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Les interviews éditeurs / Interview de Jean-Luc Schneider - Des Bulles dans l’Océan

Des Bulles dans l’Océan trace son sillon au milieu de la multitude d’éditeurs de bandes dessinées, gardant son cap mais ne s’interdisant pas de faire des escales imprévues. Rencontre.


Photo de Jean-Luc Schneider (source : francetvinfo.fr)Bonjour Jean-Luc, comment les Editions Des Bulles dans l’Océan sont-elles nées ? Passion et logique en 2010. J’ai longtemps été entremetteur de potentiels talents régionaux avec ceux avérés d’Europe par le biais de Cyclone BD. Quelles sont les relations avec le fanzine Le Cri du Margouillat ? Banales. Ils sont un laboratoire de jeunes pousses mais restent dans les limites régionales. Nous proposons des projets plus structurés pour un marché global. Quelle est la ligne éditoriale de la maison d’édition ? Des auteurs de l’Océan Indien libres de leur sujet et des auteurs d’ailleurs uniquement sur des sujets ayant un lien avec l’Océan indien L’un des premiers titres que vous ayez publiés est L'Afrique de papa, qui ne se passe pourtant pas dans l’Océan Indien… Qu’est-ce qui vous a décidé ? Hyppolite s’était installé à la Réunion et y est toujours d’ailleurs. Dwa et Liva proposent, avec "La Réunion Kely", un album parlant d’un bidonville à Tananarive. Un sujet dur, sociétal. Comment avez-vous appréhendé ce titre ? Sous l’angle artistique pour la technique et digne sur le traitement du sujet. Accéder à la série BD FièvreFièvre raconte comment la Réunion se retrouve coupée du monde suite à l’apparition d’une pandémie… Au regard du Covid-19, cette BD résonne étrangement juste… Oui, question de hasard. Un Marron me semble tenir une place à part dans votre catalogue, ou plutôt en être le cœur, avec l’histoire de cet ancien esclave qui décide de prendre le maquis… C’est un de nos plus grands succès, le tome 1 venant d’être réédité. Et nous prévoyons un one shot qui rebondit sur le diptyque. Le duo Dwa-Pov, est, avec une demi-douzaine de titres, votre équipe préférée d’auteurs. Qu’est-ce qui vous plaît chez eux ? La diversité de leurs propositions et puis je les connais bien avant d’être éditeur. Il y a quatre ans vous déploriez le fait de ne pas avoir d’auteur mauricien dans votre catalogue. Est-ce toujours le cas ? Plus pour longtemps, nous signons une jeune mauricienne très prochainement Accéder à la série BD Je suis un bienerrantAu-delà des zones indianocéanique et métropolitaine, Adriano Fruch est votre premier auteur étranger, il me semble. Comment avez-vous rencontré ce jeune auteur italien ? Il est venu me voir à Angoulême avec son book et un projet. Je lui ai dit que son travail me plaisait, mais pas son histoire. Un dessinateur venait de ma lâcher sur Le Mousse de la Méduse. Ça lui a plu et ça a démarré comme ça. Aujourd’hui j’ai 3 italiens, uniquement sur des bd de l’Océan Indien (même si une fois signé chez nous on peut ouvrir sur des projets plus personnels) Pouvez-vous nous raconter l’histoire de L'Hérétique, réalisé par le jeune Sébastien Gannat ? Qu’est-ce qui vous a plu dans le projet ? Jeune… Les sujets marins lui tiennent à cœur. Et l’épopée de Bombard en solitaire en est une. Quelques auteurs passés chez vous, comme Téhem, ou Philippe Pelaez, connaissent une belle carrière chez d’autres éditeurs. C’est une fierté ? Pour Téhém il était déjà connu bien avant d’être chez nous. Pour Pelaez nous avons été son premier éditeur mais il n’est pas possible de suivre sa production. Mais ce ne sont pas les seuls. mOTUS a signé chez DELCOURT et Adriano chez GLENAT. Ça montre au moins qu’on a du nez et que ce que nous faisons mérite certainement mieux d’être défendu par les prescripteurs. On a largement le niveau et sommes bien dans la moyenne de ce qui se produit aujourd’hui. Accéder à la série BD Lune d'ArgentLune d'Argent est un récit singulier… Pouvez-vous nous le « pitcher » ? C’est une histoire sur l’amour éternel à travers deux jeunes