Les Révoltés

Note: 2.7/5
(2.7/5 pour 10 avis)

Cette série a la puissance des grands drames psychologiques, un genre dans lequel Jean Dufaux s'impose en maître. Un suspense superbement servi par le dessin de Marc Malès qui anime ces personnages torturés au milieu d'une Amérique des années 50 parfaitement reconstituée.


1946 - 1960 : L'Après-Guerre et le début de la Guerre Froide Gangsters Jean Dufaux

États-Unis, dans les années 50. Une période faste pour tout écrivain ambitieux souhaitant inscrire son nom au firmament d'Hollywood. Le jeune Waldo Harland est de ceux-là. Élevé dès sa petite enfance au milieu de classiques du cinéma, il fuit l'orphelinat auquel le condamne la mort de ses parents pour partir à l'aventure, avant d'être recueilli par Blanche Sterling, une jeune héritière au tempérament très indépendant grâce à laquelle il va rapidement gravir les échelons de la réussite sociale. Sans se douter que quelques années plus tard, devenu scénariste réputé, les sombres secrets de la famille Sterling s'en reviendront lui exploser à la figure...

Scénario
Dessin
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Janvier 1998
Statut histoire Série terminée 3 tomes parus

Couverture de la série Les Révoltés © Glénat 1998
Les notes
Note: 2.7/5
(2.7/5 pour 10 avis)
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19/10/2008 | Erik
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Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
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Et les souvenirs et les regrets se sont éveillés au frottement de l’aube. - Cette intégrale regroupe les trois tomes initialement parus en 1998, 1999 et 2000, ainsi qu’une histoire courte de seize pages qui met en scène le personnage principal de la série. Elle a été publiée en 2008, dans le cadre d’une opération plus vaste de réédition en intégrales des œuvres de ce scénariste chez cet éditeur. La bande dessinée a été réalisée par Jean Dufaux pour le scénario, et par Marc Malès pour les dessins et les couleurs. Le premier tome comporte quarante-sept planches, le second quarante-six et le troisième quarante-six également. L’intégrale débute avec une introduction du scénariste d’une page, écrite en septembre 2008, dans laquelle il évoque sa frustration à ce que les Révoltés soit initialement paru en trois tomes, alors qu’il l’a écrit comme un récit complet, un roman graphique. Et il rend hommage au travail accompli par le dessinateur qui non content d’assumer un tel chantier, l’amplifia. Oiseaux de proie, d’acier, qui attendent dans un bruit d’enfer. Leurs becs frappent sans relâche les résolutions passées, cette suie noire qui encrasse les âmes. Dans un champ d’immenses derricks, Jimmy conduit sa voiture à fond, tout en picolant à même le goulot de sa bouteille. Il enfonce la pédale de l’accélérateur à fond. Il entre dans la forêt, forêt peuplée de cauchemars, de monstres avides de le croquer… Chouette ! Il s’amuse enfin ! Il lâche le volant, plus la peine d’y toucher, la voiture sait où elle doit te conduire… Il a bourré le coffre arrière d’explosifs. Il veut un vrai feu d’artifice comme au temps de son enfance, un temps où les oiseaux noirs ne croassaient pas encore à la fenêtre de sa chambre… Et il pousse son dernier cri… Son nom à elle arraché à son cœur… James B. Sterling. Fils du millionnaire Oliver Partridge Sterling et de Oona de Beurs. Une sœur Blanche. Études interrompues à Baltimore Institute of Technology. Scandale étouffé après intervention de Mrs de Beurs. Remise d’un chèque d’un million de dollars à l’Institut. Membre du conseil d’administration de la Sterling Oil Co. Fondé de pouvoir de la De Beurs Bank of Atlanta. Démobilisé pendant la guerre pour troubles nerveux. Marié à Patsy Kleinberg. Divorcé. Pas d’enfant. Mort dans un accident de voiture, le 23 juillet 1951. Manhattan, Waldo Harland est réveillé par la sonnerie du téléphone. À l’autre bout, une voix lui annonce la mort de Jimmy. Comment ? Accident de voiture, lui est-il répondu. Il raccroche. Pendant quelques secondes, le monde s’arrête de tourner. Sa chambre grince sur son axe, tout va s’écrouler. Faut qu’il sorte. Dehors, il grille une cigarette. Il est seul. L’aube se lève, la journée sera chaude. Une journée sans Jimmy. Il ne parvient toujours pas à y croire. Soudain, il sait ce qu’il doit faire : il faut qu’il contacte Blanche. Une voiture s’arrête devant lui et il se lève des marches du perron sur lesquelles il était assis. Depuis le siège de conducteur d’une magnifique décapotable, Bellita Bonney lui demande de lui faire un café. Elle en a besoin. La couverture ne laisse pas beaucoup de doute : un polar servi bien noir ! Et certainement un peu glauque également. La deuxième planche mentionne l’année du suicide de Jimmy : 1951. À la fois dans le récit et dans les images, le lecteur peut relever les marqueurs de l’époque : les belles américaines (les voitures), les tenues vestimentaires (les costumes élégants de ces messieurs et les robes de ces dames), le champ de derricks, la cigarette très présente, jusqu’à l’apparition d’Errol Flynn (1909-1959) dans l’histoire supplémentaire, ou encore la mention de Katharine Hepburn (1907-2003). Tout du long du récit, le lecteur peut également relever les artefacts propres à une facette de la mythologie des États-Unis. En vrac, : des bottes en peau de crocodile, le pétrole, les théâtres et les salles de cinéma de Broadway, les tripots, les trains interminables passant dans des paysages naturels magnifiques et transportant des hobos, l’argent omnipotent, la richesse matérielle au travers de son hydravion personnel (magnifique amerrissage dans une zone naturelle boisée et montagneuse), les initiales du magnat sur tous les wagons (OPS pour Oliver Partridge Sterling), la présence des armes à feu, la chanteuse de jazz ou de blues, la pêche à la dynamite dans un lac, le diner routier avec ses hamburger, le racisme, les affrontements brutaux lors d’une charge de la police, les petites villes de l’Ouest, les risques de l’activisme syndicaliste, etc. À