Les derniers avis (24 avis)

Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Hampton Roads
Hampton Roads

Le temps de la marine à voile et aux carènes de bois semble bien révolu ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le septième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2018. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants après une introduction sans titre sur le contexte des armes au moment où la guerre civile éclate en avril 1861 aux Amériques, entre États du Sud et du Nord : L’artillerie ou l’histoire d’une continuelle révolution, De la frégate au cuirassé, petit hier géant demain, Que cela est lent ! La roue à aubes ou l’hélice ?, CSS Virginia vs USS Monitor, Triste mot Fin !. Amérique du Nord, état de Virginie, le huit mars 1862, dans un fortin militaire, un jeune soldat de l’Union scrute l’horizon du port naturel d’Hampton Roads. Un autre soldat, plus expérimenté, lui enjoint de descendre du point haut sur lequel il se trouve, car il risque de se faire tirer dessus. Le premier obéit à contre-cœur car les Johnnys sont planqués de l’autre côté. Un autre soldat s’approche du vétéran pour savoir ce que voulait le jeunot. Constatant qu’il s’ennuie, l’autre comprend cette sensation : cela fait des mois qu’ils sont terrés ici, et que leurs belles frégates ont mouillé leurs ancres. Il ne pensait pas qu’un blocus ressemblait à cela. Il n’a pas encore vu un seul navire avec le Stars and Bars. L’ancien lui répond en lui demandant avec quoi les confédérés pourraient attaquer : avec leurs malheureux fluviaux armés de pierriers ? Pour lui, ce n’est pas demain qu’ils quitteront Norfolk. Faudrait être fou pour qu’ils oser attaquer les frégates de l’Union, rien qu’avec le Cumberland avec ses cinquante canons taillerait en pièces toute une armée. Pourtant, il se produit un mouvement sur l’eau du côté des confédérés. Le lieutenant appelle tous les servants à leurs pièces, les autres regardant par-dessus la barricade : un drôle de navire approche, avec une ligne de flottaison très basse et le drapeau Stars and Bars. Trois mois plus tôt à Hampton Roads, les confédérés s’impatientent dans leur camp fortifié, le sergent ne comprenant pas pourquoi ils ne leur envoient pas quelques obus. Un soldat lui fait observer que les macaques, comme dit son interlocuteur, font le blocus des ports confédérés, pas vraiment une déculottée. Puis il ajoute que tout cela sera bientôt fini car il se prépare un truc à Norfolk. Le lieutenant Taylor Wood vient à passer à cheval par-là, et il leur indique qu’il cherche à rejoindre l’arsenal de Norfolk. Le sergent lui explique qu’il est sur le mauvais chemin, Norfolk c’est derrière lui. Il lui faut retourner sur ses pas et au premier croisement prendre à l’ouest. Au même instant, plus au nord à New York, sur les rivages de East River à hauteur de Greenpoint, là où les constructeurs navals rivalisent d’ingéniosité loin des tumultes de la guerre… Le lecteur a pu venir à cet album parce qu’il connaît déjà la bataille et qu’il se demande comment elle va être racontée, ou parce qu’il lui tarde de se retrouver au cœur d’une nouvelle bataille navale dans cette série qu’il apprécie, ou encore la forme bizarre du navire en couverture, le CSS (Confederate States Ship), a éveillé sa curiosité. Comme dans les autres tomes, il prend graduellement conscience des enjeux réels du récit. À l’évidence dans l’histoire de la marine de guerre, cette bataille navale présente la première utilisation d’un navire cuirassé dans un affrontement militaire. Le contexte est rapidement établi : la guerre de Sécession, c’est-à-dire une guerre civile survenue entre 1861 et 1865 aux États-Unis. L’un des personnages mentionne le nom de Jefferson Davies (1808-1889), président des États-Unis confédérés de 1861 à 1865. Si le récit s’attache à quelques personnages jusqu’au conflit lui-même, le dossier évoque d’autres personnages historiques ayant eu une importance majeure dans l’évolution des navires de guerre : Henri-Joseph Paixans (1783-1854) inventeur du concept du canon-obusier, John Adolphus Bernard Dahlgren (1809-1870) pour le canon à chargement par la bouche en fonte, Thomas Jackson Rodman (1815-1871) pour le canon mixte boulet et obus, William George Armstrong (1810-1900) pour le canon rayé à chargement par la culasse, Martin von Wahrendorff (1789-1861) inventeur du mécanisme de chargement par la culasse des canons, Robert Parker Parrott (1804-1877) pour la mise au point d’un canon à âme rayée, Jacques-Noël Sané (1740-1831) ingénieur constructeur naval français, l’un des plus brillants de l’âge de la voile, surnommé aussi le Vauban de la marine. Ce qui donne une vision éclairante des enjeux techniques. Au premier degré, l’auteur évoque les dernières phases de préparation du CSS Virginia, et en parallèle évoque la réaction côté Union. Comme à son habitude, l’auteur prend soin de promener le lecteur dans des lieux variés, insufflant ainsi du rythme à son récit et de la diversité de manière organique. Ainsi le lecteur se