Les derniers avis (364 avis)

Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Mort Blanche
Mort Blanche

1939, l'URSS envahit la Finlande. Un jeune finlandais marqué par une enfance difficile devient alors un redoutable tireur d'élite et se forge peu à peu la réputation de la légendaire "Mort Blanche" au fil de ses affrontements contre les armées soviétiques. J'ai trouvé cette BD globalement réussie. Le dessin d'Iñaki Holgado est solide, lisible et restitue bien les paysages enneigés, les combats et l'atmosphère rude de cette campagne militaire. La mise en scène est efficace et les ambiances sont particulièrement soignées. Le sujet est également intéressant. La guerre d'Hiver et la résistance finlandaise face à l'invasion soviétique sont assez peu traitées en bande dessinée. En ce qui me concerne, je connaissais déjà assez bien cet épisode historique, notamment parce que les Finlandais l'avaient remis en avant après le début de la guerre en Ukraine, lorsque la Russie de Poutine multipliait les menaces envers ses voisins européens. Le parallèle était alors devenu un élément important de leur communication historique et politique. En revanche, j'ai beaucoup moins adhéré à la dernière partie du récit. Jusque-là, la BD s'inspirait librement de faits réels tout en restant crédible, mais le scénario bascule soudain dans une fiction beaucoup plus spectaculaire avec un retournement de situation qui m'a paru assez incongru. Plus gênant encore, cette évolution fait apparaître une incohérence importante : les pages précédentes insistaient justement sur le fait que Riku dépendait régulièrement du ravitaillement, des munitions et du soutien logistique de l'armée finlandaise pour poursuivre ses missions. La conclusion semble totalement oublier cet élément pourtant essentiel, uniquement pour permettre un effet dramatique. J'ai donc eu le sentiment que le scénariste cherchait à meubler son récit avec un coup de théâtre marquant, au détriment de la cohérence du récit. C'est dommage, car sans cette dernière partie, l'album m'aurait laissé une impression plus forte. Malgré cette réserve, ça reste une lecture intéressante, portée par un bon dessin et par un épisode historique qui mérite d'être davantage mis en lumière. Note : 2,5/5

08/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Space Wars
Space Wars

Une parodie de l'intégrale des trois trilogies de Star Wars, en revisitant certaines scènes clés avec un humour absurde et couillon. Le dessin de Baba est fidèle à ce qu'il fait habituellement dans ce genre de BD parodique : c'est lisible, dynamique, les personnages sont immédiatement reconnaissables et le style fonctionne bien pour ce type d'humour. Visuellement, je n'ai pas grand-chose à lui reprocher. En revanche, l'humour m'a beaucoup moins convaincu. On est dans une parodie très basique, avec des gags potaches, graveleux ou franchement bas de plafond. Beaucoup de situations reposent sur des détournements très attendus que j'ai l'impression d'avoir déjà vus des dizaines de fois dans d'autres parodies de Star Wars mais aussi de n'importe quelle autre œuvre célèbre. Les surprises sont rares et les chutes tombent presque toutes à plat pour quelqu'un comme moi qui n'aime pas l'humour con. Il faut dire aussi que Star Wars est probablement l'une des licences les plus parodiées qui soient. En tant qu'ancien fan de la saga, j'ai déjà lu, vu ou entendu énormément de détournements de cet univers, si bien que cette BD ne m'a strictement rien apporté de vraiment nouveau. La seule curiosité vient du fait qu'elle s'attaque aussi à la nouvelle trilogie, que je n'avais encore jamais vue parodiée à ce jour. Mais cette trilogie là n'est-elle pas déjà elle-même une parodie de Star Wars ?

08/07/2026 (modifier)
Couverture de la série Cauchon... ou l'homme qui tua Jeanne d'Arc
Cauchon... ou l'homme qui tua Jeanne d'Arc

