Passe le temps

Note: 2.33/5
(2.33/5 pour 6 avis)

Sur la place du village retrouvé, en plein dans l'arrière-pays, à l'ombre des platanes, l'homme se souvient de ses 15 ans, de ces jeunes filles qui, à jamais, ont laissé des traces, de celles à qui on a tout donné et de celles qui se servaient sans rien demander...


La Côte d'Azur

Dehors c'est la Guerre d'Algérie, mais qu'importe le décor. Dans ce village du sud de la France, l'homme a passé une enfance heureuse, entouré d'amis, d'amours, de jeunes femmes, de cruauté, de peines, d'espoirs et de déception. Une enfance que l'homme, plus âgé, regarde et juge pour mieux estimer ce qu'il est devenu désormais.

Scénario
Dessin
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Octobre 1982
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Passe le temps © Futuropolis 1982
Les notes
Note: 2.33/5
(2.33/5 pour 6 avis)
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24/06/2004 | Ro
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Par Présence
Note: 4/5
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Toute la vie !, C’est si peu de temps ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 1982. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quarante-quatre pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec un texte introductif écrit par Jean Solé, évoquant les différentes possibilités qui s’offrent au préfaceur occasionnel et novice : faire un dessin, parler de sa relation avec Baudoin, ou consacrer l’intégralité du texte à expliquer la difficulté qu’il éprouve à écrire une préface, ou encore mieux profiter de l’occase pour parler uniquement de lui. Un jeune homme court dans une forêt dont les arbres présentent une forme onirique. Les souvenirs accrochés aux semelles, s’échapper et revenir dans le temps du village. Il finit par déboucher sur un large chemin, avec le village au loin. Il reconnaît ce boulevard, il y est venu il y a… Il y a longtemps ou peut-être dans son avenir ? Il entre dans le village, et il passe devant un manège au rideau descendu, ne laissant voir qu’une chèvre en bois. Il a joué ici un jour, il a aimé aussi il y a longtemps. Ou peut-être plus tard. Plus tard ? Il passe devant l’église et son haut clocher. En marchant maintenant, il parvient à la place du village. Un vieil homme est assis sur un banc, en train de contempler la fontaine en fonctionnement. Il enjoint le jeune homme à venir s’assoir à côté de lui. Il lui parle : Il n’y a plus personne, tous partis. Le vieil homme continue : Il ne lui reste que les souvenirs, que le passé, le temps a passé si vite. Toujours à haute voix, il se fait la réflexion : Hier encore il était enfant, déjà son interlocuteur est un homme, et demain ce dernier sera lui. Il n’y a que cette place qui ne bouge pas. Le vieil homme indique que pourtant cette place n’était pas la même, il se souvient : La fontaine était là, elle n’a pas bougé, mais lui n’était pas assis avec les vieux, il était de l’autre côté de la place, avec ceux de son âge, les jeunes. Un groupe d’une dizaine d’adolescents et jeunes adultes squattent un banc, un jeune garçon devant eux à quelques mètres avec les yeux fixant le vide, et un jeune homme assis sur un autre banc en train d’interpréter à la guitare et de chanter Le petit cheval blanc. Deux des adolescents sont en train de s’insulter, un troisième propose de faire une partie de ballon pour dissiper la tension. Le vieil homme commente au bénéfice du jeune assis à côté de lui : Toujours le bon samaritain, pour la paix des ménages, quel idiot il faisait ! Des journées entières à s’ennuyer sur les bancs, pourtant il était impossible de quitter le groupe même une minute. La peur que ce soit justement dans cette minute que l’événement arrive : un incendie, un tremblement de terre, ou une fille. Le petit groupe de jeunes continue de s’ennuyer, et l’un d’eux remarque que Florence est en train d’arriver. Celui en vespa fait mine de foncer vers elle, et s’arrête juste à ses pieds. Ils papotent, puis elle monte derrière lui et ils s’en vont. Parmi ceux toujours sur le banc, un dit tout haut que c’est quand même bien d’avoir une Vespa, et Paul lui demande si Florence sort avec Roger. Ces petits rien de la jeunesse en train de zoner, et pas que, présentés avec une forme de recul. Une des œuvres de début de carrière de bédéaste de ce créateur hors norme. En fonction de sa familiarité avec lui, le lecteur retrouve ses idiosyncrasies, et relève les particularités qui s’effaceront par la suite, pas tant des tâtonnements, plutôt les spécificités de sa personnalité de l’époque qui évolueront au fil des années qui passent. Visuellement, l’artiste utilise plus la plume pour des traits secs, des hachures pour des texture, pour accentuer des volumes, des reliefs. Il utilise autrement le pinceau, en particulier pour des ombres portées plus appuyées, et des aplats de noir plus massifs. D’une certaine manière, le dessinateur s’inscrit ainsi dans un registre plus descriptif que par la suite, sans être moins dans les ressentis ou l’émotion pour autant. Dans le même ordre d’idée, la sensibilité de l’auteur se trouve déjà dans cette œuvre : il met en scène les symptômes de la vie intérieure du personnage principal, appelé Paul. D’une certaine manière, ce dernier reste assez taiseux, s’exprimant de façon pragmatique, sans jamais se lancer dans un long discours pour exposer ses émotions ou ses convictions. L’approche s’inscrit dans un registre naturaliste, avec un élément fantastique : ce vieil homme qui parle au jeune Paul, et qui est sans aucun doute le vieil homme qu’il