Les derniers avis (14 avis)

Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Les Folles
Les Folles

Les hyènes ne font pas des lions. Dolores Alcatena a hérité du talent graphique de son illustre père : Enrique Alcatena. Une artiste argentine reconnue dans son pays où elle a déjà publié plusieurs albums, ce "Les Folles" est sa première BD traduite en France. Une première lecture qui ne m'avait pas complètement convaincu, j'ai donc laissé passer quelques jours avant d'entreprendre une seconde lecture plus probante. Depuis l'excellent Watership Down je rechigne moins à lire une BD où des animaux sont les personnages principaux. On va donc suivre l'itinéraire de Namomo, une hyène, de sa prime jeunesse à un âge avancé. Et pour apprécier un tant soit peu ce parcours initiatique, il faut appréhender ce récit comme un conte où légendes et famille en sont la colonne vertébrale. Dolores Alcatena a voulu réhabiliter cet animal à l'aspect disgracieux, à la curieuse démarche et au ricanement glaçant, on les dit laides. Un album qui se veut féministe, les hyènes tachetées vivent en clan dans un système social matriarcal où mères, sœurs et filles en sont la clé de voûte. Une narration dominée par la voix off de Namomo où chaque chapitre se concentre sur une étape de son cheminement, cela permet de comprendre sa difficulté à se sentir une Folle au sein de son clan. Ça peut paraître brut de décoffrage et manquant d'onirisme mais le rythme est bien dosé et je me suis finalement attaché à cette hyène en quête de réponses. Un récit sur la différence et la difficulté d'appartenir à un groupe. Un noir et blanc tranché, torturé et réaliste qui me plait énormément. Dolores Alcatena a incontestablement du talent, elle arrive à retranscrire les émotions d'un simple regard ou suivant une posture tout en gardant l'aspect animal des hyènes. De même avec ce « sourire » accentué qui rend ce carnivore si impénétrable. Une BD qui divisera.

14/04/2026 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Odyssée d'Hakim
L'Odyssée d'Hakim

Assez friand des bds de Toulmé de façon générale, pour leur côté humain, social et faciles à lire, je me suis embarqué dans cette oeuvre, qui est la plus ambitieuse de ses productions, en tout cas au moment où il l'a commencée (avant Les Reflets du Monde). Nous suivons donc le destin d'Hakim, réfugié syrien, sa vie en Syrie, son exil et son arrivée en France. Le récit est entrecoupé par des interviews que Toulmé fait avec Hakim en France, et cela amène un côté authentique, de reportage presque. Le livre est touchant, évidemment. Je trouve que pour ça, Toulmé sait y faire. Ca ne tombe pas dans le pathos, les évènements se suivent de manière clinique, mais l'auteur réussit à faire passer toute l'horreur, l'injustice de la situation et donc, des émotions. On s'attache forcément au personnage, et si j'ai pu parfois trouver quelques longueurs, il y a quelques passages franchement palpitants ou j'étais horrifié et hyper concerné (mention spéciale à la traversée de la Méditerranée et aux camps en Hongrie). Et puis, et les autres avis le disent très bien, c'est touchant parce que ce genre d'histoire est extrêmement touchant. Hakim, comme tous les autres, ne traversent pas tout ça, toute cette hostilité, cette injustice, pour d'obscures raisons de venir nous piquer notre boulot, nos sous et je ne sais quoi d'autre. S'ils avaient une vie convenable, ou si la guerre et les régimes autoritaires n'avaient pas ravagé leurs chez eux, ils se seraient épargnés le voyage. En plus de nous faire vivre la dureté du voyage, j'ai bien aimé le soin que Toulmé met à nous décrire la vie et la situation en France d'Hakim et de sa famille. De nous montrer que même avec toute la volonté du monde, quand on est dans cette situation, c'est la grosse galère. Et personne n'aimerait être à cette place, en tout cas personne qui n'a connu ce genre d'évènement qui pousse à l'exil. Un autre élément que j'ai trouvé intéressant et qui démystifie un peu le mythe du méchant migrant avide de sang, c'est que l'auteur nous montre bien que pour pouvoir partir, pour engager le voyage, eh bien il faut de l'argent, et pas un tout petit peu d'argent. Hakim ne vient pas d'une classe populaire, plutôt, je dirais, du haut de la classe moyenne voire un peu plus, et sa belle famille semble appartenir à une classe plus aisée encore. C'est bien de comprendre, je trouve, que même partir, dans de telles conditions, dans la clandestinité, en risquant sa vie, en étant humiliés et mis au ban dans tous les endroits que l'on traverse, ça reste un certain "luxe", quelque chose que tout le monde ne peut pas se permettre. Pour finir sur le dessin, il est très efficace, le style bien reconnaissable de Toulmé fonctionne bien. Je garde du souvenir de cette lecture une teinte bleutée, et effectivement le bleu est très présent dans la colorisation. Alors pourquoi pas, on s'y habitue comme à chaque fois qu'il y a un parti pris de couleur un peu original, mais je préfère quand ça reste blanc, plus classique, en tout cas pour ce genre de récit. Le bleu n'apporte pas grand chose. Pas de surprises, je suis de l'avis de tout le monde : une bd essentielle, bien racontée et terriblement humaine.

