Les derniers avis (126 avis)

Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série Pas de pitié pour le privé
Pas de pitié pour le privé

Un polar ultra solide signé Mignacco et Rotundo. C'est l'unique oeuvre de Mignacco publié en France. La force de son récit est de s'émanciper des codes du roman noir traditionnel, avec un personnage principal qui n'est pas le détective désabusé que l'on voit d'ordinaire. Un scénario solide mais aussi un dessin magistral de Rotundo qui élève véritablement le niveau de l'album. Le jeu permanent de contraste entre le noir et le blanc est de tout premier ordre, installant une ambiance graphique très immersive. Rotundo a particulièrement soigné l'expressivité de ses personnages, c'est admirable. Cette bande qui est sortie au format broché passe souvent sous les radars des collectionneurs mais c'est une valeur sûre.

21/06/2026 (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Château des Animaux
Le Château des Animaux

Je vais ajouter mon grain de sel, mais est-ce vraiment nécessaire ? Je plussoie à ce qu’ont dit moult de mes prédécesseurs, on est là dans le haut du panier. Ce qui saute aux yeux dès les couvertures, c’est la beauté du dessin. Ces expressions sur des animaux qui gardent leurs postures animales, c’est du grand art. Les décors, la colorisation, la souplesse du trait et la mise en scène contribuent à nous immerger dans le récit. Une belle adaptation / réinterprétation de la fable d’Orwell, où il s’agit cette fois de faire tomber le dictateur Sylvio, taureau de son état, protégé par sa meute de chiens qui fait régner l’ordre et le servage dans cette « ferme -château ». Mention spéciale au rat Azélar, référence évidente à Gandhi avec ses lunettes, qui enseigne à la faible chatte craintive Miss Bengalore (tiens, encore l’Inde) les subtilités de la désobéissance passive et de la révolution non violente. J’ai apprécié que beaucoup de personnages ne soient pas complètement monolithiques, en particulier chez les chiens, et qu’ils puissent même infléchir leur attitude avec l’évolution de leur statut social. Bon, comme le dit Lodi, la révolution pacifique ne porte pas ses fruits dans la réalité (si Gandhi avait été inhumé, il se retournerait dans sa tombe en voyant vers où le gouvernement indien a évolué). Ça reste une fable où l’histoire finit bien – enfin pas pour tout le monde, même chez les gentils – et c’est bien comme ça, une jolie petite leçon de pacifisme ne fait de mal à personne. La série est dans le thème BD à offrir. Ça tombe bien, on me l’a offerte, les quatre tomes d’un coup. Ce fut un beau cadeau.

21/06/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série Persée
Persée

Après Ulysse et avant Les Sorcières de Thessalie de Pichard, voici l'adaptation de Persée dans la collection Mythologie de Glénat qui vaut décidément le coup d'œil. Petite correction de départ : Jean-Marie Brouyère est mentionné uniquement à l'avant dernière planche de cette bande pour son adaptation des dialogues. Le seul auteur mentionné en couverture et en première page est Xavier Musquera. On peut donc supposer que celui-ci ne s'est pas contenté de dessiner mais est également responsable de la narration. J'insiste sur ce point car Musquera nous dépeint un Persée à la fois héroïque et vulnerable, et c'est ce qui donne toute sa matière à ce récit mythologique. L'atmosphère antique et mystique est admirablement rendu par un noir et blanc expressif et empreint de sensualité, même si Musquera est plus à l'aise avec les corps qu'avec les décors. Le découpage manque aussi un peu de puissance et d'originalité pour parler d'oeuvre culte. Une oeuvre d'une grande beauté plastique, qui sait prolonger l'immortalité du mythe de Persée.

