Les derniers avis (86 avis)

Par Talum
Note: 2/5
Couverture de la série Trois peuples
Trois peuples

C’est une aventure classique qui se lit facilement en une soirée, mais qui laisse une impression de frustration : « C’est tout ? Déjà terminé ? » J’ai pris plaisir à lire cette courte histoire. Même si les principaux rebondissements étaient assez prévisibles, la lecture restait agréable et captivante. Le monde présenté dans cette BD semble vaste et riche, mais on nous en montre très peu. On nous dit simplement : « voici trois races ; ceux-là sont les oppresseurs, ceux-ci les opprimés, et les troisièmes sont les méchants parce qu’ils sont méchants ». L’univers et son histoire ne sont pratiquement pas développés. Je comprends qu’il est difficile de faire tenir beaucoup de choses en seulement deux tomes. Mais en terminant le premier volume, j’avais envie d’en lire quatre ou six de plus pour découvrir l’histoire du monde, comprendre son fonctionnement et m’y immerger davantage. Malheureusement, tout se termine déjà dans le deuxième tome. À mon avis, l’histoire s’adresse plutôt à un public adolescent. Cela reste néanmoins une lecture divertissante, malgré sa très courte durée. L’histoire n’est pas mauvaise. Mais elle reste très loin du niveau des séries "Mages, Nains, Elfes, Orcs & Gobelins" publiées par Soleil. Que ce soit par la qualité du scénario, la richesse de l’univers ou la profondeur des personnages et de leurs motivations, la comparaison est clairement défavorable à "Trois peuples"

30/05/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 3/5
Couverture de la série Killing Joke (Batman - The Killing Joke/Rire et Mourir/Souriez !)
Killing Joke (Batman - The Killing Joke/Rire et Mourir/Souriez !)

J'ai surtout aimé la blague finale ! L'histoire est courte (trop ?) et se lit bien, c'est une brique de plus dans la légende du Joker. Les dessins de Bolland sont bons et heureusement qu'il a changé les couleurs par rapport à la première version. Elles étaient vraiment horribles ! Mais, une fois de plus, je considère qu'A. Moore est un auteur de bande dessinée surestimé. Et les films basés sur ses histoires sont assez faibles, malgré tant de moyens et de stars hollywoodiennes.

30/05/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Michel Vaillant
Michel Vaillant

J'aimerais avoir des arguments pour contredire les plus critiques de cette série. Mais je n'y arrive pas, je leur donne même raison : c'est vieux et démodé, les personnages sont rigides et à la mâchoire carrée, les intrigues inexistantes ou réduites à une compétition manichéenne entre les bons et les méchants. Les rivaux sont invraisemblables et grotesques, du Texas Club au Leader ! Michel est toujours trop correct, chevaleresque et bon sportif. Steve Warson fume, boit et est un séducteur invétéré ! Simplement, les passions ne s'expliquent pas, elles se subissent. Ici, elles se sont réunies : la BD et les courses automobiles. Les automobiles sont belles et fascinantes. Le design des Vaillante, et pas seulement celui des marques concurrentes, a beaucoup de valeur. Après avoir tout dessiné dans les premières histoires, Graton sut s'entourer de grands collaborateurs et certains devinrent des professionnels de renom dans le domaine du design automobile. Les personnages et les intrigues ne sont pas aussi monolithiques qu'une première lecture rapide pourrait le laisser croire. Il faut tout lire et suivre leur développement : Françoise n'est pas une fillette naïve, simpliste et obéissante ! Après les années 70, j'ai commencé à me détacher progressivement de la série et aussi des courses automobiles. Le sport automobile est devenu trop commercial, les intérêts économiques ont pris le dessus et les gentlemen-drivers ont cessé d’exister. D'autres intérêts et préoccupations me sont apparus, et c'est tant mieux ! Pour ceux qui s'intéressent au sujet, je recommande les intégrales du Lombard : belle édition accompagnée de témoignages et de dossiers sur chaque époque et chaque discipline de la compétition automobile. P. S. : j'adore aussi ma collection de voitures miniatures à l'échelle 1/43. Les Vaillante y sont présentes et en vedette dans les vitrines.

