Les derniers avis (15 avis)

Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série French Theory
French Theory

La tâche n'était pas facile ! Aborder de manière synthétique et accessible, agréable pour le public non spécialisé, des penseurs aussi complexes et difficiles, était dès le départ un pari risqué. Les auteurs parviennent à relever le défi avec brio, je pense. Le texte nous présente l'impact d'auteurs français contemporains, M. Foucault, J. Derrida, G. Deleuze et F. Guattari, J. Baudrillard et de leurs concepts centraux, aux États-Unis, dans leur environnement intellectuel, social, politique. Cela est fait avec fidélité mais avec un certain humour également. Le dessin est simple mais efficace et l'on reconnaît bien les protagonistes. Il a fallu faire des choix, et quelques auteurs comme J. F. Lyotard ne sont mentionnés qu'en passant. En résumé, j'ai trouvé cela très instructif et je recommande la lecture, non seulement aux philosophes en herbe.

02/05/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Diosamante
Diosamante

Diosamante ouvre les yeux, et par ses yeux c’est l’Univers qui regarde… - Lecture de l'intégrale qui rassemble le premier tome de la série, ainsi que la vingtaine de pages du deuxième resté inachevé : La Passion de Diosamante (1992) et Les enfants de Diosamante. Sa première édition date de 2010. Ils ont été réalisés par Alejandro Jodorowsky pour le scénario et par Jean-Claude Gal (1942-1992) pour les dessins et les couleurs. Cette intégrale comprend soixante-quatorze pages de bande dessinée, cinquante-cinq pour le tome 1, dix-neuf pour le début du tome 2. La série a été interrompue suite au décès du dessinateur. Le scénariste a réalisé la suite : La parabole du fils perdu (2002) avec Igor Kordey. Chapitre 1 L’ascension de l’âme. Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé. – Pascal. Le sage avait raison qui disait : Le Destin conduit celui qui accepte, celui qui refuse, il le traîne… Diosamante, reine d’Arhas, lui opposa un tel déni que le Destin lui fit tout perdre en l’espace d’un instant. Dans le même temps, par le fait même qu’une telle perte équivalait à une renonciation infinie, il lui faisait regagner l’essentiel : son impénétrable Vérité. Diosamante était d’une beauté si intense qu’en Arhas, toutes les autres femmes ne furent bientôt qu’insignifiantes ombres domestiques et que les hommes, partageant un seul et même rêve ne vivaient plus que pour devenir un jour son amant. Jeunes ou vieux, riches ou pauvres, nobles ou serfs, abandonnant tout autre activité, s’employaient à acquérir force et adresse dans le maniement des armes, avec l’espoir de triompher lors de la Joute et d’être le Champion qui, pendant la première nuit du Nouvel An, mériterait de partager la Couche Royale pour accepter ensuite qu’au cours du derniers mois, à l’occasion du Solstice d’Hiver, elle lui arrachât le cœur, en guise d’atroce démonstration d’amour, afin d’en dévorer un morceau et de précipiter le reste de la dépouille encore palpitante entre les crocs de ses hyènes noires. Voilà pourquoi de farouches guerriers, après avoir abandonné des épouses aux yeux secs, avancent à présent en trébuchant sur les rats téméraires des ruelles désertées, ivres de haine et de désir, vers le Palais Ardent où les attend l’unique femelle du Royaume, nue et luisante telle la lune en son plein… Voilà pourquoi des fossoyeurs souriants creusent d’innombrables sépultures : aujourd’hui est la première nuit du Nouvel An. Das la cité d’Arhas, les deux servantes de la reine lui ôtent son voile, et elles se retrouve nue dans son immense chambre. Elle va s’allonger sur sa couche, congédiant les deux jeunes filles, et regardant les deux prétendants s’affronter en ombre chinoise derrière le voile tendu devant l’entrée. Les deux guerriers combattent à l’épée, vantant la force suprême de leur amour pour la reine, malgré sa cruauté. L’un