Après avoir lu les excellents Charlotte Impératrice et Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme, j'ai voulu continuer sur cette lancée en découvrant une saga plus ancienne de Bonhomme. Et quelle excellente découverte !
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en ouvrant le premier tome d'Esteban, mais j'ai été conquis. Si le premier tome pouvait paraître un peu verbeux et pas encore bien solide, il pose les bases d'une aventure qui prend toute son ampleur dès le deuxième tome. Celui-ci est peut-être celui qui m'a le plus ébloui, par la virtuosité de sa narration et de ses séquences d'action, notamment une poursuite entre deux navires au milieu des icebergs, qui vaut son pesant d'or.
Avec le tome 4, la saga prend ensuite une direction inattendue, en nous faisant quitter le monde des chasseurs de baleine, pour entrer dans un scénario d'évasion non moins intéressant. Sans devenir pour autant un cours d'histoire, Mathieu Bonhomme nous intéresse alors à une page d'histoire très méconnue, concernant l'extermination des Indiens en Terre de feu. Cela reste une toile de fond plus qu'un véritable outil scénaristique, mais c'est vraiment captivant et prenant, d'autant que je n'y connaissais rien !
Au-delà du récit, les personnages dessinés par Bonhomme sont assez subtils et touchants. Voulant visiblement s'éloigner d'un manichéisme où le public jeunesse aurait pu l'entraîner, l'auteur essaye de nous offrir des portraits (relativement) nuancés. Bien sûr, certains méchants restent très méchants, mais il est difficile, par exemple, de ne pas s'attacher au capitaine, brutal, égoïste et impulsif, mais aussi capable d'une ténacité et d'un héroïsme impressionnants. C'est la complexité de ce personnage, d'ailleurs, qui permet de nuancer également le portrait des chasseurs de baleine, le récit s'élevant au-dessus d'une opposition trop facile et mécanique entre gentils défenseurs de la nature et méchants baleiniers. On est en 1900, pas d'anachronismes, le combat des personnages n'est pas de préserver les animaux de la prédation des humains, mais plutôt de préserver les ressources naturelles du gaspillage à outrance, symbole du capitalisme naissant (ce qui pourra mener plus tard à la protection des baleines en elles-mêmes). Un discours assez équilibré, très appréciable dans une production jeunesse comme celle-ci.
Finalement, mon seul regret est que cette saga semble avoir été un peu laissé en suspens sans véritable conclusion. Si le tome 5 conclut le cycle de manière très satisfaisante, il lui manque la force d'une vraie apothéose, que demandait la saga. Il manque le parfum des conclusions définitives, grandioses, épiques, tragiques, mémorables. Ici, finalement, le tome 5 n'est "que" (si j'ose dire !) une nouvelle itération de péripéties dans les paysages sauvages de la Terre de Feu à la recherche de la liberté. C'est très réussi, mais j'en sors avec l'impression que Mathieu Bonhomme aurait souhaité continuer, puis qu'il ne l'a finalement pas fait. Certaines trajectoires ne semblent pas complètement terminées, à commencer par celle du capitaine, dont le développement a été intéressant, mais dont on aurait aimé qu'il finisse par tirer une leçon des conséquences de ses actes pendant les 5 tomes. Là, finalement, il en est toujours à peu près au même point qu'au début...
Cela ne gâche que peu ces 5 tomes d'une excellente saga jeunesse, mais qui peut vraiment se lire avec le même plaisir à tous les âges. C'est intelligent, élégant (même si le trait n'a pas encore la rondeur appréciable des futures productions de Bonhomme), passionnant... Bonhomme a réussi à capter l'essence des grands romans d'aventures de cette époque, à la Verne, Kipling ou Melville, et la restituer admirablement en bande dessinée. Bravo l'artiste !
«Aldébaran» est une histoire remarquable. Elle se lit d’une seule traite, maintient une tension agréable et, en la lisant, on ne sait jamais ce qui va se passer ni ce qui nous attend ensuite — une véritable science-fiction d’aventure.
Je regrette sincèrement de ne pas l’avoir lue entre 17 et 23 ans, car on y ressent fortement cet esprit d’aventure et d’audace juvénile, si caractéristique de cet âge. Il est évident que Léo a été inspiré par Solaris de Stanis?aw Lem, et c’est une excellente chose, car c’est une œuvre majeure de la science-fiction.
