Intense. Le messager court, mais malgré son dynamisme, il semble scotché par les immensités et l'encre noire. Tout s'écroule autour de lui, en on se sent suffoqué par son effort aussi bien que parce que tout s'effondre autour de lui.
Les Blancs reprochaient leur condamnables sacrifices humains aux Indiens tandis qu'ils les faisaient tomber dans le néant tandis qu'ils brûlaient des dissidents par le feu en Europe. Et ils passaient assez pour des dieux grâce à leur technologie supérieure et à des mythes de retour des dieux. Eux même venaient apporter leur Dieu et conquérir des terres. L'implacable logique de tout cela fait tragédie grecque, sans espoir… Mettons-nous à la place des Indiens : le ciel leur tombait sur la tête ! Le genre d'œuvre âpre à lire quand on peut la supporter. Mais on ne perd pas son temps : on prend une gifle ou plutôt un étouffement, et on se rappelle son impression de solitude et de regret pour un monde mourant.
C'est la première fois que je lis une BD de cet auteur, qui semble apprécier de faire des BD documentaires avec un style de dessin assez reconnaissable : simple, précis et didactique, qui permet à la fois une parfaite lisibilité (et donc un support à l'information) mais aussi de faire ressentir ce qu'il se passe par l'utilisation de procédés comme la couleur (une monochromie par page selon l'intention) ou un découpage particulier, des cases volontairement plus grandes ... La BD est parfaite à ce niveau, avec un dessin qui joue avant tout sur l'information. Les personnages sont typés, lambadas, non reconnaissables pour s'identifier à cette famille qui pourrait être la notre, tandis que l'on comprend précisément par les petites astuces visuelles. Je m'attarde dessus en introduction parce qu'une grande partie de la force de ce documentaire vient justement de la forme de la BD, qui est à mon sens remarquable.
Pour ce qui est de l'histoire, c'est une horreur. Une famille ordinaire, une petite fille qui semble avoir des difficultés physiques, les incessants aller-retours à l'hopital ... Jusqu'à tomber sur la mauvaise personne qui accusera de maltraitance infantile. Et là, la spirale infernale commence. La BD à de quoi énerver, mais réellement énerver. Une enfant volée à ses parents au nom de la protection de l'enfance, déjà c'est horrible, mais lorsqu'on voit défiler les trois années de luttes acharnées, de bagarres juridiques, de violence institutionnelles ... Je vais dévoiler une partie de l'intrigue, et je m'en excuse, mais la BD montrera des abus sexuels qu'elle subira dans un foyer (où elle est placée pour sa sécurité, bien sur), les moyens désastreux mis dans ces foyers (insalubres, manquant de personnels ...) mais également l'hypocrisie de ce système : pour protéger un enfant de parents maltraitants, on va laisser l'enfant non-soignée, alors même qu'elle sera plus blessée dans ce foyer qu'avec ses parents. C'est aussi ce qui scandalise : de voir qu'en trois années, personne ne s'est réellement souciée d'elle, de ses troubles physiques et des problématiques que ça enclenchait. Tout ça pour l'ego d'une médecin qui veut avoir sa fierté de protéger des enfants de parents maltraitants, et de juges tout puissants qui font leurs lois.
C'est le genre de BD qui permet de mettre en lumière que sous couvert de protection de l'enfance, noble but il est vrai, le système social et juridique actuel accuse le coup de manque de moyens, financiers et humains, mais aussi de la puissances de autorités. Remettre en question des médecins, juges ou personnel soignant est presque impossible. Bien que la BD ne le souligne pas, l'origine algérienne des parents à sans doute joué dans la vision que le système a eux d'eux tout au long du processus.
Bref, une BD qui met en lumière les défauts de nos systèmes pour l'enfance, la violence des foyers et l'impuissance face à des tribunaux et des médecins. On aurait envie d'aider ces parents, leur rendre leur enfant, mais rien n'est possible. Et pourtant à l'origine c'est bien de protection d'enfants qu'on parle, un dispositif dont nous avons cruellement besoin comme le rappellent des affaires presque chaque semaine. Une BD qui énerve, c'est certain.