Cauchon a joué un rôle important dans la geste de Jeanne d’Arc, puisqu’il a été le principal responsable de sa mise à mort. Mais c’est un acteur mineur d’un fait qui n’est devenu majeur que plus tard. Il est resté dans l’ombre de la « pucelle », et on ne sait pas grand-chose de lui – et quasiment rien de ce qu’il a fait ou dit. Et plus Jeanne d’Arc entrait dans le mythe (républicain, nationaliste, religieux, etc.), plus Cauchon devenait le « méchant ». Les auteurs ont pourtant choisi d’en faire le héros de leur histoire, faisant de Jeanne d’Arc un personnage presque secondaire – même si elle garde son rôle de pivot de l’histoire. Autre originalité de ce récit, celle de faire de Cauchon un personnage ambivalent, qui veut montrer sa force (par ambition carriériste ou financière) au roi « d’Angleterre et de France », mais qui va, dans le bras de fer qui l’oppose à Jeanne, plier, et montrer ses faiblesses. Les auteurs nous montrent une Jeanne ayant presque mis à ses pieds celui qui est censé être son bourreau. Le pari est risqué, mais les auteurs réussissent à la gagner. En effet, ils ont romancé, inventé, trituré la réalité. Mais jamais ils ne tombent dans le n’importe quoi ou le ridicule. Comme pour une bonne partie de l’histoire de Jeanne, l’histoire de Cauchon qui nous est présentée ici « pourrait » être vraie, à condition d’y croire. Mais tout l’art des auteurs est de nous y avoir donné envie. Et c’est vraiment bien fait (ils n’ont pas non plus fait n’importe quoi, et une bonne bibliographie – je recommande en particulier la lecture du livre de Gauvard – complète en fin d’album la lecture pour les plus curieux). Bien fait déjà parce que l’on prend le temps d’installer le récit, les personnages, les enjeux. L’importante pagination, la narration et la mise en page aérées nous aident à entrer dans cette intrigue. Et le dessin de Parnotte est lui aussi agréable. Il ne s’encombre pas de détails, il est avare de décors (la mise au point finale – très intéressante – de l’historien David Glomot, explique et justifie bien le fait qu’il ne s’agissait même pas de reproduire les « vrais décors – ville de Rouen, château, etc.). Il se focalise sur les personnages. Et c’est plutôt intéressant et efficace. Bref, sur un sujet galvaudé, voilà un album qui sort du lot, par son approche et son traitement, et par le personnage qu’il a choisi de mettre en avant.

08/07/2026 (modifier)
Couverture de la série L'Été des charognes
L'Été des charognes

Je ne connais pas le roman d’origine – et ne sais donc pas si mes difficultés concernant cette histoire et sa lecture viennent de l’adaptation (raccourcis ?) ou non. Mais je suis sorti de cette lecture avec un sentiment mitigé. La très longue première partie prend son temps pour nous planter un décor dans lequel se débattent des personnages pleins de vie. Mais qu’est-ce que c’est noir, glauque. La poisse, la mort, l’odeur et l’idée de merde qui s’invitent régulièrement, une certaine vulgarité – des situations, des personnages et du vocabulaire. Et puis les gamins/ados que nous avons suivis en priorité grandissent. Le héros quitte le nid (collège vite expédié, détour par un internat), et c’est un jeune adulte qui conclut ce récit, dans lequel joie de vivre l’instant présent et mal être (pour ne pas dire malaises) se côtoient, jusqu’au final. Un final que j’avoue ne pas avoir forcément compris, mais qui laisse le héros rasséréné, regardant les étoiles, une sorte de paix intérieure, de calme, qui contraste avec la fuite en avant perçue depuis le début de l’histoire. Le récit possède des qualités. Mais la lecture a été à plusieurs reprises hachée, rendue difficile par plusieurs soucis. D’abord le dessin, original, mais qui n’est pas toujours très « lisible : j’ai eu du mal à reconnaitre certains personnages. Et lorsque plusieurs personnages dialogues, il faut parfois faire un effort pour attribuer le phylactère au bon personnage. Ensuite le récit lui-même n’est pas très clair. Plusieurs passages m’ont un peu échappé. Certaines transition (entre les parties du récit, mais aussi entre certaines pages) sont brutales, saccadées. Bref, un récit et un dessin originaux, mais l’ensemble ne m’a pas toujours convaincu/satisfait.

08/07/2026 (modifier)
Couverture de la série L'Embrasement - La guerre Israël - Hamas, dans l'enfer de Gaza
L'Embrasement - La guerre Israël - Hamas, dans l'enfer de Gaza

