Cet album est une sorte de suite de Palaces, et il en possède les mêmes qualités. J’en suis donc sorti avec le même – bon – ressenti.
Nous suivons donc encore Hureau dans son périple au Cambodge, tenant une sorte de carnet de voyage, mêlant anecdotes sur la société cambodgienne, merveilles de la nature, rencontres diverses et variées. Et galères. Car Hureau s’est fait voler ses papiers (et son carnet de croquis !) et son retour en France va s’en trouver compliqué, avec des tracasseries administratives aggravées par un petit niveau de corruption…
La narration est fluide, agréable, le ton est enjoué et plein d’auto dérision. Et le dessin est encore très agréable.
Voilà donc un nouvel album plaisant de cet auteur qui me plait vraiment beaucoup.
Note réelle 3,5/5.
Les dessins sont très élégants, surtout pour ce qui concerne les arbres et les papillons. Montrer les papillons voler en pleine jungle sans qu'ils paraissent avalés par la sylve est un tour de force. Le savant, sa cousine et collaboratrice et le chasseur d'insecte local forment un trio bien sympathique. Les opposants de basse extraction ne sont pas diabolisés : qui ne comprend qu'on se moque des papillons quand on doit nourrir sa famille ? Mais on ne risque pas de s'attacher à eux parce qu'on ne la voit pas, leur famille, et surtout parce qu'ils sont menaçants, surtout avec les Indiens. Ces derniers par parenthèse ne chassent pas les papillons y voyant les âmes de leurs ancêtres et/ou parce que même si les insectes sont de vrais concentrés en protéines, ils ne sont pas à leur goût.
Les Indiens sont une présence un peu fantomatique de la forêt, ne s'attardant pas jouir de l'hospitalité des écologistes, soit une inversion de la réalité, dans les faits, les peuples premiers sont chez eux, et les autres, leurs hôtes ou les usurpateurs de leurs terres, multinationales, pauvres Blancs et écologistes créant des réserves naturelles débarrassées de ceux qui deviennent réfugiés de la conservation. Dans les faits, nous polluons, nous expulsons, dans nos rêves, nous protégeons. Dans les rêves, on peut même veilleur sur des papillons pas encore trouvés !
Cependant, ce rêve s'enroule autour du sort tragique des Indiens, d'informations autour des papillons programmés pour vivre peu et qui dans les faits, se voient souvent décéder autrement que de leurs belle mort, et entre le rêve et la réalité, se glisse des haikus sur les papillons. Le rêve se rehausse de la peur d'un danger bien réel : la puissance sans guère de contre-pouvoir des multinationales.
Il est judicieux de ne pas préciser les intérêts concrets : plus vague, la fable est plus universelle. Et puis, cela évite de diaboliser, quand on est poète, dans une fiction ou non impacté par les insectes, on les prise. Si on est un paysan ayant peur des ravageurs, quelqu'un ne voulant pas d'insecte chez soi… ou quelqu'un désireux d'investir pour du profit, on ne voit pas l'intérêt d'un papillon qu'on ne trouve d'ailleurs pas. Et donc, le point de vue de tous est bien rendu, mais la beauté et la chaleur humaine font pencher la balance du côté des protecteurs des papillons.
BD légèrement intimidante car se présentant explicitement comme un chef-d'œuvre, l'éditeur ayant soigné les détails et désiré le clinquant du doré.
Mais intimidante ne signifie nullement austère. Il s'agit d'un conte gothique assez terrible, une saga familiale sur un frère et une sœur, sur leur élévation sociale via leur don pour la musique, sur leur relation longtemps fusionnelle. Hymne à la création artistique, il sera question de talent, de travail, d'orgueil, de passion.
Les illustrations sont d'une grande finesse, légèrement enfantines pour ce qui est des personnages, habiles dans leur usage des contrastes du noir et blanc, occasionnellement illuminées de couleurs décrivant la beauté de la musique (cet usage naïf des couleurs n'est pas sans évoquer les Blast de Larcenet).
La réussite de l'ensemble est assez insolente, elle fascine mais ne m'enthousiasme pas totalement : malgré le souffle de la passion omniprésent, demeure principalement l'impression d'un récit trop fabriqué et étonnamment trop naïf dans ses moments de vie. Un peu à la manière du cinéma de Kubrick, l'humilité manque et déshumanise l'œuvre.
Les auteurs me sont quasi inconnus mais chouette première rencontre. Pas de coup de cœur particulier mais moi aussi j’ai trouvé ça très bien. Un western qui déroule, efficace de chez efficace cet album.
