Sibylline - Chroniques d'une escort girl

Note: 4.11/5
(4.11/5 pour 9 avis)

- L'autre jour, je suis tombé sur un site... Tu te fais un profil, tu dis que tu es une petite étudiante qui galère, et plein d'hommes sont prêts à te payer pour que tu passes du temps avec eux. - Tu serais capable de faire ça toi ? - Bizarrement, je crois que oui.


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À tout juste 19 ans, Raphaëlle ressemble à toutes les jeunes filles de son âge. Fraîchement débarquée à Paris pour ses études d’archi, elle enchaîne à un rythme effréné les cours, les nuits blanches à travailler sur ses maquettes, les soirées à servir des bières ou à refaire le monde avec sa nouvelle meilleure amie. Mais ce que ses camarades d’amphi ne savent pas c’est que certains soirs Raphaëlle se glisse dans les draps d’hôtels parisiens et récolte quelques billets verts.

Scénario
Dessin
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 29 Janvier 2025
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Sibylline - Chroniques d'une escort girl © Glénat 2025
Les notes
Note: 4.11/5
(4.11/5 pour 9 avis)
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29/01/2025 | Cacal69
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L'avatar du posteur Steftheone

"Pas de trauma, juste de l'oubli. L'espace de quelques heures, notre réponse émotionnelle est éteinte. Une anesthésie des émotions, une déconnexion du corps et de l'esprit. Mémoire sélective et plasticité cérébrale. L'argent remplace le dégoût par de l'apaisement." Avec Sibylline, sa première œuvre, Sixtine Dano nous livre une tranche de vie d'une étudiante qui va devenir escort girl pour pouvoir payer ses études d'architecture. L'autrice retrace ainsi tous les événements, depuis sa plus tendre enfance, qui vont conduire une jeune femme (fille?) brillante à faire ce choix. Tout sonne juste ici, de la diversité des profils de clients rencontrés (du vieux riche sûr de lui au timide puceau), jusqu'aux émotions ressenties par l'héroïne et aux rencontres non tarifées de cette jeune étudiante. Sixtine Dano choisit ici une héroïne aux traits très juvéniles, tant dans les formes que dans le visage, augmentant ainsi le malaise du lecteur lors des scènes de rencontres et de sexe avec ses "sugar daddy". Bien qu'il n'y ait aucune voyeurisme ni jugement des choix opérés par Raphaëlle alias Sibylline et son amie pratiquant également l'escort, je suis ressorti de cette lecteur avec un sentiment de malaise mêlé de colère voire de dégoût pour cette société consumériste et cette frange de la gente masculine que j'exècre. Peut-être est-ce par ce que je suis père d'une lycéenne qui dans quelques années deviendra également étudiante ? Toujours est-il que cela démontre la pertinence et la justesse de cette œuvre qui ne laisse personne indifférent. En témoignent également les avis précédents. Côté dessin, si de prime abord, il semble très simple, il n'en est rien. En effet, en restant très minimaliste, le trait de Sixtine Dano est d'une précision implacable et les cadrages très intelligents. Le grisé (au fusain?) colle parfaitement avec l'ambiance de cette bande dessinée, les blancs étant utilisés pour créer de manière très habile des halos de lumière. La couverture, magnifique, en est l'un des plus beaux exemples. Une œuvre utile à lire et partager. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 17/20

28/02/2026 (modifier)
L'avatar du posteur Bastien1008

Sibylline est une bande dessinée remarquable par la justesse de son regard. Le récit aborde un thème lourd et délicat sans jamais tomber dans la provocation facile ni la satire appuyée. L’autrice choisit une approche frontale mais nuancée, exposant avec finesse les zones de lumière et d’ombre de cette double vie, dans un traitement profondément respectueux et humain. Le propos dépasse rapidement le simple cadre de la prostitution pour interroger des thèmes plus larges comme le pouvoir, l’amour, les rapports de domination et le besoin de reconnaissance. Le scénario se distingue par son réalisme et sa sobriété. Tout repose sur l’observation, sur de petites situations crédibles et sur des personnages extrêmement bien écrits. Raphaëlle est attachante, complexe, jamais idéalisée ni jugée. L’identification est immédiate, non parce que l’on partage son vécu, mais parce que ses motivations et ses contradictions sont parfaitement lisibles. Cette proximité émotionnelle est clairement l’un des grands points forts de l’album. Graphiquement, le dessin est superbe et sert le récit avec une grande intelligence. Élégant, précis, sensible, il sublime l’histoire sans jamais l’écraser. La mise en scène est fluide, les ambiances sont maîtrisées, et chaque planche renforce la dimension intime du récit. On est face à une œuvre modeste en apparence, mais d’une grande précision, qui gagne énormément à être lue avec attention. Sibylline n’est pas une œuvre clinquante ou démonstrative, mais une bande dessinée d’orfèvre : discrète, profondément juste, et d’une grande maturité narrative et graphique.

