Dorohedoro est typiquement le genre de manga que l'on adore ou que l'on déteste. Dès les premières pages, on plonge dans un univers sale, chaotique et complètement barré. Cette folie permanente fait sa force. L'autrice construit un monde fascinant, peuplé de personnages improbables mais attachants. Même les antagonistes bénéficient d'un vrai développement et finissent souvent par être plus intéressants que les héros eux-mêmes.
Un mélange de fantasy urbaine, d'horreur, d'humour noir et de violence qui fonctionne. On a souvent l'impression de ne rien comprendre à ce qui se passe, mais cela participe finalement au charme de l'œuvre. On avance dans ce grand bazar avec curiosité, en attendant que les pièces du puzzle s'assemblent. Par contre, l'histoire devient parfois inutilement complexe. À force d'ajouter des mystères, des révélations et de nouveaux personnages, la narration en prend un coup. Tout n'est pas toujours limpide et il faut accepter de se laisser porter par le délire ambiant.
Graphiquement, le trait de Hayashida ne séduira pas tout le monde. Il est brut, parfois brouillon, mais il colle parfaitement à l'univers crasseux et déglingué de la série, immersion garantie.
Un manga aussi fou que fascinant, dont le chaos apparent cache une véritable richesse.
Après lecture des précédents avis, je rejoins à 100% Yaglourt.
Beatifica Blues fait partie de ces BD que je rattache immédiatement à une époque de ma vie. Je l'avais découverte au lycée et je me rappelle encore très bien du plaisir de lecture et du choc visuel qu'elle m'avait procurés (en plus ça coincidait avec mon visionnage de Mad Max 2, qui matche parfaitement avec la scène dintroduction). C'est aussi ma véritable rencontre avec le duo Dufaux-Griffo, un tandem que je retrouverai ensuite avec beaucoup de plaisir, comme Monsieur Noir quelques années plus tard.
En la relisant des années plus tard, je lui trouve toujours ce charme très particulier des grandes BD SF des années 80. Le monde imaginé par Dufaux est sale, décadent, étrange, parfois volontairement nébuleux (ce que je me redis à chaque fois que je relis la dédicace qu'il m'a fait, merci Mr Dufaux la longue attente valait le coup), mais il dégage une atmosphère incroyable. Entre les pluies acides, les cités qui survivent au mieux et cette mystérieuse pilule devenue indispensable à la population, on a constamment envie de tourner les pages pour en découvrir davantage.
Gros point fort, l'album ne cherche jamais à tout expliquer. Il préfère installer une ambiance, multiplier les personnages inquiétants aux noms farfelus ou fascinants et laisser le lecteur s'immerger dans cet univers post-apocalyptique où plane une sensation permanente de fin du monde. On sent aussi un Dufaux encore jeune mais déjà très attiré par les figures de marginaux, les destins brisés et une poésie du désastre qui deviendra l'une de ses marques de fabrique. Et puis il y a Griffo. Son dessin se bonifie à chaque tome. On sent les influences graphiques de l'époque, mais il est déjà élégant et a une personnalité qui donne du relief à cet univers. Beaucoup d'images me sont restées en mémoire bien après la lecture, ce qui est souvent le signe des albums qui comptent un peu plus que les autres.
Tout n'est pas parfait pour autant. Certains développements paraissent aujourd'hui un peu décousus, certains passages sur Hugo abscons à point et l'histoire emprunte parfois des détours qui n'apportent pas grand-chose. Mais ce sont finalement des défauts assez mineurs au regard de la richesse de l'univers.
Une série imparfaite mais terriblement attachante, portée par une ambiance formidable et un duo d'auteurs qui commençait déjà à montrer tout son talent. Une madeleine de Proust de lecteur, tout simplement.
PS : oubliez les 3 albums seuls et cherchez directement l'intégrale qui contient l'équivalent d'un album supplémentaire qui apporte enfin une véritable conclusion à l'histoire. Sans elle, on reste un peu sur sa faim. Avec elle, l'ensemble gagne en cohérence et prend une tout autre dimension. C'est tout simplement indispensable.
Le chevalier solitaire face à la jungle de béton. J'aime beaucoup ces histoires réalisées par l'équipe au complet de 100 Bullets. En enquêtant sur un crime, en revivant des souvenirs traumatisants, en affrontant des versions plus réalistes et sombres des vilains Croc ou Pingouin, Batman apparaît ici plus solitaire et sans les acolytes des cycles précédents. Les éléments caractéristiques du roman policier ou du film Noir encadrent le héros et la ville de Gotham. Le point le plus fort, pour moi, est la conversation avec le Joker à l'asile Arkham, je recommande la lecture !
J'ai la chance de posséder, en plus de la version normale en couleurs, la « The Deluxe Edition », version américaine en noir et blanc. Je pense que c'est là que la beauté du travail de Risso ressort encore plus.