14/04/2026 (modifier)
Par Hub
Note: 4/5
Couverture de la série The blue Flame
The blue Flame

Avec The Blue Flame, Christopher Cantwell ne raconte pas une histoire de super-héros. Il démonte le concept. On suit Sam Brausam, un type ultra banal : plombier / réparateur de chaudière le jour, super-héros amateur la nuit. Un homme sans envergure, presque invisible, qui va pourtant se retrouver au centre de quelque chose de totalement démesuré. Car très vite, le décor explose : l’humanité est jugée par une civilisation extraterrestre, et Sam devient, malgré lui, l’avocat de toute une espèce dans un procès cosmique qui le dépasse totalement. Le point de départ est fascinant. Mais très vite, le récit dérape — dans le bon sens du terme. La narration se fragmente, les repères éclatent, et le lecteur est plongé dans une expérience presque mentale. Réalité, souvenirs, fantasmes : tout se mélange. Cantwell ne cherche jamais à rassurer, il préfère perdre son lecteur pour mieux l’immerger dans la psyché de son personnage. On est loin du comics confortable : ici, il faut accepter de lâcher prise. Visuellement, Adam Gorham accompagne parfaitement cette dérive. Son trait, appuyé par des couleurs fortes et parfois presque agressives, renforce cette impression de flottement permanent. L’ambiance devient vite oppressante, parfois même hypnotique, et sert pleinement le propos. Mais cette ambition a un revers. À force de brouiller les lignes, le récit peut sembler flou, presque insaisissable. L’émotion peine parfois à émerger, les personnages restant à distance, comme noyés dans le concept. Ce n’est pas un défaut anodin : certains lecteurs risquent de décrocher, faute d’ancrage clair. Reste une œuvre singulière, exigeante, qui ne cherche jamais à plaire mais à questionner. The Blue Flame ne donne pas de réponses simples, et c’est précisément ce qui fait sa force. Un comics audacieux, déroutant, qui mérite qu’on s’y confronte — même au risque de ne pas en sortir totalement indemne.

14/04/2026 (modifier)
Par Hub
Note: 4/5
Couverture de la série Le Serment
Le Serment

Franchement, Le Serment fait partie de ces BD qu’on lance un peu “tranquillement”… et qu’on termine sans lever la tête. Mathieu Gabella et Mathieu Mariolle nous embarquent dans un huis clos oppressant avec un médecin borderline, déjà bien en dehors des clous, qui voit débarquer un patient persuadé d’être en train de devenir autre chose. Et là, tout repose sur cette tension : délire total ou bascule réelle ? Le récit joue constamment sur ce fil, entre rationalité médicale et glissement vers le fantastique. Ce n’est pas une révolution, clairement. On sent des mécaniques connues, des influences. Mais c’est tellement bien rythmé, tellement efficace, que ça passe crème. Pas de gras, pas de détour inutile : ça avance, ça serre, et ça ne lâche pas. Résultat, tu lis ça d’une traite, happé jusqu’à la dernière page. Mais là où l’album m’a vraiment cueilli, c’est sur la partie graphique. Mickaël Bourgouin envoie du lourd. Son trait est nerveux, précis, toujours juste. Il y a une vraie intensité dans les regards, dans les postures, dans la manière de découper les scènes. On sent la pression monter case après case. Et la couleur… énorme. Elle fait quasiment la moitié du boulot à elle seule. C’est sombre, dense, parfois poisseux, avec des jeux de lumières qui viennent trancher dans le vif. Ça renforce le côté clinique, froid… puis ça bascule vers quelque chose de plus organique, plus inquiétant. Clairement, ça te met dedans. Au final, Le Serment, ce n’est peut-être pas la BD qui va tout révolutionner, mais c’est exactement le genre d’album que j’adore : efficace, immersif, sans fioritures, avec une vraie identité visuelle. Un pur plaisir de lecture

13/04/2026 (modifier)