3.5
Marc Cuadrado revient après une longue absence avec un album bien différent du reste de sa production. Même son dessin est différent, si je n'avais pas vu son nom sur la couverture, je ne me serais jamais douté que c'était lui l'auteur !
On n'est donc pas dans une bd humoristique à gros nez, mais un roman graphique autobiographique avec un style plus épuré. L'auteur rend hommage à sa femme qui a des problèmes de vision depuis longtemps et qui malgré tout essaie toujours de vivre pleinement et de se lancer des défis malgré son handicap. On sent la sincérité dans les anecdotes et l'admiration qu'il a pour sa femme. J'ai bien aimé découvrir comment était la vie avec une personne malvoyante. C'est touchant de voir à quel point Tanie essaie de rester positive malgré son handicap, qui rend difficiles des actions qui sont faciles pour la plupart d'entre-nous. J'ai bien aimé le nouveau style de Cuadrado qui va très bien pour ce type de récit.
Un roman graphique inspirant !
Frustration. C'est le mot qui me vient en tête au moment de refermer cette bande.
Slot Barr est un mélange de SF décomplexée et d'érotisme publié originalement en France au sein de la revue Spatial. Il existe une dizaine d'épisodes.
Michel Deligne publiera un unique épisode sous format cartonné en 1981 et ce n'est même pas le premier épisode.
Si on aime les séries type Storm et autres bonbons, ça passe crème. Le trait de Solano Lopez est celui d'un grand dessinateur de l'école espagnole.
On a droit à un cahier iconographique de 10 pages en fin d'album qui permet de constater les qualités visuelles de la série.
On va espérer qu'un éditeur se penche un jour sur le sujet et réédite le tout en une intégrale. J'y crois à mort (mais je suis le seul).
Bon jour,
cette BD a au moins le mérite d'exister ; Quelle que soit sa qualité..."Artistique, dont chacun se fera un avis".
Pour info : la révolte des enfants du "bagne pour enfant= tour à tour nommée ou renommée : maison spécialisée éducative, de redressement, d'éducation spécialisée et j'en passe, de Belle ile en mer à eu comme commencement, après un épisode sur plusieurs semaines de traitements très durs de répression envers les enfants et nombre de tours de "corrida = tourner en rond pendant des heures souvent nu pieds dans le froid, même la neige ou la pluie" un enfant à oser manger son morceau de fromage avant la soupe = coup en tous genres "pieds et mains" à le laisser presque mort sur le sol. Voilà ce qui a déclencher la révolte des enfants.
Il existait en France, Pays des Droits de l'Homme de 1 jusqu'à 3 colonies pénitentiaires par département selon l'époque ; les plus célèbres sont Aniane, Belle île en mer, Eysses, Mettray, ect.
La France avait tellement peur de ses enfants que par exemple le 1er décret signé par le maréchal Pétain en 1940, le 18 juin, fut de donner carte blanche aux gendarmes pour remettre entre les murs de la colonie pénitentiaire de Mettray les enfants évadés suite au bombardement d'un des murs d'enceinte par erreur par l'aviation allemande.
Il faut savoir que l'idée des maisons d'éducation et rééducation des enfants date de la signature de l'édit de Nantes, Henri IV autorisant les moines et institution religieuse de rééduquer les enfants de parents protestant à les faire rentrer sur le droit chemin tant on pensait à l'époque que la mauvaise graine se transmettait par filiation...
C'est le code Napoléon qui va faire prendre conscience législativement qu'il faille séparer les adultes des enfants dans les prisons et les bagnes...Mais il faut au moins toujours 30 ans pour que des mesures prises changent à minima dans les faits.
C'est donc en 1830 que l'on va créer une prison séparée "la petite roquette" aussi grâce à un mouvement humaniste qui pensaient que les enfants avaient besoin d'être séparés, mais aussi surveillé : entre autres De Toqueville mais aussi Hugo "qui se réfutera en voyant les traitements infligés", le tout basé sur les préceptes de Bentham.
les colonies pénitentiaires vont exister d'une façon ou d'une autre jusqu'à ce que l'Europe, par le Parlement européen oblige la France à les fermer de 1982 à 1983.
à ce jour l'Allemagne, la Suisse, la Suède, la Finlande, la Belgique, les Pays-Bas, ont reconnu avoir eu des colonies pénitentiaires et certains pays ont commencé à dédommager les anciens enfants "ont-ils un jour été des enfants??? ; j'en doute fortement, très fortement"
en France il ne se passe jamais rien de mal ; pas de nuage de Tchernobyl, pas d'eugénisme même si le dernier programme eugéniste immobilier en Alsace s'est terminé en 1987, pas non plus de dictature=Pétain et son régime ne sont pas considérés par la France comme une dictature, et, il aura fallu que des élites française soient contaminé par l'amiante pour que le gouvernement reconnaisse que cela a existé "le texte de loi de 1913 à l'Assemblée nationale française pourtant le disait déjà".
DONC CETTE BD À AU MOINS LE MÉRITÉ D'EXISTER...
La France devait en 1930 éradiquer les bagnes pour enfants
puis la France devait par la loi de 1945 éradiquer les bagnes/colonies pénitentiaires pour enfants.
C'est une loi provoquée par les USA qui fera fermer les bagnes adultes en 1948 et les derniers bagnards sont revenus en 1953 en France.
Des Bagnes pour adultes "il y en avait 38 sur tout le territoire français = territoire de la France, mais aussi Réunion, Guyane, Corse, et même Indochine.
Pour précision lorsque l'on parle du bagne de Cayenne ; il y avait 3 bagnes à Cayenne.
Voilà...Un peu de ce que je voulais un peu dire au sujet d'une BD sur le bagne/colonie pénitentiaire de Belle île en mer qui elle a fermé en 1977 la même année que Jacques Prévert qui a écrit une chanson "La chasse à l'enfant" au sujet de cette révolte à Belle île en mer.
il me faut rajouter que le film qui a failli se faire au sujet de cette révolte l'état de la France aura perdu tous les négatifs des pellicules du film commencé avant 1939 ; c'est la seule fois dans l'histoire que la bibliothèque de France perdait des pellicules de film "CELA DEVRAIT INTERROGER LE QUIDAM À DÉFAUT DE POSER QUESTIONS À LA CONSCIENCE DU CITOYEN ET DE L'ÉTAT QUI LE DIRIGE...Me semble-t-il
Par honnêteté, il me faut préciser que j'ai été un de ces enfants des colonies pénitentiaires de 8 1/2 à 17 ans 1/2 ; dans l'Eure, la Loire, le Rhône, l'Isère.
Et dû au fait que ma génitrice était mineure comme mon géniteur à ma naissance et qu'après l'assistance publique "établissement DASS" dirigée par des sœurs religieuses la France m'a envoyé dans ces belles maisons de France parce que ma génitrice enfin mariée ne voulait pas s'occuper de moi ni son mari gendarme "mais ils touchaient quand même des allocations familiales pour 3 enfants=paradoxe silencieux à ne pas dire et reconnaître permettant et à la France, à ses institutions comme aux parents, de sauver la face et les apparences"
Je pourrai en écrire des kilomètres...et donc par ce témoignage j'espère que les avis concernant cette BD ne seront pas aussi stéréotypé concernant la vie dans ces centres de détentions comme j'ai pu le lire sur certains avis des 2 BD, qui sont plutôt bien faites "Les innocents coupables" et "Le bagne de la honte"...Mais je dois avouer que je n'ai jamais lu un témoignage vraiment réel ou décrivant très précisément les conditions de vie dans ces endroits infâmes et infamantes à l'endroit de la devise de la France "PAYS DES DROITS DE L'HOMME"= "Liberté, égalité, fraternité"= comme quoi il suffit de mettre une devise sans s'y conformer et, de nommer ces établissements avec de jolis noms :
" les centres Guynemer Bayard Charles Péguy ou Jean Moulin par exemple
Ouvertement optimistes " les centres Arc-en-ciel" dans l’Ain mais aussi à Toulouse
Le centre "La Belle Etoile" à Mercury-Gemilly en Savoie
Ou jouant sur la symbolique affective ou familiale
En tous les cas amicale et hospitalière l'Étape" à Voglans et à Versailles
" Le Relais " à Saint-Genis-Laval, le centre " Carrefour " à Mérignac
D’autres enfin jouent pleinement sur la métaphore du foyer
Tels le centre " Chez nous "au Vieux-Boucau
" le Logis "à Saint-Germain-Laxis
Les centres appelés" Notre maison " est asile évangélique de Lemé
Ou " la Maison" de Bron et Versailles
" Beauregard " au Chevalon de Voreppe
L'institut médicopédagogique " Mon doux nid "à Geyssans
Ou "Les fontaines" à Orgeville et Vernon
Voilà, cette BD c'est aussi la mémoire de la Belle France et de son état et système judiciaire comme éducatif, de tous ces français, citoyens et éducateur-tortionnaires, juges pour enfants, institutions sociales et assistances sociales, ect...Nul ne pouvaient ignorer et, aujourd'hui nous enfants de ces centres ne pouvons être entendus car personne ne veut reconnaître que cela a existé tant chaque citoyen devrait questionner ses propres aïeux et institutions.