Les éditions ilatina font un travail remarquable depuis plusieurs années et on leur doit notamment l'édition sous forme d'intégrale des aventures du commissaire Evaristo.
Ce sont des enquêtes policières sous forme de strips qui font souvent 8 pages et vont parfois jusqu'à 15.
Chaque enquête traduit une facette de la réalité argentine des années 50 (corruption politique, misère sociale, criminalité....)
Je ne comprends pas trop les critiques de mes camarades ci dessous. Sampayo construit volontairement ses récits en multipliant les points de vue, c'est une technique narrative qui permet de créer une tension dramatique et de placer le lecteur dans le rôle privilégié de témoin.
Il faut être vigilant certes, car un protagoniste de l'intrigue va souvent en surveiller un autre au second plan. On passe aussi parfois du présent au passé. Les personnages se croisent et convergent ensemble vers une même trajectoire (le meurtre ou l'arrestation qui clôt le récit).
C'est une conception du destin très inspiré de Jorge Luis Borges.
Pourquoi ne sommes nous plus capables d'apprécier des œuvres riches comme celle-ci qui demandent un minimum de concentration ?
Le personnage d'Evaristo est la star de chaque intrigue. C'est le flic hard boiled par excellence, massif physiquement et désabusé moralement.
Graphiquement c'est divin. Expression des personnages, authenticité, découpage, utilisation du noir et blanc... Il y a tout.
Personnellement je place Solano Lopez sur le podium avec Juan Gimenez et Breccia Enrique et je vous invite à découvrir cette bande, c'est un incontournable de la bd argentine.
Je pensais lire une simple biographie dessinée consacrée à un célèbre tueur en série. Au final, j'ai surtout lu un album dérangeant. Le nom d'Ed Gein n'est pas forcément connu de tout le monde, mais son influence est gigantesque, il a inspiré, directement ou indirectement, des personnages aussi marquants que Norman Bates (Psychose), Leatherface (Massacre à la tronçonneuse) ou encore Buffalo Bill (Le Silence des agneaux), du lourd question références.
Les auteurs ne cherchent pas à sensationnaliser l'affaire mais s'intéressent autant à l'homme qu'au monstre. On suit son enfance, sa relation (hyper méga) toxique avec sa mère, son isolement progressif et la manière dont sa psyché se construit puis se désagrège. Et le résultat est souvent plus inquiétant que les crimes eux-mêmes... Il n'y a finalement pas tant de scènes choquantes que cela, mais une tension permanente qui rend la lecture inconfortable. Dans le bon sens du terme. Le dessin de E.Powell, avec sont noir et blanc nuancé participe beaucoup à l'ambiance, un aspect documentaire mais fort visuellement, un petit air de Will Eisner.
Une fois l'album refermé, un petit sentiment de malaise flotte encore parce qu'au-delà du fait divers, cette histoire rappelle que certains des plus grands monstres de l'histoire paraîssent ordinaires aux yeux de leurs voisins. Dans le doute, je vais commencer par me méfier de certains de miens, notamment celui du numéro 6...
Passionnant et glaçant, vous regarderez différemment certains classiques du cinéma d'horreur de la même façon après avoir découvert l'histoire du véritable Ed Gein.
Je n'ai pas lu le roman de Damasio avant mais connaîs assez le bonhomme et la réputation d'exigence de ce roman en particulier. Son univers demande un certain investissement, qui embarque le lecteurs qui est prêt à en payer le prix.
Ce qui est subjugant, c'est la personnalité des membres de la Horde. Chacun a sa place, son rôle, sa vision du monde, et les relations entre eux évoluent de manière très naturelle au fil du voyage. On sent le poids des années passées ensemble, les tensions, les rivalités mais aussi le respect mutuel.
