Les derniers avis (81 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série On ne parle pas de ces choses-là
On ne parle pas de ces choses-là

Cette BD est dure, mais c'est un documentaire parfaitement bien fait pour comprendre l'enjeu derrière le sujet. Un tabou bien trop présent dans nos sociétés, un tabou qui s'exprime encore malheureusement trop souvent : l'inceste. Comment la violence s'installe dans les familles par l'inceste, voila tout ce qu'explore la BD. En ne parlant pas des faits précisément, bien qu'ils aient eu lieu, Marine Courtade s'attache à essayer de comprendre les mécaniques du silence. Si tout le monde savait, pourquoi personne n'a parlé ? Comment as-t-on pu laisser faire ? Comment a-t-on pu laisser des nouvelles personnes être victimes ? La BD est faite par des habitués de La Revue Dessinée, donc avec une certaine rigueur dans la construction et la narration. La BD est très fluide, parfaitement lisible et le nombre de pages conséquent est gobé en un rien de temps, pour peu qu'on accepte de se prendre en une seule lecture le poids de toute la violence présente ici. Et là-dessus je tire mon chapeau à la dessinatrice, Alexandra Petit, qui a fait un excellent travail dans le rendu. Ce sont principalement des interviews entrecoupés de réflexions de l'autrice, et pourtant on a une vraie BD. C'est dynamique, lent quand ça doit l'être, marquant dans les silences et les manifestations de cette violence latente, mais aussi clair et lisible. Je n'ai jamais tiqué sur ce documentaire, ni sur le fond ni la forme, preuve d'une parfaite maitrise du trait. Comme dit plus haut, la BD est dure, mais pas lourde. Sur le thème de l'inceste on a d'autres BD bien plus frontales, comme Daddy's Girl par exemple. Ici c'est vraiment un reportage sur le silence familiale, la culpabilité et le manque de communication, en interrogeant les mécanismes individuels qui ont conduit à cette omerta. Car oui, le résultat est évidemment que chacun à une raison individuelle de ne pas avoir parlé. Et que les raisons sont hélas banales, ordinaires, humaines : peur de briser la famille, honte, dégout, hésitations, impression de ne pas être légitime ... Bref, les travers habituels face à une situation de ce genre. Il reste alors que l'horreur de voir que tout aurait pu être géré tellement plus tôt. Comme tant d'autres cas, le silence a été un agent de l'horreur, mais qui blâmer ? Qui obligerait les victimes à parler ? La BD a même des passages incroyablement triste, comme ce que lui raconteras son père sur la relation qu'il eut ensuite avec ses filles. C'est cruel, triste mais aussi libérateur de l'entendre. Une BD de plus sur ce que fait la violence de l'inceste dans les familles, mais qui incite à parler et à reconstruire ensuite. Salutaire, donc.

01/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Entretien avec un vampire - L'Histoire de Claudia
Entretien avec un vampire - L'Histoire de Claudia

Même si j'ai lu plusieurs romans d'Anne Rice, je n'ai jamais lu Entretien avec un vampire, simplement parce que je connaissais déjà très bien son histoire grâce au film, puis plus récemment à son excellente adaptation en série TV. En découvrant cet album, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'une histoire inédite consacrée à Claudia. En réalité, c'est surtout un changement de point de vue : on revit l'histoire d'Entretien avec un vampire à travers son regard, en se limitant à la période comprise entre sa Naissance et sa disparition, ce qui représente malgré tout la plus grande partie du récit original. J'ai tout de même eu le plaisir d'y découvrir un épisode absent du film, lorsque Louis et Claudia croisent en Europe centrale une étrange créature qui vient enrichir le mythe vampirique imaginé par Anne Rice. Le reste demeure très fidèle au roman, avec un éclairage un peu plus intime sur les sentiments et les motivations de Claudia, ce qui permet de mieux comprendre sa frustration grandissante d'être condamnée à rester éternellement enfermée dans un corps d'enfant. Le dessin d'Ashley Marie Witter est très marqué par une influence asiatique, avec des personnages aux traits fins, juvéniles et souvent androgynes. C'est un style maîtrisé et assez séduisant pour représenter les protagonistes, renforcé par une belle palette de tons sépia où seuls le sang et quelques détails ressortent en rouge. En revanche, cette approche me rappelle parfois certains manga shojo : les personnages occupent presque tout l'espace, tandis que les décors restent souvent réduits au minimum. J'aurais apprécié une mise en scène un peu plus ample et plus immersive. Il faut dire aussi que l'accent est clairement mis sur le romantisme gothique et les longues réflexions métaphysiques autour de l'immortalité, de la solitude, du désir d'aimer et d'être aimé, ou encore de la quête d'une identité impossible. C'est évidemment le cœur même de l'œuvre d'Anne Rice, et l'adaptation lui reste très fidèle. Malgré tout, j'avoue que ces dialogues très lyriques et ces longs monologues ont fini par me lasser par moments, même si l'histoire conserve toute sa force tragique et le pouvoir de fascination qui fait le charme des Chroniques des Vampires.