On pourrait regretter quelques menus oublis (par exemple l’aide portée à Israël par les Européens – pourquoi ce pays relève-t-il de l’Eurovision, ou de l’UEFA ? – et le peu de relais, voire la criminalisation de tout soutien aux palestiniens – au-delà de quelques déclarations symboliques mais sans réelle portée sur le terrain, comme la reconnaissance tardive et sans suite de l’État palestinien par la France). Mais ce sont des reproches mineurs au regard du sujet et de son traitement ici. Car, si les attaques sanglantes du Hamas contre Israël en octobre 2023 ont sans doute été l’événement déclencheur du travail de Michel Goya (que je ne connaissais pas), le grand mérite de cet album est de replacer le sujet sur le temps long. Ce qui évite les simplifications de tous bords, et permet de mieux comprendre ce conflit, aux multiples causes et conséquences. Par-delà l’aspect génocidaire des propos et actes des dirigeants actuels d’Israël – et la fuite en avant du premier ministre pour échapper aux très nombreux scandales qui le touchent, le récit met aussi en évidence la nécessité de « mettre à plat » les choses, pour en finir avec une spirale de plus en plus mortifère – pour les Palestiniens bien sûr, mais aussi pour la société israélienne, qui ne pourra indéfiniment vivre en état de guerre, alors que l’opinion publique mondiale lui est de plus en plus hostile. Mais l’album montre aussi les très nombreuses hypocrisies, calculs d’épiciers, coups tordus, dont les dirigeants des voisins arabes (voire de l’Iran), mais aussi les « grandes puissances » (États-Unis surtout depuis quelques décennies, mais aussi Royaume-Uni et France sur la plus longue durée) ont été coutumiers, jouant les peuples, factions, tendances religieuses les unes contre les autres, attisant constamment les flammes. Cela va bientôt faire un siècle que ce petit bout de Terre est l’enjeu de conflits qui parfois le dépassent, au détriment des habitants. On voit bien les pyromanes, mais on attend encore de trouver les pompiers. En tout cas, le récit est très étayé (je regrette juste une bibliographie qui aurait avantageusement complété l’album). Une lecture instructive donc, mais aussi, malgré la très grande quantité d’informations proposées (événements, protagonistes, politique régionales, évolutions religieuses, etc.), une lecture qui reste tout le temps fluide, n’est jamais rébarbative, bien au contraire ! Le plaisir de lecture est aussi permis par le dessin de Calvez, un trait réaliste précis, avec un rendu que j’ai bien aimé (des tons grisâtres, et de rouille, qui m’ont plu).

08/07/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Le Monde d'Alef-Thau
Le Monde d'Alef-Thau