Dans un monde où les Kaijus ont disparus, les sentais perdurent encore. S'iels ne se tatanent plus avec des monstres de 50 mètres de haut iels se contentent aujourd'hui d'enchaîner les missions peu glorieuses et les petits boulots ingrats. L'âge de l'héroïsme n'est plus et les jeunes, de tout âge et de tout temps, sont comme toujours perdu-e-s quant au monde dans lequel iels vont devoir apprendre à vivre.
Sous couvert de héros en perdition on nous parle donc surtout de jeunesse qui ne sait pas où elle va et de la peur de l'incertitude face à l'avenir. On nous parle d'anxiété, du conflit entre nos rêves et la réalité, de l'ambiance étouffante d'un écosystème et d'une société notoirement mourant-e-s, on nous parle surtout de gens paumés. J'aime particulièrement cette représentation de cette période de vie particulièrement angoissante où tous les repères du passé volent en éclat et où l'avenir ne nous semble plus qu'une terrible fatalité, d'autant plus lorsque l'on met en lumière que cette période peut durer très longtemps. Après tout, est-on jamais vraiment en contrôle de notre trajectoire de vie et de la réalisation de nos rêves ?
Au delà du simple sujet de la jeunesse en perdition et des angoisses liées à l'avenir, on note également une critique de la culture capitaliste et un propos sur les différences d'impositions de genre au sein de notre société.
C'est du très bon, le dessin de Singelin est toujours bien travaillé, les décors sont fournis et joliment chaotiques, la colorisation n'appuyant que les couleurs vives des sentais est bien trouvées, les personnages sont attachants et intriguants (et celleux qui sont des têtes à claques et/ou des petits cons finis restent réalistes dans leur exécution et leur dégringolade morale reste prenante à voir), … Bref, une série qui se révèle très bonne.
Hâte de lire le troisième et dernier tome !
(Note réelle 3,5)
Je pensais surtout trouver une leçon d'histoire sur les dernières secousses de la guerre d'Espagne. En réalité, "Les Phalanges de l'Ordre Noir" est beaucoup plus riche que ça. Christin et Bilal prennent comme point de départ la réapparition d'un groupe franquiste plusieurs décennies après la guerre civile, poussant d'anciens brigadistes internationaux à reprendre du service. Ce qui m'a plu, c'est l'équilibre entre le fond historique et la dimension humaine. Ces anciens combattants ne sont plus les jeunes révolutionnaires d'autrefois. Ils sont âgés, fatigués, parfois dépassés par les événements, mais continuent malgré tout à courir après leurs ennemis d'hier. Il y a quelque chose d'à la fois admirable et un peu ridicule dans cette expédition, et l'album joue constamment sur ce fil. J'y vois une source d'inspiration pour Les Vieux Fourneaux.
On sourit souvent devant cette bande de vieux idéalistes qui s'obstinent à refaire l'Histoire, mais le récit ne se moque jamais vraiment d'eux. Au contraire, il montre avec beaucoup de tendresse ce que deviennent les convictions lorsqu'elles traversent plusieurs décennies. Derrière l'aventure et les rebondissements, c'est aussi une réflexion sur le vieillissement, la fidélité à ses idées et le poids du passé.C'est pourcela que je pense que cet album se savoure pleinement à partir de 40 ans :)
Et puis la manière dont Christin parvient à transmettre un contexte historique et politique assez dense sans jamais donner l'impression de lire un cours magistral, un beau tour de force. Les événements réels enrichissent le récit mais restent toujours au service des personnages. C'est précisément ce mélange qui m'a rendu l'album aussi prenant.
Graphiquement, Bilal est déjà à un niveau remarquable. Ca fourmille de détails et les ambiances mélancoliques collent parfaitement à cette histoire de combattants usés qui refusent de déposer les armes. On comprend alors pourquoi le duo Christin-Bilal a marqué la BD adulte à cette époque.
Bref, une lecture intelligente et humaine, qui réussit à être à la fois une aventure politique, une comédie douce-amère sur une bande de vieux cabossés et une passionnante plongée dans un pan assez méconnu de l'histoire européenne.
Je m'attendais à une énième déconstruction des contes de fées version "regardez comme tout cela était affreux avant", "non au patriarcat" et tutti quanti. En réalité, Lou Lubie est beaucoup plus maligne que ça. Elle rappelle les origines souvent plus sombres des contes, démonte quelques clichés popularisés par Disney, mais sans jamais tomber dans le procès à charge.
La force de ce livre joliment édité, c'est justement ce recul. L'autrice reconnaît les aspects parfois problématiques de certains récits, tout en expliquant pourquoi ils ont traversé les siècles et continuent de nous parler aujourd'hui. Derrière les versions, les époques et les adaptations, on retrouve des histoires profondément universelles. Le tout est porté par une vulgarisation exemplaire : c'est documenté, drôle, vivant et extrêmement facile à lire. Les plus de 200 pages défilent toutes seules grâce à un ton léger et un dessin simple mais très efficace.
