D’or et d’oreillers reprend vraiment les codes du conte classique, mais dans une version clairement plus adulte. On retrouve la structure et les thématiques typiques du genre (épreuves, rapports de classes, mariage, secrets, éveil sentimental) avec toutefois une violence psychologique et une sensualité qui dépassent largement le cadre du conte jeunesse traditionnel. Le récit ajoute aussi une couche de psychologie bienvenue qui donne un peu plus d’épaisseur aux personnages et aux relations.
Le scénario fonctionne bien dans l’ensemble, même s’il ne révolutionne pas le genre. Certaines séquences restent un peu floues et quelques éléments donnent une impression d’inachevé ou de questions laissées ouvertes. Cela dit, l’histoire reste cohérente et l’univers suffisamment maîtrisé pour maintenir l’intérêt jusqu’au bout.
La grande force de la BD reste clairement la partie graphique. Le dessin conserve l’ADN du conte et de la BD jeunesse, mais avec une sensibilité beaucoup plus adulte, plus sombre et plus affirmée. Les couleurs sont magnifiques, plusieurs planches sont réellement marquantes, et la mise en page accompagne très bien l’ambiance du récit sans jamais tomber dans la démonstration esthétique gratuite. Toute la direction artistique participe à ancrer parfaitement l’œuvre dans cet univers de conte élégant mais inquiétant.
Une BD qui parlera probablement davantage à des adolescents plus âgés et à des adultes amateurs de réécritures de contes qu’à un jeune public classique.
Eh bien, il est plutôt chouette cet album.
Un dessin semi réaliste et très dynamique, une colorisation elle aussi plutôt sympa : ça se laisse lire facilement.
Et d’autant plus agréablement que l’histoire prend le temps de planter le décor, de présenter les principaux protagonistes (l’album fait quasiment 150 pages !). Et qu’elle se développe avec un arrière-plan assez riche. Nous avons ainsi l’occasion de nous plonger dans l’Espagne franquiste des années 1950, très bien reconstituée.
Et, au milieu de ce décor assez riche, Teresa Valero (que je découvre avec cet album) nous a concocté une intrigue policière dense, bien fichue, avec l’inévitable d’enquêteurs a priori mal assortis, ici non des flics, mais des journalistes. Surtout le vieux briscard, qui piste un serial killer depuis des années, et se refuse à totalement abdiquer devant les menaces et la censure franquistes (relayées par la police et ses supérieurs).
C’est très dynamique, lisible, avec une narration fluide et agréable, comme le dessin donc.
L’album conclut bien l’intrigue et l’enquête. Mais la fin reste ouverte et, même si cet album se suffit à lui-même, il est tout à fait envisageable que d’autres albums voient le jour. Ce qui ne serait pas une mauvaise idée après tout, tant le premier album se révèle bien fichu.
******************
Je reste sur ma très bonne impression après lecture du deuxième tome, même si je l’ai trouvé plus dense – parfois à la limite de l’indigestion, du fait du texte très abondant et du nombre d’information à ingurgiter.
Mais ce petit bémol ne doit pas vous freiner. En effet, le polar est bien fichu, on prend le temps de planter le décor, d’affiner les personnages et les rouages de l’intrigue qui, malgré mes remarques liminaires, reste quand même agréable à suivre.
Et, encore une fois, le contexte, l’arrière-plan historique, est vraiment très bien restitué : c’est clairement le point fort de la série. L’Espagne franquiste des années 1950 (ici avec le rapprochement avec les USA, le milieu du cinéma, les magouilles immobilières et les reliquats de la guerre civile) donne une sacrée épaisseur à l’intrigue. Et l’imposant dossier final complète parfaitement la lecture.
Il faut prévoir du temps à investir pour lire ces albums, mais ça en vaut la peine.
Après lecture de l'intégrale des 10 tomes du Bateau de Thésée, je suis agréablement surpris par la qualité de ce seinen policier teinté de fantastique dont je n'avais jamais entendu parler. C'est étonnant comme parfois certaines séries font le buzz alors que je les trouve de piètre qualité et comme d'autres, comme celle-ci, passent quasi-inaperçues, malgré leur intérêt indéniable.
