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Stratos

Note: 3.4/5
(3.4/5 pour 10 avis)

Avec "Stratos", Prado invente un univers trop inhumain pour ne pas être humain.


Absurde Auteurs espagnols Utopies, Dystopies

Au début du XXIIe siècle, les grandes puissances technologiques et financières contrôlent le monde. Un monde informatisé à l'extrême où les hommes sont devenus le jeu de la machine économique, où chacun manipule et se fait manipuler, où la caste des prols, dépourvus d'âme (ce qui est scientifiquement démontré!), constitue une main-d'oeuvre asservie et soumise... Avec "Stratos", Prado invente un univers trop inhumain pour ne pas être humain. Il le construit par touches successives, saisit quelques moments de la vie quotidienne, pour créer une fiction digne de Philip K. Dick et annonçant ses oeuvres ultérieures : "Chienne de vie" et "C'est du sport". Son regard acide, son trait sans appel, son ton qui balance entre un humour mordant et un pessimisme caustique, confèrent à cette chronique du monde de demlain une effrayante actualité. Texte : dos de couveture

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Mars 1990
Statut histoire Histoires courtes (Histoires courtes dans le même univers) 1 tome paru
Couverture de la série Stratos
Les notes (10)
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12/05/2003 | ArzaK
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L'avatar du posteur Agecanonix

Ces récits séparés en petits chapitres de longueur irrégulière mais reliés entre eux, sont assez démoralisants au premier degré, et le dessin en noir & blanc accentue ce sentiment. Prado s'intéresse à des sujets contemporains graves ou sensibles en les détournant par un humour très caustique et très amer, d'une noirceur pessimiste et parfois même d'une cruauté étrange. C'est de l'absurde caractérisé à un niveau atypique, poussé même dans de petits détails (243 formulaires à signer). Quand on y réfléchit bien, on s'aperçoit que certaines aberrations rencontrées dans cet album existent dans notre société actuelle, à un degré évidemment beaucoup moins exagéré, car ici tout est poussé au maximum pour édifier le lecteur qui gardera forcément un sourire crispé. Le dessin que je préfère à celui que Prado réalise en couleurs, donne justement un côté amusant à l'ensemble grâce au grotesque des têtes des personnages, et je le trouve plus réussi que ce qu'il fera ensuite en couleurs. C'est probablement la Bd de Prado qui m'a le plus séduit, une de ses premières, et je n'aime pas toujours son évolution future qui sera souvent inégale ; dans le cas présent, c'est une anticipation très visionnaire par endroits, mais aussi effrayante dans sa démonstration.

07/02/2016 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur PAco

Avec « Stratos », Prado pousse sa ligne de front un peu plus loin, en quittant le registre de l’absurde et passer le pas de la science fiction. Vous me direz, la frontière est parfois un peu mince entre les deux… Autre changement notoire, le passage au noir et blanc et un coup de crayon beaucoup plus sombre et beaucoup plus marqué. Surprenant de prime abord, mais on se rend rapidement compte qu’il colle parfaitement à cette sinistre société dont les aberrations socio-économique qu’il dénonce sont tragiquement transposables à notre actualité… Quand on se rend compte que cette BD a quand même 22 ans, ça fait réfléchir… Prado conserve la forme qui fait aussi sa marque de fabrique, la succession d’histoires courtes, avec cette fois-ci un fil d’Ariane plus marqué que dans d’autre de ses réalisations. Réapparition de personnages clés, télescopages de destinés, Prado tisse habillement sa toile pour nous proposer une satyre sociale d’anticipation très réussie et que feraient bien de relire les espagnols aujourd’hui… Un album très réussi !

