Raikichi vit seul avec sa fille Haruko sur l'île d'Okinawa depuis le décès de son épouse. Trop pris par son métier d'instructeur pour l'armée japonaise, il n'a pas vu sa fille grandir et se retrouve face au fait accompli lorsqu'elle atteint la puberté. Mais, pour elle, les transformations de l'adolescence prennent un tour explosif, au sens littéral, puisqu'elle se découvre des pouvoirs psychiques qu'elle maîtrise mal, causant d'importants dégâts autour d'elle. Pris au dépourvu, son père va découvrir qu'elle est loin d'être la seule à posséder de tels pouvoirs.
Alors que l'auteur avait initialement prévu de raconter une histoire mettant en scène son île natale d'Okinawa et ses spécificités culturelles, il a finalement abouti à ce récit mêlant super-pouvoirs et bouleversements de l'adolescence. Cette approche lui permet à la fois de développer une intrigue d'action centrée sur des conflits entre jeunes dotés de capacités extraordinaires, tout en abordant la complexité des relations père-fille à cet âge-là.
Le mélange est original, mais pas entièrement convaincant.
Le dessin, pris isolément, est de bonne facture. Le trait est maîtrisé, les personnages sont reconnaissables et l'encrage soigné. En revanche, la mise en scène se révèle nettement plus laborieuse. Le problème ne tient pas seulement au dessin, mais à la narration graphique dans son ensemble : le rythme paraît saccadé et abrupt, avec des enchaînements de cases peu lisibles et des scènes d'action souvent confuses. Tout reste compréhensible, mais seulement après coup, comme si le lecteur devait constamment raccrocher les wagons d'un récit maladroit.
Les réactions des personnages manquent également de justesse. L'héroïne adopte un comportement excessif, censé traduire l'instabilité émotionnelle de l'adolescence exacerbée par ses pouvoirs, mais elle devient trop imprévisible pour être réellement cernée. Son père, pourtant présenté comme plus posé, se montre lui aussi étrange par son attitude excessivement terre-à-terre, malgré les événements incontestablement fantastiques auxquels il est confronté. Les personnages secondaires souffrent du même problème, avec des réactions trop variables d'une scène à l'autre et souvent poussées dans l'excès.
Il en résulte un récit qui rassemble de bons éléments et des thématiques intéressantes, mais qui peine à trouver sa cohérence à cause d'une narration peu fluide et d'un manque de naturel dans les personnages comme dans l'enchaînement des scènes. Nous restons toutefois au stade de l'introduction, et il faudra attendre la suite pour se faire une idée plus définitive de ce manga.
Note : 2,5/5
Sur une côte méditerranéenne encore préservée, Prométhée Foiemangé, jeune cadre persuadé d'œuvrer pour le progrès, est envoyé dans un petit port de pêche afin de convaincre la population de céder ses terres pour un projet d'avenir fondé sur le béton et le tourisme de masse. Pour y parvenir, il doit rallier à sa cause une grande famille locale pour le moins singulière, quitte à exploiter les failles et les tensions internes qui la traversent. Mais cette famille se révèlera bien plus profondément enracinée dans ces lieux qu'elle ne le laisse paraître.
Avec La Nouvelle Arcadie, l'auteur espagnol Juanjo Rodríguez J. propose une fable comique à la croisée de la satire sociale, de la comédie familiale et... de la mythologie grecque. Il situe son récit dans un décor chaleureux aux accents provençaux, imprégné de l'insouciance des années 1960. Le dessin est expressif et séduisant, avec un soin particulier apporté aux décors et aux ambiances. Les couleurs patinées et la lumière méditerranéenne donnent beaucoup de charme à l'ensemble et incarnent visuellement ce monde ancien encore intact, confronté à une modernité froide et envahissante. Je regrette toutefois un encrage trop fin, qui prive le dessin du surplus d'élégance qu'il aurait mérité.