L'histoire se situe dans un petit village du Japon où un drame va survenir (empoisonnement de 21 élèves d'une école primaire) marquant à jamais la vie de la famille du policier, Bungo Sano, accusé de ces meurtres. Le plus jeune de ses fils souhaitant se rendre dans le village où s'est tenue le massacre pour une commémoration, se retrouve projeté dans le passé, quelques semaines avant la survenue des événements. Arrivera-t-il à empêcher les homicides et ainsi à modifier le présent ?
On pourra reprocher quelques longueurs dans l'histoire qui répètent parfois un peu trop souvent les éléments de l'enquête ou quelques facilités scénaristiques (le lecteur ne saura jamais vraiment d'où provient la brume et le mystère autour de ces retours dans le passé) mais l'ensemble est très cohérent et le scénario plutôt bien construit, mêlant passé et présent.
Côté dessin, le trait d'Higashimoto Toshiya, scénariste et dessinateur, est vraiment agréable à l’œil, dans un style très classique du manga. Les décors très détaillés, se rapprochant parfois de la photographie, m'ont un peu fait penser au style graphique de Hellbound - L'Enfer.
Lecture vivement conseillée pour les amateurs du genre.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10
NOTE GLOBALE : 16/20
Vrai note : 3.5
J’ai vraiment passé un très bon moment avec Not All Robots. Sous ses airs de SF absurde et décalée, la BD propose finalement quelque chose d’assez malin et étonnamment actuel. L’histoire se déroule dans un futur où les robots travaillent désormais à la place des humains. Libérés du travail, ces derniers vivent dans une société qui semble pourtant toujours aussi tendue, frustrée et dysfonctionnelle. On suit principalement la famille Walters, dans un quotidien où les tensions sociales, familiales et existentielles finissent constamment par exploser.
Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la manière dont Mark Russell utilise cette situation pour tourner en dérision beaucoup de comportements humains. Derrière l’humour et les dialogues souvent très drôles, j’y ai vu une critique assez mordante du pouvoir, des rapports de domination et du patriarcat. Certains personnages sont volontairement caricaturaux dans leur besoin de contrôle, leur frustration ou leur incapacité à évoluer, et c’est justement ce qui rend l’ensemble aussi drôle que pertinent.
La BD fonctionne aussi très bien parce qu’elle ne se contente pas d’être une satire sociale. Elle parle également du rapport au travail, de l’utilité sociale, de la peur du changement et même de l’obsolescence humaine dans un monde dominé par les IA et les robots. Tout ça passe par un simple foyer de banlieue, presque banal, ce qui rend finalement le propos encore plus efficace.
Visuellement, Mike Deodato Jr livre un travail superbe, détaillé et très expressif. J’ai aussi beaucoup aimé la couverture qui détourne et reprend la célèbre peinture américaine "American Gothic "de Grantsymbole. Une peinture célèbre, annonçant immédiatement une œuvre qui joue avec les symboles et les codes culturels.
Une lecture drôle, intelligente et bien plus riche qu’elle n’en a l’air au premier abord.
J'ai fini de relire la série complète avec les intégrales Dupuis et c'est merveilleux ! Quand j'étais petit, l'histoire qui m'a le plus marqué a été évidemment La Flûte. Mais maintenant, je reconnais que la série vaut beaucoup plus. Je me suis rappelé tant d'aventures, de personnages et de scènes marquantes : les mollassons et le géant de la Source, la bataille navale des vikings, mais surtout le très drôle Pirlouit et sa chèvre Biquette, tant de magie et de sorts !
Les dessins ont évolué, les personnages sont devenus plus ronds et aboutis, l'humour toujours excellent.
La contribution à la soi-disant « école de Marcinelle » est indéniable. Bref, je recommande cette redécouverte !
J’ai vraiment accroché à Newburn, surtout grâce à son ambiance de polar noir moderne et à son personnage principal particulièrement marquant. L’histoire suit Easton Newburn, un ancien flic devenu une sorte de médiateur indépendant travaillant pour toutes les familles criminelles de New York. Son rôle consiste à résoudre les problèmes avant qu’une guerre éclate entre les différents clans. Une idée simple sur le papier, mais extrêmement efficace dans la manière dont Zdarsky construit ses intrigues.
