Les derniers avis (27 avis)

Couverture de la série Le Dernier Atlas
Le Dernier Atlas

Eh bien, que voilà une série vraiment emballante, bien fichue ! J’ai un temps cru que l’empilement des thèmes abordés durant le récit allait le rendre indigeste, ou allait le faire partir dans tous les sens, c’est-à-dire n’importe où. Car il y a des tonnes de sujets abordés ! La guerre d’Algérie et ses conséquences, les enjeux post-coloniaux à propos du contrôle de certaines ressources, les luttes sociales actuelles (ZAD, fermeture de certains sites industriels entre autres), les relations internationales (avec le pays émergent qu’est l’Inde par exemple, ou autour des relations Franco algériennes), les enjeux autour du nucléaire, etc. Et avec cet arrière-plan des plus riches, les auteurs ont bâti un récit uchronique (autour de l’usage de ces robots géants, mais pas que – voir Fillon président…) et surtout un récit qui commence comme un polar (et le reste aussi en grande partie dans les deux derniers tomes, même si cet aspect s’efface peu à peu). Un récit très riche donc, mais finalement équilibré. Même si certains détails m’ont un peu moins convaincu : la quête familiale de Tayeb – surtout dans le dernier tome, mais aussi les allers-retours entre France et Algérie un chouia trop « facile » pour le chef mafieux « dieu-le-père ». Mais ce sont des bémols mineurs, compensés largement par la richesse de l’intrigue, une narration aérée et fluide, et des personnages finalement pas si monolithiques que ça (Tayeb en tête). Mais bon, ça reste quand même un chouette série, que j’ai dévoré d’une traite – une longue traite quand même, parce que chaque tome offre une pagination conséquente.

31/01/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Jeune et fauchée
Jeune et fauchée