Graphiquement, l'auteur réalise un travail impressionnant. Les paysages sont magnifiques et surtout il parvient à rendre le vent omniprésent. On le voit, on le ressent, presque physiquement par moments, arriver à retranscrire aussi bien un élément aussi abstrait n'est à la portée que de ceux qui se sentent pleinement investis dans leur oeuvre, (Emmanuel Lepage me vient immédiatement à l'esprit.) Tout n'est pas parfait pour autant. L'univers reste dense et la lecture est parfois un peu chargée, notamment lorsque les explications prennent le dessus sur l'aventure. Mais cela fait partie de l'ADN de cette série.
Mon véritable coup de cœur est arrivé avec le dernier volume en cours, le tome 4. La joute verbale est à elle seule un grand moment de bande dessinée. C'est brillant, drôle, inventif et surtout totalement cohérent avec cet univers où les mots ont un poids particulier, du Damasio pur jus. Cela faisait longtemps qu'une séquence de dialogue ne m'avait pas autant marqué.
Une adaptation réussie et validée par Damasio qui donne envie de poursuivre l'aventure et, dans mon cas, probablement de découvrir le roman ensite pour faire la part entre le roman et cette adaptation. 4/5 et un vrai coup de cœur pour le tome 4, il me tarde donc de lire la suite, l'attente sera longue au vu des écarts de sortie entre les albums...
Quand on ouvre Approximativement, on peut avoir l'impression de feuilleter un simple recueil d'anecdotes sans véritable fil conducteur. Lewis Trondheim y raconte son quotidien, ses doutes d'auteur, ses agacements, ses rêves et ses réflexions les plus banales (c'est Lewis quoi.) Pourtant, au fil des pages, quelque chose d'assez fascinant se met en place : cette vie ordinaire devient étonnamment captivante.
L'album est sincère, Trondheim ne cherche jamais à se mettre en valeur. Au contraire, il se montre souvent sous un jour peu flatteur : râleur, anxieux, parfois mesquin ou ridicule. Une autodérision permanente rendant le récit humain et drôlatique. On retrouve déjà ce regard si particulier qu'il portera plus tard sur une grande partie de son œuvre, notamment les récents Les Petits Riens. On passe d'une anecdote sur le métro parisien à une réflexion sur la création artistique puis une scène avec les autres auteurs de L'Association. Sur le papier, cela pourrait sembler décousu, mais l'ensemble maintient sa cohérence grâce à la personnalité de son auteur qui sert de fil rouge.
Le dessin, simple et dépouillé, est lisible et parfaitement adapté au propos. Chaque case va droit au but et sert avant tout le récit. Comme souvent chez Trondheim, j'apprécie les décors extérieurs travaillés et les intérieurs plus simples mais complets.
Les chapitres ne se valent pas tous, certains semblent tourner en rond et quelques anecdotes ont moins de portée aujourd'hui qu'à leur publication mais l'ensemble est cohérent et accrocheur.
C'est une œuvre importante dans le parcours de l'ami Trondheim, drôle, intelligent et moderne pour l'époque de sortie. Une autobiographie qui évite le piège du nombrilisme, cela sort du lot qui grossit à vue d'oeil ces dernières années. Réussir à rendre passionnant une existence que l'auteur lui-même qualifie de « sans intérêt », c'est fort.
Une superbe épopée historique sous le trait virtuose de Palacios.
L'intégrale publiée par les éditions du Long Bec se compose de quatre tomes. Si les trois premiers s'avèrent captivants, le dernier, malheureusement, peine à se rendre intéressant.
On a droit à une succession de faits mineurs qui débouche sur un évènement historique et qui permet à l'auteur de clore, tant bien que mal, un premier cycle.
Cette narration précipitée nous tient à distance des personnages et laisse perplexe. On peut supposer que Palacios, sentant ses forces décliner, a souhaité avant tout offrir au lecteur un arc narratif complet.
Visuellement, on retrouve le trait puissant et singulier de l'artiste, son souci maniaque du détail, ainsi que son évolution graphique au fil des ans. Les couleurs, quant à elles, sont magnifiques.
Palacios était l'un des plus grands représentants de l'école espagnole. Il suffit de lire cette œuvre pour s'en convaincre, malgré un sentiment d'inachevé persistant.
