Les derniers avis (6 avis)

Couverture de la série Love Bullet
Love Bullet

Keuwa ?! Love Bullet est arrivé dans nos vertes contrées ?! Et la traduction est de très bonne facture ?! Incroyable mais vrai et je me devais de l'acheter ! Love Bullet c'était à la base un one-shot tout à fait charmant qui avait fait parler de lui sur internet et qui avait finalement réussi à obtenir une sérialisation. Je l'avais découvert dès la sortie du oneshot, comme beaucoup j'étais tombée sous le charme de l'idée et cela me fait donc plaisir de voir que l'œuvre pourra désormais toucher un public encore un peu plus large. La base est simple mais bourrée de potentiel : et si les âmes des jeunes gens morts avant d'avoir pu connaître l'amour se voyaient offrir le droit de servir la déesse de l'Amour en personne. Comment sert-on la déesse de l'Amour ? En tirant des balles de calibre 12 dans la tête des amoureux transis en devenir, pardi ! Grenades, fusil de sniper, armes de poings en tout genre, les cupidons de cette histoire sont de véritables Rambo, des "one-man army" (ou plutôt "one-girl army" dans le cas présent), des machines de guerre armées jusqu'aux dents pour réussir leur mission. "Pourquoi tirer sur des gens" vous entends-je dire ? Mais parce que les arcs c'est désuet ! Vous avez idée du nombre de personnes que l'on pourrait faire tomber (amoureuses) avec des moyens modernes comparé aux armes d'antan ? Surtout quand on nous promet une récompense aussi alléchante qu'une résurrection et la possibilité d'enfin connaître l'amour soi-même une fois que l'on aura pu permettre à suffisamment de couples de naître, alors on enfile son gilet pare-balle, on se renseigne sur ses cibles et on se prépare à chasser sa prime karmique, nom de nom ! On suit Koharu, nouvelle cupidon fraîchement réincarnée, entremetteuse de talent de son vivant et toujours aussi empathique, qui va devoir apprendre les ficelles du métier avec ses trois mentors : Kanna, une feignante au grand cœur, Ena, une professionnelle pure et dure, et enfin Chiyo… une bastonneuse dans l'âme qui préfère clairement casser la gueule à ses camarades cupidons plutôt que de faire son boulot ! Ce qui marche beaucoup dans cette histoire, c'est le mélange loufoque de la prémisse et la forme parfaitement sérieuse de son exécution, qui à aucun moment ne se gênent l'une l'autre. Mieux : le sérieux des cupidons et de leur mission appuie le décalage comique. Et même au-delà du comique, c'est une série loufoque qui n'oublie pas d'être touchante, de traiter avec rigueur son sujet principal, qui est celui de l'amour et des relations entre les individu-e-s. Non, vraiment, sans pour autant vous faire miroiter un chef d'œuvre insoupçonné, je le redis : Love Bullet est une série tout à fait charmante, un petit délire qui se permet tout de même d'être de qualité, une ode à l'amour explosif (entre individus comme envers les armes et les situations de guéguerre, ne nous voilons pas la face). Allez, un p'tit coup de cœur, c'est de circonstance !

24/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Visage du Créateur
Le Visage du Créateur

