Ulysse Nobody

Note: 2/5
(2/5 pour 1 avis)

Un récit impitoyable et jubilatoire signé par Gérard Mordillat (Le Suaire, Notre part des ténèbres) et mis en scène par Sébastien Gnaedig (Profession du père). Évidemment, toute ressemblance avec la réalité ne saurait être fortuite.


Racisme, fascisme

Acteur dévalué, réduit à faire le « zouzou » à la radio, Ulysse Nobody vient de se faire jeter de Radio Plus, après une prestation désastreuse en direct. Rejeté de partout, Ulysse se retrouve sans travail, sans droits au chômage, sans le sou. Sans rien. Le voici aux abois. Une rencontre va changer son destin. Pour le meilleur, momentanément, et le pire, durablement. Fabio, un ancien collègue de Radio Plus, travaillant désormais « dans la communication », souhaite aider Ulysse : il l’a toujours trouvé « génial » et il estime de la plus grande injustice qu’un talent comme le sien ne soit pas reconnu. En fait de « communication », Fabio milite pour le PFF, le Parti fasciste français, dirigé par Maréchal, candidat à l’élection présidentielle. Fabio propose à l’acteur de prendre la parole sur la scène du Zénith de Lille où se tient le grand meeting fasciste : « Il y aura 10 000 personnes pour t’applaudir. » De fait, Nobody fait un tabac : « Vive le PFF, vive la France ! », conclut-il sous une avalanche de vivats enthousiastes. Maréchal, ravi de son « show », lui propose alors d’être un candidat du Parti fasciste aux législatives... Le début de la fin pour Nobody.

Scénariste
Dessinateur
Coloristes
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 09 Février 2022
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Ulysse Nobody © Futuropolis 2022

12/05/2022 | Mac Arthur
Modifier


L'avatar du posteur Mac Arthur

Petite déception pour cet album qui avait réussi à m’accrocher dans sa première partie puis s’enlise dans une critique sans subtilité des mouvements politiques d’extrême droite en France. Sans subtilité car le sort d’Ulysse Nobody, recruté par le PFF (Parti Fasciste Français) puis éjecté car il n’a pu se faire élire n’aurait à mes yeux pas été spécialement différent s’il avait été recruté par un autre parti. Sans subtilité parce que les profils proposés au sein même de ce parti (la raciste de base, idiote et aigrie, le manipulateur, le candidat aux présidentielles expérimenté et beau parleur) sont sans nuances. Sans subtilité encore car je doute fort qu’une recrue inexpérimentée serait ainsi lâchée sans un encadrement rompu aux règles de la communication politique (la scène de la vidéo à la cafétaria est tout sauf crédible à mes yeux). Sans subtilité enfin car je ne crois pas que ce terme de 'Fasciste' soit déjà à l’heure actuelle acceptable par une majorité d’électeurs (la France a d’ailleurs pu constater que l’extrême droite française cherche à casser cette image d’extrême dans le but de toucher un public le plus large possible, n’ont-ils pas changé de nom en passant de ‘Front’ (qui sous-entend une lutte) à 'Rassemblement' (qui fait naitre des image d’unité et de fraternité) ? Tout cela pour dire que, alors que je ne suis pas sympathisant d’extrême droite, le plaidoyer politique des auteurs ne m’a pas séduit. Reste ce personnage d’Ulysse Nobody, au profil intéressant. Acteur sur le retour, sans perspectives d’avenir, il voit dans le milieu de la politique une porte d’entrée vers tout ce qu’il croyait perdu (argent, notoriété, spectateurs à disposition, et même plaisir sexuel). Politicien par opportunisme, on ne sait pas grand-chose de ses convictions tant il semble vide à l’intérieur (son nom n’a pas été choisi au hasard). Il y avait peut-être là quelque chose à creuser : le fait qu’un acteur, à force d’endosser le costume d’autres personnages, se retrouve bien vide lorsqu’il est face à lui-même. En cela, ce personnage me touchait… … mais le pamphlet contre l’extrême droite prend tellement le dessus sur le destin de l’homme que je ressors déçu de ma lecture. Quant au dessin de Sébastien Gnaedig, il ne m’a pas déplu sans me subjuguer. Il est d’une extrême lisibilité, laisse passer les émotions des personnages et sa mise en page est agréable (notamment le découpage d’une scène ‘chambre/salle de bain’ bien sympathique). C’est le genre de dessin qui sert bien un récit mais ce n’est pas le genre de dessin devant lequel je reste en arrêt. Au final, j’espérais mieux…

12/05/2022 (modifier)