19/05/2012 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Prado nous livre un récit que je situerai entre le « Brazil » de Terry Gilliam et le « SOS Bonheur » du duo Van Hamme/Griffo. Vous l’aurez deviné, il s’agit d’un récit d’anticipation qui dénonce les dérives de la bureaucratie, de la mondialisation et de l’exploitation des faibles par les puissants. Au niveau de la pertinence des idées, Prado frappe très fort ! Il n’est pas loin d’anticiper la crise des subprimes, par exemple, alors que l’album date de mars 1990. De plus, j’aime la conclusion du récit (pessimiste ou réaliste, je ne saurais dire) qui veut que fondamentalement et quel que soit le système, rien ne change : l’homme exploite l’homme. De ce point de vue, on est donc proche du chef d’œuvre de Van Hamme et Griffo. Au niveau du ton employé, par contre, c’est plus du côté de Terry Gilliam qu’il faut chercher. L’humour est omniprésent mais d’une noirceur à faire pleurer un morceau de charbon et d’un cynisme que n’aurait renié Diogène. C’est de l’absurdité choquante d’un raisonnement humain opportuniste que nait cet humour, et je dois avouer que j’apprécie grandement. Le dessin en noir et blanc de l’artiste est lui aussi d’une belle qualité. Les décors sont soignés, les personnages ont des physiques bien typés, le trait est fouillé mais reste dynamique et expressif. La structure en courts chapitres de prime abord indépendants laisse penser que ce récit est né et a grandi au fur et à mesure de sa réalisation. Là, je crois qu’un murissement préalable à la réalisation aurait permis à l’auteur d’atteindre un stade encore supérieur d’efficacité. Ici, c’est bon mais pas exceptionnel et, surtout, parfois un peu décousu. A découvrir, en tous les cas ! Et ne vous laissez pas distraire par la couverture, qui fait croire à un récit de SF mâtiné de fantasy, alors qu’il s’agit d’anticipation pure et dure.

20/05/2011 (modifier)
Par domu
Note: 3/5

J’ai découvert Prado avec Stratos, ce qui m’a donné envie de découvrir le reste de son œuvre. Dans cette BD de fiction d’anticipation, Prado ne cherche pas spécialement à créer un univers totalement innovant, rempli de technologies nouvelles et de robots en tout genre. Le futur hypothétique qu’il propose repose sur l’accentuation des problèmes d’aujourd’hui (mais pas tout à fait nouveaux car cette BD date de 1984). Cette critique sociale met donc l’accent sur les problèmes de chômage et de logements (les délocalisations et restructurations d’entreprise s’enchainent), le rôle démesuré de la consommation (on échange sa femme/son mari contre des crédits), l’incapacité des dirigeants à changer le monde (ils ne font que suivre le plan d’un ordinateur surpuissant), la publicité envahissante… Tous les rapports sociaux sont pervertis par un système oppressif et arbitraire auquel tout le monde se soumet. Pire, même avec ces failles sans fond, chacun accepte sa situation (ou tente de l’améliorer au détriment de ses proches), le changement paraissant impossible. Le ton de Stratos est donc clairement cynique et froid comme le futur qu’il décrit. Le dessin maitrisé retranscrit bien l’atmosphère sombre de cette BD.

01/02/2011 (modifier)

Ouhaou ! Quel coup de crayon ! Dès la première page, on sent que c'est du sérieux. Ca fleure le délicieusement noir, ça sent la misère et la fatalité, ça vous capte tout de suite. Puis très vite, on pige que finalement ce sera quelques histoires courtes (trop ?!), cohérentes à la manière d'un SOS Bonheur. Sur la forme, ça rappelle un peu les Idées Noires de Franquin en ce sens que le sujet est très noir, mais le dessin reste très caricatural. Si bien que ce n'est jamais "réaliste". C'est même parfois drôle. Superbe BD pour moi, j'aurais cependant aimé en avoir beaucoup plus tant le dessin est talentueux et tant le contenu est si bien amené.

11/02/2010 (modifier)
Par Ems
Note: 4/5

Cette BD est un recueil de récits mi fiction et finalement mi anticipation. En effet, j'ai été troublé par certains sujets tristement d'actualité alors que ces histoires datent de plus de 20 ans. Le dessin m'a énormément plu. Ce N&B très détaillé m'est apparu sans défaut. Tous les scénarii sont plus ou moins liés et développent un univers pessimiste dépeint avec des touches d'humour noir. J'ai été happé par ce one shot, la lecture fut des plus plaisante. Globalement, cette BD allie un très beau dessin à un scénario intelligent et bien structuré. Que demander de plus ?

01/05/2009 (modifier)
Par Erik
Note: 3/5
L'avatar du posteur Erik

J'ai adoré le concept de ces sept petites histoires se situant dans un futur un peu éloigné. On passe d'une histoire à l'autre grâce à un petit dénominateur, un personnage qui était secondaire et qui devient le point central du récit. J'ai pas tout de suite compris qu'on était dans le futur en l'an 2115 car il y a finalement très peu de détail qui le laisse penser mis à part des véhicules qui flottent. Cette vision du futur n'est pas très enrichie d'un point de vue graphique. Le dessin en noir et blanc de l'artiste reste toujours une merveille pour les yeux. Cependant, il y a toute une réflexion sur les problèmes de société que va connaître ce futur: des licenciements abusifs pour des délocalisations, les abus de pouvoir, les grandes puissances technologiques qui contrôlent un monde informatisé à outrance... Bref, c'est la description d'une société sombre et répugnante. Il y a un parfum de SOS bonheur mais sans en atteindre le nirvana. Cet album sera cependant réservé au fan de l'artiste pour pénétrer dans un univers hors du commun. Pour la petite histoire, Stratos est le 4ème album de Prado publié en France.