L’intrigue est captivante, avec des rebondissements intéressants et des événements inattendus qui ne semblent jamais forcés. Quant au dessin, on peut dire qu’il est particulier — vraiment particulier. Beaucoup pourraient le juger peu esthétique ou imparfait. Mais honnêtement, dès le milieu du premier tome, on est tellement absorbé par l’histoire que le style graphique passe largement au second plan. On cesse de prêter attention à certaines étrangetés, notamment dans les visages (certains sont effectivement un peu déroutants), et l’on se laisse simplement porter par le récit malgré ces petites imperfections.
Les personnages sont très vivants, bien construits. On s’y attache facilement et il est passionnant de suivre leur parcours. À mes yeux, c’est un excellent exemple de science-fiction de qualité, une œuvre avec laquelle il vaut réellement la peine de se familiariser.
Un comics dont le cœur de cible est les Young Adults. Et donc, a priori, pas spécialement pour moi.
D'abord quelques mots sur l'autrice : Keezy Young. C'est une artiste de bande dessinée et illustrateurice queer et non-binaire de Seattle, elle souffre d'un trouble psychotique bipolaire. Si je vous signale ces informations c'est parce qu'elles vont jouer un rôle important dans ce roman graphique.
Une étrange histoire puisqu'elle va introduire du fantastique, un peu de magie avec une sorcière pour un sujet fort : la schizophrénie.
C'est l'histoire de quatre gamins (17/18 ans) et d'un chien, ils sont à la recherche d'Alex après son inquiétante disparition. Les cinq chapitres porteront le nom d'un des personnages - dont le petit copain et le frère jumeau d'Alex. Des chapitres où la voix off de chaque protagoniste permet de mieux les cerner et d'en apprendre un peu plus sur leur relation avec le disparu. Quelques propositions musicales sont disséminées (voir image n°8 de la galerie) pour se mettre dans la peau du personnage.
Un récit qui va évoluer, puisqu'il commence comme une enquête policière pour basculer sur quelque chose d'horrifique. Le thème principal de ce roman graphique est la santé mentale, et le choix de Keezy Young de proposer un récit horrifique permet de découvrir la schizophrénie sous un angle original mais ô combien touchant et empathique. L'amitié, l'amour, le deuil, la famille, le harcèlement et l’homosexualité seront d'autres thèmes importants de cette histoire forte en émotions.
Le récit est dense, le texte adapté au public visé et la narration maîtrisée. J'ai ressenti les différentes secousses qui vont habiter nos jeunes gens : évidement l'inquiétude, mais aussi la colère et la culpabilité.
Un comics empreint d'humanité qui montre la dure réalité de ceux qui souffrent de psychoses mais aussi de ceux qui les entourent.
Un dessin typé comics, rétro et au charme fou. Il retranscrit parfaitement les différentes ambiances qui vont se succéder, bien aidé par la colorisation.
Une mise en page assez classique.
Du bon boulot.
Quelques mots touchants de Keezy Young en fin d'album.
Un comics audacieux.
J’applaudis l’exercice de style, cette narration muette centrée sur un blanc, le passage des saisons et les va-et-vient des visiteurs du parc.
Les personnages récurrents permettent à l’auteur de proposer une certaine continuité, comme des polaroids, des fenêtres brièvement ouvertes sur des vies dont on sait finalement peu. J’ai trouvé la fin très belle - la boucle est bouclée, comme on dit.
Le noir et blanc de Chabouté contribue à la poésie ambiante, et capture parfaitement ces petits moments anodins et précieux.
Objectivement, je ne ressors pas spécialement marqué de ma lecture (l’absence de textes fait que l’album se lit rapidement malgré ses 330 pages), mais je pousse quand même la note à 4/5, pour saluer l’originalité du récit.
Je ne m’attendais pas à une œuvre aussi radicale. Blatta n’est pas une simple BD de science-fiction : c’est une dystopie sociale froide, clinique, presque expérimentale.