Côté scénario, le récit débute comme une comédie légèrement absurde, à la manière d'un Qui a tué l'idiot ?, avec l'arrivée d'un jeune homme dans un village et une famille excentrique où la farce se mêle à la satire sociale. Les personnages sont hauts en couleur, presque excessifs au premier abord, mais cela relève d'un choix assumé. Assez rapidement, ce qui n'était d'abord suggéré s'affirme pleinement. J'ai eu le plaisir de deviner la révélation avant qu'elle ne soit explicitement formulée, mais très vite celle-ci ne se cache plus et devient même un peu trop appuyée, ce qui m'a fait regretter que le doute ne soit pas entretenu plus longtemps. Je préfère ne pas la dévoiler afin de vous préserver la découverte, même si elle occupe rapidement une place centrale dans l'intrigue. Disons simplement qu'il est question d'une famille profondément dysfonctionnelle, mais étonnamment stable depuis longtemps.
La transposition mythologique fonctionne bien et reste fidèle à son modèle, tout en soulignant avec humour, et parfois une ironie douce-amère, le conflit entre tradition et modernité. J'ai toutefois trouvé que la mise en scène manquait souvent de finesse. Le registre de la farce est trop appuyé et certaines réactions sont surjouées. Le propos manque aussi par moments de mordant. La fable demeure agréable et engagée, mais elle n'explore pas toujours pleinement ses idées, et la critique du capitalisme touristique reste relativement sage, comme si le récit hésitait à durcir réellement son discours.
La Nouvelle Arcadie est une comédie plaisante et humaine, portée par une idée forte et un univers visuel séduisant, malgré un encrage un peu trop discret. J'ai davantage adhéré à son concept qu'à l'ampleur réelle de son développement. Une telle idée aurait mérité plus d'élégance et de finesse pour être plus marquant.
Après le monument qu'est La Guerre éternelle, j'appréhendais la manière dont ce récit pourrait être prolongé. Libre à jamais relève brillamment le défi en s'imposant comme une suite qui n'en est pas tout à fait une. Fini la guerre à grande échelle : on se focalise ici sur une communauté restreinte pour des enjeux paradoxalement plus vastes, touchant aux fondements mêmes de l'Humanité.
Si le premier tome fait office de transition en parallèle à la fin de la série originale, il prépare le terrain pour un deuxième volume qui installe lentement la causalité du récit. Le tout culmine dans un troisième tome qui assume une rupture totale avec la 'Hard SF' pour s'aventurer vers une conclusion métaphysique. Un dénouement certes abrupt, voire proche du Deus Ex Machina, mais qui offre une fin bienvenue aussi bien mystique qu'audacieuse.
En découvrant cette BD, je me vois contraint de dissocier le fond de la forme. Sur le fond, je suis en accord avec le message de l'auteur et je salue la rigueur du travail documentaire. Sur la forme, en revanche, la lecture de l'album m'a été extrêmement pénible.
Saison brune est un reportage graphique très solidement documenté sur le réchauffement climatique et ses conséquences. Le travail de recherche de Philippe Squarzoni est impressionnant, sérieux et sincère. L'album couvre un spectre très large de données scientifiques, économiques et politiques, avec une volonté manifeste de rendre ces enjeux accessibles au plus grand nombre. L'ouvrage va bientôt avoir quinze ans et certaines données ont évolué depuis, mais d'autres étaient déjà en avance sur leur temps, d'autant plus que l'auteur rappelle qu'elles étaient connues parfois depuis des décennies.
Sur le fond, l'ensemble est donc très complet, mais inadapté à ma manière de lire. J'ai réellement eu l'impression de parcourir un livre ou un essai documentaire plutôt qu'une bande dessinée. Malgré l'intérêt indéniable du sujet, l'album m'a paru laborieux. L'accumulation de chiffres et d'interventions dilue le propos et engendre parfois de la confusion, notamment lorsque certaines données semblent se contredire sans être clairement explicitées. Cette surcharge nuit à la lisibilité et affaiblit par moments la portée du discours.
