Je suis bien content de voir qu'une vieille série de Mitsuru Adachi a enfin été adapté en français et j'espère que ça sera aussi le cas dans le futur avec les titres de cet auteur encore inédit en français. À noter que c'est une des deux séries de type shojos de l'auteur et que l'adaptation en anime a été diffusé en France il y a longtemps.
C'était la deuxième série longue d'Adachi et cela se voit un peu au début de la série. La narration manque un peu de rythme et la romance entre les deux personnages principaux semblent un peu forcée, mais heureusement cela devient vite très bon. On retrouve les éléments qui on fait le succès de l'auteur et qu'il perfectionnera par la suite: de la romance d'adolescents pleins de non-dit, de l'humour, du sport, des personnages humains.....En fait un des problèmes avec Mitsuru Adachi est que c'est le mangaka type qui ne sait pas trop renouveler durant sa carrière et du coup on dirait que ses séries se ressemblent un peu trop. Bon on est encore au début de sa carrière lorsqu'il révolutionnait le manga et qu'il n'était pas en mode pilote automatique alors l'œuvre contient beaucoup de qualités. Disons que si on connait l'œuvre de l'auteur, on est vraiment en terrain connu.
La série se divise en deux parties. La première partie peut se lire comme une longue historie oû le talent dramatique de l'auteur se révèle au fil des pages pour atteindre des sommets lors du match de qualification de baseball. La seconde partie est constituée d'histoires dont le ton est souvent humoristique avec quelques parties plus sérieuses. Le résultat est toujours bon, mais avec quelques défauts. La relation entre les deux personnages principaux fait du surplace (et pendant un moment Adachi semble oublier que l'héroïne est amoureux d'un autre garçon) ce qui donne l'impression qu'on tourne en rond. Et puis vient la fin. J'ai toujours trouvé que l'auteur avait des problèmes pour conclure une œuvre et ici ça doit être le pire exemple. La série s'arrête brutalement sans que rien ne soit vraiment aboutit.
J'ai surtout critiqué la série dans mon avis. Je précise que globalement je me suis amusé. Les gags fonctionnent bien (j'adore le petit ado que personne ne remarque) et il y a des moments qui m'ont émus. C'est surtout que je suis un gros fan d'Adachi et que je suis un peu exigeant avec lui. Disons qu'il y a des défauts qui feront en sorte que si c'est une bonne série, je ne la mets pas dans mes préférés de l'auteur.
Contrapaso est une grande oeuvre. Grande en terme de taille car chaque album est de bonne taille et fait plus de 150 pages pour un récit très dense, presque romanesque. Grande aussi en terme de somme de travail et de soin qui lui a été apportée par son auteure, une Teresa Valero dont je découvre ici le talent.
Cela se passe à Madrid, sous la dictature de Franco dans les années 1950. Les deux héros sont journalistes, spécialisés dans les faits divers. L'un est un vieux de la vieille, ancien phalangiste désabusé qui se dédie désormais à la recherche de la vérité, notamment sur la mort de femmes tuées par ce qui ressemble à un tueur en série, chose qui n'existe officiellement pas dans l'Espagne Franquiste. L'autre est un jeune homme qui vient de revenir en Espagne après avoir fui en France pour échapper à un passé familial et romantique compliqué. Aussi novice soit-il dans le domaine journalistique, il se révèle lui aussi très motivé par la recherche de la vérité, quitte à braver les interdits, et sa forte personnalité va faire des étincelles face à celle de son collègue imposé.
Si ce couple de personnages que tout oppose et qui va finalement apprendre à s'apprécier a des airs de déjà-vu (on pense par exemple au film Seven avec qui il partage une ambiance similaire), on apprécie très vite les personnalités complexes et profondes de ces deux là qui sont loin d'être des stéréotypes et qui ont bien des choses à nous faire découvrir sur leurs origines et motivations.
Graphiquement, j'ai aussi très vite été séduit. Le cadre, les décors détaillés, les costumes, la mise en scène et les couleurs m'ont fait penser à Blacksad, avec de vrais humains. Je n'irais pas jusqu'à les comparer pour de bon car Teresa Valero n'atteint pas la virtuosité de Guarnido, mais c'est pour vous dire à quel point son dessin reste admirable, et surtout agréable à lire. Et maintenir ce niveau de qualité sur plus de 150 pages par album, c'est remarquable.