Au final, une BD documentaire aussi instructive que divertissante, qui donne envie de redécouvrir les contes plutôt que de les condamner. Et rien que pour ça, c'est une belle réussite.
Fernández a déjà vingt ans de carrière derrière lui lorsqu’il réalise cette adaptation en couleurs du roman de Bram Stoker pour la version espagnole du magazine Creepy.
Son récit respecte scrupuleusement l'œuvre originale, là où le Dracula (Bess) de Georges Bess me semble moderniser excessivement les dialogues.
Graphiquement, l'album impressionne par une technique maîtresse de la peinture à l'huile et un découpage de qualité qui évite de tomber dans un académisme trop classique. De nombreuses images restent profondément marquantes : la première apparition du cocher, la découverte du château, le navire du comte fendant une mer déchaînée vers l'Angleterre, les attaques du comte sur Lucy, la purification de cette dernière par Van Helsing... Chacun de ces passages clés a fait l'objet d'un soin minutieux.
Mais la grande force de cette œuvre est aussi sa faiblesse : par moments, le récit peut donner une impression statique. Et puis il manque le charisme de Peter Cushing pour interpréter Van Helsing...
J'avais trouvé le Dracula de Bess soporifique et trop consensuel, et j'ai retrouvé dans cette superbe version la noirceur et l'ambiance gothique du mythe originel.
A l’heure où montent les intolérances, où le racisme s’exprime de manière de plus en plus décomplexée, il est bon de voir publié ce type d’ouvrage. Le co-auteur Feurat Alani a eu un parcours exemplaire. Lui qui a grandi dans ces célèbres tours « Pablo-Picasso » de Nanterre, est parvenu à s’extirper de cette cité dont la réputation s’est dangereusement dégradée au fil des crises successives depuis les années 70, comme beaucoup d’autres en France, alors qu’à l’époque elles symbolisaient pour beaucoup les contours d’un futur idyllique.
Feurat Alani, accompagné d’Ulysse Gry au dessin, se sont livrés à un vrai travail de journalistes de terrain , dans un tout autre style que leurs consœurs et confrères qui eux se contentent de produire pour les grands médias des micros-trottoirs dans des quartiers tranquilles, leurs missions les plus risquées étant de se rendre dans les zones inondées ou ravagées par les feux de forêt... Car ici, à Nanterre, c’est un incendie d’une toute autre nature qui s’est propagé dans les banlieues de France et de Navarre, après la mort du jeune Nahel abattu froidement par un policier lors d'un contrôle alors qu’il conduisait une voiture sans permis. C’est la révolte d’une jeunesse qui s’est exprimée, une jeunesse souvent issue de l’immigration par leurs parents ou grands-parents, une jeunesse qui a manqué le fameux ascenseur social.
On appréciera la démarche de Feurat Alani, qui nous aide à comprendre que ces jeunes ne correspondent pas à l’image qu’on essaie de donner d’eux, que les choses ne sont pas si simples et ne se résument pas aux slogans racistes et caricaturaux des partis xénophobes. Ce reportage en immersion nous donne à voir un autre visage de cette banlieue vilipendée par les opportunistes de la politique, cette banlieue que les JT évoquent seulement pour susciter le peur et favoriser l’audimat. Des lieux qui, malgré leur laideur, ont su conserver des valeurs d’entraide et de solidarité permettant à chacun de survivre, où même les clochards ont droit à un regard bienveillant et retrouvent un peu de la dignité qui leur est refusée dans les beaux quartiers. Et on est reconnaissant à Feurat de nous avoir montré cette facette beaucoup moins effrayante que l’image souvent véhiculée à travers les médias « officiels », une perspective différente qui tente de restituer la réalité sans l’enjoliver ni l’accentuer, mais qui donne un peu d’espoir dans un monde de plus en plus déshumanisé par une technologie envahissante et atomisante, voulant que chacun reste chez soi à passer des heures à pianoter sur son clavier. Un miroir qui pourrait bien changer notre regard et nous pousser à une remise en cause. Car dans ces banlieues, il se passe beaucoup de choses, et les gens ont l’air bien vivant, sans doute plus qu'ailleurs.
Le trait d’Ulysse Gry est simple et stylisé, mais surtout il respire l’authenticité. On sent une recherche élaborée dans la mise en page et c’est une belle poésie qu’il nous offre à plusieurs reprises. La page 19 représentant les fameuses tours « Pablo-Picasso » sous la lune est tout à fait remarquable. Ces tours semblent vivantes sous le crayon de Gry, évoquant les célèbres moais de l’île de Pâques. Cette patte poétique semble transcender le délabrement et la violence visuelle des lieux, bref, elle contribue à apaiser la cité pour permettre d'entrevoir l’espoir.