J'ai également été gêné par l'orientation très marquée de la dernière partie, où une place importante est accordée aux membres d'ATTAC. Leurs analyses ne sont pas dénuées d'intérêt, mais leur omniprésence confère à l'ensemble une coloration politique trop exclusive, avec le sentiment que seule cette vision du monde serait envisageable, au détriment d'autres pistes pourtant pertinentes (notamment autour de la démographie).
Sur la forme, le choix d'un dessin très froid et d'un découpage rigide renforce l'aspect scolaire de l'album. En tant que bande dessinée, le médium est très peu exploité. Les pages s'enchainent, montrant essentiellement des visages statiques s'adressant directement au lecteur pour exposer analyses et faits. La seule mise en scène véritablement propre à la BD concerne les états d'âme de l'auteur, qui viennent s'intercaler entre ces séquences documentaires tenant davantage du livre illustré. J'ai réellement ressenti que la dimension BD se greffe sur un essai littéraire classique sans apporter de fluidité de lecture ni de narration graphique justifiant l'usage de ce médium.
Ma note est à considérer comme profondément subjective. Il s'agit d'un ouvrage dense, honnête et intellectuellement stimulant, qui soulève de véritables questions et invite à la réflexion, mais qui m'a ennuyé par sa lourdeur, son ton souvent déprimant et son absence de propositions concrètes. Un livre important, sans doute, mais que je ne me vois ni relire ni recommander à tous.
Je crois que c’est la première BD de Wilfrid Lupano qui ne me conquiert pas. Il faut dire qu’il a placé la barre haut avec le reste de sa bibliographie, et que je m’attendais, comme souvent chez lui, à ce petit mélange de mordant, de rythme et d’évidence qui fait passer les pages toutes seules. Ici, ça ne prend pas vraiment.
Le dessin, d’abord, m’a paru fragile. Très centré sur les personnages, au point que les décors semblent absents, ou, pire, oubliés. Ça donne un sentiment de bâclé, de désinvolture, comme si l’album se reposait sur une économie de moyens qui ne dit jamais clairement si elle est voulue ou subie. Et c’est d’autant plus frustrant que ce qui est “dans” la case est, paradoxalement, plutôt joliment réalisé : un trait net, parfois même léché, des visages expressifs, des intentions lisibles. Mais ce soin sur l’avant-plan ne suffit pas à masquer ce vide derrière, qui finit par attirer l’œil à chaque page, comme un décor en carton-pâte… sauf qu’ici, il n’y a même pas le carton.
Au scénario, je rejoins pas mal des avis ici : c’est un peu poussif, parfois maladroit. On sent des idées, un sujet qui pourrait porter davantage, mais la narration peine à trouver son souffle. Les traits d’humour ne sont pas mauvais en soi, certains font mouche, d’autres font sourire, mais je me suis souvent demandé s’ils servaient vraiment le récit, ou s’ils venaient surtout meubler les transitions. Résultat : je reste à distance, sans cette impression d’élan et de précision qu’on associe spontanément à Lupano.
Au final, j’ai refermé l’album avec une sensation de demi-mesure. Pas un naufrage, loin de là, mais une lecture qui laisse un goût d’inachevé, comme si tout était en place pour raconter quelque chose de plus fort… sans jamais oser aller au bout. Et c’est précisément ça qui déçoit : le potentiel est là, mais il est resté sous la forme d'un poulet des montagnes mal cuisiné.
Un petit "pas mal" pour une histoire qui m'aura au final laissé sur ma faim.
Une jeune fille offerte en offrande à un dieu animal se retrouve malgré elle au cœur d'une lutte entre dieux et hommes.
L'idée de départ m'attirait franchement, ce mélange de mysticisme et de romantique avait tout sur le papier pour me convaincre.
Toutefois j'ai trouvé le développement beaucoup trop brut et rapide et c'est franchement dommage tant il y a de choses à explorer dans cette histoire et qui sont passées sous silence.
C'est une des rares fois où je trouve dommage de conter une si belle histoire sur un seul album. Je pense que si l'auteure avait pu signer un dytique ma note aurait été bien meilleure.