Le 28 janvier 1986, la navette Challenger explose en plein vol, quelques secondes après son décollage, en direct sur les télévisions du monde entier. LF. Bollée & C. Spadoni nous invitent à passer un moment en compagnie des sept astronautes disparus à bord, dont deux femmes et deux civils. Voici leur histoire. Le journaliste Laurent-Frédéric Bollée s'est fait un nom dans l'univers de la BD avec l'album magistral, La bombe (Glénat 2020) et l'épopée de la première bombe atomique. Après l'explosion de Hiroshima, le visage du créateur raconte lui aussi une histoire dont chacun connait parfaitement le sinistre dénouement : le 28 janvier 1986 la navette spatiale Challenger se désintègre en direct, quelques secondes après son décollage de Cap Canaveral. On peut reprendre les mots de LF. Bollée lui-même : « C'est une idée reçue de croire que, parce qu'on connait la fin d'une histoire, celle-ci sera moins passionnante à découvrir ». Le dessinateur Cristiano Spadoni est connu pour avoir travaillé sur les costumes du film Marie-Antoinette (celui de Sofia Coppola) mais c'est aussi un complice de longue date de LF. Bollée. Quant au titre de l'album, il est tiré du discours de Ronald Reagan, prononcé à la tv quelques heures après l'explosion de la navette : « Nous ne les oublierons jamais, eux qui ce matin se préparaient à s'envoler et rompre leur lien difficile avec la Terre pour toucher le visage du Créateur. » Des mots empruntés à un poème d'un pilote américain, John Gillepsie Magee Jr. Après le succès du programme Apollo vers la Lune, l'intérêt du public est en baisse et la Nasa cherche à redorer son blason (et regonfler ses subventions) : d'où les navettes, la première est même baptisée Enterprise, l'embauche à la communication de Nichelle Nichols (actrice black de Star Trek) et le recrutement de civils dont une professeure, Christa McAuliffe, qui doit donner un cours depuis l'espace. « Envoyer deux civils dans l'espace, dont une femme, est l'opération de communication la plus importante de la NASA depuis ces dix dernières années ». La pression politique et médiatique est énorme et les difficultés techniques balayées rapidement. Trop rapidement. Cet album revient sur les tout débuts de la genèse de ce vol et lance le compte-à-rebours ... plus de dix-huit ans avant la désintégration. Un décompte qui va rythmer les chapitres jusqu'au 28 janvier 86. ? LF. Bollée et son dessinateur C. Spadoni ont choisi de retracer toute l'histoire de ce vol, ses motivations, son recrutement, ses difficultés et sa longue préparation. Les auteurs ont choisi d'en faire un véritable hommage aux sept astronautes disparus dans la catastrophe. Cet angle d'approche souligne le côté humain de ces conquérants de l'espace avec, pour la première fois, la présence de "civils" à bord de la navette. Les dernières secondes du compte-à-rebours (10, 9, 8, ...) qui se reflètent dans chacun des visages présents ce jour-là à Cap Canaveral, est une planche particulièrement émouvante. ? Mais LF. Bollée est un journaliste réputé pour son sérieux documentaire : l'émotion est peut-être celle du lecteur mais le scénario, lui, ne romance pas, ne mélodramatise pas, et ne retrace que des faits. Même la petite surprise finale des toutes dernières pages n'est pas de fiction. Ou si peu. ? On s'attendait peut-être à des couleurs rutilantes pour cette épopée spatiale mais on ne sera pas déçu par ce noir et blanc (encore un très beau noir et blanc) et un dessin d'apparence très simplifié, entre croquis pris sur le vif et story-board, qui vient donner un petit côté journalistique à cette enquête. ? Cette lecture est vraiment édifiante, notamment dans les implications politiques ou symboliques de ce vol Challenger : l'actrice Nichelle Nichols de Star Trek fut, en 1968, la première femme noire à embrasser un acteur blanc à la télévision (le capitaine Kirk interprété par William Shatner) l'enseignante Christa McAuliffe fut recrutée par la NASA (et Nichelle Nichols) dans le cadre du programme "teacher in space" lancé par Ronald Reagan pour assurer la promotion de l'enseignement des sciences Mais c'est aussi une lecture éclairante sur les origines techniques, politiques et financières de cette catastrophe. Pour éviter de gâcher le plaisir de la lecture (même si tout est déjà écrit sur le web ou dans le rapport de la commission d'enquête Rogers), disons simplement que c'est une histoire affligeante qui laissera certainement le lecteur sans voix. ? Quelques jours après cette lecture, on se surprend à repenser à ces femmes et ces hommes, on se revoit assis à discuter avec eux pendant de longs moments et là on se dit que Bollée et Spadoni ont bien réussi leur coup.

24/03/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série La Reine des pantins
La Reine des pantins