Cette BD est à découvrir absolument, parce qu’elle fait office de porte-voix à des populations qu’on n'entend guère habituellement, des populations souvent anonymisées, déshumanisées, et par ricochet stigmatisées, par les forts qui aiment à s’en prendre aux plus fragiles en leur donnant à des fins opportunistes le rôle de bouc émissaires pour tous les problèmes socio-économiques. Feurat Alani, « l’enfant du pays », l’a fait à sa façon, modestement, mais le message est bien passé. Parce que cette BD parle aussi de transmission entre les générations, l’essentiel étant ne pas oublier qu’il y a encore une cinquantaine d’années, à Nanterre, à la place de ces tours aujourd’hui si mal en point, se trouvait le plus grand bidonville de l'Hexagone, où s’entassaient ces immigrés qui ont construit la France d’après-guerre. La République finira bien par comprendre un jour, on l'espère, que les pratiques coloniales, qui se sont perpétuées dans les banlieues jusqu'à aujourd'hui, doivent prendre fin et qu'il faut changer d'ère.
Cette bande dessinée documentaire sur Géronimo, le célèbre chef de guerre apache, est une véritable réussite. Malgré ses 400 pages, le récit est si bien rythmé qu'on ne voit pas le temps passer. L'histoire s'articule autour du colonel Stephen Melvil Barrett, venu recueillir les mémoires de Géronimo à la prison de Fort Hill. Ces confidences donnent lieu à des flashbacks captivants, entrecoupés de moments d'échange plus légers, voire drôles, entre les deux hommes.
Tout comme Ro, j'ai particulièrement apprécié l'impartialité du scénario, qui évite le piège du cliché manichéen opposant les "méchants colons" aux "gentils indiens". L'album est d'ailleurs très instructif, notamment sur les relations commerciales qui persistaient entre Blancs, Mexicains et Amérindiens au milieu des conflits.
Côté graphisme, même si le style n'est pas mon préféré, le dessin reste efficace et les visages sont bien identifiables. Enfin, l'intégration de photos d'époque est une excellente idée qui renforce l'immersion historique.
Une œuvre à lire.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 9/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6/10
NOTE GLOBALE : 15/20
Cauchon a joué un rôle important dans la geste de Jeanne d’Arc, puisqu’il a été le principal responsable de sa mise à mort. Mais c’est un acteur mineur d’un fait qui n’est devenu majeur que plus tard. Il est resté dans l’ombre de la « pucelle », et on ne sait pas grand-chose de lui – et quasiment rien de ce qu’il a fait ou dit. Et plus Jeanne d’Arc entrait dans le mythe (républicain, nationaliste, religieux, etc.), plus Cauchon devenait le « méchant ».
Les auteurs ont pourtant choisi d’en faire le héros de leur histoire, faisant de Jeanne d’Arc un personnage presque secondaire – même si elle garde son rôle de pivot de l’histoire. Autre originalité de ce récit, celle de faire de Cauchon un personnage ambivalent, qui veut montrer sa force (par ambition carriériste ou financière) au roi « d’Angleterre et de France », mais qui va, dans le bras de fer qui l’oppose à Jeanne, plier, et montrer ses faiblesses. Les auteurs nous montrent une Jeanne ayant presque mis à ses pieds celui qui est censé être son bourreau.
Le pari est risqué, mais les auteurs réussissent à la gagner. En effet, ils ont romancé, inventé, trituré la réalité. Mais jamais ils ne tombent dans le n’importe quoi ou le ridicule. Comme pour une bonne partie de l’histoire de Jeanne, l’histoire de Cauchon qui nous est présentée ici « pourrait » être vraie, à condition d’y croire. Mais tout l’art des auteurs est de nous y avoir donné envie. Et c’est vraiment bien fait (ils n’ont pas non plus fait n’importe quoi, et une bonne bibliographie – je recommande en particulier la lecture du livre de Gauvard – complète en fin d’album la lecture pour les plus curieux).
Bien fait déjà parce que l’on prend le temps d’installer le récit, les personnages, les enjeux. L’importante pagination, la narration et la mise en page aérées nous aident à entrer dans cette intrigue. Et le dessin de Parnotte est lui aussi agréable. Il ne s’encombre pas de détails, il est avare de décors (la mise au point finale – très intéressante – de l’historien David Glomot, explique et justifie bien le fait qu’il ne s’agissait même pas de reproduire les « vrais décors – ville de Rouen, château, etc.). Il se focalise sur les personnages. Et c’est plutôt intéressant et efficace.
Bref, sur un sujet galvaudé, voilà un album qui sort du lot, par son approche et son traitement, et par le personnage qu’il a choisi de mettre en avant.
