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Les interviews BD / Interview de Sébastien Viozat

Sébastien Viozat est un féru de fantastique et d’horreur, et cela se sent dans ses différents scenarii. Rencontre avec un passionné.

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Photo de Sébastien Viozat (source : linkedin.com)Bonjour Sébastien, peux-tu nous parler de tes débuts dans la BD, qui coïncident (si je ne m’abuse) avec l’album Paul Neutron, sorti chez Théloma il y a quasiment 15 ans ? Bonjour à vous ! Mon 1er album se nomme bel et bien « Paul Neutron, responsable du bien-être », une BD très « Tontons flingueurs » parfaitement assumée, avec Guillaume Tavernier au dessin. L’envie d’écrire m’est venu en 2001, et il m’aura fallu quelques années avant d’aboutir à ce 1er contrat dans une toute petite maison d’édition… années pendant lesquelles j’ai appris en autodidacte l’écriture de scénarios, en y passant la quasi-intégralité de mes dimanches. 😊 Accéder à la série BD Paul NeutronCette histoire d’un spécialiste du bien-être au travail qui se retrouve aux prises avec la mafia locale promettait… mais il n’y a pas eu de tome 2, pourquoi ? La réponse est simple : Théloma a coulé, en laissant pas mal d’auteurices impayé.e.s sur le carreau. Dommage, le scénario du tome 2 était presque bouclé et défouraillait pas mal. Ainsi va la vie… Aimerais-tu, du coup, voir ce deuxième album publié un jour ? Oui et non. Même si je ne renie pas du tout Paul Neutron, je n’écris et je ne dialogue plus comme ça aujourd’hui. Le scénario sent un peu trop le « jeune auteur mal dégrossi » par moment. Du coup, rebondir à partir du tome 1… je ne sais pas. Et cet album est aussi lié aux déboires avec Théloma, un de mes pires souvenirs d'auteur. Accéder à la série BD Ma Vie de zombieMa Vie de zombie est ta première incursion dans un genre qui semble être ta prédilection, à savoir le fantastique/horreur. Quelles sont tes influences ? Elles sont très nombreuses. Je peux citer les ultra-classiques comme Lovecraft et King, mais également des comics façon « Il est minuit l’heure des sorcières » ou « La maison du mystère » - ancêtres des « Contes de la Crypte » – que je consommais sans aucune modération pendant toute ma jeunesse. Grosses influences niveau cinéma aussi avec les films de Romero, Carpenter, Raimi et toute la clique qui ont façonné les films fantastiques des 80s et 90s. Ajoute à ça un soupçon de jeu de rôle, et tu as le tableau complet. 😊 C’est un one-shot plutôt divertissant, qui a laissé un goût d’inachevé chez pas mal de lectrices et de lecteurs. La série Avec les morts est-elle une sorte de suite ? Pas du tout. Il s’agit de 2 one-shots indépendants avec des fins ouvertes qui se placent dans un même décorum (des zombies intelligents et qui parlent, vivant dans un cimetière sous l’œil d’un gardien bien vivant lui). L’influence - là encore 100% assumée – vient de « Dylan Dog » et Dellamorte Dellamore, mais avec des histoires totalement différentes. Deux albums que j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire… qui plus est pour Ankama, la maison d’édition montante à l’époque. Et avec ce surdoué de Raphaël B au dessin, que demande le peuple ? 