Le destin des ombres est de se transformer en lumière ! - Cette intégrale regroupe les deux tomes de cette série : Résurrection initialement paru en 2008, puis Entre deux mondes avec une édition originale de 2009. Ils ont été réalisés par Alejandro Jodorowsky pour le scénario et par Marco Nizzoli pour les dessins, avec une mise en couleurs réalisée par Silvano Sccolari, Pierre Matterne et Nizzoli pour le tome un, et Albertine Ralenti et Nizzoli pour le deux. Chaque tome comprend cinquante-deux planches de bande dessinée. Cette intégrale se termine avec les couvertures des deux tomes de l’intégrale de la série initiale : Les aventures de Alef-Thau, huit tomes parus en 1983, 1984, 1986, 1988, 1989, 1991, 1994 et 1994, du même scénariste, dessinés par Arno (1961-1996), avec l’aide d’Al’Covial (Alain Boussillon) pour le dernier tome. Quelque part dans un arrondissement de Paris, l’auteur de la bande dessinée Le monde d’Alef-Thau dédicace son ouvrage. Pour l’enfant qui se trouve devant lui, il réalise un Louroulou à sa demande. Le suivant veut un Alef-Thau entier, avec des, des jambes et deux yeux. À la fin de la journée, le libraire sort à l’extérieur à la nuit tombante et explique aux dernières personnes faisant la queue qu’il est vraiment désolé, mais qu’il va devoir fermer : les jeunes trouvent que c’est injuste. Finalement, c’est au tour du bédéaste de sortir du magasin, son casque sous le bras. Une femme âgée l’aborde et insiste : elle l’a attendu des heures, elle demande une dédicace. Il lui explique qu’il a mal au bras et qu’il ne pourrait pas dessiner un trait de plus. La vieille femme se fait insistante, lui demande de faire un effort, un dessin pour son petit-fils, un enfant tronc, sans bras, sans jambes, sans yeux. Il se fâche lui demandant de le laisser tranquille, la repoussant en la traitant de vieille folle, et en montant sur sa moto. Elle réplique en le qualifiant de petit vaniteux, d’égoïste, qu’il mérite qu’on l’écrase comme un cafard. Tout en roulant, il se retourne pour lui intimer de la fermer, à cette vieille sorcière. Et il se fait renverser par une camionnette qu’il n’a pas vu venir. Dans appartement, l’épouse du bédéaste reçoit un appel lui demandant de venir à l‘hôpital. Dans la chambre, elle découvre son mari intubé et monitoré de partout, le médecin lui expliquant qu’il s’agit d’un accident grave, qu’ils ne sont pas arrivés à le faire sortir du coma. La médecine ne peut plus rien pour lui. Son cerveau, peut-être, fonctionne encore, et s’il lutte pour retrouver la réalité… L’épouse l’interrompt : Quelle réalité ? Son mari serait dans une autre réalité ? Le docteur reprend : Qui sait ? Coupé d’eux, il survit maintenant dans un monde intérieur, un lieu qu’ils ne peuvent atteindre par des moyens biologiques. Ni lui, ni elle, ni personne en ce bas monde ne peut rien pour lui, Lui seul, s’il a conservé la conscience et sa mémoire, peut se battre pour revenir et y parvenir. Dans un autre monde, Ygdrasil recrache le corps tronc d’Alef-Thau. Ici, ce dernier n’a ni bras, ni jambes, ni yeux, il n’est qu’un vermisseau. L’arbre de la connaissance explique au jeune homme que ce dernier est là pour empêcher que son cauchemar devienne celui de Mu-Dhara, la planète aux deux lunes. Le lecteur peut très bien lire ce diptyque sans connaissance préalable de la première série. Il découvre alors le personnage principal dans sa forme réelle le temps de trois pages, avec une narration visuelle dans un registre descriptif et détaillé, des contours au trait fin, légèrement épurés, une mise en couleurs dans un registre assez réaliste avec une façon d’accentuer l’ambiance en jouant sur les bleus. Puis le lit d’hôpital et l’épouse venant à son chevet, avec un diagnostic accablant… Et c’est parti pour la plongée dans cet autre monde, celui de Fantasy, avec un retour à l’état antérieur, celui d’homme tronc et aveugle… Enfin presqu’antérieur puisque le titre du premier tome de la série originale était l’enfant tronc. Le lecteur sent bien que l’intrigue prend le chemin d’une quête d’éveil, le héros gagnant un membre supplémentaire à chaque fois qu’il triomphe d’un péril. C’est bien parti pour refaire le même chemin que la première série : L’enfant tronc, Le prince manchot, Le roi borgne. Et la suite : Le seigneur des illusions, L’empereur boiteux, L’homme sans réalité, La porte de la vérité, pour finir avec Le triomphe du rêveur. Et tout ça en deux tomes au lieu de huit. D’ailleurs le médecin l’annonce lui-même dans la cinquième planche : Arno survit dans un délire intérieur, lui seul peut se battre pour revenir et y parvenir, à l’aide de sa conscience et de sa mémoire. Toute l’intrigue est ainsi posée. Au premier degré, le lecteur découvre donc la quête d’un héros : un point de départ très clair, d’un côté le personnage principal à l’hôpital, de l’autre le héros qui commence sans bras, ni jambes, ni yeux. Le médecin dans la chambre d’hôpital lie d’entrée jeu et de manière explicite, le sort médical de l’accidenté et la réussite de la quête du héros. Cette dernière s’avère très simple : prendre la route (bien aidé par d’autres), se retrouver face à une menace et un ennemi, se battre contre les monstres avec les moyens du bord, aussi inexistants soient-ils. Et bien sûr, cela se conclut systématiquement par une victoire. La lisibilité des dessins participe