30/05/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Les Enfants de Microscopia
Les Enfants de Microscopia

À la recherche de sa grand-mère disparue, Lynette découvre avec son ami Nino un mystérieux carnet qui leur ouvre les portes d'un monde minuscule caché au cœur de la nature. Le principal atout de ce premier tome est sans conteste son dessin. Les aquarelles d'Alexis Horellou sont magnifiques et parfaitement adaptées à ce récit d'aventure en pleine nature. Les décors forestiers sont superbes, l'ambiance est immersive et il y a un véritable plaisir à parcourir les pages tant l'univers visuel est séduisant. J'ai été un peu surpris par la façon dont l'histoire démarre. Les personnages sont lancés dans l'intrigue très rapidement, sans véritable introduction, ce qui peut être légèrement déstabilisant. En contrepartie, cela permet d'entrer rapidement dans le vif du sujet et d'éviter les longueurs puisque la mise en scène est déjà assez aérée pour permettre de mettre en avant le dessin. L'intrigue est assez classique. Impossible de ne pas penser à Arthur et les Minimoys et d'autres histoires du même genre comme la série BD récente Dina et le millimonde par exemple. Deux enfants miniaturisés, une nature devenue gigantesque, une quête familiale et un monde caché : les ingrédients sont connus. Mais c'est un appel à l'aventure qu'on suit volontiers d'autant qu'il est soutenu par ce beau dessin. Le premier tome reste toutefois très introductif et assez prévisible. La possibilité pour les héros de retrouver relativement facilement leur taille normale est légèrement original pour ce type d'historie, mais la révélation finale concernant la grand-mère était complètement attendue. On découvre surtout les bases de l'univers sans que l'intrigue ne prenne encore de direction particulièrement surprenante. Une lecture agréable et visuellement très réussie, portée par de belles aquarelles et un bon sens de l'aventure, même si ce premier volume peine encore à se démarquer des nombreuses œuvres utilisant un concept similaire. J'attends de voir si la suite saura apporter davantage d'originalité à cet univers prometteur.

30/05/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 1/5
Couverture de la série Yolo
Yolo

Comme un sans-abri parti à la recherche de son chien disparu, Yolo enchaîne les digressions, les commentaires sur la société, la politique, l'actualité et les travers de notre époque, dans une adaptation en BD du spectacle d'Aymeric Lompret dessinée par Allan Barte. Je connaissais Aymeric Lompret de nom, mais je ne crois pas avoir déjà regardé ou écouté un de ses sketchs en entier. Après cette lecture, je pense avoir compris pourquoi : ce n'est tout simplement pas mon type d'humour. J'ai trouvé la lecture longue, lourde et pénible du début à la fin. Le principe consiste à suivre le flot de pensées du personnage principal, qui rebondit constamment d'un sujet à l'autre pour enchaîner observations sociales, commentaires politiques, absurdités et provocations. Manifestement, beaucoup de lecteurs y voient une verve satirique réjouissante. Pour ma part, je me suis ennuyé. Je n'ai pratiquement jamais souri et plusieurs passages m'ont même agacé. Je ne sais pas dans quelle mesure cela vient de l'adaptation en bande dessinée. Peut-être que sur scène, avec le rythme, les silences, les intonations et la diction de Lompret, certains gags fonctionnent mieux. N'ayant pas vu le spectacle, je ne peux pas en juger. Mais sous cette forme, j'ai eu l'impression de lire une succession de monologues et de digressions qui peinent à trouver leur rythme. Il faut aussi reconnaître que l'album coche à peu près toutes les cases de ce qui me fait généralement décrocher en humour : beaucoup de politique, beaucoup d'actualité, beaucoup de satire sociale et de commentaires sur le monde contemporain. Ce sont des sujets qui me barbent presque toujours. Associés à ce style très particulier fait de passages du coq à l'âne et d'accumulation de remarques grinçantes, le résultat n'a vraiment pas fonctionné sur moi. Le dessin d'Allan Barte fait correctement le travail et accompagne bien cette avalanche de texte, mais il reste très au service du spectacle d'origine et n'a pas suffi à compenser mon désintérêt pour le fond. Bref, je suis complètement passé à côté. J'imagine que les amateurs d'Aymeric Lompret puissent y retrouver son univers et sa voix, mais en ce qui me concerne, cette lecture a surtout confirmé que son humour n'était pas fait pour moi.

30/05/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 2/5
Couverture de la série Le Dernier Chevalier
Le Dernier Chevalier

D. Quichotte de Cervantes est un monument de la littérature universelle, à plusieurs niveaux de lecture. Ici, il est réduit à son côté anecdotique de rêveur, ce qui est très peu ! Le dessin d'Eisner est toujours bon, surtout dans les expressions des personnages, mais les couleurs horribles le défigurent. Bref, c'est un des travaux les moins heureux de l'auteur.