Reste le dessin que j'ai pour la peine beaucoup apprécié, autant pour ses formes que pour ses couleurs. Mobidic possède un indéniable talent
Bref une petite déception qui tient plus au développement de l'histoire qu'à autre chose. Dommage
L'adaptation d'un fait Historique qui m'était inconnu.
À Douarnenez en 1924, la révolte gronde dans les usines de mise en boîte des sardines. Des conserveries où ne travaillent que des femmes. Leurs conditions de travail sont épouvantables, absence de droits et de protection sociale pour un salaire de misère vont les pousser à cesser le travail.
Un album qui dénonce l'inégalité des salaires des sardinières, 80 centimes de l'heure soit un tiers du salaire moyen national, de leurs journées de travail qui peuvent durer jusqu'à 18h00 au lieu des 8h00 réglementaires. Sans oublier le travail des enfants en-dessous de l'âge légal ("la greve c'est pas pour nous, l'école c'est pas pour nous, l'argent c'est pas pour nous"). Un patronat prêt à tout pour casser cette révolte. Une période pas si lointaine...
Une narration pas toujours en maîtrise entre destins individuels et lutte sociale où vient se greffer des figures emblématique de cette époque. Le final est un peu expéditif.
Un album féministe sur la difficulté d'être une femme à cette période, mais cela a-t-il réellement changé cent ans plus tard ? L'inégalité salariale est toujours d'actualité par exemple.
Un mouvement social avec un impact retentissant qui fera des émules en France et hors des frontières.
Graphiquement c'est pas mon truc, je trouve le trait grossier et j'ai eu des difficultés à reconnaître certains personnages. Pas adepte de ce type de colorisation.
Un bof pour moi.
Lecture recommandable pour ne pas oublier.
« Un jour toutes ensemble ces femmes se lèvent
À plusieurs milliers se mettent en grève.
Écoutez claquer leurs sabots
Écoutez gronder leur colère,
Écoutez claquer leurs sabots
C’est la grève des sardinières. »
Bon ben je pense que je suis passé à coté de cet album.
Il y a des qualités et je comprends pourquoi d'autres lecteurs ont adoré. Le dessin est élégant et on utilise bien la couleur... le problème est que je trouve que ce style est froid et que peu d'émotions en ressortent. C'est la raison principale pourquoi je n'ai pas accroché : les émotions. Tout le long de l'album, je n'ai pas ressenti grand chose en dehors d'un certain ennui. Je ne me suis pas attaché aux personnages et à leurs destins tragiques. J'ai trouvé que c'était long (heureusement qu'il y a plusieurs pages avec peu de textes) et que j'avais déjà vu des éléments du scénario dans des œuvres qui m'ont plu marqué.
En gros, ce n'était pas un album pour moi.
Un documentaire qui porte sur l'esprit critique et les théories qui en découlent (biais cognitif et autres termes du même genre).
C'est bien que les autrices remettent les pendules à l'heure et rappellent que la science n'est pas censé être la gardienne de la vérité et on est pas naturellement plus intelligent parce qu'on est pro-science. Au travers le dialogue entre les deux personnages tout le long de l'album, ce que j'ai surtout retenu est qu'il faut se questionner sur soi-même et essayer de dialoguer avec l'autre au lieu de porter tout de suite un jugement. Ce sont des bonnes valeurs, surtout dans un monde de plus en plus divisé, mais j'ai l'impression que ça ne va pas marcher avec plein de gens qui auront tout de suite envie de me casser la gueule juste parce que j'ai émis une opinion contraire à la sienne.
À part ça, je suis d'accord avec ceux qui trouvent que c'est une lecture dense. Heureusement que je connaissais déjà certains termes parce que je pense que j'aurais été totalement perdu. C'est un peu ardu et ce n'est pas un documentaire qui m'a bien amusé pendant la lecture. C'est clairement pas une lecture pour tout le monde.