qui pouvait ignorer dans une ville de 5 à 10 000 habitants que le centre aux abords de la ville était une maison de correction des plus pires ni les gendarmes qui venaient à chaque problème dans la ville nous accuser de vol ou autre...Ni les commerçants qui vérifiaient nos achats dont il existait un seuil à ne pas dépasser, ni le maires et ses adjoints, ect...Il y a même eu un endroit où il y fut reconnu plus de 380 viols d'enfants et un procès à la clé et avant le procès les habitants de la ville ont défilé pour que l'établissement ne ferme pas ses portes car cela faisait vivre la ville et les commerces...
et j'ai aussi été dans un centre en Isère où les parents de la ville disaient à leur s enfants "Si tu n'es pas sage on te mettra à Boccacio, surnom de la colonie pénitentiaire dont en 1940 lors de la bataille contre les allemands l'armée française réquisitionnât les enfants pour qu'ils portent les munitions et obus = certains de ces enfants sont ports dans les combats mais ne figurent pas sur les morts pour la France ; mais qu'importe car dans ces maisons certains enfants y sont morts par les coups et malnutritions, d'autres devenus paralysés physiquement ou moralement pour d'autres=j'en ai connu et même certains en pleuraient encore tous les jours à 70 ans"
PERSONNE N'IGNORAIT, EN FRANCE ; PERSONNE NE POUVAIT IGNORER, ou pas grand monde !!!
CETTE BD, MÊME SI ELLE PEUT PARAÎTRE RUSTRE ARTISTIQUEMENT A AU MOINS INTÉRÊT D'EXISTER...Même si j'ai conscience qu'elle a oubliée pleins de choses en cours de récit "oublis ou volonté artistiques???".
Merci d'en tenir compte dans vos futurs avis concernant le côté social
L'histoire n'est pas ce que les livres nous racontent et, encore moins le récit national...IL FAUT, POUR MIEUX SAISIR L'HISTOIRE PENCHER SON REGARDS ET SES YEUX DANS LES ARCHIVES "militaires, économiques, industrielles, journalistiques, de la justice, de l'Assemblée nationale, ect. Moeurs et artistiques de l'époque...Et lire avec retenue et circonscription les journaux intimes des personnages entourant le personnage central où le fait central...à lors là on est plus dans la vérité, plus proche de l'exactitude...
Courdialemen
Le chef d'oeuvre de Nihei.
Je pense que c'est l'auteur qui a le mieux retranscrit l'univers de HR Giger en images. En rajoutant des codes de chevalerie et d'autres trucs typiquement japonais par dessus.
Je ne sais pas comment c'est humainement possible de dessiner une telle oeuvre, le travail est colossal.
C'est vrai qu'il faut apprivoiser le sens de lecture. Je conseille d'ailleurs de lire Blame avec la nouvelle édition grand format de Glénat, c'est beaucoup plus lisible.
Il ne faut pas avoir peur de se lancer, il n'y a rien de très compliqué, ce n'est pas du tout une oeuvre hermétique.
Au pire demandez à une IA de vous expliquer le contexte/les protagonistes si vous vous sentez perdu(e), vous serez totalement dans l'esprit du manga !
Aujourd'hui Nihei s'est perdu, il ne termine même plus ses planches ou utilise l'ordinateur pour un rendu très pauvre.
Mais il nous restera toujours Blame, Biomega et Abara, reliques d'une époque rêvée et révolue.
Bien plus qu’une bande dessinée, c’est une œuvre d’art, un objet artistique que je ne sais pas encore où exposer.
Les dimensions sont imposantes en édition de luxe et le trait, l’art et les couleurs d’Avril méritent une place de choix.
J’avais déjà acheté à Paris d’autres livres avec des illustrations d’Avril. Mais ces soirées évoquent pour moi des expériences précieuses. À différentes époques, je crois avoir vécu quelques histoires similaires.
Il n’y a pas de dialogues, mais tout se comprend parfaitement grâce aux ambiances et aux expressions des personnages. Du club nocturne aux appartements où les nuits se terminent, tout est suggéré avec beaucoup de charme, de délicatesse, mais aussi beaucoup d'humour et d’ironie.
De plus en plus, la parole se libère dans la foulée de mouvements comme #MeToo et c’est tant mieux ! Cela se ressent à travers les témoignages de plus en plus nombreux à traiter de sujets qui ne sont que les différentes faces de cette même pièce qu’est le patriarcat : le viol, la domination, la prédation, le masculinisme, la maltraitance, etc.
Les auteurs ont choisi comme narrateur de cette histoire (dont on ne sait vraiment si elle comporte une part autobiographique) un jeune homme, Daniel, vivant à Paris avec son compagnon après avoir grandi au Pérou avec sa mère française. En proie à des tourments intérieurs dont il ne peut expliquer la cause et mettant en danger sa relation de couple, Daniel va être amené à dérouler le fil de son enfance à un psychologue. Bloqué au départ dans une position de déni, celui-ci va progressivement dévoiler des secrets devenus trop lourds à porter, si lourds qu’il les avait refoulés au plus profond de son inconscient.
C’est donc la rencontre avec un cousin, pendant les vacances, alors qu’il n’était qu’un enfant de huit ans, qui va précipiter Daniel dans ce « trou noir » qui pèsera telle une enclume sur sa vie future. Ce cousin, c’est Vicente, un jeune homme qui a tout pour lui, le physique et l’intelligence, un garçon très solaire qu’on ne pouvait qu’aimer, si bien que Daniel n’échappera pas à son aura magnétique qui finira par l’aspirer dans un gouffre existentiel. Problème : Vicente est en réalité un prédateur pédophile, au-delà de tous soupçons… Au début, Daniel ne va pas trop comprendre pourquoi ce cousin de plus de dix ans son aîné, se glisse chaque nuit dans ses draps et lui demande secrètement de le tripoter. Au début, il n’ose résister, tant l’admiration qu’il lui voue est énorme, mais cette situation va le plonger dans un malaise intérieur empreint de honte et de culpabilité, renforcé par le chantage affectif de Vicente. Sa mère, quant à elle, s’efforce de maintenir le foyer à flot. Elle doit jongler seule avec l’éducation de son fils, la pension qu’elle gère tant bien que mal et ses amants de passage. Ce n’est pas une mauvaise mère, et elle aime Daniel, mais semble détachée vis-à-vis de la mélancolie qui s’est emparé de lui. Ses résultats scolaires se dégradant, le gamin va finir par sécher l’école et apprendre à mentir… Le salut viendra peut-être de ce pélican, métaphore du récit, qui a atterri dans sa cour, mais ne peut y trouver l’espace suffisant pour déployer ses ailes…
Scénarisée par Rudy Ortiz, lui-même Péruvien, et Sophie Révil, réalisatrice et productrice, l’histoire est simple, à la fois fluide et très captivante. Le jeune garçon se révèle très attachant et semble conserver sa pureté dans un monde d’adultes, indifférents ou moralisateurs, ne lui donnant pas sa place ou ne le prenant pas au sérieux.
Cette excellente bande dessinée aide à comprendre comment un prédateur parvient à exercer son emprise sur sa proie. Ainsi, on réalise que la prédation va de pair avec le calcul et la manipulation, que la violence est bien davantage psychologique que physique. Le récit se dispense parfaitement de paroles, inutiles ici. Délicatesse du dessin et cadrage approprié se suffisent à eux-mêmes, permettant de retranscrire la confusion qui imprègne lentement mais sûrement l’esprit de Daniel, et aussi sa grande solitude.