des deux triomphe et décapite son adversaire pour offrir sa tête tranchée à Diosamante qui l’accueille avec volupté dans sa couche… Et il s’écroule sur elle, mort, un morceau d’épée planté dans son dos. Elle repousse le corps en disant qu’elle voulait un amant, pas un cadavre. Et elle lève, se drape du voile comme d’une robe, s’équipe d’une épée dans son fourreau ceint à sa taille et sort pour contempler la ville. Elle la découvre en proie aux flammes, les habitants en train d’être massacrés par les Barbares. Les années ayant passé, les décennies également, le lecteur dispose des informations relatives à ce projet éditorial, au fait que la série ait été laissée inachevée, un second tome ayant vu le jour bien plus tard, dessiné par Igor Kordey, excellent artiste, n’ayant pour seul tort ne pas être Jean-Claude Gal. Les deux derniers tomes n’ont jamais été réalisés. Dans son introduction de janvier 2010, le scénariste évoque sa rencontre avec le dessinateur, la série Arn scénarisée par Jean-Pierre Dionnet, également connue sous le nom de Epopées fantastiques (Arn / Les armées du conquérant), et l’accord qu’il obtient de l’artiste lui-même de réaliser une série en couleurs. Puis il raconte que : Les trois premiers albums de Gal racontant les aventures de guerriers virils, il a décidé dans sa recherche sacrée de la différence de créer une héroïne, Diosamante, une femme hors du commun, qui réunit en son âme la sagesse et la beauté. Il a imaginé une histoire en quatre tomes. Dans le premier, Diosamante rencontre son amour, un saint homme avec qui elle aura trois fils. Dans le deuxième tome, elle sauve le premier d’entre eux. Dans les deux derniers tomes, elle libère ses autres enfants et retrouve sa vie d’avant la guerre. Et voilà tout est dit, le lecteur découvre que l’histoire est exactement conforme à ce qu’annonce le scénariste. Il est possible que le lecteur entame ce tome avec une petite arrière-pensée irrépressible du genre : Ça va être compliqué. Il peut avoir en tête d’autres ouvrages de ce même scénariste à forte teneur mystique ou ésotérique, ou enfilant des horreurs insoutenables l’une après l’autre. Il éprouve la sensation que ses a priori s’avèrent fondés en découvrant la première page : un texte avec une illustration courant au pied et sur la partie gauche de la page. Or la page de texte constitue un repoussoir réflexe pour qui est venu lire une bande dessinée. Dans les faits, cette introduction se lit facilement, amenant à une scène d’action dès la deuxième planche, le lecteur soupire, tout va bien se passer. L’ensemble du récit illustré par Gal se compose de cinq chapitres avec les titres suivants : L’ascension de l’Âme, Les contraires unis par l’Amour, La Vérité de l’Illusion, Rien n’est fait pour durer et toujours sur lui-même le Monde se referme, La force de l’Amour triomphe de toutes les épreuves. Les quatre premiers chapitres s’ouvrent avec une citation de Blaise Pascal (1623-1662), puis de Angelus Silesius (1624-1677), El Topo (personnage principal du film du même nom de 1970, réalisé par Jodorowsky), Lao Tseu (VIe ou Ve siècle avant JC). Ces citations sont suivies par un paragraphe commençant par : Le Sage avait raison qui disait… Par exemple pour le premier chapitre : Le Destin conduit celui qui accepte, celui qui refuse, il le traîne… En fait, une fois passé le texte introductif du premier chapitre, le lecteur en prend plein les yeux et ces considérations se trouvent reléguées au second plan. Quel spectacle ! Il s’agit d’un récit appartenant au genre Heroic Fantasy : il saute immédiatement aux yeux du lecteur que l’artiste (et cette appellation est totalement méritée) veut donner à voir ce monde imaginaire dans ses moindres détails, qu’il soit possible d’éprouver la sensation de le toucher, d’imaginer ce qui se trouve après la bordure de chaque case. Et c’est une réussite exemplaire. En fait, dès la page de