deviendra. Dans les quatre premières pages, le dessinateur favorise l’usage de petits traits secs à la plume, pour un résultat très texturé et mouvant en même temps, induisant cette sensation onirique, permettant une forme de glissement fluide dans des éléments fusionnés du décor. À partir de la cinquième planche, les noirs se font plus solides, les traits de contours plus tranchés, pour la narration au temps présent. Le premier mode de représentation revient en planche quinze, pour les cases consacrées au vieil homme qui semble tout connaître de la vie du jeune homme. Il va en être ainsi à chaque fois que le lecteur se retrouve à côté de ces deux personnages assis sur un banc dans une atmosphère nocturne, à regarder fixement devant eux, dans la direction de la fontaine, la regardant réellement on non. Le lecteur en déduit que ces moments sont hors du temps, détachés de son écoulement normal. Ce mode de représentation exhale une intensité plus dense quand des personnages apparaissent portant un cercueil, avec des individus au visage indistinct, semblant tous chauves, et exprimant d’une phrase courte et synthétique leur regret sur la vie qu’ils ont menée. L’effet visuel est saisissant. Pour les séquences au temps présent du récit, le lecteur retrouve une partie des sensations qui se dégageront de ses ouvrages ultérieurs : un mélange de description et d’impression. Le lecteur sent la chaleur au soleil de cette place, ainsi que le plaisir de l’ombre sur le banc sous les arbres. Il peut voir la vitalité de la jeunesse, ses codes vestimentaires, ses postures, ses accessoires comme la Vespa.il peut aisément se reconnaître dans cette phase où chacun succombe à l’ennui, et pourtant il est impossible de quitter le groupe même une minute, de peur que ce soit justement dans cette minute que l’événement arrive ; un incendie, un tremblement de terre, ou une fille. Il reconnaît les sensations attachées à une promenade dans la campagne en pleine nuit (sans lampe de torche ni portable), la sensation unique de solitude à se promener de jour dans les chemins de campagne, l’agitation de la fête et du bal en soirée. À la fois, le dessinateur montre des éléments concrets que ce soit la nature ou les guirlandes de fanions accrochées aux arbres, à la fois il peut lire l’état d’esprit sur chaque personnage, il peut ressentir l’émotion dominante du moment. Il voit littéralement l’entrain et la joie de vivre de la jeunesse, ainsi que le comportement beaucoup plus en retenue des adultes. Il observe également les maladresses de ces derniers, ainsi que la force de leurs désirs, et leur pureté. Il ressent tout l’unicité et la bizarrerie de parler avec un berger dans la solitude de la nature, tout comme la personnalité agressive de l’Antoine, toujours avec un fusil et des pantalons militaires, avec il faut faire attention car l’Algérie lui a un peu dérangé la tête. Baudoin dispose déjà de cette capacité extraordinaire d’observation de chaque être humain, d’empathie, et de retranscrire sa personnalité par de simples traits noirs sur une page blanche. L’auteur rend explicite le dispositif narratif dès le début du récit : Paul, un jeune homme revient dans son village d’enfance, à l’époque où il était adolescent, ou tout juste adulte, et le vieil homme sur le banc n’est autre que lui-même vers la fin de sa vie. Il reste le mystère du jeune enfant qui tourne le dos aux autres personnages, et qui semble tourné vers le lecteur, apparaissant régulièrement dans une case, même si le lecteur peut facilement deviner ce qu’il incarne. À l’évidence, le vieil homme attire l’attention du jeune homme sur ce que les années ont rendu précieux à ses yeux : la période dorée de cette amitié, de ces vrais amis, l’intensité des passions amoureuses, le plaisir de la chair qui peut en être déconnecté. Avec cette réflexion sur Josiane qui couchait avec la plupart des hommes : Elle a apporté tant de bonheur qu’elle aurait dû être canonisée. Josiane ! Ça c’était une belle fille pleine de vie et de santé. Eux se cachaient pour la voir. Elle, elle ne sa cachait pas beaucoup. Sa liberté et tous les ragots qui couraient sur elle les rendaient malades. Elle était magnifique. L’auteur dispose déjà de la maturité suffisante pour prendre du recul sur sa vie et pour s’adresser comme un vieil homme au jeune adulte qu’il a été, et vraisemblablement à celui qu’il est au moment où il réalise cette bande dessinée. Il lui prodigue ce conseil : Il aimerait que le jeune Paul prenne le temps de s’aimer un peu. S’aimer un peu, que lui le vieux puisse mourir moins idiot. Alors que les villageois suivent un cortège funéraire, l’un d’eux commente sur le défunt : Il se voulait original pourtant il finit dans le trou, comme tout le monde. Il n’a rien fait de sa vie. Sauf un roman. Le lecteur se dit que l’auteur avait quarante ans à ce moment-là, et qu’il s’interrogeait sur ce qu’il avait fait de sa vie jusqu’alors. Une œuvre de jeunesse d’Edmond Baudoin ? Certes cela fait dix ans qu’il dessine, mais seulement deux ou trois années qu’il réalise des bandes dessinées. D’un autre côté, il a déjà quatre décennies au compteur, et sa personnalité est bien affirmée. Sa personnalité graphique est encore en évolution tout en étant déjà très personnelle. Il raconte à sa manière tant visuellement que sur la base de souvenirs qui lui sont propres, un moment de réflexion sur le chemin déjà parcouru, sur ce qu’il en restera, la dernière phrase du récit étant laissée à l’enfant Paul ne disposant d’aucun recul et étant soumis aux lois de la nature les plus triviales. Une autre forme de relativisation.