20/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Dans l'indifférence générale
Dans l'indifférence générale

A partir d’observations et de réflexions personnelles (le recul des glaciers dans les Alpes par rapport à ses souvenirs de vacances familiales par exemple), Roberto Rossi nous propose un album qui mélange documentaire et tract politique. Le hasard a voulu que je lise très récemment, Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.. Si j’ai trouvé plus détaillée et plus complète ma précédente lecture, les deux albums sont complémentaires et intéressants. Beaucoup moins de détails, de chiffres, de faits, de noms ici, la narration est plus aérée (avec un dessin simple, mais agréable). Mais c’est quand même un album dont la lecture est intéressante. Il est aussi engagé, et appelle clairement chacun à prendre sa part de responsabilité, mais surtout à demander des comptes à ceux qui sont à la fois les plus responsables des dérèglements climatiques, pollutions et leurs conséquences, mais aussi ceux qui en souffrent le moins, à savoir les grandes entreprises et les ultra-riches. C’est un album qui rappelle que le capitalisme tel qu’il est pratiqué est la cause principale, et donc que c’est lui qu’il faut sévèrement réguler (avec ses thuriféraires et profiteurs). Une lecture rapide malgré une pagination conséquente (il y a peu de texte), mais recommandable. Note réelle 3,5/5.

20/06/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Little Ego
Little Ego

Les rêves coquins d'Ego sont évidemment une parodie et un hommage à Little Nemo de W. McCay. Il s'agit de fantasmes humoristiques très bien dessinés par Giardino. La jeune fille est jolie et se retrouve dans une série de situations insolites, parfois embarrassantes, mais aussi excitantes. Les dessins sont de bon goût et l'érotisme ici ne tombe jamais dans la vulgarité. Le livre se lit rapidement, mais quand je le reprends, je ne peux pas m'empêcher de sourire.

20/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Terra Antarctica
Terra Antarctica

Ce qui commence comme une enquête policière assez classique va rapidement basculer vers un pur récit de science-fiction, avec une certaine parenté avec le film Starman (un être venu d'ailleurs, un peu naïf et perdu parmi les humains, qui cherche à rejoindre un objectif mystérieux), à la différence près qu'ici sa présence attire aussi bien des menaces humaines qu'un autre poursuivant beaucoup plus étrange. La grande originalité de cette BD est surtout son ancrage profondément argentin. L'histoire démarre à un millier de kilomètres de Buenos Aires, puis entraîne ses personnages à travers la Patagonie vers le Sud du pays puis jusqu'aux portes de l'Antarctique. Ce voyage permet de découvrir un cadre rarement utilisé dans ce genre de thriller : l'organisation fédérale de l'Argentine, les différentes cultures et ethnies locales (dont certaines ne parlent pas forcément espagnol), le maté évidemment incontournable dans cette région du monde, ou encore la proximité avec le continent antarctique. Ce dépaysement apporte une vraie fraîcheur face aux thrillers souvent trop formatés par les codes américains. Le dessin en noir et blanc est également une réussite. Légèrement épuré dans les décors mais très maîtrisé, précis et dynamique, il sert parfaitement cette histoire de poursuite et d'étrangeté. Les personnages fonctionnent aussi très bien, notamment le duo de policiers : ils ne forment pas un couple au sens classique, mais une grande partie de l'intérêt vient justement de l'évolution possible de leur relation. Ils sont attachants, avec chacun leur personnalité. L'antagoniste est également très réussi, entouré d'un mystère qui sera progressivement levé jusqu'à une révélation finale inattendue. Cette révélation est d'ailleurs l'un des meilleurs moments de l'album, car elle ne se contente pas d'apporter une réponse : elle pose aussi une vraie question morale. Le problème n'est plus seulement de savoir ce qui est vrai, mais de déterminer comment agir lorsque l'on croit ou non à ce que l'on vient d'apprendre. J'ai toutefois été plus circonspect devant les toutes dernières pages. Après cette révélation, la conclusion reste assez floue et je n'ai pas complètement compris ce qui se déroulait exactement, même si l'héroïne semble considérer la situation comme positive. Une légère frustration donc, car cette incompréhension finale m'empêche de considérer l'album comme totalement réussi. Cela reste néanmoins une très bonne surprise : un thriller de science-fiction original, porté par un cadre inhabituel, de bons personnages et une vraie ambiance. Pas un vrai coup de coeur à cause de cette fin confuse, mais un solide 3,5/5 pour une lecture qui m'a bien embarqué.