texte avec cette illustration, c’est déjà incroyable : la texture de la pierre variant à chaque endroit, la sculpture finement ouvragée, le serpent, la jarre, les rochers, tout mérite que le lecteur y prenne son temps pour observer et scruter. La deuxième planche s’ouvre avec une case de la largeur de la page montrant plusieurs édifices en pierre de la cité, avec ce même soin apporté à définir chaque volume, à retranscrire le matériau dans toutes ses aspérités, avec un serpent au premier plan à gauche, une petite statue d’une déesse, les façades sculptées dans la pierre des temples… À nouveau il est possible d’y consacrer plusieurs minutes sans épuiser la richesse du dessin. Les parois de la chambre de la reine présentent tout autant de détails, de sculptures finement ouvragées. Les tenues de cérémonie des deux guerriers regorgent de détails. Etc. C’est un festin à chaque case. Il est impossible de rendre compte de la munificence de chaque planche, chaque case étant un spectacle à elle seule. Visiblement le scénariste en a pleinement conscience, car il laisse les images porter la narration, en se faisant moins dissert qu’à son habitude. Alors le lecteur se laisse emmener dans ces lieux pleinement réalisés et ces séquences tangibles : attaque des Barbares, combats sanglants, magnificence de l’enceinte de la cité de Sarabba, beauté baroque du palais d’Urbal avec le trône gigantesque à l’extrémité d’un pont surplombant un bassin, ruine d’une autre cité où deux clans se font la guerre avec l’extermination mutuelle comme seule issue envisageable, temple perdu dans les montagnes avec ses statues de moines méditant, navire voguant sur les flots, etc. L’investissement et la minutie de l’artiste sont totaux et sans compromission de la première à la dernière case, un travail de titan. Dans son introduction, le scénariste indique qu’il avait accepté de travailler avec l’artiste sous réserve que celui-ci relève le défi de travailler en couleurs, ce qu’il a fait. Il sait coloriser les formes sans jamais les noyer, tout en travaillant pour aboutir à une ambiance pour chaque scène, en conservant la sensation d’une approche réaliste, du grand art. Émerveillé par la narration visuelle enchanteresse et extraordinaire, le lecteur laisse l’intrigue passer au second plan. Fidèle à lui-même, le scénariste imagine une suite d’épreuves terribles et parfois sadiques comme métaphore de la progression spirituelle de son héroïne. Celle-ci avait littéralement le monde à ses pieds, et elle doit cheminer vers l’humilité, l’éveil spirituel, pour pouvoir obtenir ce que son cœur désire plus que tout : un mari et des enfants… Bon un peu plus que ça. Comme tous les héros mâles du scénariste, elle doit souffrir dans sa chair, et se faire humilier jusqu’au dernier degré, Jodorowsky se montrant d’une cruauté inventive quel que soit le genre des personnages. Le décès de l’artiste met un terme aux aventures avant qu’elle ne puisse sauver ses trois enfants et regagner son foyer. Toutefois, elle aura progressé sur le chemin de l’amélioration personnelle cher au scénariste, devant apprendre la leçon de l’humilité de manière répétée et à chaque fois plus humiliante. Le lecteur sait en commençant cette série qu’elle n’a pas eu de fin. S’il commence par l’introduction du scénariste, il en découvre l’issue qu’il voulait lui donner, en même temps qu’une version synthétique des pages qu’il va lire. Rien ne peut le préparer à la solidité du monde dans lequel il va s’immerger, à la méticulosité des planches approchant le photoréalisme pour un monde imaginaire d’une richesse visuelle inouïe. Alors que tous les hommes tombent amoureux de Diosamante, lui tombe amoureux de la puissance incroyable des lieux et des personnages. Une trame narrative classique pour Jodorowsky, sublimée par la narration visuelle de Jean-Claude Gal. Un voyage inoubliable, qui importe plus que la destination.