L'histoire est complexe et surtout très mature. Nous y sommes dans l'ambiance d'un polar noir, avec une bonne part d'historique en sus. Dès le premier tome, plusieurs trames narratives s'entremêlent. Au cœur de l'intrigue, il y a l'enquête policière menée par nos deux journalistes puis une femme venue à leur aide, portant sur une série de morts suspectes visiblement en lien avec le milieu médical et notamment le traitement réservé aux lesbiennes durant les débuts de la dictature, puisque évidemment dans l'Espagne de Franco, le lesbianisme est une maladie qui doit se soigner en toute discrétion. En parallèle, nous en apprenons davantage sur le passé de nos héros, et notamment sur les relations familiales du plus jeune des deux, ainsi que sur une ancienne relation tristement avortée.
Et surtout, ce qui m'a le plus intéressé ici, c'est la mise en scène et la découverte de l'intérieur de la vie sous la dictature franquiste. J'avais eu une vision assez ample de celle-ci grâce à Carlos Gimenez et ses fameux Paracuellos, Barrio et Les Temps Mauvais, auteur à qui Teresa Valero rend d'ailleurs hommage le temps d'un chapitre. Ici, c'est une autre facette qui m'a été présentée, à la fois plus adulte et moins étouffante, et en même temps toujours pleine d'hypocrisie et de contradictions. On y découvre des espagnols divisés et hésitants, ni totalement dans un camp ni totalement dans l'autre, certains d'entre eux passant même radicalement de l'un à l'autre. On y découvre surtout une Espagne lasse de sa dictature et où l'on sent que l'élite gouvernementale est en train de perdre ses marques. C'est bigrement intéressant et surtout présenté avec beaucoup d'intelligence.
L'auteure s'est beaucoup documentée sur le sujet et elle en profite pour mettre en scène de nombreux personnages certes fictifs mais inspirés de personnes et de situations ayant existé. Cela offre un panel de protagonistes très originaux et qui mériteraient presque tous une histoire rien qu'à eux.
En même temps, cet aspect adulte et riche en informations du récit se ressent dans la narration qui est parfois intense. Le lecteur doit garder son esprit aux aguets pour bien suivre le déroulement du récit et les nombreuses révélations qui ne se font qu'à demi-mot.
Le premier tome tient bien la route sur ce plan là. D'ordinaire, moi qui ne suis pas amateur de polars (j'ai tendance à m'y perdre quand une enquête complexe accumule les non-dits), j'ai trouvé ici que cela passait bien et je m'étais suffisamment bien attaché aux personnages et au contexte pour bien comprendre l'intrigue, et même pour fortement apprécier sa mise en scène parfois cinématographique, avec quelques ellipses surprenantes et pourtant claires et logiques.
Le second tome par contre est plus exigeant. La profusion d'informations et de contexte sur l'Espagne Franquiste et son rapport au cinéma et à l'urbanisme peut facilement noyer le lecteur, et la mise en scène n'aide cette fois pas toujours. Une lecture attentive voire une relecture sont nécessaires pour bien tout appréhender, avec malgré tout quelques flous persistants. En cela, ce tome est moins bon que le premier, mais pour le reste, il demeure tout aussi beau et instructif sur cette époque et ces lieux.
C'est du grand art, tant sur le plan du dessin que de la narration et de l'intérêt de l'intrigue et des personnages. Chaque tome est particulièrement dense, constituant à lui seul un épais one-shot avec une histoire complète qui se suffit à elle-même. Mais il s'agit bien aussi d'une série à suivre, une trilogie où l'on suit les mêmes personnages et où une enquête en fil rouge relie chacun et dont on n'aura le fin mot que dans le dernier tome.
Il est à noter Mais la fin de l'album ouvre la porte vers une suite et je retrouverai avec plaisir ses héros et son cadre si particulier pour de nouvelles aventures et enquêtes.
J'ai été plutôt séduit par cette BD. J'ignorais tout de sa paire d'auteur, mais elle fonctionne bien. Elle contient une somme de qualités essentielles, et j'ai pris du plaisir à la lire.
D'abord, le dessin, comme toujours, car c'est lui qui force ma décision au moment de passer à la caisse. Par la seule force d'un joli trait, je peux repartir avec. Alors oui, bien sur, il y a quand même d'autres facteurs, comme le thème qui peut être rédhibitoire, mais en règle générale, je le redis : c'est le dessin qui a le premier et le dernier mot. Dans Malanotte, Laura La Came déploie un univers tout à fait personnel en mêlant la force du charbon pour l’ambiance fantastique (dans tous les sens du terme) à l’élégance d’un trait fin et précis, plus fouillé, plus minutieux, histoire d’ancrer cette histoire dans une réalité que nous, lecteurs-trices sommes susceptible de connaitre. Je trouve que tout cela fonctionne à merveille et nous gratifie de plusieurs très belles planches sur lesquelles on s’arrête longuement.