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Mon Adolescence explosive
Raikichi vit seul avec sa fille Haruko sur l'île d'Okinawa depuis le décès de son épouse. Trop pris par son métier d'instructeur pour l'armée japonaise, il n'a pas vu sa fille grandir et se retrouve face au fait accompli lorsqu'elle atteint la puberté. Mais, pour elle, les transformations de l'adolescence prennent un tour explosif, au sens littéral, puisqu'elle se découvre des pouvoirs psychiques qu'elle maîtrise mal, causant d'importants dégâts autour d'elle. Pris au dépourvu, son père va découvrir qu'elle est loin d'être la seule à posséder de tels pouvoirs. Alors que l'auteur avait initialement prévu de raconter une histoire mettant en scène son île natale d'Okinawa et ses spécificités culturelles, il a finalement abouti à ce récit mêlant super-pouvoirs et bouleversements de l'adolescence. Cette approche lui permet à la fois de développer une intrigue d'action centrée sur des conflits entre jeunes dotés de capacités extraordinaires, tout en abordant la complexité des relations père-fille à cet âge-là. Le mélange est original, mais pas entièrement convaincant. Le dessin, pris isolément, est de bonne facture. Le trait est maîtrisé, les personnages sont reconnaissables et l'encrage soigné. En revanche, la mise en scène se révèle nettement plus laborieuse. Le problème ne tient pas seulement au dessin, mais à la narration graphique dans son ensemble : le rythme paraît saccadé et abrupt, avec des enchaînements de cases peu lisibles et des scènes d'action souvent confuses. Tout reste compréhensible, mais seulement après coup, comme si le lecteur devait constamment raccrocher les wagons d'un récit maladroit. Les réactions des personnages manquent également de justesse. L'héroïne adopte un comportement excessif, censé traduire l'instabilité émotionnelle de l'adolescence exacerbée par ses pouvoirs, mais elle devient trop imprévisible pour être réellement cernée. Son père, pourtant présenté comme plus posé, se montre lui aussi étrange par son attitude excessivement terre-à-terre, malgré les événements incontestablement fantastiques auxquels il est confronté. Les personnages secondaires souffrent du même problème, avec des réactions trop variables d'une scène à l'autre et souvent poussées dans l'excès. Il en résulte un récit qui rassemble de bons éléments et des thématiques intéressantes, mais qui peine à trouver sa cohérence à cause d'une narration peu fluide et d'un manque de naturel dans les personnages comme dans l'enchaînement des scènes. Nous restons toutefois au stade de l'introduction, et il faudra attendre la suite pour se faire une idée plus définitive de ce manga. Note : 2,5/5
La Nouvelle Arcadie
Sur une côte méditerranéenne encore préservée, Prométhée Foiemangé, jeune cadre persuadé d'œuvrer pour le progrès, est envoyé dans un petit port de pêche afin de convaincre la population de céder ses terres pour un projet d'avenir fondé sur le béton et le tourisme de masse. Pour y parvenir, il doit rallier à sa cause une grande famille locale pour le moins singulière, quitte à exploiter les failles et les tensions internes qui la traversent. Mais cette famille se révèlera bien plus profondément enracinée dans ces lieux qu'elle ne le laisse paraître. Avec La Nouvelle Arcadie, l'auteur espagnol Juanjo Rodríguez J. propose une fable comique à la croisée de la satire sociale, de la comédie familiale et... de la mythologie grecque. Il situe son récit dans un décor chaleureux aux accents provençaux, imprégné de l'insouciance des années 1960. Le dessin est expressif et séduisant, avec un soin particulier apporté aux décors et aux ambiances. Les couleurs patinées et la lumière méditerranéenne donnent beaucoup de charme à l'ensemble et incarnent visuellement ce monde ancien encore intact, confronté