Avec Fidji, Jean-Luc Cano nous propose un road-trip haletant, porté sur l'action, qu'on a du mal à refermer avant d'en connaitre l'issue. Il est ici question d'amitié, de temps qui passe et de la difficulté de passer de l'adolescence à l'âge adulte.
Ce qui marque en premier lieu, c'est la qualité graphique de cette BD parsemée de nombreuses cases en pleines pages du plus bel effet. Le trait de Pierre-Denis Goux est vraiment très dynamique, précis et fin, offrant au lecteur des scènes avec beaucoup de mouvements. Les cadrages alternant paysages, gros plans sur les visages ou le regard des personnages sont particulièrement habiles. Enfin, j'ai également beaucoup apprécié la mise en couleurs de Julia Pinchuk qui colle parfaitement avec les différentes ambiances des chapitres composant cette BD (avec une mention spéciale pour la couverture que je trouve très belle). C'est donc quasiment un sans-faute à ce niveau.
Je suis à peine plus mitigé concernant le scénario car j'ai senti venir la chute finale, une cinquantaine de pages avant la fin. Et je trouve ce genre de ficelle un peu éculée depuis les films tels que Fight Club. Malgré tout, et bien que les réactions de nos deux héros soient parfois agaçantes, l'histoire se lit sans déplaisir, la narration étant fluide et les péripéties s'enchainant de manière très rythmée.
Un agréable moment de lecture.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8,5/10
NOTE GLOBALE : 15,5/20
Pour une fois, le superhéros n'est ni un jeune, ni un savant, mais un vieux dévalué par sa famille d'ingrats. La réalité sociale est très perceptive dans les situations, dialogues, dessins. Le vieux tombe sur son devoir encore plus étonné qu'un hobbit sur un anneau de pouvoir, mais il n'en est pas corrompu, seulement un peu dépassé, au début. Pour moi, le vrai sujet du manga est l'inviable sagesse d'un vieillard ignoré. Parmi tant, il rend le monde un peu meilleur, si héros, il va jusqu'au bout, sans faire de phrase. Digne de figurer comme sage si des superhéros plus tourmentés se cherchent quelqu'un qui sait écouter les autres.
C'est l'histoire d'un homme qui vient d'être invité à entrer en franc-maçonnerie. C'est aussi l'histoire de celles et ceux qui vont l'y accueillir, hommes et femmes avec leurs qualités et leurs défauts, et qu'on voit évoluer au fil des années tandis que le héros progresse au sein de sa modeste loge.
Étant classée en catégorie humour, je croyais à tort que cette BD serait une critique humoristique de la Franc-Maçonnerie, de ses faiblesses et de ses défauts. Or, s'il y a bien de l'humour, j'y ai surtout perçu une œuvre touchante, qui présente avec le sourire et une certaine dérision mais aussi avec beaucoup de tendresse, ces personnes qui se réunissent et se parent de décorum et de symbolisme pour discuter de la société, mais aussi simplement pour se retrouver ensemble.
On les suit comme une galerie de personnages, chacun avec son caractère, son histoire, et sa manière d'interagir avec les autres. À vrai dire, je classerais cette série au même rang qu'une œuvre comme Monsieur Jean, à mi-chemin entre roman graphique et humour, avec en plus une légère touche documentaire. Les rouages pratiques d'une petite loge maçonnique apparaissent clairement, tout comme ses relations parfois compliquées avec les autres loges, sans rien dévoiler de trop secret. Cela suscite souvent le sourire, casse de nombreux stéréotypes sur une Franc-Maçonnerie fantasmée comme impressionnante et mystérieuse, et rend surtout ces personnages très humains.
Je me suis attaché à cette petite galerie et j'ai apprécié de les voir évoluer au fil des années, tandis que le héros gravissait les échelons d'une hiérarchie un peu bancale mais sympathique.
Amusant, instructif et touchant, ce n'est pas cet album qui me fera entrer en maçonnerie mais j'ai apprécié ma lecture.
L’Amourante est une très grande réussite, portée par une idée de départ volontairement simple mais d’une richesse thématique remarquable. Le concept d’immortalité conditionnée par l’amour permet d’interroger avec finesse le rapport au temps, à la dépendance affective et à l’identité. Le scénario ne cherche jamais l’esbroufe : il déroule son propos avec une vraie cohérence, sans rupture de ton ni essoufflement, et accorde une profondeur réelle à l’ensemble de ses personnages, tous compréhensibles et nuancés.
