Les derniers avis (5 avis)

Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Silent Jenny
Silent Jenny

C'est le gros pavé dont tout le monde parle. Elle dormait sur mes tablettes depuis son acquisition, quelques jours après sa sortie. J'ai mis du temps à la lire, parce qu'il faut du temps pour la lire. Peu de texte certes, mais un univers graphique riche, une ambiance dont on se plait à s’imprégner... J'ai beaucoup aimé lire cette grosse BD, au moins autant qu'elle m'a frustré. D'abord, c'est un très bon travail d'édition. Rien à dire là-dessus. Graphiquement, j'aime beaucoup l'univers très fouillé. Les couleurs sont particulièrement bien choisies. Certaines pages, rares et plutôt situées sur les dernières pages, sont le théâtre de scènes psychédéliques qui tranchent complètement avec le reste. L’effet est très réussi, d’autant plus que je ne peux m’empêcher d’y voir un clin d’œil à L’Incal, ce qui ne serait d’ailleurs guère étonnant. Bon, comme à chaque fois avec Bablet, j’ai vraiment un problème avec ses visages, particulièrement avec les nez. Ça donne à ses personnages des allures étranges. Ils ont tous l’air défoncés (au sens propre), comme s’ils étaient d’hargneux petits boxeurs. Cela dit, j’ai fini par m’y faire car par ailleurs, son trait, comme la force des couleurs, parvient largement à faire oublier tout ça. Et puis ça colle bien avec son univers apocalyptique peuplés d’âmes errantes. Le scénario est bien ramassé, très cohérent, tout en laissant une large place à l’inexpliqué, ce que j’apprécie beaucoup. Le lecteur n’a pas tous les éléments et participe de fait à la construction de ce monde, et comme dans le film Sirat, on établit rapidement le parallèle avec la situation écologique/politique/sociale actuelle. J’aime bien le principe des monades, villes alternatives autant que communautés nomades. C’est une idée très anar… Ce qui m’a frustré, c’est un ensemble de petites choses qui mises bout à bout, prive Silent Jenny d’un coup de cœur que j’aurais franchement aimé éprouver. D’abord, comme Roedlingen, je m’attendais à un développement plus spirituel, ce qui aurait prolongé l’action de Jenny de belle manière. En l’état, rien ne vient ébranler le chaos ambiant. Au lieu de ça, elle se contente de parcourir le monde à la recherche des abeilles, comme un robot programmé, et le lecteur ne sent rien de ses motivations. Rien non plus de son ressenti vis-à-vis de Pyrrhocorp, même si on peut s’en douter. Ensuite, quelques scènes me paraissent relativement absconses. Je pense à ces passages où l’on suit un personnage sous terre (j’ai oublié leur nom) : qui est-il/elle ?... Et pourtant, j’aime que tout ne soit pas expliqué ! Mais là, je trouve que ça apporte pas mal de confusion et gâche un peu la fin de parcours. Beaucoup d’idée sont par ailleurs esquissées mais tuées dans l’œuf, comme le personnage de La Goutte dont l’apparition constitue une bulle, sorte de petite pause poétique, alors qu’il y avait matière à développer quelque chose autour de l’Histoire, du récit du monde, du souvenir, de la transmission… J’aime la toute fin et sa dernière image en double page, (ATTENTION SPOIL) où l’on voit la monade sur le point d’être capturée par les mange-cailloux. Les nuages se trouent pour laisser filtrer quelques pièces de ciel bleu, la lumière du soleil revient sur des plaines qui verdissent. Une nouvelle génération a pris le contrôle du Cherche-Midi. Tout semble en équilibre instable… J’aime cette fin, même si le tout manque un peu de background spirituel. Oui, c’est vrai : tout cela est un peu sec. Mais après-tout, nous sommes bel et bien dans un monde aride où l’eau est devenue une rareté précieuse… Malgré tout ça, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire Silent Jenny. Un 3/5 aurait donc été un peu trop sévère.

10/02/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Foudroyants
Foudroyants

3.5 Une série jeunesse qui m'a bien captivé pour le moment. Certes, le premier tome était surtout introductif, mais l'univers créé par les auteurs est assez riche pour que cela ne m’ait pas dérangé qu'on découvre petit à petit la vie sur l'Atlantide. Et puis tout le long de l'album il y avait des péripéties et je n'avais jamais eu l'impression qu'on faisait du surplace ou qu'on étirait inutilement une scène comme c'est le cas avec pleins de tomes 1 de séries que j'ai lu jusqu'à présent. Les deux premiers tomes sont de qualités égales selon moi et j'espère que la suite va être du même niveau. Les personnages sont attachants même s'ils sont parfois un peu trop caricaturaux (en même temps c'est une série pour les jeunes), c'est remplis de rebondissement et le dessin est dynamique. Je pense que j'aurais adoré lire cette série durant ma propre jeunesse.