30/05/2026 (modifier)
Couverture de la série Cinema Panopticum
Cinema Panopticum

Je découvre enfin cet auteur avec cet album et je jèterai de bon cœur un œil sur son autre production. Le style carte à gratter est un genre qui ne me touche pas particulièrement mais Thomas Ott maîtrise son sujet. En fait, la partie graphique est vraiment en adéquation avec le fond, une succession de séquences un peu horrifiques comme des petits contes noirs, le tout dans un N&B et une narration muette qui donne beaucoup d’atmosphère à l’œuvre. Une lecture rapide mais heureuse pour un exercice originale et intéressant. Un beau livre.

30/05/2026 (modifier)
Couverture de la série La Révolution des algues
La Révolution des algues

Voilà un documentaire que j’ai vraiment apprécié. Je l’ai trouvé agréable à lire, et très instructif, jamais ennuyeux. Et pourtant il nous livre une foule d’informations. Sur les algues donc. Leur utilité, ce que l’on pourrait en faire, et les avantages énormes que nous aurions à nous pencher sur leur intérêt. Mais aussi et surtout le fait que les algues et les bienfaits qu’elles peuvent engendrer sont connus depuis des milliers d’années. Vincent Doumeizel nous livre des informations mêlant Histoire, science, débats de société, économie, médecine. Le récit est donc très riche, quasi exhaustif par rapport au sujet. Une lecture vraiment recommandable. Lécroart – qui a déjà accompagné plusieurs documentaire BD engagés – nous propose ses personnages habituels. Foin de décors ou détails superflus, on est centré sur ces personnages. Mais cette simplicité convient au récit et ce dessin est très agréable, avec une colorisation aux crayons de couleurs (en tout cas le rendu y fait penser) elle aussi plaisante. Je suis de toute façon gros amateur de son dessin (entre autres).

30/05/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Jour d'avant
Le Jour d'avant

L’auteur du roman ici adapté – que je n’ai pas lu – a voulu clairement rendre hommage aux victimes d’une « catastrophe minière » ayant eu lieu dans le Nord de la France fin 1974. Vu son texte en introduction, je pense que celle-ci est fidèle au roman originel. Et je trouve que cet hommage est bien fichu. C’est aussi le cas de l’accusation des « responsables », cherchant les bénéfices au détriment de la sécurité des mineurs, ou des « responsables politiques » faisant des passages éclair pour exprimer la solidarité de la nation, sans jamais faire quoi que ce soit pour rendre leurs discours crédibles. La narration est plutôt bien faite, avec une montée en tension (jusqu’au procès final), et une famille et surtout un personnage central intriguant jusqu’au bout. Pour entretenir un suspens, et garantir quelques surprises, le récit amène plusieurs rebondissements, qui font leur petit effet – mais qui souffrent quand même de facilités qu’on est prié d’accepter. Mais la lecture est agréable, le sujet bien traité.

30/05/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série 20 ans en mai 1871
20 ans en mai 1871