16/01/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur gruizzli

Quelle merveille que d'être ému aux larmes en finissant une BD. Et pourtant je dois dire que ce qui m'a marquée à la lecture, c'est ce sentiment de tristesse qui imprégnait une fin pourtant belle et presque heureuse. Est-ce parce que je suis plus sensible en ce moment ou parce qu'elle a su capter quelque chose qui m'a touchée particulièrement ? Je dirais surtout la seconde option, mais disons que les deux ne sont pas incompatibles. Cette BD ne passe pas inaperçu depuis sa sortie, j'ai l'impression, et je me joins au concert de louanges. Déjà parce que l'autrice, Dano Sixtine, est ajoutée à ma liste de celle que je suivrais à l'avenir. Au-delà du récit, son trait est une des grandes découvertes de la BD. En finesse, jamais racoleur ou voyeur, subtil et pourtant précis, il est un régal visuel. J'ai été conquis presque à la couverture, mais en lisant la suite du récit j'étais convaincu. Elle arrive à rendre tangible beaucoup beaucoup de choses dont elle parle textuellement dans la BD, faisant des rappels visuels qui servent le propos. Un vrai travail de composition visuel, donc, un travail d'autrice de BD. Le tout est servi par un noir et blanc aux traits fins qui permets de jouer très vite sur l'émotion, sur l'indicible. C'est un trait sensible, plein de pudeur malgré son sujet. Je dis pudeur car au-delà du voyeurisme qu'on imaginerait à voir de l'intérieur ce métier d'escort-girl, la BD n'est jamais construite sur un regard lubrique. Je ne sais pas à quel point le fait que ce soit une femme qui l'ait écrit joue dans le résultat, mais il est bien là. La BD est bien pudique, ne dévoilant pas tout de son héroïne, Sibylline, qui restera une femme dont nous serons qu'observateur. Que pense-t-elle, que vit-elle, qu'espère-t-elle ? Nous n'en saurons que l'essentiel, le récit n'étant pas là pour faire des états d'âme ou creuser un personnage. Il est là pour montrer une situation. Et cette situation, c'est la violence d'un monde envers les femmes. Cette violence parsème le récit, d'une affiche de métro sexualisant leurs corps à des insultes dans la nuit, un rôdeur qui te suit quand tu rentres et des types qui profitent de toi parce qu'ils veulent tirer leurs coups. Et puis vient l'idée de faire escort-girl. Cette idée arrive tardivement dans le récit, après une lente construction de ce monde hostile, violent. L'escorting n'est pas tant traité que ça, ici. Ce que nous voyons, c'est une jeunesse qui veut étudier, qui rêve d'avenir (si elle l'espère encore) et a qui on ne donne pas les moyens d'y parvenir facilement. Un monde de riches et de pauvres, de fins de mois difficiles et d'étude chères, de sexisme ordinaires et de regard sur le corps des femmes constant. Comme d'autres BD (Le Dernier été de mon innocence, Tout est possible mais rien n'est sûr notamment) c'est un regard posé sur notre monde, un regard qui en souligne les pires travers. Encore une fois, je me dis que j'ai la chance inouïe d'être né homme, même si cette pensée est horrible. Pour finir, je voudrais juste évoquer cette tristesse que j'ai dis ressentir à la lecture. Cette tristesse n'est pas spécifiquement liée au ton de la BD, qui n'est pas dans un ton précis, laissant le lecteur choisir la lecture qu'il en fera. Mais j'ai ressenti une tristesse infinie à la lecture de la conclusion, lorsque deux femmes que nous avons suivi tout au long du récit parlent d'avenir. Et elles s'imaginent partir au fond des bois, bâtir une cabane et vivre en paix. Si elle peut sembler mignonne, utopiste ou légère, je me suis surtout dit que si notre monde est si moche que deux jeunes femmes imaginent comme fin heureuse de s'en éloigner pour vivre loin de lui, il doit être sacrément pourri. C'est cette pensée qui prédomine après la lecture, mais je sais qu'une relecture reviendra bien vite. Et peut-être que j'en tirerais autre chose, comme c'est le cas des œuvres marquantes.

16/12/2025 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Cacal69

A 3 ans d'intervalle (à un jour à dire), après Bagarre érotique - Récits d'une travailleuse du sexe, voici une nouvelle BD sur la prostitution. Et c'est encore une autrice qui prend ce sujet tabou à bras le corps. Sixtine Dano est diplômée d'un master en cinéma d'animation à Gobelins, l'école de l'image et une autrice engagée. Pour réaliser cet album, Sixtine Dano s'est basée sur les témoignages de six jeunes femmes et d'un jeune homme, de leurs expériences de sexe tarifé durant leurs études. Raphaëlle est une jeune femme de 19 ans, elle débarque à Paris pour suivre ses études d'architecte. Elle vient d'une famille modeste, et pour arrondir ses fins de mois elle bosse le soir dans un bar. Elle va découvrir, par hasard, un site de rencontres très particulier où des étudiantes vendent leurs charmes, les Sugar Babys. Elle va franchir le pas et se trouver un nom de scène, Sibylline : "finalement, être escort... c'est comme jouer dans une pièce de théâtre. Revêtir un costume, devenir quelqu'un d'autre". On va suivre le quotidien de Raphaëlle, ses études, ses amitiés, ses difficultés financières, sa vie amoureuse et enfin ses escapades tarifées en tant que Sibylline. Un récit sans voyeurisme dont j'ai aimé la sincérité, la douceur et la pudeur du ton employé, il permet d'être au plus près de l'état d'esprit de Raphaëlle. J'ai été touché par cette jeune fille qui se bat dans un monde où le patriarcat est toujours bien présent. Elle finira par trouver sa place, mais ce genre d'expérience laisse des séquelles. Une réflexion sur notre société et un sujet d'actualité passé sous silence. La couverture est superbe, elle en dit déjà beaucoup. Un dessin à l'encre et au fusain, un noir et blanc très expressif avec une touche de sensualité. De nombreuses planches sans texte, elles se suffisent à elles-mêmes pour faire passer les émotions. Une mise en page aérée. Très beau. Une lecture conseillée. Et mon premier coup de cœur de l'année.

29/01/2025 (MAJ le 29/01/2025) (modifier)