à une modernité froide et envahissante. Je regrette toutefois un encrage trop fin, qui prive le dessin du surplus d'élégance qu'il aurait mérité. Côté scénario, le récit débute comme une comédie légèrement absurde, à la manière d'un Qui a tué l'idiot ?, avec l'arrivée d'un jeune homme dans un village et une famille excentrique où la farce se mêle à la satire sociale. Les personnages sont hauts en couleur, presque excessifs au premier abord, mais cela relève d'un choix assumé. Assez rapidement, ce qui n'était d'abord suggéré s'affirme pleinement. J'ai eu le plaisir de deviner la révélation avant qu'elle ne soit explicitement formulée, mais très vite celle-ci ne se cache plus et devient même un peu trop appuyée, ce qui m'a fait regretter que le doute ne soit pas entretenu plus longtemps. Je préfère ne pas la dévoiler afin de vous préserver la découverte, même si elle occupe rapidement une place centrale dans l'intrigue. Disons simplement qu'il est question d'une famille profondément dysfonctionnelle, mais étonnamment stable depuis longtemps. La transposition mythologique fonctionne bien et reste fidèle à son modèle, tout en soulignant avec humour, et parfois une ironie douce-amère, le conflit entre tradition et modernité. J'ai toutefois trouvé que la mise en scène manquait souvent de finesse. Le registre de la farce est trop appuyé et certaines réactions sont surjouées. Le propos manque aussi par moments de mordant. La fable demeure agréable et engagée, mais elle n'explore pas toujours pleinement ses idées, et la critique du capitalisme touristique reste relativement sage, comme si le récit hésitait à durcir réellement son discours. La Nouvelle Arcadie est une comédie plaisante et humaine, portée par une idée forte et un univers visuel séduisant, malgré un encrage un peu trop discret. J'ai davantage adhéré à son concept qu'à l'ampleur réelle de son développement. Une telle idée aurait mérité plus d'élégance et de finesse pour être plus marquant.
Libre à jamais
Après le monument qu'est La Guerre éternelle, j'appréhendais la manière dont ce récit pourrait être prolongé. Libre à jamais relève brillamment le défi en s'imposant comme une suite qui n'en est pas tout à fait une. Fini la guerre à grande échelle : on se focalise ici sur une communauté restreinte pour des enjeux paradoxalement plus vastes, touchant aux fondements mêmes de l'Humanité. Si le premier tome fait office de transition en parallèle à la fin de la série originale, il prépare le terrain pour un deuxième volume qui installe lentement la causalité du récit. Le tout culmine dans un troisième tome qui assume une rupture totale avec la 'Hard SF' pour s'aventurer vers une conclusion métaphysique. Un dénouement certes abrupt, voire proche du Deus Ex Machina, mais qui offre une fin bienvenue aussi bien mystique qu'audacieuse.
Saison brune
En découvrant cette BD, je me vois contraint de dissocier le fond de la forme. Sur le fond, je suis en accord avec le message de l'auteur et je salue la rigueur du travail documentaire. Sur la forme, en revanche, la lecture de l'album m'a été extrêmement pénible. Saison brune est un reportage graphique très solidement documenté sur le réchauffement climatique et ses conséquences. Le travail de recherche de Philippe Squarzoni est impressionnant, sérieux et sincère. L'album couvre un spectre très large de données scientifiques, économiques et politiques, avec une volonté manifeste de rendre ces enjeux accessibles au plus grand nombre. L'ouvrage va bientôt avoir quinze ans et certaines données ont évolué depuis, mais d'autres étaient déjà en avance sur leur temps, d'autant plus que l'auteur rappelle qu'elles étaient connues parfois depuis des décennies. Sur le fond, l'ensemble est donc très complet, mais inadapté à ma manière de lire. J'ai réellement eu l'impression