retrouve les pieds dans la boue à côté d’un canon sur un platelage en bois dans le fortin, puis dans un fortin du camp opposé à partager sa gamelle avec les soldats en buvant dans des tasses métalliques, dans les chantiers navals à Greenpoint (New York), puis ceux de Norfolk avec les rues en terre. Enfin devant le CSS Virginia en train d’être carapaçonné pour devenir un cuirassé dans une splendide illustration en double page (seize et dix-sept). Il se retrouve à suivre le lieutenant Taylor Wood sur sa monture dans des routes enneigées. Il peine avec les soldats à marcher dans la neige sous le vent pour regagner Norfolk à pied. Enfin le temps est venu de la première sortie du CSS Virginia qui fait feu sur un navire de l’Union, alors que les boulets pleuvent littéralement autour de lui, certains atteignant leur cible. Il passe la nuit dans un fortin avec les militaires en train de supputer quelles actions seront les plus probables le lendemain. La bataille opposant le CSS Virginia et le USS Monitor : en trois pages dont un dessin en double page, l’affrontement a eu lieu, bref, brutal et définitif. Le lecteur sent bien que ces pages se lisent toutes seules, chaque situation participant autant de l’évidence de que la plausibilité. En fonction de son horizon d’attente, il peut être plus ou moins contenté par les choix narratifs de l’auteur. Finalement la bataille navale s’avère très courte, ce qui correspond en fait à la réalité de son déroulement : deux sorties du premier cuirassé, chacune de quelques heures. Il peut trouver que consacrer la planche vingt-cinq au passage des saisons dans un plan fixe constitué de quatre cases de la largeur de la page aurait pu être employé à étoffer la narration par exemple quant aux circonstances historiques. D’un autre côté, il peut également l’interpréter comme une mise en scène du déroulement temporel menant à cette bataille : des jours, des semaines qui se passe sans que les soldats de l’Union ou confédérés ne perçoivent quelque information que ce soit concernant l’apparition à venir d’une nouvelle classe de navires. Comme à son habitude, l’auteur laisse de côté la gent féminine qui n’a pas le droit de cité dans son tome, et il met en scène des hommes burinés, blanchis sous le harnais pour certains. La direction d’acteurs fait ressortir des êtres humains sur la réserve propre à la vie en société, et à la relation subalterne découlant des grades dans l’armée. Ce qui n’empêche pas que leur visage exprime régulièrement des états d’esprit apportant une couleur inattendue à leurs propos, à commencer par ce soldat de l’Union portant une forme condescendance amusée sur l’inexpérience d’un jeune militaire, dans la première planche. Ou le même en page quarante-six arborant un air vraiment surpris (malgré son expérience) par les échanges de boulets de canon entre les deux cuirassés. Comme d’habitude chez cet auteur, le récit met en lumière à quel point la vie de chaque soldat est tributaire de décisions prises par des personnes maniant le pouvoir très loin des champs de bataille, méconnaissant complètement les conditions de vie des militaires en opération. Par exemple un soldat s’adresse un lieutenant pour donner son avis : Ce serait bien la première fois que ces abrutis de l’état-major auraient un plan, ils sont juste bons à les faire monter à l’assaut au premier coup de feu ! Un autre fait remarquer que : Le pire c’est cette guerre, car hier leurs grands-pères se sont battus pour leur offrir la liberté. Aujourd’hui, leurs descendances s’entretuent pour des histoires d’esclavage ou on ne sait trop bien quoi ! Plus loin un photographe plantant son appareil pour essayer d’obtenir un cliché de la bataille qui va se dérouler dans la baie, constate avec un cynisme à toute épreuve que : Ce qui l’ennuie, c’est qu’il n’y a même pas de quoi faire une belle photo avec toute cette fumée ! Malgré tout, à l’issue de la bataille navale, les uns et les autres ont conscience qu’ils ont assisté à un moment déterminant dans l’histoire de la marine : Le temps de la marine à voile et aux carènes de bois semble bien révolu ! À nouveau, le lecteur régulier (sans forcément être systématique) de la série en perçoit sa dimension sous-jacente : pointer les moments clés de l’évolution des engagements navals, soit en les racontant directement, comme cette première apparition de cuirassés, soit en les évoquant, comme l’évolution des techniques des canons. Avec le recul, une bataille d’une ampleur très réduite, en réalité l’affrontement de deux navires à une reprise. En fait une bataille de référence dans l’histoire de ces engagements car il s’agit de la première apparition d’un navire cuirassé. L’artiste et le scénariste (oui, c’est la même personne) font preuve d’un art consommé de la narration que ce soit par le réalisme rêche des dessins et la qualité de la reconstitution historique, ou par l’habileté élégante avec laquelle les informations apparaissent à chaque page, dressant un portrait multi-facette de la situation. Du bel ouvrage.