A l’image du récit, le dessin de la Chilienne Antonia Bañados reste simple et minimaliste, d’une tournure naïve qui cadre parfaitement avec le point de vue narratif. Mais surtout ce qui marque et séduit l’œil, et c’est sans doute délicat à dire étant donné la gravité du sujet abordé, c’est le choix des couleurs. Chaque séquence est centrée sur une couleur dominante, parfois deux, les tonalités chaudes étant réservées à l’enfance péruvienne de Daniel, tandis que le mauve un peu froid correspond à la vie parisienne de l’adulte qu’il est devenu. Ce parti pris contribue, c’est certain, à adoucir le contexte tourmenté du jeune garçon, même si globalement, ses souvenirs semblent plutôt illuminés par le soleil et le climat de ces latitudes. Preuve s’il en fallait une, le paradis dissimule toujours une part d’enfer…
Pour toutes ces raisons, « L’Envol du pélican » est une lecture chaudement recommandée par votre serviteur, abordant un sujet extrêmement sensible évoqué avec délicatesse et sans faux semblants par ses auteurs. La pédo-criminalité est vraisemblablement plus facile à décrire quand elle s’accompagne de sévices infligés par des pervers frustrés (cf. l'affaire Bétharram), peut-être un peu moins quand elle se joue dans un cadre avenant et sous l’intimité des draps… Pourtant, dans les deux cas, elle demeure un traumatisme pour ses victimes.
Achille Talon est un garçon quelques mois plus jeune que moi.
Même sans encore savoir lire, je trouvais le personnage drôle. Ensuite, petit à petit, j'ai essayé de lire, en évitant les bulles les plus bavardes, des phylactères enormes parfois, dont certaines font plus de dix lignes! Finalement, j'ai découvert que la logorrhée et la prolixité de ce anti-héros sont ce qu’il y a de plus amusant. Parfois, j’ai ressenti le besoin d’un diccionnaire, mais je pense que j’ai appris pas mal de mots difficiles en français.
Le talent de Greg en tant qu'écrivain a progressé parallèlement au dessin : moins rond, plus dynamique, plus de détails, surtout pour les figurants et les décors.
Les personnages secondaires sont parfois devenus principaux : papa Talon, moustachu, avec ses bières, la maman bichonnante, le voisin Hilarion Lefuneste, le commerçant malin et avide Vincent Poursan, l’éternelle petite amie Virgule de Guillemets et aussi le colérique et minuscule patron du journal Polite (caricature de Goscinny qui était exactement le contraire dans la vie réelle).
Je continue à préférer les gags d’une ou deux pages plutôt que les longues histoires. Et à côté des blagues bavardes, il y en a aussi parfois qui sont presque muettes.
Je me souviens de mémoire d'un de mes gags préférés : après quelques manœuvres absurdes, Talon fracasse son vieux tacot contre une voiture garée. Devant le regard inquisiteur et sévère des passants, il sort et écrit un mot qu'il place sur le pare-brise de la victime. Approbation générale du public... mais à la fin, on voit ce qu'il a écrit !
Et voilà, mon deux-centième avis... Hop !
Cette BD est dure, mais c'est un documentaire parfaitement bien fait pour comprendre l'enjeu derrière le sujet. Un tabou bien trop présent dans nos sociétés, un tabou qui s'exprime encore malheureusement trop souvent : l'inceste.
Comment la violence s'installe dans les familles par l'inceste, voilà tout ce qu'explore la BD. En ne parlant pas des faits précisément, bien qu'ils aient eu lieu, Marine Courtade s'attache à essayer de comprendre les mécaniques du silence. Si tout le monde savait, pourquoi personne n'a parlé ? Comment a-t-on pu laisser faire ? Comment a-t-on pu laisser des nouvelles personnes être victimes ?
La BD est faite par des habitués de La Revue Dessinée, donc avec une certaine rigueur dans la construction et la narration. La BD est très fluide, parfaitement lisible et le nombre de pages conséquent est gobé en un rien de temps, pour peu qu'on accepte de se prendre en une seule lecture le poids de toute la violence présente ici. Et là-dessus je tire mon chapeau à la dessinatrice, Alexandra Petit, qui a fait un excellent travail dans le rendu. Ce sont principalement des interviews entrecoupées de réflexions de l'autrice, et pourtant on a une vraie BD. C'est dynamique, lent quand ça doit l'être, marquant dans les silences et les manifestations de cette violence latente, mais aussi clair et lisible. Je n'ai jamais tiqué sur ce documentaire, ni sur le fond ni la forme, preuve d'une parfaite maîtrise du trait.
Comme dit plus haut, la BD est dure, mais pas lourde. Sur le thème de l'inceste on a d'autres BD bien plus frontales, comme Daddy's Girl par exemple. Ici c'est vraiment un reportage sur le silence familiale, la culpabilité et le manque de communication, en interrogeant les mécanismes individuels qui ont conduit à cette omerta. Car oui, le résultat est évidemment que chacun à une raison individuelle de ne pas avoir parlé. Et que les raisons sont hélas banales, ordinaires, humaines : peur de briser la famille, honte, dégoût, hésitations, impression de ne pas être légitime... Bref, les travers habituels face à une situation de ce genre. Il reste alors que l'horreur de voir que tout aurait pu être géré tellement plus tôt. Comme tant d'autres cas, le silence a été un agent de l'horreur, mais qui blâmer ? Qui obligerait les victimes à parler ? La BD a même des passages incroyablement tristes, comme ce que lui racontera son père sur la relation qu'il eut ensuite avec ses filles. C'est cruel, triste mais aussi libérateur de l'entendre.
Une BD de plus sur ce que fait la violence de l'inceste dans les familles, mais qui incite à parler et à reconstruire ensuite. Salutaire, donc.
Cette BD relate un épisode authentique de la vie d'Hermentaire Truc, arrière-grand-père des scénaristes et célèbre professeur d'ophtalmologie. En 1912, le gouvernement français l'envoie au Cambodge pour opérer de la cataracte le roi Sisowath, une mission loin d'être seulement médicale puisque, dans le contexte du protectorat français en Indochine, la stabilité du royaume revêt une importance politique majeure.
Les auteurs s'appuient sur cet épisode réel, enrichi de documents familiaux, pour construire un récit où l'Histoire et la fiction se mêlent avec beaucoup d'habileté. Très vite, le simple voyage d'un médecin devient une intrigue d'espionnage et de manipulations où se croisent services secrets, complots, ambitions allemandes, rébellion locale et rivalités entre puissances coloniales. Cette trame romanesque permet surtout d'élargir le regard sur une période méconnue du grand public. On découvre les subtilités du protectorat français, les tensions qui annoncent déjà les futurs mouvements indépendantistes, mais aussi le rôle du commerce de l'opium, organisé par les Européens pour asseoir leur domination économique sur la région. J'ai trouvé ce contexte historique et géopolitique passionnant.
Éric Stalner met parfaitement en images cette époque. J'ai beaucoup aimé l'atmosphère Belle Époque des premières pages et du voyage en paquebot, puis le dépaysement offert par le Vietnam et le Cambodge d'alors, entre palais royaux, villas coloniales, temples et paysages tropicaux, sans oublier la misère qui se cache derrière ce décor de carte postale. Son dessin est solide et très lisible, même si je le trouve un peu académique et que ses couleurs, parfois un peu ternes, manquent de chaleur à mon goût.
L'intrigue est remarquablement construite et ne verse jamais dans l'aventure spectaculaire. Elle reste constamment crédible, portée par d'excellents personnages, notamment Simala, la favorite du roi, dont la personnalité complexe et l'ambiguïté évitent tout manichéisme. C'est précisément cette retenue qui fait la force de l'album : il privilégie le récit historique à l'action débridée et parvient à captiver du début à la fin grâce à une écriture intelligente et très documentée. Une excellente surprise, aussi instructive que prenante.
Dans la tranquillité et la bienveillance on grandit plus vite et mieux.
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Ce tome contient une histoire complète de nature autobiographique, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Evemarie pour le scénario, le dessin et les couleurs. Il comprend cent-dix-sept planches de bande dessinée. Il commence par une courte préface de Fabcaro (Fabrice Caro) dans laquelle il évoque que l’histoire de l’autrice dans ses établissements scolaires fait autant rire que froid dans le dos par moments, que le lecteur suit une petite fille super attachante, surtout si dans sa scolarité il n’était pas forcément un des leaders charismatiques de la winne. Il conclut en réitérant que l’ouvrage est très drôle.
Evemarie est attablée à un café en terrasse, et elle regarde les parents amener leurs enfants à l’école. Cela lui rappelle sa rentrée en septembre 92, alors qu’elle avait dix ans. Le car arrive à l’arrêt avec une publicité pour le film Reservoir Dogs sur le flanc. Elle monte dedans avec sa sœur. Evemarie rentre au collège, sa sœur est dans le même établissement qu’elle, en seconde. Elle est belle et bonne en cours. À la maison, elles peuvent se disputer… moins qu’elles ne se marrent ensemble. Bref ce matin-là, elles font leur rentrée. Une fois descendue du bus, le pied de sa sœur heurte la bordure de trottoir et elle s’étale de tout son long dans une flaque d’eau ce qui fait beaucoup rire Evemarie. Finalement, cette dernière arrive dans la cour, puis dans sa classe. Elle est la plus jeune, la plus petite, et elle a un nom de famille hilarant, Cabot, ce qui fait rire tous les élèves lors de l’appel. Quelque chose lui dit que ça va être très long…. Très très long cette affaire.