02/05/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Mégantic - Un train dans la nuit
Mégantic - Un train dans la nuit

L'œuvre me touche entre autre parce qu'elle ne manipule pas : elle montre ce qui arrive quand un pouvoir, ici financier, a trop de pouvoir : des abus aux conséquences très graves. Elle ne diabolise pas, elle montre des mécanismes qu'il faut changer, le décalage entre ceux qui prennent les décisions et ceux qui les subissent. Est-ce qu'il faut surjouer en en rajoutant dans la souffrance des victimes ? Moi, je trouve beau le dessin, beau, sérieux et sévère, en accord avec le climat glacial des contrées théâtre du drame.

01/05/2026 (modifier)
Couverture de la série Silverfish
Silverfish

Pas le polar du siècle, et finalement l’intrigue se révèle quelque peu linéaire. Mais pourtant c’est une lecture très recommandable pour les amateurs de polar. Une intrigue qui mise presque tout sur l’ambiance – de plus en plus noire – et le rythme – de plus en plus rapide. De fait, on ne s’ennuie vraiment pas en lisant ce récit, dont la tension monte crescendo, après quelques scènes d’exposition, plantant le décor, et présentant brièvement les principaux protagonistes. Tout s’enchaine ensuite rapidement, sur un rythme haletant, dans une sorte d’exercice de style, dans lequel Lapham multiplie les coups d’accélérateurs. Peut-être un peu trop sur la fin dans la fête foraine. Autre petit bémol, je n’ai pas trop compris comment Daniel avait trouvé l’endroit exact où se trouvait Mia – et donc Suzanne (à moins qu’un détail m’ait échappé). Pour densifier l’intrigue et la faire paraître moins linéaire, Lapham fait apparaitre les troubles mentaux du psychopathe Daniel de façon originale (ce qui donne aussi son titre à l’album – voir aussi la quatrième de couverture), Daniel ayant quelques poissons lui grignotant la tête – et les neurones ? Ceci pour finir sur le dessin, plutôt bon, lisible et dynamique. Le Noir et Blanc convient très bien à ce type de récit. Note réelle 3,5/5.

01/05/2026 (modifier)
Couverture de la série L'An 2000
L'An 2000

Un récit autobiographique, qui joue sur les souvenirs d’enfance, et aussi sur l’avenir que l’auteur imaginait (pour lui et/ou le monde), pour « l’An 2000 » donc. Dans ce genre de récit d’enfance déjà pas mal traité, Arnaud Quéré (que je découvre avec cet album) nous propose quelque chose de léger, frais, et agréable à lire. En effet, ses petits souvenirs sont joliment mis en avant. Par le dessin déjà, que j’ai trouvé fluide et très agréable. Un Noir et Blanc un peu charbonneux, plaisant, évacuant le traditionnel gaufrier. Mais c’est aussi une belle présentation de l’auteur (l’adulte, l’auteur de BD), qui a en plus su mêler quelques réflexions intéressantes (sur la notion relative de vieillesse par exemple) au simple conglomérat de souvenirs. Note réelle 3,5/5.

30/04/2026 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Bascoulard
Bascoulard

J'ai pour Frantz Duchazeau la même sensation qu'avec Edith, à savoir que lorsqu'il sort une nouvelle BD, je trouve son dessin encore meilleur que dans mon souvenir. Celle-ci ne fait pas exception à la règle. Dans Bascoulard, l'ami Frantz tutoie les étoiles. Est-ce son sujet qui l'a poussé à se surpasser une nouvelle fois ? Le sujet ? Marcel Bascoulard, un artiste berruyer (de Bourges ! Non non, on ne dit pas bourgeois !) fort discret, mais surtout tout à fait hors cadre. Autodidacte, vivant de son œuvre (même mal), il était connu des habitants essentiellement par la manière dont il habitait le monde : Marcel s'habillait en femme (sans pour autant se raser), vivait dans une carcasse de camion à l'écart de la ville, ne se lavait plus, et semblait errer dans les rues étroites de Bourges en poussant un étrange véhicule à pédales. Je n'en dirai pas plus, laissant le soin aux lectrices et teurs de découvrir tout comme moi cet artiste sans collier. Je le disais, le trait de Duchazeau se fait ici encore plus fin, pour se hisser sans doute à la hauteur de son sujet. J'ai réellement été transporté à travers le vieux centre médiéval de la ville, mais aussi dans ses faubourgs où s'étale une campagne un brin morne. La foule des personnages anonymes prend vie, du boucher amateur d'art aux vieilles peaux conservatrices toujours promptes à jeter le discrédit sur le paria. Oui, sans aucun doute, Bascoulard est à mes yeux sa BD la plus aboutie visuellement. Ajoutons que Bascoulard permet de découvrir un illustre inconnu, passé un peu à côté de la reconnaissance, ce qui constitue le dénominateur commun avec le personnage principal de sa précédente réalisation, Robert Johnson, qui reçu quant à lui une reconnaissance bien tardive, longtemps après sa mort.