16/04/2008 (MAJ le 16/04/2008) (modifier)
Par Pierig
Note: 3/5
L'avatar du posteur Pierig

Mis à part Chroniques absurdes, je n’ai pas lu d’autres albums de Miguelanxo Prado. Si j’avais très moyennement apprécié Chroniques absurdes, j’ai trouvé "Stratos" plutôt convaincant et bien foutu comme bd visionnaire sur l’évolution de notre société. Cette vision de l’auteur sur le monde de demain est assez pessimiste mais criante de vérité. La narration adoptée par Prado est incisive, tout comme son trait, aussi affûté et précis qu’une lame de scalpel pour caricaturer les travers du monde de demain qui sont déjà un peu ceux d’aujourd’hui. Reste certaines histoires plus creuses ou moins percutantes mais l'ensemble mérite d'être découvert ! Une œuvre forte accompagnée de dessins somptueux . . .

05/02/2007 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
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Une des premières BDs de Miguelanxo Prado, une BD dans la veine de son grand récit d'anticipation Demain les dauphins. De nos jours, Miguelanxo Prado est à mes yeux un virtuose du dessin. Trait de craie, Pierre et le Loup, son épisode dans Sandman - Nuits Éternelles, sont tout autant de démonstrations de son trait excellent et de ses couleurs superbes. Mais à l'époque de Stratos, il n'utilisait pas encore la couleur et c'est bien dommage. Le trait noir et blanc de cette BD est déjà techniquement très maîtrisé mais son encrage très fin et l'aspect caricatural de ses visages lui donnent un aspect désuet un peu dommage. Pourtant les planches se lisent très bien et, même si on ne peut crier au superbe esthétisme, il faut reconnaître que tout cela est propre et plutôt joli. Stratos est un album de science-fiction qui se rapproche un peu de SOS Bonheur dans sa forme et son contenu. Il représente, par une succession d'histoires courtes amenées à se combiner en fin d'album, une dystopie critiquant la société de consommation. Dans cette Terre du 22e siècle qu'il imagine, la société humaine s'est auto-hiérarchisée, avec les prols condamnés aux plus basses tâches, avec les petits bourgeois en consommateurs idiots et aveugles, avec les notables qui se manipulent les uns les autres et se tirent entre les pattes, et le tout dirigé par une oligarchie qui voit l'ensemble de l'humanité comme une grosse entreprise sans âme où tout peut être géré comme des données informatiques. Chaque histoire courte grimpe cette échelle sociale en nous montrant les travers et l'absurdité de chacune, nous réflétant bien sûr avec ironie et un faible zeste d'humour noir les aspects sombres du propre monde où nous vivons. Rien de très original et de très fort dans ce scénario SF somme toute assez classique mais des histoires plaisantes et bien construites. Une BD au dessin joli mais un peu démodé et au scénario d'anticipation sympathique quoiqu'assez peu original, une lecture que je conseille voire un achat si vous le trouvez d'occasion et que vous aimez ce genre d'histoires.

10/06/2006 (modifier)
Par ArzaK
Note: 3/5

Un des tous premiers albums de Prado (peut-être est-ce même le premier)! C'est du noir et blanc très travaillé et relativement beau; même si on est encore loin de la virtuosité de Trait de craie, c'est agréable à regarder. L'album est constitué de 7 histoires qui nous racontent les différentes facettes d'un même monde, au travers de différents personnages, un peu à la manière des deux premiers albums de SOS Bonheur. Au fur et à mesure que l'on avance dans l'album, les histoires se recoupent et forment un tableau final effrayant. C'est d'un cynisme et d'un pessimisme rare. Prado ne semble pas se faire beaucoup d'illusions sur notre avenir proche. Le pire, c'est qu’on n’arrive pas à lui donner tort. Même si la satire est par moment un peu grosse (mais n'est-ce pas le but de la satire), il y a dans cet album une belle analyse des travers de notre système économique et politique mondialisé. Ce n'est pas forcément très original et toujours passionnant (il y a deux-trois histoires qui gagneraient à avoir plus de "pêche") mais c'est bien tapé!

12/05/2003 (modifier)