?Quand on nait avec une cuillère d’argent dans la bouche, on croit être préservé à vie des problèmes de fric, et on imagine encore moins être un jour concerné par la pauvreté. C’est pourtant ce qui est arrivé à Florence Dupré la Tour, comme elle le raconte dans ce témoignage rare, à peine croyable. Après « Cruelle », « Pucelle » et « Jumelle », l'autrice poursuit son parcours autobiographique avec cette fois pour thématique, comme le suggère le titre, son rapport à l’argent. Comment pourrait-on être désargentée et pauvre quand on vient d’un milieu bourgeois où l’entre-soi est soigneusement préservé, quitte à arranger des mariages consanguins, en ayant passé toute son enfance dans une magnifique demeure entouré d’un vaste jardin ? C’est pourtant bien ce qu’elle a vécu, « Mâââdemoiselle » Dupré la Tour. La dèche, la vraie, comme n’importe quel déclassé social, n’importe quel « gueux », à tirer le diable par la queue chaque fin de mois. Avec son patronyme à rallonge qui en impose à tous les « Dupont-Martin » de base, on pourrait hausser les épaules et juste se dire, elle doit être un peu mytho la meuf… C’est sans compter sur son talent de conteuse, car il faut le dire, on est immédiatement embarqué dans cette histoire où à plusieurs reprises il y a de quoi tomber de sa chaise. Dans un style crobardesque, qui fonctionne très bien par son côté expressif et évocateur — et on sait très bien que depuis Reiser, il faut un certain talent pour faire du « moche », un parti pris parfaitement maîtrisé aujourd'hui par des auteurs comme Lefred-Thouron ou Marion Montaigne — Florence Dupré la Tour va dérouler son récit, avec humour et une sincérité qui l’honore. Ce problème de thune commencera à l’adolescence, où le désir d’indépendance se manifeste très naturellement. Mais si maman refuse d’accorder un minimum d’argent de poche à sa progéniture, cela devient vite problématique. C’est ainsi que Florence, à l’âge de 17 ans, va se retrouver à errer dans les rues comme une pauvrette en compagnie de sa sœur jumelle Bénédicte, contrainte de fouiller dans les fontaines en espérant trouver de quoi de se payer un coca… pour deux ! Le début d’une longue galère où elle connaîtra ensuite, après des débuts difficile dans la bande dessinée, l’angoisse de se retrouver à la rue, contrainte de vivre dans un appartement aux murs moisis avec ses deux enfants en bas âge, sans aucun soutien financier de parents indifférents à sa souffrance. Il serait pourtant difficile d’y voir un récit à charge, celui-ci ayant davantage une fonction exutoire. L’autrice ne fait jamais montre d’acrimonie (même si on sent une part de colère, y compris contre elle-même), elle s'efforce d’être factuelle, confirmant qu’on peut avoir des oursins dans les poches tout en étant pété de thunes. Bien au contraire, cette dernière explique, un peu honteuse, qu’elle ne pouvait s’empêcher d’avoir de l’admiration pour ses géniteurs, lesquels ne lui ont pourtant pas fait de cadeaux ni soutenu dans ses choix. Elle fait même preuve de compréhension à leur égard. Non, c’est sûr, ses parents n’étaient pas des salauds. Peut-être étaient-ils eux-mêmes victimes de leur éducation bourgeoise, qui leur avait appris à considérer comme vulgaire le fait de s’épancher sur leurs états d’âme. Dans ce milieu, il est mal vu de demander de l’aide, il n’y a que les pauvres qui peuvent faire ça ! Bien élevée, « Mademoiselle Florence » avait appris à la fermer sans réclamer : rester digne à tout prix, c’était tout ce qui comptait, surtout quand on avait cette chance de porter un patronyme de noble ! Cette bande dessinée expose à la lumière un milieu finalement assez méconnu et qui a plutôt tendance à pratiquer le secret et l’entre soi — on ne sait jamais, ça pourrait donner des idées aux gueux qui sont à leurs portes et convoitent le magot. Une question revient souvent au cours des pages : comment ses proches ont-ils accueilli le livre ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que le portrait n’est pas des plus flatteurs, même si la conclusion du livre vient tempérer cette impression. « Jeune et fauchée », qui aborde en filigrane le statut difficile de bédéiste, s’avère un récit passionnant que l’on dévore littéralement, la rareté du sujet (être "bourgeois" et pauvre à la fois) en renforçant l’intérêt. De par son style aussi bien graphique que narratif, j’y ai trouvé beaucoup de similitudes avec cet album de Carole Lobel, En territoire ennemi (paru en 2024 chez L’Association), qui traite de façon tout aussi saisissante des traumatismes résultant d’une relation toxique pour ses victimes. Et tout comme ce dernier, l’ouvrage de Florence Dupré la Tour est un vrai coup de cœur qui touche avant tout par son authenticité.

31/01/2026 (modifier)
Couverture de la série La Maison du canal
La Maison du canal

Je surnote un peu mais j’ai trouvé ma lecture très intéressante (même si pas pressé d’y revenir). Les auteurs me sont quasi inconnus, je me suis lancé dans cette lecture pour le nom de Simenon, bien curieux de découvrir d’autres adaptations de ces romans durs. La neige était sale m’ayant bien titillé. Je suis sorti de ma lecture plutôt comblé niveau attente. Même si rien de sorcier, j’ai vraiment aimé la ligne dur du roman, les personnages ne sont pas attachants mais je les ai mieux saisi que dans l’autre adaptation citée plus haut. L’ambiance m’a rappelé ce que j’aime bien dans les films de Chabrol par exemple (campagne, bourgeoisie, clash). Et cette ambiance est le gros point fort de ce tome. C’est parfaitement séquencé et admirablement mis en images. Je découvre le travail d’Edith, un style faussement simple mais vraiment au service de l’intrigue, son trait ne m’a pas dérangé mais c’est surtout ses tronches et ses couleurs que j’ai trouvé remarquables. C’est gris, c’est morne, ça retranscrit parfaitement la localisation et l’époque. Bref j’ai bien apprécié le fond du roman et le soin apporté à la version bd. 3,5

