L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage)
Avez-vous déjà rêvé d'assister au tournage d'une série télé ? Guillaume Bouzard, lui, l'a fait avec la série Lucky Luke de Julien Vallespi.
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"Lorsque Bouzard a accepté d'accompagner le tournage de la série Lucky Luke à sa manière, nous savions que nous ne serions pas dans un making of traditionnel. Il aurait pu livrer un carnet de bord classique, sobre, linéaire. Mais on parle de Bouzard ! Il a préféré se mettre en scène lui-même (râleur, maladroit, curieux, sensible, et parfois un peu dépassé) suivant les coulisses de ce drôle de western tourné pour de vrai, avec de vrais chevaux, de vrais décors, de vrais comédiens... et quelques vraies galères, évidemment."
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| Date de parution | 26 Février 2026 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Si on connaissait déjà « l’homme qui tire plus vite que son ombre », peut-être avons-nous ici « l’homme qui a imaginé le titre le plus long du monde », Guillaume Bouzard. Un champion dans sa catégorie : ingérable. En tout cas, pour un éditeur… D’ailleurs, ledit Bouzard s’est même permis de ne pas citer Lucky Luke dans le titre en question, alors que l’album est censé accompagner la sortie en ce printemps de la « série événement » dont le héros est le célèbre cow-boy solitaire. Ce fut l’idée lumineuse de Dargaud, l’éditeur historique des « Lucky Luke », de proposer à un dessinateur de produire un carnet de route du tournage. Bouzard fut donc l’heureux élu, logique puisque l’auteur le plus rigolo de la galaxie avait déjà publié en 2017 une parodie du héros du Far West (« Jolly Jumper ne répond plus »). Pour ce faire, ce dernier s’est rendu en Espagne du côté d’Almeria, là où furent tournés autrefois des monuments du cinéma, notamment « Il était une fois dans l’Ouest », « Pour une poignée de dollars », « Lawrence d’Arabie » ou encore « Indiana Jones et la dernière croisade »… « Jamais le dernier pour la déconne », l’ami Bouzard s’est donc envolé aux frais de la princesse dans le désert de Tabernas, au milieu des décors du « Far West andalou », pour y concevoir son « presque journal d’un tournage ». L’expression n’est pas galvaudée, car comme on s’en doute, Bouzard a fait exactement ce qu’on attendait de lui, c'est-à-dire faire en sorte que l’on ne sache pas à quoi s’attendre… Dans les limites imposées par ce type d’ouvrage (parce que c’est tout de même une commande), il a réussi de son côté à imposer son « n’importe nawak » proverbial. Hormis ses dons de « dessinateur rigolo », expert en autodérision, Bouzard se met en scène en transformant ses gaffes en gags, ou en baragouinant un espagnol approximatif histoire de faire le malin. Il possède aussi un certain talent pour passer dans le champ des caméras au mauvais moment ou de mettre le « seum » à son éditeur qui aimerait bien un truc un peu cohérent, parce que tout de même, il faudrait qu’il y ait un retour sur investissement. On sera étonné une fois de plus — même si on le savait déjà depuis « The autobiography of me too » — de constater que l’auteur a la faculté d’avoir des discussions avec les canidés. Ici, il a trouvé en Rantanplan le confident idéal, contrairement à l’équipe de tournage trop affairée pour lui accorder une quelconque importance, parfois condescendante et dédaignant ses propositions d’« apporter un œil neuf » sur la façon de tourner un film… Si on ne retrouve pas le niveau de « The Autobiography of me too », on ressort plus enthousiaste que pour son opus avec Lucky Luke, « Jolly Jumper ne répond plus », lequel manquait de souffle burlesque. Ici, on reconnaît bien la patte décalée de l’auteur, avec des passages pleins de fantaisie hilarante (le cahier graphique en IA, ou le maquillage improvisé…). Et de son trait faussement nonchalant, il maîtrise toujours le sens du mouvement pour accentuer la drôlerie des scènes les plus excentriques (l’inénarrable scène avec les chèvres).