28/02/2026 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Difficile de décrire et/ou d’évaluer cet album, véritablement inclassable, comme bien souvent pour l’œuvre de Baudoin. Un dessin en Noir et Blanc, avec un trait très gras donc, pour illustrer une histoire où le temps se dilate, comme chez ces ados et/ou jeunes adultes dont il est question ici, qui s’ennuient sur leur banc, qui se cherchent (dans tous les sens du terme). La narration mêle passé et présent, passages poétiques et rares moments cruels (le chien abattu par exemple). Il n’y a pas de réel scénario linéaire, et je ne sais pas s’il faut lire dans cet album une métaphore de quoi que ce soit. Un récit contemplatif qui possède des qualités, mais qui n’est pas fait pour plaire au plus grand nombre (à feuilleter avant d’envisager l’achat). Plutôt à emprunter je pense.

10/05/2017 (modifier)
Par Ems
Note: 2/5

Il y a de bonnes choses dans cette BD mais Baudoin se répète comme l'histoire du chien déjà vue dans 2 autres de ses BD ! J'aime le petit côté " Pagnol " de ce récit mais Baudoin se laisse trop aller à vouloir trop faire, il manque de concision. Le style graphique est double dans "Passe le temps", j'ai bien aimé celui sombre et hachuré bien plus expressif que l'autre aux ombres épaisses et aux fonds vides. Il y a certainement des éléments autobiographiques dans ce récit jouant sur plusieurs tons. L'ensemble est très évasif, le lecteur peut contempler l'histoire mais aura du mal à rentrer dedans. Il vaut mieux connaitre l'auteur avant de se lancer dans cette lecture pour mieux cerner les thématiques. La BD a bien vieilli et ne changera pas la face du monde. Je la conseillerai aux fans de romans graphiques emprunts de nostalgie.