30/04/2026 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Robinson Crusoë de Daniel Defoe
Robinson Crusoë de Daniel Defoe

Pour son 40e anniversaire, Delcourt réédite plusieurs albums et séries en intégrales, dont notre Robinson Crusoë de Christophe Gaultier. J'avoue que j'étais passé complètement à côté de cette série au moment de sa sortie en 2007. C'est donc une très bonne surprise de découvrir cette adaptation de l'oeuvre de Daniel Defoe, surtout qu'on a du tout bon ! La première chose que je me suis dit en attaquant cette intégrale, c'est que le trait de Christophe Gaultier me faisait furieusement penser à celui de Christophe Blain dans Isaac le pirate. Ce qui n'est pas pour me déplaire, loin de là, j'ai toujours apprécié ce graphisme singulier ; un trait qui semble grossier de prime abord, mais tellement expressif et dynamique quand on s'y attarde. Et pour ce Robinson, ça fonctionne plutôt très bien ! Je me suis même surpris à redécouvrir le roman de Defoe que je pensais bien connaître. J'avais complètement oublié la première partie de la vie de Robinson, avant son naufrage et son arrivée sur cette fameuse île déserte. Cette vie épique et rocambolesque de cet aristocrate anglais est assez jubilatoire. On reprend nos marques sur l'imaginaire universel légué par le personnage de Robinson après son naufrage et la rencontre de Vendredi. Puis vient la fin, que j'avais complètement oublié aussi. Bref, ce fût un réel plaisir de redécouvrir cette histoire qui semble très fidèle au roman (ça m'a même donné envie de le relire), magnifiquement dessinée par un Christophe Gaultier au top ! Bravo à Delcourt pour ce choix servi dans une très belle maquette qui valorise à merveille cet série.

30/04/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Feeding Ghosts
Feeding Ghosts

3.5 Un bon album, mais qui est un peu exigeant. Je lis vite et cela m'a tout de même pris deux jours pour terminer ce one-shot qui est plutôt long et verbeux. Je me suis intéressé à cet album après avoir appris que c'était la deuxième bande dessinée qui a gagné le prestigieux prix Pulitzer, l'autre étant Maus. Si je n'avais pas vraiment envie de lire cet album, je l'aurais surement reposé sur une tablette après l'avoir feuilleté. Le dessin est pas mal et l'autrice montre sa maitrise de la mise en scène à plusieurs occasions, mais la narration manque vraiment de dynamisme ce qui est un défaut et particulièrement quand c'est verbeux. Il y a aussi le fait qu'au début on dirait que le scénario est un peu décousu et qu'on va traiter de plein de sujets ce qui m'a fait un peu peur. Et puis petit a petit je suis rentré dans le récit et je me suis rendu compte que les thématiques abordées par l'autrice se complémentaient bien. J'ai nommé Maus au début de mon avis et Feeding Ghosts partagent plusieurs aspects avec cette œuvre. Alors qu'Art Spiegelman avait des problèmes avec son père qui a connu les horreurs de la shoah, Tessa Hulls a eu des problèmes avec une mère qui a connu les horreurs des communistes chinois et qui a toujours connu sa grand-mère comme une personne avec une maladie mentale qui communiquait uniquement en chinois avec sa mère. Ajoutons qu'en plus l'autrice est métis et ça ne marche pas trop aux États-Unis où on aime bien mettre les gens dans des cases (en gros, soit on est blanc, soit on est non-blanc) et cela va donner des problèmes d'identité à l'autrice qui va se faire dire des trucs comme 't'as pas l'air vraiment asiatique'. L'autrice s'est lancé dans une quête pour bien comprendre l'histoire de sa famille (la grand-mère a écrit un livre autobiographie avant de tomber dans la folie et l'autrice va retrouver un exemplaire). On va donc voir comment les tragédies qui ont touché la Chine des années 30-60 a traumatisé la famille chinoise de l'autrice et transformé sa grand-mère ainsi que sa mère. Il y a des passages vraiment tristes. Hulls touche à plusieurs sujets pertinents et lorsqu'on faisait des aller-retour entre le présent et le passé, je n'étais jamais perdu ou eu l'impression que le scénario partait dans tous les sens. J'ai fini par trouver l'album captivant malgré certaines répétitions et des longueurs. En fait, si j'ai globalement bien apprécié cet album, j'étais aussi bien content lorsque je l'ai enfin terminé. J'ai bien aimé le lire, mais je ne pense pas le relire un jour. Un album à lire une fois dans sa vie de bédéphile en somme. .