31/01/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série La Vallée des oubliées
La Vallée des oubliées

La justice et la vengeance sont des choses différentes, petit… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Pierre Dubois pour le scénario Alain Henriet pour les dessins, et Usagi (Patricia Tilkin) pour la mise en couleurs. Il comprend cent-quarante-deux pages de bande dessinée. Quand, à travers les vallées perdues, on voit au loin chevaucher deux cavaliers, l’un derrière l’autre, on sait que l’un poursuit l’autre. À moins qu’il ne soit qu’une ombre, un fantôme que le premier veut fuir… Sur un large chemin dans une vallée arborée, un jeune cavalier avance à une allure tranquille. Il passe au milieu d’un troupeau de paisibles vaches Highland. Il finit par entrer dans Sabbath City, une petite ville avec sa rue principale en terre et les bâtiments en bois. Il remarque les trois montures attachées à la barre devant le saloon. Il y attache la sienne et y pénètre. Il se rend au comptoir et demande un whisky qu’il boit tranquillement, tout en examinant le reflet de la salle dans le grand miroir. Il repère un individu bien portant en train de lever son verre et tenant une dame de petite vertu par la taille, il se vante d’être en train de gagner aux cartes, et il offre sa tournée. Clark pose son verre et dirige vers sa table. Il salue Hart en lui demandant s’il triche toujours. Son interlocuteur ne se démonte pas, reste tranquillement assis et lui rappelle les faits : le fait que Clark ait déçu Winter, leur employeur, qu’il a récolté ce qu’il a semé, œil pour œil et dent pour dent, vengeance sur vengeance. Le jeune cowboy répond qu’il y a eu des coups de trop, et que ce n’était plus la guerre ; il veut savoir où se trouve Winter. Hart se lève et propose de conclure la discussion, tout en mettant sa main sur la crosse de son revolver. Soudain Wells, un autre membre de la bande, fait irruption en disant qu’il est temps de partir. Clark abat Hart et tire sur Wells sans le toucher, ce dernier ressortant. Lorsqu’il se retrouve à l’extérieur, Clark voit la bande s’enfuir en galopant. Une personne leur tire dessus en disant qu’ils ont pillé la banque. Avec fracas, l’attelage de quatre chevaux blancs passe, en tirant la diligence couchée sur le côté. Le shérif arrive à cheval en expliquant qu’il a envoyé Harvey chercher du renfort, et qu’il fait appel aux volontaires : il faut faire vite ou ils les perdront. Mais les fuyards ont mis le feu à une cariole et des caisses en bois, qui forment un barrage au milieu de la grand-rue et l’incendie menace déjà de se propager aux bâtiments : il faut s’en occuper de toute urgence. Clark décide de fausser compagnie à la foule en prenant une ruelle transversale, partant en passant par le cimetière. Il finit par rejoindre la route et il remarque un foulard rouge attaché à un arbre : il comprend que Winter a laissé ce souvenir à son attention. Il avance tranquillement sur le chemin, et se rend compte que les habitants de Sabbath City sont déjà aux trousses des pillards. Il quitte la route principale pour prendre de la hauteur et il comprend que la bande a laissé quelques gars derrière en guet-apens pour couvrir la retraite. Les villageois vont tomber dans le piège. Un beau jeune homme, Clark, au passé condamnable, s’étant révolté contre Winter un chef d’une bande de pillards, sanguinaire, sans foi ni loi, habile avec une arme à feu, et solitaire dans sa quête de