J’ai bien eu peur sur quelques détails mais rien à dire sur le fond et la forme.
Les premières planches m’ont fait un peu tiqué niveau trait (un peu trop épais), détail corrigé et qui s’efface vite par la suite tant la science des bons cadrages est là, on enquille les 160 pages comme un goret.
Le lecteur sera emporté par ce microcosme du grand Ouest, un rien classique il est vrai, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien âpre et sauvage.
Le scénariste construit son intrigue autour d’attaques de diligences. On aura droit à tout le toutim : outlaws, shérif, banquier … avec également quelques beaux rôles féminins (finalement les seules qui s’en sortent un peu dans cette histoire).
Malgré son classicisme, le récit réserve quelques surprises appréciables sans que ça fasse surenchères. Il y a sans doute des grosses ficelles mais que le rythme efface ou que le lecteur pardonne tant le plaisir est là.
Sans conteste un tome qui mérite qu’on s’y intéresse, l’ambiance y est vraiment bien rendue.
J'ai accroché, terriblement accroché ! D'abord à ce dessin à la fois génial et bancal. Un dessin qui peut se montré travaillé et parfois presque bâclé. Ca donne un sentiment d'un dessin un peu raide à la base mais très lâché, parfois trop. N'est pas Eiichiro Oda qui veut. Alors il arrive que certains piquent un peu les yeux… Cependant souvent on se prend à admirer les planches ou une case en particulier. Bref j'ai adoré, je suis allé regardé sur notre site bd préféré qu'est bdthèque ce que cet auteur avait publié d'autres. Je suis heureux de cette découverte
Côté scénario les récits de sorcières sont originaux et je me suis facilement laissé emporté. Chaque récit est bien distinct dans son ambiance et ses décors. L'imaginaire déployé est réussi et souvent surprenant. La magie indicible de ces sorcières évite les clichés habituels avec une dimension mystique, parfois inquiétante, qui fonctionne très bien dans chacun des 2 tomes. A noter que le 1er récit est peut être le moins réussi (tant niveau dessin que scénario).
Je vous recommande cette bd pour son graphisme et si vous aimez les récits (de sorcières) inspirants !
Le Yémen est connu pour sa pauvreté, ses guerres et parfois aussi pour sa pratique dure de la religion. Cette bande dessinée nous offre une porte d’entrée unique à travers le destin de différentes femmes au Yémen.
En 2012, Agnès Montanari part en photo-reportage au Yémen et rencontre Aïcha, une yéménite d’apparence comme les autres femmes, voilée de la tête au pied, et avec qui elle se lie soudainement d’amitié. Aïcha lui fait par la suite rencontrer d’autres femmes qui lui conteront leurs vies, leurs aspirations ainsi que les difficultés d’être une femme au Yémen, hier et aujourd’hui. De cela en découle une série de photos et de portraits (voilés) que l’on peut partiellement retrouver à la fin de l’ouvrage. Ugo Bertotti utilise l’ensemble de ces témoignages visuels et textuels pour nous raconter ces histoires de femme.
J’ai vraiment beaucoup aimé cet ouvrage tant il est intéressant d’un point de vue historique et journalistique. C’est comme regarder une vidéo Youtube Arte mais en BD. L’histoire de Sabiha au début m’a également touché car elle est le symbole de l’absurdité des traditions, de l’oppression que peut représenter les questions d’honneur et de l’injustice qui repose derrière ce système patriarcale. Cette BD m’a beaucoup pensé au travail de Troubs avec sa BD sur le Turkménistan, à la fois dans le style, la narration, et les enchainements entre une certaine beauté de la vie qui finit toujours par être remis à sa place par un système rigide.
Le monde d’Aïcha date de 2013. Soit une éternité dans l’histoire récente du Yémen dans laquelle, suite à la chute du président en 2012, le processus démocratique a échoué et s’en est suit une guerre meurtrière depuis 2014 avec de large mouvements de population, des famines, et de nombreuses pandémies ou autres malheurs. Nul doute que les faibles espoirs sur lesquels s’entrouvait la BD ont malheureusement été mis à mal par le contexte qui a suivi.
Je recommande fortement cette première oeuvre de Bertotti qui ouvre les portes d’un pays méconnu et d’une culture à l’accès compliqué.