29/04/2026 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Son odeur après la pluie
Son odeur après la pluie

"Et dire que ça se veut chrétien/Et ça ne comprend même pas/Que l’amour dans le cœur d’un chien/C’est le plus grand amour qui soit" Ces quelques vers ne sont pas de moi mais d'un célèbre chanteur au bandana rouge Ils ont juste le mérite d'exprimer l'amour le plus inconditionnel que l'on puisse rencontrer Et c'est de cet amour que Cédric Sapin-Defour a voulu nous parler, lui qui l'a rencontré et eu la douleur de le perdre. Il est difficilement compréhensible de pouvoir s'attacher à ces petites bêtes et d'être aussi vide une fois qu'elles s'en vont. Et pourtant ce deuil est le lot de tout possesseur d'animal de compagnie. Il est donc évident que quiconque ayant un minimum d'empathie, et je dirai même d'humanité, soit touché par cette oeuvre. Paradoxalement elle est à la fois très personnelle et très universelle et ce sans que cela en soit choquant. Cédric Sapin-Defour signe un très bel hommage à son "meilleur ami" Puis après le roman vient la BD mise en vie par José Luis Munuera qui aura su tiré du roman l'âme d'Ubac pour ne pas trahir sa mémoire J'ai trouvé son trait très agréable à regarder, mais également très espagnol dans la droite ligne d'un Jordi Lafebre. L'alchimie entre dessin et histoire se fait naturellement comme s'il avait été impossible de nous conter cette histoire autrement Pour moi c'est un énorme coup de cœur et assurément un ouvrage qu'il faut avoir lu au moins une fois

29/04/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Le Grand Pouvoir du Chninkel
Le Grand Pouvoir du Chninkel