vengeance, le lecteur comprenant que sa famille a été massacrée sur les ordres de Winter. C’est parti pour une histoire de vengeance avec un héros mâle et fringuant, téméraire et plus futé que les autres. Au bout d’un trentaine de pages, il sauve un Amérindien, Shee-Ke-Ah, grièvement blessé, et au bout d’une quarantaine de pages, il est lui-même grièvement blessé. Et recueilli par un groupe de femmes vivant à l’écart dans la vallée des oubliées. Une trame classique avec un personnage principal tenant un premier rôle tout aussi classique. La première planche offre un spectacle très sympathique au lecteur : superbe paysage, avec le relief particulier de cet endroit, une végétation identifiable, une succession de paysages invitant à la promenade, ou à la balade à cheval, ce très beau relief vallonné, le large chemin dans la forêt clairsemée, le troupeau de vaches avec ces longues cornes si caractéristiques, le village de l’Ouest avec ses baraques en bois. Par la suite, les auteurs vont encore offrir de belles promenades au lecteur : le cimetière aux tombes très sommaires, de nouvelles chevauchées dans d’autres paysages naturels, la découverte du village fortifié de la vallée des oubliées, etc. Certes, il est question de violence, des coups de feu sont échangés, des hommes meurent, des victimes innocentes sont abattues sans état d’âme. D’un autre côté, la narration visuelle apparaît très propre sur elle : traits de contour précis et réguliers, rehaussés par des traits tout aussi propres pour marquer les textures et renforcer le relief à l’intérieur des formes délimitées. L’artiste montre les choses de manière factuelle, sans verser dans l’expressionnisme ou l’impressionnisme, des représentations descriptives minutieuses et détaillées. Le lecteur peut ainsi s’attarder sur la végétation et les plantes, les poches sur la selle du cheval, la forme des bouteilles au comptoir, les différences de morphologie des troncs d’arbre, la variété des robes de ces dames oubliées à l’exception de la salopette pour la jeune adolescente Do, les accessoires et outils visibles au fur et à mesure de la découverte du village fortifié, le bardas du colporteur Scurly et sa toque de fourrure, la nourriture du petit-déjeuner à la table de Ma Joe, l’ameublement sommaire de la chambre d’hôtel à Warlock, etc. Ce rendu graphique donne l’impression que tout est propre, neuf même si parfois rustique, et souvent bien rangé, bien ordonné. Toutefois… Toutefois, cette bande dessinée raconte et montre des moments durs dont l’apparence propre des dessins n’atténuent pas la brutalité. Certes, en page treize quand Clark abat Hart, il est en état de légitime défense, et la petite touche rouge qui apparaît dans le dos du pillard semble plus une convention visuelle qu’une description factuelle. De même l’incendie en pleine rue impressionne par la hauteur des flammes, sans vraiment dégager une chaleur intense ou donner la sensation d’être menaçant au point de se propager rapidement. Le ressenti du lecteur se trouve modifié en page vingt-deux quand il voit de manière toute aussi factuelle une balle traverser la tempe droite d’un homme et le sang gicler de l’autre côté du visage. L’extraction, sans anesthésie bien sûr, de la balle dans le torse de Shee-Ke-Ah, conscient tout du long, s’avère également visuellement éprouvante. Quand les bushwhackers à cheval tirent calmement sur deux femmes puis un enfant à quelques mètres, leur cruauté et leur manque