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Bureau des prolongations
Cet album est une sorte de suite de Palaces, et il en possède les mêmes qualités. J’en suis donc sorti avec le même – bon – ressenti. Nous suivons donc encore Hureau dans son périple au Cambodge, tenant une sorte de carnet de voyage, mêlant anecdotes sur la société cambodgienne, merveilles de la nature, rencontres diverses et variées. Et galères. Car Hureau s’est fait voler ses papiers (et son carnet de croquis !) et son retour en France va s’en trouver compliqué, avec des tracasseries administratives aggravées par un petit niveau de corruption… La narration est fluide, agréable, le ton est enjoué et plein d’auto dérision. Et le dessin est encore très agréable. Voilà donc un nouvel album plaisant de cet auteur qui me plait vraiment beaucoup. Note réelle 3,5/5.
Les Papillons ne meurent pas de vieillesse
Les dessins sont très élégants, surtout pour ce qui concerne les arbres et les papillons. Montrer les papillons voler en pleine jungle sans qu'ils paraissent avalés par la sylve est un tour de force. Le savant, sa cousine et collaboratrice et le chasseur d'insecte local forment un trio bien sympathique. Les opposants de basse extraction ne sont pas diabolisés : qui ne comprend qu'on se moque des papillons quand on doit nourrir sa famille ? Mais on ne risque pas de s'attacher à eux parce qu'on ne la voit pas, leur famille, et surtout parce qu'ils sont menaçants, surtout avec les Indiens. Ces derniers par parenthèse ne chassent pas les papillons y voyant les âmes de leurs ancêtres et/ou parce que même si les insectes sont de vrais concentrés en protéines, ils ne sont pas à leur goût. Les Indiens sont une présence un peu fantomatique de la forêt, ne s'attardant pas jouir de l'hospitalité des écologistes, soit une inversion de la réalité, dans les faits, les peuples premiers sont chez eux, et les autres, leurs hôtes ou les usurpateurs de leurs terres, multinationales, pauvres Blancs et écologistes créant des réserves naturelles débarrassées de ceux qui deviennent réfugiés de la conservation. Dans les faits, nous polluons, nous expulsons, dans nos rêves, nous protégeons. Dans les rêves, on peut même veilleur sur des papillons pas encore trouvés ! Cependant, ce rêve s'enroule autour du sort tragique des Indiens, d'informations autour des papillons programmés pour vivre peu et qui dans les faits, se voient souvent décéder autrement que de leurs belle mort, et entre le rêve et la réalité, se glisse des haikus sur les papillons. Le rêve se rehausse de la peur d'un danger bien réel : la puissance sans guère de contre-pouvoir des multinationales. Il est judicieux de ne pas préciser les intérêts concrets : plus vague, la fable est plus universelle. Et puis, cela évite de diaboliser, quand on est poète, dans une fiction ou non impacté par les insectes, on les prise. Si on est un paysan ayant peur des ravageurs, quelqu'un ne voulant pas d'insecte chez soi… ou quelqu'un désireux d'investir pour du profit, on ne voit pas l'intérêt d'un papillon qu'on ne trouve d'ailleurs pas. Et donc, le point de vue de tous est bien rendu, mais la beauté et la chaleur humaine font pencher la balance du côté des protecteurs des papillons.
Soli Deo Gloria
BD légèrement intimidante car se présentant explicitement comme un chef-d'œuvre, l'éditeur ayant soigné les détails et désiré le clinquant du doré. Mais intimidante ne signifie nullement austère. Il s'agit d'un conte gothique assez terrible, une saga familiale sur un frère et une sœur, sur leur élévation sociale via leur don pour la musique, sur leur relation longtemps fusionnelle. Hymne à la création artistique, il sera question de talent, de travail, d'orgueil, de passion. Les illustrations sont d'une grande finesse, légèrement enfantines pour ce qui est des personnages, habiles dans leur usage des contrastes du noir et blanc, occasionnellement illuminées de couleurs décrivant la beauté de la musique (cet usage naïf des couleurs n'est pas sans évoquer les Blast de Larcenet). La réussite de l'ensemble est assez insolente, elle fascine mais ne m'enthousiasme pas totalement : malgré le souffle de la passion omniprésent, demeure principalement l'impression d'un récit trop fabriqué et étonnamment trop naïf dans ses moments de vie. Un peu à la manière du cinéma de Kubrick, l'humilité manque et déshumanise l'œuvre.