Le choix d’un récit au présent servant de cadre à une longue confession rétrospective est particulièrement pertinent. Cette mise en scène apporte une épaisseur psychologique forte et une lecture fluide des différentes époques traversées, tout en maintenant une tension émotionnelle constante. Le récit gagne ainsi en densité sans jamais devenir lourd ou démonstratif.
Graphiquement, l’album est très beau. Le dessin, moderne et sobre, se distingue par sa constance et sa lisibilité. Les couleurs sont assumées, élégantes, et accompagnent efficacement les changements d’univers historiques sans effet de rupture artificielle.
Reste un léger sentiment de retenue : malgré ses nombreuses qualités, l’album laisse l’impression d’un travail presque trop maîtrisé, qui touche juste mais surprend peu. L’émotion est bien là, mais sans ce surcroît d’impact ou d’audace qui ferait basculer l’œuvre sur une note maximale. Cela n’enlève rien à ses qualités intrinsèques : L’Amourante demeure une lecture fortement recommandée, intelligente et sensible, qui mérite largement sa place parmi les très belles bandes dessinées contemporaines.
J'ai mis longtemps à me plonger dans ces Chroniques de Légion, après ma relative déception à la lecture de Je suis légion. C'est toutefois chose faite et j'ai été beaucoup plus séduit ! Cette histoire a beaucoup plus d'ampleur et même d'originalité, en plus d'être largement mieux dessinée. L'idée de faire dessiner chaque époque par un réalisateur différent est une excellente idée, d'autant que tous les dessinateurs convoqués sont bons (même si on aurait aimé que Henninot débarque plus tôt dans la saga).
C'est très agréable à lire, et sert parfaitement un récit savamment construit, qui ne manque jamais de puissance. Les dialogues et l'atmosphère sombre fonctionnent à merveille, et Nury se glisse avec une grande aisance dans le genre du récit de vampires (même s'il ne dépassera jamais le fabuleux D d'Alain Ayroles). Ce récit d'êtres immortels qui découvrent leur pouvoir et leur malédiction au fil des siècles est grandiose, épique, et joliment sanglant. Aucune époque n'est réellement décevante par rapport aux autres.
En revanche, il faut reconnaître que la multiplication des identités et la présence de deux frères rend parfois l'intrigue inutilement compliquée. La fluidité narrative en est affectée lorsqu'il faut reconstituer le fil du récit pour savoir si on est en présence de Radu ou de Vlad (mais ça, encore, ça va), et surtout, si tel personnage apparemment innocent est une des multiples identités de l'un ou de l'autre. Parfois, on le comprend facilement, parfois, pas du tout.
Néanmoins, cette légère confusion n'affecte que peu le plaisir de lecture pris devant cette saga captivante.
Le final fait d'ailleurs légèrement retomber le soufflé. Heureusement que le jeu d'échecs intemporel est dessiné par Henninot, car cela compense la petite perte d'intérêt qui accompagne ce final somme toute pas si époustouflant que l'auteur l'aurait probablement voulu. Rien de bien méchant, et je ressors néanmoins très satisfait de cette tétralogie épique. Au point de revoir à la hausse la saga-mère ? Pas sûr, mais à voir très prochainement.
3.5
J'ai bien aimé ce one-shot même si je comprends que d'autres posteurs aient moins accroché.
En effet, le scénario est au final assez classique, le genre d'histoire qu'on voit dans plein d'œuvres destinées à la jeunesse avec un message convenu du genre il faut faire son deuil. Mais bon cela ne m'a pas dérangé parce que j'ai trouvé le scénario terriblement efficace. Il faut dire que le récit traite de sujets qui m'attirent comme le folklore ou encore l'histoire des quartiers. Les personnages sont attachants et le scénario est captivant. L'album se laisse lire facilement malgré son nombre de pages et le fait qu'il y a souvent beaucoup de textes.
Le dessin est pas mal et on voit très bien que l'auteur a travaillé dans l'animation. Je ne sais pas trop quoi ajouter de plus aux éloges. C'est vraiment un bon divertissement.
Un album intéressant. Et, il faut sans doute le dire, sans doute bien plus accessible que l’on pourrait s’y attendre si on n’est pas féru de philosophie, ou de théories et d’histoire intellectuelles de la seconde moitié du XXème siècle.