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Dorohedoro
Dorohedoro est typiquement le genre de manga que l'on adore ou que l'on déteste. Dès les premières pages, on plonge dans un univers sale, chaotique et complètement barré. Cette folie permanente fait sa force. L'autrice construit un monde fascinant, peuplé de personnages improbables mais attachants. Même les antagonistes bénéficient d'un vrai développement et finissent souvent par être plus intéressants que les héros eux-mêmes. Un mélange de fantasy urbaine, d'horreur, d'humour noir et de violence qui fonctionne. On a souvent l'impression de ne rien comprendre à ce qui se passe, mais cela participe finalement au charme de l'œuvre. On avance dans ce grand bazar avec curiosité, en attendant que les pièces du puzzle s'assemblent. Par contre, l'histoire devient parfois inutilement complexe. À force d'ajouter des mystères, des révélations et de nouveaux personnages, la narration en prend un coup. Tout n'est pas toujours limpide et il faut accepter de se laisser porter par le délire ambiant. Graphiquement, le trait de Hayashida ne séduira pas tout le monde. Il est brut, parfois brouillon, mais il colle parfaitement à l'univers crasseux et déglingué de la série, immersion garantie. Un manga aussi fou que fascinant, dont le chaos apparent cache une véritable richesse. Après lecture des précédents avis, je rejoins à 100% Yaglourt.
Beatifica Blues
Beatifica Blues fait partie de ces BD que je rattache immédiatement à une époque de ma vie. Je l'avais découverte au lycée et je me rappelle encore très bien du plaisir de lecture et du choc visuel qu'elle m'avait procurés (en plus ça coincidait avec mon visionnage de Mad Max 2, qui matche parfaitement avec la scène dintroduction). C'est aussi ma véritable rencontre avec le duo Dufaux-Griffo, un tandem que je retrouverai ensuite avec beaucoup de plaisir, comme Monsieur Noir quelques années plus tard. En la relisant des années plus tard, je lui trouve toujours ce charme très particulier des grandes BD SF des années 80. Le monde imaginé par Dufaux est sale, décadent, étrange, parfois volontairement nébuleux (ce que je me redis à chaque fois que je relis la dédicace qu'il m'a fait, merci Mr Dufaux la longue attente valait le coup), mais il dégage une atmosphère incroyable. Entre les pluies acides, les cités qui survivent au mieux et cette mystérieuse pilule devenue indispensable à la population, on a constamment envie de tourner les pages pour en découvrir davantage. Gros point fort, l'album ne cherche jamais à tout expliquer. Il préfère installer une ambiance, multiplier les personnages inquiétants aux noms farfelus ou fascinants et laisser le lecteur s'immerger dans cet univers post-apocalyptique où plane une sensation permanente de fin du monde. On sent aussi un Dufaux encore jeune mais déjà très attiré par les figures de marginaux, les destins brisés et une poésie du désastre qui deviendra l'une de ses marques de fabrique. Et puis il y a Griffo. Son dessin se bonifie à chaque tome. On sent les influences graphiques de l'époque, mais il est déjà élégant et a une personnalité qui donne du relief à cet univers. Beaucoup d'images me sont restées en mémoire bien après la lecture, ce qui est souvent le signe des albums qui comptent un peu plus que les autres. Tout n'est pas parfait pour autant. Certains développements paraissent aujourd'hui un peu décousus, certains passages sur Hugo abscons à point et l'histoire emprunte parfois des détours qui n'apportent pas grand-chose. Mais ce sont finalement des défauts assez mineurs au regard de la richesse de l'univers. Une série imparfaite mais terriblement attachante, portée par une ambiance formidable et un duo d'auteurs qui commençait déjà à montrer tout son talent. Une madeleine de Proust de lecteur, tout simplement. PS : oubliez les 3 albums seuls et cherchez directement l'intégrale qui contient l'équivalent d'un album supplémentaire qui apporte enfin une véritable conclusion à l'histoire. Sans elle, on reste un peu sur sa faim. Avec elle, l'ensemble gagne en cohérence et prend une tout autre dimension. C'est tout simplement indispensable.
Batman - Cité brisée
Le chevalier solitaire face à la jungle de béton. J'aime beaucoup ces histoires réalisées par l'équipe au complet de 100 Bullets. En enquêtant sur un crime, en revivant des souvenirs traumatisants, en affrontant des versions plus réalistes et sombres des vilains Croc ou Pingouin, Batman apparaît ici plus solitaire et sans les acolytes des cycles précédents. Les éléments caractéristiques du roman policier ou du film Noir encadrent le héros et la ville de Gotham. Le point le plus fort, pour moi, est la conversation avec le Joker à l'asile Arkham, je recommande la lecture ! J'ai la chance de posséder, en plus de la version normale en couleurs, la « The Deluxe Edition », version américaine en noir et blanc. Je pense que c'est là que la beauté du travail de Risso ressort encore plus.