20/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Tueur
Le Tueur

Après 92 avis, je pense que l'essentiel a été dit sur cette série qui a rejoint le panthéon des immanquables de BDthèque dans le genre "Policier/Thriller". Suite à la lecture du premier cycle (cinq premiers tomes), je dois dire que j'ai passé un très bon moment de lecture. Matz est un excellent conteur d'histoire. J'ai beaucoup apprécié le ton de la voix off du tueur qui sonne juste et apporte un vrai style à la série. Le scénario, centré autour du personnage du tueur à gages, avec ses personnages hauts en couleurs, ses scènes de sexe et de violence, reste somme toute assez classique mais il est vrai que l’œuvre n'a pas pris une ride, près de 28 ans après la sortie du premier album ! Preuve qu'elle mérite son titre d'immanquable. A noter que l'histoire se passe parfois sur une île, dans des décors tropicaux, apportant une touche d'exotisme à l'ensemble. Le parallèle entre le tueur et le crocodile dans le 2ème tome est plutôt bien trouvé. Au niveau du dessin, malgré un trait parfois un peu trop épais à mon goût, le trait vif de Luc Jacamon donne beaucoup de mouvements aux scènes d'action, très présentes. Les personnages ont de "vrais gueules" bien que je sois un tantinet déçu par celle du tueur, plus banale. Mais cela colle avec l'idée qu'il doive resté discret et se fondre dans la masse. La colorisation est quant à elle plutôt classique. En somme, un très bon 4/5 en attendant que je me procure les cycles 2 et 3 de la série. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10 NOTE GLOBALE : 16/20

20/06/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Batman - Tales of the Demon
Batman - Tales of the Demon

Batman de Neal Adams, avec les couleurs originales et en plus la saga de Ra's al Ghul, un de ses plus grands ennemis ! C'était mythique pour les jeunes dans les années soixante-dix, comme moi. Oui, Talia était une nunuche, mais qu'est-ce qu'elle était belle ! Leur relation a fini par porter ses fruits, comme nous le découvrirons avec d'autres auteurs, Andy Kubert plus récemment. Les autres dessinateurs dans cette série ne sont pas mal, j'aime bien Irv Novick, mais Neal Adams reste le meilleur dessinateur de Batman de tous les temps. J'ai plusieurs versions de ces histoires et, vraiment, les couleurs informatisées dans ce cas ne servent qu'à gâcher les dessins.

20/06/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Terrains vagues
Terrains vagues