La paix reviendra quand les trois uniras… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Cette histoire a été sérialisée dans le magazine (À suivre) du numéro 105 en octobre 1986, au numéro 114 en juillet 1987. Il a fait l’objet d’une édition intégrale en noir & blanc en 1988. Il a été réalisé par Jean van Hamme pour le scénario, et par Grzegorz Rosinski pour les dessins. Il compte environ cent-soixante pages de bande dessinée. Il a bénéficié d’une édition en couleurs en trois tomes (2001-2002, Le Commandement, Le Choisi, Le Jugement), la mise en couleurs ayant été réalisée par Graza (Grazyna Foltyn-Kasprzak), avec une édition intégrale en 2006. La dernière édition intégrale en noir & blanc s’ouvre avec une introduction de trois pages, rédigée par Benoît Mouchart, intitulée : Genèse du premier récit de Theologic Fantasy. Cet album a reçu le prix Alph'Art du public au festival d'Angoulême de 1989. D’aussi loin que se souvenaient les ancêtres de des ancêtres, Daar avait toujours été un monde en guerre. Une guerre dont nul de se rappelait l’origine, une guerre sans trêve ni merci, sans quartier ni vainqueurs, que ne cessaient de se livrer entre eux trois les immortels. À chaque croisée des soleils, lorsque les ombres se rejoignent, le grondement de leurs armées en marché s’élevait aux trois points cardinaux. De Sep venait Barr-Find main noire et la masse écrasante de ses légions d’airain. De hor fondait Jargoth le parfumé et l’escadre mortelle de ses archers volants. De far se ruait Zembra la cyclope et la horde déchaînée de ses guerrières borgnes. Brutes sans visages, bardées de fer, juchées sur leurs pesants womochs cracheurs de feu… Cruels androgynes aux traits empoisonnés, fendant les airs sur les voiles végétales des orphyx carnivores… Féroces amazones à la paupière cousue, emportées au massacre par le galop d’acier de leurs traganes sauvages… Sous le commandement des trois immortels, les armées s’affrontent : horreur absurde de la mort donnée et reçue sans même savoir pourquoi ! Qui étaient-ils donc qui avaient condamné ce monde à une telle infamie ? De quel néant d’abjection étaient-elles issues, ces races supérieures qui avaient contraint les différents peuples à une si atroce servitude ? Qui avait permis l’existence de ces trois immortels dont l’appétit de massacre et de sang semblait ne jamais devoir connaître de fin ? Quel crime abominable avaient donc commis ces peuples pour mériter cela ? À chaque croisée des soleils, recommençait la guerre. Une guerre sans quartier ni vainqueurs, dont il ne restait au soir des batailles, que le charnier des vaincus abandonnés aux dents de ronce des sheershecks bicéphales. C’est pourtant dans cette désolation qu’un jour se produisit ce que l’on appela plus tard le miracle. Alors que les charognards ont commencé à dépecer les cadavres, un petit homme, un Chninkel, se met à gesticuler, encore vivant, en effectuant de larges moulinets de hache pour les forcer à s’écarter et ainsi se frayer un chemin pour fuir. Il prend ses jambes à son cou, repère un énorme animal qu’il parvient à faire cracher en l’air, ce qui disperse enfin les volatils prédateurs. J’On peut s’éloigner du champ de bataille et trouver un endroit pour réfléchir. Un peu intimidant d’entamer la lecture d’un tel classique, à la fois de savoir s’il sera à la portée du lecteur, à la fois la crainte de la déception du fait d’un horizon d’attente très élevé généré par les excellentes critiques innombrables. Le lecteur se sent vite rasséréné : la lecture est aisée et facile d’accès. Le style de la voix omnisciente ressort comme un langage un peu soutenu, avec une saveur littéraire, conférant une forme de solidité et de consistance aux composantes de ce monde imaginaire. De prime abord, les dessins peuvent sembler un peu denses, ou chargés en traits, pour autant le lecteur assimile ce qui est représenté au premier coup d’œil, pouvant décider de ralentir son rythme de lecture s’il souhaite s’immerger plus profondément dans chaque case en en scrutant les détails. L’artiste utilise une technique éprouvée : délimiter chaque forme par un trait encré, puis ajouter des informations visuelles supplémentaires dans chacune de ses formes. Dès les premières pages, le lecteur se dit qu’il pourrait toucher chaque surface, grâce au très gros travail de textures réalisé par l’artiste. Les aspérités des pierres du désert, la rugosité d’écorce des arbres sur lesquels sont perchés des charognards, les rares nuages dans le soleil, la carapace tannée des Womochs, la dense fourrure à poils longs des Tawals, le métal froid de l’armure de Barr-Find main noire, la fraise vaporeuse de Jargoth, etc. Ainsi mis en confiance par une narration prévenante, le lecteur part à l’aventure aux côtés de ce drôle de jeune individu ressemblant à un croisement entre un nain et lutin, sympathique, générant une empathie découlant de son sentiment d’être dépassé et écrasé par des responsabilités démesurées par rapport à sa petite personne. Le lecteur ressent la connivence et la coordination entre dessinateur et scénariste qui travaillent ensemble depuis le premier tome de la série Thorgal paru en 1977. Que ce soient les races exotiques, les trois immortels, le bestiaire ou les Chninkels eux-mêmes, cela saute aux yeux qu’ils ont été conçus avec le souci d’être aisément différenciables et mémorisables. Le visage un peu allongé des Chninkels, leurs grands pieds, leur gros nez et leurs pupilles énormes comme dépourvues d’iris, l’aspect simiesque de Tawals, la morphologie gironde de G’wel, l’anatomie tentaculaire de Volga la devineresse, l’espèce de robot oiseau-véhicule doté de conscience, l’apparence