Shin Zero
Dans un monde où les Kaijus ont disparus, les sentais perdurent encore. S'iels ne se tatanent plus avec des monstres de 50 mètres de haut iels se contentent aujourd'hui d'enchaîner les missions peu glorieuses et les petits boulots ingrats. L'âge de l'héroïsme n'est plus et les jeunes, de tout âge et de tout temps, sont comme toujours perdu-e-s quant au monde dans lequel iels vont devoir apprendre à vivre. Sous couvert de héros en perdition on nous parle donc surtout de jeunesse qui ne sait pas où elle va et de la peur de l'incertitude face à l'avenir. On nous parle d'anxiété, du conflit entre nos rêves et la réalité, de l'ambiance étouffante d'un écosystème et d'une société notoirement mourant-e-s, on nous parle surtout de gens paumés. J'aime particulièrement cette représentation de cette période de vie particulièrement angoissante où tous les repères du passé volent en éclat et où l'avenir ne nous semble plus qu'une terrible fatalité, d'autant plus lorsque l'on met en lumière que cette période peut durer très longtemps. Après tout, est-on jamais vraiment en contrôle de notre trajectoire de vie et de la réalisation de nos rêves ? Au delà du simple sujet de la jeunesse en perdition et des angoisses liées à l'avenir, on note également une critique de la culture capitaliste et un propos sur les différences d'impositions de genre au sein de notre société. C'est du très bon, le dessin de Singelin est toujours bien travaillé, les décors sont fournis et joliment chaotiques, la colorisation n'appuyant que les couleurs vives des sentais est bien trouvées, les personnages sont attachants et intriguants (et celleux qui sont des têtes à claques et/ou des petits cons finis restent réalistes dans leur exécution et leur dégringolade morale reste prenante à voir), … Bref, une série qui se révèle très bonne. Hâte de lire le troisième et dernier tome ! (Note réelle 3,5)
Les Phalanges de l'ordre noir
Je pensais surtout trouver une leçon d'histoire sur les dernières secousses de la guerre d'Espagne. En réalité, "Les Phalanges de l'Ordre Noir" est beaucoup plus riche que ça. Christin et Bilal prennent comme point de départ la réapparition d'un groupe franquiste plusieurs décennies après la guerre civile, poussant d'anciens brigadistes internationaux à reprendre du service. Ce qui m'a plu, c'est l'équilibre entre le fond historique et la dimension humaine. Ces anciens combattants ne sont plus les jeunes révolutionnaires d'autrefois. Ils sont âgés, fatigués, parfois dépassés par les événements, mais continuent malgré tout à courir après leurs ennemis d'hier. Il y a quelque chose d'à la fois admirable et un peu ridicule dans cette expédition, et l'album joue constamment sur ce fil. J'y vois une source d'inspiration pour Les Vieux Fourneaux. On sourit souvent devant cette bande de vieux idéalistes qui s'obstinent à refaire l'Histoire, mais le récit ne se moque jamais vraiment d'eux. Au contraire, il montre avec beaucoup de tendresse ce que deviennent les convictions lorsqu'elles traversent plusieurs décennies. Derrière l'aventure et les rebondissements, c'est aussi une réflexion sur le vieillissement, la fidélité à ses idées et le poids du passé.C'est pourcela que je pense que cet album se savoure pleinement à partir de 40 ans :) Et puis la manière dont Christin parvient à transmettre un contexte historique et politique assez dense sans jamais donner l'impression de lire un cours magistral, un beau tour de force. Les événements réels enrichissent le récit mais restent toujours au service des personnages. C'est précisément ce mélange qui m'a rendu l'album aussi prenant. Graphiquement, Bilal est déjà à un niveau remarquable. Ca fourmille de détails et les ambiances mélancoliques collent parfaitement à cette histoire de combattants usés qui refusent de déposer les armes. On comprend alors pourquoi le duo Christin-Bilal a marqué la BD adulte à cette époque. Bref, une lecture intelligente et humaine, qui réussit à être à la fois une aventure politique, une comédie douce-amère sur une bande de vieux cabossés et une passionnante plongée dans un pan assez méconnu de l'histoire européenne.
Et à la fin, ils meurent
Je m'attendais à une énième déconstruction des contes de fées version "regardez comme tout cela était affreux avant", "non au patriarcat" et tutti quanti. En réalité, Lou Lubie est beaucoup plus maligne que ça. Elle rappelle les origines souvent plus sombres des contes, démonte quelques clichés popularisés par Disney, mais sans jamais tomber dans le procès à charge. La force de ce livre joliment édité, c'est justement ce recul. L'autrice reconnaît les aspects parfois problématiques de certains récits, tout en expliquant pourquoi ils ont traversé les siècles et continuent de nous parler aujourd'hui. Derrière les versions, les époques et les adaptations, on retrouve des histoires profondément universelles. Le tout est porté par une vulgarisation exemplaire : c'est documenté, drôle, vivant et extrêmement facile à lire. Les plus de 200 pages défilent toutes seules grâce à un ton léger et un dessin simple mais très efficace. Au final, une BD documentaire aussi instructive que divertissante, qui donne envie de redécouvrir les contes plutôt que de les condamner. Et rien que pour ça, c'est une belle réussite.