😊 Accéder à la série BD Avec les mortsEst-ce qu’à l’instar de George Romero, tu as voulu, au travers du prisme des zombies, proposer une lecture originale de notre société ? Une réflexion sur le pouvoir ? Oui, clairement. Ma vie de Zombie est une histoire sur la décrépitude et la vieillesse. Avec les morts est plus tourné vers les excès du Pouvoir. Ce dernier opus pourrait presque se dérouler dans une entreprise, avec un manager ultra tyrannique qui ment à ses employés terrorisés. Dans ces 2 livres, les zombies sont fragiles, presque victimes des vivants. J’aime beaucoup ce contre-pied. Un 3ème opus devait conclure cette « trilogie ». Nommée « Increvables », la BD suivait les aventures d’un groupe de zombies affamés lors d’un road trip à la recherche des ultimes humains vivants. Les ventes faibles d’Avec les Morts ont stoppé net nos zombies chez Ankama. Accéder à la série BD TortugaDans Tortuga, tu tords (un peu) l’Histoire pour nous livrer une histoire qui fait penser de loin à Pirates des Caraïbes. Peux-tu nous toucher deux mots d’Antoine Brivet, révélation graphique de ce diptyque ? Ah je tords carrément l’histoire tu veux dire ! 😊 Tortuga est un récit de flibustiers qui n’a rien d’historique, malgré la présence de lieux légendaires et d’un (unique) personnage ayant réellement existé. J’ai rencontré Antoine sur les forums Internet. Je suis tombé amoureux du trait très « mignolesque » de cet autodidacte, au demeurant fort sympathique. On a monté un dossier et on a proposé cash à Ankama, vu que j’avais ouvert la porte à coup de zombies… et ça a marché. On est tombé pile au bon moment, l’éditeur ouvrait la collection Kraken, dédiée à l’aventure pure sucre. Il faut un peu (beaucoup) de chance dans ce métier ! Accéder à la série BD L'Ours-LuneNouveau diptyque avec L'Ours-Lune, qui cette fois nous emmène au far West, avec la magie amérindienne pour contrer les méchants Blancs… Tu ne serais pas le Graham Masterton de la BD, à vouloir explorer tous les mythes du monde ? Hahaha mais non, juste les mythes et légendes qui me parlent depuis tout petit. Et il y a du monde, je te le garantis. 😊 L’envie d’écrire un western sombre comme L'Ours-Lune m’est venue après le visionnage de l’extraordinaire Ravenous d’Antonia Bird. J’ai été biberonné par mon père au western tout gamin… Il me manquait juste un déclic. Et c’est Ravenous qui me l’a apporté sur un plateau. Florent Bossard, le dessinateur, était à l’époque encore étudiant en école d’art. Je lui ai proposé de monter un vrai dossier dans le cadre de son travail de fin de cursus. Il s’est appliqué, a obtenu une mention bien, puis on a envoyé le dossier dans la foulée à plein d’éditeurs. Soleil l’a pris pour sa collection « 1800 ». Là encore, timing parfait. Dommage que la collection se soit arrêtée il y a quelques années, aurais-tu aimé faire un ou plusieurs autres albums d’après ce concept ? Oh oui, et notamment du steampunk, un des genres que je compte bien explorer prochainement. Accéder à la série BD SiornSiorn lorgne sans se cacher vers la saga de Conan, mais aussi New York 1997, une autre de tes références… Malgré son côté « classique », la série aurait peut-être pu connaître une suite… Alors, Siorn a eu une vie compliquée. Morgan Tanco et moi voulions faire du Conan depuis un moment. Soleil nous dit banco. Je prévois une histoire sur 3 tomes. Arrivé à 10 pages du tome 2, Delcourt rachète Soleil. C’est un peu le chaos : vu les ventes limitées du tome 1, on pense que notre 2ème opus ne se fera jamais, et encore moins le 3ème. Contre toute attente, Soleil nous dit que le tome 2 se fera, mais pas le tome 3. On négocie 8 planches de plus pour boucler l’histoire et hop. Voilà pourquoi ça va aussi vite dans ce tome 2, notamment l’énorme ellipse du barrage de Fornas que des lecteurs nous ont (à raison) reprochés. C’était ça ou une histoire qui ne finit pas. 😊 Et depuis 2018, Glénat a lancé une collection d’adaptations de Conan… Pas envie de t’y remettre ? Mais avec plaisir, j’attends que Glénat me contacte pour me faire une proposition. 