06/06/2026 (modifier)
Couverture de la série La Muette - Drancy, un camp aux portes de Paris
La Muette - Drancy, un camp aux portes de Paris

Un album agréable à lire – si tant est que l’on puisse parler de plaisir en lisant cette présentation d’un enfer haineux… Les auteurs se sont solidement documentés. Ça se voit tout au long de l’album, et se vérifie avec les sources données en fin d’album (et c’était confirmé par la préface d’Annette Wieviorka). « La Muette », c’est le nom de la cité de Drancy qui va servir, durant toute l’occupation, de « camp de transit », « stockant les Juifs raflés avant que ceux-ci ne remplissent les convois en direction des camps d’extermination en Pologne, une fois que la « Solution finale » a été précisée à Wannsee. Encore que l’expression camp de transit soit assez floue. Car La Muette est plus qu’un avant-goût de l’enfer, elle en est une partie. En effet, nombreux sont ceux qui succombent aux mauvais traitements, affamés, fous, humiliés en permanence. On voit bien la collaboration de la police et donc de Vichy (pour les grandes rafles, mais aussi pour la surveillance de ce camp). Je ne peux donc que me joindre aux auteurs, qui parlent d’ordures à propos de ceux qui tentent de réhabiliter Pétain et son œuvre, prétendant que celui-ci a « sauvé » les Juifs français. On voit aussi la radicalisation des Nazis (après Wannsee) et de Laval, lorsque les rafles – et les convois vers la mort – ne concerneront plus seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants. La force de ce récit est de donner corps aux victimes. De donner à voir noms et visages, de « réhumaniser » ces personnes, qui ont été déshumanisées avant que d’être exterminées. Le dessin est fluide, et la bichromie bleue/gris convient bien à l’atmosphère grisâtre, terne et déprimante qui domine parmi ces êtres en sursis. Un album à lire, pour ne pas oublier ce à quoi mène l’essentialisation et le rejet de groupes stigmatisés. Ici les Juifs, mais aujourd’hui d’autres populations pourraient en être victimes.

05/06/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Car l'enfer est ici (Le Pouvoir des innocents - cycle 2)
Car l'enfer est ici (Le Pouvoir des innocents - cycle 2)