J’ai adoré suivre ce personnage froid, méthodique et presque détaché émotionnellement, qui navigue constamment entre manipulations, trahisons et règlements de comptes. Chaque affaire permet d’explorer une nouvelle facette du milieu criminel new-yorkais tout en développant progressivement le passé et la personnalité de Newburn.
Visuellement, Jacob Phillips apporte une vraie identité à la série avec un style sale (comme peut le faire son pere), nerveux et très urbain qui colle parfaitement à l’ambiance du récit. Ses couleurs participent énormément à cette sensation de polar poisseux et nocturne. On ressent aussi une vraie influence du roman noir et des vieux films policiers dans toute la mise en scène.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la façon dont la série parvient à rester très accessible tout en construisant un univers criminel dense et crédible. Les dialogues sont efficaces, les personnages secondaires existent vraiment et les tensions fonctionnent du début à la fin.
Une excellente lecture de polar noir moderne, tendue et immersive, portée par un duo créatif qui maîtrise parfaitement son sujet.
Les Berceuses assassines est pour moi un polar noir remarquable, autant pour son histoire que pour sa construction narrative. Le principe des trois tomes fonctionnant comme trois regards différents sur une même séquence est particulièrement brillant. Chaque album apporte une nouvelle lecture des événements et modifie progressivement notre perception des personnages et de leurs actes. Cette narration fragmentée donne une vraie profondeur au récit et renforce constamment la tension.
L’histoire plonge dans une ambiance noire, mélancolique et presque fataliste, où chaque personnage semble prisonnier de ses choix et de son passé. Mais ce qui m’a surtout marqué, c’est la manière dont le récit joue avec les points de vue. On ne découvre jamais totalement la vérité d’un seul coup : elle se reconstruit morceau par morceau, au fil des versions et des révélations. Cela donne une impression très cinématographique, presque comme un puzzle émotionnel et psychologique.
Le rythme est maîtrisé, avec beaucoup de silences, de non-dits et une tension permanente. La BD ne cherche jamais l’action gratuite ; elle privilégie l’atmosphère, les regards, les blessures intérieures des personnages. On ressent une vraie humanité derrière cette noirceur.
Graphiquement, Ralph Meyer sublime parfaitement cette approche narrative. Son dessin réaliste, les expressions fatiguées des visages, les jeux d’ombres et les décors urbains renforcent cette sensation de polar noir crépusculaire. Chaque case participe à l’ambiance.
Au final, j’ai eu l’impression de lire bien plus qu’une simple enquête policière : une véritable tragédie humaine racontée sous plusieurs angles, avec une narration intelligente et immersive qui donne toute sa force à l’œuvre
Chouette, une nouvelle bd de Lou Lubie. Je suis un lecteur attentif de l'autrice, à défaut d'être assidu. Je me rends compte à la lecture de sa fiche sur bdtheque que je n'ai pas du tout lu ses dernières sorties.
Je me rattrape en lisant la dernière, Saigneurs. Et ben c'est un bien bon cru en ce qui me concerne.
On suit donc trois protagonistes : Maggy, la principale, Iulia et Anghel. Ils vivent en Transylvanie, dans un monde où vampires et humains cohabitent, en apparente égalité. Le récit suit le cheminement de Maggy, puis de ses deux amis, dans une quête d'égalité avec les vampires qui reste très théorique.
Je le répète comme les autres avis, l'autrice utilise ici les vampires pour dénoncer les inégalités hommes/femmes dans la société réelle. Elle joue assez intelligemment sur cette comparaison, et l'on trouve énorme et ridicule cette société ou les vampires peuvent mordre en toute impunité et sont ultra avantagés. Or, c'est un fait, nous vivons dans une société ou les hommes sont ultra avantagés par rapport aux femmes, ou de très nombreuses violences sexuelles sont non condamnées, etc.
Pour le coup je trouve que le parallèle est assez visible, avec notamment les collages des militants humanistes, qui sont les mêmes que les collages dénonçant les féminicides ; les affaires d'agression dans le cinéma, qui rappellent le mouvement metoo ; le discours de l'empereur qui est un copier coller de ce que Macron avait dit sur Depardieu ; les violences au sein du couple, et j'en passe.