Les odeurs sur la peau, les courbatures dans le corps. - Il s’agit d’une bande dessinée, indépendante de toute autre, révélant plus de saveurs si le lecteur est partiellement familier avec l’œuvre de l’auteur. Son édition originale date de 1996. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et le dessin. Il compte soixante planches de bande dessinées. Il s’agit de la vingtième bande dessinée réalisée par ce bédéaste. Louise et Edmond se tiennent face à face dans un petit appartement parisien, avec une fenêtre où l’on peut apercevoir le sommet de la basilique du Sacré-Cœur. À force de questionner Edmond, les yeux de Louise se sont vidés. Elle cherche des réponses qu’elle ne peut pas trouver dans l’absence du visage de son compagnon. Elle les ferme. Ses paupières ont la couleur de la lavande. Il est fatigué. Il y a mille ans qu’il est là. Elle aussi. Elle attend qu’il fasse quelque chose, n’importe quoi. Il peut l’étrangler s’il veut. Il regarde la cathédrale de Montmartre, il pense à la Commune. Peut-être qu’il devrait la prendre dans ses bras, lui dire : Je t’aime. Lui caresser les seins, mettre son sexe dans le sien à elle. L’âme criminelle il descend l’escalier. Dehors un soleil pâle l’éblouit. Il est happé par l’humanité compacte de Barbès. Il se faufile dans cette multitude qui l’accueille sans savoir qu’elle l’accueille. Il regrette déjà que Louise ne soit pas avec lui. Il a envie de remonter la chercher, l’air est doux. Mais quand elle est comme ça, un peu morte, il faut qu’elle reste seule, comme une bête léchant ses blessures. Il a traversé plusieurs boulevards sans les voir. Un automobiliste l’a insulté. Ici c’est du silence, de la sérénité. Un merle sautille, une brindille dans son bec orange. Ici les gens ont l’air en vacances. Ils sont assis sur les pelouses. Il y a des amoureux un peu bêtes, des gamins habillés de printemps qui demandent des biscuits à leur mère, des moineaux qui attendent les miettes. Edmond cherche un espace disponible sur le gazon. Il s’assoit. Il est l’objet d’une vague de curiosité de la part de ceux qui étaient déjà assis jusqu’à ce qu’un autre inconnu se pose. Ses idées sont molles. La dame, elle, est à trois mètres sur sa gauche, un peu en contrebas le dos bien droit, les yeux mi-clos. Elle n’est pas jeune et très belle. La peau de son visage boit le soleil elle est bien un œuf sans coquille. Derrière, un chien aboie. Lui, il a un doigt dans la tête. Il voudrait aller à côté de cette dame très belle. Il voudrait aller lui demander : Madame, raconte-moi la vie. Elle lui parlerait, il en est sûr. Il l’écouterait longtemps. En l’écoutant, il sait, il comprendrait pourquoi Louise pleure seule dans sa chambre, pourquoi il ne peut pas l’aider, pourquoi ses paupières sont violettes comme de la lavande et pourquoi il a mille ans quand il voit de la lavande. Il comprendrait aussi… Pourquoi ce trait est plus beau que celui-ci. Pourquoi avec des traits et des mots il essaie de mettre sur papier ce qu’il sait n’avoir pas les moyens de mettre. Pourquoi cette ambition démentielle. Pourquoi dire Je t’aime alors qu’on sait qu’on n’y arrivera pas. Mais pour être à côté de la dame il faut qu’il franchisse les trois mètres qui les séparent. À dix, quand il a tourné la tête, la dame se levait pour partir. Elle lui a souri encore une fois, comme un au revoir. C’est du pur Baudoin, avec tout ce que cela comporte de déconcertant, déstabilisant et autobiographique. Tout commence dans le dix-huitième arrondissement, avec un matin où sa compagne du moment semble dans une humeur quasi dépressive. Puis l’auteur va se promener dans le parc de Belleville avec sa magnifique vue sur Paris. Puis le souvenir d’un séjour dans la campagne avec une anecdote improbable (un homme fou qui frappait à grands coups de tête une voiture abandonnée), les retrouvailles en septembre avec sa fille, l’écriture tracée dans le ciel par les martinets, une envie intense de meurtre, des réflexions sur sa façon de raconter une histoire, sur sa préférence pour les traits irréguliers plutôt que bien droits, sur la mort qui se tient là devant, sur le regard qui pétille d’excitation d’un militaire, la sensation sur son corps nu d’un violent orage alors qu’il se tient sur la terrasse de maison de sa mère, etc. Un de ses interlocuteurs lui fait observer qu’il a une drôle de façon de raconter les histoires, ce n’est pas facile à suivre, ça ressemble un peu à un collage incohérent. Ce à quoi le bédéaste répond que Paul a raison : C’est un collage. Il essaie simplement de peindre ce qu’il voit. L’individu ne vit que des fragments d’histoires avec des courts-circuits partout. Il lui semble impossible aujourd’hui de vouloir construire quelque chose avec un début et une fin. Quelque chose de coordonné. Il a l’impression que les individus sont des cobayes d’une civilisation qui leur échappe. Ils vivent de l’inintelligible. Il ne déteste pas cette non-maîtrise. Le sens de son récit lui échappe comme celui de sa vie, celui d’un amour. Il naîtra un peu à son insu de ce collage. Il sera indéfini. Le lecteur fait l’expérience de cette construction qui peut sembler aléatoire, au gré des associations de souvenirs, avec des variations étonnantes également dans la narration graphique. S’il se laisse porter, il peut prendre conscience qu’une image