La narration est en effet assez aérée, pour nous présenter – certes brièvement, ça n’est pas une étude universitaire ! – ce qu’on pu apporter quelques auteurs/penseurs français à la pensée moderne (même si d’autres auteurs non Français, voire même non francophones sont rattachés à cette « french theory »). Cela permet aussi de voir qu’il n’y a pas de « théorie » collective, que tout ceci a été construit presque de l’extérieur (aux États-Unis), en regroupant divers écrivains à la pensée et aux méthodes très différentes, si ce n’est qu’ils remettent en cause la doxa et la façon d’envisager le monde : en cela ils vont nourrir la réflexion de tous ceux qui vont se révolter contre l’ordre établi (universitaire, colonial, occidental, etc.). Et, conséquemment, ils vont donc se retrouver au cœur des cibles de la réaction ultralibérale et « antiwoke » (terme débile issu de l’extrême droite), même si ça n’est qu’effleuré en fin d’album, ça n’est pas le cœur du sujet.
Une intéressante présentation historique, plutôt bien « vulgarisée ». Le dessin n’est pas forcément ce que j’apprécie le plus, mais il fait bien le boulot. Il est très lisible.
Note réelle 3,5/5.
Le dernier Tanabe, celui qui a réussi a faire des bande dessinées convaincantes de Lovecraft ! J'aime aussi qu'il se permette quelques inventions, comme le dialogue entre un auteur représentant en somme Lovecraft, et un critique. Le côté familial de l'aventure avec les Carter. Surtout, le dessin qui se fait presque sculpture de clair obscur face au fantastique… Précis et clair face au monde de l'éveil, précis et évocateur face au monde du rêve tant célébré dans ce volume. On se croirait à la fin de l'Incal où "rêver c'est survivre !"
Une narration subtile qui se prête à l’exercice, tout au long du récit, de ne rien révéler ou affirmer (je ne peux rentrer plus dans les détails sous peine de spoil..)
Bien évidemment, le dénouement de certaines intrigues (principales ou sous-jacentes) semble écrit à l’avance mais ce choix de narration a le mérite de laisser une place à la suggestion du lecteur.
Et pour ma part, c’est probablement ce qui m’a poussé à dévorer ce road trip Brésilien !
L'autre raison, c'est le côté graphique : l’atmosphère est incroyablement douce et chaleureuse (peut-être même trop d’ailleurs pour un périple de plusieurs milliers de kilomètres sous une chaleur éreintante et avec des moyens rudimentaires).
Quoi qu’il en soit, on est bien loin du côté « fourmilière » des grandes agglomérations. On y découvre un Brésil majoritairement rural où le temps semble s’écouler au ralenti et où les mœurs sont (trop là aussi?) douces.
Un voyage peut en amener d’autres :)
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Fidji
Avec Fidji, Jean-Luc Cano nous propose un road-trip haletant, porté sur l'action, qu'on a du mal à refermer avant d'en connaitre l'issue. Il est ici question d'amitié, de temps qui passe et de la difficulté de passer de l'adolescence à l'âge adulte. Ce qui marque en premier lieu, c'est la qualité graphique de cette BD parsemée de nombreuses cases en pleines pages du plus bel effet. Le trait de Pierre-Denis Goux est vraiment très dynamique, précis et fin, offrant au lecteur des scènes avec beaucoup de mouvements. Les cadrages alternant paysages, gros plans sur les visages ou le regard des personnages sont particulièrement habiles. Enfin, j'ai également beaucoup apprécié la mise en couleurs de Julia Pinchuk qui colle parfaitement avec les différentes ambiances des chapitres composant cette BD (avec une mention spéciale pour la couverture que je trouve très belle). C'est donc quasiment un sans-faute à ce niveau. Je suis à peine plus mitigé concernant le scénario car j'ai senti venir la chute finale, une cinquantaine de pages avant la fin. Et je trouve ce genre de ficelle un peu éculée depuis les films tels que Fight Club. Malgré tout, et bien que les réactions de nos deux héros soient parfois agaçantes, l'histoire se lit sans déplaisir, la narration étant fluide et les péripéties s'enchainant de manière très rythmée. Un agréable moment de lecture. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 15,5/20
Last Hero Inuyashiki
Pour une fois, le superhéros n'est ni un jeune, ni un savant, mais un vieux dévalué par sa famille d'ingrats. La réalité sociale est très perceptive dans les situations, dialogues, dessins. Le vieux tombe sur son devoir encore plus étonné qu'un hobbit sur un anneau de pouvoir, mais il n'en est pas corrompu, seulement un peu dépassé, au début. Pour moi, le vrai sujet du manga est l'inviable sagesse d'un vieillard ignoré. Parmi tant, il rend le monde un peu meilleur, si héros, il va jusqu'au bout, sans faire de phrase. Digne de figurer comme sage si des superhéros plus tourmentés se cherchent quelqu'un qui sait écouter les autres.