Le scénario n’est pas en reste. Il prend le temps de s’installer, laissant progressivement monter un malaise de plus en en plus lourd. L’histoire n’est pas située géographiquement et pourrait se dérouler n’importe où, mais il y a un petit parfum d’Italie qui flotte, ne serait-ce qu’à travers les noms des personnages. Mais l’Italie des petits villages, avant l’avènement du portable, l’Italie des croyances et superstitions populaires. Le final laisse un petit goût d’inachèvement, certes, et on referme Malanotte avec la sensation d’émerger d’un mauvaise rêve poisseux, mais l’effet est volontaire, et très bien vu à mon sens. La fin propose plus qu’elle ne résout, ce qui colle parfaitement à cette atmosphère cauchemardesque.
Sur ce coup-là, je ne vais pas bouder mon plaisir. Et j’espère bien croiser à nouveau la route de Laura La Came…
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire Les Indes fourbes. Déjà parce que Guarnido… voilà. Presque pas besoin d'en dire plus, mais quand même (parce que c'est le but ici !) : Son dessin est plein de vie, d’énergie et d’expressivité. Les trognes, les postures, les décors, les foules, les petites scènes de comédie au détour d’une case : c’est riche, vivant, et ça pousse à s'attarder sur les planches pour être sûr de ne rien louper.
Côté scénario, Ayroles ne réinvente peut-être pas la roue (on est dans du grand récit d’aventures picaresque), mais c’est bien huilé. On se laisse embarquer dès le départ, et ça enchaîne les rebondissements avec une vraie maîtrise du rythme. Pablos, ce gredin ambitieux qui vise haut, est à la fois agaçant et drôle. Les personnages qui gravitent autour sont tout aussi truculents.
Bref : un album généreux, malin, superbement mis en images.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Hiatari Ryôkô ! Une vie nouvelle
Je suis bien content de voir qu'une vieille série de Mitsuru Adachi a enfin été adapté en français et j'espère que ça sera aussi le cas dans le futur avec les titres de cet auteur encore inédit en français. À noter que c'est une des deux séries de type shojos de l'auteur et que l'adaptation en anime a été diffusé en France il y a longtemps. C'était la deuxième série longue d'Adachi et cela se voit un peu au début de la série. La narration manque un peu de rythme et la romance entre les deux personnages principaux semblent un peu forcée, mais heureusement cela devient vite très bon. On retrouve les éléments qui on fait le succès de l'auteur et qu'il perfectionnera par la suite: de la romance d'adolescents pleins de non-dit, de l'humour, du sport, des personnages humains.....En fait un des problèmes avec Mitsuru Adachi est que c'est le mangaka type qui ne sait pas trop renouveler durant sa carrière et du coup on dirait que ses séries se ressemblent un peu trop. Bon on est encore au début de sa carrière lorsqu'il révolutionnait le manga et qu'il n'était pas en mode pilote automatique alors l'œuvre contient beaucoup de qualités. Disons que si on connait l'œuvre de l'auteur, on est vraiment en terrain connu. La série se divise en deux parties. La première partie peut se lire comme une longue historie oû le talent dramatique de l'auteur se révèle au fil des pages pour atteindre des sommets lors du match de qualification de baseball. La seconde partie est constituée d'histoires dont le ton est souvent humoristique avec quelques parties plus sérieuses. Le résultat est toujours bon, mais avec quelques défauts. La relation entre les deux personnages principaux fait du surplace (et pendant un moment Adachi semble oublier que l'héroïne est amoureux d'un autre garçon) ce qui donne l'impression qu'on tourne en rond. Et puis vient la fin. J'ai toujours trouvé que l'auteur avait des problèmes pour conclure une œuvre et ici ça doit être le pire exemple. La série s'arrête brutalement sans que rien ne soit vraiment aboutit. J'ai surtout critiqué la série dans mon avis. Je précise que globalement je me suis amusé. Les gags fonctionnent bien (j'adore le petit ado que personne ne remarque) et il y a des moments qui m'ont émus. C'est surtout que je suis un gros fan d'Adachi et que je suis un peu exigeant avec lui. Disons qu'il y a des défauts qui feront en sorte que si c'est une bonne série, je ne la mets pas dans mes préférés de l'auteur.