Le point de départ est vertigineux : l’humanité a vaincu la mort grâce au clonage. Les corps sont remplaçables, la reproduction naturelle est interdite, et chaque individu vit isolé dans une cellule. Leur unique mission : travailler. Produire. Contribuer à un système qui se perpétue indéfiniment.
Ce qui m’a frappé, c’est que l’immortalité, fantasme absolu de l’humanité, devient ici une malédiction. Sans fin, sans transmission naturelle, sans relations véritables, la vie perd son sens. Le travail n’est plus un moyen d’émancipation : il devient une mécanique d’aliénation totale. J’y ai clairement vu une métaphore du monde ultra-productiviste actuel, poussée à son extrême logique.
La BD parle donc du monde du travail, oui, mais de manière symbolique. Elle questionne :
• la perte d’identité dans un système,
• l’isolement social,
• la valeur de l’individu réduite à sa fonction productive,
• et le prix de la survie quand elle écrase toute humanité.
La morale que j’en retire est sombre mais puissante :
si l’on sacrifie la liberté, les relations humaines et la finitude au nom de l’efficacité et de la performance, on finit par construire une prison plus que sauver l’humanité.
Graphiquement, j’ai trouvé le dessin oppressant, presque organique. L’univers est froid, répétitif, étouffant, exactement à l’image du système qu’il dénonce. On ne lit pas Blatta pour se divertir : on le lit pour être dérangé.
Ce n’est pas une œuvre confortable. Elle est exigeante, parfois glaciale, mais terriblement cohérente. Personnellement, j’aime quand une BD me laisse un malaise persistant après lecture et Blatta y parvient sans forcer.
Une dystopie intelligente et dérangeante, qui utilise la science-fiction pour livrer une critique radicale de l’aliénation moderne.
Voici donc le premier album de Daphné, alias Padhen, jeune diplômée de l'Ecole Boulle, qui réalise son rêve, partir en Antarctique, tout en achevant son travail de fin d'études, les fameux ronds de serviette du titre. Oui, c'est incongru, mais cela prend tout son sens quand on lit l'album et qu'on lit le récit de Padhen.
Et franchement, j'ai passé un bon moment de lecture, à la fois intéressant et divertissant. Padhen fait une belle entrée avec ce style numérique sans contours, ces doubles pages d'une grande puissance, les moments suspendus sur la banquise avec les manchots (et une surprise assez fun), les pastilles avec les différents intervenants scientifiques sur la base de Dumont d'Urville, sans oublier les deux traversées de l'océan austral sur le bateau l'Astrolabe. On a pas mal d'infos, notamment sur les effets du réchauffement climatique sur ce sixième continent et les épreuves quotidiennes dans un environnement extrême. C'est très intéressant, et on ne voit pas passer le temps de la lecture de ces quelques 250 pages...
Il y a déjà beaucoup de bonnes choses dans ce premier album : du rythme, de la passion, des bons mots, des infos...
Bref, je recommande.
Merci à l’auteur pour m’avoir fait découvrir un jeune explorateur français d’après-guerre dont je n’avais jamais entendu parler, Raymond Maufrais.
Son désir était de découvrir les fameux monts « Tumuc-Humac » supposés situés à l’époque entre la Guyane, le Suriname et le Brésil.
Cette chaîne de montagnes s’avèrera en fait être imaginaire et n’est constituée que de quelques collines ne dépassant pas 600 mètres d’altitude.
J’ai vraiment apprécié cette bd, son histoire, ses tons pastel sépia, violets, verts, ocres, etc., la luxuriance de la jungle excellemment bien rendue, l’ambiance guyanaise de l’époque, le traitement bichromatique : un pour traiter l’aventure guyanaise et un autre pour traiter les réminiscences du passé résistant de Raymond Maufrais sous l’occupation allemande.
La façon dont notre jeune aventurier est interprété le rend très attachant par son côté naïf, sa candeur, ses idéaux, son désir d’aventure, son courage et son extrême détermination.
Le passage que j’ai préféré est le moment dans la jungle où il rencontre puis fait route avec trois jeunes piroguiers.