d’empathie frappent le lecteur de plein fouet : la violence a perdu son caractère aseptisé et propre, pour devenir des actes ignominieux sur des individus sans défense, la manifestation immonde de l’exercice de la force par des individus dépourvus de toute considération pour n’importe quel autre être humain, une abomination abjecte. Le lecteur prend ainsi conscience de la qualité d’une narration visuelle impeccable. L’artiste dessine avec un souci des éléments concrets, de montrer chaque environnement de manière détaillée, qu’il s’agisse d’un moment bucolique ou poétique, ou d’actes barbares dans une lutte sans merci, ou une action d’extermination. Il n’y a qu’à voir la quarantaine de pillards chargeant à cheval sur le village fortifié de Ladies’ Valley, chacun différent de l’autre, tous positionnés de manière à ce que les autres disposent d’assez de place pour évoluer : une vraie composition prenant en compte les paramètres concrets d’une telle situation. Dans le même ordre d’idée, l’assaut sur Ladies’ Valley se déroule pendant une vingtaine de pages, et la conception du plan de prise de vues intègre la disposition relative de chaque bâtiment, le déplacement de chacun, la progression du groupe, la formation de poches de résistance, les modalités d’attaque en fonction des constructions et de leur fonction. Une séquence qui doit sa qualité narrative aussi bien au scénariste qu’au dessinateur. Rapidement, le lecteur se rend compte que l’intrigue présente des caractéristiques qui la différencie d’un récit classique d’un héros viril prompt à sauver la veuve et l’orphelin, et à châtier les prédateurs. Clark se révèle incapable de tout arrêter tout seul, voire il sait quand son intervention sera inefficace, et il évite alors de se mettre en danger. Alors qu’il vient de faire la preuve qu’il connaît bien la stratégie habituelle de Winter et de ses bushwhackers, il se fait quand même avoir dans un guet-apens similaire en tout point. Il ne doit son salut qu’à l’intervention des femmes de Ladies’ Valley, entre autres à une adolescente et une squaw âgée. Il découvre même qu’elles tirent à l’arme à feu, aussi bien que lui. Il se fait avoir une autre fois par une femme qui l’a mené par le bout du nez. Il a également beaucoup de choses à apprendre de Scurly, aventurier chevronné. Il se montre impitoyable et agressif, qualités qui lui permettent de survivre et de mener sa vengeance à son terme, et même d’envisager sa poursuite… pas tout à fait le héros au cœur pur et aux valeurs morales irréprochables. Le lecteur familier du scénariste remarque qu’en toile de fonds, il reprend le principe du riche propriétaire terrien (ici il s’appelle Henry Adams Martineau) qui harcèle les petits fermiers, jusqu’à les éliminer si nécessaire pour agrandir son exploitation, intrigue similaire à celle de Texas Jack (2018) avec Dimitri Armand. Un western dont les dessins clairs et propres donnent l’impression d’une lecture tout public, pour une intrigue linéaire mettant en scène un héros au cœur pur. À la lecture, le récit prend plus de saveurs, apparaît plus adulte, entre ce jeune homme vaillant et intrépide, animé par un solide désir de vengeance, ne devant sa survie qu’à un groupe de femmes et un mentor plus âgé, des dessins qui montrent toute l’horreur des tueries et des exécutions sommaires, contrastant avec la beauté et la richesse des paysages. Une chevauchée mouvementée, conflictuelle, sous l’emprise de la loi du plus fort.