01/07/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 3/5
Couverture de la série L'Homme qui vendit la Tour Eiffel
L'Homme qui vendit la Tour Eiffel

Fidèle à sa couverture, cette BD se présente modestement comme une pantalonnade divertissante autour d'une invraisemblable escroquerie. Par son titre et ses illustrations excessivement caricaturales, cette BD impose son horizon d'attente et sa grille de lecture autour de la notion de divertissement. Si les illustrations peuvent légèrement déplaire dans certains de leurs excès (la bouche de l'acolyte plus large que celle d'un métro), leur imitation trop révérencieuse de Blain, les couleurs sembler bien ternes pour le genre, l'on se réjouit du rythme enlevé déployé, sans lequel l'exubérance aurait perdu bien de son charme. Ainsi, la dramaturgie intègre habilement cette nécessité rythmique via le personnage de l'inspecteur et toutes les péripéties en découlant. Par ailleurs, le cinéphile que je suis goûte grandement l'inattendu hommage au chef-d’œuvre de Lubitsch "Trouble in paradise / Haute pègre" distillé par le beau personnage de Miss Tam-Tam, meneuse de revue à la cleptomanie des plus charmantes. Léger, assez amusant et parfaitement divertissant, ni plus ni moins.

01/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Le Temple
Le Temple

Cet album recueille l'adaptation de cinq courtes nouvelles de Lovecraft, pas parmi ses plus connues, même si la plupart ont déjà été adaptées ailleurs. Je n'ai pas du tout aimé le graphisme de Hernan Rodriguez. J'ai eu l'impression de lire des planches dessinées par un adolescent, tant au niveau du trait que des couleurs, mais aussi et surtout de la mise en scène. Je trouve l'ensemble immature, presque pompier. Moi qui ne suis pourtant pas un grand amateur des adaptations de Gou Tanabe, je ne peux que constater à quel point son style est nettement supérieur à celui proposé ici. En comparant leurs adaptations de L'Etranger, de La Cité sans nom et du Temple, je réalise à quel point les images de Tanabe sont plus évocatrices, plus élégantes et plus inspirées. Celles de Rodriguez me paraissent au contraire très convenues, presque naïves, avec un dessin qui me fait vraiment penser à celui d'un grand ado. Quant à la colorisation, je la trouve très moche. Cette mise en scène, que je trouve dépourvue de finesse, m'empêche également de ressentir ce que ces nouvelles transmettent dans leur version littéraire. Dans L'Etranger, le fait de montrer autant le héros dès les premières pages affaiblit la révélation finale, et la représentation de la chose à la fin ne m'a pas convaincu du tout. Dans La Musique d'Erich Zann, le dessin rend difficile à comprendre ce qui se trouve derrière le rideau de la fenêtre, et j'ai eu beaucoup de mal à saisir ce qui se passe dans les dernières pages. Nyarlathotep m'a semblé bien plus plat que la nouvelle originale, sans retrouver son caractère universel et inquiétant. La Cité sans nom évoque ici davantage un récit de science-fiction fantastique hollywoodien qu'un véritable récit lovecraftien, où l'indicible et l'effroi devraient dominer. Enfin, Le Temple est, à mes yeux, tellement mal raconté que toute l'intrigue, ainsi que le suspense angoissant qui fait la force de la nouvelle, tombent complètement à plat. Bref, hormis la couverture qui avait attiré mon attention, j'ai trouvé ce recueil d'adaptations assez médiocre.