Dracula (Fernandez)
Fernández a déjà vingt ans de carrière derrière lui lorsqu’il réalise cette adaptation en couleurs du roman de Bram Stoker pour la version espagnole du magazine Creepy. Son récit respecte scrupuleusement l'œuvre originale, là où le Dracula (Bess) de Georges Bess me semble moderniser excessivement les dialogues. Graphiquement, l'album impressionne par une technique maîtresse de la peinture à l'huile et un découpage de qualité qui évite de tomber dans un académisme trop classique. De nombreuses images restent profondément marquantes : la première apparition du cocher, la découverte du château, le navire du comte fendant une mer déchaînée vers l'Angleterre, les attaques du comte sur Lucy, la purification de cette dernière par Van Helsing... Chacun de ces passages clés a fait l'objet d'un soin minutieux. Mais la grande force de cette œuvre est aussi sa faiblesse : par moments, le récit peut donner une impression statique. Et puis il manque le charisme de Peter Cushing pour interpréter Van Helsing... J'avais trouvé le Dracula de Bess soporifique et trop consensuel, et j'ai retrouvé dans cette superbe version la noirceur et l'ambiance gothique du mythe originel.
Nanterre avant l'orage
A l’heure où montent les intolérances, où le racisme s’exprime de manière de plus en plus décomplexée, il est bon de voir publié ce type d’ouvrage. Le co-auteur Feurat Alani a eu un parcours exemplaire. Lui qui a grandi dans ces célèbres tours « Pablo-Picasso » de Nanterre, est parvenu à s’extirper de cette cité dont la réputation s’est dangereusement dégradée au fil des crises successives depuis les années 70, comme beaucoup d’autres en France, alors qu’à l’époque elles symbolisaient pour beaucoup les contours d’un futur idyllique. Feurat Alani, accompagné d’Ulysse Gry au dessin, se sont livrés à un vrai travail de journalistes de terrain , dans un tout autre style que leurs consœurs et confrères qui eux se contentent de produire pour les grands médias des micros-trottoirs dans des quartiers tranquilles, leurs missions les plus risquées étant de se rendre dans les zones inondées ou ravagées par les feux de forêt... Car ici, à Nanterre, c’est un incendie d’une toute autre nature qui s’est propagé dans les banlieues de France et de Navarre, après la mort du jeune Nahel abattu froidement par un policier lors d'un contrôle alors qu’il conduisait une voiture sans permis. C’est la révolte d’une jeunesse qui s’est exprimée, une jeunesse souvent issue de l’immigration par leurs parents ou grands-parents, une jeunesse qui a manqué le fameux ascenseur social. On appréciera la démarche de Feurat Alani, qui nous aide à comprendre que ces jeunes ne correspondent pas à l’image qu’on essaie de donner d’eux, que les choses ne sont pas si simples et ne se résument pas aux slogans racistes et caricaturaux des partis xénophobes. Ce reportage en immersion nous donne à voir un autre visage de cette banlieue vilipendée par les opportunistes de la politique, cette banlieue que les JT évoquent seulement pour susciter le peur et favoriser l’audimat. Des lieux qui, malgré leur laideur, ont su conserver des valeurs d’entraide et de solidarité permettant à chacun de survivre, où même les clochards ont droit à un regard bienveillant et retrouvent un peu de la dignité qui leur est refusée dans les beaux quartiers. Et on est reconnaissant à Feurat de nous avoir montré cette facette beaucoup moins effrayante que l’image souvent véhiculée à travers les médias « officiels », une perspective différente qui tente de restituer la réalité sans l’enjoliver ni l’accentuer, mais qui donne un peu d’espoir dans un monde de plus en plus déshumanisé par une technologie envahissante et atomisante, voulant que chacun reste chez soi à passer des heures à pianoter sur son clavier. Un miroir qui pourrait bien changer notre regard et nous pousser à une remise en cause. Car dans ces banlieues, il se passe beaucoup de choses, et les gens ont l’air bien vivant, sans doute plus qu'ailleurs. Le trait d’Ulysse Gry est simple et stylisé, mais surtout il respire l’authenticité. On sent une recherche élaborée dans la mise en page et c’est une belle poésie qu’il nous offre à plusieurs reprises. La page 19 représentant les fameuses tours « Pablo-Picasso » sous la lune est tout à fait remarquable. Ces tours semblent vivantes sous le crayon de Gry, évoquant les célèbres moais de l’île de Pâques. Cette patte poétique semble transcender le délabrement et la violence visuelle des lieux, bref, elle contribue à apaiser la cité pour permettre d'entrevoir l’espoir. Cette BD est à découvrir absolument, parce qu’elle fait office de porte-voix à des populations qu’on n'entend guère habituellement, des populations souvent anonymisées, déshumanisées, et par ricochet stigmatisées, par les forts qui aiment à s’en prendre aux plus fragiles en leur donnant à des fins opportunistes le rôle de bouc émissaires pour tous les problèmes socio-économiques. Feurat Alani, « l’enfant du pays », l’a fait à sa façon, modestement, mais le message est bien passé. Parce que cette BD parle aussi de transmission entre les générations, l’essentiel étant ne pas oublier qu’il y a encore une cinquantaine d’années, à Nanterre, à la place de ces tours aujourd’hui si mal en point, se trouvait le plus grand bidonville de l'Hexagone, où s’entassaient ces immigrés qui ont construit la France d’après-guerre. La République finira bien par comprendre un jour, on l'espère, que les pratiques coloniales, qui se sont perpétuées dans les banlieues jusqu'à aujourd'hui, doivent prendre fin et qu'il faut changer d'ère.