Chapitre un : collège public. Evemarie a choisi allemand pour la première langue, pour être dans une bonne classe. Ce qui est complètement idiot, parce que l’allemand, à part en Allemagne, tout le monde s’en moque (sauf peut-être un peu en Argentine). Ses seules références en allemand se cantonnaient à La grande vadrouille… ce qui lui vaudra une heure de colle, pour avoir répondu à la professeure : Ja voll, mein Guénéral. Note pour plus tard : pas de trait d’humour en classe. Que l’ennui… Et l’ennui… Et encore l’ennui. L’autrice reprend donc : la plus petite, avec un nom hilarant. Ce qui se passe ? Les autres élèves se moquent d’elle, par exemple en lançant une feuille de papier froissé sur sa tête et en lui disant d’aller la chercher. À cet instant, deux options s’offrent à la jeune fille : devenir victime officielle, ou marquer son mécontentement sur le petit leader de la classe. Elle se retourne donc vivement et le frappe avec ses cahiers. Ça a mis tout le monde d’accord. Fin du match… enfin avec les élèves. Mais même un prof s’y met en faisant l’appel, ajoutant un petit Ouaf-ouaf après avoir appelé son nom. Bien sûr, elle a rêvé de lui réserver le même sort qu’au petit chef des harceleurs ! Mais ça ne se fait pas… On peut toujours rêver. Assise à sa place en salle de classe, elle regarde par la fenêtre. D’ailleurs le rêve n’était pas au programme. Et c’est fort dommage… Elle était hyper douée. De la fenêtre, elle a une vue imprenable sur l’horloge de la cour. Alors, régulièrement elle s’envole pour accélérer le temps. Diplôme de vol mental acrobatique, obtenu avec félicitations…
Le titre et l’illustration de couverture annoncent honnêtement le programme : raconter les années d’école qui mènent de la demoiselle à droite à la jeune femme à gauche, avec une issue ressentie comme une libération, en pouvant brûler le cartable. Le récit autobiographique de la bédéaste s’articule en trois parties, correspondant à trois établissements différents : le collège public à partir de la sixième, puis le collège privé à partir de la troisième, et enfin l’école secondaire artistique Saint-Luc de Tournai en Belgique. Le lecteur trouve ce à quoi il peut s’attendre : la bonne humeur graphique de la bédéaste, avec un dessin tout public, des personnages à la représentation un peu simplifiée, son propre avatar dont le regard reste perpétuellement caché par sa frange, des exagérations comiques dans les postures ou dans les réactions, une représentation simplifiée des décors, et quelques délires visuels, par exemple lorsqu’elle chevauche une sorte de canard géant mutant avec un casque qui glisse sur un arc-en-ciel. Il retrouve également le ton personnel de l’autrice : un sens de la dérision et de l’autodérision, de la moquerie finalement plutôt gentille, une aversion pour l’autorité imposée, une forme d’entrain en particulier pour la pratique du dessin, et une amitié indéfectible pour sa sœur.
Alors bon, qu’est-ce que cette histoire de scolarité comporte d’intéressant ? La dénonciation de maltraitances institutionnelles et personnelles ? Une critique analytique et philosophique sur l’éducation ? L’autrice reste dans son registre sarcastique et concret, descriptif, comme elle a pu le faire dans La Boulonichon (2023). Le lecteur s’attache immédiatement à la jeune Evemarie, sa figure rondouillarde, son gros nez rond, ses vêtements informes dans la période collège public, sa tenue dans sa période lycée avec des pulls ou sweatshirts le plus souvent rayés et des jeans, sa période (presque) conformiste en collège privé (col roulé, gros collants noirs en laine, jupe écossaise qui gratte sous les genoux, chignon mais pas de serre-tête parce qu’elle se respecte, mais ses Doc Martens parce que quand même). Il se rend compte que l’autrice réalise des écarts quant à ses apparences sages à des fins humoristiques ou émotionnelles : la jeune Evemarie en boxeuse avec la ceinture, la même en pirate, en exploratrice dans la jungle, en pyjama, en cosmonaute, en maillot de bain, en cible pour lanceur de couteaux, ou même en superhéroïne. La dessinatrice joue avec verve sur les exagérations de comportement ou de d’expressions de visage : l’écolière le dos courbé sous les poids de son cartable comme métaphore de la pénibilité de l’école, le professeur de mathématiques qui se transforme en comédien de standup au tableau, le surveillant qui se conduit comme une brute épaisse, le prêtre qui est le sosie de Rowan Atkinson (Mister Bean), le chef de division du collège privé avec la bave aux lèvres, etc.
La narration visuelle entraîne facilement le lecteur avec des personnages le plus souvent en mouvement, des couleur plutôt claires, parfois vives (surtout une fois sortie du collège). La direction d’acteur se positionne dans un registre réaliste, avec des exagérations comiques régulières, pour faire ressortir une absurdité ou un ressenti. Elle se tient à l’écart du misérabilisme, la plus grande souffrance de l’élève semblant être un ennui interminable et sempiternellement répété. Toutefois, le mode d’accompagnement des élèves au collège ressort par son manque d’empathie, de chaleur humaine, et par ses méthodes coercitives et humiliantes pour le collège privé. Le dessin reste à l’écart de tout voyeurisme, tout en faisant apparaître les émotions, et les situations d’abus d’autorité ou de pouvoir, en particulier le recours à la force brutale du surveillant, ou à l’abus d’autorité sur de jeunes demoiselles par le chef de division. Le lecteur absorbe les dessins, avec la sensation d’une lecture facile et évidente, amusante et régulièrement drôle, rendant vivante une phase banale de la vie de tout adulte ayant bénéficié d’une scolarisation. De temps à autres, il constate la présence de procédés visuels élaborés, intégrés de manière organique à la narration. Le recours au motif de la spirale pour montrer que l’adolescente subit une décision pour elle arbitraire, qu’elle n’avait pas vu venir et sur laquelle elle n’a aucune prise. Des métaphores visuelles comme l’élève traversant un désert avec un cartable très lourd sur le dos. La présence de personnes célèbres, à commencer par les Beatles, mais aussi Mister Bean, la menace physique ou psychologique sous la forme d’un personnage en ombre chinoise, les émotions sous forme visuelle par exemple quand Evemarie crache du feu comme un dragon, etc.
Le lecteur éprouve la sensation de suivre la scolarité de l’autrice de manière linéaire à partir de sa sixième jusqu’à la sortie de St-Luc. Il se rend compte qu’il est peu question du contenu des cours, sauf pour pointer du doigt l’attitude professorale manquant de bienveillance dans les deux collèges, la forme très scolaire et autoritaire des cours, ou encore comment un groupe d’enfants peut prendre en grippe un autre et lui faire subir des brimades. Evemarie fait ressortir à quel point ce mode de d’apprentissage coercitif est inadapté à sa personnalité, et à quel point elle grandit vite et mieux dans l’environnement plus responsabilisant de St-Luc. En filigrane, il peut repérer ce qui permet à Evemarie de tenir le coup, de conserver son intégrité psychique, malgré cette inadéquation à un système normalisé et vécu comme dépersonnalisé. Son lien avec sa sœur, des parents compréhensifs et à l’écoute, des amies et des amis, un caractère à ne pas se laisser marcher sur les pieds, une grande imagination lui permettant de s’évader lors d’interminables périodes d’ennui, et une passion le dessin. Elle conclut son récit par une forme de Que sont-ils devenus ? Et par sa scolarité dans une école de dessin en Belgique avec des méthodes pédagogiques totalement adaptées à son niveau d’autonomie, reposant sur la tranquillité et la bienveillance.
Le récit d’une scolarité en collège, d’abord public puis privé, puis dans une école de dessin, d’une élève pour laquelle les conditions quasi industrielles de l’éducation scolaire sont inadaptées. Un récit drôle et visuellement inventif, disant et montrant les moments d’humiliation sans en faire un drame (alors qu’il y a de quoi à une ou deux reprises), avec verve, bienveillance et caractère. Un témoignage qui dit la souffrance ordinaire et bien réelle d’une élève subissant un système impersonnel et autoritaire.