De prime abord, j'aurais pu croire à un parallèle sur les inégalités raciales (plein de choses auraient pu coller et c'est la aussi un sujet loin d'être réglé), mais au final les parallèles se font beaucoup moins. On est vraiment sur un ouvrage qui veut sensibiliser aux inégalités basées sur le genre.
Ça marche bien je trouve. Personne ne peut dire que les vampires sont les gentils de l'histoire et qu'ils sont dans leur droit. Et du coup quand on ramène au débat homme/femme, avec les mêmes chiffres et les mêmes types de violence et d'inégalité, ça devient intéressant pour les réticents a admettre ces inégalités.
Un autre truc que je trouve malin, c'est que Lubie fait exprès de gommer l'aspect genré (les inégalités hommes femmes n'existent pas), mais les protagonistes les plus intéressantes sont quand même des femmes. Maggy est badass, Iulia est un très bon personnage, fort et fragile a la fois, et Anghel, le héros homme, est sensible et victime des vampires.
Alors en effet, le récit est peut être un peu facile, il n'invente rien et a des airs d'album jeunesse, dans sa narration, dans ses personnages, voire même dans son graphisme. Mais il y a plein de références qui seront surtout compréhensibles par les adultes, et à mon sens il s'adresse aux deux assez facilement. J'ai personnellement bien aimé, ma copine aussi, et je suis à peu près sûr que mes neveux et nièces qui ont 11 /13 ans pourraient aussi y trouver leur compte.
Niveau dessin, si on retrouve le trait de Lubie, je trouve un aspect un peu plus lisse, plus jeunesse que d'habitude. Elle fait partie des autrices dont je reconnais le trait en un coup d'oeil, et là c'est un peu moins le cas. Mais ça reste graphiquement très efficace, et agréable à lire. J'ai bien aimé les couleurs utilisées et les tenues Transylvaniennes, on sent qu'elle s'est fait plaisir sur ça, stylé comme look.
Bref, un album qui se lit bien, et pour petits et grands.
L’histoire se laisse lire, même si elle ne livre au final pas toutes ses clés. Mais on est embarqué du début jusqu’à la fin, avec cette ritournelle qui revient à chaque début de chapitre – chacun séparé de quelques années du précédent.
Du fantastique, du mystère quelque chose de polar, il y a sans doute un peu d’Edgard Allan Poe dans ce récit se déroulant à Bordeaux, dans le quasi huis-clos d’une maison, hantée par des souvenirs, ceux de certains de ses anciens propriétaires.
J’aurais mis trois étoiles pour le récit en lui-même, mais j’arrondis au supérieur pour deux raisons. D’abord le dessin de Bezian, avec ses visages taillés au scalpel, intriguant, convenant parfaitement à l’ambiance.
Et justement, cette ambiance, constitue un atout pour le lecteur, plus que l’intrigue elle-même. Bien installée, bien alimentée, sans retombée ou longueur, elle maintient le récit sur une ligne de crête sur laquelle on chemine avec plaisir.
Une lecture très plaisante.
Note réelle 35/5.
Avec cet album, les auteurs parviennent à rendre crédible et vivante une intrigue qui mêle petite et grande histoire, qui utilise faits et personnages avérés pour donner à voir un « moment » historique : l’abolition de l’esclavage dans la colonie de l’île Bourbon – devenue par la même Réunion.
J’ai trouvé cette histoire très agréable et fluide à lire. Le dessin de Tehem est simple, mais plaisant, et le récit ne tombe pas dans le pathos, ne s’encombre pas d’inventions scénaristiques inutiles.
Appollo retranscrit très bien la vie dans cette île avant et au moment de l’abolition, ainsi que les enjeux, et les évolutions par la suite. En particulier l’hypocrisie de la République coloniale qui – comme ailleurs, il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé à Haïti – indemnise les anciens esclavagistes, et laisse les nouveaux « libres » croupir dans la misère. Le moment du jugement d’Edmond est utilisé par Appollo pour rappeler les très nombreuses inégalités et injustices dont souffrent les anciens esclaves. Il n’oublie pas non plus de rappeler le « déclassement » des « petits blancs…
Et le dossier de fin d’album est suffisamment intéressant et complet pour ajouter une plus-value. Voilà donc un album dont la lecture agréable et instructive se révèle très recommandable.