31/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Missié Vandisandi
Missié Vandisandi

J’ai toujours aimé Hermann et cette BD, dans son style classique avec une claire delineation des sujets et couleurs vives ne m’a pas déçu du tout. ( en défaut des couleurs directes qui est à la Mode maintenant chez Hermann ) Une histoire pas tout à fait banale, sans toute la violence exagérée, comme par exemple un Jeremiah, est hors norme . Même si cette histoire date des années 90 elle est toujours courante. Nos héritages Coloniaux ne disparaîtront jamais, pour le bien ou le Mal. J’encourage les lecteurs à lire cette histoire et à se trouver reposés sans trop de maux de Tête ! Même si cette histoire n’a pas de vraie conclusion, elle raconte une histoire, d’une personne, et de ces relations qu’on pourrait facilement croiser dans la rue, sans savoir leur Histoire, ou ce qui s’est passé dans leur vie. Mr. Tout le monde en BD. Bien fait pour la période et toujours valable. Faut dire que depuis mon absence prolongée de mes lectures BD, et un retour depuis quelques années, ça me fait revivre le neuvième art qui est tellement important dans nos cultures Francophones . Belgique, France, Canada.

30/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Souffler sur le feu - Violences passées et à venir en Inde
Souffler sur le feu - Violences passées et à venir en Inde

Je retrouve ici Joe Sacco dans un registre connu, mais sur un sujet qui diffère de ses centres d’étude habituels (ex-Yougoslavie, conflit israélo-palestinien, amérindiens), puisqu’il s’intéresse avec cet album à un conflit violent entre Hindous et Musulmans dans un état du Nord de l’Inde. Ici son documentaire ressemble énormément à une enquête policière, réalisée avec bonhommie, en donnant la parole à toutes les parties, en essayant tant que faire se peut de croiser les témoignages, vérifier les sources, aller sur place pour doter le récit d’un fond solide. Et le fait est que la lecture est à la fois intéressante, vivante, et instructive. Sacco pointe bien les arrière-plans (conflits de classe, intérêts électoraux, corruption endémique de la police locale, viols impunis et plus généralement femmes discriminées, etc.) qui ne font qu’alimenter un feu qui couve dans cette région depuis l’indépendance. Et Modi, qui apparait à la fin de l’enquête, n’a eu de cesse depuis l’écriture de cet album, d’user du nationalisme et du racisme pour conforter son pouvoir, jetant les Hindous contre les Musulmans. Au milieu du désastre, il est toujours réconfortant – et désespérant à la fois hélas – d’entendre des voix mesurées, prônant l’entente entre Musulmans et Hindous. Mais, comme le montre ce récit, ces voix sont souvent recouvertes par le bruit de la haine et de la bêtise (de la mauvaise foi aussi). C’est encore un très bon reportage BD de Sacco, dont le dessin, toujours aussi fluide et agréable, accompagne très bien un propos simple et efficace.

30/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Donald's Happiest Adventures
Donald's Happiest Adventures

Forts du succès de Mickey's Craziest Adventures, Trondheim et Keramidas ont retenté l'aventure deux ans plus tard avec cet album. Tout comme pour l'album précédent ils prétextent la redécouverte miraculeuse d'une vieille série perdue en brocante, mais contrairement à ce premier album ici l'histoire est complète. Pas de trous dans la narration, on va pouvoir suivre l'aventure dans son intégralité. On pourrait regretter la disparition d'une des composantes essentielles du projet originel, à savoir l'aventure volontairement décousue et morcelée, mais j'ai personnellement trouvé que l'esthétique rétro conservait le charme recherché. En tout cas je n'ai pas pleuré ce changement. Il faut dire aussi que l'album a tout simplement mieux réussi à faire mouche chez moi, dans quasiment tous les domaines. Déjà, chose essentielle : c'est drôle. Le premier album était drôle mais se renouvelait peu, me paraissait trop convenu dans son humour. Ici, même avec relecture, j'avoue avoir ri à gorge déployée lors de certains gags bien trouvés - Et n'est-ce pas l'un des meilleurs compliments que l'on puisse faire à un album comique ? Le fil rouge est mieux tenu, la narration et les péripéties s'éparpillent moins dans tous les sens, bref le récit me semble plus canalisé. C'est un bon point car l'album peut ici mieux profiter de gags de répétitions, ou se permettre d'instaurer quelques set-ups pour des gags futurs. Et puis, ce projet de quête du bonheur aux quatre coins du monde par un personnage connu pour être l'incarnation même de l'égoïsme et du mauvais caractère c'est quand-même assez sympathique. D'autant plus que la recherche de ce bonheur se permet, chose évidente mais tout de même à saluer, quelques petits passages réflexifs bienvenus. Un bon album. Sans aucune hésitation une meilleure aventure que l'album précédent. (Note réelle 3,5)

30/01/2026 (modifier)
Couverture de la série La Cour des Miracles
La Cour des Miracles