Alors, comment est cette suite du Le Pouvoir des innocents de Brunschwig, éditée près de 20 après le premier tome du premier cycle, et dix ans après le dernier ? Eh bien c'est une suite qui fait bien toute les liaisons de l'histoire précédente, mais surtout relie les points quant au propos sur la politique des États-Unis des années 90. On a clairement une réflexion sur les démocrates et les républicains dans ces années-là, associé à une question sur le 11 septembre qui débarque. Les références sont souvent assez clair, comme le nouveau président qui est un Bush fils à peine caricaturé, fils à papa élu sur des votes douteux et porté par une aile droite qui tente de contrer des volontés démocrates de plus en plus clair dans un programme politique social. Tout les espoirs seront anéantis dans un bain de sang lors d'un 11 septembre qui marquera le retour d'une droite conservatrice et plus dure que jamais. Le débat est désormais clos, hélas ... La BD est donc une réflexion, dix ans après, sur l'Amérique des années 90 juste au passage à l'an 2000. On y voit pèle-mêle les aspirations d'une jeunesse des années 80, la mafia toujours aussi présente, les gens désabusés par des politiciens véreux dans lesquels plus personne ne croit ... C'est assez bien fait, on sent l'idée de retranscrire tout ça d'une façon compréhensible et surtout qui permette de faire ressentir l'impact sur le citoyen de la politique globale. Le hic, c'est que le scénario emprunte tellement de pistes qu'il n'arrive pas à réellement boucler ses arcs et que l'on sent qu'une partie reste en suspens pour la suite. Mac Arthur est peu présent alors qu'il aurait pu avoir un réel impact à la fin, Joshua devient une figure récupéré par une extrême-droite raciste mais sans que ce ne soit développé, bref on sent que Brunschwig sait qu'il fera des développements dans un troisième arc et ça se sent que tout n'est pas présenté pour être bouclé ici. Ce qui est dommage, car j'aurais aimé que le dernier tome ne soit pas uniquement (ou presque) le procès et qu'on voit comment tout ceci peut se boucler. Je dirais que la BD subit le poids de tout ce que les auteurs voulaient y mettre, sans avoir le temps de correctement traiter chaque aspect soulevé. La BD a donc des défauts, mais je reste sur une bonne note car elle a l'avantage de parler d'une manière originale de la politique, du pouvoir et des enjeu sociaux. De même, le rythme est impeccable et elle a le bon gout de proposer des personnages attachants mais pas sans défauts. En fait, je crois que la BD est pétrit de bonnes intentions dans la narration et dans le propos, ce qui rend la lecture plaisante et laisse un bon gout dans l'ensemble. Je me demande si la contrainte de cinq tomes pour copier la première série n'aurait pas dû sauter pour aller dans une série plus longue qui aurait alors pu prendre le temps de tout traiter. En l'état, c'est une bonne suite, peut-être pas au niveau de sa première série qui arrivait à conclure l'ensemble, mais ça ne dépareille pas. Lecture recommandée !

05/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Ils brûlent
Ils brûlent

200 pages où il ne se passe pas forcément grand-chose en matière d’action, avec un dessin hésitant, pas exempt de défauts, avare de détails. Et pourtant. Pourtant, j’ai vraiment bien aimé ce premier album, qui me permet de découvrir le travail de cet auteur. Le dessin, malgré ces défauts – ou peut-être à cause de ces défauts, je ne sais pas, est agréable, très vif, un trait rageur, nerveux, dans un style moderne qui accompagne très bien le récit. L’histoire se déroule dans une sorte de moyen-âge indéfini, et nous suivons un groupe de personnages, Georg, un jeune homme, et deux sorcières – qui livrent peu à peu un passé de violences subies. Le tout dans une ambiance lourde, les sorcières sont pourchassées, des bûchers accueillent nos héros lors de la traversée du seul village rencontré. Car on est souvent en pleine nature, et ce sont les dialogues entre les trois personnages, au cours de leurs pérégrinations, qui sont le fil rouge de l’histoire. et El Hamouri parvient à faire ressentir au lecteur la douleur qui traverse les personnages – douleur physique autant que psychique et morale, le tout avec une économie de moyens (narratifs et graphiques). Un auteur et une série à suivre en tout cas. ************* J'ai eu un peu plus de mal avec ce deuxième tome, que j'ai trouvé un chouia moins "dense", j'ai davantage ressenti quelques longueurs. Toutes relatives bien sûr, car il ne s'agit pas d'une intrigue qui mise sur l'action. Ce bémol pointé, ça reste quand même une lecture globalement plaisante, un récit original, qui met à nu les personnages, qui met en avant la douleur - physique et psychologique - et qui joue énormément sur les silences. Une narration aérée donc, qui prend son temps (parfois trop comme je l'ai écrit), mais qui continue à développer un univers original. Original aussi bien sûr - et cet aspect seul peut rebuter nombre de lecteurs - du point de vue graphique. Un trait toujours aussi nerveux, rageur, "torturé", parfois minimaliste, parfois très chargé, avec une bichromie où la marron, la rouille dominent. On ne peut que saluer ce projet original d'El Hamouri, et les éditions 6 Pieds sous Terre, qui font des choix risqués à l'heure où les petites structures sont menacés. Une série sur laquelle les lecteurs curieux doivent jeter un oeil. J'ai hâte de voir le prochain tome conclusif de cette série qui sort des sentiers battus.