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Les Vaincus
Intense. Le messager court, mais malgré son dynamisme, il semble scotché par les immensités et l'encre noire. Tout s'écroule autour de lui, en on se sent suffoqué par son effort aussi bien que parce que tout s'effondre autour de lui. Les Blancs reprochaient leur condamnables sacrifices humains aux Indiens tandis qu'ils les faisaient tomber dans le néant tandis qu'ils brûlaient des dissidents par le feu en Europe. Et ils passaient assez pour des dieux grâce à leur technologie supérieure et à des mythes de retour des dieux. Eux même venaient apporter leur Dieu et conquérir des terres. L'implacable logique de tout cela fait tragédie grecque, sans espoir… Mettons-nous à la place des Indiens : le ciel leur tombait sur la tête ! Le genre d'œuvre âpre à lire quand on peut la supporter. Mais on ne perd pas son temps : on prend une gifle ou plutôt un étouffement, et on se rappelle son impression de solitude et de regret pour un monde mourant.
Chronique d'un kidnapping
C'est la première fois que je lis une BD de cet auteur, qui semble apprécier de faire des BD documentaires avec un style de dessin assez reconnaissable : simple, précis et didactique, qui permet à la fois une parfaite lisibilité (et donc un support à l'information) mais aussi de faire ressentir ce qu'il se passe par l'utilisation de procédés comme la couleur (une monochromie par page selon l'intention) ou un découpage particulier, des cases volontairement plus grandes ... La BD est parfaite à ce niveau, avec un dessin qui joue avant tout sur l'information. Les personnages sont typés, lambadas, non reconnaissables pour s'identifier à cette famille qui pourrait être la notre, tandis que l'on comprend précisément par les petites astuces visuelles. Je m'attarde dessus en introduction parce qu'une grande partie de la force de ce documentaire vient justement de la forme de la BD, qui est à mon sens remarquable. Pour ce qui est de l'histoire, c'est une horreur. Une famille ordinaire, une petite fille qui semble avoir des difficultés physiques, les incessants aller-retours à l'hopital ... Jusqu'à tomber sur la mauvaise personne qui accusera de maltraitance infantile. Et là, la spirale infernale commence. La BD à de quoi énerver, mais réellement énerver. Une enfant volée à ses parents au nom de la protection de l'enfance, déjà c'est horrible, mais lorsqu'on voit défiler les trois années de luttes acharnées, de bagarres juridiques, de violence institutionnelles ... Je vais dévoiler une partie de l'intrigue, et je m'en excuse, mais la BD montrera des abus sexuels qu'elle subira dans un foyer (où elle est placée pour sa sécurité, bien sur), les moyens désastreux mis dans ces foyers (insalubres, manquant de personnels ...) mais également l'hypocrisie de ce système : pour protéger un enfant de parents maltraitants, on va laisser l'enfant non-soignée, alors même qu'elle sera plus blessée dans ce foyer qu'avec ses parents. C'est aussi ce qui scandalise : de voir qu'en trois années, personne ne s'est réellement souciée d'elle, de ses troubles physiques et des problématiques que ça enclenchait. Tout ça pour l'ego d'une médecin qui veut avoir sa fierté de protéger des enfants de parents maltraitants, et de juges tout puissants qui font leurs lois. C'est le genre de BD qui permet de mettre en lumière que sous couvert de protection de l'enfance, noble but il est vrai, le système social et juridique actuel accuse le coup de manque de moyens, financiers et humains, mais aussi de la puissances de autorités. Remettre en question des médecins, juges ou personnel soignant est presque impossible. Bien que la BD ne le souligne pas, l'origine algérienne des parents à sans doute joué dans la vision que le système a eux d'eux tout au long du processus. Bref, une BD qui met en lumière les défauts de nos systèmes pour l'enfance, la violence des foyers et l'impuissance face à des tribunaux et des médecins. On aurait envie d'aider ces parents, leur rendre leur enfant, mais rien n'est possible. Et pourtant à l'origine c'est bien de protection d'enfants qu'on parle, un dispositif dont nous avons cruellement besoin comme le rappellent des affaires presque chaque semaine. Une BD qui énerve, c'est certain.