La Cour des Miracles est une très solide bande dessinée d’aventure historique, portée par un univers particulièrement riche. Le choix de s’ancrer dans le « monde d’en bas », structuré, organisé et régi par ses propres règles, fonctionne pleinement. Le contraste avec le pouvoir royal et les élites est bien exploité, tout comme les jeux d’influence et les manœuvres politiques nécessaires à la survie de cette contre-société. Le contexte historique constitue une réelle plus-value, sans jamais alourdir la lecture. On reste avant tout sur un récit d’action et d’intrigues, fluide et efficace, qui privilégie le rythme et la tension dramatique. Les personnages sont soignés, tant sur le plan graphique que narratif : aucune figure caricaturale, peu de manichéisme, et une subtilité appréciable malgré une approche clairement romancée. Le dessin accompagne parfaitement le propos. Il est appliqué, lisible et très attentif à la restitution des décors, des corps et de la misère omniprésente, élément central du récit. L’ensemble dégage une vraie cohérence visuelle et narrative. Une bande dessinée dense, immersive, et clairement marquante.

30/01/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Soli Deo Gloria
Soli Deo Gloria

Un peu dur de passer après autant d'avis positif ! Rien qu'en regardant l'album on voit que l'éditeur fait des efforts pour qu'il sorte du lot. Il est plus grand et plus luxueux que les albums normaux qui sortent chez Dupuis. Au vu du résultat, je pense que c'est mérité. Le scénario parle de la création artistique et il est passionnant à lire. J'ai bien aimé lire l'histoire de ces jumeaux unis qui finiront par prendre des chemins séparés. Le dessin est vraiment remarquable. Chaque page est une merveille pour les yeux ! Il y a quand même un truc qui m'a un peu gêné qui fait que je ne considère pas ce one-shot comme culte est que je ne me suis pas particulièrement attaché aux personnages. Or pour moi c'est primordiale que je ressente quelque chose pour eux. Il y a des moments remplis d'émotions qui m'ont laissé de marbre (la fin notamment ou ce qui arrive à la fin de l'avant-dernière partie). Je voulais savoir ce qui allait arriver ensuite aux jumeaux, mais à aucun moment je n'ai pleuré sur leur sort. Comme le dit Cleck, cela rappelle les films de Kubrick où tout est irréprochable au niveau de la technique, mais ça manque de chaleur humaine.

30/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Paysans - Le Champ des possibles
Paysans - Le Champ des possibles

Je vais arrondir aux quatre étoiles (ressenti 3,5), car l’album est objectivement intéressant, sincère, et porte de belles valeurs. Mais certaines petites choses m’ont un chouia chiffonné. Surtout dans la narration. En effet, je l’ai trouvée un rien trop naïve, peut-être dans le ton, parfois trop « scolaire, didactique », je ne sais pas. Mais bon, ce sont des critiques de détails, l’essentiel est ailleurs. Dans les idées mises en avant – avec lesquelles je me sens en phase. Et dans les personnages pris en exemple – même si c’est parfois succinctement, on a le temps de découvrir et d’admirer leurs parcours. Car la plupart du temps ce sont des « reconversions », des changements de vie, qui impliquent autre chose que simplement changer de culture, autre chose que le simple « travail », c’est parfois autant philosophique que professionnel. Au détour des témoignages, on peut retrouver des idées évoquées dans Les Ignorants, mais surtout, pour les très longs – et intéressants – passages autour du rôle des arbres, dans le superbe album La Vie secrète des arbres (dont je vous recommande chaudement la lecture). En tout cas les exemples présentés ici offrent des pistes à suivre – pour le bien-être des paysans comme de la « planète », un retour à certaines sources pas archaïques. En tout cas un champ des possibles (bon titre au passage !) qui offre plus de perspectives agréables que l’agrobusiness défendu par la FNSEA et les ministres de l’agriculture qui leur sont affiliés (je ne parle même pas des industriels…). Une lecture rapide, mais plutôt revigorante.

29/01/2026 (modifier)