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D'or et d'oreillers
D’or et d’oreillers reprend vraiment les codes du conte classique, mais dans une version clairement plus adulte. On retrouve la structure et les thématiques typiques du genre (épreuves, rapports de classes, mariage, secrets, éveil sentimental) avec toutefois une violence psychologique et une sensualité qui dépassent largement le cadre du conte jeunesse traditionnel. Le récit ajoute aussi une couche de psychologie bienvenue qui donne un peu plus d’épaisseur aux personnages et aux relations. Le scénario fonctionne bien dans l’ensemble, même s’il ne révolutionne pas le genre. Certaines séquences restent un peu floues et quelques éléments donnent une impression d’inachevé ou de questions laissées ouvertes. Cela dit, l’histoire reste cohérente et l’univers suffisamment maîtrisé pour maintenir l’intérêt jusqu’au bout. La grande force de la BD reste clairement la partie graphique. Le dessin conserve l’ADN du conte et de la BD jeunesse, mais avec une sensibilité beaucoup plus adulte, plus sombre et plus affirmée. Les couleurs sont magnifiques, plusieurs planches sont réellement marquantes, et la mise en page accompagne très bien l’ambiance du récit sans jamais tomber dans la démonstration esthétique gratuite. Toute la direction artistique participe à ancrer parfaitement l’œuvre dans cet univers de conte élégant mais inquiétant. Une BD qui parlera probablement davantage à des adolescents plus âgés et à des adultes amateurs de réécritures de contes qu’à un jeune public classique.
Contrapaso
Eh bien, il est plutôt chouette cet album. Un dessin semi réaliste et très dynamique, une colorisation elle aussi plutôt sympa : ça se laisse lire facilement. Et d’autant plus agréablement que l’histoire prend le temps de planter le décor, de présenter les principaux protagonistes (l’album fait quasiment 150 pages !). Et qu’elle se développe avec un arrière-plan assez riche. Nous avons ainsi l’occasion de nous plonger dans l’Espagne franquiste des années 1950, très bien reconstituée. Et, au milieu de ce décor assez riche, Teresa Valero (que je découvre avec cet album) nous a concocté une intrigue policière dense, bien fichue, avec l’inévitable d’enquêteurs a priori mal assortis, ici non des flics, mais des journalistes. Surtout le vieux briscard, qui piste un serial killer depuis des années, et se refuse à totalement abdiquer devant les menaces et la censure franquistes (relayées par la police et ses supérieurs). C’est très dynamique, lisible, avec une narration fluide et agréable, comme le dessin donc. L’album conclut bien l’intrigue et l’enquête. Mais la fin reste ouverte et, même si cet album se suffit à lui-même, il est tout à fait envisageable que d’autres albums voient le jour. Ce qui ne serait pas une mauvaise idée après tout, tant le premier album se révèle bien fichu. ****************** Je reste sur ma très bonne impression après lecture du deuxième tome, même si je l’ai trouvé plus dense – parfois à la limite de l’indigestion, du fait du texte très abondant et du nombre d’information à ingurgiter. Mais ce petit bémol ne doit pas vous freiner. En effet, le polar est bien fichu, on prend le temps de planter le décor, d’affiner les personnages et les rouages de l’intrigue qui, malgré mes remarques liminaires, reste quand même agréable à suivre. Et, encore une fois, le contexte, l’arrière-plan historique, est vraiment très bien restitué : c’est clairement le point fort de la série. L’Espagne franquiste des années 1950 (ici avec le rapprochement avec les USA, le milieu du cinéma, les magouilles immobilières et les reliquats de la guerre civile) donne une sacrée épaisseur à l’intrigue. Et l’imposant dossier final complète parfaitement la lecture. Il faut prévoir du temps à investir pour lire ces albums, mais ça en vaut la peine.