Evaristo
Les éditions ilatina font un travail remarquable depuis plusieurs années et on leur doit notamment l'édition sous forme d'intégrale des aventures du commissaire Evaristo. Ce sont des enquêtes policières sous forme de strips qui font souvent 8 pages et vont parfois jusqu'à 15. Chaque enquête traduit une facette de la réalité argentine des années 50 (corruption politique, misère sociale, criminalité....) Je ne comprends pas trop les critiques de mes camarades ci dessous. Sampayo construit volontairement ses récits en multipliant les points de vue, c'est une technique narrative qui permet de créer une tension dramatique et de placer le lecteur dans le rôle privilégié de témoin. Il faut être vigilant certes, car un protagoniste de l'intrigue va souvent en surveiller un autre au second plan. On passe aussi parfois du présent au passé. Les personnages se croisent et convergent ensemble vers une même trajectoire (le meurtre ou l'arrestation qui clôt le récit). C'est une conception du destin très inspiré de Jorge Luis Borges. Pourquoi ne sommes nous plus capables d'apprécier des œuvres riches comme celle-ci qui demandent un minimum de concentration ? Le personnage d'Evaristo est la star de chaque intrigue. C'est le flic hard boiled par excellence, massif physiquement et désabusé moralement. Graphiquement c'est divin. Expression des personnages, authenticité, découpage, utilisation du noir et blanc... Il y a tout. Personnellement je place Solano Lopez sur le podium avec Juan Gimenez et Breccia Enrique et je vous invite à découvrir cette bande, c'est un incontournable de la bd argentine.
Ed Gein - Autopsie d'un tueur en série
Je pensais lire une simple biographie dessinée consacrée à un célèbre tueur en série. Au final, j'ai surtout lu un album dérangeant. Le nom d'Ed Gein n'est pas forcément connu de tout le monde, mais son influence est gigantesque, il a inspiré, directement ou indirectement, des personnages aussi marquants que Norman Bates (Psychose), Leatherface (Massacre à la tronçonneuse) ou encore Buffalo Bill (Le Silence des agneaux), du lourd question références. Les auteurs ne cherchent pas à sensationnaliser l'affaire mais s'intéressent autant à l'homme qu'au monstre. On suit son enfance, sa relation (hyper méga) toxique avec sa mère, son isolement progressif et la manière dont sa psyché se construit puis se désagrège. Et le résultat est souvent plus inquiétant que les crimes eux-mêmes... Il n'y a finalement pas tant de scènes choquantes que cela, mais une tension permanente qui rend la lecture inconfortable. Dans le bon sens du terme. Le dessin de E.Powell, avec sont noir et blanc nuancé participe beaucoup à l'ambiance, un aspect documentaire mais fort visuellement, un petit air de Will Eisner. Une fois l'album refermé, un petit sentiment de malaise flotte encore parce qu'au-delà du fait divers, cette histoire rappelle que certains des plus grands monstres de l'histoire paraîssent ordinaires aux yeux de leurs voisins. Dans le doute, je vais commencer par me méfier de certains de miens, notamment celui du numéro 6... Passionnant et glaçant, vous regarderez différemment certains classiques du cinéma d'horreur de la même façon après avoir découvert l'histoire du véritable Ed Gein.