Vive la Commune… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante toute autre, gagnant en saveur pour le lecteur disposant de notions sur la Commune de Paris. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Jacques Tardi pour le scénario et le dessin. Il s’agit d’une bande dessinée en noir & blanc, comportant vingt-cinq pages, entièrement dépourvue de dialogue. Il s’agit d’un format imposé dans cette collection des éditions Martin de Halleux, inspiré de l’ouvrage 25 images de la passion d'un homme (1918), réalisé par Frans Masereel (1889-1972). Dans cet ouvrage, l’histoire est racontée en 25 gravures sur bois, chacune imprimée comme un dessin en pleine page, sans aucun dialogue non plus. Le premier tome de cette collection est ?La Forêt (Ott) (2020) de Thomas Ott ; celui-ci en est le cinquième. Le bédéaste respecte cette contrainte à la lettre, à raison d’une image par page. Il est également l’auteur avec le scénariste Thomas Vautrin d’une bande dessinée en quatre tome sur la Commune de Paris : Le Cri du Peuple, parus entre 2001 et 2004 à raison d’un volume par an. Vingt ans en mai 1871. Un homme âgé sort de de chez lui, sa canne à la main. Il a refermé derrière lui la porte métallique de du jardin de son petit pavillon d’un étage. Les volets sont fermés, il n’y a pas de signe de vie à l’intérieur. La végétation du jardin donne l’impression de ne pas avoir été taillée récemment. Sur le trottoir, l’homme regarde à sa droite l’air vaguement inquiet, vérifiant si quelqu’un vient ou s’il est observé. L’homme descend du trottoir, marchant sur la chaussée pavée. De part et d’autre, des maisons basses sans étage, ou avec un unique étage. Au fond de la rue, les bâtiments d’une usine avec deux hautes cheminées crachant une fumée noire avec un panache très droit. Le vieil homme arrive à la gare, et il s’apprête à gravir la dizaine de marches menant à la porte. La voie ferrée passe en hauteur, au niveau du toit de la gare, et un train est en train de partir ou d’arriver. Le vieil a pu monter dans le train de banlieue, tiré par une locomotive à vapeur. Celui-ci avance sur les rails, toujours sur cette voie en hauteur, passant juste au-dessus du niveau du toit des pavillons, avec des immeubles de quelques étages en arrière-plan. Dans un wagon, le vieil homme est assis dans un compartiment vide, sans expression sur le visage, sa canne à la main, l’étage supérieur des usines défilant à travers les vitres. Il descend à la gare de l’Est de Paris, reconnaissable à sa façade. Il en sort, toujours s’aidant de sa canne, il traverse le parvis pavé. Il rejoint la station de métro par la rue, à l’air libre. Il descend sur le quai de la ligne trois, et attend le prochain métro en direction de la porte de Bagnolet, s’aidant toujours de sa canne pour avancer sur le quai absolument désert. Ayant atteint sa destination, il remonte l’escalier pour sortir à l’air libre par un accès de métro du type Guimard. Bon, ben, y a pas de quoi fouetter un chat… L’auteur applique rigoureusement le dispositif narratif : vingt-cinq images en pleine page, pas un seul mot. Durée de la lecture entre cinq et dix minutes à tout casser, en prenant son temps. L’intrigue : le monsieur âgé se rend au cimetière du Père-Lachaise. Il y arrive. Il pénètre à l’intérieur et il marche dans les allées, avec un but bien précis, en sachant parfaitement comment s’y rendre. Il y parvient, et une silhouette encapuchonnée le rejoint pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure, ce que le lecteur pouvait facilement anticiper. Pas de quoi en écrire une lettre à ses proches, un texto suffira amplement. M’enfin quand même, c’est du Tardi ! La couverture est impeccable : les tombes représentées plus vraies que nature, avec un coup de crayon à l’expressivité surnaturelle, le corbeau pas content au premier plan, à deux doigts d’une expression humaine, et, il faut peut-être un peu de temps pour que le lecteur s’en rende compte, un feuillage qui se transforme en un vol de corbeaux dans une lecture de gauche à droite, total respect pour cette composition. Première planche, première illustration, nouveau coup de maitre : le pavillon de banlieue, l’évocation d’un jardin mal entretenu, la clôture en fer forgé, les pavés parisiens ou équivalents. À nouveau une totale réussite, d’une lecture immédiate, et le personnage à la posture parlante quant à son état d’esprit, et également quant à son état de santé. Soit… Mais cela ne suffit pas forcément à rassasier l’appétit de lecture du chaland. Ça reste une histoire dont le scénario tient sur un timbre-poste, d’une grande simplicité, même si chaque dessin atteste d’une maîtrise peu commune de son art. Pour commencer, c’est qui ce gugusse proche d’avaler son extrait de naissance ? Cela fait tilt dans l’esprit du lecteur : la réponse est dans le titre. Il s’agit d’un individu qui avait vingt ans en mai 1871. Oui, et alors ? Hé bien, mai 1871, c’est le sujet de la série en quatre tomes intitulée Le cri du