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Dans ses yeux
3.5 Marc Cuadrado revient après une longue absence avec un album bien différent du reste de sa production. Même son dessin est différent, si je n'avais pas vu son nom sur la couverture, je ne me serais jamais douté que c'était lui l'auteur ! On n'est donc pas dans une bd humoristique à gros nez, mais un roman graphique autobiographique avec un style plus épuré. L'auteur rend hommage à sa femme qui a des problèmes de vision depuis longtemps et qui malgré tout essaie toujours de vivre pleinement et de se lancer des défis malgré son handicap. On sent la sincérité dans les anecdotes et l'admiration qu'il a pour sa femme. J'ai bien aimé découvrir comment était la vie avec une personne malvoyante. C'est touchant de voir à quel point Tanie essaie de rester positive malgré son handicap, qui rend difficiles des actions qui sont faciles pour la plupart d'entre-nous. J'ai bien aimé le nouveau style de Cuadrado qui va très bien pour ce type de récit. Un roman graphique inspirant !
Slot Barr
Frustration. C'est le mot qui me vient en tête au moment de refermer cette bande. Slot Barr est un mélange de SF décomplexée et d'érotisme publié originalement en France au sein de la revue Spatial. Il existe une dizaine d'épisodes. Michel Deligne publiera un unique épisode sous format cartonné en 1981 et ce n'est même pas le premier épisode. Si on aime les séries type Storm et autres bonbons, ça passe crème. Le trait de Solano Lopez est celui d'un grand dessinateur de l'école espagnole. On a droit à un cahier iconographique de 10 pages en fin d'album qui permet de constater les qualités visuelles de la série. On va espérer qu'un éditeur se penche un jour sur le sujet et réédite le tout en une intégrale. J'y crois à mort (mais je suis le seul).
L'Été des oubliés
Bon jour, cette BD a au moins le mérite d'exister ; Quelle que soit sa qualité..."Artistique, dont chacun se fera un avis". Pour info : la révolte des enfants du "bagne pour enfant= tour à tour nommée ou renommée : maison spécialisée éducative, de redressement, d'éducation spécialisée et j'en passe, de Belle ile en mer à eu comme commencement, après un épisode sur plusieurs semaines de traitements très durs de répression envers les enfants et nombre de tours de "corrida = tourner en rond pendant des heures souvent nu pieds dans le froid, même la neige ou la pluie" un enfant à oser manger son morceau de fromage avant la soupe = coup en tous genres "pieds et mains" à le laisser presque mort sur le sol. Voilà ce qui a déclencher la révolte des enfants. Il existait en France, Pays des Droits de l'Homme de 1 jusqu'à 3 colonies pénitentiaires par département selon l'époque ; les plus célèbres sont Aniane, Belle île en mer, Eysses, Mettray, ect. La France avait tellement peur de ses enfants que par exemple le 1er décret signé par le maréchal Pétain en 1940, le 18 juin, fut de donner carte blanche aux gendarmes pour remettre entre les murs de la colonie pénitentiaire de Mettray les enfants évadés suite au bombardement d'un des murs d'enceinte par erreur par l'aviation allemande. Il faut savoir que l'idée des maisons d'éducation et rééducation des enfants date de la signature de l'édit de Nantes, Henri IV autorisant les moines et institution religieuse de rééduquer les enfants de parents protestant à les faire rentrer sur le droit chemin tant on pensait à l'époque que la mauvaise graine se transmettait par filiation... C'est le code Napoléon qui va faire prendre conscience législativement qu'il faille séparer les adultes des enfants dans les prisons et les bagnes...Mais il faut au moins toujours 30 ans pour que des mesures prises changent à minima dans les faits. C'est donc en 1830 que l'on va créer une prison séparée "la petite roquette" aussi grâce à un mouvement humaniste qui pensaient que les enfants avaient besoin d'être séparés, mais aussi surveillé : entre autres De Toqueville mais aussi Hugo "qui se réfutera en voyant les traitements infligés", le tout basé sur les préceptes de Bentham. les colonies pénitentiaires vont exister d'une façon ou d'une autre jusqu'à ce que l'Europe, par le Parlement européen oblige la France à les fermer de 1982 à 1983. à ce jour l'Allemagne, la Suisse, la Suède, la Finlande, la Belgique, les Pays-Bas, ont reconnu avoir eu des colonies pénitentiaires et certains pays ont commencé à dédommager les anciens enfants "ont-ils un jour été des enfants??? ; j'en doute fortement, très fortement" en France il ne se passe jamais rien de mal ; pas de nuage de Tchernobyl, pas d'eugénisme même si le dernier programme eugéniste immobilier en Alsace s'est terminé en 1987, pas non plus de dictature=Pétain et son régime ne sont pas considérés par la France comme une dictature, et, il aura fallu que des élites française soient contaminé par l'amiante pour que le gouvernement reconnaisse que cela a existé "le texte de loi de 1913 à l'Assemblée nationale française pourtant le disait déjà". DONC CETTE BD À AU MOINS LE MÉRITÉ D'EXISTER... La France devait en 1930 éradiquer les bagnes pour enfants puis la France devait par la loi de 1945 éradiquer les bagnes/colonies pénitentiaires pour enfants. C'est une loi provoquée par les USA qui fera fermer les bagnes adultes en 1948 et les derniers bagnards sont revenus en 1953 en France. Des Bagnes pour adultes "il y en avait 38 sur tout le territoire français = territoire de la France, mais aussi Réunion, Guyane, Corse, et même Indochine. Pour précision lorsque l'on parle du bagne de Cayenne ; il y avait 3 bagnes à Cayenne. Voilà...Un peu de ce que je voulais un peu dire au sujet d'une BD sur le bagne/colonie pénitentiaire de Belle île en mer qui elle a fermé en 1977 la même année que Jacques Prévert qui a écrit une chanson "La chasse à l'enfant" au sujet de cette révolte à Belle île en mer. il me faut rajouter que le film qui a failli se faire au sujet de cette révolte l'état de la France aura perdu tous les négatifs des pellicules du film commencé avant 1939 ; c'est la seule fois dans l'histoire que la bibliothèque de France perdait des pellicules de film "CELA DEVRAIT INTERROGER LE QUIDAM À DÉFAUT DE POSER QUESTIONS À LA CONSCIENCE DU CITOYEN ET DE L'ÉTAT QUI LE DIRIGE...Me semble-t-il Par honnêteté, il me faut préciser que j'ai été un de ces enfants des colonies pénitentiaires de 8 1/2 à 17 ans 1/2 ; dans l'Eure, la Loire, le Rhône, l'Isère. Et dû au fait que ma génitrice était mineure comme mon géniteur à ma naissance et qu'après l'assistance publique "établissement DASS" dirigée par des sœurs religieuses la France m'a envoyé dans ces belles maisons de France parce que ma génitrice enfin mariée ne voulait pas s'occuper de moi ni son mari gendarme "mais ils touchaient quand même des allocations familiales pour 3 enfants=paradoxe silencieux à ne pas dire et reconnaître permettant et à la France, à ses institutions comme aux parents, de sauver la face et les apparences" Je pourrai en écrire des kilomètres...et donc par ce témoignage j'espère que les avis concernant cette BD ne seront pas aussi stéréotypé concernant la vie dans ces centres de détentions comme j'ai pu le lire sur certains avis des 2 BD, qui sont plutôt bien faites "Les innocents coupables" et "Le bagne de la honte"...Mais je dois avouer que je n'ai jamais lu un témoignage vraiment réel ou décrivant très précisément les conditions de vie dans ces endroits infâmes et infamantes à l'endroit de la devise de la France "PAYS DES DROITS DE L'HOMME"= "Liberté, égalité, fraternité"= comme quoi il suffit de mettre une devise sans s'y conformer et, de nommer ces établissements avec de jolis noms : " les centres Guynemer Bayard Charles Péguy ou Jean Moulin par exemple Ouvertement optimistes " les centres Arc-en-ciel" dans l’Ain mais aussi à Toulouse Le centre "La Belle Etoile" à Mercury-Gemilly en Savoie Ou jouant sur la symbolique affective ou familiale En tous les cas amicale et hospitalière l'Étape" à Voglans et à Versailles " Le Relais " à Saint-Genis-Laval, le centre " Carrefour " à Mérignac D’autres enfin jouent pleinement sur la métaphore du foyer Tels le centre " Chez nous "au Vieux-Boucau " le Logis "à Saint-Germain-Laxis Les centres appelés" Notre maison " est asile évangélique de Lemé Ou " la Maison" de Bron et Versailles " Beauregard " au Chevalon de Voreppe L'institut médicopédagogique " Mon doux nid "à Geyssans Ou "Les fontaines" à Orgeville et Vernon Voilà, cette BD c'est aussi la mémoire de la Belle France et de son état et système judiciaire comme éducatif, de tous ces français, citoyens et éducateur-tortionnaires, juges pour enfants, institutions sociales et assistances sociales, ect...Nul ne pouvaient ignorer et, aujourd'hui nous enfants de ces