à cette qualité tout public. Après la séquence d’ouverture à Paris, les images montrent une situation brillant également par sa simplicité et son caractère teinté d’enfance : un arbre qui parle, qui recrache un être humain, ce dernier totalement démuni pour interagir avec le monde, tout aussi démuni qu’un nouveau-né. La narration visuelle continue : l’homme tronc est pris en charge quelques minutes plus tard par un couple de personnes âgées, dont la roulotte est tirée par un gros chat géant. Ils arrivent dans une ville portant un nom très parlant (Bassecour-paradis) : des ours ailés qui dévorent les habitants, des jets de nourriture par catapulte, une sorte de dinosaure, une ville fortifiée avec de hauts murs, un voyage à dos de chat géant, une guerrière à l’épée tuant un gros monstre pas beau, une femme avec une chevelure de serpents, un palais gigantesque avec dorures, un pont de pierre très étroit au-dessus d’une rivière de lave, des combats entre des créatures angéliques, etc. La narration visuelle contient plus que ces éléments de genre, divertissants pour eux-mêmes, parlant à tous les publics, sans violence soutenue ou atrocités graphiques. La reconstitution des rues de Paris s’avère concrète et solide, avec des détails urbains concrets et spécifiques, tels que les croix de Saint-André. Les différents appareillages dans la chambre d’hôpital sont également réalistes et plausibles, ainsi que plus tard les camions de pompiers, le fauteuil roulant, ou encore le quartier du septième arrondissement vu du ciel. En outre, l’artiste respecte les éléments graphiques établis dans la première série, à commencer par l’apparence des principaux personnages tels qu’Alef-Thau, Louroulou, Malkhout, Mirra et Hogl. Il développe de nouveaux personnages en cohérence avec la conception des originaux, que ce soient Sambara la compagne de Hogl, ou Aquason, Aéronto, Ignégalo, Terrakan et Gargagna. La narration visuelle porte le récit aussi bien pendant les discussions, les déplacements ou les affrontements physiques, avec des prises de vue claires et parlantes, une mise en avant raisonnable des exploits physiques, et une attention aux détails pour que la situation d’Alef-Thau puisse rester plausible malgré sa condition d’homme tronc. En effet, Jodorowsky fait du Jodorowsky : il met à profit sa trame préférée, celle d’un personnage partant d’une situation d’infériorité, ici physique, et devant surmonter des épreuves formidables, des souffrances qui vont le marquer dans sa chair, parfois teintées de sadisme. Il reprend également la trame de la première série, inversant le principe de l’épreuve physique laissant des séquelles physiques diminuant le personnage tout en l’élevant sur le plan spirituel, puisqu’ici la situation physique du héros s’améliore à l’issue de chaque épreuve, tout en acquérant une plus grande maîtrise de sa situation sur le plan psychologique. Les épreuves semblent se succéder de manière linéaire, et correspondent de manière transparente à une situation dans le monde réel. Par exemple, Alef-Thau se bat contre un être de feu dans Mu-Dhara, alors que son corps réel est la proie de la fièvre à l’hôpital. De ce point de vue, il est possible de considérer ce récit comme enfantin, à destination d’un jeune public. Le parallèle entre Arno dans le coma et les aventures de son avatar dans son monde intérieur se fait de manière littérale et transparente. Le scénariste semble réaliser un hommage simplifié à sa propre série originelle. Même les quatre éléments sont de retour : le feu, la terre, l’air et l’eau, explicitement nommés. Le scénariste rend également un autre hommage : au dessinateur Arno, décédé en 1993, avant d’avoir pu terminer le huitième et dernier tome de la série initiale. Le lecteur en déduit qu’il met en scène son épouse, et son fils également. Il fait revivre la série pour honorer la mémoire de l’artiste originel. D’ailleurs, l’entité bienveillante de Mu-Dhara s’appelle Ahrno, une variation directe sur Arno. Le lecteur se dit alors qu’il peut prendre au pied de la lettre la présence de Félix, le fils de l’artiste hospitalisé, et que le scénariste a réalisé une histoire en mémoire d’Arnaud Einar Dombre qui puisse être lue par son fils. Il y a intégré quelques métaphores dont il a l’habitude : l’épreuve de traverser le labyrinthe, trouver le salut d’une situation périlleuse par des moyens non conventionnels, certains étant même pacifiques comme le fait de chanter, le fait que des combats se déroulent dans la ville de Kon-Sien-Ziah (un héros luttant pour regagner l’état de conscience), et même un artifice arrivant à point nommé, la bouteille magique de la grand-mère de Sambara, pouvant évoquer un bon vieux remède de grand-mère. Alef-Thau revient dix ans après la parution du dernier tome de la série initiale. Le lecteur plonge dans une histoire tout public, relevant du genre de la Fantasy, avec des dessins facilement accessibles et une narration visuelle solide. Il accompagne le héros dans une succession linéaire dont l’issue est prévisible à chaque fois, pour une quête enchaînant un affrontement après l’autre, vers une victoire finale assurée d’avance. Cela ne retire rien au plaisir premier du divertissement. Le lecteur familier de la première série, découvre un très bel hommage rendu à la mémoire du défunt dessinateur originel. Émouvant.