Grand Orient
C'est l'histoire d'un homme qui vient d'être invité à entrer en franc-maçonnerie. C'est aussi l'histoire de celles et ceux qui vont l'y accueillir, hommes et femmes avec leurs qualités et leurs défauts, et qu'on voit évoluer au fil des années tandis que le héros progresse au sein de sa modeste loge. Étant classée en catégorie humour, je croyais à tort que cette BD serait une critique humoristique de la Franc-Maçonnerie, de ses faiblesses et de ses défauts. Or, s'il y a bien de l'humour, j'y ai surtout perçu une œuvre touchante, qui présente avec le sourire et une certaine dérision mais aussi avec beaucoup de tendresse, ces personnes qui se réunissent et se parent de décorum et de symbolisme pour discuter de la société, mais aussi simplement pour se retrouver ensemble. On les suit comme une galerie de personnages, chacun avec son caractère, son histoire, et sa manière d'interagir avec les autres. À vrai dire, je classerais cette série au même rang qu'une œuvre comme Monsieur Jean, à mi-chemin entre roman graphique et humour, avec en plus une légère touche documentaire. Les rouages pratiques d'une petite loge maçonnique apparaissent clairement, tout comme ses relations parfois compliquées avec les autres loges, sans rien dévoiler de trop secret. Cela suscite souvent le sourire, casse de nombreux stéréotypes sur une Franc-Maçonnerie fantasmée comme impressionnante et mystérieuse, et rend surtout ces personnages très humains. Je me suis attaché à cette petite galerie et j'ai apprécié de les voir évoluer au fil des années, tandis que le héros gravissait les échelons d'une hiérarchie un peu bancale mais sympathique. Amusant, instructif et touchant, ce n'est pas cet album qui me fera entrer en maçonnerie mais j'ai apprécié ma lecture.
L'Amourante
L’Amourante est une très grande réussite, portée par une idée de départ volontairement simple mais d’une richesse thématique remarquable. Le concept d’immortalité conditionnée par l’amour permet d’interroger avec finesse le rapport au temps, à la dépendance affective et à l’identité. Le scénario ne cherche jamais l’esbroufe : il déroule son propos avec une vraie cohérence, sans rupture de ton ni essoufflement, et accorde une profondeur réelle à l’ensemble de ses personnages, tous compréhensibles et nuancés. Le choix d’un récit au présent servant de cadre à une longue confession rétrospective est particulièrement pertinent. Cette mise en scène apporte une épaisseur psychologique forte et une lecture fluide des différentes époques traversées, tout en maintenant une tension émotionnelle constante. Le récit gagne ainsi en densité sans jamais devenir lourd ou démonstratif. Graphiquement, l’album est très beau. Le dessin, moderne et sobre, se distingue par sa constance et sa lisibilité. Les couleurs sont assumées, élégantes, et accompagnent efficacement les changements d’univers historiques sans effet de rupture artificielle. Reste un léger sentiment de retenue : malgré ses nombreuses qualités, l’album laisse l’impression d’un travail presque trop maîtrisé, qui touche juste mais surprend peu. L’émotion est bien là, mais sans ce surcroît d’impact ou d’audace qui ferait basculer l’œuvre sur une note maximale. Cela n’enlève rien à ses qualités intrinsèques : L’Amourante demeure une lecture fortement recommandée, intelligente et sensible, qui mérite largement sa place parmi les très belles bandes dessinées contemporaines.
Les Chroniques de Légion
J'ai mis longtemps à me plonger dans ces Chroniques de Légion, après ma relative déception à la lecture de Je suis légion. C'est toutefois chose faite et j'ai été beaucoup plus séduit ! Cette histoire a beaucoup plus d'ampleur et même d'originalité, en plus d'être largement mieux dessinée. L'idée de faire dessiner chaque époque par un réalisateur différent est une excellente idée, d'autant que tous les dessinateurs convoqués sont bons (même si on aurait aimé que Henninot débarque plus tôt dans la saga). C'est très agréable à lire, et sert parfaitement un récit savamment construit, qui ne manque jamais de puissance. Les dialogues et l'atmosphère sombre fonctionnent à merveille, et Nury se glisse avec une grande aisance dans le genre du récit de vampires (même s'il ne dépassera jamais le fabuleux D d'Alain Ayroles). Ce récit d'êtres immortels qui découvrent leur pouvoir et leur malédiction au fil des siècles est grandiose, épique, et joliment sanglant. Aucune époque n'est réellement décevante par rapport aux autres. En revanche, il faut reconnaître que la multiplication des identités et la présence de deux frères rend parfois l'intrigue inutilement compliquée. La fluidité narrative en est affectée lorsqu'il faut reconstituer le fil du récit pour savoir si on est en présence de Radu ou de Vlad (mais ça, encore, ça va), et surtout, si tel personnage apparemment innocent est une des multiples identités de l'un ou de l'autre. Parfois, on le comprend facilement, parfois, pas du tout. Néanmoins, cette légère confusion n'affecte que peu le plaisir de lecture pris devant cette saga captivante. Le final fait d'ailleurs légèrement retomber le soufflé. Heureusement que le jeu d'échecs intemporel est dessiné par Henninot, car cela compense la petite perte d'intérêt qui accompagne ce final somme toute pas si époustouflant que l'auteur l'aurait probablement voulu. Rien de bien méchant, et je ressors néanmoins très satisfait de cette tétralogie épique. Au point de revoir à la hausse la saga-mère ? Pas sûr, mais à voir très prochainement.