de parcourir un livre ou un essai documentaire plutôt qu'une bande dessinée. Malgré l'intérêt indéniable du sujet, l'album m'a paru laborieux. L'accumulation de chiffres et d'interventions dilue le propos et engendre parfois de la confusion, notamment lorsque certaines données semblent se contredire sans être clairement explicitées. Cette surcharge nuit à la lisibilité et affaiblit par moments la portée du discours. J'ai également été gêné par l'orientation très marquée de la dernière partie, où une place importante est accordée aux membres d'ATTAC. Leurs analyses ne sont pas dénuées d'intérêt, mais leur omniprésence confère à l'ensemble une coloration politique trop exclusive, avec le sentiment que seule cette vision du monde serait envisageable, au détriment d'autres pistes pourtant pertinentes (notamment autour de la démographie). Sur la forme, le choix d'un dessin très froid et d'un découpage rigide renforce l'aspect scolaire de l'album. En tant que bande dessinée, le médium est très peu exploité. Les pages s'enchainent, montrant essentiellement des visages statiques s'adressant directement au lecteur pour exposer analyses et faits. La seule mise en scène véritablement propre à la BD concerne les états d'âme de l'auteur, qui viennent s'intercaler entre ces séquences documentaires tenant davantage du livre illustré. J'ai réellement ressenti que la dimension BD se greffe sur un essai littéraire classique sans apporter de fluidité de lecture ni de narration graphique justifiant l'usage de ce médium. Ma note est à considérer comme profondément subjective. Il s'agit d'un ouvrage dense, honnête et intellectuellement stimulant, qui soulève de véritables questions et invite à la réflexion, mais qui m'a ennuyé par sa lourdeur, son ton souvent déprimant et son absence de propositions concrètes. Un livre important, sans doute, mais que je ne me vois ni relire ni recommander à tous.
Le Mètre des Caraïbes
Je crois que c’est la première BD de Wilfrid Lupano qui ne me conquiert pas. Il faut dire qu’il a placé la barre haut avec le reste de sa bibliographie, et que je m’attendais, comme souvent chez lui, à ce petit mélange de mordant, de rythme et d’évidence qui fait passer les pages toutes seules. Ici, ça ne prend pas vraiment. Le dessin, d’abord, m’a paru fragile. Très centré sur les personnages, au point que les décors semblent absents, ou, pire, oubliés. Ça donne un sentiment de bâclé, de désinvolture, comme si l’album se reposait sur une économie de moyens qui ne dit jamais clairement si elle est voulue ou subie. Et c’est d’autant plus frustrant que ce qui est “dans” la case est, paradoxalement, plutôt joliment réalisé : un trait net, parfois même léché, des visages expressifs, des intentions lisibles. Mais ce soin sur l’avant-plan ne suffit pas à masquer ce vide derrière, qui finit par attirer l’œil à chaque page, comme un décor en carton-pâte… sauf qu’ici, il n’y a même pas le carton. Au scénario, je rejoins pas mal des avis ici : c’est un peu poussif, parfois maladroit. On sent des idées, un sujet qui pourrait porter davantage, mais la narration peine à trouver son souffle. Les traits d’humour ne sont pas mauvais en soi, certains font mouche, d’autres font sourire, mais je me suis souvent demandé s’ils servaient vraiment le récit, ou s’ils venaient surtout meubler les transitions. Résultat : je reste à distance, sans cette impression d’élan et de précision qu’on associe spontanément à Lupano. Au final, j’ai refermé l’album avec une sensation de demi-mesure. Pas un naufrage, loin de là, mais une lecture qui laisse un goût d’inachevé, comme si tout était en place pour raconter quelque chose de plus fort… sans jamais oser aller au bout. Et c’est précisément ça qui déçoit : le potentiel est là, mais il est resté sous la forme d'un poulet des montagnes mal cuisiné.