29/01/2024 (MAJ le 04/06/2026) (modifier)
Couverture de la série Le Feu Monde
Le Feu Monde

La collection Combo se développe, même si j’ai de plus en plus de mal à en saisir la cohérence – du moins ce qui peut en faire une spécificité globale différenciant les albums qui la composent d’autres publiés chez le même éditeur (je croyais au départ que ça se concentrait uniquement sur de la SF originale, mais en fait non). Bon, cette remarque faite, revenons-en à cet album. Un album que j’ai plutôt apprécié. Il développe un univers original, et un graphisme moderne et très agréable, proche du trait de Mathieu Bablet (même si je ne suis pas fan de quelques visages aux traits effacés) : la lecture a donc été plaisante. Le fantastique, la présence des géants, qui apportent des touches poétiques (voir cette neige florale tombant de la cloche et anéantissant ceux qui se trouve dessous à ce moment) ou menaces et incertitudes latentes, l’auteur a su ne pas en abuser. La narration est agréable, fluide, aérée. Presque trop parfois, car il y a quelques longueurs. Le récit ne joue pas sur l’action à tout crin. Il est sombre, n’hésite pas à éliminer des personnages importants. Mais l’ensemble mérite le détour. Note réelle 3,5/5.

04/06/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série L'Amourante
L'Amourante

Le sujet de cette BD est exceptionnel, à la fois évident et étonnamment original : l'histoire d'une femme ne vieillissant pas dès lors qu'elle est aimée, possiblement immortelle. Autour d'une intrigue romantique et romanesque en diable, glissant généreusement du côté du conte, revisitant à sa manière la thématique tout aussi ludique du voyage dans le temps, ou celle du vampirisme, le lecteur suit la vie rocambolesque et les liaisons sentimentales d'une héroïne troublante mais attachante, appréhendant peu à peu l'étendue de son pouvoir et condamnée à en subir les tristes conséquences. Entre la saga historique et le drame romantique, cette BD avance en s'appuyant sur une structure narrative finalement fort simple (en respectant la chronologie, dès lors que l'histoire est racontée par sa principale protagoniste). Sans doute trop simple d'ailleurs, sans doute eût-il été préférable de davantage emporter le lecteur dans un vertigineux tourbillon amoureux et historique. De la même manière, les illustrations très figées, évoquant volontiers Émile Bravo, paraissent bien sages au regard du sujet. Tout comme cette manière de présenter l'intrigue via la facilité scénaristique de la confidence à un personnage tiers. La lecture est captivante de bout en bout, mais avec un sujet si merveilleux, qu'il est regrettable d'avoir proposé une BD si sage ! Cela manque d'humour, de souffle, de grâce, de vertige. Mais que c'est beau malgré tout, jusque dans son habile pirouette finale.

04/06/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série La Vie Secrète des écrivains
La Vie Secrète des écrivains