Le Bateau de Thésée
Après lecture de l'intégrale des 10 tomes du Bateau de Thésée, je suis agréablement surpris par la qualité de ce seinen policier teinté de fantastique dont je n'avais jamais entendu parler. C'est étonnant comme parfois certaines séries font le buzz alors que je les trouve de piètre qualité et comme d'autres, comme celle-ci, passent quasi-inaperçues, malgré leur intérêt indéniable. L'histoire se situe dans un petit village du Japon où un drame va survenir (empoisonnement de 21 élèves d'une école primaire) marquant à jamais la vie de la famille du policier, Bungo Sano, accusé de ces meurtres. Le plus jeune de ses fils souhaitant se rendre dans le village où s'est tenue le massacre pour une commémoration, se retrouve projeté dans le passé, quelques semaines avant la survenue des événements. Arrivera-t-il à empêcher les homicides et ainsi à modifier le présent ? On pourra reprocher quelques longueurs dans l'histoire qui répètent parfois un peu trop souvent les éléments de l'enquête ou quelques facilités scénaristiques (le lecteur ne saura jamais vraiment d'où provient la brume et le mystère autour de ces retours dans le passé) mais l'ensemble est très cohérent et le scénario plutôt bien construit, mêlant passé et présent. Côté dessin, le trait d'Higashimoto Toshiya, scénariste et dessinateur, est vraiment agréable à l’œil, dans un style très classique du manga. Les décors très détaillés, se rapprochant parfois de la photographie, m'ont un peu fait penser au style graphique de Hellbound - L'Enfer. Lecture vivement conseillée pour les amateurs du genre. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10 NOTE GLOBALE : 16/20
Not All Robots
Vrai note : 3.5 J’ai vraiment passé un très bon moment avec Not All Robots. Sous ses airs de SF absurde et décalée, la BD propose finalement quelque chose d’assez malin et étonnamment actuel. L’histoire se déroule dans un futur où les robots travaillent désormais à la place des humains. Libérés du travail, ces derniers vivent dans une société qui semble pourtant toujours aussi tendue, frustrée et dysfonctionnelle. On suit principalement la famille Walters, dans un quotidien où les tensions sociales, familiales et existentielles finissent constamment par exploser. Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la manière dont Mark Russell utilise cette situation pour tourner en dérision beaucoup de comportements humains. Derrière l’humour et les dialogues souvent très drôles, j’y ai vu une critique assez mordante du pouvoir, des rapports de domination et du patriarcat. Certains personnages sont volontairement caricaturaux dans leur besoin de contrôle, leur frustration ou leur incapacité à évoluer, et c’est justement ce qui rend l’ensemble aussi drôle que pertinent. La BD fonctionne aussi très bien parce qu’elle ne se contente pas d’être une satire sociale. Elle parle également du rapport au travail, de l’utilité sociale, de la peur du changement et même de l’obsolescence humaine dans un monde dominé par les IA et les robots. Tout ça passe par un simple foyer de banlieue, presque banal, ce qui rend finalement le propos encore plus efficace. Visuellement, Mike Deodato Jr livre un travail superbe, détaillé et très expressif. J’ai aussi beaucoup aimé la couverture qui détourne et reprend la célèbre peinture américaine "American Gothic "de Grantsymbole. Une peinture célèbre, annonçant immédiatement une œuvre qui joue avec les symboles et les codes culturels. Une lecture drôle, intelligente et bien plus riche qu’elle n’en a l’air au premier abord.
Johan et Pirlouit
J'ai fini de relire la série complète avec les intégrales Dupuis et c'est merveilleux ! Quand j'étais petit, l'histoire qui m'a le plus marqué a été évidemment La Flûte. Mais maintenant, je reconnais que la série vaut beaucoup plus. Je me suis rappelé tant d'aventures, de personnages et de scènes marquantes : les mollassons et le géant de la Source, la bataille navale des vikings, mais surtout le très drôle Pirlouit et sa chèvre Biquette, tant de magie et de sorts ! Les dessins ont évolué, les personnages sont devenus plus ronds et aboutis, l'humour toujours excellent. La contribution à la soi-disant « école de Marcinelle » est indéniable. Bref, je recommande cette redécouverte !