Contrapaso
Contrapaso est une grande oeuvre. Grande en terme de taille car chaque album est de bonne taille et fait plus de 150 pages pour un récit très dense, presque romanesque. Grande aussi en terme de somme de travail et de soin qui lui a été apportée par son auteure, une Teresa Valero dont je découvre ici le talent. Cela se passe à Madrid, sous la dictature de Franco dans les années 1950. Les deux héros sont journalistes, spécialisés dans les faits divers. L'un est un vieux de la vieille, ancien phalangiste désabusé qui se dédie désormais à la recherche de la vérité, notamment sur la mort de femmes tuées par ce qui ressemble à un tueur en série, chose qui n'existe officiellement pas dans l'Espagne Franquiste. L'autre est un jeune homme qui vient de revenir en Espagne après avoir fui en France pour échapper à un passé familial et romantique compliqué. Aussi novice soit-il dans le domaine journalistique, il se révèle lui aussi très motivé par la recherche de la vérité, quitte à braver les interdits, et sa forte personnalité va faire des étincelles face à celle de son collègue imposé. Si ce couple de personnages que tout oppose et qui va finalement apprendre à s'apprécier a des airs de déjà-vu (on pense par exemple au film Seven avec qui il partage une ambiance similaire), on apprécie très vite les personnalités complexes et profondes de ces deux là qui sont loin d'être des stéréotypes et qui ont bien des choses à nous faire découvrir sur leurs origines et motivations. Graphiquement, j'ai aussi très vite été séduit. Le cadre, les décors détaillés, les costumes, la mise en scène et les couleurs m'ont fait penser à Blacksad, avec de vrais humains. Je n'irais pas jusqu'à les comparer pour de bon car Teresa Valero n'atteint pas la virtuosité de Guarnido, mais c'est pour vous dire à quel point son dessin reste admirable, et surtout agréable à lire. Et maintenir ce niveau de qualité sur plus de 150 pages par album, c'est remarquable. L'histoire est complexe et surtout très mature. Nous y sommes dans l'ambiance d'un polar noir, avec une bonne part d'historique en sus. Dès le premier tome, plusieurs trames narratives s'entremêlent. Au cœur de l'intrigue, il y a l'enquête policière menée par nos deux journalistes puis une femme venue à leur aide, portant sur une série de morts suspectes visiblement en lien avec le milieu médical et notamment le traitement réservé aux lesbiennes durant les débuts de la dictature, puisque évidemment dans l'Espagne de Franco, le lesbianisme est une maladie qui doit se soigner en toute discrétion. En parallèle, nous en apprenons davantage sur le passé de nos héros, et notamment sur les relations familiales du plus jeune des deux, ainsi que sur une ancienne relation tristement avortée. Et surtout, ce qui m'a le plus intéressé ici, c'est la mise en scène et la découverte de l'intérieur de la vie sous la dictature franquiste. J'avais eu une vision assez ample de celle-ci grâce à Carlos Gimenez et ses fameux Paracuellos, Barrio et Les Temps Mauvais, auteur à qui Teresa Valero rend d'ailleurs hommage le temps d'un chapitre. Ici, c'est une autre facette qui m'a été présentée, à la fois plus adulte et moins étouffante, et en même temps toujours pleine d'hypocrisie et de contradictions. On y découvre des espagnols divisés et hésitants, ni totalement dans un camp ni totalement dans l'autre, certains d'entre eux passant même radicalement de l'un à l'autre. On y découvre surtout une Espagne lasse de sa dictature et où l'on sent que l'élite gouvernementale est en train de perdre ses marques. C'est bigrement intéressant et surtout présenté avec beaucoup d'intelligence. L'auteure s'est beaucoup documentée sur le sujet et elle en profite pour mettre en scène de nombreux personnages certes fictifs mais inspirés de personnes et de situations ayant existé. Cela offre un panel de protagonistes très originaux et qui mériteraient presque tous une histoire rien qu'à eux. En même temps, cet aspect adulte et riche en informations du récit se ressent dans la narration qui est parfois intense. Le lecteur doit garder son esprit aux aguets pour bien suivre le déroulement du récit et les nombreuses révélations qui ne se font qu'à demi-mot. Le premier tome tient bien la route sur ce plan là. D'ordinaire, moi qui ne suis pas amateur de polars (j'ai tendance à m'y perdre quand une enquête complexe accumule les non-dits), j'ai trouvé ici que cela passait bien et je m'étais suffisamment bien attaché aux personnages et au contexte pour bien comprendre l'intrigue, et même pour fortement apprécier sa mise en scène parfois cinématographique, avec quelques ellipses surprenantes et pourtant claires et logiques. Le second tome par contre est plus exigeant. La profusion d'informations et de contexte sur l'Espagne Franquiste et son rapport au cinéma et à l'urbanisme peut facilement noyer le lecteur, et la mise en scène n'aide cette fois pas toujours. Une lecture attentive voire une relecture sont nécessaires pour bien tout appréhender, avec malgré tout quelques flous persistants. En cela, ce tome est moins bon que le premier, mais pour le reste, il demeure tout aussi beau et instructif sur cette époque et ces lieux. C'est du grand art, tant sur le plan du dessin que de la narration et de l'intérêt de l'intrigue et des personnages. Chaque tome est particulièrement dense, constituant à lui seul un épais one-shot avec une histoire complète qui se suffit à elle-même. Mais il s'agit bien aussi d'une série à suivre, une trilogie où l'on suit les mêmes personnages et où une enquête en fil rouge relie chacun et dont on n'aura le fin mot que dans le dernier tome. Il est à noter Mais la fin de l'album ouvre la porte vers une suite et je retrouverai avec plaisir ses héros et son cadre si particulier pour de nouvelles aventures et enquêtes.
Malanotte - La Malédiction de la Pantafa
J'ai été plutôt séduit par cette BD. J'ignorais tout de sa paire d'auteur, mais elle fonctionne bien. Elle contient une somme de qualités essentielles, et j'ai pris du plaisir à la lire. D'abord, le dessin, comme toujours, car c'est lui qui force ma décision au moment de passer à la caisse. Par la seule force d'un joli trait, je peux repartir avec. Alors oui, bien sur, il y a quand même d'autres facteurs, comme le thème qui peut être rédhibitoire, mais en règle générale, je le redis : c'est le dessin qui a le premier et le dernier mot. Dans Malanotte, Laura La Came déploie un univers tout à fait personnel en mêlant la force du charbon pour l’ambiance fantastique (dans tous les sens du terme) à l’élégance d’un trait fin et précis, plus fouillé, plus minutieux, histoire d’ancrer cette histoire dans une réalité que nous, lecteurs-trices sommes susceptible de connaitre. Je trouve que tout cela fonctionne à merveille et nous gratifie de plusieurs très belles planches sur lesquelles on s’arrête longuement. Le scénario n’est pas en reste. Il prend le temps de s’installer, laissant progressivement monter un malaise de plus en en plus lourd. L’histoire n’est pas située géographiquement et pourrait se dérouler n’importe où, mais il y a un petit parfum d’Italie qui flotte, ne serait-ce qu’à travers les noms des personnages. Mais l’Italie des petits villages, avant l’avènement du portable, l’Italie des croyances et superstitions populaires. Le final laisse un petit goût d’inachèvement, certes, et on referme Malanotte avec la sensation d’émerger d’un mauvaise rêve poisseux, mais l’effet est volontaire, et très bien vu à mon sens. La fin propose plus qu’elle ne résout, ce qui colle parfaitement à cette atmosphère cauchemardesque. Sur ce coup-là, je ne vais pas bouder mon plaisir. Et j’espère bien croiser à nouveau la route de Laura La Came…
Les Indes fourbes
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire Les Indes fourbes. Déjà parce que Guarnido… voilà. Presque pas besoin d'en dire plus, mais quand même (parce que c'est le but ici !) : Son dessin est plein de vie, d’énergie et d’expressivité. Les trognes, les postures, les décors, les foules, les petites scènes de comédie au détour d’une case : c’est riche, vivant, et ça pousse à s'attarder sur les planches pour être sûr de ne rien louper. Côté scénario, Ayroles ne réinvente peut-être pas la roue (on est dans du grand récit d’aventures picaresque), mais c’est bien huilé. On se laisse embarquer dès le départ, et ça enchaîne les rebondissements avec une vraie maîtrise du rythme. Pablos, ce gredin ambitieux qui vise haut, est à la fois agaçant et drôle. Les personnages qui gravitent autour sont tout aussi truculents. Bref : un album généreux, malin, superbement mis en images.