centres ne pouvons être entendus car personne ne veut reconnaître que cela a existé tant chaque citoyen devrait questionner ses propres aïeux et institutions. qui pouvait ignorer dans une ville de 5 à 10 000 habitants que le centre aux abords de la ville était une maison de correction des plus pires ni les gendarmes qui venaient à chaque problème dans la ville nous accuser de vol ou autre...Ni les commerçants qui vérifiaient nos achats dont il existait un seuil à ne pas dépasser, ni le maires et ses adjoints, ect...Il y a même eu un endroit où il y fut reconnu plus de 380 viols d'enfants et un procès à la clé et avant le procès les habitants de la ville ont défilé pour que l'établissement ne ferme pas ses portes car cela faisait vivre la ville et les commerces... et j'ai aussi été dans un centre en Isère où les parents de la ville disaient à leur s enfants "Si tu n'es pas sage on te mettra à Boccacio, surnom de la colonie pénitentiaire dont en 1940 lors de la bataille contre les allemands l'armée française réquisitionnât les enfants pour qu'ils portent les munitions et obus = certains de ces enfants sont ports dans les combats mais ne figurent pas sur les morts pour la France ; mais qu'importe car dans ces maisons certains enfants y sont morts par les coups et malnutritions, d'autres devenus paralysés physiquement ou moralement pour d'autres=j'en ai connu et même certains en pleuraient encore tous les jours à 70 ans" PERSONNE N'IGNORAIT, EN FRANCE ; PERSONNE NE POUVAIT IGNORER, ou pas grand monde !!! CETTE BD, MÊME SI ELLE PEUT PARAÎTRE RUSTRE ARTISTIQUEMENT A AU MOINS INTÉRÊT D'EXISTER...Même si j'ai conscience qu'elle a oubliée pleins de choses en cours de récit "oublis ou volonté artistiques???". Merci d'en tenir compte dans vos futurs avis concernant le côté social L'histoire n'est pas ce que les livres nous racontent et, encore moins le récit national...IL FAUT, POUR MIEUX SAISIR L'HISTOIRE PENCHER SON REGARDS ET SES YEUX DANS LES ARCHIVES "militaires, économiques, industrielles, journalistiques, de la justice, de l'Assemblée nationale, ect. Moeurs et artistiques de l'époque...Et lire avec retenue et circonscription les journaux intimes des personnages entourant le personnage central où le fait central...à lors là on est plus dans la vérité, plus proche de l'exactitude... Courdialemen
Blame !
Le chef d'oeuvre de Nihei. Je pense que c'est l'auteur qui a le mieux retranscrit l'univers de HR Giger en images. En rajoutant des codes de chevalerie et d'autres trucs typiquement japonais par dessus. Je ne sais pas comment c'est humainement possible de dessiner une telle oeuvre, le travail est colossal. C'est vrai qu'il faut apprivoiser le sens de lecture. Je conseille d'ailleurs de lire Blame avec la nouvelle édition grand format de Glénat, c'est beaucoup plus lisible. Il ne faut pas avoir peur de se lancer, il n'y a rien de très compliqué, ce n'est pas du tout une oeuvre hermétique. Au pire demandez à une IA de vous expliquer le contexte/les protagonistes si vous vous sentez perdu(e), vous serez totalement dans l'esprit du manga ! Aujourd'hui Nihei s'est perdu, il ne termine même plus ses planches ou utilise l'ordinateur pour un rendu très pauvre. Mais il nous restera toujours Blame, Biomega et Abara, reliques d'une époque rêvée et révolue.
Soirs de Paris
Bien plus qu’une bande dessinée, c’est une œuvre d’art, un objet artistique que je ne sais pas encore où exposer. Les dimensions sont imposantes en édition de luxe et le trait, l’art et les couleurs d’Avril méritent une place de choix. J’avais déjà acheté à Paris d’autres livres avec des illustrations d’Avril. Mais ces soirées évoquent pour moi des expériences précieuses. À différentes époques, je crois avoir vécu quelques histoires similaires. Il n’y a pas de dialogues, mais tout se comprend parfaitement grâce aux ambiances et aux expressions des personnages. Du club nocturne aux appartements où les nuits se terminent, tout est suggéré avec beaucoup de charme, de délicatesse, mais aussi beaucoup d'humour et d’ironie.
L'Envol du pélican
De plus en plus, la parole se libère dans la foulée de mouvements comme #MeToo et c’est tant mieux ! Cela se ressent à travers les témoignages de plus en plus nombreux à traiter de sujets qui ne sont que les différentes faces de cette même pièce qu’est le patriarcat : le viol, la domination, la prédation, le masculinisme, la maltraitance, etc. Les auteurs ont choisi comme narrateur de cette histoire (dont on ne sait vraiment si elle comporte une part autobiographique) un jeune homme, Daniel, vivant à Paris avec son compagnon après avoir grandi au Pérou avec sa mère française. En proie à des tourments intérieurs dont il ne peut expliquer la cause et mettant en danger sa relation de couple, Daniel va être amené à dérouler le fil de son enfance à un psychologue. Bloqué au départ dans une position de déni, celui-ci va progressivement dévoiler des secrets devenus trop lourds à porter, si lourds qu’il les avait refoulés au plus profond de son inconscient. C’est donc la rencontre avec un cousin, pendant les vacances, alors qu’il n’était qu’un enfant de huit ans, qui va précipiter Daniel dans ce « trou noir » qui pèsera telle une enclume sur sa vie future. Ce cousin, c’est Vicente, un jeune homme qui a tout pour lui, le physique et l’intelligence, un garçon très solaire qu’on ne pouvait qu’aimer, si bien que Daniel n’échappera pas à son aura magnétique qui finira par l’aspirer dans un gouffre existentiel. Problème : Vicente est en réalité un prédateur pédophile, au-delà de tous soupçons… Au début, Daniel ne va pas trop comprendre pourquoi ce cousin de plus de dix ans son aîné, se glisse chaque nuit dans ses draps et lui demande secrètement de le tripoter. Au début, il n’ose résister, tant l’admiration qu’il lui voue est énorme, mais cette situation va le plonger dans un malaise intérieur empreint de honte et de culpabilité, renforcé par le chantage affectif de Vicente. Sa mère, quant à elle, s’efforce de maintenir le foyer à flot. Elle doit jongler seule avec l’éducation de son fils, la pension qu’elle gère tant bien que mal et ses amants de passage. Ce n’est pas une mauvaise mère, et elle aime Daniel, mais semble détachée vis-à-vis de la mélancolie qui s’est emparé de lui. Ses résultats scolaires se dégradant, le gamin va finir par sécher l’école et apprendre à mentir… Le salut viendra peut-être de ce pélican, métaphore du récit, qui a atterri dans sa cour, mais ne peut y trouver l’espace suffisant pour déployer ses ailes… Scénarisée par Rudy Ortiz, lui-même Péruvien, et Sophie Révil, réalisatrice et productrice, l’histoire est simple, à la fois fluide et très captivante. Le jeune garçon se révèle très attachant et semble conserver sa pureté dans un monde d’adultes, indifférents ou moralisateurs, ne lui donnant pas sa place ou ne le prenant pas au sérieux. Cette excellente bande dessinée aide à comprendre comment un prédateur parvient à exercer son emprise sur sa proie. Ainsi, on réalise que la prédation va de pair avec le calcul et la manipulation, que la violence est bien davantage psychologique que physique. Le récit se dispense parfaitement de paroles, inutiles ici. Délicatesse du dessin et cadrage approprié se suffisent à eux-mêmes, permettant de retranscrire la confusion qui imprègne lentement mais sûrement l’esprit de Daniel, et aussi sa grande solitude. A l’image du récit, le dessin de la Chilienne Antonia Bañados reste simple et minimaliste, d’une tournure naïve qui cadre parfaitement avec le point de vue narratif. Mais surtout ce qui marque et séduit l’œil, et c’est sans doute délicat à dire étant donné la gravité du sujet abordé, c’est le choix des couleurs. Chaque séquence est centrée sur une couleur dominante, parfois deux, les tonalités chaudes étant réservées à l’enfance péruvienne de Daniel, tandis que le mauve un peu froid correspond à la vie parisienne de l’adulte qu’il est devenu. Ce parti pris contribue, c’est certain, à adoucir le contexte tourmenté du jeune garçon, même si globalement, ses souvenirs semblent plutôt illuminés par le soleil et le climat de ces latitudes. Preuve s’il en fallait une, le paradis dissimule toujours une part d’enfer… Pour toutes ces raisons, « L’Envol du pélican » est une lecture chaudement recommandée par votre serviteur, abordant un sujet extrêmement sensible évoqué avec délicatesse et sans faux semblants par ses auteurs. La pédo-criminalité est vraisemblablement plus facile à décrire quand elle s’accompagne de sévices infligés par des pervers frustrés (cf. l'affaire Bétharram), peut-être un peu moins quand elle se joue dans un cadre avenant et sous l’intimité des draps… Pourtant, dans les deux cas, elle demeure un traumatisme pour ses victimes.
