Auteurs et autrices / Interview de Fabien Grolleau
Fabien Grolleau est une figure du milieu BD nantais, au sein duquel il est très actif. C’est un auteur touche-à-tout, pour qui l’écologie est un sujet primordial, et qui tient une place singulière au sein du 9ème Art.
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Bonjour Fabien, en-dehors d’être un barbu avec chignon qui sent bon, le public sait peu de choses de toi. Peux-tu te présenter ?
Ah ah ah. Fabien Grolleau, 49 ans, architecte et formateur un temps (heureusement loin derrière moi), éditeur amateur et bénévole pour Vide Cocagne, auteur de BD et père avant tout :)! Vit dans une maison de bois qu'il a pour partie construite mais jamais finie, dans un village du Morbihan mais pas dans la partie près de la mer.
Tu as une longue expérience des fanzines ; que retiens-tu de cette époque ?
Je n'ai pas fait d'études de bande dessinée, j'ai eu la vocation très tôt mais je n'ai pensé que tard que je pouvais/voulais en faire plus que tout : le fanzine m'a servi de laboratoire pour connaître/comprendre le monde la bd, apprendre à mieux dessiner et à poser ses histoires, que ce soit dans mes propres travaux ou en me confrontant à ceux des autres. Le fanzine c'est ma fac de bd. Je conseille à tous de commencer par ça.
En 2003 tu fondes avec Thierry Bedouet l’association Vide Cocagne. Peux-tu nous raconter ces débuts ?
Un garage un peu sordide (mais convivial) qui nous servait de local professionnel, soit on gâchait notre temps à jouer à Counterstrike, soit on fondait un fanzine/journal dans lequel on apprendrait à travailler. On a d'abord gâché notre temps, puis on a fondé un fanzine, « Quartier » 1 numéro par mois, à écrire, dessiner, imprimer, plier, couper, envoyer aux abonnés. Il fallait une association pour faire ça dans les règles, on a créé Vide Cocagne, avec des jeux de mots plus ou moins foireux autour de Vide Grenier et Vie de Cocagne. Ensuite, des gens ont trouvé que c'était cool comme formule et ont proposé de nous rejoindre, Matt Dunhill, Gwenole Le Dors, Stefan Radulovic, etc. au début et plein d'autres ensuite.
La maison d’édition va cesser d’exister pour redevenir une association, après avoir publié près de 50 albums. Peux-tu expliquer les raisons de cet arrêt, et faire un bilan ?
Deux raisons essentielles : une positive, le labo a fonctionné pour Thierry (illustrateur jeunesse débordé) et moi (auteur de bd débordé), et pour plein d'autres, mais nous n'avons plus le temps et nous nous exprimons maintenant professionnellement pour des maisons d'éditions variées ; une plus négative, nous ne sommes plus en capacité d'aider correctement les jeunes talents que nous voulons éditer comme il se devrait : à valoir, promo, suivi de livre. Le travail d'éditeur est énorme et essentiel, surtout pour les petits indépendants, snobés par la presse et les sites spécialisés (bim !), et nous, nous sommes des auteurs débordés donc...
Mariane, la seule salariée de Vide Cocagne, a porté la structure longtemps, près de 6 ans, comme Emile, Thomas et Christian avant elle ; elle a d'autres aventures en tête maintenant et a choisi de partir, ce qui est bien légitime et nous lui souhaitons bonne chance. Nous n'avions plus la force de former quelqu'un pour retomber dans la spirale infernale de la chaîne du livre. Nous avons décidé d'arrêter l'aventure, honnêtement avec soulagement. Nous verrons si nous retournerons au fanzine par plaisir un jour.
Tu es très investi dans la vie culturelle nantaise, avec notamment la Maison Fumetti et le festival du même nom. Tu peux nous en dire plus sur ces initiatives ?