26/07/2010 (modifier)
Par iannick
Note: 2/5
L'avatar du posteur iannick

Le titre de cette bd porte vraiment bien son nom ! ça « passe le temps » et je n’ai pas retenu grand’chose de cette histoire ! Ce récit a été conçu par Edmond Baudouin, un auteur que j’apprécie habituellement pour son coup de patte très personnel et pour avoir aimé ses albums récents. « Passe le temps » met en scène un homme qui raconte comment il a passé ses journées à observer les va et vient des habitants d’un village de Provence depuis un banc public en compagnie de ses amis. Il y raconte comment il a rencontré sa première petite amie et les autres filles… C’est un pur roman graphique que nous propose Edmond Baudoin. C’est un récit qui nous parle des souvenirs de jeunesse assez tristes sans que ça ne m’a touché véritablement. Je reproche à l’auteur de ne pas avoir su me faire davantage attacher au personnage principal. Pourtant, quelques scènes comme celle sur la mort d’un chien sont assez émouvantes mais j’ai eu le sentiment qu’elles aient été insérées dans ce récit sans que cela nous apporte quelque chose d’intéressant. Pour le reste, même les personnages secondaires en particulier les femmes qui ont marqué la jeunesse de cet homme ne me sont pas apparus très attachants. Malgré la pagination conséquente de la bd, je regrette que l’on n’en sache pas davantage sur ces protagonistes. Quant au graphisme d’Edmond Baudoin, je vous laisse juge. Par rapport à ses autres réalisations, il est dommage que l’ambiance du récit soit un peu trop sombre à mon goût par rapport à l’histoire. Dès lors, il résulte de cette bd une lecture passable qui ne m’a pas autant touché que je ne le pensais. Je lui reproche l’absence d’attachement pour les personnages principal et secondaires ainsi que des évènements qui m’auraient davantage marqués. Bref, « Passe le temps » est un album à découvrir que si vous n’avez vraiment rien d’autres à lire…

26/07/2010 (modifier)
Par Erik
Note: 1/5
L'avatar du posteur Erik

Cette évocation du passé m'a laissé totalement de marbre. Le style graphique doit y être pour quelque chose. C'est sombre. C'est noir. On sent presque l'odeur de l'encrier qui vient enivrer nos narines. Cela fleure bon l'ORTF. Le temps passe mais passe le temps. Toutefois, si on a le temps, autant lire "passe le temps". Autrement, on peut ne pas perdre son temps. Ouah: c'est profond !

06/08/2009 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
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C'est le nom de Baudouin qui m'a fait lire cette BD qui date de 1982 mais je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Pour commencer, le dessin ne m'a pas trop plu. Il y a 2 styles différents : un pour les souvenirs du passé, fortement contrasté de noir et de blanc et assez lumineux, et un autre pour l'âge mûr, très sombre et tout en hachures. Dans le cas du dessin sombre, je n'aime que peu car justement je le trouve trop sombre, tout y est masqué et je n'en perçois que peu d'émotion finalement. Dans le cas du dessin plus lumineux, là, j'aime bien les teintes de noir et de blanc. Mais par contre les dessins des personnages eux-mêmes me semblent encore trop hésitants, voire moches, et ça donne globalement une BD pas très jolie visuellement à mes yeux. Concernant l'histoire, ce sont des souvenirs d'enfances. Un garçon entouré d'une bande d'amis, avec un amour de jeunesse qui est sa meilleure amie mais qui reste distante de lui, avec une autre fille plus âgé et ouverte à tous qui au contraire s'empare de lui et de son corps, avec des souvenirs durs d'un fou du fusil qui tue un chien, d'un jeune un peu idiot que sa bande d'amis laisse à part, des histoires d'espoirs, de jalousie, etc... Et en définitive, un homme d'âge mûr qui regarde son passé comme s'il était déjà mort... J'ai trouvé certaines scènes d'enfance assez poignante (telle la mort du chien), mais globalement, je trouve que tout l'album ne mène pas à grand chose. La vision m'a semblé relativement pessimiste et noire. Le récit d'enfance est présenté ici tel quel, sans que grand chose n'en ressorte pour moi. Bref, j'ai trouvé ça assez moyen car pas franchement beau au niveau du dessin et plutôt vain dans le récit.

24/06/2004 (modifier)