Roi Ours
Un petit "pas mal" pour une histoire qui m'aura au final laissé sur ma faim. Une jeune fille offerte en offrande à un dieu animal se retrouve malgré elle au cœur d'une lutte entre dieux et hommes. L'idée de départ m'attirait franchement, ce mélange de mysticisme et de romantique avait tout sur le papier pour me convaincre. Toutefois j'ai trouvé le développement beaucoup trop brut et rapide et c'est franchement dommage tant il y a de choses à explorer dans cette histoire et qui sont passées sous silence. C'est une des rares fois où je trouve dommage de conter une si belle histoire sur un seul album. Je pense que si l'auteure avait pu signer un dytique ma note aurait été bien meilleure. Reste le dessin que j'ai pour la peine beaucoup apprécié, autant pour ses formes que pour ses couleurs. Mobidic possède un indéniable talent Bref une petite déception qui tient plus au développement de l'histoire qu'à autre chose. Dommage
Le Chœur des sardinières
L'adaptation d'un fait Historique qui m'était inconnu. À Douarnenez en 1924, la révolte gronde dans les usines de mise en boîte des sardines. Des conserveries où ne travaillent que des femmes. Leurs conditions de travail sont épouvantables, absence de droits et de protection sociale pour un salaire de misère vont les pousser à cesser le travail. Un album qui dénonce l'inégalité des salaires des sardinières, 80 centimes de l'heure soit un tiers du salaire moyen national, de leurs journées de travail qui peuvent durer jusqu'à 18h00 au lieu des 8h00 réglementaires. Sans oublier le travail des enfants en-dessous de l'âge légal ("la greve c'est pas pour nous, l'école c'est pas pour nous, l'argent c'est pas pour nous"). Un patronat prêt à tout pour casser cette révolte. Une période pas si lointaine... Une narration pas toujours en maîtrise entre destins individuels et lutte sociale où vient se greffer des figures emblématique de cette époque. Le final est un peu expéditif. Un album féministe sur la difficulté d'être une femme à cette période, mais cela a-t-il réellement changé cent ans plus tard ? L'inégalité salariale est toujours d'actualité par exemple. Un mouvement social avec un impact retentissant qui fera des émules en France et hors des frontières. Graphiquement c'est pas mon truc, je trouve le trait grossier et j'ai eu des difficultés à reconnaître certains personnages. Pas adepte de ce type de colorisation. Un bof pour moi. Lecture recommandable pour ne pas oublier. « Un jour toutes ensemble ces femmes se lèvent À plusieurs milliers se mettent en grève. Écoutez claquer leurs sabots Écoutez gronder leur colère, Écoutez claquer leurs sabots C’est la grève des sardinières. »
Les Notes rouges
Bon ben je pense que je suis passé à coté de cet album. Il y a des qualités et je comprends pourquoi d'autres lecteurs ont adoré. Le dessin est élégant et on utilise bien la couleur... le problème est que je trouve que ce style est froid et que peu d'émotions en ressortent. C'est la raison principale pourquoi je n'ai pas accroché : les émotions. Tout le long de l'album, je n'ai pas ressenti grand chose en dehors d'un certain ennui. Je ne me suis pas attaché aux personnages et à leurs destins tragiques. J'ai trouvé que c'était long (heureusement qu'il y a plusieurs pages avec peu de textes) et que j'avais déjà vu des éléments du scénario dans des œuvres qui m'ont plu marqué. En gros, ce n'était pas un album pour moi.
L'Esprit critique
Un documentaire qui porte sur l'esprit critique et les théories qui en découlent (biais cognitif et autres termes du même genre). C'est bien que les autrices remettent les pendules à l'heure et rappellent que la science n'est pas censé être la gardienne de la vérité et on est pas naturellement plus intelligent parce qu'on est pro-science. Au travers le dialogue entre les deux personnages tout le long de l'album, ce que j'ai surtout retenu est qu'il faut se questionner sur soi-même et essayer de dialoguer avec l'autre au lieu de porter tout de suite un jugement. Ce sont des bonnes valeurs, surtout dans un monde de plus en plus divisé, mais j'ai l'impression que ça ne va pas marcher avec plein de gens qui auront tout de suite envie de me casser la gueule juste parce que j'ai émis une opinion contraire à la sienne. À part ça, je suis d'accord avec ceux qui trouvent que c'est une lecture dense. Heureusement que je connaissais déjà certains termes parce que je pense que j'aurais été totalement perdu. C'est un peu ardu et ce n'est pas un documentaire qui m'a bien amusé pendant la lecture. C'est clairement pas une lecture pour tout le monde.