Leave them alone
Les auteurs me sont quasi inconnus mais chouette première rencontre. Pas de coup de cœur particulier mais moi aussi j’ai trouvé ça très bien. Un western qui déroule, efficace de chez efficace cet album. J’ai bien eu peur sur quelques détails mais rien à dire sur le fond et la forme. Les premières planches m’ont fait un peu tiqué niveau trait (un peu trop épais), détail corrigé et qui s’efface vite par la suite tant la science des bons cadrages est là, on enquille les 160 pages comme un goret. Le lecteur sera emporté par ce microcosme du grand Ouest, un rien classique il est vrai, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien âpre et sauvage. Le scénariste construit son intrigue autour d’attaques de diligences. On aura droit à tout le toutim : outlaws, shérif, banquier … avec également quelques beaux rôles féminins (finalement les seules qui s’en sortent un peu dans cette histoire). Malgré son classicisme, le récit réserve quelques surprises appréciables sans que ça fasse surenchères. Il y a sans doute des grosses ficelles mais que le rythme efface ou que le lecteur pardonne tant le plaisir est là. Sans conteste un tome qui mérite qu’on s’y intéresse, l’ambiance y est vraiment bien rendue.
Sorcières (Igarashi)
J'ai accroché, terriblement accroché ! D'abord à ce dessin à la fois génial et bancal. Un dessin qui peut se montré travaillé et parfois presque bâclé. Ca donne un sentiment d'un dessin un peu raide à la base mais très lâché, parfois trop. N'est pas Eiichiro Oda qui veut. Alors il arrive que certains piquent un peu les yeux… Cependant souvent on se prend à admirer les planches ou une case en particulier. Bref j'ai adoré, je suis allé regardé sur notre site bd préféré qu'est bdthèque ce que cet auteur avait publié d'autres. Je suis heureux de cette découverte Côté scénario les récits de sorcières sont originaux et je me suis facilement laissé emporté. Chaque récit est bien distinct dans son ambiance et ses décors. L'imaginaire déployé est réussi et souvent surprenant. La magie indicible de ces sorcières évite les clichés habituels avec une dimension mystique, parfois inquiétante, qui fonctionne très bien dans chacun des 2 tomes. A noter que le 1er récit est peut être le moins réussi (tant niveau dessin que scénario). Je vous recommande cette bd pour son graphisme et si vous aimez les récits (de sorcières) inspirants !
Le Monde d'Aïcha - Luttes et espoirs des femmes au Yémen
Le Yémen est connu pour sa pauvreté, ses guerres et parfois aussi pour sa pratique dure de la religion. Cette bande dessinée nous offre une porte d’entrée unique à travers le destin de différentes femmes au Yémen. En 2012, Agnès Montanari part en photo-reportage au Yémen et rencontre Aïcha, une yéménite d’apparence comme les autres femmes, voilée de la tête au pied, et avec qui elle se lie soudainement d’amitié. Aïcha lui fait par la suite rencontrer d’autres femmes qui lui conteront leurs vies, leurs aspirations ainsi que les difficultés d’être une femme au Yémen, hier et aujourd’hui. De cela en découle une série de photos et de portraits (voilés) que l’on peut partiellement retrouver à la fin de l’ouvrage. Ugo Bertotti utilise l’ensemble de ces témoignages visuels et textuels pour nous raconter ces histoires de femme. J’ai vraiment beaucoup aimé cet ouvrage tant il est intéressant d’un point de vue historique et journalistique. C’est comme regarder une vidéo Youtube Arte mais en BD. L’histoire de Sabiha au début m’a également touché car elle est le symbole de l’absurdité des traditions, de l’oppression que peut représenter les questions d’honneur et de l’injustice qui repose derrière ce système patriarcale. Cette BD m’a beaucoup pensé au travail de Troubs avec sa BD sur le Turkménistan, à la fois dans le style, la narration, et les enchainements entre une certaine beauté de la vie qui finit toujours par être remis à sa place par un système rigide. Le monde d’Aïcha date de 2013. Soit une éternité dans l’histoire récente du Yémen dans laquelle, suite à la chute du président en 2012, le processus démocratique a échoué et s’en est suit une guerre meurtrière depuis 2014 avec de large mouvements de population, des famines, et de nombreuses pandémies ou autres malheurs. Nul doute que les faibles espoirs sur lesquels s’entrouvait la BD ont malheureusement été mis à mal par le contexte qui a suivi. Je recommande fortement cette première oeuvre de Bertotti qui ouvre les portes d’un pays méconnu et d’une culture à l’accès compliqué.