Newburn
J’ai vraiment accroché à Newburn, surtout grâce à son ambiance de polar noir moderne et à son personnage principal particulièrement marquant. L’histoire suit Easton Newburn, un ancien flic devenu une sorte de médiateur indépendant travaillant pour toutes les familles criminelles de New York. Son rôle consiste à résoudre les problèmes avant qu’une guerre éclate entre les différents clans. Une idée simple sur le papier, mais extrêmement efficace dans la manière dont Zdarsky construit ses intrigues. J’ai adoré suivre ce personnage froid, méthodique et presque détaché émotionnellement, qui navigue constamment entre manipulations, trahisons et règlements de comptes. Chaque affaire permet d’explorer une nouvelle facette du milieu criminel new-yorkais tout en développant progressivement le passé et la personnalité de Newburn. Visuellement, Jacob Phillips apporte une vraie identité à la série avec un style sale (comme peut le faire son pere), nerveux et très urbain qui colle parfaitement à l’ambiance du récit. Ses couleurs participent énormément à cette sensation de polar poisseux et nocturne. On ressent aussi une vraie influence du roman noir et des vieux films policiers dans toute la mise en scène. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la façon dont la série parvient à rester très accessible tout en construisant un univers criminel dense et crédible. Les dialogues sont efficaces, les personnages secondaires existent vraiment et les tensions fonctionnent du début à la fin. Une excellente lecture de polar noir moderne, tendue et immersive, portée par un duo créatif qui maîtrise parfaitement son sujet.
Berceuse assassine
Les Berceuses assassines est pour moi un polar noir remarquable, autant pour son histoire que pour sa construction narrative. Le principe des trois tomes fonctionnant comme trois regards différents sur une même séquence est particulièrement brillant. Chaque album apporte une nouvelle lecture des événements et modifie progressivement notre perception des personnages et de leurs actes. Cette narration fragmentée donne une vraie profondeur au récit et renforce constamment la tension. L’histoire plonge dans une ambiance noire, mélancolique et presque fataliste, où chaque personnage semble prisonnier de ses choix et de son passé. Mais ce qui m’a surtout marqué, c’est la manière dont le récit joue avec les points de vue. On ne découvre jamais totalement la vérité d’un seul coup : elle se reconstruit morceau par morceau, au fil des versions et des révélations. Cela donne une impression très cinématographique, presque comme un puzzle émotionnel et psychologique. Le rythme est maîtrisé, avec beaucoup de silences, de non-dits et une tension permanente. La BD ne cherche jamais l’action gratuite ; elle privilégie l’atmosphère, les regards, les blessures intérieures des personnages. On ressent une vraie humanité derrière cette noirceur. Graphiquement, Ralph Meyer sublime parfaitement cette approche narrative. Son dessin réaliste, les expressions fatiguées des visages, les jeux d’ombres et les décors urbains renforcent cette sensation de polar noir crépusculaire. Chaque case participe à l’ambiance. Au final, j’ai eu l’impression de lire bien plus qu’une simple enquête policière : une véritable tragédie humaine racontée sous plusieurs angles, avec une narration intelligente et immersive qui donne toute sa force à l’œuvre
Saigneurs
Chouette, une nouvelle bd de Lou Lubie. Je suis un lecteur attentif de l'autrice, à défaut d'être assidu. Je me rends compte à la lecture de sa fiche sur bdtheque que je n'ai pas du tout lu ses dernières sorties. Je me rattrape en lisant la dernière, Saigneurs. Et ben c'est un bien bon cru en ce qui me concerne. On suit donc trois protagonistes : Maggy, la principale, Iulia et Anghel. Ils vivent en Transylvanie, dans un monde où vampires et humains cohabitent, en apparente égalité. Le récit suit le cheminement de Maggy, puis de ses deux amis, dans une quête d'égalité avec les vampires qui reste très théorique. Je le répète comme les autres avis, l'autrice utilise ici les vampires pour dénoncer les inégalités hommes/femmes dans la société réelle. Elle joue assez intelligemment sur cette comparaison, et l'on trouve énorme et ridicule cette société ou les vampires peuvent mordre en toute impunité et sont ultra avantagés. Or, c'est un fait, nous vivons dans une société ou les hommes sont ultra avantagés par rapport aux femmes, ou de très nombreuses violences sexuelles sont non condamnées, etc. Pour le coup je trouve que le parallèle est assez visible, avec notamment