peuple, consacrée à la Commune de Paris. Une période de soixante-douze jours, du 18 mars 1871 au 28 mai de la même année, s’achevant par une semaine dite sanglante du 21 au 28 mai. S’il a lu l’introduction, le lecteur comprend quel est cette chapelle funéraire qui constitue l’objectif du déplacement du vieil homme : la tombe d’Adolphe Thiers (1797-1877), au cimetière du Père-Lachaise. S’il ne connaît pas ce monument, le lecteur peut être déconcerté par sa représentation, un immense tombeau, conçu par l'architecte de Alfred-Philibert Aldrophe (1834-1895), avec des sculptures de Henri Chapu et Antonin Mercié, des parties en bronze de Ferdinand Barbedienne. Ce monument funéraire a été inscrit monument historique par arrêté du 21 mars 1983. Cela amène à se rappeler quel rôle a eu Thiers pendant la Commune de Paris, en quoi le cimetière du Père-Lachaise est liée à l’histoire de cette insurrection, ce qui mène alors au mur des Fédérés. En ayant cette dimension à l’esprit, le regard que le lecteur porte sur chaque illustration change. L’évidence est toujours présente à la découverte de chaque planche, et dans le même temps chacune commence à raconter beaucoup plus que les simples éléments figuratifs et descriptifs. Selon toute vraisemblance, en se fiant au titre, le vieil homme avait vingt ans en mai 1871, il a été le témoin de ces événements, il y a peut-être pris part, il a peut-être été lui-même un Communard. La première image montre donc ce qu’il a pu devenir dans les années 1910, ou 1930, en fonction de l’espérance de vie que le lecteur peut imaginer pour lui. La représentation du pavillon de banlieue devient un témoignage historique de cette époque, dans cette région du monde. Il en va de même pour l’importance de l’usine dont la présence porte en elle une notion de classe sociale, de révolte potentielle des prolétaires. Puis ce train qui relie des quartiers anonymes, dont la voie ferrée en hauteur permet de s’élever au niveau du toit des usines, une vision symbolique. Lorsqu’en planche neuf, le personnage longe un mur du cimetière, le lecteur se demande s’il s’agit du mur des Fédérés. Les planches dix et onze sont consacrées à la distance à parcourir pour parvenir à l’entrée proprement dite, à nouveau une métaphore de l’éloignement du vivant avec ce lieu consacré aux morts. Alors que le vieillard progresse dans les allées, les corbeaux se font plus nombreux, l’accompagnant, se trouvant de part et d’autre, comme s’ils l’accueillaient. Puis la jeune femme souriante rejoint le vieil homme, tenant dans ses main un sablier ailé, une allégorie. En fonction de sa connaissance des événements de la Commune, le lecteur peut se sentir très à l’aise dans ce qui est montré, ou bien s’interroger sur tel ou tel élément, et aller faire des recherches pour se renseigner plus avant. L’expérience de lecture s’en trouve alors changée. Peut-être a-t-il lu d’autres bandes dessinées consacrées à ce mouvement, par exemple l’étonnante série Les damnés de la Commune de Raphaël Meyssan, trois tomes (2017, 2019, 2019). Il prend alors conscience de tout ce contiennent ces vingt-cinq illustrations. Pour commencer, elles expriment tout l’investissement de l’auteur dans cette période, le sens qu’elle revêt pour lui en termes d’autogestion par le peuple, d’oppression exercée par les Versaillais, de répression militaire pour écraser, annihiler un mouvement populaire qui s’était débarrassé des élites qui avaient abandonné le peuple. Il s’agit d’un hommage émouvant aux Communards. Plus que cela, le vieil homme se rend une dernière fois à la tombe d’Adolphe Thiers, le chef politique qui a négocié le traité de paix avec Bismarck et a réprimé dans le sang l'insurrection de la Commune de Paris. L’individu considéré comme un artisan du massacre des Communards pendant la semaine sanglante. À ce titre, la résolution du récit s’avère tout aussi symbolique, en particulier le fait que le vieil homme se soulage sur le monument. Pour autant, il s’éteint, alors que le monument demeure. Le lecteur peut également l’interpréter comme le fait que le Communard est décédé la tête haute, son honneur intact, alors que le monument se dresse à jamais comme la preuve honteuse de du sacrifice du peuple, et de l’infamie d’un politicien. Certes, a priori, vingt-cinq pages, fussent-elles de Jacques Tardi lui-même, en guise de bande dessinée, ça fait un peu court. La première lecture pour le plaisir le confirme : en quelques minutes le lecteur est venu à bout de l’histoire, avec des dessins certes épatants. Seulement, il a également pu ressentir le battement du cœur de l’auteur dans ces pages. Une implication honnête et entière, pour un sujet qui lui est cher, une indignation intacte à l’encontre d’une répression ignominieuse et sanglante du peuple, un massacre impardonnable. De ce point de vue, ces quelques pages constituent un véritable credo, la quintessence de la façon de voir de Tardi, l’expression la plus pure de sa personnalité.

30/05/2026 (modifier)