😉 Accéder à la série BD Le Tueur du Bois MesdamesEn 2012 tu changes carrément de style avec Le Tueur du Bois Mesdames, chez le petit éditeur Même pas mal. Tu donnes alors dans le thriller manipulateur à tendance sociologique… Un pari à mon avis réussi, mais que tu n’as pas réitéré jusqu’à présent… Pourquoi ? L’occasion ne s’est tout simplement pas représentée. 😊 Cet album a été du petit lait à écrire. Un huis-clos dans une chapelle abandonnée, deux personnages seulement, Cédric Le Bihan au dessin, Pierrick Starsky en suivi édito… que du bonheur. Deux petits regrets : la couv que j’ai imposée (je voulais un truc à la Scream) pas du tout raccord avec l'histoire, et la fin bien trop brutale et ouverte. J’aime bien les fins ouvertes, vous l’aurez compris… mais là c’est un vrai boulevard…. Un petit mot de Brume, ce collectif Café Salé auquel tu participes en 2011 ? Super expérience ! Quand Kness propose à plusieurs auteurices membres du forum Café Salé de publier un collectif dont les bénéfices seront reversés à la Ligue Protectrice des Oiseaux, je dis banco immédiatement. Surtout que je me retrouve à faire équipe avec le magnifique Thomas Allart. Je mets en place une histoire courte dans un univers postapocalyptique où Dame Nature a dévoré les villes… univers qui servira de base à la BD Jungle urbaine. 😊 Accéder à la série BD Sweet homeEntre le tome 2 de Siorn et la sortie de Sweet home, plus de cinq ans s’écoulent… Qu’as-tu fait pendant cet intervalle ? Après les lourds échecs commerciaux de l’Ours-Lune et Siorn, je perds le goût à l’écriture. Les ventes sont faibles, j'ai l'impression d'avoir gâché ma chance de produire des BD qui cartonnent un peu. Ajoute à ça un bon gros syndrome de l’imposteur, et tu obtiens 5 ans de traversée du désert. Il aura fallu le soutien et le bottage de cul régulier d’auteurices ami.e.s pour me sortir la tête de l’eau… et écrire Sweet Home ! Sweet home marque donc ton retour en cette nouvelle décennie, dans la collection Grindhouse chez Glénat. S’agissait-il d’une œuvre de commande ? Pas du tout, à part Brume, je n’ai rien publié sur commande (bien que ça ne me dérangerait pas). L’écriture de Sweet Home est une reprise d’une histoire courte initialement prévue pour Doggybags au label 619 chez Ankama. Vu que ça n’a pas marché, je la développe en récit plus long avec l'aide super précieuse de Yannick Lejeune pour Delcourt. Mais là encore ça foire. Et puis au hasard d’un festival d’Angoulême, je retrouve Olivier Jalabert, transfuge d’Ankama vers Glénat. Il me parle de Grindhouse, je lui parle de Sweet Home, on tombe amoureux. 😊 On débauche l’affreux Kieran et c’est parti ! Accéder à la série BD Jungle urbaineEt tu débarques chez Jungle avec Jungle urbaine, ce récit postapocalyptique mettant en scène deux adolescentes animées par des quêtes différentes, mais convergentes. C’est Kmixe qui a commencé l’album, avant de passer la main au studio Yellowhale. Pourquoi ce changement en cours de route ? Hélas, Kmixe a subi de gros problèmes de santé, et a dû passer la maison à Yellowhale, tout en gardant la direction artistique. Nous avons eu beaucoup de chance de tomber sur une éditrice merveilleuse qui a tout fait pour sauver le bouquin, en faisant appel in extremis à un studio. L’histoire se termine à la fin de cet album, alors que j’aurais bien vu une série courte avec ces mêmes adolescentes. Je suis frustré… Il faut savoir que le background écrit pour Jungle urbaine est immense. Il y a des fous cannibales qui occupent les Champs Elysées, des adorateurs du Grand Végétal qui officient à Notre Dame, des amoureux d’Art armés et retranchés au Louvre… De quoi écrire un nombre incalculable d’histoires. 😊 Alors Go go go, non ? Ce n’est pas à moi qu’il faut poser la question, mais à l’éditeur. 