les collages des militants humanistes, qui sont les mêmes que les collages dénonçant les féminicides ; les affaires d'agression dans le cinéma, qui rappellent le mouvement metoo ; le discours de l'empereur qui est un copier coller de ce que Macron avait dit sur Depardieu ; les violences au sein du couple, et j'en passe. De prime abord, j'aurais pu croire à un parallèle sur les inégalités raciales (plein de choses auraient pu coller et c'est la aussi un sujet loin d'être réglé), mais au final les parallèles se font beaucoup moins. On est vraiment sur un ouvrage qui veut sensibiliser aux inégalités basées sur le genre. Ça marche bien je trouve. Personne ne peut dire que les vampires sont les gentils de l'histoire et qu'ils sont dans leur droit. Et du coup quand on ramène au débat homme/femme, avec les mêmes chiffres et les mêmes types de violence et d'inégalité, ça devient intéressant pour les réticents a admettre ces inégalités. Un autre truc que je trouve malin, c'est que Lubie fait exprès de gommer l'aspect genré (les inégalités hommes femmes n'existent pas), mais les protagonistes les plus intéressantes sont quand même des femmes. Maggy est badass, Iulia est un très bon personnage, fort et fragile a la fois, et Anghel, le héros homme, est sensible et victime des vampires. Alors en effet, le récit est peut être un peu facile, il n'invente rien et a des airs d'album jeunesse, dans sa narration, dans ses personnages, voire même dans son graphisme. Mais il y a plein de références qui seront surtout compréhensibles par les adultes, et à mon sens il s'adresse aux deux assez facilement. J'ai personnellement bien aimé, ma copine aussi, et je suis à peu près sûr que mes neveux et nièces qui ont 11 /13 ans pourraient aussi y trouver leur compte. Niveau dessin, si on retrouve le trait de Lubie, je trouve un aspect un peu plus lisse, plus jeunesse que d'habitude. Elle fait partie des autrices dont je reconnais le trait en un coup d'oeil, et là c'est un peu moins le cas. Mais ça reste graphiquement très efficace, et agréable à lire. J'ai bien aimé les couleurs utilisées et les tenues Transylvaniennes, on sent qu'elle s'est fait plaisir sur ça, stylé comme look. Bref, un album qui se lit bien, et pour petits et grands.
Ne touchez à rien
L’histoire se laisse lire, même si elle ne livre au final pas toutes ses clés. Mais on est embarqué du début jusqu’à la fin, avec cette ritournelle qui revient à chaque début de chapitre – chacun séparé de quelques années du précédent. Du fantastique, du mystère quelque chose de polar, il y a sans doute un peu d’Edgard Allan Poe dans ce récit se déroulant à Bordeaux, dans le quasi huis-clos d’une maison, hantée par des souvenirs, ceux de certains de ses anciens propriétaires. J’aurais mis trois étoiles pour le récit en lui-même, mais j’arrondis au supérieur pour deux raisons. D’abord le dessin de Bezian, avec ses visages taillés au scalpel, intriguant, convenant parfaitement à l’ambiance. Et justement, cette ambiance, constitue un atout pour le lecteur, plus que l’intrigue elle-même. Bien installée, bien alimentée, sans retombée ou longueur, elle maintient le récit sur une ligne de crête sur laquelle on chemine avec plaisir. Une lecture très plaisante. Note réelle 35/5.
Vingt-décembre - Chronique de l'abolition
Avec cet album, les auteurs parviennent à rendre crédible et vivante une intrigue qui mêle petite et grande histoire, qui utilise faits et personnages avérés pour donner à voir un « moment » historique : l’abolition de l’esclavage dans la colonie de l’île Bourbon – devenue par la même Réunion. J’ai trouvé cette histoire très agréable et fluide à lire. Le dessin de Tehem est simple, mais plaisant, et le récit ne tombe pas dans le pathos, ne s’encombre pas d’inventions scénaristiques inutiles. Appollo retranscrit très bien la vie dans cette île avant et au moment de l’abolition, ainsi que les enjeux, et les évolutions par la suite. En particulier l’hypocrisie de la République coloniale qui – comme ailleurs, il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé à Haïti – indemnise les anciens esclavagistes, et laisse les nouveaux « libres » croupir dans la misère. Le moment du jugement d’Edmond est utilisé par Appollo pour rappeler les très nombreuses inégalités et injustices dont souffrent les anciens esclaves. Il n’oublie pas non plus de rappeler le « déclassement » des « petits blancs… Et le dossier de fin d’album est suffisamment intéressant et complet pour ajouter une plus-value. Voilà donc un album dont la lecture agréable et instructive se révèle très recommandable.