01/07/2026 (modifier)
Couverture de la série Bruno le barbare
Bruno le barbare

Comme beaucoup d’autres avant lui ces derniers temps, Rudy Spiessert nous propose ici un condensé d’humour con et surtout absurde. Je ne sais pas si cela vient du fait que je lise beaucoup d’albums de ce type, et que du coup je suis blasé, mais je suis sorti un chouia déçu de cette lecture. Spiessert va souvent jusqu’au bout d’idées totalement farfelues, loufoques. Il dépasse la simple parodie décalée d’un super-héros débile, pour empiler dialogues et situations absurdes. On atteint même parfois quelque chose de poétique, presque surréaliste, un univers dans lequel humains et objets du quotidien et personnages plus ou moins hybrides (voire parties du corps humain) ont le même statut. L’humour en lui-même ne fonctionne pas forcément – en tout cas je n’ai pas vraiment ri. J’ai par contre souri à plusieurs reprises, et j’ai jusqu’au bout été curieux de voir jusqu’où Spiessert aller pouvoir pousser le curseur. Au final, même si je m’attendais à trouver cet album plus drôle, je reconnais son originalité – qui ne plaira sans doute pas à tous les lecteurs habituels de Fluide. Note réelle 2,5/5.

01/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série La Danseuse aux dents noires
La Danseuse aux dents noires

Cette BD relate un épisode authentique de la vie d'Hermentaire Truc, arrière-grand-père des scénaristes et célèbre professeur d'ophtalmologie. En 1912, le gouvernement français l'envoie au Cambodge pour opérer de la cataracte le roi Sisowath, une mission loin d'être seulement médicale puisque, dans le contexte du protectorat français en Indochine, la stabilité du royaume revêt une importance politique majeure. Les auteurs s'appuient sur cet épisode réel, enrichi de documents familiaux, pour construire un récit où l'Histoire et la fiction se mêlent avec beaucoup d'habileté. Très vite, le simple voyage d'un médecin devient une intrigue d'espionnage et de manipulations où se croisent services secrets, complots, ambitions allemandes, rébellion locale et rivalités entre puissances coloniales. Cette trame romanesque permet surtout d'élargir le regard sur une période méconnue du grand public. On découvre les subtilités du protectorat français, les tensions qui annoncent déjà les futurs mouvements indépendantistes, mais aussi le rôle du commerce de l'opium, organisé par les Européens pour asseoir leur domination économique sur la région. J'ai trouvé ce contexte historique et géopolitique passionnant. Éric Stalner met parfaitement en images cette époque. J'ai beaucoup aimé l'atmosphère Belle Époque des premières pages et du voyage en paquebot, puis le dépaysement offert par le Vietnam et le Cambodge d'alors, entre palais royaux, villas coloniales, temples et paysages tropicaux, sans oublier la misère qui se cache derrière ce décor de carte postale. Son dessin est solide et très lisible, même si je le trouve un peu académique et que ses couleurs, parfois un peu ternes, manquent de chaleur à mon goût. L'intrigue est remarquablement construite et ne verse jamais dans l'aventure spectaculaire. Elle reste constamment crédible, portée par d'excellents personnages, notamment Simala, la favorite du roi, dont la personnalité complexe et l'ambiguïté évitent tout manichéisme. C'est précisément cette retenue qui fait la force de l'album : il privilégie le récit historique à l'action débridée et parvient à captiver du début à la fin grâce à une écriture intelligente et très documentée. Une excellente surprise, aussi instructive que prenante.

01/07/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série L'Ecole est finie !
L'Ecole est finie !