Une bonne surprise que cette adaptation d'un roman que je connaissais pas ! Au début, on dirait que les thèmes de l'album porteront uniquement sur l'écriture et la littérature en général. En effet, le héros est un apprenti-écrivain qui va délibérément s'installer sur l'ile où vit un grand écrivain qui a abandonné l'écriture depuis 30 ans et qui vit en reclus. On s’attend tout bonnement à ce que petit à petit le héros va finir par se lier d'amitié avec l'écrivain et peut-être finir par apprendre pourquoi plusieurs décennies auparavant il a tout laissé tombé. Et puis soudainement il y a un meurtre et une mystérieuse journaliste apparait et tourne autour de l'écrivain et ce dernier semble cacher un gros secret. Le scénario est prenant et le fait que cela soit bavard ne m'a pas dérangé parce que c'est très bien écrit. Des éléments qui semblent n'avoir aucun lien ensemble finissent par s'assembler et former un tout cohérent. L'histoire se révèle bien tordue et c'est un truc que j'aime bien lorsqu'il s'agit de polar. Évidemment, on n'échappe pas à quelques facilités scénaristiques (il y a quelques trop grosses coïncidences à mon gout) et la fin arrive un peu trop brutalement, mais globalement c'est un bon polar. Je suis tout de même un peu mitigé au sujet du dessin que j'ai trouvé inégal selon les cases. Par moment, c'est même un peu moche (je pense surtout au molosse qui est bien laid). Heureusement, c'est lisible.

03/06/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Docteur Jekyll & Mister Hyde
Docteur Jekyll & Mister Hyde

Je ne connaissais pas encore Mattotti et j'espérais trouver une adaptation plus consensuelle du célèbre roman de R. L. Stevenson. Cependant, il s'agit d'une succession de tableaux expressionnistes, bons pour être exposés dans une galerie. C'est de l'art, oui, mais cela laisse beaucoup à désirer en tant que bande dessinée. Ce fut un choc et une déception pour laquelle je n'étais pas préparé. ________________________________________________________________________________________ J'ai eu un poids sur la conscience, qui ne m'a pas quitté depuis que j'ai donné la note. J'ai relu l'histoire et regardé sérieusement les dessins. C'est de l'expressionnisme, bien sûr ! Georg Grosz, Otto Dix... Et l'intrigue ne s'en sort pas si mal. Ce n'était pas ce que j'attendais à l'époque, mais ça a de la valeur, je le reconnais aujourd'hui.

23/04/2026 (MAJ le 03/06/2026) (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Le Voyage en Italie
Le Voyage en Italie

J'ai terminé de relire les deux albums et j'aime beaucoup. À l'époque, j'avais surtout apprécié les dessins, mais maintenant les sentiments et les émotions ont plus de poids. Le voyage en Italie est principalement un voyage au fond de soi, pour Art. J'ai été satisfait d'un certain bonheur qu'il a atteint. Au contraire, une certaine tristesse finale est restée en moi à propos de Shirley et beaucoup de peine pour Ian. Tout est dessiné avec une grande sensibilité par Cosey. Je ne suis pas très porté à exprimer mes émotions mais ici l'anonymat aide. Je trouve que l'image des couvertures, combinée, est très réussie.

03/06/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Tunnels (Sanlaville)
Tunnels (Sanlaville)