08/07/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5
Couverture de la série S.O.S. Bonheur
S.O.S. Bonheur

Il est assez ironique de constater que l'un des auteurs de bande dessinée les plus commerciaux du milieu - Van Hamme - soit aussi à l'origine de ce pamphlet anti-système qu'est SOS Bonheur. L'intégrale se compose d'histoires courtes indépendantes, suivies d'un récit plus long qui sert à la fois de dénouement et de fil conducteur entre toutes les intrigues. On est dans une dystopie classique, avec des appareils d'états qui contrôlent l'individu et sapent son libre arbitre par l'utilisation de codes et de lois faussement progressistes. J'ai adoré les premières histoires : elles sont sans concession et s'achèvent sur des fins très sombres. On assiste ensuite à un léger changement de ton, avec des conclusions plus porteuses d'espoir. Quant au dernier récit, si le propos qu'il développe est particulièrement intéressant, il souffre malheureusement d'un manque de crédibilité. Plan de carrière : ***** A votre santé : ***** Vive les vacances : ***** Sécurité publique : **** Planning familial : **** Profession protégée : **** Révolution : *** Le dessin de Griffo est déjà excellent. On retrouve ses marques sans problème si l'on compare son travail à ses collaborations ultérieures, notamment avec Dufaux. J'attribue tout de même la note maximale à cette œuvre, qui est pour le coup vraiment visionnaire, et dont la lecture me semble indispensable.

08/07/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Les Vaincus
Les Vaincus

Intense. Le messager court, mais malgré son dynamisme, il semble scotché par les immensités et l'encre noire. Tout s'écroule autour de lui, en on se sent suffoqué par son effort aussi bien que parce que tout s'effondre autour de lui. Les Blancs reprochaient leur condamnables sacrifices humains aux Indiens tandis qu'ils les faisaient tomber dans le néant tandis qu'ils brûlaient des dissidents par le feu en Europe. Et ils passaient assez pour des dieux grâce à leur technologie supérieure et à des mythes de retour des dieux. Eux même venaient apporter leur Dieu et conquérir des terres. L'implacable logique de tout cela fait tragédie grecque, sans espoir… Mettons-nous à la place des Indiens : le ciel leur tombait sur la tête ! Le genre d'œuvre âpre à lire quand on peut la supporter. Mais on ne perd pas son temps : on prend une gifle ou plutôt un étouffement, et on se rappelle son impression de solitude et de regret pour un monde mourant.

07/07/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Gens de Clamecy
Gens de Clamecy

2.5 Avec Edmond Baudoin, pour que j'accroche un peu il faut qu'il parle d'un sujet qui m'intéresse et c'est un peu le cas ici. On peut diviser cet album en deux parties, une avec une BD qui narre un événement historique un peu oublié (du moins j'en avais jamais entendu parler, mais en même temps je ne suis pas français) lorsque la ville de Clamecy s'est révoltée contre le coup d'état de Napoléon III. Étant fan de l'histoire, les pages qui racontaient cet événement m'ont bien plu. Puis il y a les croquis de gens de Clamecy que Baudoin a raconté. Chacun donne son opinion sur comment rendre le monde meilleur et on a droit aux mêmes généralités du genre plus d'écarts de richesses, pas de racisme, aider la jeunesse, etc. Je ne dis pas ça méchamment, si on m'avait posé la question j'aurais sans doute répondu quelque chose de similaire. C'est juste que je ne trouve pas cela passionnant à lire. Un album moyen avec de bons et de moins bons passages donc.

07/07/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 2/5
Couverture de la série Amatlan
Amatlan

Un autre album d'Edmond Baudoin qui ne m'a pas du tout séduit. C'est un carnet de voyage avec notamment des croquis. Il y en a tellement au début que je me demandais si cet album était vraiment une BD (il faut attendre la page 28 pour que l'art séquentiel arrive enfin). Comme souvent avec Baudoin on saute du coq à l'âne et ici je pense que cela va trop loin. On saute d'un pays et d'une époque à l'autre, Baudoin parle de n'importe quoi et il y a des moments bizarres comme le strip où Baudoin avoue que son amie Neige et tout ce qu'il raconte est en fait de la fiction....mais en fait non c'est juste une blague ou un truc comme ça. J'ai pas bien compris et franchement je m'en fous. En gros, j'ai été totalement indifférent à ce que racontait Baudoin et je trouvais que cet album était souvent hermétique. C'est un album pour ceux qui adorent Baudoin et les autres lecteurs vont s'ennuyer.

07/07/2026 (modifier)