Downlands
3.5 J'ai bien aimé ce one-shot même si je comprends que d'autres posteurs aient moins accroché. En effet, le scénario est au final assez classique, le genre d'histoire qu'on voit dans plein d'œuvres destinées à la jeunesse avec un message convenu du genre il faut faire son deuil. Mais bon cela ne m'a pas dérangé parce que j'ai trouvé le scénario terriblement efficace. Il faut dire que le récit traite de sujets qui m'attirent comme le folklore ou encore l'histoire des quartiers. Les personnages sont attachants et le scénario est captivant. L'album se laisse lire facilement malgré son nombre de pages et le fait qu'il y a souvent beaucoup de textes. Le dessin est pas mal et on voit très bien que l'auteur a travaillé dans l'animation. Je ne sais pas trop quoi ajouter de plus aux éloges. C'est vraiment un bon divertissement.
French Theory
Un album intéressant. Et, il faut sans doute le dire, sans doute bien plus accessible que l’on pourrait s’y attendre si on n’est pas féru de philosophie, ou de théories et d’histoire intellectuelles de la seconde moitié du XXème siècle. La narration est en effet assez aérée, pour nous présenter – certes brièvement, ça n’est pas une étude universitaire ! – ce qu’on pu apporter quelques auteurs/penseurs français à la pensée moderne (même si d’autres auteurs non Français, voire même non francophones sont rattachés à cette « french theory »). Cela permet aussi de voir qu’il n’y a pas de « théorie » collective, que tout ceci a été construit presque de l’extérieur (aux États-Unis), en regroupant divers écrivains à la pensée et aux méthodes très différentes, si ce n’est qu’ils remettent en cause la doxa et la façon d’envisager le monde : en cela ils vont nourrir la réflexion de tous ceux qui vont se révolter contre l’ordre établi (universitaire, colonial, occidental, etc.). Et, conséquemment, ils vont donc se retrouver au cœur des cibles de la réaction ultralibérale et « antiwoke » (terme débile issu de l’extrême droite), même si ça n’est qu’effleuré en fin d’album, ça n’est pas le cœur du sujet. Une intéressante présentation historique, plutôt bien « vulgarisée ». Le dessin n’est pas forcément ce que j’apprécie le plus, mais il fait bien le boulot. Il est très lisible. Note réelle 3,5/5.
L'Indicible
Le dernier Tanabe, celui qui a réussi a faire des bande dessinées convaincantes de Lovecraft ! J'aime aussi qu'il se permette quelques inventions, comme le dialogue entre un auteur représentant en somme Lovecraft, et un critique. Le côté familial de l'aventure avec les Carter. Surtout, le dessin qui se fait presque sculpture de clair obscur face au fantastique… Précis et clair face au monde de l'éveil, précis et évocateur face au monde du rêve tant célébré dans ce volume. On se croirait à la fin de l'Incal où "rêver c'est survivre !"
Ivo a mis les voiles
Une narration subtile qui se prête à l’exercice, tout au long du récit, de ne rien révéler ou affirmer (je ne peux rentrer plus dans les détails sous peine de spoil..) Bien évidemment, le dénouement de certaines intrigues (principales ou sous-jacentes) semble écrit à l’avance mais ce choix de narration a le mérite de laisser une place à la suggestion du lecteur. Et pour ma part, c’est probablement ce qui m’a poussé à dévorer ce road trip Brésilien ! L'autre raison, c'est le côté graphique : l’atmosphère est incroyablement douce et chaleureuse (peut-être même trop d’ailleurs pour un périple de plusieurs milliers de kilomètres sous une chaleur éreintante et avec des moyens rudimentaires). Quoi qu’il en soit, on est bien loin du côté « fourmilière » des grandes agglomérations. On y découvre un Brésil majoritairement rural où le temps semble s’écouler au ralenti et où les mœurs sont (trop là aussi?) douces. Un voyage peut en amener d’autres :)