J'étais. J'ai tout quitté pour me concentrer sur mon travail d'auteur qui me prend 100 % de mon temps pro maintenant. J'habite à 150 km de Nantes, trop loin et on ne peut pas suivre uniquement en virtuel. Avec Vide Cocagne nous avons créé le festival Fumetti, puis participé et initié le projet de la Maison Fumetti mais nous n'y participons plus. Je suis ça de loin maintenant (Emile et Thomas, anciens de Vide Cocagne, y sont salariés), avec bienveillance ; c'est très bien que ça soit devenu un outil des auteurs nantais bien plus concernés que moi.
Avec Mikaël ou le mythe de l'homme des bois, « Grand Océan » et HMS Beagle, aux origines de Darwin tu continues dans la veine naturaliste. L’écologie est-elle un sujet que tu vas continuer à investir ?
Oui j'espère bien ! C'est essentiel et de plus en plus, au vu de la catastrophe écologique que nous vivons. Je ne veux pas que mes préoccupations écologiques prennent le pas sur une bonne histoire ou un bon récit mais clairement c'est un de mes thèmes centraux.
Tu alternes ces récits avec des biographies (globales ou partielles) de personnages célèbres (Stevenson, Soutine, Angela Davis, Matisse…). Comment sélectionnes-tu ces personnalités ?
Le choix du ou de la collègue qui va dessiner : par exemple, on voulait parler de l'Orient et du Maroc avec Abdel ; la découverte de tel ou tel aspect méconnu d'un personnage (Naoto Matsumura est une histoire incroyable qu'on devait absolument faire avec Ewen Blain), l'angle d'attaque choisi ; les propositions éditoriales qui me sont faites. Stevenson est à part, je l'avais en tête depuis très longtemps, le sujet « l'écriture, la création » est l'autre thème central de mon travail. Je suis avant tout un auteur de fiction bizarrement, dans mes nombreux prochains projets je n'ai qu'un seul sujet réel.
Tu es un grand amateur de Tolkien. Tu n’aurais pas envie, un jour d’adapter Le Seigneur des Anneaux ou un autre récit du Professeur ?
Ah ah ah coquin tu le sais très bien, on en a déjà parlé, on avait même fait des essais avec le poto Thomas Gilbert pour s'amuser. Évidemment ! Tolkien est central dans ma formation littéraire et artistique, je viens du jeu de rôle, de la fantasy et comme avec « Tintin » et Hergé, je reviens toujours à Tolkien, dans presque tous mes livres, je glisse une allusion aux histoires de la Terre du Milieu. Je pense qu'on essaie de l'enfermer dans une esthétique unique celle de Donjons & Dragons et des films de Peter Jackson, et c'est dommage de se limiter à ça ! Tolkien a été admirablement illustré par lui d'abord ! Par Tove Jansson que j'adore, etc. J’adorerais proposer MA version de cet univers, beaucoup plus naturaliste que guerrière par exemple, Le Seigneur des Anneaux est aussi un roman écologiste. BREF OUI je postule ! SI l'éditeur de Tolkien pense à une adaptation, je suis leur homme !!
Highland Games est la transposition un rien loufoque de l’expérience vécue par Nicolas Cado avec son club d’athlétisme. J’imagine que l’idée vient de lui ; comment diable en es-tu venu à transférer ça dans une section de lanceurs de marteau et à adopter ce ton foutraque ?
Non l'idée vient de moi, le scénariste Kris, éditeur chez Delcourt, cherchait des sujets autour du sport et avait envie de bosser avec moi. Parallèlement on cherchait un sujet avec Nico Cado et comme il me parlait de sa vie, de ce qu'il faisait, j'ai vu qu'il y avait un livre à faire. Lui n'a pas vu ce potentiel bizarrement au début. Plus il m’en parlait plus le récit s'organisait et prenait vie, sur ce projet je n'ai fait que lui tirer les vers du nez et trouver une forme fun à cette histoire, une façon de travailler nouvelle pour moi que j'ai vraiment appréciée.