😉 Accéder à la série BD Le Cercle de ProvidenceEt te voilà avec ton projet le plus ambitieux à ce jour, la série Le Cercle de Providence, qui revisite les écrits d’Howard Phillips Lovecraft dans un cadre contemporain. Quelle est la genèse de cette histoire ? Cela remonte à très longtemps. J’ai d’abord écrit une 1ère version pour adulte d’une adaptation moderne de l’Appel de Cthulhu avec une approche polar, sur demande des Humanoïdes associés. Ça aurait pu être ma première publication de commande… mais au bout de 6 mois de travail, mes écrits n’étaient pas satisfaisants. C’est en discutant avec Anne-Charlotte Velge, directrice de la collection jeunesse Frisson chez Jungle que j’ai eu l’idée de retravailler cette histoire, avec des jeunes en personnages principaux. Il faut dire qu’on baignait dans la sauce Stranger Things à ce moment-là. J’ai ainsi recasté les personnages de l’Appel de Cthulhu en teenagers de Providence, et réécrit l’histoire à ma sauce, ne gardant au final que quelques références. Comment as-tu rencontré Anne-Catherine Ott, qui apporte sa précision et la grande expressivité de ses personnages à ton univers ? Je connais Anne-Catherine depuis la série Havre qu’elle a réalisée avec Isabelle Bauthian pour Ankama. J’ai toujours adoré son travail, et notamment l’expression de ses personnages. On avait déjà tenté de présenter un projet lovecraftien tous les deux, nommé "Smallpox"… sans succès. En lâchant l’affaire, on s’est dit qu’on travaillerait forcément un jour ensemble. En fait, "Smallpox" a attiré l’attention des Humano… qui m’ont demandé de bosser sur l’adaptation de l’Appel de Cthulhu… qui a servi de base au scénario du Cercle de Providence… avec Anne-Catherine au dessin ! La boucle est bouclée 😊 Une planche du tome 2 du Cercle de Providence : Le Roi en jauneAvec ce deuxième opus, Le Roi en jaune, tu vas en quelque sorte aux origines de certaines des inspirations de Lovecraft, en lorgnant du côté de Robert W. Chambers. Vas-tu continuer dans cette optique ou revenir à des adaptations plus classiques ? Ce n’est hélas pas gagné qu’il y ait une suite. Ça va dépendre des envies de l’éditeur et des disponibilités d’Anne-Catherine. Il va falloir un peu de chance à nouveau. 😉 S’il y a de nouveaux tomes, il y a de fortes chances que je reste dans l’optique du tome 2, en proposant des histoires inspirées du Mythe de Cthulhu, mais de mon cru. A moins qu’on me propose une adaptation de l’Affaire Charles Dexter Ward, mon Lovecraft préféré… La petite bande autour de Francis va-t-elle s’agrandir ? Pas sûr, ils sont déjà trois. Ça me permet de bien développer les personnages et leurs relations. S’ils sont trop nombreux, je redoute une forme de dilution. En revanche, des intervenants ponctuels – comme John Legrasse dans le tome 1 – empruntés aux récits du maître, pourquoi pas. 😊 Il ne s’agit pas à proprement parler d’adaptations, mais plutôt de relectures de l’œuvre du Reclus de Providence. Combien d’albums comptes-tu réaliser dans ce cadre ? Tant que l’éditeur et ma co-autrice voudront, je produirai. Je ne me lasserai jamais de l’univers de Lovecraft. Il a probablement structuré tout mon amour pour le fantastique. J’ai une chance folle de pouvoir jouer avec. 😊 Quels sont tes projets, tes sorties BD (ou autres) à venir ? Je suis sur plusieurs projets naissants, allant du steampunk à la science-fiction en passant par du polar façon Agatha Christie, mais c’est beaucoup trop tôt pour en parler. La patience est une sacrée vertu, surtout dans ce métier. 😉 Sébastien, merci ! Mais de rien, merci à vous pour ce coup d’œil dans le rétro. 😊
Interview réalisée le 26/01/2022, par Spooky.