Dans la campagne du XVIIIe siècle, Jacques grandit sous l’autorité de parents violents et bigots. Pour échapper à cette réalité étouffante, il se réfugie dans son imaginaire, où il devient Jacqueline, une petite reine entourée d’une cour de joyeux drilles. Ensemble, ils se lancent dans une quête symbolique, celle d’une robe d’or censée permettre à chacun de devenir ce qu’il souhaite être, tandis que, en parallèle, la vie réelle de Jacques continue de suivre un chemin beaucoup plus sombre. Le dessin est très beau. Le trait est délicat, expressif, et les couleurs jouent un rôle essentiel dans la narration, opposant un monde réel terne et gris à un univers imaginaire foisonnant et lumineux. Cette dualité fonctionne bien et renforce l’attachement aux personnages, qu’il s’agisse de Jacques ou de toute cette galerie de figures étranges et touchantes qui peuplent son monde intérieur. Les dialogues, souvent empreints de douceur et de bienveillance dans la partie onirique, participent aussi à cet attachement. Le récit aborde des thèmes forts et dans l’air du temps, comme la maltraitance, le rejet de la différence, la construction de l’identité de genre ou encore le refuge que peut représenter l’imaginaire face à un monde hostile. La manière dont les personnages rencontrés au fil de la quête font écho à des réalités plus concrètes est intéressante, tout comme ce jeu constant entre rêve et réalité qui finit par les faire se rejoindre. Il y a un petit côté Magicien d'Oz dans la manière dont le monde de fantaisie agit comme un miroir déformé du réel. Je suis un peu plus réservé sur le traitement global de l’histoire. Le récit paraît assez manichéen, avec des parents présentés comme ignobles du début à la fin, sans nuance, et une accumulation de situations tragiques qui finit par donner un sentiment d’insistance. La conclusion, très sombre, où tout bascule dans une issue dramatique pour l’ensemble des personnages, m’a semblé appuyer un peu trop fortement son propos. Cela manque à mes yeux de subtilité et de justesse dans la mesure, comme si l’œuvre cherchait avant tout à marquer les esprits plutôt qu’à réellement nuancer son discours. Cela donne une fable visuellement très réussie, touchante par moments et portée par de belles intentions, mais dont l’écriture m’a semblé davantage relever d’un registre young adult que d’un récit véritablement mature, faute de nuances dans ses personnages et dans son traitement de la tragédie. Pour ce public, l’ouvrage reste cependant très efficace et saura sans doute toucher un grand nombre de lectrices et de lecteurs.

24/03/2026 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série La Mécanique
La Mécanique

Après Mezkal et Convoi, revoilà notre duo d'auteurs qui se lance dans une nouvelle série plus développée (3 tomes prévus). Nous voici projetés dans un univers SF bien noir qui pourrait faire penser à Blade Runner pour le background, même si l'action se situe dans une méta-cité de Lyon qui a bien changé avec le temps. Cette mégalopole est tenue d'une main de fer par le Mayor et sa milice et différentes factions mafieuses qui se partagent le marché de la drogue du moment : le Blast, seul échappatoire illusoire d'une populace essorée. Quand arrive sur le marché une contrefaçon meilleur prix, le fragile équilibre de ces magnats commence à vaciller et la mécanique du pire se pointe en ligne de mire... Si les personnages et l'intrigue fourmillent d'emprunts et de clins d'oeils, c'est avant tout le graphisme maîtrisé de Jeff qui nous accroche. Composition, dessin et colorisation sont une franche réussite. Côté scénario, ça sent quand même le déjà vu, même si (comme moi) les amateurs du genre ils trouveront leurs petits. La trame générale reste pour le moment avec ce tome introductif un peu floue, espérons que la suite développe davantage et ouvre de nouveaux horizons. En attendant, un bon premier tome qui donne l'eau à la bouche. *** Tome 2 *** Et voici donc le second volet de cette trilogie ! Moi qui attendait de la surprise et des rebondissements, et bien j'ai été servi ! Car dans ce deuxième opus, ça ne fait pas dans la demi mesure ! On pourrait même parfois reprocher au récit de s'emballer et de frôler le parapet. Certaines scènes s'enchainent tellement vite qu'il m'a fallu reprendre certaines pages pour bien comprendre les enjeux et ce qui se passait. Mais globalement tout se tient et déroule grand train, servi par le dessin de Jef qui pose à merveille ambiances et personnages. C'est sombre et glauque à souhait, maniant un équilibre très juste entre trait, cadrages et colorisation. Le résultat est bluffant. Vivement le tome 3 ! *** Tome 3 *** Voici donc la conclusion de cette trilogie. Une mécanique bien huilée à l'hémoglobine, qui réussit à retomber sur ses pattes sans trop de dommages. Car vu le nombre de personnages et le pourcentage élevé de pertes autorisées, faut s'accrocher pour ne pas perdre le fil. J'ai bien fait de relire le tome 2 avant de m'attaquer à sa conclusion, car son macrocosme et ses différentes parties prenantes sont légion et ventilent dans tous les sens. MétaCitéLyon est en ébullition et ça charcle à tout va ! Jef n'a dans cette série pas son pareil pour retranscrire cette ambiance futuriste sirupeuse et mortifère ; l'immersion est totale ! Une très bonne trilogie de SF bien noire comme je les aime !