Géronimo - Mémoires d'un résistant apache
Cette bande dessinée documentaire sur Géronimo, le célèbre chef de guerre apache, est une véritable réussite. Malgré ses 400 pages, le récit est si bien rythmé qu'on ne voit pas le temps passer. L'histoire s'articule autour du colonel Stephen Melvil Barrett, venu recueillir les mémoires de Géronimo à la prison de Fort Hill. Ces confidences donnent lieu à des flashbacks captivants, entrecoupés de moments d'échange plus légers, voire drôles, entre les deux hommes. Tout comme Ro, j'ai particulièrement apprécié l'impartialité du scénario, qui évite le piège du cliché manichéen opposant les "méchants colons" aux "gentils indiens". L'album est d'ailleurs très instructif, notamment sur les relations commerciales qui persistaient entre Blancs, Mexicains et Amérindiens au milieu des conflits. Côté graphisme, même si le style n'est pas mon préféré, le dessin reste efficace et les visages sont bien identifiables. Enfin, l'intégration de photos d'époque est une excellente idée qui renforce l'immersion historique. Une œuvre à lire. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 9/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6/10 NOTE GLOBALE : 15/20
Cauchon... ou l'homme qui tua Jeanne d'Arc
Cauchon a joué un rôle important dans la geste de Jeanne d’Arc, puisqu’il a été le principal responsable de sa mise à mort. Mais c’est un acteur mineur d’un fait qui n’est devenu majeur que plus tard. Il est resté dans l’ombre de la « pucelle », et on ne sait pas grand-chose de lui – et quasiment rien de ce qu’il a fait ou dit. Et plus Jeanne d’Arc entrait dans le mythe (républicain, nationaliste, religieux, etc.), plus Cauchon devenait le « méchant ». Les auteurs ont pourtant choisi d’en faire le héros de leur histoire, faisant de Jeanne d’Arc un personnage presque secondaire – même si elle garde son rôle de pivot de l’histoire. Autre originalité de ce récit, celle de faire de Cauchon un personnage ambivalent, qui veut montrer sa force (par ambition carriériste ou financière) au roi « d’Angleterre et de France », mais qui va, dans le bras de fer qui l’oppose à Jeanne, plier, et montrer ses faiblesses. Les auteurs nous montrent une Jeanne ayant presque mis à ses pieds celui qui est censé être son bourreau. Le pari est risqué, mais les auteurs réussissent à la gagner. En effet, ils ont romancé, inventé, trituré la réalité. Mais jamais ils ne tombent dans le n’importe quoi ou le ridicule. Comme pour une bonne partie de l’histoire de Jeanne, l’histoire de Cauchon qui nous est présentée ici « pourrait » être vraie, à condition d’y croire. Mais tout l’art des auteurs est de nous y avoir donné envie. Et c’est vraiment bien fait (ils n’ont pas non plus fait n’importe quoi, et une bonne bibliographie – je recommande en particulier la lecture du livre de Gauvard – complète en fin d’album la lecture pour les plus curieux). Bien fait déjà parce que l’on prend le temps d’installer le récit, les personnages, les enjeux. L’importante pagination, la narration et la mise en page aérées nous aident à entrer dans cette intrigue. Et le dessin de Parnotte est lui aussi agréable. Il ne s’encombre pas de détails, il est avare de décors (la mise au point finale – très intéressante – de l’historien David Glomot, explique et justifie bien le fait qu’il ne s’agissait même pas de reproduire les « vrais décors – ville de Rouen, château, etc.). Il se focalise sur les personnages. Et c’est plutôt intéressant et efficace. Bref, sur un sujet galvaudé, voilà un album qui sort du lot, par son approche et son traitement, et par le personnage qu’il a choisi de mettre en avant.