l’évidence, les auteurs rendent hommage à cette mythologie qui leur est familière. Cette mythologie nourrit l’intrigue : un jeune homme issu d’une classe défavorisée et d’une famille violente (sa mère a tué son père devant ses yeux, puis elle est morte étouffée par l’amante), qui s’intègre de manière inopinée dans une riche famille, dont les jeunes adultes ont des comportements déviants rendus possibles par la richesse à leur disposition. L’artiste se trouve à l’aise quel que soit l’environnement. Il les représente dans une veine descriptive et réaliste avec un haut niveau de détails, ce qui donne une reconstitution historique tangible, plausible et très concrète. En fonction de ses inclinations, le lecteur s’attache et en savoure une composante ou une autre, et vraisemblablement plusieurs. La première case, de la largeur de la page, met en valeur ce champ de derricks, avec un beau ciel chaud. En planche cinq, Harland marche tranquillement dans une rue pavée de New York, avec une vision des immeubles massifs. L’arrivée du train de marchandise dans une zone de déchargement fait apparaître la perspective interminable des wagons, qui contraste totalement avec le wagon privé isolé sur une autre voie de la famille Sterling. Puis le lecteur ressent le plaisir ineffable des grands espaces naturels avec l’amerrissage de l’hydravion privé, ou plus tard l’isolement de la barque isolée sur le même plan d’eau et la baignade dans le plus simple appareil, la multitude de patineurs sur le Wollman Rink de Central Park à New York, un champ de neige s’étendant à perte de vue, ou encore une fuite éperdue à travers champ, etc. Le lecteur peut être plus sensible à des éléments urbains ou des intérieurs. L’aménagement de la cuisine du petit appartement newyorkais de Harland, la table de poker dans un tripot, l’opulente propriété des Sterling semblant être la célèbre Fallingwater House de l’architecte Frank Lloyd Wright (1867-1959) en Pennsylvanie avec le placard à fusils du patriarche ou la petite cabane plus rustique dans les bois, la chambre spartiate de l’établissement dans lequel Blanche a été internée, la piscine de la demeure d’Oona de Beurs, la salle de restaurant huppé et hors de prix, les champs de course, etc. L’implication de l’artiste se situe au plus haut niveau tout du long de l’ouvrage, assurant une immersion de tous les instants pour le lecteur. La narration visuelle emmène avec elle le lecteur dans ce qui se semble être un reportage sur le vif, avec des prises de vue adaptées à la nature de chaque séquence. Il peut aussi bien s’agir d’une succession de cases montrant différents instants d’une même scène de façon factuelle, sans effet particulier, que de cadrages appuyés ou resserrés pour un instant crucial ou dramatique. L’artiste joue discrètement avec les aplats de noir : ceux-ci pouvant jouer le rôle d’ombres portées naturalistes, ou parfois gagner un peu en consistance pour souligner un moment plus noir, des pensées sombres, un geste destructeur. Le lecteur remarque également que le dessinateur utilise parfois un effet de type objectif fisheye, pour montrer d’une part que les émotions amplifient tout et aussi que l’environnement des personnages s’étend bien au-delà de ce qu’ils conçoivent. Un polar bien noir : oui, il y a de cela. Au fur et à mesure, il apparaît que la démarche des auteurs participe d’un hommage à une culture qui les a marqués, les a nourris, qu’ils ont perçue comme une mythologie. De ce fait, il y voit d’abord un exercice de style : faire ressentir au lecteur ce qui leur a plu dans cette forme de littérature, dans cette forme de cinéma (plutôt la deuxième option car le récit contient des références cinématographiques, et le personnage principal est un scénariste pour le cinéma et le théâtre). Pour autant, la dimension polar est également présente. Le rapport de force social se fait sentir : dans la domination exercée par le patriarche et magnat sur sa fille et sa femme, dans sa façon de considérer les autres comme des laquais jetables, et aussi dans son incapacité totale à s’occuper de son fils d’une manière ou d’une autre. Et encore dans sa volonté à mettre la main sur l’enfant de sa fille pour l’avoir sous son contrôle également. Il ressort également cet état d’esprit si particulier dans les polars de cette époque : les personnages principaux ont conscience de vivre dans une société dont les règles sont truquées, qu’ils ne pourront pas changer, sans qu’il leur soit possible pour autant de se résigner à l’injustice. Les auteurs jouent avec ce sentiment d’injustice, à commencer par le titre : Les révoltés. Ils prennent l’attente du lecteur à contrepied, car le premier révolté est le fils de famille riche à la conduite irresponsable de bout en bout, un rebelle sans cause. Ce choix semble vouloir tourner en dérision l’idée même de révolte. Le comportement de révolte de ce privilégié est entièrement autocentré, sans velléité aucune de remettre en cause l’ordre établi. Elle naît de la souffrance de l’inadéquation personnelle à sa situation sociale. Toutefois, le lecteur peut conserver à l’esprit cette notion de révolté, et identifier en quoi le comportement de Waldo Harland comporte sa part de révolte, dépourvue de grandiloquence, très pragmatique, quelle part d’humanisme il conserve, comment elle s’exprime et ce qu’il accomplit qui est en son pouvoir. Un polar aux États-Unis dans les années 1950, avec un scénariste issu d’un milieu modeste essayant de survivre à l’argent et à la folie d’une riche famille. Une narration visuelle extraordinaire par la qualité de sa reconstitution, par sa capacité à assimiler et tirer le meilleur parti de la mythologie visuelle de cette époque et de ce pays. Un scénario alambiqué comme il se doit pour un roman policier de ce genre, respectant les codes à la lettre. Une intrigue utilisant les artifices du genre avec respect et compétence… Et en creux, une histoire plus personnelle, une révolte qui ne participe pas du spectacle, nourrie par des valeurs morales pragmatiques. De la belle ouvrage.