Dans la tranquillité et la bienveillance on grandit plus vite et mieux. - Ce tome contient une histoire complète de nature autobiographique, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Evemarie pour le scénario, le dessin et les couleurs. Il comprend cent-dix-sept planches de bande dessinée. Il commence par une courte préface de Fabcaro (Fabrice Caro) dans laquelle il évoque que l’histoire de l’autrice dans ses établissements scolaires fait autant rire que froid dans le dos par moments, que le lecteur suit une petite fille super attachante, surtout si dans sa scolarité il n’était pas forcément un des leaders charismatiques de la winne. Il conclut en réitérant que l’ouvrage est très drôle. Evemarie est attablée à un café en terrasse, et elle regarde les parents amener leurs enfants à l’école. Cela lui rappelle sa rentrée en septembre 92, alors qu’elle avait dix ans. Le car arrive à l’arrêt avec une publicité pour le film Reservoir Dogs sur le flanc. Elle monte dedans avec sa sœur. Evemarie rentre au collège, sa sœur est dans le même établissement qu’elle, en seconde. Elle est belle et bonne en cours. À la maison, elles peuvent se disputer… moins qu’elles ne se marrent ensemble. Bref ce matin-là, elles font leur rentrée. Une fois descendue du bus, le pied de sa sœur heurte la bordure de trottoir et elle s’étale de tout son long dans une flaque d’eau ce qui fait beaucoup rire Evemarie. Finalement, cette dernière arrive dans la cour, puis dans sa classe. Elle est la plus jeune, la plus petite, et elle a un nom de famille hilarant, Cabot, ce qui fait rire tous les élèves lors de l’appel. Quelque chose lui dit que ça va être très long…. Très très long cette affaire. Chapitre un : collège public. Evemarie a choisi allemand pour la première langue, pour être dans une bonne classe. Ce qui est complètement idiot, parce que l’allemand, à part en Allemagne, tout le monde s’en moque (sauf peut-être un peu en Argentine). Ses seules références en allemand se cantonnaient à La grande vadrouille… ce qui lui vaudra une heure de colle, pour avoir répondu à la professeure : Ja voll, mein Guénéral. Note pour plus tard : pas de trait d’humour en classe. Que l’ennui… Et l’ennui… Et encore l’ennui. L’autrice reprend donc : la plus petite, avec un nom hilarant. Ce qui se passe ? Les autres élèves se moquent d’elle, par exemple en lançant une feuille de papier froissé sur sa tête et en lui disant d’aller la chercher. À cet instant, deux options s’offrent à la jeune fille : devenir victime officielle, ou marquer son mécontentement sur le petit leader de la classe. Elle se retourne donc vivement et le frappe avec ses cahiers. Ça a mis tout le monde d’accord. Fin du match… enfin avec les élèves. Mais même un prof s’y met en faisant l’appel, ajoutant un petit Ouaf-ouaf après avoir appelé son nom. Bien sûr, elle a rêvé de lui réserver le même sort qu’au petit chef des harceleurs ! Mais ça ne se fait pas… On peut toujours rêver. Assise à sa place en salle de classe, elle regarde par la fenêtre. D’ailleurs le rêve n’était pas au programme. Et c’est fort dommage… Elle était hyper douée. De la fenêtre, elle a une vue imprenable sur l’horloge de la cour. Alors, régulièrement elle s’envole pour accélérer le temps. Diplôme de vol mental acrobatique, obtenu avec félicitations… Le titre et l’illustration de couverture annoncent honnêtement le programme : raconter les années d’école qui mènent de la demoiselle à droite à la jeune femme à gauche, avec une issue ressentie comme une libération, en pouvant brûler le cartable. Le récit autobiographique de la bédéaste s’articule en trois parties, correspondant à trois établissements différents : le collège public à partir de la sixième, puis le collège privé à partir de la troisième, et enfin l’école secondaire artistique Saint-Luc de Tournai en Belgique. Le lecteur trouve ce à quoi il peut s’attendre : la bonne humeur graphique de la bédéaste, avec un dessin tout public, des personnages à la représentation un peu simplifiée, son propre avatar dont le regard reste perpétuellement caché par sa frange, des exagérations comiques dans les postures ou dans les réactions, une représentation simplifiée des décors, et quelques délires visuels, par exemple lorsqu’elle chevauche une sorte de canard géant mutant avec un casque qui glisse sur un arc-en-ciel. Il retrouve également le ton personnel de l’autrice : un sens de la dérision et de l’autodérision, de la moquerie finalement plutôt gentille, une aversion pour l’autorité imposée, une forme d’entrain en particulier pour la pratique du dessin, et une amitié indéfectible pour sa sœur. Alors bon, qu’est-ce que cette histoire de scolarité comporte d’intéressant ? La dénonciation de maltraitances institutionnelles et personnelles ? Une critique analytique et philosophique sur l’éducation ? L’autrice reste dans son registre sarcastique et concret, descriptif, comme elle a pu le faire dans La Boulonichon (2023). Le lecteur