« Ragoût aux truffes », sorti en 2021, est ta première incursion dans une collection consacrée à l’humour, chez Fluide glacial. Envie de persévérer dans cette voie ?
C'est difficile l'humour, et ce projet est né d'abord de l'envie de bosser avec Cédrick Le Bihan, presque mon voisin morbihannais, et de bosser avec les éditeurs de Fluide. Ils m'avaient proposé d'écrire un projet un peu différent de ce qu'ils faisaient habituellement : on a donc réalisé cette BD sur la cuisine aux limites de l'humour et de la chronique sociale.
Je ne me suis donc jamais vraiment attaqué à l'humour style Fluide original, c'est assez compliqué à écrire en fait, surtout quand on a l'habitude des bandes dessinées longs formats. Mais écrire sur un humour qui prendrait son temps, oui j'ai très envie.
Ton dernier album, Tanger sous la pluie, est l’occasion de retravailler avec Abdel de Bruxelles, après DUM. Son trait fin et faussement naïf donne un cachet particulier à cette histoire fantasmée de Matisse. Comment est né le personnage de Zorah ?
Ah mais Zorah est un personnage historique, il y a des tableaux de Matisse à son nom. Par contre, ou il n'existe pas d'infos sur elle, ou je ne les ai pas trouvées. Avec Abdel, on discute beaucoup, on réfléchit, moi je voulais travailler sur Tanger, ville d'artistes, lui sur ses origines marocaines. On s'est servi de Matisse comme fil rouge pour parler de personnages qui habituellement restent dans l'ombre, Amido, Zorah, Fatima les modèles du peintre. On a essayé de nous dégager du regard occidental incarné par Matisse, et de montrer de vrais personnages marocains. Avec Abdel, comme on se connaît depuis un bail maintenant, les projets prennent leur temps, en ce moment on discute de tout et de rien, on attend qu'un nouveau projet ensemble prenne vie tout en bossant chacun de notre côté sur d'autres livres.
Comment le choix de la bichromie s’est-il imposé à vous ?
Ce n'est pas vraiment de la bichromie mais des bichromies, en fonction des pages. Abdel a bossé le dessin et la couleur en pensant à Matisse, à ses découpages papiers de la fin par exemple, très modernes. Le challenge pour lui s'était de faire du Abdel de Bruxelles et d'évoquer Matisse. C'est très réussi je trouve et je suis très fier de ce qu'il a fait sur ce projet.
La ville de Tanger est un véritable personnage du récit, j’ai l’impression…
Essentiel ! Au départ j'avais même en tête une série autour de Tanger à travers le temps, beaucoup d'artistes y ont laissé leurs traces.
Avec Menji tu te remets à la BD jeunesse, après « Le Chevalier des sables ». Tu nous en dis plus sur cette série aux accents japonisants ?
Idem c'est du sur mesure, Mathieu Demore, illustrateur jeunesse, avait très envie et très peur de faire de la BD, je lui ai dit un jour « tu devrais essayer ça serait top », réellement sans arrière-pensée, il m'a pris au mot « écris-moi un récit alors ! ». Il avait des carnets remplis de dessins « japonisants » magnifiques, dont certains avec Menji le chat jaune. J'ai réfléchi à un récit mettant en scène son univers, y mêlant le mien. Clairement c'est une série hommage aux dessins animés, mangas, légendes japonaises et jeux vidéo qui nous ont marqué plus jeunes.
J'aime le défi très compliqué du 46 pages, et le challenge de l'écriture pour enfants. On doit faire simple mais original, dense en peu de pages, c'est un vrai et beau casse-tête.
Quels sont tes autres projets ?
J'écris et dessine un long format « Codex » pour Dargaud en solo donc, autour de la fin de l'empire romain ; et je continue les collaborations en tant que scénariste, soit avec des collaborateurs réguliers, soit avec des nouveaux ! Potentiellement de très, très beaux projets à écrire cette année, je m'amuse comme un beau diable, malgré le contexte compliqué.
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