Sam ! Regarde ! Elle a 6 étoiles sur son casque ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Michaël Salanville pour le scénario, le dessin, la couleur. Il comporte cent soixante-quatre planches de bande dessinée. Ce bédéaste a également réalisé ou participé aux séries Banana Sioule, Hollywood Jan, Lastman, Rocher Rouge. Sur une aire d’autoroute, sous un beau soleil, dans le sud de la France non loin de la frontière avec l’Italie, le deux août 2023. La famille Sola fait une pause : le père, la mère, la grande adolescente Jolène de quatorze ans, Samantha la préadolescente, et la petite Mila qui voyage encore dans son siège enfant. Samantha est en train de rabrouer un autre enfant qui a poussé la petite Mila dans le toboggan. La maman appelle à la table de piquenique, en appâtant sa fille avec des pains au chocolat. Mila trempe ses doigts dans sa confiture, Jolène mange un chausson aux pommes. Les parents s’informent sur la suite du voyage : la météo annonce de la pluie pour tout le reste du trajet, il reste quatre-cents kilomètres à parcourir. Samantha ironise sur les papas avec leur voiture, le père sur les mamans et les distances de freinage, sur le fait que leur voiture soit équipée de pneus quatre saisons. Jolène joue sur sa console, Samantha prend la mouche et va s’isoler sous le toboggan, le père propose à Samantha de conduire, ce qu’elle décline. Le temps est venu de regagner la voiture, la maman s’assurant que tout le monde est passé aux toilettes. Et la petite famille reprend la route. Rapidement Samantha demande s’ils sont bientôt arrivés, Mila remarque qu’il y a un géant chameau caché dans le paysage, Jolène joue sur sa console et refuse de jouer au jeu des animaux avec sa sœur. Le père accepte et ils commencent chacun leur tour énoncer un nom d’animal commençant par la lettre M. Très soudainement, leur Volvo se fait doubler par une Porsche circulant à toute allure. La maman porte un jugement de valeur : Une voiture aussi puissante sur des routes limitées à 130km/h… sur une planète à l’agonie… bien ! Samantha s’exclame qu’ils s’apprêtent à passer les 1.000 tunnels de l’Enfer ! Le père rectifie : une dizaine seulement. Le véhicule traverse le premier tunnel et Samantha fait mine qu’elle est un commandant de vaisseau spatial : On est à la dérive dans le vide spatial, on a totalement dépassé les limites de l’univers ! La famille sort du premier tunnel et s’apprête à pénétrer dans le second, la jeune fille reprenant son rôle. Le père s’est assoupi, il se réveille et demande à son épouse qui conduit, si son mal de dos s’est atténué. Ils roulent maintenant sur une petite route, avec un lac magnifique en contrebas dont la couleur de l’eau est sublime. Le papa ne saurait même pas dire si c’est bleu ou vert. Il remarque également que le GPS ne fonctionne plus, et la maman lui fait observer qu’elle n’a pas vu de panneaux depuis un long moment. Ils décident de s’arrêter dans cinq minutes. La Volvo est à nouveau doublée par un bolide, indistinct, émettant un boucan énorme mais pas reconnaissable. Une couverture très étrange, avec une partie métallisée, une voiture qui semble collée au sol et à l’envers, et les personnages humains qui tombent sous l’effet de la gravité dans une zone qui correspond au ciel. Troublant. La narration commence avec une image en pleine page, des traits de contour très fins rendant l’image immédiatement lisible, des couleurs en aplats, avec quelques ombres portées. Cela donne une sensation d’image très simple, facile à lire, avec la sensation qu’elle présente une faible densité d’informations visuelles. Le lecteur tourne la page et la sensation de surface se confirme avec le choix de représentation des personnages. Des traits de contour toujours aussi fins, des couleurs en aplats, et une façon de dessiner empruntant à la fois au manga et aux bandes dessinées jeunesse. Cette sensibilité graphique se poursuit tout du long de l’ouvrage, dans une réussite remarquable, une apparence totalement intégrée, ayant assimilé ses influences d’origine, sans les singer, pour une expérience de lecture rapide, expressive et particulièrement dynamique. Une partie significative du récit, en termes de pagination, se focalise sur une forme de course de voitures spectaculaire, avec des carambolages brutaux. Les choix esthétiques servent à merveille ces moments de course-poursuite pour le mouvement des véhicules. En même temps, en y regardant de plus près, le lecteur constate que les techniques manga sont intégrées à d’autres, comme le jeu des couleurs pour des explosions d’une violence inouïe. Le lecteur peut se trouver un peu déstabilisé par la structure narrative. L’auteur commence par installer la normalité de cette famille, en donnant une touche de personnalité à chacun, assez légère : la toute jeune Mila avec ses réactions émotionnelles et basiques, Samantha commençant à être en phase d’opposition et de colère, Jolène déjà plus autonome avec un sens des responsabilités consistant, les parents attentionnés et bienveillants, avec une touche d’homme qui contient ses émotions et fait face avec vaillance aux épreuves, et son