Bouzard – Lucky Luke, le retour ! A défaut d'être le meilleur album de Bouzard (mais ça, on s'en fout un peu), il a le double mérite d’une part de sortir (un peu) du récit strictement personnel pour proposer ici un pseudo documentaire à la manière de ce qu’avait fait Fabcaro avec ses Carnets du Pérou, et d’autre part d’avoir occasionné chez moi une barre de rire comme je n’en avais pas connue depuis longtemps (cf. la scène du maquillage qui a coulé). Non, on ne saura pas vraiment si ce récit a été au moins en parti vécu. Bouzard a-t-il vraiment assisté au tournage de la série ? Comme dans la BD de Fabcaro précitée, ces aventures peuvent bien être complètement fictives, ce n’est pas l’objet. L’objet, c’est son auteur lui-même. Et ça marche. Les gags sont amenés souvent en deux, voire trois bandes. Il y a des trucs inhabituels, graphiquement. L’effet est surprenant mais franchement bien utilisé. Les hommages au personnage de BD le plus célèbre de tout l’Ouest sont décalés (ici par le biais de Rantanplan), jusqu’à la scène finale, que j’ai personnellement trouvée hyper touchante. Le tout est très drôle ! Ça a fait mouche chez moi à plusieurs reprises. Ce « Lucky Luke » est tout simplement le meilleur album de l’auteur depuis… La Grande Aventure ? (Oui parce que La Grande Aventure est un album un peu mésestimé selon moi, mais dans le genre humour préhistorique, on a rarement fait mieux). Bon, peu importe. J’ai aimé lire ce Bouzard qui m’aura donné l’occasion de faire mon petit jogging zygomatique.
Je suis un gros amateur de Bouzard, et de son type d’humour gentiment dérisoire et absurde. Pourtant, je suis sorti un chouia moins captivé par cet album que Ro. En fait, j’attendais encore plus d’humour con et décalé, et c’est à ce niveau que j’ai été un peu frustré. Car l’album est lié à la sortie d’une série Disney, et se présente quasiment comme un teasing, une sorte de publicité/making-of de cette série. Et la plupart des participants (équipe technique surtout) apparaissent ici. Cela freine un peu trop le délire, et rend d’autant plus nécessaire d’aller dans le n’importe quoi absurde pour s’en écarter. Bouzard y parvient à plusieurs reprises – ce qui fait que la lecture est quand même plaisante et amusante – avec quelques bons petits moments jouissifs, avec Bouzard en fouteur de merde, en chieur qui cherche régulièrement à signaler qu’il peut « dépanner », rodant autour – et parfois dans – le tournage, accompagné d’un Rantanplan philosophe (là aussi moins con que celui de Goscinny hélas). Bref, un album sympa, mais pas autant que je ne l’espérais.
Guillaume Bouzard part dans le désert espagnol pour raconter les coulisses du tournage de la future série Lucky Luke... Mais voilà, c'est Bouzard. Donc on croise bien l'équipe, les décors, quelques acteurs aperçus le temps d'une case, et même Rantanplan, mais le véritable centre du livre reste Bouzard lui-même et sa capacité à être perpétuellement à côté de la plaque. Je suis un très bon client de son humour et, ici encore, il réussit à me faire franchement rire. Son sens de l'absurde, de l'autodérision et du décalage permanent fonctionne à plein régime : dialogues lunaires, situations inutiles mais savoureuses, gags franchement couillons (quand je dis que je suis bon client, j'ai éclaté de rire au nom de Ranplanplan), et détournement constant du principe même du reportage. Graphiquement, c'est du Bouzard pur jus : expressivité maximale, énergie du trait et mise en scène entièrement au service du comique. J'ai aussi beaucoup aimé les couleurs, réalisées par un trio de coloristes que je ne connaissais pas, qui parviennent à donner une belle chaleur aux décors espagnols : on se croirait au Far West. Derrière ce faux journal qui n'en est pas vraiment un, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir un léger sentiment de vide, puisqu'on apprend finalement peu de choses sur le tournage lui-même et que Bouzard préfère tourner autour du sujet, digresser, s'égarer volontairement. Mais ce manque de matière réelle fait aussi partie du dispositif comique et, même si je reste avec cette petite impression de creux, cela ne m'a pas empêché de passer un très bon moment. Drôle, potache, très personnel : exactement ce que j'attendais de Bouzard et de son fidèle Rouplouplou.
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