Il était de surcroît très bon écrivain et ce sont ses carnets de voyage retrouvés dans la jungle qui ont manifestement grandement inspiré d’autres aventuriers après lui.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Esteban (Le Voyage d'Esteban)
Après avoir lu les excellents Charlotte Impératrice et Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme, j'ai voulu continuer sur cette lancée en découvrant une saga plus ancienne de Bonhomme. Et quelle excellente découverte ! Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en ouvrant le premier tome d'Esteban, mais j'ai été conquis. Si le premier tome pouvait paraître un peu verbeux et pas encore bien solide, il pose les bases d'une aventure qui prend toute son ampleur dès le deuxième tome. Celui-ci est peut-être celui qui m'a le plus ébloui, par la virtuosité de sa narration et de ses séquences d'action, notamment une poursuite entre deux navires au milieu des icebergs, qui vaut son pesant d'or. Avec le tome 4, la saga prend ensuite une direction inattendue, en nous faisant quitter le monde des chasseurs de baleine, pour entrer dans un scénario d'évasion non moins intéressant. Sans devenir pour autant un cours d'histoire, Mathieu Bonhomme nous intéresse alors à une page d'histoire très méconnue, concernant l'extermination des Indiens en Terre de feu. Cela reste une toile de fond plus qu'un véritable outil scénaristique, mais c'est vraiment captivant et prenant, d'autant que je n'y connaissais rien ! Au-delà du récit, les personnages dessinés par Bonhomme sont assez subtils et touchants. Voulant visiblement s'éloigner d'un manichéisme où le public jeunesse aurait pu l'entraîner, l'auteur essaye de nous offrir des portraits (relativement) nuancés. Bien sûr, certains méchants restent très méchants, mais il est difficile, par exemple, de ne pas s'attacher au capitaine, brutal, égoïste et impulsif, mais aussi capable d'une ténacité et d'un héroïsme impressionnants. C'est la complexité de ce personnage, d'ailleurs, qui permet de nuancer également le portrait des chasseurs de baleine, le récit s'élevant au-dessus d'une opposition trop facile et mécanique entre gentils défenseurs de la nature et méchants baleiniers. On est en 1900, pas d'anachronismes, le combat des personnages n'est pas de préserver les animaux de la prédation des humains, mais plutôt de préserver les ressources naturelles du gaspillage à outrance, symbole du capitalisme naissant (ce qui pourra mener plus tard à la protection des baleines en elles-mêmes). Un discours assez équilibré, très appréciable dans une production jeunesse comme celle-ci. Finalement, mon seul regret est que cette saga semble avoir été un peu laissé en suspens sans véritable conclusion. Si le tome 5 conclut le cycle de manière très satisfaisante, il lui manque la force d'une vraie apothéose, que demandait la saga. Il manque le parfum des conclusions définitives, grandioses, épiques, tragiques, mémorables. Ici, finalement, le tome 5 n'est "que" (si j'ose dire !) une nouvelle itération de péripéties dans les paysages sauvages de la Terre de Feu à la recherche de la liberté. C'est très réussi, mais j'en sors avec l'impression que Mathieu Bonhomme aurait souhaité continuer, puis qu'il ne l'a finalement pas fait. Certaines trajectoires ne semblent pas complètement terminées, à commencer par celle du capitaine, dont le développement a été intéressant, mais dont on aurait aimé qu'il finisse par tirer une leçon des conséquences de ses actes pendant les 5 tomes. Là, finalement, il en est toujours à peu près au même point qu'au début... Cela ne gâche que peu ces 5 tomes d'une excellente saga jeunesse, mais qui peut vraiment se lire avec le même plaisir à tous les âges. C'est intelligent, élégant (même si le trait n'a pas encore la rondeur appréciable des futures productions de Bonhomme), passionnant... Bonhomme a réussi à capter l'essence des grands romans d'aventures de cette époque, à la Verne, Kipling ou Melville, et la restituer admirablement en bande dessinée. Bravo l'artiste !