s’attache immédiatement à la jeune Evemarie, sa figure rondouillarde, son gros nez rond, ses vêtements informes dans la période collège public, sa tenue dans sa période lycée avec des pulls ou sweatshirts le plus souvent rayés et des jeans, sa période (presque) conformiste en collège privé (col roulé, gros collants noirs en laine, jupe écossaise qui gratte sous les genoux, chignon mais pas de serre-tête parce qu’elle se respecte, mais ses Doc Martens parce que quand même). Il se rend compte que l’autrice réalise des écarts quant à ses apparences sages à des fins humoristiques ou émotionnelles : la jeune Evemarie en boxeuse avec la ceinture, la même en pirate, en exploratrice dans la jungle, en pyjama, en cosmonaute, en maillot de bain, en cible pour lanceur de couteaux, ou même en superhéroïne. La dessinatrice joue avec verve sur les exagérations de comportement ou de d’expressions de visage : l’écolière le dos courbé sous les poids de son cartable comme métaphore de la pénibilité de l’école, le professeur de mathématiques qui se transforme en comédien de standup au tableau, le surveillant qui se conduit comme une brute épaisse, le prêtre qui est le sosie de Rowan Atkinson (Mister Bean), le chef de division du collège privé avec la bave aux lèvres, etc. La narration visuelle entraîne facilement le lecteur avec des personnages le plus souvent en mouvement, des couleur plutôt claires, parfois vives (surtout une fois sortie du collège). La direction d’acteur se positionne dans un registre réaliste, avec des exagérations comiques régulières, pour faire ressortir une absurdité ou un ressenti. Elle se tient à l’écart du misérabilisme, la plus grande souffrance de l’élève semblant être un ennui interminable et sempiternellement répété. Toutefois, le mode d’accompagnement des élèves au collège ressort par son manque d’empathie, de chaleur humaine, et par ses méthodes coercitives et humiliantes pour le collège privé. Le dessin reste à l’écart de tout voyeurisme, tout en faisant apparaître les émotions, et les situations d’abus d’autorité ou de pouvoir, en particulier le recours à la force brutale du surveillant, ou à l’abus d’autorité sur de jeunes demoiselles par le chef de division. Le lecteur absorbe les dessins, avec la sensation d’une lecture facile et évidente, amusante et régulièrement drôle, rendant vivante une phase banale de la vie de tout adulte ayant bénéficié d’une scolarisation. De temps à autres, il constate la présence de procédés visuels élaborés, intégrés de manière organique à la narration. Le recours au motif de la spirale pour montrer que l’adolescente subit une décision pour elle arbitraire, qu’elle n’avait pas vu venir et sur laquelle elle n’a aucune prise. Des métaphores visuelles comme l’élève traversant un désert avec un cartable très lourd sur le dos. La présence de personnes célèbres, à commencer par les Beatles, mais aussi Mister Bean, la menace physique ou psychologique sous la forme d’un personnage en ombre chinoise, les émotions sous forme visuelle par exemple quand Evemarie crache du feu comme un dragon, etc. Le lecteur éprouve la sensation de suivre la scolarité de l’autrice de manière linéaire à partir de sa sixième jusqu’à la sortie de St-Luc. Il se rend compte qu’il est peu question du contenu des cours, sauf pour pointer du doigt l’attitude professorale manquant de bienveillance dans les deux collèges, la forme très scolaire et autoritaire des cours, ou encore comment un groupe d’enfants peut prendre en grippe un autre et lui faire subir des brimades. Evemarie fait ressortir à quel point ce mode de d’apprentissage coercitif est inadapté à sa personnalité, et à quel point elle grandit vite et mieux dans l’environnement plus responsabilisant de St-Luc. En filigrane, il peut repérer ce qui permet à Evemarie de tenir le coup, de conserver son intégrité psychique, malgré cette inadéquation à un système normalisé et vécu comme dépersonnalisé. Son lien avec sa sœur, des parents compréhensifs et à l’écoute, des amies et des amis, un caractère à ne pas se laisser marcher sur les pieds, une grande imagination lui permettant de s’évader lors d’interminables périodes d’ennui, et une passion le dessin. Elle conclut son récit par une forme de Que sont-ils devenus ? Et par sa scolarité dans une école de dessin en Belgique avec des méthodes pédagogiques totalement adaptées à son niveau d’autonomie, reposant sur la tranquillité et la bienveillance. Le récit d’une scolarité en collège, d’abord public puis privé, puis dans une école de dessin, d’une élève pour laquelle les conditions quasi industrielles de l’éducation scolaire sont inadaptées. Un récit drôle et visuellement inventif, disant et montrant les moments d’humiliation sans en faire un drame (alors qu’il y a de quoi à une ou deux reprises), avec verve, bienveillance et caractère. Un témoignage qui dit la souffrance ordinaire et bien réelle d’une élève subissant un système impersonnel et autoritaire.