La Horde du contrevent
Je n'ai pas lu le roman de Damasio avant mais connaîs assez le bonhomme et la réputation d'exigence de ce roman en particulier. Son univers demande un certain investissement, qui embarque le lecteurs qui est prêt à en payer le prix. Ce qui est subjugant, c'est la personnalité des membres de la Horde. Chacun a sa place, son rôle, sa vision du monde, et les relations entre eux évoluent de manière très naturelle au fil du voyage. On sent le poids des années passées ensemble, les tensions, les rivalités mais aussi le respect mutuel. Graphiquement, l'auteur réalise un travail impressionnant. Les paysages sont magnifiques et surtout il parvient à rendre le vent omniprésent. On le voit, on le ressent, presque physiquement par moments, arriver à retranscrire aussi bien un élément aussi abstrait n'est à la portée que de ceux qui se sentent pleinement investis dans leur oeuvre, (Emmanuel Lepage me vient immédiatement à l'esprit.) Tout n'est pas parfait pour autant. L'univers reste dense et la lecture est parfois un peu chargée, notamment lorsque les explications prennent le dessus sur l'aventure. Mais cela fait partie de l'ADN de cette série. Mon véritable coup de cœur est arrivé avec le dernier volume en cours, le tome 4. La joute verbale est à elle seule un grand moment de bande dessinée. C'est brillant, drôle, inventif et surtout totalement cohérent avec cet univers où les mots ont un poids particulier, du Damasio pur jus. Cela faisait longtemps qu'une séquence de dialogue ne m'avait pas autant marqué. Une adaptation réussie et validée par Damasio qui donne envie de poursuivre l'aventure et, dans mon cas, probablement de découvrir le roman ensite pour faire la part entre le roman et cette adaptation. 4/5 et un vrai coup de cœur pour le tome 4, il me tarde donc de lire la suite, l'attente sera longue au vu des écarts de sortie entre les albums...
Approximativement
Quand on ouvre Approximativement, on peut avoir l'impression de feuilleter un simple recueil d'anecdotes sans véritable fil conducteur. Lewis Trondheim y raconte son quotidien, ses doutes d'auteur, ses agacements, ses rêves et ses réflexions les plus banales (c'est Lewis quoi.) Pourtant, au fil des pages, quelque chose d'assez fascinant se met en place : cette vie ordinaire devient étonnamment captivante. L'album est sincère, Trondheim ne cherche jamais à se mettre en valeur. Au contraire, il se montre souvent sous un jour peu flatteur : râleur, anxieux, parfois mesquin ou ridicule. Une autodérision permanente rendant le récit humain et drôlatique. On retrouve déjà ce regard si particulier qu'il portera plus tard sur une grande partie de son œuvre, notamment les récents Les Petits Riens. On passe d'une anecdote sur le métro parisien à une réflexion sur la création artistique puis une scène avec les autres auteurs de L'Association. Sur le papier, cela pourrait sembler décousu, mais l'ensemble maintient sa cohérence grâce à la personnalité de son auteur qui sert de fil rouge. Le dessin, simple et dépouillé, est lisible et parfaitement adapté au propos. Chaque case va droit au but et sert avant tout le récit. Comme souvent chez Trondheim, j'apprécie les décors extérieurs travaillés et les intérieurs plus simples mais complets. Les chapitres ne se valent pas tous, certains semblent tourner en rond et quelques anecdotes ont moins de portée aujourd'hui qu'à leur publication mais l'ensemble est cohérent et accrocheur. C'est une œuvre importante dans le parcours de l'ami Trondheim, drôle, intelligent et moderne pour l'époque de sortie. Une autobiographie qui évite le piège du nombrilisme, cela sort du lot qui grossit à vue d'oeil ces dernières années. Réussir à rendre passionnant une existence que l'auteur lui-même qualifie de « sans intérêt », c'est fort.
Le Cid
Une superbe épopée historique sous le trait virtuose de Palacios. L'intégrale publiée par les éditions du Long Bec se compose de quatre tomes. Si les trois premiers s'avèrent captivants, le dernier, malheureusement, peine à se rendre intéressant. On a droit à une succession de faits mineurs qui débouche sur un évènement historique et qui permet à l'auteur de clore, tant bien que mal, un premier cycle. Cette narration précipitée nous tient à distance des personnages et laisse perplexe. On peut supposer que Palacios, sentant ses forces décliner, a souhaité avant tout offrir au lecteur un arc narratif complet. Visuellement, on retrouve le trait puissant et singulier de l'artiste, son souci maniaque du détail, ainsi que son évolution graphique au fil des ans. Les couleurs, quant à elles, sont magnifiques. Palacios était l'un des plus grands représentants de l'école espagnole. Il suffit de lire cette œuvre pour s'en convaincre, malgré un sentiment d'inachevé persistant.