque chose de proche, avec ces personnages emportés par la grande Histoire, ces amours impossibles, et ces personnages taillés au cordeau – qui souvent manquent de nuance cela dit. Les deux premiers albums sont les meilleurs, on est emporté avec Montagne dans cette aventure chinoise dans les années 1859-1860, petite et grande histoire se mêlant plutôt bien. Mais le dernier tome m’a moins convaincu. D’abord parce que c’est celui où les personnages révèlent leurs faces cachées, et surtout maladroitement : beaucoup manquent de nuances, et par là même de crédibilité. Du fils du général au super méchant vicieux sous-officier français, leur comportement est trop improbable. Le personnage de la journaliste fouille-merde, sorte de reporter de guerre avant l’heure, amie de Victor Hugo, est de trop et pas crédible (déjà un homme dans ce rôle… Mais une femme, à cette époque, je n’y ai pas cru). De plus, la fin de l’histoire est expédiée. On se débarrasse facilement de cette journaliste, de l’idylle entre Montagne et Jia-Li. Quant à Marais, le méchant de service, déjà un peu trop caricatural, il se transforme en quelques cases en une sorte de dément mégalomane pétant les plombs et est lui aussi expédié. Cette fin manque de finesse. Mais globalement on a là un triptyque qui se laisse lire, et qui plaira aux amateurs d’aventure exotique ancrée dans un pan d’Histoire oublié.

02/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Momotaro
Momotaro

Un conte relativement classique dans son déroulement, fortement ancré dans l’univers japonais. Une lecture intéressante, et surtout belle à regarder. Car Toppi a vraiment beaucoup de talent, son coup de crayon, son utilisation du Noir et Blanc, tout ici est réussi. Que ce soit les personnages (hommes ou démons), les animaux, les décors (villages ou forêts), c’est vraiment très chouette. Quant au récit, c’est l’histoire d’un enfant, héritier d’un prince déchu recueilli par un vieil ermite et qui va peu à peu, une fois devenu adulte, et avec l’aide d’un Renard, accomplir plusieurs miracles, jusqu’à renverser le méchant démon responsable de la déchéance de son père : bien sûr au final le héros va recouvrer son trône, le Renard sa vraie identité. Du classique donc, mais bien mené, la narration est aérée, agréable. Une belle réussite du genre.

02/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Frankenstein (Junji Ito)
Frankenstein (Junji Ito)

Frankenstein, du mangaka Junji Ito, est en réalité un recueil de 11 nouvelles du maître réalisées entre 1989 et 2000, Frankenstein ayant été dessinée entre septembre et novembre 1994. Parmi ces œuvres figurent notamment 6 courtes histoires de 30-40 pages chacune, centrées sur le personnage principal d'Oshikiri, lycéen complexé par sa taille et vivant seul dans une grande bâtisse, ses parents étant en voyage pour leur travail. Le scénario de ces nouvelles, centrées sur l'existence de dimensions alternatives à la nôtre sont plutôt originales et efficaces. Elles m'ont un peu fait penser aux histoires de la série TV "La quatrième dimension". Les dernières nouvelles de quelques pages sont un peu plus anecdotiques et parfois à la limite du ridicule (notamment celles centrées sur le bichon maltais du mangaka...). S'agissant à présent de l'histoire centrale de l'ouvrage, Junji Ito adapte très fidèlement le classique de Mary Shelley datant de 1818. Les seules différences résidant dans la chute finale et lors de la création de la compagne du Monstre, Junji Ito ne pouvant résister à mettre en images une seconde fois le retour à la vie d'une créature morte. Bien que l'histoire reste fluide et plutôt agréable à lire, les 188 pages ne permettent pas à l'auteur de fluidifier l'ensemble de l'histoire. Certains passages sont ainsi selon moi trop abruptes. Par exemple, le changement de point de vue de Victor Frankenstein sur la bête et plus globalement sur son travail est bien trop rapide. De même, les personnages secondaires tels qu'Henry ne sont pas assez travaillés à mon goût et ont parfois des réactions peu crédibles (Henry validant très rapidement la création d'une compagne pour le monstre à partir de cadavres féminins par exemple !). L'histoire aurait donc gagné à être un peu plus étoffée pour fluidifier l'ensemble, nuancer certains passages ou encore mieux décrire cette relation particulière existant entre la Bête et son créateur. Du point de vue des graphismes, en tant que maître de l'épouvante, Ito excelle bien évidemment dans la mise en image des scènes horrifiques, la création de la bête et de sa compagne en étant les points culminants. J'ai été en revanche un peu moins séduit par le trait du reste des protagonistes, notamment Viktor Frankenstein, mais cela reste très subjectif. Enfin, le recueil de plus de 400 pages, édité aux éditions Mangetsu, et agrémenté de l'analyse de Morollian en fin d'ouvrage, est vraiment magnifique avec son titre en vernis différencié et sa couverture rigide. Il devrait trôner fièrement dans toute bonne bibliothèque des fans du mangaka même si, vous l'aurez compris, il ne s'agit pas de sa meilleure œuvre selon moi. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10 NOTE GLOBALE : 13/20

02/01/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série The Vault Of Horror
The Vault Of Horror

Akileos continue de traduire les séries d'EC Comics et celle-ci est un gros morceau parce qu'elle fait partie, avec ''Tales from the crypt'' et ''The Haunt of Fear'' de la trilogie des comics d'horreur qui a fait la célébrité de l'éditeur dans les années 50. Comme c'est le cas avec les autres recueils d'EC comics, la qualité est inégale selon les récits et je trouve même qu'il y a une grosse différence de qualité entre les deux albums. En effet, dans le premier tome on est au début des histoires fantastiques d'EC Comics et les histoires sont souvent plus faibles et plus banales que ce qu'ils font par la suite. J'ai trouvé que plusieurs histoires avaient des chutes pourries du genre le personnage principal qui se réveille et se rends compte que tout ce qui est arrivé depuis le début était un horrible cauchemar, mais là on voit que son cauchemar va se réaliser. On ne trouve pas les fameux hosts qui ont fait la renommée de l'éditeur. Quand ses personnages débarquent enfin, la qualité augmente même si évidemment certains récits sont mieux que d'autres. J'ai remarqué que je ne suis pas un grand fan du travail de Johnny Craig. À contrario lorsque c'est bon c'est très bon et le tome 2 contient une de mes histoires préférées à savoir celle du vampire qui travaille dans une banque de sang. C'est le genre d'histoires avec de l'humour noir comme je l'aime et en plus c'est dessiné par mon dessinateur préféré de l'écurie d'EC Comics à savoir Jack Davis. En gros, si vous avez déjà lu des récits d'horreurs de cette éditeur, vous savez ce que vous allez retrouver et si c'est pour vous.

02/01/2026 (modifier)