George Sprott

Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)

Tout le monde connait George Sprott, le célèbre aventurier-animateur de la télévision. Pendant plus de quarante ans, il a fait rêver petits et grands en leur racontant ses diverses expéditions dans le grand Nord. Au crépuscule de sa vie, voici un petit retour en arrière sur une existence bien remplie.


Auteurs Canadiens Drawn & Quarterly

George Sprott est un individu pour le moins particulier. Connu pour sa carrière de présentateur d'une émission de télévision locale, il a tenu durant plus d'une trentaine d'année, 34 pour être précis, des conférences chaque semaine sur le sujet qui l'a passionné durant toute sa vie : les explorations arctiques. Il ira pas moins de 9 fois là-bas et réalisera de nombreux films à cette occasion, qui serviront d'ailleurs pour ses émissions quelques années plus tard. D'apparence sympathique, George n'était pas forcément aussi gentil qu'il en avait l'air, hormis envers sa nièce. Dragueur invétéré, il n'aura été marié qu'une seule fois, mais il aura trompé sa femme à maintes reprises. Avant, il mit même enceinte une inuit et ne reconnut jamais aucune de ses responsabilités. En fait, George est un type fait de contradictions, incapable de reconnaître les personnes l'aimant véritablement. En fait, George est surtout un type comme tant d'autre.

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 18 Novembre 2009
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série George Sprott
Les notes (2)
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20/05/2010 | RR15
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Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Dans Wimbledon Green, Seth dressait de manière originale le portrait d'un personnage fictif, par le biais d'interviews de proches, de documents, de flash-back et d'histoires courtes, le tout non sans un certain humour. Pour George Sprott, il reprend le même concept de narration multiple et d'agrégation de données. Mais l'objectif cette fois n'est plus ni sociologique ni humoristique mais plutôt émotionnel et humain. Il s'agit en effet de donner corps à la vie fictive d'un homme, à la complexité de son esprit, à la façon dont sa vie s'est déroulée et au temps qui passe. Cet homme, c'est Georges Sprott, personnage imaginaire né dans l'Ontario à la fin du 19e siècle et mort en 1975. Après quelques quelques années de petits boulots, il effectue de son propre chef plusieurs expéditions dans le Grand Nord Canadien dont il revient chargé de souvenirs et de films muets. Dès lors, du début des années 50 jusqu'à sa mort, il va être rendu plus ou moins célèbre par les conférences hebdomadaires qu'il donnera sur le sujet mais aussi et surtout par l'émission sur la télévision locale qu'il animera pendant une vingtaine d'années. L'auteur le présente comme un homme complexe et secret. Malgré tous les témoignages le concernant, on dirait que personne ne le connaissait vraiment, ni ne le comprenait. Entre ceux qui lui reprochent son égocentrisme et son côté irresponsable et ceux qui au contraire l'admirent pour son sens de l'aventure et la facilité qu'il a à les faire partager à ceux qui l'écoutent, toutes ces descriptions semblent tourner autour d'un sujet sans que jamais une vérité unique ne puisse se faire jour. La forme de cet objet en bande dessinée est belle. Au contraire de Wimbledon Green qui était certes aussi une belle édition mais toute petite, ici c'est un très grand format cartonné que s'offrent Seth et les éditions Delcourt. Le papier est épais et glacé. Les planches sont plutôt classes dans la ligne assez claire et la bichromie qu'utilise l'auteur. La mise en page donne un côté rétro à l'ensemble. Et les chapitres sont régulièrement espacés par de grands dessins en double page de décors polaires ou des photos de maquettes en carton réalisées par l'auteur des bâtiments principaux du récit. L'ensemble se lit très bien et il se forme lentement dans l'esprit du lecteur une image mentale de la personnalité et de l'histoire de ce fameux George Sprott, le rendant à la fois humain et mystérieux. Je suis resté cependant un peu circonspect en fin d'album. Je me demandais où l'auteur voulait en venir. Jouer sur la biographie d'un homme, sa relation au temps qui passe, la nostalgie, les remords et les regrets avant la mort, ce n'est pas une thématique très originale en matière de littérature, de cinéma ou même de BD. La narration est ici certes particulière et agréablement menée mais là non plus, ce n'est pas quelque chose de complètement nouveau dans le genre. Et comme finalement, je n'ai pas été tellement touché par l'âme de cet homme et le souvenir qu'il laisse, aussi humain et imparfait soit-il, je ne peux pas dire que cette lecture va vraiment me marquer. Peut-être ai-je loupé quelque chose ceci dit, puisque notamment je n'ai pas tout à fait saisi les raisons exactes des légers tourments qui semblaient emplir les pensées de l'homme sur la fin de sa vie. J'imagine que cela a trait à son mariage bancal et à la fille qu'il a laissée dans le Grand Nord mais rien ne vient confirmer que quelque chose a traversé le blindage apparent d'égocentrisme du personnage donc je reste dans l'expectative.

24/09/2010 (modifier)
Par RR15
Note: 5/5 Coups de coeur expiré

Seth offre le récit d'une vie, celle d'un type comme les autres, un présentateur de télé locale qui a fait de sa passion (les explorations arctiques) un métier. Cet homme connu et apprécié de beaucoup était en fait antipathique et le plus souvent seul. Durant toute la lecture de ce volumineux objet qu'est ce livre – l'édition est superbe, soit dit en passant – nous assistons à la vie de cet individu à travers divers témoignages de collègues, spectateurs ou membres de sa famille. De petits récits forment en fait une grande histoire. Le résultat pourrait apparaître décousu : la narration est faite par une voix-off qui ne cesse de s'excuser de son manque de précision sur George. Mais le scénario multiplie les allers et retours entre passé, présent et derniers jours de l'animateur. Avec une façon de raconter les histoires qui nous rappellera forcément Chris Ware (sur son chef d'œuvre ACME notamment), ou David Heatley sur J'ai le cerveau sens dessus dessous, Seth place ici et là les pierres d’un édifice solide et passionnant. L'auteur a profité de l'édition de son histoire en version reliée pour y ajouter pas moins d'une cinquantaine de pages inédites. Nous suivons donc la vie et la mort de George Sprott avec intérêt, car aucune de ses facettes ne nous est épargnée. On l'adore, pour le détester la page suivante. Les contradictions de sa personnalité sont nombreuses, désespérément humaines. Avec un trait à la ligne claire, évoquant aussi bien Dupuy que Berberian (ou les deux), le visuel se montre sobre mais travaillé. Ce récit (complet) a de quoi montrer aux yeux de tous que les auteurs américains sont capables de proposer autre chose que des histoires de super héros (pour les indécrottables clichés), des histoires originales dans le fond mais aussi dans la forme. George Sprott est assurément une lecture marquante de cette année 2009 et il la conclut de fort belle manière. Un titre profondément humain.

20/05/2010 (MAJ le 20/05/2010) (modifier)