ou qu’une page va lui parler plus que les autres, va avoir pour effet inconscient qu’il ralentit sa lecture. En fonction de sa sensibilité, il peut ainsi être saisi par un sentiment ou une émotion inattendue devant : la croix qui barre le visage de Louise effaçant jusqu’à ses traits, le croquis de la vue depuis le belvédère du parc de Belleville à la fois dans l’esquisse et la précision, une vue épurée d’une digue à Nice avec le phare à son extrémité pour faire ressortir la perspective, un arbre magnifique à la forme torturée déformée par l’anémomorphose, quelques taches évocatrices dans le ciel que le lecteur identifie immédiatement comme des martinets, l’interprétation mortifère du Génitron (œuvre du collectif Nemo, un compte à rebours numérique, à l'affichage lumineux, décomptant les secondes jusqu'au 1er janvier 2000) devant le centre Pompidou, la vision de squelettes dans les nuages de l’orage se déchaînant au-dessus de la maison de sa mère, etc. En tournant une page, le lecteur note qu’il est en train de regarder l’image qui a été reprise pour la couverture. Il se rend compte qu’il n’avait peut-être pas remarqué la trace à peine perceptible de la personne assise sur le banc, effacée de la mémoire d’Edmond. Il constate que le mode de dessins du bédéaste présente à la fois une grande cohérence à l’échelle de l’ouvrage, et à la fois une diversité d’expressions. Pour commencer, ce dessin de couverture fonctionne comme une métaphore de l’absence de l’individu, ainsi que comme un souvenir, et aussi un souvenir en train de perdre de la consistance dans la mémoire du narrateur. De manière tout aussi patente, la représentation des scènes de sexe glisse vers le conceptuel : l’artiste cherche à exprimer l’émotion ou la pulsion qui l’emplit à ces moments. Cela commence par un dessin de la largeur de la page où les traits expriment plus le mouvement des corps qu’un contour anatomique, et s’enchevêtrent, où il oppose la rugosité du contour masculin à la douceur tout en courbe féminine. Puis il se focalise sur un endroit, et le représente en mode expressionniste, ou en tirant vers l’abstraction, pour indiquer que cette fusion provoque des sentiments intenses, relevant de l’animalité. Il se montre honnête quant à cette tendance pouvant relever du fétichisme et d’une forme d’obsession, quand un ami lui fait observer qu’il est tout le temps à la recherche d’une nouvelle partenaire. D’une manière plus discrète et diffuse, le lecteur finit par remarquer que l’artiste prend un grand plaisir à inclure des portraits d’anonymes parmi les figurants. Comme d’habitude chez cet auteur, ce qui semble n’être qu’une suite de moments au fil de sa fantaisie, ou des collages sous l’inspiration du moment présente une cohérence narrative épatante. Il n’y a pas de répétition, il aborde un nombre de sujets et de thèmes impressionnants. Il raconte bien une histoire avec un fil directeur : sa relation avec Louise, un prénom un peu troublant pour le lecteur fidèle, car il s’agit aussi du prénom de la mère de Baudoin. Il aborde donc sa conception de la bande dessinée, que ce soit la notion d’histoire, de structure, et aussi de représentation. Avec une case épatante où il trace un trait au pinceau aux contours irréguliers, et un autre bien droit comme à la règle, en commentant qu’il trouve le premier bien plus beau. Il relate sa relation avec Louise, cette bande dessinée constituant un bel hommage à cette femme, tout en montrant à quel point Edmond lui a été infidèle et n’a pas répondu à ses attentes. Il intègre même un long texte qu’elle a écrit à sa demande sur leur voyage de rupture dans les Cévennes. Il évoque sa propre finitude et ses limites, quand Paul lui fait observer que c’est : Toujours la même histoire recommencée avec les filles. Bientôt Edmond sera vieux. Est-ce sa manière de conjurer la mort cette accumulation ? Des amours qu’il ne finit pas. Une fuite en avant. Edmond dit faire des brouillons de ses bandes dessinées, il fait aussi des brouillons de vies. Il arrête les choses avant la fin… Il a si peur du mot fin ? Et puis très vite il cherche un autre amour. Est-ce son élixir d’éternelle jeunesse ? En parallèle, Baudoin explicite sa motivation, ce qu’il souhaite exprimer à travers son œuvre : il souhaite raconter la vie. À sa fille, il explique sa démarche à partir du vol des martinets : Le cercle vivant qu’ils dessinaient n’était plus un simple vol de dix ou quinze martinets, mais quelque chose qui les dépassait. Comme si ensemble les oiseaux étaient devenus les cellules d’une intelligence inconnue. Ce cercle n’avait pas encore de nom et il lui semblait toucher là à quelque chose d’essentiel. Il avait alors l’impression que l’on a quand on cherche un mot et qu’on croit l’avoir sur la langue. Que voulait dire ce cercle ? Il n’a toujours pas trouvé. La quintessence de l’auteur ! Une diversité extraordinaire dans les représentations visuelles, et dans les thèmes abordés. En même temps une cohérence parfaite : tout est de lui, tout exprime sa vision du monde. Un récit qui ne parle que de lui, ou plutôt un récit où il met en scène le monde tel qu’il le perçoit, avec ses interrogations, et la mise en scène de son propre comportement sans fard ni hypocrisie. Humain perdu dans les terrains vagues de l’existence, des relations, de la mémoire.