après une rencontre improbable. Onirique, lyrique, le fantastique sert de décor et de support. Pour moi c’est un de mes albums préférés Avec Tangala et Unité Z, Motus a frappé deux grands coups dans la BD. Avez-vous d’autres projets avec ce scénariste prometteur ? Oui la suite d’Unité-Z et un diptyque d’héroïc fantasy avec Menin. Quand on regarde votre catalogue, il y a de tout : de l’humour, de la science-fiction, de l’aventure, de la fantasy… Quels genres aimeriez-vous voir y figurer ? Je ne réfléchis pas de cette manière. Il y a une collection phare (les toilés) avec une large palette graphique mais néanmoins très cohérente. Et après des collections sur l’imaginaire, l’histoire, l’humour et la jeunesse. Nous avons aussi une collection avec 5 titres de beaux livres. L’Histoire semble tenir une place particulière dans votre catalogue, avec Tangala, "La Chasse à l'ours est ouverte"… Une préférence personnelle ? Non. Accéder à la série BD CastanCastan est une belle bande dessinée, ambitieuse et complexe… Pourtant le dernier tome date d’il y a plus de quatre ans. Une suite est-elle prévue ? Début 2023. De même pour Nogard… Aôr est-il parvenu à son but dans le troisième tome ? Il faut le lire…. Si un auteur/ice sri-lankais(e) venait vous voir avec un solide projet, vous le prendriez ? Pas à priori sauf si quelque chose me touche vraiment. Pouvez-vous nous dire quelques mots de "Ziskakan", un album réalisé par le leader du groupe de musique du même nom ? C’est le travail d’un concert dessiné qui a demandé un gros investissement. Les chansons sont illustrées, la somme de ces illustrations fait une histoire. Il y a les textes en créole transposés en français pour mieux apprécier la poésie. Les partitions guitares des morceaux, le tout entrecoupé de photos et d’une interview au long court de Gilbert. Un album dont je suis très fier. Accéder à la série BD Unité ZVous avez fait éclater cet ancrage territorial avec des titres comme Unité Z, "Un Cadavre à Childress Creek"… Peut-on encore vous considérer comme un éditeur régionaliste ? ALORS s’il y a quelque chose qui m’énerve c’est bien ça : le côté « péjoratif » sur l’aspect exotique et sympathique de ce que nous faisons mais du coup pas « à niveau ». Au nom de quoi Hiro, malgache et Afif, réunionnais, ne pourraient pas faire de la SF ou de l’historique ???? Vous poseriez la même question à des bretons, des parisiens ou autres ?? (et toute la chaine du livre aussi d’ailleurs). Alors oui nous avons une identité mais nous ne sommes pas identitaires. Et oui 2 fois j’essaie surtout de promouvoir des talents, en aucun cas des identités. Votre maison d’édition a plus de dix ans d’existence, c’est en soi une performance. Quel bilan tirez-vous de cette période ? Un parcours du combattant parti de rien avec des auteurs inconnus. Manque de soutien des acteurs du livre, l’éloignement, « l’exotisme » et parfois même le sentiment d’une jalousie de libraires à l’égard d’un confrère devenu éditeur. Bref 10 ans de grosse galère. Mais au bout la satisfaction d’avoir tenu, de très souvent ne pas m’être trompé, de voir les choses changer doucement et certains de mes auteurs de plus en plus courtisés. Quels sont vos prochaines sorties, les titres que vous souhaiteriez mettre en avant dans les mois et les années à venir ? J’ai 2 années constamment en préparation. Des très belles choses sur des thématiques régionales ou pas avec entre l’adaptation d’un Goncourt, un album sur Rimbaud, mais aussi de nouvelles séries mangas. Aujourd’hui vous êtes toujours libraire sur la Réunion. Comment passe-t-on d’une casquette à l’autre ? Qui mieux qu’un libraire peut promouvoir ses propres livres ??? Et les gens reviennent. Donc…………. CQFD. Idem, votre catalogue est disponible à la vente dans l’Océan indien, mais aussi en Métropole. Comment gérez-vous les deux circuits de distribution et de diffusion ? Ici c’est moi, en France Makassar. Jean-Luc, merci.
Interview réalisée le 10/04/2022, par Spooky.