09/02/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Vent mauvais
Vent mauvais

Je pense que c'est une BD qui mérite un 3.5 mais que je rehausse parce qu'elle m'a pris par surprise et qu'elle m'a gardé pendant un long moment dans le flou quant à son histoire. Presque jusqu'au climax, je me demandais où tout cela allait mener. Cette histoire d'un homme qui craque et part à la campagne, contempler les éoliennes, a un petit gout de comédie française. Et d'ailleurs le début m'orientait dessus même si le personnage est justement en train d'écrire une comédie de ce genre. Un message de l'autrice annonciateur de la suite, c'est-à-dire une histoire bien différente de ces comédies qu'on nous ressert sur les néo-ruraux. Parce qu'ici le récit est mené très différemment, commençant dans une version presque idyllique de ces campagnes et du retour à la nature : nouvelle vie dans une maison, vue magnifique, voisine sympathique et charmante, des gens simples dans le bar local, l'inspiration qui revient, le dialogue avec ses filles ... Sauf que la vie n'est jamais aussi rose, et que progressivement il y aura le retour de manivelle. Ce que j'ai apprécié, c'est que la BD parle de plusieurs sujets qu'elle arrive à corréler sans pour autant indiquer que ce sont des sujets importants. Ils servent plutôt de toile de fond à la crise que vivra le personnage principal. Que ce soit la question de ses filles et de la violence scolaire, les discours des piliers de comptoir qui commencent par la lutte anti-éolienne mais finissent sur du sexisme et du rejet primaire. Les éoliennes sont aussi au centre de beaucoup de débats, pour lesquelles l'autrice ne donne aucune réponse mais qui montre à quel point n'importe quoi devient sujet de débat qui finissent en conflit. C'est une BD étrange, au ton assez triste malgré des personnages positifs (notamment Marjolaine qui doit supporter beaucoup), brocarde l'idée des néo-ruraux et amène des questions sur cet homme en crise. A qui la faute ? La BD est sans réponse claire même si elle montre au final des victimes d'une situation qui semble complexe. Pas vraiment de conclusion claire, mais une fin amère. Le dessin de Cati Baur que je connaissais par d'autres BD va assez bien à l'ensemble. C'est faussement naïf, parfois déformé dans les visages lorsqu'on s'approche mais sans jamais être mauvais non plus. Coloré et agréable, il a un bon rendu final. Lecture recommandée, franchement j'ai été surpris !

09/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Partitions irlandaises
Partitions irlandaises

Série intéressante par la manière dont elle projette les tensions nord-irlandaises dans un cadre contemporain. Le récit s’appuie sur une vision clairement romancée, voire volontairement exagérée des résurgences de la violence, ce qui peut interroger sur sa vraisemblance factuelle, mais ce parti pris sert efficacement le propos. L’album interroge avec pertinence l’héritage des conflits, la transmission de la haine, la possibilité du pardon et la tentation de la vengeance, sans jamais se limiter à un simple rappel historique. La dimension historique et politique constitue un socle solide, mais c’est surtout le traitement humain qui donne de l’épaisseur à l’ensemble. La relation amoureuse centrale, apporte une respiration bienvenue et une forme de rondeur émotionnelle à un récit globalement dur et tendu. Le cliché est présent, mais maîtrisé, et fonctionne comme un liant narratif plutôt que comme une facilité. Graphiquement, le dessin de Vincent Bailly se fait plus sobre et moins caricatural que dans Coupures irlandaises. Même peine toujours un peu à me séduire, grâce à sa 'rondeur' supplémentaire, il finit par s’imposer par sa lisibilité et sa constance au fil des pages.

09/02/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Come Home Indio
Come Home Indio

J’adore les œuvres autobiographiques, et plus particulièrement ce genre de témoignage « brut de décoffrage » aux thématiques difficiles. Il est question de crise identitaire (Jim Terry est un métis amérindien), du traitement des peuples indigènes nord-américains, mais aussi (et surtout) de déchirements familiaux et d’alcoolisme. Ce dernier point est central au récit, et est assez violent – l’auteur se raconte sans filtre, avec suffisamment d’autodérision pour que le récit ne tombe pas dans le misérabilisme larmoyant. J’ai trouvé le ton juste et les problèmes relationnels entre l’auteur et ses parents touchants et bien amenés. La mise en image est réussie et m’a un peu rappelé le style de Will Eisner – il y a pire comme référence. L’auteur finit par avouer que Eisner fut une grande inspiration à ses débuts, ce qui ne m’étonne pas du tout. Par contre contrairement à Noirdésir, je ne comprends pas trop pourquoi l’avant-dernier chapitre est purement textuel (et lettré à la main dans la VO, donc pas super lisible). Il s’agit peut-être d’un choix narratif, mais j’ai vu ça comme un raccourci, une économie de moyens et de pages. Cela étant dit, je reste sur une impression très positive… inutile de vous infliger la lecture de ce pavé si vous êtes allergiques aux autobiographies nombrilistes, mais moi, c’est ma came !

09/02/2026 (modifier)