Achille Talon
Achille Talon est un garçon quelques mois plus jeune que moi. Même sans encore savoir lire, je trouvais le personnage drôle. Ensuite, petit à petit, j'ai essayé de lire, en évitant les bulles les plus bavardes, des phylactères enormes parfois, dont certaines font plus de dix lignes! Finalement, j'ai découvert que la logorrhée et la prolixité de ce anti-héros sont ce qu’il y a de plus amusant. Parfois, j’ai ressenti le besoin d’un diccionnaire, mais je pense que j’ai appris pas mal de mots difficiles en français. Le talent de Greg en tant qu'écrivain a progressé parallèlement au dessin : moins rond, plus dynamique, plus de détails, surtout pour les figurants et les décors. Les personnages secondaires sont parfois devenus principaux : papa Talon, moustachu, avec ses bières, la maman bichonnante, le voisin Hilarion Lefuneste, le commerçant malin et avide Vincent Poursan, l’éternelle petite amie Virgule de Guillemets et aussi le colérique et minuscule patron du journal Polite (caricature de Goscinny qui était exactement le contraire dans la vie réelle). Je continue à préférer les gags d’une ou deux pages plutôt que les longues histoires. Et à côté des blagues bavardes, il y en a aussi parfois qui sont presque muettes. Je me souviens de mémoire d'un de mes gags préférés : après quelques manœuvres absurdes, Talon fracasse son vieux tacot contre une voiture garée. Devant le regard inquisiteur et sévère des passants, il sort et écrit un mot qu'il place sur le pare-brise de la victime. Approbation générale du public... mais à la fin, on voit ce qu'il a écrit ! Et voilà, mon deux-centième avis... Hop !
On ne parle pas de ces choses-là
Cette BD est dure, mais c'est un documentaire parfaitement bien fait pour comprendre l'enjeu derrière le sujet. Un tabou bien trop présent dans nos sociétés, un tabou qui s'exprime encore malheureusement trop souvent : l'inceste. Comment la violence s'installe dans les familles par l'inceste, voilà tout ce qu'explore la BD. En ne parlant pas des faits précisément, bien qu'ils aient eu lieu, Marine Courtade s'attache à essayer de comprendre les mécaniques du silence. Si tout le monde savait, pourquoi personne n'a parlé ? Comment a-t-on pu laisser faire ? Comment a-t-on pu laisser des nouvelles personnes être victimes ? La BD est faite par des habitués de La Revue Dessinée, donc avec une certaine rigueur dans la construction et la narration. La BD est très fluide, parfaitement lisible et le nombre de pages conséquent est gobé en un rien de temps, pour peu qu'on accepte de se prendre en une seule lecture le poids de toute la violence présente ici. Et là-dessus je tire mon chapeau à la dessinatrice, Alexandra Petit, qui a fait un excellent travail dans le rendu. Ce sont principalement des interviews entrecoupées de réflexions de l'autrice, et pourtant on a une vraie BD. C'est dynamique, lent quand ça doit l'être, marquant dans les silences et les manifestations de cette violence latente, mais aussi clair et lisible. Je n'ai jamais tiqué sur ce documentaire, ni sur le fond ni la forme, preuve d'une parfaite maîtrise du trait. Comme dit plus haut, la BD est dure, mais pas lourde. Sur le thème de l'inceste on a d'autres BD bien plus frontales, comme Daddy's Girl par exemple. Ici c'est vraiment un reportage sur le silence familiale, la culpabilité et le manque de communication, en interrogeant les mécanismes individuels qui ont conduit à cette omerta. Car oui, le résultat est évidemment que chacun à une raison individuelle de ne pas avoir parlé. Et que les raisons sont hélas banales, ordinaires, humaines : peur de briser la famille, honte, dégoût, hésitations, impression de ne pas être légitime... Bref, les travers habituels face à une situation de ce genre. Il reste alors que l'horreur de voir que tout aurait pu être géré tellement plus tôt. Comme tant d'autres cas, le silence a été un agent de l'horreur, mais qui blâmer ? Qui obligerait les victimes à parler ? La BD a même des passages incroyablement tristes, comme ce que lui racontera son père sur la relation qu'il eut ensuite avec ses filles. C'est cruel, triste mais aussi libérateur de l'entendre. Une BD de plus sur ce que fait la violence de l'inceste dans les familles, mais qui incite à parler et à reconstruire ensuite. Salutaire, donc.
La Danseuse aux dents noires
Cette BD relate un épisode authentique de la vie d'Hermentaire Truc, arrière-grand-père des scénaristes et célèbre professeur d'ophtalmologie. En 1912, le gouvernement français l'envoie au Cambodge pour opérer de la cataracte le roi Sisowath, une mission loin d'être seulement médicale puisque, dans le contexte du protectorat français en Indochine, la stabilité du royaume revêt une importance politique majeure. Les auteurs s'appuient sur cet épisode réel, enrichi de documents familiaux, pour construire un récit où l'Histoire et la fiction se mêlent avec beaucoup d'habileté. Très vite, le simple voyage d'un médecin devient une intrigue d'espionnage et de manipulations où se croisent services secrets, complots, ambitions allemandes, rébellion locale et rivalités entre puissances coloniales. Cette trame romanesque permet surtout d'élargir le regard sur une période méconnue du grand public. On découvre les subtilités du protectorat français, les tensions qui annoncent déjà les futurs mouvements indépendantistes, mais aussi le rôle du commerce de l'opium, organisé par les Européens pour asseoir leur domination économique sur la région. J'ai trouvé ce contexte historique et géopolitique passionnant. Éric Stalner met parfaitement en images cette époque. J'ai beaucoup aimé l'atmosphère Belle Époque des premières pages et du voyage en paquebot, puis le dépaysement offert par le Vietnam et le Cambodge d'alors, entre palais royaux, villas coloniales, temples et paysages tropicaux, sans oublier la misère qui se cache derrière ce décor de carte postale. Son dessin est solide et très lisible, même si je le trouve un peu académique et que ses couleurs, parfois un peu ternes, manquent de chaleur à mon goût. L'intrigue est remarquablement construite et ne verse jamais dans l'aventure spectaculaire. Elle reste constamment crédible, portée par d'excellents personnages, notamment Simala, la favorite du roi, dont la personnalité complexe et l'ambiguïté évitent tout manichéisme. C'est précisément cette retenue qui fait la force de l'album : il privilégie le récit historique à l'action débridée et parvient à captiver du début à la fin grâce à une écriture intelligente et très documentée. Une excellente surprise, aussi instructive que prenante.
L'Ecole est finie !