29/06/2026 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Erik

Parmi toutes les séries que j'ai pû poster, s'il n'y en avait qu'une seule que je devais absolument conseillé à la lecture, cela serait celle-ci! Je suis d'ailleurs très étonné que cette trilogie n'est jamais été avisée au vu de son indéniable qualité. Le scénario est signé par le grand Jean Dufaux (Murena, Rapaces, Djinn...) et le dessin par le talentueux Marc Malès (Katharine Cornwell; L'Autre Laideur l'Autre Folie...). Nous avons droit à une véritable saga familiale dans une grande fresque américaine à la saveur plutôt vénémeuse, dure et lucide à la fois. La scène d'introduction est l'une des plus majestueuse qu'il m'ait été donné de lire. On commence en effet par le suicide impressionnant d'un jeune milliardiaire qui génère tout de suite le mystère de connaître les causes d'un tel acte desespéré. Dufaux introduit des personnages secondaires qui vont vivre au cours de ces trois tomes un destin interressant pour le moins tragique. Ce n'est qu'à la toute dernière case que le mystère trouvera sa réponse. Vraiment magistral! Le thème central de cette histoire est la révolte intérieure que chaque être humain peut éprouver à un moment de sa vie. Elle se traduit de manière différente selon les personnages. Le milieu dans lequel ils évoluent est très interressant: Hollywood, les planches de théatres où échouent les acteurs qui se sont grillés les ailes, les magnats du pétrole, la mafia qui s'insinue dans tous ces milieux richissimes ou artistiques. Il y a un côté "fureur de vivre" avec James Dean dans cette série que j'ai beaucoup aimé. La construction scénaristique de cette série relève du prodige. Dialogues savoureux et récit parfaitement maîtrisé de bout en bout ce qui est plutôt rare. J'ai eu également une joie immense à retrouver les traits de l'un de mes meilleurs dessinateurs qui a d'ailleurs repris sous une forme différente par la suite les thèmes exploités à commencer par les personnages torturés. A noter qu'il y aura une réédition très prochainement de cette fresque par les Editions Glénat avec en prime 16 pages supplémentaires réalisées en couleurs directes... Bref, cela sera peut-être pour vous l'occasion de ne pas passer à côté. Incontournable, cette série ne vous laissera pas indifférent.

19/10/2008 (modifier)