18/01/2025 (MAJ le 23/03/2026) (modifier)
Couverture de la série Chère historienne
Chère historienne

J’avais découvert Joff Winterhart sur son précédent album (« Courtes Distances »). Un récit qui m’avait marqué par son dessin sans concession, un humour très anglais et une sensibilité dans l’écriture qui m’avait démontré combien l’auteur aimait ses personnages bien plus grâce à leurs défauts qu’au travers de leurs qualités. « Chère historienne » fait office de confirmation. L’auteur nous offre en effet et à nouveau un double portrait de personnages attachants réunis par la vie malgré une grande différence d’âge et des trajectoires sans similitudes. L’une est historienne et cache une vivacité d’esprit, un humour et sa grande humilité derrière une apparence austère. L’autre travaille pour une boite de production, vient de se faire larguer par son fiancé (en plein enterrement de vie de jeune fille), picole de trop et cherche sa place dans l’univers. Entre les deux va naitre une histoire d’amitié, une connexion profonde alors que la première est sollicitée par la seconde pour animer une série télévisée consacrée à l’Histoire. Les deux personnages n’ont pas une grande opinion d’elles-mêmes mais elles font leur bonhomme de chemin, soucieuses de ne pas déplaire à leur entourage tout en restant fidèles à leur vision des choses. J’ai été très sensible à la douce ironie qui se dégage du récit. Margaret Crypt, l’historienne, pose sur son entourage un regard à la fois tendre et spirituel. J’ai beaucoup aimé ses « décrochages » lors des réunions, durant lesquels elle passe son temps à penser à autre chose ou à observer les autres intervenants. J’ai aimé ce regard sur la vie, la sienne, l’actuelle comme la vie passée, mais aussi celle des autres, sans jugement mais avec amusement. Le dessin de Joff Winterhart est en osmose avec le récit par sa tendance obsessive à aller chercher le petit détail grotesque, à le mettre en avant mais à ne pas le caricaturer. Il y a ainsi des enchainements de cases, des cadrages, des expressions de visage disséminés tout au long du récit qui restent gravés dans ma mémoire bien après ma lecture. La technique employée par l’auteur pour dessiner ses planches offre un rendu assez proche du trait de « Courtes Distances » mais implique une part de hasard (le résultat final n’est visible qu’après réalisation de la planche ou ‘en trichant’, en soulevant une plaque en cours de réalisation pour voir ce que ça donne). Je trouve le procédé intéressant mais j’y vois aussi une certaine logique avec le récit : cette part de hasard qui influence le résultat final vient faire écho à la part de hasard qui oriente la vie des personnages (et, d’une manière plus générale, nos vies à tous). Je regrette certes quelques longueurs mais, dans l’ensemble, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé. Par contre, si vous n’avez pas accroché à « Courtes Distances », je ne vois pas pourquoi vous accrocheriez à cet album, qui offre exactement les mêmes qualités et défauts. Mais pour les autres (Alix, Blue Boy), je ne peux que conseiller ce nouvel opus, qui vient magnifiquement clore la trilogie Bon Jovi de l’auteur (c’est du moins ainsi qu’il l’appelle, démontrant par cette appellation le caractère décalé de son humour).

23/03/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Caroline Choléra
Caroline Choléra

C'est la bande qui m'a fait entrer dans l'univers de Pichard, et par conséquence directe, fait découvrir un grand auteur. Le ton général rappelle beaucoup les productions avec Jacques Lob. Pichard était aussi capable d'adapter des classiques de la littérature tout seul. C'est difficile de mesurer sa contribution narrative. On a l'impression d'être dans un récit qui mélange les aventures loufoques du baron de Munchausen avec la perversion du marquis de Sade. C'est une sorte d'odyssée imaginaire qui est proposée au lecteur. Caroline éprouve directement le voyage à bord d'un train, d'un dirigeable dans le ciel, d'un navire anglais sur la mer. Pichard détourne les codes visuels du conte pour mieux nous faire accepter les péripéties invraisemblables que traversent l'héroïne et son drôle de compagnon à poil. Quand une héroïne comme Dracurella prônait à la même époque le matérialisme et le mariage, Caroline Choléra se veut elle résolument anticonformiste, c'est une femme qui peut vivre sans les hommes mais qui ne cesse de subir leurs outrages. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, il y a un sous texte important chez Pichard, plein de références aussi. J'ai malheureusement rarement lu d'études intéressantes à son sujet.

23/03/2026 (modifier)