Dans la tranquillité et la bienveillance on grandit plus vite et mieux. - Ce tome contient une histoire complète de nature autobiographique, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Evemarie pour le scénario, le dessin et les couleurs. Il comprend cent-dix-sept planches de bande dessinée. Il commence par une courte préface de Fabcaro (Fabrice Caro) dans laquelle il évoque que l’histoire de l’autrice dans ses établissements scolaires fait autant rire que froid dans le dos par moments, que le lecteur suit une petite fille super attachante, surtout si dans sa scolarité il n’était pas forcément un des leaders charismatiques de la winne. Il conclut en réitérant que l’ouvrage est très drôle. Evemarie est attablée à un café en terrasse, et elle regarde les parents amener leurs enfants à l’école. Cela lui rappelle sa rentrée en septembre 92, alors qu’elle avait dix ans. Le car arrive à l’arrêt avec une publicité pour le film Reservoir Dogs sur le flanc. Elle monte dedans avec sa sœur. Evemarie rentre au collège, sa sœur est dans le même établissement qu’elle, en seconde. Elle est belle et bonne en cours. À la maison, elles peuvent se disputer… moins qu’elles ne se marrent ensemble. Bref ce matin-là, elles font leur rentrée. Une fois descendue du bus, le pied de sa sœur heurte la bordure de trottoir et elle s’étale de tout son long dans une flaque d’eau ce qui fait beaucoup rire Evemarie. Finalement, cette dernière arrive dans la cour, puis dans sa classe. Elle est la plus jeune, la plus petite, et elle a un nom de famille hilarant, Cabot, ce qui fait rire tous les élèves lors de l’appel. Quelque chose lui dit que ça va être très long…. Très très long cette affaire. Chapitre un : collège public. Evemarie a choisi allemand pour la première langue, pour être dans une bonne classe. Ce qui est complètement idiot, parce que l’allemand, à part en Allemagne, tout le monde s’en moque (sauf peut-être un peu en Argentine). Ses seules références en allemand se cantonnaient à La grande vadrouille… ce qui lui vaudra une heure de colle, pour avoir répondu à la professeure : Ja voll, mein Guénéral. Note pour plus tard : pas de trait d’humour en classe. Que l’ennui… Et l’ennui… Et encore l’ennui. L’autrice reprend donc : la plus petite, avec un nom hilarant. Ce qui se passe ? Les autres élèves se moquent d’elle, par exemple en lançant une feuille de papier froissé sur sa tête et en lui disant d’aller la chercher. À cet instant, deux options s’offrent à la jeune fille : devenir victime officielle, ou marquer son mécontentement sur le petit leader de la classe. Elle se retourne donc vivement et le frappe avec ses cahiers. Ça a mis tout le monde d’accord. Fin du match… enfin avec les élèves. Mais même un prof s’y met en faisant l’appel, ajoutant un petit Ouaf-ouaf après avoir appelé son nom. Bien sûr, elle a rêvé de lui réserver le même sort qu’au petit chef des harceleurs ! Mais ça ne se fait pas… On peut toujours rêver. Assise à sa place en salle de classe, elle regarde par la fenêtre. D’ailleurs le rêve n’était pas au programme. Et c’est fort dommage… Elle était hyper douée. De la fenêtre, elle a une vue imprenable sur l’horloge de la cour. Alors, régulièrement elle s’envole pour accélérer le temps. Diplôme de vol mental acrobatique, obtenu avec félicitations… Le titre et l’illustration de couverture annoncent honnêtement le programme : raconter les années d’école qui mènent de la demoiselle à droite à la jeune femme à gauche, avec une issue ressentie comme une libération, en pouvant brûler le cartable. Le récit autobiographique de la bédéaste s’articule en trois parties, correspondant à trois établissements différents : le collège public à partir de la sixième, puis le collège privé à partir de la troisième, et enfin l’école secondaire artistique Saint-Luc de Tournai en Belgique. Le lecteur trouve ce à quoi il peut s’attendre : la bonne humeur graphique de la bédéaste, avec un dessin tout public, des personnages à la représentation un peu simplifiée, son propre avatar dont le regard reste perpétuellement caché par sa frange, des exagérations comiques dans les postures ou dans les réactions, une représentation simplifiée des décors, et quelques délires visuels, par exemple lorsqu’elle chevauche une sorte de canard géant mutant avec un casque qui glisse sur un arc-en-ciel. Il retrouve également le ton personnel de l’autrice : un sens de la dérision et de l’autodérision, de la moquerie finalement plutôt gentille, une aversion pour l’autorité imposée, une forme d’entrain en particulier pour la pratique du dessin, et une amitié indéfectible pour sa sœur. Alors bon, qu’est-ce que cette histoire de scolarité comporte d’intéressant ? La dénonciation de maltraitances institutionnelles et personnelles ? Une critique analytique et philosophique sur l’éducation ? L’autrice reste dans son registre sarcastique et concret, descriptif, comme elle a pu le faire dans La Boulonichon (2023). Le lecteur s’attache immédiatement à la jeune Evemarie, sa figure rondouillarde, son gros nez rond, ses vêtements informes dans la période collège public, sa tenue dans sa période lycée avec des pulls ou sweatshirts le plus souvent rayés et des jeans, sa période (presque) conformiste en collège privé (col roulé, gros collants noirs en laine, jupe écossaise qui gratte sous les genoux, chignon mais pas de serre-tête parce qu’elle se respecte, mais ses Doc Martens parce que quand même). Il se rend compte que l’autrice réalise des écarts quant à ses apparences sages à des fins humoristiques ou émotionnelles : la jeune Evemarie en boxeuse avec la ceinture, la même en pirate, en exploratrice dans la jungle, en pyjama, en cosmonaute, en maillot de bain, en cible pour lanceur de couteaux, ou même en superhéroïne. La dessinatrice joue avec verve sur les exagérations de comportement ou de d’expressions de visage : l’écolière le dos courbé sous les poids de son cartable comme métaphore de la pénibilité de l’école, le professeur de mathématiques qui se transforme en comédien de standup au tableau, le surveillant qui se conduit comme une brute épaisse, le prêtre qui est le sosie de Rowan Atkinson (Mister Bean), le chef de division du collège privé avec la bave aux lèvres, etc. La narration visuelle entraîne facilement le lecteur avec des personnages le plus souvent en mouvement, des couleur plutôt claires, parfois vives (surtout une fois sortie du collège). La direction d’acteur se positionne dans un registre réaliste, avec des exagérations comiques régulières, pour faire ressortir une absurdité ou un ressenti. Elle se tient à l’écart du misérabilisme, la plus grande souffrance de l’élève semblant être un ennui interminable et sempiternellement répété. Toutefois, le mode d’accompagnement des élèves au collège ressort par son manque d’empathie, de chaleur humaine, et par ses méthodes coercitives et humiliantes pour le collège privé. Le dessin reste à l’écart de tout voyeurisme, tout en faisant apparaître les émotions, et les situations d’abus d’autorité ou de pouvoir, en particulier le recours à la force brutale du surveillant, ou à l’abus d’autorité sur de jeunes demoiselles par le chef de division. Le lecteur absorbe les dessins, avec la sensation d’une lecture facile et évidente, amusante et régulièrement drôle, rendant vivante une phase banale de la vie de tout adulte ayant bénéficié d’une scolarisation. De temps à autres, il constate la présence de procédés visuels élaborés, intégrés de manière organique à la narration. Le recours au motif de la spirale pour montrer que l’adolescente subit une décision pour elle arbitraire, qu’elle n’avait pas vu venir et sur laquelle elle n’a aucune prise. Des métaphores visuelles comme l’élève traversant un désert avec un cartable très lourd sur le dos. La présence de personnes célèbres, à commencer par les Beatles, mais aussi Mister Bean, la menace physique ou psychologique sous la forme d’un personnage en ombre chinoise, les émotions sous forme visuelle par exemple quand Evemarie crache du feu comme un dragon, etc. Le lecteur éprouve la sensation de suivre la scolarité de l’autrice de manière linéaire à partir de sa sixième jusqu’à la sortie de St-Luc. Il se rend compte qu’il est peu question du contenu des cours, sauf pour pointer du doigt l’attitude professorale manquant de bienveillance dans les deux collèges, la forme très scolaire et autoritaire des cours, ou encore comment un groupe d’enfants peut prendre en grippe un autre et lui faire subir des brimades. Evemarie fait ressortir à quel point ce mode de d’apprentissage coercitif est inadapté à sa personnalité, et à quel point elle grandit vite et mieux dans l’environnement plus responsabilisant de St-Luc. En filigrane, il peut repérer ce qui permet à Evemarie de tenir le coup, de conserver son intégrité psychique, malgré cette inadéquation à un système normalisé et vécu comme dépersonnalisé. Son lien avec sa sœur, des parents compréhensifs et à l’écoute, des amies et des amis, un caractère à ne pas se laisser marcher sur les pieds, une grande imagination lui permettant de s’évader lors d’interminables périodes d’ennui, et une passion le dessin. Elle conclut son récit par une forme de Que sont-ils devenus ? Et par sa scolarité dans une école de dessin en Belgique avec des méthodes pédagogiques totalement adaptées à son niveau d’autonomie, reposant sur la tranquillité et la bienveillance. Le récit d’une scolarité en collège, d’abord public puis privé, puis dans une école de dessin, d’une élève pour laquelle les conditions quasi industrielles de l’éducation scolaire sont inadaptées. Un récit drôle et visuellement inventif, disant et montrant les moments d’humiliation sans en faire un drame (alors qu’il y a de quoi à une ou deux reprises), avec verve, bienveillance et caractère. Un témoignage qui dit la souffrance ordinaire et bien réelle d’une élève subissant un système impersonnel et autoritaire.