Aldébaran
«Aldébaran» est une histoire remarquable. Elle se lit d’une seule traite, maintient une tension agréable et, en la lisant, on ne sait jamais ce qui va se passer ni ce qui nous attend ensuite — une véritable science-fiction d’aventure. Je regrette sincèrement de ne pas l’avoir lue entre 17 et 23 ans, car on y ressent fortement cet esprit d’aventure et d’audace juvénile, si caractéristique de cet âge. Il est évident que Léo a été inspiré par Solaris de Stanis?aw Lem, et c’est une excellente chose, car c’est une œuvre majeure de la science-fiction. L’intrigue est captivante, avec des rebondissements intéressants et des événements inattendus qui ne semblent jamais forcés. Quant au dessin, on peut dire qu’il est particulier — vraiment particulier. Beaucoup pourraient le juger peu esthétique ou imparfait. Mais honnêtement, dès le milieu du premier tome, on est tellement absorbé par l’histoire que le style graphique passe largement au second plan. On cesse de prêter attention à certaines étrangetés, notamment dans les visages (certains sont effectivement un peu déroutants), et l’on se laisse simplement porter par le récit malgré ces petites imperfections. Les personnages sont très vivants, bien construits. On s’y attache facilement et il est passionnant de suivre leur parcours. À mes yeux, c’est un excellent exemple de science-fiction de qualité, une œuvre avec laquelle il vaut réellement la peine de se familiariser.
Hello Sunshine
Un comics dont le cœur de cible est les Young Adults. Et donc, a priori, pas spécialement pour moi. D'abord quelques mots sur l'autrice : Keezy Young. C'est une artiste de bande dessinée et illustrateurice queer et non-binaire de Seattle, elle souffre d'un trouble psychotique bipolaire. Si je vous signale ces informations c'est parce qu'elles vont jouer un rôle important dans ce roman graphique. Une étrange histoire puisqu'elle va introduire du fantastique, un peu de magie avec une sorcière pour un sujet fort : la schizophrénie. C'est l'histoire de quatre gamins (17/18 ans) et d'un chien, ils sont à la recherche d'Alex après son inquiétante disparition. Les cinq chapitres porteront le nom d'un des personnages - dont le petit copain et le frère jumeau d'Alex. Des chapitres où la voix off de chaque protagoniste permet de mieux les cerner et d'en apprendre un peu plus sur leur relation avec le disparu. Quelques propositions musicales sont disséminées (voir image n°8 de la galerie) pour se mettre dans la peau du personnage. Un récit qui va évoluer, puisqu'il commence comme une enquête policière pour basculer sur quelque chose d'horrifique. Le thème principal de ce roman graphique est la santé mentale, et le choix de Keezy Young de proposer un récit horrifique permet de découvrir la schizophrénie sous un angle original mais ô combien touchant et empathique. L'amitié, l'amour, le deuil, la famille, le harcèlement et l’homosexualité seront d'autres thèmes importants de cette histoire forte en émotions. Le récit est dense, le texte adapté au public visé et la narration maîtrisée. J'ai ressenti les différentes secousses qui vont habiter nos jeunes gens : évidement l'inquiétude, mais aussi la colère et la culpabilité. Un comics empreint d'humanité qui montre la dure réalité de ceux qui souffrent de psychoses mais aussi de ceux qui les entourent. Un dessin typé comics, rétro et au charme fou. Il retranscrit parfaitement les différentes ambiances qui vont se succéder, bien aidé par la colorisation. Une mise en page assez classique. Du bon boulot. Quelques mots touchants de Keezy Young en fin d'album. Un comics audacieux.
Un peu de bois et d'acier
J’applaudis l’exercice de style, cette narration muette centrée sur un blanc, le passage des saisons et les va-et-vient des visiteurs du parc. Les personnages récurrents permettent à l’auteur de proposer une certaine continuité, comme des polaroids, des fenêtres brièvement ouvertes sur des vies dont on sait finalement peu. J’ai trouvé la fin très belle - la boucle est bouclée, comme on dit. Le noir et blanc de Chabouté contribue à la poésie ambiante, et capture parfaitement ces petits moments anodins et précieux. Objectivement, je ne ressors pas spécialement marqué de ma lecture (l’absence de textes fait que l’album se lit rapidement malgré ses 330 pages), mais je pousse quand même la note à 4/5, pour saluer l’originalité du récit.