20/06/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Vols au musée de la croûte
Vols au musée de la croûte

J'ai lu ce livre parce en participant à un challenge Masse critique, sans avoir d'idée de ce que ce serait. Et j'ai été franchement étonné, surtout en reconnaissant l'auteur (Peretjatko) dont j'ai apprécié presque tout les films. Et cet ouvrage est tout à fait de la patte de celui-ci, autant dans le ton que dans l'humour et le fond. C'est un roman-photo tournant autour d'une histoire absurde, avec un flic à quinze jour de la retraite qui doit enquêter sur un vol au musée de la croute. Parce que ce musée ne contient que des croutes, de tableaux nuls qui n'intéressent personne. le ton délirant arrive très vite avec ce petit plus qui est la marque de l'auteur : la note prononcée envers la société ultra-libérale. On aura les critiques de la sous-traitance débile avec évasion fiscale et délocalisation, plus tout les problèmes liés ("désolé, ça n'est pas dans mes attributions !"). On a aussi les difficultés administratives jusqu'à une absurdité finale assez cynique, le tout dans un humour parfois bon enfant parfois stupide, mais qui m'a donné le sourire tout au long de ma lecture. D'ailleurs je me suis dit en lisant que c'était assez proche d'un film au final, avec des choix de cadrage et une mise en scène jouant sur des aspects bouffons parfois. On apprécie quelques têtes qui passent (comme Pacôme Thiellement qui m'a surpris lorsqu'il est apparu), en se laissant porter par une histoire somme toute critique et parodique. le genre de récit que je trouve à la fois drôle et prenant, pas faramineux mais bon. Recommandé !

19/06/2026 (modifier)