épouse plus maternelle tout en étant également dans l’action et le courage. Puis une fois à la sortie du second tunnel en page vingt-cinq, l’action prend le dessus, mâtinée de suspense façon thriller. Le récit alterne entre l’angoisse qui monte dans la voiture chez les parents et les enfants qui ressentent qu’ils ne sont plus dans un environnement normal, ou lors d’un arrêt sur le bas-côté ou dans une station-service, et les moments de violence brusque et spectaculaire quand surgit un ou plusieurs de ces bolides mystérieux. En outre, dès la première page, le lecteur se rend compte que derrière l’évidence des images simplistes en apparence, se trouvent de nombreux détails donnant de la consistance aux lieux et aux personnages, ainsi qu’un art d’une efficacité redoutable de la mise en scène et du découpage. En fait cette première illustration en pleine qui montre une vue de dessus d’une aire d’autoroute et des voies de circulation comprend un nombre impressionnant d’informations. Pour commencer la vue elle-même épate par sa profondeur de champ, et l’intelligence visuelle avec laquelle elle montre la globalité de la zone. Le lecteur se rend compte qu’il peut s’y promener comme s’il circulait en voiture, ou comme piéton, à son choix. Cela va de l’auvent abritant les pompes, au bâtiment avec les commerces, jusqu’au petit village dans le lointain, en passant par le tunnel qui passe en-dessous des voies, et la table occupée par la famille Sola. Cette capacité quasi surnaturelle à intégrer des détails pertinents et discrets se retrouve tout du long du récit : le modèle du toboggan et du pont suspendu de l’aire de jeux, le modèle de thermos, la tête de Bart Simpson comme porte-clé, l’exactitude des bretelles du siège bébé, l’emballage de la barre Twix, le câble spiralé des casques, les barres de renfort dans l’habitacle des bolides, le modèle de la petite cuillère pour bébé, la figurine de Bugs Bunny, les pinces à linge, les fauteuils de jardin en plastique, etc. Dans le même temps, le dessinateur joue admirablement de la simplification des formes pour donner plus de force à une composition : les lignes horizontales de vitesse de la Porsche parallèles aux lignes de la route, les néons du tunnel, des arbres en ombre chinoise, un bolide mangé par l’ombre devenant une silhouette quasi abstraite, des cases en bichromie (le rouge sur le noir), des arrière-plans réalisés en couleur directe sans trait de contour, des jeux sur les couleurs vives, des onomatopées devenant prépondérantes dans une case, etc. Tout cela participe au dynamisme de la narration visuelle, à son impact, à l’incroyable puissance des bolides à chaque apparition, et à la brutalité des collisions. Cela fonctionne tout aussi bien pour l’épilogue, qui constitue un chapitre à part entière, une forme de retrouvailles dix ans plus tard dans une petite maison à la campagne, une émotion irrésistible. L’élégance de la narration visuelle emporte le lecteur. Il comprend en tournant la page après la séquence des tunnels qu’il vient d’assister au passage d’un monde dans un autre, sans s’en rendre compte, et pourtant s’il revient une page en arrière, l’artiste le lui a clairement montré sans solution de continuité. Il se retrouve tout aussi angoissé que les membres de la famille par la soudaineté des passages des bolides, par le langage incompréhensible de leurs pilotes, par ce léger décalage avec la réalité normale. Il se tient sur le bord de son siège pour savoir si la famille va s’en sortir, tellement la narration visuelle emporte tout sur son passage. Dans le même temps, il a conscience d’une forme de familiarité, car le scénario est très linéaire : cette famille se retrouve sur une sorte de circuit automobile dans une course aux règles implicites, à conduire à fond comme… dans un jeu vidéo, une version plus réaliste de Mario Kart. Et d’ailleurs, c’est Jolène qui s’en sort bien pour la conduite dans cet environnement, elle qui jouait sur sa console sur la banquette arrière. De ce point de vue, la fin arrive sans surprise, pour le retour vers la normale, ce qui aurait rendu la bande dessinée très divertissante en même temps que vite oubliable… si elle s’arrêtait là. L’épilogue et la dédicace finale viennent apporter une consistance supplémentaire tirant le récit vers le drame avec une sensibilité poignante. La dédicace finale de l’auteur : Aux parents qui doivent vivre sans jamais leur(s) enfant(s). Aux parents qui ne les verront jamais revenir. Aux enfants qui pleurent. Quand l’heure du départ sera venue, emportez le bonheur et laissez-nous l’ennui. Un récit à toute berzingue : une famille, le couple et leurs trois filles se retrouvent sur un circuit automobile de type jeu vidéo où la moindre erreur envoie valdinguer dans le décor avec perte et fracas. Une narration visuelle d’un dynamisme qui emporte tout, d’une facilité de lecture totale, tout en comprenant une densité d’informations insoupçonnable au premier regard. Une histoire rapide et linéaire, d’une efficacité formidable, qui acquiert une profondeur dramatique émouvante avec l’épilogue. Enthousiasmant et émouvant.

03/06/2026 (modifier)