Mon Beauf'

Note: 3/5
(3/5 pour 2 avis)

Recueils de planches signées Cabu publiées à partir des années 60, centrées autour d’un personnage de Français moyen imbécile et facho.


BDs oubliées Ecole Estienne Paris Humour noir

Mon Beauf’ est gros, moustachu et rougeaud. Il est obtus, réac et abruti. Il aime le tiercé, les bagnoles, les défilés militaires, la chasse, le pinard, son petit confort et sa sécurité. Il lit le Parisien libéré et écoute Michel Sardou. Il se délecte des malheurs des autres. Il est pour la peine de mort et contre l’avortement. Il n’aime pas les jeunes, les gauchistes, les écolos et les Arabes. Bref, mon beauf’ est un Français moyen. Le beauf’, disait Cavanna, c’est le "sale con ordinaire qui se croit brave type". C’est Cabu qui, avec ce personnage, a popularisé le terme de "beauf" pour désigner un gros con ringard. Lui-même auteur d’une chanson intitulée Mon Beauf, Renaud rend hommage à Cabu dans ses paroles : On choisit ses copains, mais rar’ment sa famille. Y’a un gonze mine de rien qu’a marié ma frangine. Il est dev’nu mon beauf, un beauf à la Cabu, Imbécile et facho, mais heureusement cocu !

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Janvier 1976
Statut histoire Strips - gags 4 tomes parus
Couverture de la série Mon Beauf'
Les notes (2)
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13/04/2005 | Cassidy
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L'avatar du posteur Agecanonix

Après les blagues de potache encore sages, quoique pertinentes de Le Grand Duduche, Cabu va durcir le ton en portant un regard de plus en plus impitoyable sur la société. Fidèle à l'esprit libertaire de Hara Kiri ou Charlie Hebdo, il va animer une chronique dessinée de l'actualité de la France contemporaine. "Mon Beauf" voit ainsi le jour en 1974 dans Charlie Hebdo puis dans Hara Kiri, et en strip dans le Canard Enchaîné en 1984. C'est un personnage négatif et détestable à l'extrême, typiquement représentatif d'une certaine catégorie de Français de l'époque. Avec son regard de brute avinée, son gros bide, sa moustache et ses idées réac, il représente d'après Cabu, le Français moyen genre blaireau mal dégrossi, vulgaire, stupide et ignorant, qui aime la chasse, l'armée, le F.N. , les femmes faciles (qui pour lui sont toutes des salopes) et la vinasse, détestant les étrangers, les intellos, les gauchistes et les jeunes. Grâce à une façon bien à lui de s'exprimer dans un compromis entre dessin humoristique et BD proprement dite, Cabu se fait très grinçant et va très loin dans la caricature des classes moyennes, des militaires, de la police, des racistes et de la bourgeoisie provinciale. On aime ou on n'aime pas, moi, j'aime pas vraiment ces manières de toujours tout critiquer et d'être contre tout quand on est de gauche en critiquant la droite, c'est trop facile; bien-sûr ces beaufs qu'il dénonçait étaient détestables, mais on a vu depuis que quel que soit le parti qui gouverne, y'en a pas un pour racheter l'autre, alors des mecs comme Cabu ont bien fait de se faire petit, et c'est d'ailleurs pour ça qu'on en a plus entendu parler depuis longtemps. De toute façon, ces turpitudes politico-sociales sont un peu trop datées par leur époque, même si on a encore de nos jours quelques résidus décrits par Cabu dans ces années 70 et 80; il fait preuve d'un trait rapide et efficace pour éreinter la trilogie bien française "travail, famille, patrie", mais c'est tout ce qu'on peut en retirer. A noter qu'à partir de 1981, un beauf célèbre devient aussi sous les traits de Roger Hanin le héros d'une page signée Cabu dans Charlie Hebdo; ça c'était déja plus drôle.

06/08/2013 (modifier)
Par Cassidy
Note: 4/5

Les BDs de Cabu, très imprégnées de l’esprit de l’époque à laquelle elles ont été écrites, tombent petit à petit dans un oubli quasi-total. Pourtant Mon Beauf’, s’il représente clairement le Français moyen-minable de la France de De Gaulle, Pompidou et Giscard, le Dupont-Lajoie poujado des années 60-70, n’a pas tant vieilli que ça. D’ailleurs le mot lui-même, popularisé par Cabu justement, est rentré dans le français courant et s’utilise encore très couramment aujourd’hui. Et des beaufs semblables au beau-frère de Duduche, on en rencontre encore par paquets de 12 n’importe où, dans le métro, dans les troquets, dans les réunions de famille, à la télé. On les voit même fièrement relever la tête depuis quelques années, dans cette France réac qui a envoyé Le Pen au second tour des présidentielles 2002, qui mettra sans doute Sarkozy sur le trône en 2007, cette vieille France catho bien à droite qui envoie les CRS tabasser les lycéens qui manifestent, qui n’aime pas les Arabes, qui met en avant la "laïcité" quand il s'agit d'emmerder les musulmans puis, en bonne chrétienne, se prosterne officiellement quand le pape claque, qui n’aime pas les jeunes, qui aime son petit confort et sa sécurité, bref cette France qui a fini par arrêter de jouer au "pays des droits de l’Homme" pour s’assumer comme la mère-patrie des beaufs imbéciles et fachos dessinés par Cabu et chantés par Renaud. Bref, dans le fond la France d’aujourd’hui et celle de Mon Beauf’ ne sont pas si différentes. Du coup, la caricature vacharde (et pas toujours hyper subtile) de Cabu fait encore souvent mouche, même si depuis Cabu, le personnage du beauf a été maintes et maintes fois réutilisé en BD, à la télévision et au cinéma. Il faut néanmoins savoir que, si l’on a bien affaire à une BD d’humour et qu’il y a pas mal de bons gags bien sentis, il y a aussi quelques passages quasi "documentaires" plutôt sordides, ce qui fait qu’on ne rit pas toujours aux éclats face à Mon Beauf’. Un peu comme face à vrai beauf’ finalement : évidemment, il est si con que ça peut être drôle de l’écouter débiter ses débilités, et en même temps, c’est effrayant, parce qu’on sait que des comme lui, il y en a des millions d’autres, et que même ceux qui n’ont pas de fusil et de berger allemand chez eux ont sans doute, en revanche, une carte d’électeur. Bref, voilà, personnellement je trouve que c’est une BD qu’il est bon de redécouvrir aujourd’hui (évidemment, c’est épuisé, pas réédité, donc il faudra fouiller chez les bouquinistes et sur le net).

13/04/2005 (modifier)