01/07/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 3/5
Couverture de la série La Brigade Chimérique
La Brigade Chimérique

J'aime bien l'idée que l'Europe finisse par avoir ses superhéros, ce qui en plus avec le lâchage américain de l'Europe aujourd'hui, tombe bien... Une Défense... et des héros a soi ne sont pas de trop. Et donc cette bd et d'autres du même genre sont, en somme, une mise à niveau bien nécessaire. De plus le dessin est bien, on ne dira pas génial. Il y a l'idée de base aussi : les superhéros seraient générés par les villes, quand on en a d'assez grosses, ils adviennent. La puissance est une question d'échelle, ce qui est largement le cas, dans la vie. Cependant, crouler sous le nombre de prestigieux invité dans cette histoire ne garantit pas qu'elle soit passionnante. Assez intéressante, c'est tout… Tandis que dans Fables ( je suis au quatrième tome ) je suis avec entrain voire passion les aventures de nos fables, parole de commun !

01/07/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 2/5
Couverture de la série Tongues
Tongues

PAco a terminé son avis en précisant que ce n'est pas pour tout le monde qui va apprécier ce premier tome et il a raison parce que je suis complétement passé à côté de ce récit. C'est dommage parce que cette histoire qui mélange le fantastique et la science-fiction possède des qualités. La mise en scène est très bien travaillée et on voit toute l'énergie que l'auteur a mis pour créer une œuvre originale. L'univers qu'il a imaginé est bien intéressant. Le problème est que je n'ai pas trop compris ce que j'étais en train de lire. J'ai rien contre les scénarios qui nous larguent un peu au début et petit à petit on finit par comprendre, mais ici je trouve que cela prend trop de temps. Lorsqu'on commence enfin à comprendre, c'était trop tard pour moi j'étais complétement en dehors du récit et j'en avais plus grand chose à foutre. Les discussions entre les personnages m'ont grandement ennuyé. Cela reste tout de même un album intéressant et original dont je conseille la lecture, mais attention il faut faire un emprunt. Je pense que c'est typique le genre d'album qui divise entre ceux qui entrent dans le récit et ceux pour qui tout va rester hermétique.

01/07/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Le Club des anxieux qui se soignent - Comment combattre l'anxiété
Le Club des anxieux qui se soignent - Comment combattre l'anxiété

Un documentaire sur les anxieux et cela tombe bien je suis souvent anxieux moi-même ! J'ai appris des trucs dans ce one-shot qui est dans la moyenne des documentaires en BD. Ceux qui sont habitués à ce type de BD ne vont pas être dépaysagé. Le dessin est simple et parfois même un peu trop, ça manque un peu de décors par moment c'est un peu vide. On explique les choses de manières simples et efficaces et on ajoute un peu d'humour pour détendre l'atmosphère. Comme c'est trop souvent le cas, le dossier en fin d'album est plus intéressant que la BD elle-même. Comme je l'ai écrit, on est dans un niveau correcte, mais la narration manque de dynamisme et c'est pas très palpitant à lire.

01/07/2026 (modifier)