efféminée de Jargoth, la vilaine maladie de peau de N’Ôm, autant de personnages inoubliables. Chaque lieu présente également des caractéristiques marquées, donnant ainsi corps au voyage de la quête du héros, du charnier du champ de bataille initial à la colline finale, en passant par Maelar le village des Chninkels, la Grande Eau, la fleur télépathe, les rameaux des branches de Sualtam, les arènes de Jargoth le palais de Zembria, le non-mode, etc. Les auteurs savent marier l’intention de réaliser une bande dessinée de nature adulte, c’est-à-dire abordant des thèmes adultes, avec le sens de l’aventure et du spectacle. Le lecteur perçoit qu’ils ont pris plaisir à imaginer ce monde, et à concevoir des péripéties divertissantes, et parfois dramatiques. Tout commence avec les six pages qui introduisent la bataille, toutes construites sur le même découpage, trois cases de largeur de la page, des visions panoramiques donnant l’idée de l’ampleur de ce qui se déroule. S’il entretenait des réserves, le lecteur les voit s’envoler lors des deux pages où J’On est agenouillé devant U’N un grand parallélépipède noir immobile, où la prise de vue et le lettrage rendent la scène vivante. Le dessinateur se montre également un excellent directeur d’acteurs : le lecteur peut ressentir toute la bienveillance de J’On pour Bom-Bom et réciproquement même si ce dernier ne parle que par onomatopée. L’art de la mise en scène atteint un sommet lors des cinq pages dans le Non-monde, où chaque case est dépourvue de tout arrière-plan, et pourtant le lecteur peut voir les personnages se déplacer et bouger. Les auteurs abordent également la question de la sexualité soit empêchée (pauvre J’On) soit inventive lors de la relation de Volga avec le Chninkel, une séquence drôle, imaginative et émouvante, questionnant gentiment quelques représentations stéréotypées avec malice et humour. La lecture s’avère fort plaisante, un drame reposant sur une question spirituelle (un individu désigné par une entité omnipotente, pour être le sauveur de son peuple et même de la planète), avec des moments d’humour (les tentatives empêchées de relation entre J’On et G’wen), et une intrigue très bien construite. Le personnage principal accomplit sa quête cahin-caha, presqu’à son corps défendant. Certains mystères qui peuvent sembler artificiels ou paradoxaux (l’origine des trois immortels par exemple), trouvant tout naturellement leur explication en cours de récit. L’issue est inéluctable, en cohérence avec les références revendiquées des auteurs. La question de la religion, ou tout du moins de la genèse d’un messie, est abordée sous l’angle plutôt social : Comment J’On se retrouve à incarner le point focal des espérances des Chninkels, et de leur ferveur ? Le lecteur sourit en constatant la malice du scénariste qui place son personnage dans un mécanisme de prophétie autoréalisatrice bien huilée et inéluctable. Toutefois… La couverture met en évidence l’une des références principales du récit : le monolithe du film 2001, l'Odyssée de l'espace (1968) réalisé par Stanley Kubrick (1928-1999), d’après deux nouvelles deux nouvelles d’Arthur C. Clarke (1917-2008), À l'aube de l'histoire (1953) et La Sentinelle (1951). Les auteurs s’en servent comme un raccourci narratif leur permettant d’utiliser ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif, sans avoir à réexposer les explications nécessaires. Il est possible que le lecteur s’attende à un usage plus sophistiqué que sa simple valeur visuelle, à un questionnement de la nature de celui du réalisateur, ou à des pistes d’interprétations du monolithe différentes de celle de Kubrick. Il restera alors sur sa faim. L’autre référence évidente et assumée par les auteurs réside dans le Nouveau Testament, et plus particulièrement le parcours du messie, de sauveur d’un peuple. Le lecteur relève par exemple les miracles, l’hésitation dans le désert, le rejet et condamnation à mort, la trahison par un proche, et le sort final du personnage principal. Le scénariste révèle la nature du grand pouvoir mentionné dans le titre, et celle-ci est en parfaite cohérence avec le message du Nouveau Testament, du moins sur le plan moral, sans grande consistance religieuse. Là aussi, les auteurs utilisent le déroulement d’un récit célèbre au premier degré, sans questionnement ou réflexion sur la foi ou sur la religion. En fonction de la sensibilité du lecteur, cela peut produire un effet étrange, comme s’il avait projeté un horizon d’attente trop ambitieux sur la base de ces deux références, alors que l’intention des auteurs avait été différente. Ce point de vue peut être corroboré par les motivations de l’omniscient, l’omniprésent, l’omnipotent maître créateur : mesquines et infantiles. C’est toujours délicat de découvrir un chef d’œuvre des décennies après, une lecture déconnectée des conditions initiales de sa réalisation et de sa réception. Le lecteur ressent immédiatement un vrai plaisir dans ces pages que ce soit le personnage principal très humain dans son comportement et ses réactions, l’inventivité et la solidité du monde imaginé et de ses représentations, le déroulement bien construit de l’intrigue avec une logique interne à toute épreuve, ou encore les touches d’humour ; tout fonctionne. Il tombe sous le charme de la qualité de la narration visuelle, d’une lisibilité de qualité même si les planches peuvent sembler un peu chargées au feuilletage. Il est possible que tout aussi satisfaisante que soit la conclusion du récit, elle le laisse un peu sur sa faim au regard de l’attente générée par les références affichées à 2001 l’odyssée de l’espace, et aux Évangiles.

29/04/2026 (modifier)