Blatta
Je ne m’attendais pas à une œuvre aussi radicale. Blatta n’est pas une simple BD de science-fiction : c’est une dystopie sociale froide, clinique, presque expérimentale. Le point de départ est vertigineux : l’humanité a vaincu la mort grâce au clonage. Les corps sont remplaçables, la reproduction naturelle est interdite, et chaque individu vit isolé dans une cellule. Leur unique mission : travailler. Produire. Contribuer à un système qui se perpétue indéfiniment. Ce qui m’a frappé, c’est que l’immortalité, fantasme absolu de l’humanité, devient ici une malédiction. Sans fin, sans transmission naturelle, sans relations véritables, la vie perd son sens. Le travail n’est plus un moyen d’émancipation : il devient une mécanique d’aliénation totale. J’y ai clairement vu une métaphore du monde ultra-productiviste actuel, poussée à son extrême logique. La BD parle donc du monde du travail, oui, mais de manière symbolique. Elle questionne : • la perte d’identité dans un système, • l’isolement social, • la valeur de l’individu réduite à sa fonction productive, • et le prix de la survie quand elle écrase toute humanité. La morale que j’en retire est sombre mais puissante : si l’on sacrifie la liberté, les relations humaines et la finitude au nom de l’efficacité et de la performance, on finit par construire une prison plus que sauver l’humanité. Graphiquement, j’ai trouvé le dessin oppressant, presque organique. L’univers est froid, répétitif, étouffant, exactement à l’image du système qu’il dénonce. On ne lit pas Blatta pour se divertir : on le lit pour être dérangé. Ce n’est pas une œuvre confortable. Elle est exigeante, parfois glaciale, mais terriblement cohérente. Personnellement, j’aime quand une BD me laisse un malaise persistant après lecture et Blatta y parvient sans forcer. Une dystopie intelligente et dérangeante, qui utilise la science-fiction pour livrer une critique radicale de l’aliénation moderne.
Des Ronds de serviette pour l'Antarctique
Voici donc le premier album de Daphné, alias Padhen, jeune diplômée de l'Ecole Boulle, qui réalise son rêve, partir en Antarctique, tout en achevant son travail de fin d'études, les fameux ronds de serviette du titre. Oui, c'est incongru, mais cela prend tout son sens quand on lit l'album et qu'on lit le récit de Padhen. Et franchement, j'ai passé un bon moment de lecture, à la fois intéressant et divertissant. Padhen fait une belle entrée avec ce style numérique sans contours, ces doubles pages d'une grande puissance, les moments suspendus sur la banquise avec les manchots (et une surprise assez fun), les pastilles avec les différents intervenants scientifiques sur la base de Dumont d'Urville, sans oublier les deux traversées de l'océan austral sur le bateau l'Astrolabe. On a pas mal d'infos, notamment sur les effets du réchauffement climatique sur ce sixième continent et les épreuves quotidiennes dans un environnement extrême. C'est très intéressant, et on ne voit pas passer le temps de la lecture de ces quelques 250 pages... Il y a déjà beaucoup de bonnes choses dans ce premier album : du rythme, de la passion, des bons mots, des infos... Bref, je recommande.
Je reviens dans six mois
Merci à l’auteur pour m’avoir fait découvrir un jeune explorateur français d’après-guerre dont je n’avais jamais entendu parler, Raymond Maufrais. Son désir était de découvrir les fameux monts « Tumuc-Humac » supposés situés à l’époque entre la Guyane, le Suriname et le Brésil. Cette chaîne de montagnes s’avèrera en fait être imaginaire et n’est constituée que de quelques collines ne dépassant pas 600 mètres d’altitude. J’ai vraiment apprécié cette bd, son histoire, ses tons pastel sépia, violets, verts, ocres, etc., la luxuriance de la jungle excellemment bien rendue, l’ambiance guyanaise de l’époque, le traitement bichromatique : un pour traiter l’aventure guyanaise et un autre pour traiter les réminiscences du passé résistant de Raymond Maufrais sous l’occupation allemande. La façon dont notre jeune aventurier est interprété le rend très attachant par son côté naïf, sa candeur, ses idéaux, son désir d’aventure, son courage et son extrême détermination. Le passage que j’ai préféré est le moment dans la jungle où il rencontre puis fait route avec trois jeunes piroguiers. Il était de surcroît très bon écrivain et ce sont ses carnets de voyage retrouvés dans la jungle qui ont manifestement grandement inspiré d’autres aventuriers après lui.